‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 135 sur 168 · JALAP · texte numérisé non relu

JALAP

{Il a dix jalappœ).

S I. Caractères physiques. — On dit que cette plante tire son nom de Xalapa , ville de Mexique . aux environs de laquelle elle croit. On la trouve aussi dans les sables de la Vera-Crux et autres parties de l’Amérique. Le convolvulus jalappa, dont la racine est fort employée en médecine, appartient à la fainil e des convulvulacées ( penlandric monogvnie, Lin.). Cette racine se rencontre sou\ent dans le commerce en morceaux cylindriques, hémisphériques, ou pyûformes, solides, d’un brun sale, rugueux et pesants ; quelquefois coupés en rouelles, de 6 à 6 centimètres de diamètre; le dedans est d’un gris foncé , marqué de zones ou couches concentriques. Sa cassure est irrégulière et offre quelques points brillants de matière résineuse.

Son odeur est nauséeuse , désagréable , surtout quand elle est réduile en poudre; sa saveur est amère, âcre, irritante.

§ II. Notions chimiques. — L’analyse la plus soignée qu’on possède de la racine de jalap est celle de Félix Cadet- Gassicourt.Dans 500 parties de cette racine, ce chimiste a trouvé les éléments suivants: résine,50;eau,2 \ ; extrait gommeux, 270; fécule, 12, 5; albumine, 12, 5; phosphate de chaux, 4; muriate de potasse, 8, 1 ; et quelques autres sels. Il paraîtrait que le principe le plus actif est la résine qui forme environ la dixième partie de tout son poids, lloine fils y a trouvé un principe particulier, blanc, cristallin, soluble dans l’alcool, peu soluble dans l'eau froide, et qu’il a nommé jalapine. M. Pelletier, à qui Home avait envoyé un sel sous le nom de sulfate de jalapine , a trouvé que ce n’était qu’un mélange de substance inorganique (94).

§ III. Effets sur l'homme bien portant. — Deux heures après avoir pris

(91) Nouveau Dictionn. de botanique et pharmacie, t. u, p. &43. 1’aris, 1836.

JaL

une José modérée de jalap , on éprouve un trouble assez sensible dans les intestins, puis des évacuations alvines abondantes et très-fluides. Si la dose est un peu élevée, on a des vomissements, et tout l'organisme reste pendant quelque temps dans un étal de langueur. La jalapine, au dire de Home , détermine des évacuations alvines, sans coliques , à la dose de 5 centigrammes ( I grain) (95). Je ne connais pas assez de faits pour décider si le jalap à haute dose produit les mêmes effets que les derniers remèdes dont nous venons de parler, savoir : une hyposthénie générale avec absence d'évacuations. J’aurais pourtant quelques raisons pour le présumer : l’ayant vu administrer à très-forte dose à des individus frappés d’apoplexie, chez lesquels aucune évacuation n’a eu lieu, tandis que d’autres remèdes plus légers, donnés à plus petite dose, déterminaient desgardes-robes chez les mêmes individus.

§ IV. Effets dans les maladies. — Dans les traités de matière médicale , le jalap est classé parmi les remèdes dits drastiques ou fortement purgatifs. On lui attribue une action stimulante dont on fait dépendre les évacuations. Il est prescrit contre les constipations habituelles et les maladies dites saburrales , dont Sauvages a proposé de faire une classe à part, contre les congestions encéphaliques et autres affections présumées humorales. On a cru trouver la preuve de son action stimulante dans les douleurs de ventre qu’il détermine, douleurs qu’on regarde comme un symptôme d’inflammation ou d'érosion d’entrailles, ou même d'empoisonnement. Ce jugeimnt est évidemment erroné : il est en opposition avec les idées les mieux établies sur le mécanisme des sécrétions intestinales q ni déterminent les évacuations alvines. 11 e.st facile de voir d’ailleurs que les véritables effets du jalap chez l’homme bien portant indiquent lous une hyposthénie réelle. Quant aux douleurs d’entrailles, el.es ne dépendent pas de l’action dynamique du jalap, mais bien de son action mécanique, ainsi que nous le verrons dans l’article suivant. Ajoutons que l’usage qu’on en a fait de tout temps dans les maladies inflammatoires confirme notre manière de voir. — Les constipations, en effet, dont nous venons

(05) Revue médicale. Juillet J 8*27, p.

de parler sont de nature inflammatoire, notamment celles qu’on rencontre chez les apoplectiques. Les affections dites saburrales, les congestions Immorales, surtout l’Iiydropisie , entrent dans la même catégorie. Personne ne doutera certainement que l’hydrocéphale aigu contre lequel Gcelis et autres vantèrent le jalap ne fût inflammatoire (90). Sydenham administrait courageusement le jalap dans des affections qu’il déclarait lui-même infl immaloires (97). Wedel a observé que le jalap procurait le sommeil aux enfants tourmentés par des coliques (98). Dans les affections vermineuses et dans le tænia accompagné de picotements et de douleurs intestinales, le jalap, s’il n'expulse pas ce parasite (ce qui arrive quelquefois) , calme les douleurs (99).

Âous pourrions rapporter plusieurs cas de lièvres dites gastro-nerveuses (entéroméningites) qu’on a guéris avec le jalap à haute dose. Je ne puis m’empêcher de mentionner un cas de gastrite aiguë assez grave , guérie dans notre clinique en treize jours avec du jalap seul, à la dose de 5 grammes par jour (5 scrupules) (100), et un autre de gastrite plus opiniâtre encore , dans lequel le jalap a été administré conjointement avec le sulfate de magnésie, le calomel et deux saignées: la guérison a eu lieu en ving huit jours (l). Périot rapporte qu’un pharmacien ayant expédié 12 grammes de racine de jalap en poudre au lieu de 12 grammes de salcp , le malade qui l’a prise, et qui était poitrinaire, dut sa santé à celte heureuse erreur (2). Ces faits ne peuvent aucunement s’accorder avec l’action présumée irritante , phlogosante, qu’on attribue au jalap, ni avec la prétendue action contre-irritative ou révulsive du remède.

§ Y. Appréciation de. l'action. — Les faits qui précèdent nous autorisent à penser que l’action dynamique est hyposthénisanle, entérique, très-énergique.

(90) Ueb. d. vorz. Krankb. d. lundi, Allers., 1 Bd., p. 135, 157.

(97) Opéra, p. 552.

(98) Opiologia, lib. i, sect. i, c. xiv, p. 58.

(99) Wcpfer, De cic. aquat., cap. xv, p. 224.

(100) Rfugna, Prospctlo clinico , 1830, 1831, n. 43.

(1) Même ouvrage, n. 131.

(2) Opusc. sur Cauterels. Audi, 1817,

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