NOIX VOMIQUE
[Slrychnos nux vomica.)
La semence ainsi nommée est plate, arrondie', de la forme d’un boulon déprimé au centre, ou ombiliqué, trèsdure , d’une saveur exLèmement amère, d'une couleur grise verdâtre. La noix vomique provient d’un arbre des Indes ( strychnos nux vomira, de la famille des apocynées , penlandrie mouogynie.
Lin.). Dans cette graine, outre la . strychnine, Pelletier et Caventou y ont trouvé de l'acide igasurique, de la brucine, de la
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cire , de l’amidon , de la bassorine , elc. Grundoni y a trouvé en outre une huile verte, analogue aux autres huiles grasses.
FÈVE DE SAIiNT-IGNA.CE.
(Semc/i Ignaliœ amarœ.)
On donne ce nom à la semence d’un arbre du genre sirychnos des Indes orientales, que le père Camelli , en honneur du fondateur de l’ordre des jésuites, nomma Ignatia amara. Celte semence est irrégulière , anguleuse , dure, Irèsamère, d'un brun pâle au dehors, striée, inodore, de la grosseur d’une olive. Chaque fruit, qui est de la grosseur d'une poire ordinaire, ovoïde, glabre, contient
I 5 a 20 de ces semences. Outre la strychnine , les chimistes français que je viens de citer ont trouvé dans cette graine les mêmes principes que dans la noix vomique, et spécialement l’acide igasurique, dont la nature n’est pas encore bien connue.
§ III. Effets sur les animaux. — On a expérimenté sur les animaux l’extrait de noix vomique. Les oints, les chiens et les lapins sur lesquels Desporles, Magendie et Delille essayèrent cette substance moururent comme asphyxiés, à la suite de contractions spasmodiques et tétaniques (52J. • Une. raideur qu'on pourrait assimiler à celle du tétanos , associée à une insensibilité absolue, a été remarquée par Lossius chez les animaux qu’il avait empoisonnés avec la noix vomique.
II a observé aussi qu'on peut les piquer, les brûler, les amputer même, sans qu’ils manifestent la moindre sensation de douleur. Les chèvres qui peuvent résister, comme ou sait, à l'action de plusieurs poisons végétaux meurent par celui-ci
(53) . Les nécropsies ne décèlent pas la moindre trace de phlogose chez les sujets qui ont succombé à l’action de ce poison
(54) ; cela a été constaté par plusieurs auteurs, entre autres par Wepfer (55J.
La fève de Saint-Ignace, que Sidren et Alm expérimentèrent sur des animaux,
(52) Examen lu à l’institut de France, le 24 avril 1809.
(55) Pelletier et Cavcnlou.
(5'<1 Dissert. de nuco vomica. Witt..
(55) De cicula, p. 194.
produisit les mêmes effets que la noix vomique (50). — Pelletier et Caventou, ayant appliqué 2 centigrammes de strychnine dans lu gorge d’un lapin , virent se manifester des convulsions, et l’animal mourut au bout de cinq minutes. La même dose placée dans une plaie pratiquée sur le dos d’un autre lapin le tua en trois minutes et demie. On répéta ces expériences avec le même résultat , et l’on s’est convaincu qu’un seul centigramme de strychnine suffisait pour tuer les lapins , les cochons d’Inde, les chats, dans l’espace de vingt à soixante minutes , sans laisser à l’autopsie la moindre trace d’inflammation , ni d’autre lésion appréciable. D’autres expériences entreprises avec I centigramme de strychnine préparée avec l’acide azotique et l’acide hydrochlorique démontrèrent à ces mêmes auteurs que les lapins mouraient en cinq minutes, c’est-à-dire dans le même temps que ceux qui avaient pris une d se double de strychnine pure. Ceux qui avaient pris la strychnine associée à l’acide hvdi ocyanique moururent aussi plutôt; tandis que , en combinant t centigramme de strychnine avec 10 centigrammes de morphine, les symptômes spasmodiques ne se déclaraient qu’une heure après, et ils étaient interrompus par un état de calme. Le soir , l’animal mangea bien , et il ne mourut que dans la nuit. Cette expérience montre assez clairement que la morphine affaiblit les effets de la strychnine. La même chose arriva à un autre lapin à qui on donna 1 centigramme de strychnine combinée à 60 centigrammes d’extrait d’opium. Cet animal éprouva un accès spasmodique après un quart d’heure ; plus tard , il en eut un second, après lequel il mangea ; il parut s’assoupir, et mourut le jour suivant. Enfin, un troisième fut soumis à la même dose de strychnine associée à 30 centigrammes de morphine. L’animal n’éprouva aucun spasme, et, après trois jours, il était très-bien portant, et lut soumis à d'autres expériences (57). 11 est évident que les 30 centigrammes de morphine , dose qui avait donné la mort à d autres lapins , ont été anéantis par 1 centigramme de strychnine , dose qui, elle aussi , avait été mortelle sur d’autres
(50) Diss, do nuce vomica, etc. Ups.,
(57) Journal universel des sciences médicales, juin 1819, p. 258.
