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VALÉRIANE

( Radix valcrianœ ojficinalis.)

§ Ier. Caractères physiques. — La valériane officinale, connue aussi sous le nom de petite valériane , est une belle plante qui s’élève jusqu’à la hauteur d'un

valériane.

mètre et demi. Elle est indigène dans nos bois ; on la cultive aussi dans les jardins. Ses fleurs sont petites, blanches, pourprées, disposées en bouquet au sommet des tiges , d'une odeur agréable.

Elle est de la famille des valérianées, triandrie monogynie, Lin. On n’emploie en médecine que sa racine, qui se compose d’une souche hérissée de radicules blanchâtres à l’intérieur, et jaunâtres extérieurement , d’une odeur forte et trèsdésagréable, particulièrement lorsqu’elle est sèche; d’une saveur âcre et amère.

§ IL Notions chimiques. — La racine de valériane renferme une huile trèsvolatile, d'un blanc verdâtre, douée d’une odeur forte et camphrée ; une résine noire , un principe particulier soluble dans l’eau et insoluble dans l’acool et dans l’éther; de la matière gommeuse, de la fécule et du ligneux.

§ III. Effets sur les animaux. — On dirait que l’odeur de la valériane plaît aux chats, car il est presqu’irapossible de conserver la plante dans les jardins, parce que ces animaux viennent souvent de fort loin se rouler sur elle et l’arroser de leur urine; elle les enivre, les étourdit et leur donne des vertiges. Parmi les autres animaux , on ne connaît que les chèvres et les moutons qui aiment cette plante.

§ IV. Effets sur l’homme bien portant. — Presque tous les auteurs de matière médicale considèrent les effets de la valériane sur l’homme comme excitants, à cause de la chaleur et de la douleur qu’elle provoque dans l’estomac et de l’accélération du pouls qu'elle produit. Ce dernier effet cependant, mentionné par quelques auteurs, n’a pas lieu d’après mes observations: on peut s’en convaincre en prenant soi- même de la valériane. On a prétendu aussi que l’action de celte plante était excitante, parce qu’elle provoque la sueur et la sécrétion urinaire (8ti*), détermine des évacuations alvines et des vomissements (87). Ces effets cependant n’ont pas toujours lieu, et lorsqu’ils existent, ils indiquent selon nous précisément le contraire de ce qu’on avance, c’est-à-dire un état d’hyposthénie, et non d'excitation. Andrée a observé que l’usage de la valériane finit à la

(86*) Hoffmann. Op., p. 583. — Marchant, Mémoires de l'Acad. des sciences de Paris, 1700, p. 335.

(87) Raii, Hist., p. 388.

longue par énerver les forces de l’estomac

(88) ; Tissot fait remarquer qu’à haute dose elle produit un malaise général , de la faiblesse dans les membres, phénomènes qu’on pouvait prévenir en y associant du macis (89), qui est une substance hypersthéniqne.

§ V. Effets dans les maladies. — La valériane a été employée de tout temps contre les maladies hypersthéniques de l'appareil vasculaire sanguin et de l’appareil cérébro-spinal. En premier lieu se présentent les engorgements glandulaires (90), l’aménorrhée (91) , la rétention d’urine (92), la cardialgie (93), la pharyngite (94), la pleurésie (95), les fièvres intermittentes (96) , les maladies du cœur

(97), les fièvres putrides, nerveuses et le typhus (98). Danscetle dernière maladie, la valériane compte un très-grand nombre d’admirateurs, parce que l'affection attaque non-seulement les gros vaisseaux, mais encore les fonctions de l’appareil cérébro-spinal , sur lequel cette plante exerce une action toute particulière.

Sous ce point de vue , l’idée émise par Bouteille d’employer la valériane dans le traitement prophylactique de l’hydrophobie ne serait pas à dédaigner (99).

Dans aucune maladie on n’a tant vanté la valériane, que dans l’épilepsie et les convulsions. Depuis l’époque où Fabius Colonna, atteint lui-même d’une épilepsie grave, fut assez heureux pour s’en débarrasser au moyen de celle plan-

(88) Cases of epilepsy, p. 262.

(89) Traité de l’épilepsie, p. 30-4.

(90) Morgan, Phil. Princ., p. 424.

(9t) Bergius , Mal. med., t. i, p. 31.

(92) Camerarius, Hort. med., p. 175.

(93) Roques, Phylographie médicale,

(94; Mugna , La Clinica, etc., ann.

(95) Loc. cit. , n. 90.

