‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 119 sur 168 · AM EUS · texte numérisé non relu

AM EUS

AMERS (a ma va).

Tous les végétaux compris dans l’ordre dont nous venons de parler ont un goût amer, et les mêmes propriétés médicinales. Les thérapeutistes les ont désignés collectivement sous le nom de remèdes amers , cl ils leur ont attribué des vertus toniques ou stomachiques. Il en est résulté que les mots amer, corrobordnt et tonique étaient, dans le langage médical, des synonymes. Nous venons de voir cependant que, si ces remèdes sont réellement toniques dans certaines maladies de l'estomac, s’ils sont propres à rendre à cet organe la vigueur et la liberté des fonctions, c’est par toute autre cause que par une action capable d’augmenter directement son énergie , c’est en dissipant la condition morbide qui s’opposait à l’exercice normal de ses fonctions. Cette condition consiste ordinairement dans un état de distension vasculaire, d’excès de sensibilité, de , sur-excitation , enfin, de l’organe affecté. Nous croyons inutile de revenir sur les considérations et les faits que nous avons exposés dans plusieurs endroits de cet ouvrage pour prouver ces dernières assertions. Rappelons seulement ici que le sentiment de la faim est un état négatif, et que les moyens négatifs sont nécessaires pour l’exciter ; que la digestion est aidée en modérant la quantité des substances qui devraient être digérées, ou en tempérant l’excitation ou le désordre excessif de l’organe, et non pas en ajoutant de nouveaux stimulus ou des sur-excitations , qui ont besoin eux-mêmes d’être digérés. On ne peut par conséquent pas regarder comme toniques ou sur-excitants les amers. Heureux les malades si le médecin , qui regarde les amers comme toniques, ne leur administre d’autres toniques que les amers; mais si, à leur place, il donne des substances qui excitent réellement les organes, tels que le vin, les alcooliques, les opiacés, il aura la douleur de voir la digestion s’affaiblir de plus en plus et l’état du malade empirer. Les médecins physiologiques français qui connaissent parfaitement que les maux d’estomac émanent d’un tond phlogistique, bannissent toute sorte d’amer, car ils professent encore la vieille erreur que ces substances sont toniques ou excitantes. Pourtant les gastro-entérites graves dont ces médecins menacent ceux qui font usage des amers ne se vérifient jamais , pas même chez ceux qui ont re-

Giacomini.

cours précisément aux amers pour se donner de l’appétit , et pour soutenir mieux l’action des aliments stimulants et des vins généreux. Il est pourtant vrai que souvent, malgré les bons effets des amers , la gastro-entérite ne guérit point ou même empire; mais alors ou a tort d’accuser les amers; cela lient plutôt a l'abus des aliments et des boissons trop stimulantes.

On devrait par conséquent dire , pour être exact, que les amers sont des remèdes hyposlhénisnnts gastriques, dont l’action devient secondairement stomachique , c’est-à-dire en dissipant certaines maladies de l'estomac. Il ne faut pourtant pas admettre cette proposition d’une manière générale, puisqu’il est des amers, tels que l’opium, etc., qui sont de véritables stimulants; de sorte que rien n’est plus inexact, selon nous, que d'établir une famille de remèdes amers doués de propriétés toniques. Les remèdes suivants sont tous amers , et jouissent, au contraire, d’une propriété hyposthénisante gastrique: tels sont la centaurée mineure ou petite centaurée ( gentiana cenlaurium) , le trèfle (trifolium), l’écorce de simaruba ( quas sia simaruba ou amara) , le chardon bénit [ccntaurea bencdicta) , le marrube blanc ( marrubium album vulgare), la racine de chicorée ( cichorium intubus) , la racine de fumeterre [fumaria officinarum) , l’écorce de cascarille ( crolon cascaril/a), l'écorce d’anguslure [cortex angusturœ), le millefeuilles ( achillea millefoliiim), le houblon ( humu/us lupulus) , la véronique ( veronica ofjicinalis J, Je cachou ou terre du Japon (du mimosa catechu ) , la gomme kino (du nauclea gambir de Ilunter, ou uncaria gumbeer de Roxburgh) , la racine de historié (pohjgonum bistorta), la racine de tormenlille ( tormentilla sylvestris), l’écorce et la racine de grenadier [pumila granatum). Quelques-unes de ces substances ont acquis , dans ces derniers temps, une grande renommée : telles sont, par exemple , l’écorce et la racine de grenadier contre le lœnia. Mais même dans ce cas, sa propriété n’est pas différente de celle du seinen- contra, seulement on l'administre, d’après la méthode de Pasquier, à plus haute dose et pendant plus longtemps.

Quant à l’action hyposthénisante vasculaire de ces remèdes, il ne faut pas oublier quelle est très-lente, mais aussi

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