CANCER DES LÈVRES
Les lèvres sont souvent le siège d’ulcérations gênantes et invétérées, quelquefois jointes au désordre de la santé générale; mais plus ordinairement leur guérison est empêchée par le mouvement et le frottement continuels auxquels elles sont soumises.
Quelques ulcères de la lèvre d’un aspect sordide, et même paraissant être de mauvaise nature , cèdent à des remèdes tels que la liqueur arsenicale, l’iode,
(1) Il me reste quelques observations à faire sur deux propositions émises dans ce chapitre. Le professeur S. Cooper dit que quand la portion de peau comprise entre les deux fissures du becde-Iièvre double est suffisamment large pour être conservée, il faut opérer les deux côtés séparément et à quelques semaines d’intervalle. Un grand nombre de chirurgiens ne partagent pas cette opinion; ils opèrent les deux côtés le meme jour cl font traverser aux aiguilles cette partie moyenne qui se trouve ainsi comprise dans la suiure. Lorsque cette portion de peau, bien que suffisamment large pour être conservée , ne descend cependant pas jusqu’au niveau de la lèvre, il peut convenir de l'échancrer angulairement , de manière que toutes ces parties se rejoignent et s’affrontent le mieux possible. Le chirurgien avant d’opérer doit les examiner avec soin, afin de se faire une idée exacte de la conduite qu’il devra tenir. — Relativement^ l’âge auquel il convient de pratiquer l’opération chez les enfants, ou lit dans les auteurs des préceptes très-différents; cependant il est généralement admis que 1 age de trois à six ans est préférable : il peut pourtant y avoir des motifs qui déterminent à opérer beaucoup plus tôt, tel serait un bec-de-lièvre qui empêcherait l'enfant de teter. D’autre part, je crois que les premiers temps de la vie offrent des chances d’insuccès en ce que, les tissus étant plus mous, ils se laissent plus facilement déchirer par les aiguilles. Je dois dire aussi , suivant la remarque de M. Blandin , qu’on croit a tort les enfants, ayant déjà atteint l’âge de raison et capables de juger la valeur des actes qui se passent autour d’eux, plus dociles pour supporter l’opération et ses conséquences ; on éprouve souvent de leur part une résistance bien plus vive.
(iVo/e du irad.)
l’iodurc de potassium, l’extrait de ciguë, la décoction composée de salsepareille, , ou la pilule de calomel composée , ainsi qu’à l’emploi de quelques purgatifs. Les pansements que l’on peut généralement préférer sont : l'onguent de nitrate de mercure ou celui de nitrate d’argent à la dose de dix grains par once. Dans un cas que je suivis à l’iiôpital du collège de l’Université, j’essayai et du carbonate de fer et de la poudre arsenicale de Dupuytren; ce dernier remède réussit mieux que le premier.
Quand le cancer se développe c’est presque toujours à la lèvre inférieure ; et il n’est pas rare de voir les chirurgiens adopter l'opinion d’après laquelle la pression et l’irritation causées par la pipe à tabac provoqueraient une disposition à celte maladie, qui commence habituellement par une petite tumeur dans le tissu cellulaire entre la membrane muqueuse et la peau. Le gonflement et l’induration rendent la maladie visible avant que la surface villeuse de la lèvre se rompe transversalement, et un fluide clair suinte au dehors. A. celte époque la partie s’ulcère et des croûtes s’y forment, ces deux effets se produisant alternativement, et la maladie à la fin pénètre plus profondément et donne naissance à un i'ongus. Cette affection sévit en général sur les individus du sexe masculin, audessus de l’âge mûr, et, comme je l’ai déjà dit, accoutumés à faire usage de la pipe. La peau , la membrane muqueuse et les glandes labiales forment alors une masse très-compacte, et les glandes lymphatiques sous-maxillaires se prennent.
Lorsqu’une maladie de la lèvre est de mauvaise nature et résiste aux altérants, on doit l’extirper avec le bislouri avant que ses effets ne s’étendent aux glandes lymphatiques. On peut retrancher la partie affectée, au moyen d’une opération ressemblant à celle que l’on pratique pour la guérison du bec-de-lièvre; ou au moyen d’une incision semi-lunaire fuite au travers de la lèvre inférieure , comme le pratiquait Dupuylren : par celte dernière méthode on peut effectuer l’excision de la partie plus complètement que par la première. Cependant on doit toujours se carder d’intéresser les commissures des lèvres. On peut ainsi enlever une partie de la lèvre, et la difformité qui résultera de celte opération sera beaucoup moindi e que l'on aurait pu le craindre (t)
*(1) Le travail de réparation qui suit