(96) Grunwald, Cosle et Villemet, Mat. méd., p. 74. — Vaidy, Journal de médecine, par Corvisart, t. xvm, p. 333. — Desparanches , Journal général do médecine, t. xuv, p. 289. — Ranque.

Bulletin de la Société d’émulation, t. r, p. 49. — Carminati, Opusc. thérapeut., p. 227.

(97) Kreysig, Krankli. d. Iîerz., 2 Bd., p. 304.

(98) P. Frank, Hcckcr, Uildenbrand, Smith, Barthez, Baumes, Pinel, Junker, Bergamini, Ricliter, Acerbi, etc., etc.

(99) Mémoires de la Société de médecine, 1785.

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te , et depuis que Tissot eut dit que toute convulsion qui résiste b lu valériane doit être regardée comme incurable, cette plante a acquis une grande réputation.

Nous ne pouvons accepter aveuglément celte dernière assertion. Pour nous une convulsion est une maladie qui , comme nous l’avons dit, se rattache à des conditions diverses. L’art de la thérapeutique consiste à débrouiller ces conditions. Or ce que nous venons de dire sur ce sujet à l’occasion de la strychnine , de l’assafœlida et de l’arnica, s’applique exactement b la valériane. En conséquence , si l’action de cette plante est hyposthénisante , vasculaire et spinale , elle ne peut être utile que dans les convulsions hyperslhéniques , et elle sera sûrement nuisible dans les convulsions hyposthéniques. Ophélius se loue beaucoup de la valériane dans l'opisthotonos fl 00); Fordycedans la migraine (1); Whytt dans la manie (2), ainsi que plusieurs autres (3). Brisbane dans les paralysies traumatiques (4}, et d’autres aussi dans la même maladie (5).

§ YI. Appréciation de l'action. -— Nous venons de voir que l’action de la valériane est hyposthénico-vasculaire et spinale ; nous devons ajouter cependant que cette action est assez faible, et qu’on ne doit pas en attendre tous les prodiges qu’on trouve enregistrés dans les ouvrages de matière médicale. Elle a bien moins d’énergie que les remèdes précédents. Aussi , dans les maladies graves du système nerveux, importe t il de faire précéder son administration par la sai-

(100) Saraml. aus. Abli. z. Gebr., etc.» 13 Bd., p. 669; 14 Bd., p. 579.

(1) De llemicran., p. 91.

(2) Nerv. diseas., p. 513.

(3) Rev. méd., t. iv, p. 376.

(4) Select, cas., p. 37.

(5) Roques, Phytographie médicale, t. il, p. 3.

gnée et autres liyposthénisantsplus actifs. Cela explique pourquoi Alibert n’a obtenu de la valériane que des effets négatifs chez plusieurs épileptiques qu’il a traités à l’hôpital Saint-Louis pendant cinq aus consécutifs (6).

§ VIL Action mécanique. — On a beaucoup négligé l’étude de l’action chimique et physique de la valériane, parce qu’elle est peul-êLre peu prononcée.

(JS. d. trad.) [La vertu anthelmintique tïès-énergique qu’on accorde généralement b la valériane pourrait être attribuée b son action mécanique , ainsi qu’on l’a dit en parlant de plusieurs autres remèdes de cette nature. Quelques oculistes ont fait prendre la valériane en poudre par le nez , dans l’idée de fortifier la vuei Si cette poudre est absorbée dans la muqueuse nasale , elle pourrait agir comme byposthénisaule. Dans le cas contraire, son action serait purement mécanique et analogue à celle de toute autre poudre steruutatoire.]

§ Y III. Mode d’ administration. — La meilleure valériane est celle qui croit dans les endroits pierreux, exposée au soleil; elle est la seule qu’on devrait choisir pour les usages médicinaux. On ré colte la racine en mars et avril. On peut donner la valériane en poudre b la dose de 1 , 2 , et même 4 grammes b la fois. On la prescrit aussi en infusion. On devrait abandonner la décoction et l’extrait, car dans ces préparations la partie volatile se perd. Daus cet ordre des hyposthénisants spinaux, on pourrait admettre plusieurs autres remèdes que nous avons placés dans d’autres sections. Tels sont, par exemple, les bydrocyanates, la cantharide , le camphre, le gaz acide carbonique, le nitre, l’aconit, les mercuriaux, l’iode, la ciguë, etc.

(6) Nouveaux éléments de thérapeu tique, t. n, p. 528. Paris, au xîii.

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