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lapins. Ces expériences de Pelletier et Cavcntou furent soigneusement répétées, avec les mêmes résultats , par Crcmer , qui affirme de son côté qu’on ne trouve sur les cadavres presque jamais la moindre trace d'altération, et que la morphine est le vérilable contre-poison de la strychnine (58). Quel que lût le but que se proposèrent les auteurs de ces expériences , il nous sera toujours permis de croire, pour le moment , que l’action de la strychnine , qui est analogue à celle des acides azotique , hydrochlorique et liydrocyanique, est contraire à celle de la morphine çt de l’opium , et par conséquent hyposthénisante.
§ IV. Effets sur l’homme bien portant.— Que l’on administre de la fève de Saint-Ignace ou la noix vomique à petite dose , on produira toujours des spasmes (59) douloureux aux muscles des membres ; d’abord aux membres inférieurs, ensuite aux membres supérieurs (GO).
Quelquefois il y a flux de ventre avec nausées , et des picotements dans les extrémités. Bergius a obtenu par des doses un peu plus fortes des vertiges, des tremblements dans tout le corps, des mouvements convulsifs, des sueurs froides et des défaillances (G l). Crimm dit avoir remarqué une espèce d’ivresse, où tout le corps est comme saisi et tout-à-fait insensible, et couvert en même temps de sueurs abondantes (G2).
Les doses élevées de ces graines déterminent la cécité, un relâchement et une paralysie absolue, l’asphyxie et la mort en quelques heures. Plusieurs individus moururent en présentant ces seuls symptômes; ou bien ils restaient raides, après avoir pris une graine de noix vomique ou de fève de Saint-Ignace. Loss, pourtant, assure avoir pris impunément 5 centigrammes de noix vomique, et qu’un de ses amis en avait pris une noix tout entière (G3). Il faut supposer que cette noix était cariée ou autrement
(58) Slrychnii. vis ac efflcac. in corpus anim. Bonn., 1820.
(59) .l’entends par spasmes douloureux ce que les auteurs nomment secousses tétaniques.
(00) Dictionnaire des sciences médicales, t. xx, p. 284.
(01) Mal. méd., p. 150.
(02) Eph. nat. cur., observ. 72.
(63) Dissert, de nuce vomica. Will.»
gâtée, ou bien brûlée, et qu’elle avait par conséquent perdu son action naturelle. Au dire de Fodéré, la noix vomique ne produit que des effets purement sédatifs, caractérisés par un ralentissement dans la circulation et la respiration. Il a remarqué chez un individu que le pouls, qui était à soixante-douze, a descendu à trente en une minute (G4).
