‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 127 sur 168 · HUILE DE RICIN · texte numérisé non relu

HUILE DE RICIN

(Olcum ex seminibus ricini).

§ IPr. Caractères physiques. — On retire l’huile de ricin des graines du ricin commun, ricinus commuais, vulgairement désigné sous le nom de palmaebristi , plante originaire des Indes et de l’Afrique septentrionale, oit elle forme un arbre de cinq à six mètres et plus d’élévation ; dans nos climats le ricin est une plante herbacée, annuelle (genre de la famille des eupborbiacées et de la monoécie polyadelpbie, Lin.). — Les semences de ricin dépouillées de leur enveloppe sont mises dans un récipient dans lequel on verse de l’eau chaude pour les laver ; on fait couler ensuite celte

noiLKS.

eau, et on réduit ces semences en pâte dans un mortier de marbre. A chaque demi-kilogramme de cette pâte on ajoute 1 20 grammes d’alcool ; on soumet ensuite le mélange au pressoir; on retire par la distillation l’alcool; et l’on lave avec l’eau l’huile résidu de celte distillation. L’huile de ricin séparée de l’eau et privée de toute humidité par l’exposition à une douce chaleur, on la filtre, et on l’obtient claire, d’une jaune verdâtre, transparente, d’une odeur particulière, légèrement dégoûtante, et d’une saveur fade, douceâtre. Quand elle est ancienne, ou préparée avec peu de soin, elle s’épaissit, prend une couleur rougeâtre , devient plus limpide et d’une saveur âcre". Celle qui est dans le commerce et qui vient directement de l’Amérique est très-souvent rance, ou mal préparée; aussi estelle généralement rejetée.

§ II. Notions chimiques. — L’huile de ricin, exposée à l’air, s’épaissit peu à peu en conservant pourtant sa transparence. Soumise à la distillation , elle fournit, en se décomposant, selon MM.

Bussy et Lecanu, des gaz inflammables, et tous les produits de la décomposition des substances très - hydrogénées , c’està-dire une matière solide d’apparence résineuse, une huile volatile, inodore, susceptible de cristalliser par le refroidissement de l’eau, des acides acétique, ricinique et élaïodique. Si on mêle celle huile avec l’alcool un peu chaud , elle s’y dissout presque totalement ; ce qui la distingue des autres huiles grasses avec lesquelles on la sophistique quelquefois. Les solutions de potasse caustique , ou de soude , la saponifient et forment des ricinale, élaïodale et niargarilale de potasse ou de sinuïfc, et de la glycérine. 11 ne faut pas omeltre de noter que cette huile reste liquide à une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro (67). L’huile de ricin, ayant nue grande tendance à se combiner avec l’oxygène de l’atmosphère, acquiert facilement de la rancité.

§ III. Effets sur l'homme, bien portant.— J'étais encore enfant, lorsqu’en compagnie d’une parente j’ai essayé de manger des semences de ricin; les ayant trouvées d’une saveur analogue à celle des noisettes’, nous en mangeâmes neuf à dix. Bientôt après nous eûmes un fort

(07) Corso analitico di chimica di G. Mojon, 4e ediz. liai., t. n, p. 34.

vomissement, avec angoisse, mais sans douleurs, suivi d’un abattement général très-prononcé qui dura plusieurs heures, jusqu’à ce que ic médecin, qu’on envoya chercher, nous ordonna du laudanum.

Ce médicament dissipa à l’instant l’état de langueur où nous nous trouvions.

Quelquefois une seule semence suffit pour exciter le vomissement. Bergius parle d’un individu chez qui une graine, qu’il avait avalée lirsoir, causa un vomissement opiniâtre pendant tout le jour suivant; tandis qu’une femme qui eu avait pris de même une graine mondée de ses enveloppes , n’éprouva aucun dérangement (68). On sait que les habitants du Brésil ont l’habitude de se purger en prenant cinq ou six graines de ricin dépouillées de leur épiderme. — Les estomacs qui ne peuvent supporter l’huile dè ricin, sont excités au vomissement.

En général cette huile peut êlre considérée comme un purgatif doux et agréable; elle agit sans secousse, sans produire de colique, et assez promptement.

§ IV. Effets itàns les maladies. — Ou prescrit ordinairement l’huile de ricin dans les mêmes cas que les autres huiles purgatives dont nous avons parlé; si ce n’est qu’étant un peu plus active, elle est employée avec quelque précaution. On a reconnu qu’elle jouit d’une efficacité remarquable contre les maladies inflammatoires du tube gastro-entérique, et des autres membranes muqueuses. Les praticiens qui s’en servent dans ces cas sont très-nombreux, notamment eu Angleterre.

§ V. Appréciation de l'action. — Les faits que nous venons d’exposer prouvent que l’huile de ricin est douée d’une propriété hyposthénisante-entérique, et en même temps vasculaire. L’action laxative qu’on accorde généralement àl’huile de ricin , la propriété anti-spasmodique que quelques - uns lui attribuent, et la vertu anthclmintique dont quelques autres la décorent, ne sont pas le résultat de ses qualités intrinsèques; elles se ra Hachent à deseffels tout-à-fait secondai res, sur lesquels nous nous sommes déjà expliqué plusieurs fois. Il n’y a pas de maladie inflammatoire dans laquelle elle soit contr'indiqucc. La délicatesse de la constitution, le jeune âge ne sont pas des contr’indications à son usage , à moins d’aversiou absolue de la part des

(G8) Dergius, Mat. méd., p. 773.

Page 1