Sirop
2j. Racine de belladone,
Feuilles idem, parties égales, 8 grammes
(2 gros).
Eau de fontaine , 1 kilogramme (2 livres).
Faites bouillir jusqu’à réduction de moitié, et ajoutez 1/2 kilogramme de sucre blanc. Evaporez à consistance de sirop.
La dose est d’une cuillerée à café à une cuillerée à bouche plusieurs fois par jour. Ce sirop est recommandé contre la scarlatine, la rougeole, la coqueluche et autres maladies de ce genre qui affectent de préférence les enfants.
STRAMONIUM
( Datura stramonium.)
§ Ier. Caractères physiques. — Le datura stramonium est une plante annuelle, originaire des climats chauds de l’Asie et de l’Amérique, maintenant naturalisée en Europe ; elle est commune dans les lieux incultes, dans les décombres , le long des murs. On dés.igne en France celte espèce de datura sous le nom de pomme épineuse. Elle appartient à la famille des solanées , de la penlandrie monogynie , Lin. Les graines, les feuilles et l’extrait de celte plante sont les parties dont on se sert en médecine.
§ II. JSolions chimiques. — Les recherches de Promnilz ont fait connaître dans celte plante «lu ligneux, une matière extractive, de la gomme, de la fécule verte, de l’albumine, de la résine, des phosphates et autres sels de chaux,
de magnésie, et peut-être de l’azotate de potasse. Brandes, Geigner et Hesse ont retiré des semences du datura stramonium une base satihable , alcaloïde,
qu’ils ont nommée rtaturine. Celte
substance se cristallise en prismes incolores, brillants; sa saveur est âcre et amère; elle e-t sans odeur; soluble dans 280 parties d’eau froide et dans 72 d’eau bouillante, très soluble dans l’alcool.
§ IIL Effets sur l'homme bien portant.— L’odeur nauséeuse et vireuse que répandent les feuilles de cette plante fait déjà pressentir scs propriétés héroïques. Pa rmi ses effets sur l’homme bien portant, on a remarqué celui de la dilatation de la pupille, de la paralysie de l’iris, et même la cécité, peisistant pendant plusieurs jours (40). On a remarqué qu’elle cause de la stupeur, des vertiges, de l’ivresse , ou le délire gai et la folie; des tremblements dans les membres, tendance au sommeil, pouls petit, froid aux extrémités, perte de la voix et des sens, paralysie (4t), léthargie et la mort (42). Elle cause aussi quelquefois de la cardialgie , une sécheresse à la.
gorge , des taches rouges livides à la peau. On a conclu de là que son mode d’action sur l’économie était analogue à celui de la belladone et de la jusquiame.
§ IV. Effets dans les maladies. — Depuis que Storck a prouvé par de nombreuses expériences faites sur lui-même que cette plante pouvait être prescrite: avec succès dans plusieurs maladies du système nerveux, les praticiens l’employèrent hardiment dans un grand nombre de cas. Les médecins anglais le louent beaucoup contre certaines maladies de la poitrine (4 3), notamment contre l’asthme qu’ils considèrent comme une affection spasmodique. L’analyse rigoureuse des symptômes cependant démontre que l’asthme n’est ordinairement que la conséquence d’une phlogose chronique du cœur, ou de ses envelop-pes , ou des gros vaisseaux , et souvent d’un vice organique de ces mêmes parties. Dans les maladies catarrhales et inflammatoires de la poitiine, cette plaute
(40) Raü, Stîrp. brit., p. 200.
(41) Sxvaine, Ess. a. obs. phys. a.
lit!., t. u, p. 247.
(42) Sauvages, Nosol., t. », p. 420. A
(43) Communie, rclat. to the datura slranum, etc. Lond., 1811.
STRAMONIUM
a été conseillée par Ward (44) et par Mérat (4 S) ; dans la phthisie, parRead (46); dans l'a r thritis et dans le rhumatisme chronique, par Zolliohofer (47), par \ an Nufl'el (48), par Engelhart (49). Dans le Brésil on s’en sert contre les inflammations chroniques des gencives (60).
Les feuilles écrasées ont été appliquées extérieurement pour calmer les douleurs qui accompagnent certaines plaies, les engelures, les ragades aux mamelles, les hémorrhoïdes , les brûlures, certains ulcères . le carcinome (61)- — Quant aux maladies de l’appareil cérébro-spinal, le stramonium est aussi employé dans les Indes et dans l’Amérique septentrionale comme un excellent prophylactique contre l’hydrophobie. Cooper et Mease 1 ont beaucoup loué dans cette maladie (52), ainsi que Harless (53). Storck, qui a été le premier à remettre en honneur ce remède, s’en est servi avec avantage contre l’aliénation mentale (54); Bernard
(55), Schmalz (56), Neubeck (57) l’ont employé dans cette même maladie avec succès. Barton regarde le stramonium dans ce cas comme un des meilleurs remèdes, en le donnant à haute dose (58).
