REMÈDES SPÉCIFIQUES OU EMPIRIQUES
L’exercice de la médecine serait simple et facile , si nous possédions des remèdes spécifiques. Il suffirait alors, pour en faire une application certaine , de s’assurer de la forme ou du nom de la maladie, et de chercher dans la pharmacopée le remède correspondant. Chacun pourrait être médecin à peu de frais. La médecine , en effet, commença par là, et elle ne pouvait commencer autrement. Les premiers remèdes furent des spécifiques ou des moyens empiriques; savoir des agents inconnus qui détruisaient une maladie inconnue, d’une manière également inconnue. Mais si le nombre des spécifiques a été grand dans l’enfance de l'art, il diminua graduellement à mesure que l’observation a appris qu’un même remède était capable de guérir plusieurs maladies, et qu’une même maladie pouvait être guérie par plusieurs remèdes ; et enfin que les prétendus spécifiques n’étaient pas infaillibles.
Une science difficile comme la méde- ! cine ne pouvait s’organiser autrement qu’en passant d’abord par une foule d’er- ; reurs et de préjugés; et c’est lorsque | ces erreurs et ces préjugés ont été dissii pés et qu’elle a conquis des principes f exacts , qu’elle est devenue une science.
Elle est une science depuis que les malai dies sont étudiées, non dans les symplô- 1 mes , mais dans les organes qui les pro- : duisent. On peutendire autant de l’étude
des remèdes : cette étude constitue une science depuis que leurs effets ont été étudiés expérimentalement, non d’après certains phénomènes apparents, mais d’après les changements qu’ils produisent dans les organes. Produire artificiellement ces changements à l’aide d’expérienGes ; les observer dans des conditions fort différentes, de climat, de saison, d’àge, de santé, de maladie, etc.; les apprécier et les soumettre au creuset d’une analyse philosophique rigoureuse, et en déduire les principes capables de lier tous les effets ; tels sont les moyens d’étude que l’on emploie aujourd’hui pour reconnaître dans les médicaments les véritables vertus thérapeutiques, à la place des vertus supposées d’autrefois. On a soin de distinguer les effets composés, secondaires , modifiés et variables , de l’action primitive , qui est absolue et constante , et qui doit servir à caractériser le médicament. D’après cette marche et les connaissances acquises, on doit s’attendre à voir disparaître complètement les remèdes dits spécifiques ou empiriques.
Dans la crainte cependant de mettre des limites à l’observation ultérieure , nous avons cru devoir admettre une classe de remèdes spécifiques ou empiriques, c’està-dire qui agissent d’une manière sûre , qui produisent des effets certains, mais incompréhensibles. Jusqu’à présent il n'en est aucun à notre connaissance qui
se trouve dans ce cas, puisqu'il n’en est aucun dont nous n’ayons pu comprendre le mode d’action à l’aide d’expériences nombreuses sur les animaux, sur l’homme bien portant et sur l’homme malade.
Chaque remède que nous avons étudié , soit par nos propres expériences, soit par celles des autres, soit enfin par les observations de tous les temps et de tous les lieux , nous révéla dans ses effets son action constante et primitive qui devait servir à la caractériser. Le quinquina, le mercure, et quelques autres substances , étaient restés jusqu’à ces derniers temps comme des types de la doctrine des spécifiques ; mais nous
avons vu que leurs effets remarquables sont précisément ceux qui se sont prêtés au plus grand nombre d’applications, et nous ont permis de les rattacher aux mêmes principes qui régissent une infinité d’autres substances. Il n’est personne aujourd’hui au courant de la science qui pourra admettre que le quinquina n’est utile que dans les fièvres intermittentes seulement, et le mercure dans la syphilis uniquement.
J’arrête ici mon travail sur les remèdes dynamiques. J’exposerai dans un prochain volume l'histoire des remèdes mécaniques.
FIN DE GIACOMINI.
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