CRÈME DE TARTRE
Cremor tartari.
§ Rr. Caractères physiques. — Plusieurs végétaux peuvent fournir la crème de tartre, ou bitartrate de potasse. Elle existe naturellement et en grande quantité dans le raisin et le tamarin. Elle se dépose en grande plaques, cristallines sur les parois des tonneaux qui renferment du vin. Ces incrustations sont trèsimpures , éar elles renferment du tartraîe de chaux, une petite quantité de silex, de l’alumine , des oxydes de fer et de manganèse, etc. Dans le commerce on donne à ce sel ainsi impur le nom de tartre cru; blanc ou rouge, selon la couleur du vin qui l’a fourni. Ce produit purifié est en epistaux prismatiques, tétraèdres, courts et un peu aplatis , blancs demi transparents, sans odeur, et d’une saveur très-acide désagréable.
§ II. Notions chimiques. — L’acide lartarique se trouve dans ce sel éri excès combiné à la polas'C et à un peu d’eau de cristallisation. La crème de tartre se dissout dans quinze parties d’eau bouillante, et dans quatre-vingt-cinq parties d’eau froide: Cette solution se décompose avec le temps et présente, d’après Berthollet, un peu d’huile et du sous-carbonate de potasse. Elle est inaltérable à l’air.
§ III. Effets sur l'homme bien portant. — Pilleur générale, frissons et faiblesse;'augmentation des urines, purgations liquides et répétées, tels sont les effets qu’on éprouve, lorsqu’on prend de la crème de tartre , l’organisme étant à
MAGNÉSIE
l'État normal. Un de me? amis, d’assez bonne santé , éprouvait une fort légère indisposition d’estomac ; il prit dans une matinée 90 grammes (3 onces) de crème de tartre ; il éprouva des vomissements et une diarrhée très-violents , avec frisson général comme s’il eût été atteint du choléra ; cet état dura plusieurs heures, et ne cessa qu’après avoir pris de la liqueur d'Hoffmann à haute dose, et une émulsion laudanisée.
§ IV. Effets dans les maladies. — Les premiers réformateurs de la théorie brownienne , Rasori , Tommassini et Borda, ainsi que leurs successeurs, ont toujours regardé les effets bien connus de la crème de tartre comme le résultat d’une action contro-stimulanle. Aussi l’administrèrent-ils toujours, malgré l’opinion généralement admise dans toute espèce de maladie inflammatoire, tantôt sous forme de limonade, savoir délayée dans beaucoup d’eau ,' avec addition de suffisante quantité de sucre, qu’on prend par verrées pour apaiser la soif, la chaleur, l’orgasme général de la fièvréj tantôt comme purgatif, k plus forte dose, et moins délayée , pour combattre la constipation.
§ Y. Appréciation de l'action. — Si on administre la crème de tarlre à fort petites doses, souvent répétées , son action hyposthénisante se fait particulièrement sentir, mais d’une manière légère, sur le système vasculaire sanguin , et s’annonce par la sueur et par l'augmentation de la sécrétion des urines. A plus forte dose, l’action hyposthénisante est plus prononcée et plus prompte sur les intestins , et l’on a alors des évacuations alvines. Si on en augmente encore la dose, on éprouve des vomissements qui dépendent d’une hyposthénie plus prononcée à l’estomac. - ,
§ YI ..Action mécanique. — Quelques dentistes prescrivent la crème de tartre comme poudre dentifrice; c’est un mauvais moyen, car à la longue celte substance finit par attaquer l’émail dentaire.
§ VII. Mode d' administrai ion. — L’acidité de ce sel plaît assez généralement lorsqu’il est très-délayé ; surtout si on le mêle à du sucre, ou du sirop de gomme. En Italie ou mêle communément la crème de tartre a\ec lu pulpe de tamarin, et l’on en fait un électuairc. Dans la limonade tarlarisée , connue sous le nom de limonade anglaise, on aromatise la solution de crème de tartre sucrée ,
avec l’essence de citron. Comme remède anli-phlogistique ou tempérant, elle s’administre à la dose de 4 à 12 grammes ( 1 à 3 gros ) à la fois. Comme purgatif on la prescrit à la dose de 45 (i £ once), à GO grammes (2 onces) à la fois.