Bergius le recommande dans le délire puerpéral (59). Une excellente observation pour l’appréciation de la véritable action de celte substance est celle de
(44) Bibliothèque médicale, vol. xl, p. 27t.
(45) Dictionn. univ. de mat. médic., t. n, p. 595.
(46t Richter, Ausf. Arzneyxv., 2 Bd., p. 558.
(47) Revue médicale, t. xi, p. 469.
(48) Nouvelle bibliothèque médicale, 1. n, p. 45t.
149) De datura stram., etc. Amsterd.,
(50) Martins, Jour», de chim. méd., t. ni, p. 550.
(51) Mérat et Delens, Diction., t. n, p. 597.
(52) Americ. med. recorder, 1826,
Vol. VI.
(53) Ucb. d. Bchandl. d. Hundsxv.
Fr., 1809.
(54) Lrbel. de Stramonio, etc. Vind.,
(55) Férussac, Bull., t. n, p. 343.
(56) Chir. u. med. Vorfæl., p. 178.
(57) llufeland’s Journ., 36 Bd., 2 st., p. 167.
(58) Treat. of mat. med., t. n.
(59) Mater, medic.
King, qui a guéri avec le stramonium une inflammation aiguë du cerveau (60).
Les médecins américains regardent le stramonium comme un excellent remède contre le tétanos (61); Grcding (62), Sidren (63), Odhelius (64), Fischer (65), Kreysig (66) el plusieurs autres l’ont vanté contre l’épilepsie ; Lentin (67), contre les névralgies; ainsi que Vaidy
(68), Bigelow et Wolft’ (69), Kirckoff (70) et Marcet (71). Enfin, dans les maladies des yeux, le stramonium a été aussi utile que la belladone. Arnemann et Ilufeland s’en sont servi contre la phthisie pulmonaire (72); Mayer et Wiegers, contre la photophobie douloureuse et les ophthalmies en général (7 3). Begbie a publié dans les Transactions médico-chirurgicales d’Edimbourg plusieurs fails relatifs à l’action calmante et hyposthénisnnte du stramonium , sans que son usage ait jamais été suivi d’accidents, à l’exception toutefois de quelque sensation désagréable au gosier (74).
§ V. Appréciation de faction. — Les faits précédents nous obligent à conclure que l’action du datura stramonium est analogue à celle de la belladone, et par conséquent hyposlhénisanle vasculaire, et en même temps céphalique au plus haut degré.
§ VI. Action mécanique. — Le stramonium n’a aucune action mécanique irritante sur les parties sur lesquelles on
(60) Kuhn, Med. phys. Journ., 1800, ‘ 5 st., p. 189.
(61) Richter, cit., p. 558.
(62) Yermiseht. Schrift, 1 Bd., p. 17.
(65) Dfss. de usu stram. in conv. Bps.,
(64) Acl. r. Acad, scient., vol. xxvn, p. 280.
(65) Eberle treat. of lhe mat. med., vol. II.
(66) Annal d. Tleilk., 12 Bd., p. 696.
(67) llufeland’s Journ., 9 Bd., 1 st.
(68) Journ. compl. du Dictionn. des sciences méd., t. n, p. 87.
(69) Rut’s Magaz., 22 Bd., p. 394.
(70) Férussac, Bulletin des sciences médicales, t. xi, p. 197.
(71) Journ. univ. des sciences méd., t. xvi, p. 107.
(72) V. d. Blallern., p. 546.
(75) Ilariezs, Neue Jalirb., 8 Bd , 2 st., p. 75.
(74) Trans. of (lie med. cliir. Soc.
of Edinb., t. i, p. 285.
l’appiique. Ce qui confirme cette assertion, c’est que l'application de ses feuilles ou de son extrait sur les parties enflammées et douloureuses apaise au lieu d’augmenter la douleur.