Rademacher obtint avec l’extrait de noix vomique des vomissements , et tous les symptômes d’un état de faiblesse des plus menaçants, et il assure en outre que cet extrait ne peut pas être toléré par les individus s’il n’est combiné à la teinture d’opium (65). — Les effets de la strychnine sont bien plus terribles encore, car à des doses tout-à-fait minimes elle produit ces mêmes effets. Elle détruit promptement la vie. BrolTerio rapporte le cas d’un individu qui mourut très-promptement avec 100 centigrammes seulement (GG). Il observa en même temps l’action particulière de celte substance sur la moelle épinière; observation confirmée depuis par d'autres
(67). Bardsley porta la dose jusqu’à 7 centigrammes dans les vingt-quatre heures, et il a vu des accidents graves se déclarer, tels que des vertiges, des vomissements, l’abaissement du pouls, difficulté dans la respiration, anxiété, contractions tétaniques dans les muscles et une sueur abondante vers la tête. — • Ce praticien parvint à calmer ces phénomènes à l’aide des stimulants diffusifs, tels que l’alcool, l’éther, etc. (GS). ûliquel en a apaisé les effets à l’aide de la morphine (G9). Un élève en médecine s’est empoisonné avec une fève de Saint- Ignace , et il a été parfaitement guéri, moyennant l’alcali volatil à la dose de G gouttes répétées tous les quarts d’heure (70). Après les vomitifs, les opiacés ont été regardés comme les meilleurs
(04) Roques, l'hytogr. méd., vol. i, p. 284.
(05) Libell. de dysenter. Colon., 1806.
(66) Report, med. chir. di Torino, an. 1825, p. 296.
(67) Mérat, Guérin, Fournier, Barras, Branca, Barzellotti, Flourens.
(68) Ilospit. fact. and observ. tbo London med. and physic. Journ., n. 5, t. vu, p. 52.
(69) Journal de Tavernier et Beaudc, août 1826.
(70) Sauvages, Nosolog. mélliod.
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remèdes contre l’empoisonnement par la noix vomique par A liber t (71) et Richter (72) et par d’autres. — Ainsi , les études entreprises sur l’homme bien portant confirment l’idée que nous avons émise d’après les expériences sur les animaux, savoir : que l’action de la strychnine et des substances qui la produisent est hyposthénisante. Quelques expériences cependant que le professeur Beraqdi entreprit dernièrement sur luimême et sur un de ses élèves, sembleraient au premier abord établir que la strychnine est douée d’une action stimulante. Ces deux observateurs ont commencé par avaler chacun 2 centigrammes et 1/2 de noix vomique le premier jour; ils augmentèrent celte dose graduellement tous les jours jusqu’à 30 centigrammes au maximum. Ils commencèrent leurs expériences dans une chambre échautïée à quinze degrés (Réaumur); c’était vers le mois d’octobre 1822. Ils éprouvèrent d’abord de l’étourdissement et une confusion dans les idées, de l’obscurcissement dans la vue , quelque douleur à la tète, à l’oreille gauche, le long de l’épine dorsale, aux membres, au ventre. Leur teint s’anima, leur langue devint rouge , et le pouls plus fréquent que d’ordinaire ; quelquefois pourtant il a été plus lent et plus faible. Ils éprouvèrent des spasmes. Plus tard la céphalalgie se dissipa, quoique les autres symptômes, tels que la dilatation de la pupille, la lourdeur dans les membres , les borborygmes, la chaleur et la douleur à l’épine dorsale et au plexus brachial, persistassent encore pendant quelque temps.
M. Beraudi a considéré la douleur à la tète , la rougeur de la langue et des yeux, l’accélération du pouls et les autres phénomènes comme des symptômes d’excitation, et il a cru pouvoir conclure que les effets de la strychnine étaient excitants (73). La conclusion eût été logique si ces effets eussent été réellement produils par la noix vomique ; mais j’ai de fortes raisons pour croire qu’ils tiennent à des circonstances accessoires mal appréciées, tellement ils me paraissent en contradiction avec l’observation journalière. Remarquez en effet que les
(71) Mater, mcdic., t. m, p. 187.
(72) Ausf. Arzn., 2 Bd., p. GG6.
