‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 149 sur 168 · N1C0T1ANE · texte numérisé non relu

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pissement. Plusieurs auteurs disent, contradictoirement à ce fait, que la pupille se resserre par l’effet de la nicoliane. Nous avons voulu nous eu assurer par l'expérience directe qui nous a prouvé ce que nous venons d’avancer. On éprouve en outre, des nausées, du vomissement, de la diarrhée, avec tremblement dans les muscles; la figure devient pâle; les extrémités froides ; sueurs abonda nies sur tout le corps ; pouls petit et lent; faiblesse générale; les membres sont comme paralysés; délire, syncope, asphyxie, mort.

Tous ces effets, qui se développent en prenant la nicoliane par bouche, se manifestent d’une manière plus intense encore si elle est appliquée à la peau dénudée de l’épiderme , ou dans une plaie. On rapporte des cas de mort survenue par les simples lotions sur la tête, d’une infusion de nicoliane exécutées pour la guérison de la teigne, ou appliquées dans d’autres régions pour la guérison d’une autre maladie cutanée. Walterhat a été témoin d’un cas de mort survenue en trois heures par une friction faite avec une préparation de nicoliane (IG). Une malheureuse mère a vu ses trois enfants sur le point de périr en vingt -quatre heures , pour leur avoir enduit la tète avec un liniment de beurre de nicoliane, dans le but de les guérir de la teigne et des poux (17).

Ces phénomènes ne sont certainement pas l’effet d’une irritation , d’une phlogose locale; ils dénoncent une véritable hyposthénie. Sans cette espèce d’ivres-e causée parle tabac, ivresse qu’on assimile à celle que produisent les alcooliques, on n’hésiterait pas je croisa reconnaître l’action hy posthénisante. Celle ivresse cependant en diffère tellement qu’on la dissipe au moyen du vin et des autres liqheurs hypersthénisantes ; tandis que l’ivresse produite par les alcooliques est guérie promptement par le tabac, surtout par sa fumée. Je sais bien que celte assertion ne sera pas généralement admise, quoiqu’on ait tous les jours sous les yeux la preuve de ce que j'avance : mais on n’y réfléchit point. Les grands fumeurs, en effet, sont en même temps grands buveurs; l’excès de l’un de ces agents est mitigé par l’aulre et aide à tolérer son usage. Il est facile, au reste,

(IG) Journal de médecine de Leroux, t. xv, p. 289.

(17) Murray, Op. jned., t, p. 248.

de faire sur soi-même l’expérience en prenant abondamment et successivement de ces deux substances; on verra si l’ivresse alcoolique s’accroît ou diminue sous l’influence de la fumée de tabac.

Nous verrons d’ailleurs la confirmation de ce fait dans l’élude de l’empoisonnement par le tabac. Un individu voulant se débarrasser de quelques insectes pubiens (morpions), dont il était incommodé , a fomenté avec une décoction de tabac toutes les régions occupées par ces sarcoptes. U a éprouvé bientôt des vertiges, une grande faiblesse générale, des vomissements , et une grande anxiété.

On eut recours aux éthers, et tous ces symptômes cessèrent à l’instant (18).

Une femme présentait les symptômes les plus graves d’un empoisonnement par ce solanuni; elle a été guérie à l’aide de la liqueur d’Hoffmann, et de la thériaque par Vandermoude (l9). Diemerbroeck rapporle le cas d’un individu qui, en temps de peste, avait avalé du tabac dans de la bierre, et qui était tombé dans un tel état d’anxiété et de faiblesse qu’il était sur le point d’expirer. On lui a administré do vin chaud, contenant de la noix muscade, de la cannelle et du gingembre ; et les symptômes se sont promptement dissipés. Le malade est tombé aussitôt dans un sommeil fort tranquille, et, en se réveillant, il était parfaitement guéri (20). Ces faits et beaucoup d'autres pareils nous autorisent à penser que les effets dynamiques de la nicoliane sont franchement hyposthéniques.

§ V. t'ffels dans les maladies. — Les effets thérapeutiques du tabac ont élé observés par un grand nombre d’auteurs.

Ils confirment parfaitement la conclusion précédente. Les faits cliniques sur ce sujet se rapportent à la guérison de l’hydropisie par Foxvler (2 1 ), par Garnelt (22), et par ftlagnen (23); de plusieurs maladies des voies urinaires, accompagnées de douleur et de rétention d’urine,

(18) Mémoire de la Société royale de médecine, t. n, p. 299.

(19) Recueil périodique d’observations de médecine, t. vir, p. G7.

(20) Tract, de peste, I. iv, p. 294.

(21) Med. reports on lhe eff. of labacco. Lond., 1785.

(22) Duncan, Med. comment., dec. n, t. VI.