§ Vil. Mode d'administration. — L’extrait est la préparation dont on fait usage le plus souvent. Il importe qu’il ne soit pas vieux ni moisi. On l’administre à la dose de 5 à 15 centigrammes (1 à 3 grains), qu’on peut augmenter graduellement. Il en est de même de ses feuilles desséchées et pulvérisées. Van Nuflèl en a donné jusqu’à I gramme et demi et au-delà par bouche; et Barton , dans un cas de folie, en administra jusqu’à 3 grammes. — La teinture de stramonium a été donnée à la dose de 14 à 24 gouttes contre l’asthme aigu par Wand (76). Les Anglais ont assez l’habitude d’employer le stramonium à l'état de vapeur en guise de tabac contre certaines affections du thorax. A Paris on fait des petites cigarettes en papier, composées de feuilles de datura mêlées à des feuilles de sauge à parties égales , qu’on fume dans les cas d’asthme, dit nerveux. La quantité des feuilles sèches de stramonium est pour chaque cigarette de GO à 80 centigrammes (12 à 18 grains); on en fume plusieurs par jour. Quelques malades asthmatiques en ont fumé jusqu’à éprouver des vertiges et de la somnolence. — Les graines de datura jouissent des mêmes propriétés narcotiques.
Garet et Acosta racontent que les lilles publiques des Indes et les malfaiteurs des Canaries et du Malabar s’en servent en les mêlant aux aliments, aux boissons ou au tabac pour plonger les malheureux qui tombent entre leurs mains, dans un état de stupeur, dont ils profitent à leur aise pour les dépouiller.
[Ilyoscyutnus higer.)
§ Ier. Caractères physiques. — On connaît quinze espèces de jusquiame, plantes toutes herbacées, vivaces, bisannuelles ou annuelles, plus ou moins vénéneuses et narcotiques. Celle que la médecine emploie de préférence est la
(75) The London med. and pliys.
Journ,, 1827.
jusquiame noire. Elle appartient aussi à Ja famille des solanées, pentandrie inonogynie, Lin. Cette plante est bisannuelle, d’un aspect lugubre , très-commune sur le bord des chemins et dans les lieux incultes, autour des villages et des granges. Son odeur, ainsi que sa saveur nauséabonde, font déjà soupçonner ;es propriétés délétères. Toutes les parties de cette plante sont douées, plus ou moins, d’une action toxique.
§ II. JSotions chimiques. — Brandes a découvert dans les graines de la jusquiame noire un alcaloïde qu’il a nommé hyosciamine. L'analyse chimique y a fait rencontrer aussi une huile fixe insoluble dans l’esprit-de-vin; uue substance grasse analogue à la cétine, des malates et des phosphates de chaux, de magnésie et de potasse ; une matière extractive , avec un peu de sucre, de gomme, de l’albumine et de l'amidon.
§ III. Effets sur les animaux. — Les maquignons ont l’habitude de mêler quelques graines de jusquiame noire av ec l’avoine qu'on donne aux chevaux maigres, lorsqu’on veut leur faire prendre de l’embonpoint (76). Les cochons, les vaches , les brebis mangent de cette herbe sans inconvénient (77). Alibert dit en avoir fait manger, pendant plus de huit jours, à trois cabiais qu’il avait renfermés dans une cage, sans qu’ils en aient été incommodés (78). Les cerfs cependant et les gallinacés ne louchent point à cette plante, et s’il leur arrive d’en manger, ils en éprouvent des effets toxiques (79). Le suc épaissi de cette plante, administré à la dose de 8 grammes à un chien, détermina des vomissements , la dilatation de la pupille et l’assoupissement (80). Par des expériences directes sur les animaux, M. ürfila dit s’être assuré que la jusquiame n’irrite point l'estomac, et qu’elle agit sur le cerveau par l’intermède de la circulation (81). Ici comme ailleurs cet auteur y fait entrer de l’irritation , de l’inflammation que personne n’a jamais vue. — •
(7f>) Renard, Journal de médecine, .
t. xxviu, p. 243.
(77) Haller, Ilist. stirp. Helv., p. 5S0.J
(78) Nouveaux éléments de thérapeutique, t. i, p. 430.
(79) Matthioli, in Dioscor., p. 751.
(80) Stoerek, Libel. deSiramon., etc.
Yind., p. 28.
(81) Toxicologie, t. il, p. 153.
Le docteur Reisinger expérimenta la jusquianine en l’appliquant sur les yeux; il détermina une forte dilatation de la pupille. Donnée par bouche à des chiens, ces animaux devinrent paresseux, tristes, assoupis, faibles, et finirent par perdre la vue. Ces chiens jetaient des cris plaintifs, mais qui n’avaient pas le caractère de la douleur inflammatoire; et, si on leur donnait du vinaigre, les symptômes augmentaient (82).
§ IY. -Effets sur l'homme bien portant.— L’odeur qu’exhalent les solanées en général, surtout la jusquiame, enivre et plonge dans un assoupissement qui peut devenir mortel. D'après les observations d’Ingen-Houze , aucune plante n’a une influence plus nuisible sur l’atmosphère, surtout pendant l’été , que cette espèce de solanée (83). Quoique Storck ait pris lui -même l’extrait à la dose de 5 centigrammes (1 grain) pendant huit jours consécutifs sans éprouver aucun dérangement, il ne laisse pas d’avertir qu’une dose un peu plus élevée pourrait causer des accidents graves.