(75) Délia noce vonüca Dissortaz. Milano, 1830, p. 24,
deux expérimentateurs se sont placés dans une température élevée, la chambre étant très-chaude. Or, on sait que chez beaucoup de personnes la chaleur détermine des congestions vers la tète et l’accélération du pouls. Effectivement , ces phénomènes se sont déclarés aussitôt après l’ingestion de la substance délétère , c’est-à-dire lorsqu’elle n’avait peut-être pas encore commencé à opérer, et ils cessèrent quelques heures plus tard, précisément lorsque le poison aurait dû faire sentir davantage son action. Avant de prendre la substance vénéneuse, le pquls marquait 75, 7G ou 78, ce qui n’est pas ordinaire chez l’homme bien portant, à moins d’être placé dans une température élevée comme devant un poêle allumé. D’ailleurs, ils éprouvèrent à peu près les mêmes phénomènes, lorsqu’ils prirent d’abord une dose presque insignifiante de 2 centigrammes et 1/2 et lorsqu’ils en prirent 30 centigrammes. Il faut remarquer, en outre, que par cette dernière dose le pouls de M. Beraudi s’abaissa, dans l’espace d’une demi-heure , de huit pulsations, et de deux autres après une seconde demilieure; tandis que dans l’expérience précédente, à 20 centigrammes, le pouls avait baissé de quatre pulsations, du nombre qu’il présentait avant l’expérience ; ce qui est tout-à-fait en opposition avec les déductions de ce professeur, et s’accorde au contraire avec l’action hyposthénisante.
§ Y. Effets dans les maladies. — Les faits cliniques vont éclairer d’une manière plus positive encore l’action dynamique de la noix vomique ou de la fève de Saint-Ignace. Nous ne les emprunterons pas à la pratique de Rasori, de Borda, de Tommasini et de leurs élèves les plus distingués qui, depuis long temps, emploient la strychnine contre les inflammations franches; nous préférons les emprunter à la pratique de ceux-là même qui croient que ce médicament est excitant et qui l’ont employé comme tel. Et, d’abord, nous trouvons que la noix vomique a élé employée avec succès dans plusieurs maladies incontestablement hypersthéuiques, telles que le rhumatisme et l’arthrilis par Wiel (75) et par Portai de Païenne (7 G) ; la
(75) Diss. do usu nucis vom. et Yitr.
Al!)., p. 17.
(70) Mcrçur, delie sçicnze mcdiçhe.
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cardialgie par Horn (77), par Nevermann
(78), par Voigtel (79), par Niemann (80) et par ScUmidlinarin (81); la colique douloureuse par Monlin (82) et par Spielinann (83) ; la dysenterie par Hagstrom (84) , par Odhelius (88), par Hufeland (8 U) , par Fischer (87), par Horn (88), par Uahlberg (89). Green préconise la feve de Saint-Ignace contre l'hydropisie (90); Michaelis l’employa avec succès dans la co(|ue!uche (9i); Dreyfus (92), Grimaud d'Angers et Potton (93), et plusieurs autres assurent en avoir tiré de lions effets dans le choléra-morbus. Ou sait que Fallope (94) et Gesner (95) l’ont proposée comme antidote de la peste. Une foule d’auteurs ont traité avec succès la lièvre intermittente avec la noix vomique ou la fève de Saint-Ignace (9G). On pourrait oppo-
(77) N. Arcli. f. med. Erfahr., 1810, 14 Bd., p. 201.
(78) Rust. Magaz., 1835, cah. 2, p.
(79) Arzneimiltel., 2 Bd., 2 Abth., p.
(80) Pharmac. Balav., 2e édit., t. i, p. 214.
(81) Summa observ. med., etc. Bresl., 1826, t. m.
(82) Diss. de med. Lapp. in Coll.
Hall., t. vi, p. 742.
(83) Instit. mat. med., p. 235.
(84) Velensk. ac. Handl., 1773, p. 301.
(85) Loc. cil., 1774, p. 270.
(86) Journ., 1 Bd., p. 56.
(87) Armen. prax., p. 298.
(88) N. Arcli., 1809, 9 Bd., p. 148; 1810, 14 Bd., p. 251.
(89) Lit!, med., déc. 1775.
(90) Ilandb. d. Pharmac. Hall., 1815,
2 Bd., p. 123.
(91) Hufeland’s Journ., 5 Bd., p. 114.
(92) Académie royale de médecine de Paris, séance du 2 octobre 1831.
(95) Rapport de M4I. Trollier, etc.
Lyon, mai 1832, p. 127.
(94) Oper. , t. i, p. 756.
(95) Epislol., p. 114.
(96) Ludovici , Pharm. med. op., p.