‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 136 sur 168 · JALAP · texte numérisé non relu

JALAP

§ VI. Action mécanique. — Les douleurs d’enlraillc s qu’on éprouve quelquelois après l'usage du jalap dépendent de l’action mécanique de la portion résineuse de celte substance. Ün sait que les résines se dissolvent très-difficilement dans les sucs gastriques, et qu’elles peuvent séjourner dans les replis intestinaux et agir comme corps étrangers. Administré, en effet, sous forme de teinture alcoolique , le jalap ne donne aucune colique. Or, si les coliques dépendaient de l’action dynamique , l’alcool les augmenterait. Nous avons vu d’autre part que ce liquide dissolvait la partie résineu.-c de la plante , et la rendait par là plus digérable. Lorsqu’il est finement pulvérisé, au reste, le jalap ne produit pas de douleurs.Ce fait a été observé par Murray (3). Enfin , le jalap ne cause pas de douleurs, lorsqu’il est pris à très-haute dose. Son action hypostbénisante, dans ce cas, étant très-énergique, fait taire l’irritation locale. Si les choses se passaient autrement, les fortes doses devraient éveiller des douleurs plus vives, des phlogoses intenses, etc., ce qui n’est jamais arrivé que dans l’imagination de quelques ignorants toxicologues. Cette action mécanique ou locale du jalap ne doit pas empêcher le praticien de prescrire ce remède dans quelques cas de phlogose du tube gastrique , car cette action mécanique n’est que passagère, et d ailleurs on peut facilement l’éviler.

§ VU. Mode d,' administration. — En prescrivant le jalap en poudre, il faut le faire très- finement pulvériser. La dose ordinaire est de 1 gramme à 1 gramme et demi (1 8 à 27 grains).

La résine doit être aussi réduite en poudre impalpable, si on veut éviter qu’elle ne détermine des tranchées. On la triture avec du sucre, ou avec de la gomme arabique , ou avec des amandes douces pelées. On peut la donner aussi dissoute dans un peu d’alcool affaibli. La dose de la résine est de moitié de la racine en poudre. Une excellente préparation , c’est l’union de la résine de jalap avec une double quantité d’huile de térébenthine. Ce mélange ne donne pas de coliques.

La manière la plus agréable d’administrer la résine de jalap est la suivante ;

Emulsion.

2J. Résine de jalap en poudre , 40 centigrammes (8 grains).

Sous-carbonate de potasse , 50 centigrammes (10 grains).

Sucre blanc, 2 grammes (1/2 gros).

Broyez le tout exactement, et versez par-dessus peu à peu 180 à 240 grammes ( (J à 8 onces) de lait d’amandes douces un peu tiède.

À prendre en deux doses égales.

(N. d. trad.) [D’après un calcul approximatif, on consomme annuellement en Europe 400,000 kilogrammes de jalap sous differentes formes. Avec du jus de citron , du sucre et de l’eau , on en fait de la limonade qu’on boit avec plaisir. — Le jalap est le purgatif auquel Monro, Lionnel , Dickson, Heid , Lawrence, Brera , Briggs , Aberncthy , Bursieri , Frank et autres donnent la préférence dans le cas de tétanos et autres affections réputées nerveuses. — Le jalap entre dans le fameux éméto-purgalif de Leroy, dans la tisane anti-syphilitique de Vigaroux, et dans le plus grand nombre des remèdes contre les entozoaires. Ou sait que la poudre anlhelmintique de Dupuylren consiste dans 1 gramme de jalap et 1 1/2 gramme de rhubarbe ( vmj . Fov, formul., p. 487 ). L'électuaire hydragoquede Sylvius Deleboë, l’extrait catholique de Rolfinsius, les pilules arthritiques de Schaffer, le sirop diurétique de Ch, iras, et plusieurs autres composés dont on trouve les formules dans les anciennes pharmacopées, renferment principalement du jalap ou de la résine. — La constipation qui succède aux fortes coliques est combattue avec succès par le jalap , qu’on prescrit ordinairement de la manière suivante ;

2[ Jalap en poudre très-fine, 2 grammes , (1/2 gros).

Extrait de cochléar., q. s. m. Faites 24 pilules.

Le malade en prendra de 3 à G jusqu’à purgation. Wcdckind se loue beaucoup de ces pilules contre la constipation habituelle. — Giraudi assure avoir obtenu des eft’i ts surprenants contre le croup par les lavements composés d’une once de racine de jalap finement pulvérisée et suspendue dans une forte décoction de graines de lin. Dans le cas où le premier lavement n’amèuc pas une notable aîné-

(3) Apparat, motÜcani., (. ), p. 200.