Pougens tomba, par l’effet de la jusquiame, dans un fort engourdissement avec tendance au sommeil. S’étant réveillé après huit heures, il éprouva une espèce de bien-être indéfinissable; il avait la mémoire plus active que d’ordinaire , les idées plus claires, l’imagination plus vive, mais dans l’espace de vingt-quatre heures tous ces phénomènes disparurent (8i). — Delta-Valle expérimenta lui aussi, sur lui -même et sur d'autres, l’extrait de jusquiame. lia observé que ce remède ralentit le pouls , procure le sommeil et affaiblit tout le corps. Dans un seul cas la circulation s’est accélérée, c’est lorsqu’on a donné la jusquiame conjointement avec l’alcool. Chez un jeune homme, âgé de vingt-quatre ans, 50 centigrammes d’extrait de jusquiame firent descendre le pouls à 59; la figure est devenue pâle, il éprouva du froid aux extrémités, obscurcissement dans la vue , des convulsions et une défaillance. On a jugé prudent de lui administrer immédiatement une potion alcoolisée qui dissipa à l’ius-
(82) Mcdiz. chir. Zeilung., 17 febrtiar
(83) Gnrdane, Gazctlo de santé, 1773, 1774, p. 219.
(84) Dict. de méd., t. i, — Roques, IPbyt. méd., t. i, p. 207.
Giacomini.
tant tous ces phénomènes. Il n’en a pas été de même sur d’autres individus qui , ayant mangé par mégarde soit les feuilles jaunes de jusquiame qu'on avait prise pour de la chicorée blanche , soit les racines qui ont quelque ressemblance avec des panais, sont tombés dans un état léthargique, ont éprouvé des accès de folie, des spasmes, et, enfin, ont succombé. Les phénomènes les plus ordinaires de cette action se réduisent à In dilatation de la, pupille , à l’éblouissement, à des vertiges, à de la somnolence, au délire gai et calme, avec des hallucinations étranges et des gcsliculations bizarres, à l’aphonie suivie du coma et de léthargie* Les individus ainsi empoisonnés éprouvent en même temps des nausées , nue sécheresse iulolérable dans la bouche et dans le gosier, de l’anxiété avec douleur à l'épigastre; diarrhée, abaissement général de la chaleur animale, faiblesse extrême, treiublemenls, pâleur, sueurs froides, pouls trèspetit, inégal, perte de la sensibilité, paralysie des membres ; le visage devient bouffi , et ils sont sujets à des terreurs paniques ; la syncope paraît suivie d’une véritable asphyxie (85). Il esta remarquer cependant que la mort dans ce cas n’a lieu que lorsque la dose, de la jusquiame a été très-forte , puisqu’il résulte des faits recueillis qu’il y a eu souvent des cas dans lesquels S, 12, et même l(> grammes ne l’ont pus produite; il est vrai que les extraits des plantes vireuses qu’on trouve dans quelques pharmacies sout si mal préparés, qu’ils ne possèdent aucune action.
On comprendra facilement la raison pour laquelle des individus empoisonnés par celte plante se soûl tirés d’affaire, malgré un traitement tout-à-fait contraire à l’indication curative ; j’entends parler des saignées, et de l’application des acides végétaux, tels que le vinaigre, que les toxieologisles conseillent pour apaiser les effets nuisibles de celle substance. La nature hyposthcnitfuedes phénomènes, l’absence de toute inflammation véritable (confirmée par Orfila lui-
(85) Haller, Ilist. stirp. Ilelv., n. 580.
— Essays and observ. phys. and liit.
t. n, p. 243. — Wcpfer, Ilist. cicut.’ aquat., p. 130.— Patovillol, Pbil. trans., t. xr., p. 44(5. — Lanzoni, Op., t. i, p. 19g.
— Donaldson, Med. chirurg. review.
july 1820.
même), l’action réciproquement opposée de la jusquiair.e et de l’opium déjà reconnue par Storck et par Murray; le danger évident que Reisinger a couru en administrant du vinaigre après la jusquiame; l'avantage des liqueurs alcooliques constaté par Della-Valle, tout cela prouve de la manière la plus incontestable que les moyens propres à combattre les effets de la jusquiame doivent être choisis dans la classe des hyperstbénisants ; tandis qu’avec les anti phlogistiques , si toutefois l’empoisonnement n’est pas mortel par lui-même, on ne fait que retarder la cessation totale des symptômes et aggraver la maladie.