(23) De Tabac, cxercit. xiy. Ilag.,

NtCOT

par le même Fowlcr, par Simmons (21),

J, rEarle (25), p u- Bin-Uain (2C), et par ’W'e'tbery (27); du catarrhe pulmonaire chroniq ue, de l’asllimr, de la coij ueloclie, par Grgner, pir Tliilcnius, par llufelaïul , et par llarrison (28) ; de l’angine tonsillaire et de la pncunionite, par Page (29); de la dysenterie et de plusieurs inflammations franches, par O'Beirn, qui a employé la decoclion de tabac en Ionien— talion (30); de l'iléus, par Sydenham (3t), par Abslorphius(32),et parConradi (33); «te l’étranglement herniaire, par Heisler (31), par de Ilaen (35), par Seheffer (36), par Iley (37), et par d’autres; des vers intestinaux et de la céphalalgie, par Boerliaave (3S'; de l’odontalgie, des tumeurs dures, inflammatoires, par Rumpli (39); des bubons (en fomentation), par Gra bain

(40) ; des ganglions hypertrophiés et des indurations aux mamelles, par Spalding (4 I) ; de la gale, di s dartres et de la teigne, par Stoll (42), par Grand (43), par Uiulcr wood (44), et par Justamonde (45).

(24) Phys. med. Journ., déc. 1802,

(25) Med. chir. Irons. , t. v, p. 82.

(26) Prakt. Iîemcrk. ü. d. K.r. u. verlelz. d. Blose, 1SI3, p. 96.

(27) Revue médicale, t. xn, p. 536.

(28) Diss. de Pertussi. Gotl., 1793.

(29) The Edinb. med. and phys.

Journ., t. xviii, p. 554.

(50) Dubl. llosp. rep., t. iii.

(51) Opéra, p.-533, 606.

(32) Samml. aus. Abh. z. Geb. f. p.

Aerzie, 44 Bd., p. 511.

(53) Hufeland's Journ., 6 Bd., p. 402.

(34) Chirurg., p. 807.

(35) Rat. med., t. i, p. 113.

(56) Gebr. u. Nux. d. Tobacsraucb.

(37) I’racl. observ. in surg. Long.,

(58) Med. observ. and inquir., t. u , p. 507.

(59) Hcrb. Amb., t. v, p. 226.

(40) Journ. analyl., mars 1828.

(41) The medic. repertor. by Milckill., t. iv, 1817.

(42) Rat. med., P. iv, p. 467.

(43) Samml. aus. Abh. z. Gebr. f. pr.

Acrzte, 13 Bd., p. 57.

(44) D. Engl. Kinderaizt., p. 15.

(45) Samml. aus. Abh., etc., 12 Bd., p 457.

La nicoliune n'a pas clé moins utile dans 1rs maladies de l’appareil cérébro-spinal, comme dans la manie, ou elle était conseillée par Goxc ; on dirait même que celte substance est demandée instinctivement par les malades, car on sait que les aliénés sont très-avides de tabac. Beaucoup d'auteurs recommandent le tabac comme prophylactique de I apoplexie

(46); ils prescrivent les lavements de fumée de tabac contre l’assoupissement apoplectique. Dans les Indes, on guérit le tétanos à l’aide de la nicoliane. Lefoulon (47), Duncan et Harris (48) en tirent usage avec succès contre cette maladie ; et O’Beirne contre le tétanos traumatique. Thomas et Anderson (49) en rapportent aussi des guérisons. La nicoliane fait partie des remèdes contre l’épilepsie , elle est recommandée par Zacutus Lusitanus , par Larivière, par Currie (50), et par Page (5 1 ).On a prescrit dès la plus haute antiquité la fumée de tabac par le rectum contre les asphyxies. Cette pratique cependant peut être dangereuse. Les asphyxies ne sont pas toutes de même nature. Il en est qui dépendent d’une cause mécanique qui agit sur quelque vice cardiaque, et qu’on ne pourrait regarder comme hy persthénique. lien est d’autres qui sont véritablement hyposlhéiiiques , et d’autres qui sont hypersthéniques. Parmi les premières on compte aussi les asphyxies proiluites par de fortes pertes de sang; par une grande soustraction de calorique, comme dans l’engourdissement par le froid; par manque d’oxygène , comme chez les noyés. On peut regarder comme hyposthéniques celles qui dépendent de l’action du gaz acide carbonique, ou de tout autre gaz délétère; celles qui sont produites par les poisons hyposthénisants , tels que l’acide hydrocyanique, le nitre, le tartre stibié, la ciguë et la nicoliane elle-même. Parmi les secondes on compte l’asphyxie des personnes pléthoriques , celle des nouveau-nés, celle des ivro-

(-46) Zetl. do nicot. util. et nox.

(47) Harless, N. Journ. d. med. chir.

Lit!., 6 Bd., n. 2.

(48) Samml. aus. Ab., etc., 30 Bd p. 654.

(49) Dubl. Ifosp. reports., t. ut.

(50) D. gcw. u. bew. Milt. g. d. Fait suclit, 1823, c. ix.