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lioration , il en faut administrer un second une ou deux heures après , mais plus liftier. — Kauet adminislrail le jalap en poudre, eu lavement, comme spécihque contre la diarrhée chronique , surtoul chez les enfants.

Poudre.

2J. Racine de-jalap en poudre, de 5 à 15 centigrammes (l à 3 grains).

INoix muscade , 3 centigrammes (2/3 de grain). '

Sucre, 2 grammes (1/2 gros). M. Faites une poudre, donnez en seize paquets pareils.

A prendre trois par jour.

Le docteur Pisani a guéri une dysenterie épidémique qui régna dans l’hôpital militaire de Mantuue sur la fin de l’année 181 1 avec le jalap combiné à la crème de tartre.]

ALOÈS SUCCOTRIN.

( Alocs succolrinus.)

§ Ier. Caractères physiques. — Les habitants des Indes, et notamment des îles de Succolra, détachent les feuilles des nombreuses espèces d'aloès , telles que la spicaa, la pcij'oliata , la fiucticosac t autres, de la famille des aspholèdes ( hexandrie monogynie , Lin.), et en tirent un suc extraclo-résineux liquide, mais qui s’épaissit au soleil , de couleur brune , plus ou moins foncée , d’une amertume très-prononcée , connu dans le commerce et en médecine sous le nom générique i’aloè.s. La plus grande quantité de cette substance nous vient en caisses, ou en barils, de Bombay ou du cap de Bonne-Espérance. On distingue, dans les pharmacies , trois qualités d'aloès. La première, qui est la plus pure et la plus usitée, se lire de l’aloès succotrin et de l’aloès spicata. Cctaloès est brillant et transparent; réduit en poudre il est d’une couleur jaune dorée, d’une odeur forte et pénétrante. Echauffé entre les doigts il se ramohit et devient gluant. La seconde qualité est nommée edoès hépatique , parce qu’elle est de la couleur du loie ; elle diffère de la précédente en ce qu’elle est plus amère, plus friable et nullement transparente.

La troisième est nommée aloèt caballin, parce qu’elle était jadis en usage de pre-

fércncc pour les chevaux. Cet aloès est le plus impur, d’une apparence terne et d’une couleur brunâtre ; d’une cassure rude,renferma ni les débrisdes feuilles qu’on a broyées pour en obtenir lcsuc. Cctaloès est le moins estimé. Dans les traités de matière médicale on continue à nommer celle qualité aloès caballin , quoiqu’on sache qu’actuellemenl les vétérinaires ne s’en servent plus ; l'expérience ayant appris que les animaux herbivores sont fort difficiles à être purgés, on ne sc sert pour eux, comme pour l’homme, que de la meilleure qualité d’aloès. On parle encore d’une sorte d’aloès brillant fort pur, doué d’une, odeur aromatique particulière provenant du suc qui sort naturellement de la plante en pleine végétation , et que les rayons du soleil épaississent sur les feuilles mêmes, On ne rencontre pas cet aloès dans noire commerce.

(N oie d. trad.) [On pourrait , à la rigueur, obtenir par une seule opération les trois qualités d’aloès dont nous venons de parler. On commence par retirer des feuilles pilées le suc à l’aide du pressage ; on fait bouillir le marc dans l’eau * on filtre le décoetum, on le verse ensuite sur le suc déjà obtenu, et on fait évaporer le tout jusqu’à consistance d’extrait qu’on laisse refroidir dans des récipients appropriés. On trouve que la couche supérieure est formée d’un aloès très-pur, qui est le succotrin , la couche moyenne de l’hépatique, et que )a dernière, qui se trouve au fond du baquet, est l’aloès le plus impur, dit caballin.— On n’emploie en médecine que l’aloès succotrin et l’aloès hépatique; on s’en sert indifféremment.]

§ II. Notions chimiques. — L’analyse chimique a fait connaître dans l’aloès un principe résineux et un principe gommeux. Bouillon-Lagrange a trouvé que l’extractif y est en plus grande quantité que la résine. D’après Tromsdorff on y rencontra 75 parties d’une matière albumineuse végétale coagulée, ou principe savonneux amer , 25 de résine , et quelques traces d'acide ggllique.