§ Y. Effets dans les maladies. — Les anciens avaient plus de confiance dans l’usage externe de la jusquiame que dans son administration par la bouche. Ou trouve dans Celse un collyre jie jusquiame pour les maux d’yeux, et un collutoire pour l’odontalgie (86). Certains charlatans conseillent de fumer des graines de jusquiame pour apaiser le mal de dents. Cet usage est très -ancien. Les praticiens connaissent les suites funestes de l’inspiration prolongée de la vapeur de cette plante; aussi l’ont-ils sagement proscrite contre les maux de dents , qu’elle ne soulage que momentanément
(87). Tournefort assure qu’en exposant les mains et les pieds affectés d'engelures à la fumée de la jusquiame, on en guérit promptement (88). Les graines de cette plante, pilées et appliquées sous forme de calaplasme, ont été conseillées par Tadernemontano , pour faire passer le lait (89). Ferrein se servait des feuilles de jusquiame bouillies, ou infusées dans de l’huile, pour dissiperlesengorgemcnts du sein chez les nouvelles accouchées (90). On emploie aussi ces cataplasmes avec avantage sur les articulations des goutteux (91). L’administration de la jusquiame à l’intérieur n’était presque pas connue, lorsque Storck a publié ses expériences et a recommandé ce remède
(86) Lib. vi, c. vi ; c. îx, n. 9.
(87) Férussac, Bulletin des sciences médicales, t. xvn, p. 2üü.
(88) Histoire des plantes des environs de Taris, t. i, p. 342.
(89) Mérat et Delens, Dict., vol. ni, p. 570.
(90) Mat. méd., t. ir, p. 640.
(01) Nouv. dictionn. de bot. médic., 2» partie, p. 550.
héroïque contre les maladies les plus rebelles. L’école de Vienne en a étendu considérablement l’usage, malgré l’opposition animéede Greding. On manquait cependant de règles suffisantes pour l’administration de cette plante; c est à Rasori, à Borda, àTomassini et à Della-Valle que 1 on doit la véritable appréciation de sa valeur thérapeutique. Les partisans de Ja doctrine italienne employèrent la jusq u Lime dans diverses inflammations, à la place de la saignée. Nous l’avons employée nous -même avec succès dans un cas de méningite aiguë, après trois saignées (92); dans uri autre de myélite cé- ; rébrale (hémiplégie), et, dans un troisième de rachialgüe (93). On comprend mainlenant: l« pourquoi Storck l’a trouvée si efficace contre la folie, l’épilepsie liypersthénique, les palpitations du coeur et l’hémoptysie (9l). Ces résultats sont confirmés par plusieurs praticiens, entre autres par Collin (95); 2° pourquoi Greding l’a trouvée, au contraire, nuisible dans le traitement delà folie et de l’é- ; pilepsie dépendant d'un vice organique
(96) ; 3U comment elle a pu être conseillée par Platner contre l’hémoptysie (97,), par Forestus (98) et par Bovle contre ks hémorrhagies en général (99); 4° comment Gesner a réussi , au moyen de la jusquiame, à calmer la colique inflammatoire (100), et Claudc-r, à arrêter des dysenteries (i), Breiting à dissiper des névralgies (2), Rosenstein la toux convulsive (3), Amslrong la coqueluche (4);
5° comment Schmidt a pu guérir avec la jusquiame l iritis (5), Renard l'arthrilis aiguë (6), Abramson le delirium tremens —
(92) Voy. Mugna, La clinica, etc., ami. 1850-51, n. 96.
(95) Même clinique, 1855-54, n. 72.
(94) De hyoscyanio Libel., p- 50.
(95) Obs., t. v, p. 148.
(9(3) Ludwig, Adv. med. pract., t. x,
(97) Prax. med.,p. 655.
(98) Obs., 1. xvi, obs. 18.
(99) Use fullnes of nat. PhiL, P. n, css. v et vi, t. i, p. 509.
(100) Arzn. in Schwab., 1 Bd., p. 194.
(1) F.ph. nat. curios., dec. ir, an. 6, | obs. 178. p. 861.
(2) llufeland's Journ., 25 Bd., 4 st., I p. 149.
(3) Bskd., p. 270.
(4) Fleisch, Kinderkr., 2 Bd., p. 431.