(51) Gazetlo do santé, août 1820.

NICOTIANE.

gnes par le vin , l’alcool ou l’opium ; celle produite par une compression cérébrale sous l’influence d’une force mécanique externe. Dans les asphyxies appartenant à cette seconde classe , les clystères de fumée du tabac peuvent être utiles à cause de leur action liyposlhénisante.

Ces mêmes moyens ne sont pas contreindiqués dans les asphyxies dépendant d’un vice mécanique, mais on doit sévèrement proscrire les lavements de fumée ou de décoction de tabac dans les asphyxies hyposthéniques, car ils augmenteraient l'hyposthéiiie et hâteraient la mort.

§ VI. Appréciation de l'action. — D’après les effets que produit sur l’économie la nicotiane, et les moyens nécessaires pour les dissiper, on doit conclure que son action est hyposlhénisante-céphalique , et en même temps cardiacovasculaire. La nicotiane pourrait trouver dans les maladies une application beaucoup plus étendue si elle n’était pas si généralement en usage comme objet d’agrément ou de gourmandise , et si cela ne donnait pas lieu à des abus graves, le tabac étant entre les mains de tout le monde et pouvant être employé sans prescription de médecin. L’abus du tabac Cit nuisible, puisque celui-là même dont on se sert pour priser, et qui, comme on sait, n’est pas orthodoxe, s’il est employé en excès , donne lieu à des étourdissements, affaiblit la mémoire et l’imagination, et hâte chez beaucoup de personnes la stupidité sénile. Le tabac que l’on fume nuit sérieusement aux jeunes gens, car il énerve, abat les facultés intellectuelles , retarde le développement des organes; il nuit aussi à l'âge mûr, lorsqu’on en abuse , car il rend paresseux, hébété, et éteint toute l’énergie morale. L’usage de la pipe nuit aussi aux fonctions gastriques, car il les trouble, les rend malades. Les personnes qui chiquent continuellement du tabac éprouvent des dérangements dans la digestion; à moins qu’ils ne soient doués d’un tempérament robuste et que leur nourriture ne soit très-grossière et excitante. Je dois dire cependant aussi que le tabac pris avec mesure et prudence pourrait être utile aux personnes studieuses, dont l’imagination est fa liguée par les congestions sanguines habituelles vers le cerveau; l’expérience démontre, en effet, que dans ces cas une prise de bon tabac fin rafraîchit les idées. Les personnes qui mangent beaucoup, qui boivent habituellement

des liqueurs enivrantes et qui éprouvent par là des céphalalgies, se trouvent bien de 1 usage du tabac; la pipe les soulage en dissipant les vapeurs qu’elles éprouvaient vers la tête, et leur rend la gaieté et la sérénité d’esprit. On voit par là que l’effet du tabac est loin d’être excitant. Il semble exciter l’encéphale parce qu’il rétablit la libre fonction de cet organe en dissipant les congestions et la surexcitation. Je n’aime pas le tabac, pourtant j’en conseille l’usage dans des limites qui me paraissent raisonnables. On nem’appliquera pas, par conséquent, ce qu'on disait du docteur Fagon , premier médecin de Louis XIV, qui, tout en s’emportant dans la chaire contre l’usage du tabac, en prisait très -abondamment à chaque minute.

§ VU. Action mécanique. — Les feuilles fraîches de la nicotiane conservent une âcreté chimique qui s’évente en partie par le dessèchement. La poudre sèche est aussi âcre , mais elle perd celte qualité par la cuisson. Si on veut s’en servir à l’extérieur on doit donner la préférence à l’extrait ou à la décoction. Si on veut l’employer pour tuer les poux ou les morpions, on ne doit pas oublier que la substance peut être absorbée et produire des effets fâcheux. — Le tabac considéré comme sternutatoire est un bon irritant mécanique de la pituitaire nasale.^

On a beaucoup employé autrefois la nicotiane en médecine. On en a exagéré d’abord les propriétés, on en a fait un remède universel, une espèce de panacée propre à guérir toutes les maladies. L’on a aussi exagéré ses propriétés malfaisantes. Pour l’emploi de la nicotiane par bouche, il ne faut pas oublier que celle de l’Amérique du sud et de la Havane est regardée comme la plus douce. Celle de l’Amérique du nord , et spécialement de la Virginie, est la plus forte et la meilleure. La nicotiane qu’on cultive dans nos pays, surtout dans les contrées dont la température en permet la naturalisation, est peut-être douée d’une action hyposthénisante plus efficace que l’exotique ou l’américaine. La nicotiane en infusion dans l’eau bouillante se prescrit ordinairement à la dose de t ou 2 grammes, on n'en doit jamais dépasser la dose de 4 grammes. L’infusion peut aussi être employée à l’extérieur; dans ce cas on peut en doubler et même tripler la dose. L’extrait de nicotiane est

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