§ III. Effets sur l'homme bien portant. — Lorsqu’on veut s’assurer de l’action d’un remède quelconque , on doit commencer par faire des expériences sur les animaux, surtout s’il s’agit de quelque substance héroïque , ou par l’essayer sur soi-même, ou sur quelque autre individu si la substance ne renferme rien

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de dangereux. Les auteurs n’ont pas suivi généralement celle marche. Au lieu de décrire les effets qu’ils pouvaient avoir observés, ils ont mieux aitné répéier le dire des uns ou dès autres sans se donner la peine de s’assurer de la réalité des faits; aussi attribuèrent-ils souvent à des remèdes des effets qui appartenaient à la maladie ou à des circonstances accessoires. De là une foule d’opinions erronées et de contradictions qui sont passées de siècle en siècle. On comprend par là pourquoi j'ai dû assez souvent, dans ma pratique, m’écarter des enseignements des auteurs les plus renommés, et que j’ai soutenu plusieurs fois des thèses opposées aux leurs, en me basant sur l’expérience. J’ai en conséquence fait de i’aloès ce que j'avais fait avec d’autres substances; j’ai voulu connaître à tond son action par la voie de l’expérimentation. J’ai fait plusieurs expériences sur moi-mêine pendant trois années consécutives , et j’ai consommé 120 grammes d’aloès. J’ai confirmé le résultat de mes expériences sur des malades atteints de ces affections contre lesquelles on prescrit ordinairement les réfrigérants et les purgatifs. J’ai souvent comparé sur les mêmes sujets les effets de l'aloès avec ceux des différents sels et des huiles. Plusieursde mes confrères ont fait , à ma prière, des expériences avec l’aloès sur leurs malades , et ils ont vérifié les effets que je leur avais signalés. Voici le résultat de mes observations : 5 centigrammes d’aloès pris à jeun déterminent ordinairement quelques rots qui sentent l’odeur propre à eetle substance; on éprouve aussi, plus que de coutume, le sentiment de la faim. 10 ou 15 centigrammes, pris également à jeun , déterminent les mêmes effets , mais d’une manière bien plus marquée. Après huit ou dix heures on a une selle facile, copieuse , d’ordinaire flatueuse; les matières expulsées sont plus molles que de coutume, d’une couleur jaune-brun et d’une odeur particulière assez forte. Souvent l'évacuation alvine se répète à peu d’intervalles. En élevant la dose de l’aloès à 40 ou 50 centigrammes ( 8 à 10 grains), ces effets ne paraissent pas augmenter; mais en explorant le pouls, après trois heures, on le trouve ralenti. En haussant encore la dose, on a rarement des purgations qu’on puisse attribuer au remède ; mais le pouls bal quatre, six ou huit pulsations de moins par minute, et les urines deviennent abondantes et trou-

bles. Une fois , après en avoir pris 1 gramme , je n ai eu d'évacuation alvine que vingt-huit heures après, et je n’ai éprouvé d’autre effet qu’une sorte d’angoisse. J’en ai pris I gramme et demi , en deux fois, soir et matin, j’ai passé toute la nuit dans le plus profond sommeil , et je n’ai eu, le jour suivant, que deux selles assez fluides; j’ai uriné copieusement, et j’ai éprouvé un abattement général avec un besoin pressant de prendre des aliments. Une autre fois, me trouvant indisposé , avec mal de tête pour avoir été quelque temps au soleil, j’ai pris 155 centigrammes d’aloès; en allant à la garde-robe j’ai été saisi de vomissement abondant de mucosité épaisse. Une autre fois j’ai eu le même vomissement, une demi heure après avoir bu un verre d’eau. Mon pouls avait baissé ainsi que mes forces musculaires, jusqu’au jour suivant. Dans plusieurs expériences que j’ai faites avec de petites doses d’aloès, il m’est arrivé d’éprouver des picotements d’entrailles, signes avant-coureurs d'une prochaine évacuation, et qui dépendaient évidemment de la descente des matières et des humeurs vers le rectum. J’ai adopté , depuis quelque temps , l’aloès comme remède habituel toulesles lois que j'éprouve quelque embarras d’estomac, soit pour avoir trop mangé, soit par la qualité des aliments, ou bien que je suis enrhumé , ce qui arrive assez souvent au moindre changement dans l’atmosphère. A l’aide de 1 aloès, je suis parvenu à m’affranchir de la nécessité de la saignée, mon tempérament sanguin me rendant très-disposé aux pléthores artérielles.

§ IV. Appréciation de l'action. — Ctux qui ne voient dans l’aloès qu’un purgalit hydragogue conviennent qu’il est très lent à agir; il nous est prouvé , au contraire, que son action est irèsprompte , qu’elle se continue pendant quelque temps, et qu elle n est pas uniquement laxative. Une fois introduit dans l'estomac, l aloès s’évapore en partie et produit une sorte d’atmosphère due à ses principes volatils, sous l’influence de U chaleur animale. Plusieurs de ses principes sont absorbés , d'autres s’échappent au dehors par des rots. Il continue a se gazifier, pour ainsi dire, dans le trajet du tube intestinal et y produit un léger ell'et hyposthénisant. La partie résineuse concièle résiste plus long-temps a l'absorption et n’est probablement absorbée complètement que lorsqu’elle est arrivée

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dans les gros intestins ; de là elle est transportée dans la veine porte et au foie, et de lu , en sa qualité de matière inassimilablc , elle est excrétée avec la bile et évacuée avec les excréments.