(5) llimlv’s Oplit. Bibl., 3 Bd., I st. j
(fi) Journal de médecine, vol. xxviii,
NICOTIANE.
des buveurs (7) , et Richter l’a louée contre les fièvres inflammatoires et autres maladies dans lesquelles l'opium ne conviendrait pas (8); 0° comment Tribolet en fait de grands éloges et la recommande dans les péripneumonies pour épargner les saignées , aussi bien que dans le croup, dans la phthisie, et meme dans l'encéphalite (9) ; 7° et comment, enfin, Murray, après lui avoir accordé une propriété narcotique comme à l’opium, a pu avouer, en observateur sincère , que l’administration pratique de la jusquiame ne répond pas à la théorie de son action (10).
§ YI. Appréciation de l'action. — Indépendamment de l’action hyposlhénisante universelle, ou pour mieux dire cardiaco-vasculaire , les faits précédents prouvent que la jusquiame tsl douée d’une vertu affaiblissante très-prononcée sur l’encéphale. C’est celte observation qui nous a fait classer cette substance parmi les remèdes hyposthénisants céphaliques. Cette propriété rend la jusquiame un excellent remède contre les maladies hypersthéniques accompagnées de douleur et d’agitation ; de sorte que, avant même de combattre la condition pathologique (ce qui exige toujours un temps plus ou moins long), la jusquiame peut, en attendant, procurer un grand calme dans les phénomènes les plus inquiétants, en mettant l’appareil cérébrospinal dans un état de langueur salutaire. Dans les maladies douloureuses qui dépendent d’une cause mécanique et incurable, la jusquiame est un précieux remède palliatif: il procure du sommeil , apaise les douleurs, déprime l’orgasme général. Si les praticiens voulaient bien approfondir ces faits, ils ne trouveraient plus que la jusquiame est tout- à-fait inactive, ainsi que plusieurs le croient, et ils ne prescriraient plus à profusion 1 opium et la morphine dans l’espoir mal fondé de calmer les douleurs et l’agitation en question. Avec la jusquiame on calme les symptômes inflammatoires, et, en même temps, on mitige la source de l’agitation et des douleurs; tandis qu’avec l’opium, ou la morphine, on ne fait
qu’étouffer momentanément les symptômes, et on augmente la phlogose qui devient elle-même opiniâtre et grave.
§ Y II. Action mécanique. — Nous ne connaissons dans la jusquiame aucune action mécanique, si ce n’est l’émolliente, que lui attribuaient les anciens en l’appliquant sur les parties enflammées sous forme de cataplasme. Dans ce mode d'application , le médicament peut produire des effets dynamiques si une partie de sa substance est absorbée. L’huile , qu’on retire des semences de jusquiame, et qui est employée comme émolliente, si elle est pure, ne possède aucune des propriétés de la jusquiame.
§ YI1I. Mode d'administration . — La dose de l’extrait est, d’après Storck, de 5 à 15 centigrammes ( 1 à 3 grains). Dans certaines maladies, on peut élever la dose jusqu’à 1 gramme pour vingt-quatre heures. Collin en a donné jusqu’à 2 grammes. Tribolet l’a prescrit à la dose de 4 et même de 5 grammes par jour, mais dans les inflammations fort graves. Dans les cas ordinaires la dose en est de 10 à 50 centigrammes (2 à 10 grains). En Italie on a l'habitude de combiner la jusquiame avec d’autres remèdes contrestimulants, tels que la digitale, les antimoniaux, et notamment le kermès minéral ; dans les inflammations de poitrine , cette union n’est pas à mépriser. — Pour dilater la pupille, on peut se servir de l’extrait étendu dans de l’eau distillée, ou bien de la jusquiamine. Les graines de la jusquiame entrent dans la composition des pilules de cynoglosse de Mésué et des trochisques d’Alkekenge. Les Arabes possèdent une préparation de jusquiame nommée bcrtje , laquelle enivre et provoque le sommeil. Lorsqu’ils en ont contracté l’habitude , ils ne peuvent plus s'en passer, et, dès qu’elle leur manque, ils perdent l’appétit et leur gaîté ordinaire. Les personnes qui en font usage sont celles qui éprouvent des irritations nerveuses continuelles.
NICOTIANE
(7) Hufeland’s Journ., 19 Bd., 2 st . ,
(fi) Ausfubrl. Arzn., 2 Bd., p. 510.
19; Omodei , Ann. univ. di medic.
Jena, 1818, p. 154.
(10) App. rnedic., t. i, p. 240.
(Nicotiana tabacum.)
§ Ier. Caractères physiques. — « C’est vers le milieu du seizième siècle que Jean Nicol de Nimes, ambassadeur de François II en Portugal , envoya en
NlfiOTlANE.
France les premières semences de celte plante, qu’on appela ensuite nicotiana.
Elle est originaire de l’Amérique ; on la cultive aujourd’hui dans presque toutes les parties du monde avec le plus grand succès. On regarde pourtant comme les meilleurs tabacs ceux qui croissent dans l’Amérique du nord, et notamment dans la Virginie. La nicotiana appartient à la famille des solanées, pentandrie monogynie, Lin. Ses feuilles sont employées en médecine et dans l’usage domestique; elles sont grandes, épaisses, ovalo-lancéolées, aiguës, sessiles, mollasses, d’un vert ':âle, velues, glutineuses et pubescentes ; lorsqu’elles sont fraîches, elles présentent une odeur forle, sont d’un goût âcre et nauséeux , ainsi que toutes les autres parties de la plante.
§ II. Notions chimiques. — Le suc des feuilles fraîches de la nicotiane a été plusieurs fois analysé ; Posselt et Reimann y ont découvert un principe qu’ils ont nommé nicotine , alcaloïde transparent , incolore , liquide , d’une odeur qui rappelle celle du tabac, d’une saveur âcre, brûlante et durable. D’après Berzélius une seule goutte de celte substance suffit pour tuer un cliieu. On retire aussi de cette plante une huile volatile analogue au camphre , que Ilcrmbstaed nomma nicolianine , de l’extractif amer, de la gomme , quelques sels, et de la résine verte. Vauquelin avait déjà obtenu un principe âcre, volatil, soluble dans l’alcool et dans l’eau, que plusieurs chimistes ont cru pouvoir désigner sous le nom de labaccina , dans lequel ils font résider les propriétés enivrantes et vireuses du tabac. — Le tabac qu’on prépare dans les manufactures , quand il a fermenté, varie beaucoup dans ses principes constitutifs et développe des principes nouveaux.
5 III. Effets sur les animaux. — Pour prouver la grande puissance de la nicotiane, on n’a qu’a donner une seule goutte de l’huile obtenue par distillation à des ebiens ou à des chats, ils sont tués en quelques instants (11). La poudre même et le suc sont très - nuisibles aux animaux; M. Orüla dit avoir tué des chiens dans l’espace de huit ou neuf heures , avec 15 grammes de tabac donné par bouche, en leur liant l'oesophage; 8 grammes seulement suffisaient lorsqu’on
(11) Roques, Phylogr. médiç., t, t,
l’appliquait dans une plaie. Un chien mourut avec 80 centigrammes(l 8 grains) seulement (12). Si M. Orfila trouva, ainsi qu’il le dit , quelque^ traces de phlogose dans le canal digestif, lesquelles , d’après son propre aveu , étaient fort légères, nous ne devons pas omettre de rappeler que la plus légère ligature de l’œsophage peut les produire, lorsque l’animal survit quelques heures à l’opération.
§ IV. Effets sur l’homme bien portant. — Pour bien connaître les effets de la nicotiane sur l’homme bien portant, il suffit de jeter un coup d’œil sur les faits les plus triviaux. Nous voyons les feuilles sèches de la nicoliane réduite en poudre, préparées de différentes manière, inspirées dans les narines, chatouiller l’odorat ; ces mêmes feuilles fumées à la pipe, produire une sorte d'excitation ou d’ivresse ; mâchées en petite quantité, faire affluer dans la bouche une grande quantité de salive, et picoler l’organe dégustateur. Celte plante occupe aujourd’hui une place considérable dans les habitudes et les besoins de presque tous les peuples. 1, 'habitude diminue de beaucoup et éteint les effets du tabac ; de sorte que, pour les observer dans leur pureté, il faut les examiner chez les personnes qui en font usage pour la première fois, ou qui en prennent excessivement. Chez les priseurs il faut d’abord distinguer l'effet primitif d’irritation locale dans les narines qui détermine une cuisson, l’éternument, l’écoulement d’une mucosité par les narines et le larmoiement. Ces effets ne sont pas exclusifs au tabac , une poudre quelconque pouvant les produire par ses seules qualités mécaniques ou chimiques. Les feuilles sèches d’une plante la plus innocente, comme la mauve, si elles ne sont pas finement pulvérisées , déterminent , lorsqu’on les inspire dans les narines, ces mêmes effets irritatifs. A côté de ces phénomènes locaux produits par le tabac , s’eu présentent d’autres, tels qu’une céphalalgie d’abord légère, des étourdissements, et une sorte d’ivresse. Il n’est pas nécessaire d’avaler le tabac pour éprouver des nausées accompagnées d'angoisses à l’estomac , et même le vomissement. 11 est vrai que ces symptômes ne sont pas de longue durée , quoique Ramazzini lésait trouvés persister plus ou moins loug temps chez
(12) ToxiçoI., t. », p. 245.