(N. d. irad.) [Il serait, ce nous semble, plus naturel de dire que la portion d'aloès qu’on rencontre dans les lèces est passée directement de l'estomac au rectum sans être absorbée. Rien ne prouve en effet qu'elle ait parcouru la veine porte et le foie avant de se mêler à la matière fécale.]

S'il existe un remède dont l’action soit marquée sur le foie , c’est assurément l’aloès. Le foie se l’approprie comme il le fait des autres substances résineuses qui se trouvent dans le chyle et le sang. Cette action de l'aloès est hyposthénisante, et s'exerce de préférence sur l'estomac et les intestins , si la dose est légèie; sur tout l’organisme, si la dose est très-forte.

§ Y. Effets dans les maladies. — D’après ce que nous venons de dire , on comprend pourquoi l’aloès a été trouvé de tout temps utile conlre les hépatites chroniques, connues autrefois sous les noms d’hypochondriasis , jaunisse, obstruction; pourquoi il est utile dans les cas d’indigestion, d’anorexie, de dyspepsie, dépendant d'une nourriture trop épicée ou trop succulente, ou trop abondante, d’une vie sédentaire, d’une congestion à l’estomac; et pourquoi enfin il est aussi utile dans les douleurs d'estomac, ainsi que je l’ai expérimenté plusieurs fois, ctqueCullen l'avait dit (4); dans les entérites chroniques , dans l’helminihiasis , dans les coliques inflammatoires, dans les dysenteries dont il calme les douleurs, ariête les évacuations alvines dérangées. C’est à c.iu-e de l’action liyposlliénisanle vasculaire de l’aloèsque Lewis observa après une longue administration de cette gomme résine, que le sang devenait plus fluide (5); qu’il convient dans les bronchites ou sub-bronehites , dans les métrites chroniques avec aménorrhée; dans la chlorose, dans la scrofule et autres maladies phlogistiques danslesquelles l'aloès était regarde autrefois comme fondant et emménagogue , et par Humillon

(4) Trait, di mater, mcd., trad. ilal.

di Dalla-Decima, t. vi, p. 1 49.

(5) Materia medica, 1791. London.

comme remède universel (6). Paul d’Egine regardait l’aloès comme un médicament ami de l’estomac; Boerhaave, comme une substance fort innocente(7).

Son utilité est presque proverbiale dans une foule de maladies ou indispositions (8). Aussi a-t-on enregistré dans les pharmacopées une foule de préparations dans lesquelles l’aloès entre comme principal ingrédient : il entre dans les grains dits de santé, dans les pilules angéliques ou de Francfort, dans celles de Stall, etc. L’aloès figure encore dans l’élixir de longue vie, dans l’onguent vermifuge, dans l’électuaire laxatif.

Un grand nombre de ces préparations aloéliques sont tombées en désuétude.

On en trouve cependant encore un assez grand nombre dans la pratique; et il serait contraire à l’observation journalière de le considérer comme échauffant, stimulant, irritant, et propre à produire les hémorrhoïdes. Il serait à désirer que l’art possédât un remède capable de produire les hémorrhoïdes au besoin; malheureusement cependant il ne produit pas plus les hémorrhoïdes que tout autre purgatif. Que si quelquefois les hémorrhoïdes se sont déclarées après l’adrninislralion de l’aloès (ainsique plusieurs le certifient], il faut croire que ce résultat n’a eu lieu quo comme une conséquence de la maladie même pour laquelle on l’avait prescrit, puisque, depuis le temps que j'en fais usage , et que je l’ordonne continuellement à plusieurs malades, cet accident n’a jamais eu lieu; je dirais même qu’ayant eu à traiter plusieurs individus atteints d’hémori hoïdes, je me suis précisément servi à dessein de l’aloès telles ont perdu leur sensibilité et ont disparu. Je ne me suis pas cependant hâté de tirer de ce fait une conséquence générale, car le résultat pouvait à la rigueur dépendre d’autres circonstances. On sait néanmoins que Stahl et ses élèves avaient eu recours à l’aloès pour guérir ou soulager des hémorrhoïdes(D); que Cullcn aussi s’en était servi sans

(G) Observations sur les avantages et l'emploi des purgatifs. Trad. Paris,

(7; Chem., t. ir, p. 285.

(8) Qui voit viverc annos Noe, sumat pilul as de aloe.

(9) l’iischaft, Hufel. Journ., GO Bd., 4 Si., p. 94.

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