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les fabricants de tabac, lesquels éprouvent souvent une toux opiniâtre et des tremblements dans les membres (13). Un ami du docteur Cliomel, en flairant du tabac d'Espagne , tomba en défaillance et sou corps s'est couvert de sueur froide (i4). Ce sont là des effets dynamiques en opposition avec les premiers; ils sonl la conséquence de l’absorption de quelques parcelles de ni coliane. Les diflérentes espèces de tabac offrent des effets soit dynamiques, soit physico - chimiques fort variables. Toujours cependant l’intensité de l’un de ces effets est en raison inverse de celle de l’autre. Ces différences dépendent principalement du climat que la plante habite, du terrain où elle végète, de la manière de la préparer, de l’état plus ou moins avancé de sécheresse, etc. On comprend que si la poudre de tabac n’est pas humide , la pituitaire ne peut l’absorber ; alors il n’y a pas d’effets dynamiques, et il agit seulement mécaniquement en chatouillant la muqueuse , et vice versa s’il est finement pulvérisé et un peu humide. La fermentation influe aussi beaucoup sur la nature de l’action du tabac, car elle développe des principes salins nouveaux qui irritent les narines et qui donnent lieu à des effets dynamiques divers. J’ai observé qu’à conditions égales, la poudre fermentée chatouille, il est vrai, et irrite vivement les narines , mais produit moins d’effet sur l’encéphale. On peut s’en convaincre en se servant comparativement de la poudre de feuilles non fermentées et de celle de feuilles fermentées, au même degré d’humidité.
L’action mécanique ou irritante du tabac chez les fumeurs est excessivement faible; on pourrait presque la regarder comme nulle. On se tromperait si on voulait s’expliquer ce fait par la salivation abondante qu’éprouvent les fumeurs. Si on réfléchit qn’en tenant entre les dents un fétu de paille, ou un caillou dans la bouche, la salive est sécrétée en abondance , on doit déduire que le surcroît de sécrétion , qui a lieu chez les fumeurs, tient à la présence du corps étranger dans les dents. Effectivement on n’éprouve pas de la salivation abondante lorsqu'on a l’habitude de tenir la
(13) Do morbis artif. Diatr, Yen., 17-43..
(1-4) Roques, Tliytogr. raêdic., t. j,
pipe ou le cigare au bout des lèvres. La fumée de tabac n’est pas du tout irritante; je ne cesserai de le répéter, puisque je vois plusieurs personnes en inspirera pleins poumons sans en éprouver la moindre toux, ni la moindre irritation à la gorge; et moi-même qui ai une aversion très-prononcée pour la fumée de tabac, je me suis trouvé dans un cabaret où l’air était fortement imprégné de vapeurs de nicotiane, et j’y ai respiré pendant quelque temps sans autre gêne que l’aversion particulière pour ce parfum.
Il en est autrement lorsque la vapeur de la nicotiane est absorbée. De la langueur générale, de l’engourdissement, un trouble dans les idées frappent celui qui pour la première fois inspire ou se trouve enveloppé d’une fumée de tabac. Il éprouve de la pesanteur à la tête , des vertiges, il chancèle, pâlit, a de fréquentes envies d’uriner, des nausées, des douleurs à l’estomac , une faiblesse générale, du froid à la peau, des sueurs vers le front. Ces phénomènes sont les avant-coureurs du vomissement, qui s’effectue sans aucun soulagement des autres symptômes. On ne doit pas en accuser la salive qu’on aurait pu avaler , car la même chose a lieu aux personnes renfermées dans des chambres closes, même aux meilleurs fumeurs qui y restent comme simples spectateurs. Ces symptômes peuvent empirer au point de donner lieu à la défaillance, à l’assoupissement , à l’asphyxie , et même à la mort. On connaît le fait relatif aux deux frères, dont parle Hehving , qui moururent dans un état léthargique pour avoir vidé en fumant, l’un dix -sept, l’autre dix-huit pipes de tabac (16).
Ceux qui chiquent, en éprouvent des effets mécanico-irritatifs très-prononcés, savoir : une copieuse salivation , de la chaleur dans la bouche , et quelquefois même une inflammation aux gencives , au gosier , à la langue. Les effets dynamiques en sont fort légers, si l’on n’avalc pas la salive ; dans les cas contraires, on éprouverait les mêmes effets que si on prenait la nicotiane par bouche. — Les petites doses de feuilles ou du suc de la nicoliane par bouche augmentent la sécrétion de l'urine. Mais pour peu que la dose soit élevée, la pupille se dilate, il survient dcl’obscurcissementdans la vue, des vertiges , et une tendance à l’assou-
(15) Obscrv. phys. mcd., p. 45.