‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 18 sur 168 · REMÈDES HYPOSTHÉNISANTS OU CONTRO-STIMULANTS · texte numérisé non relu

REMÈDES HYPOSTHÉNISANTS OU CONTRO-STIMULANTS

GÉNÉRALITÉS

Deux condiiions diamétralement opposées dominent tour à tour les maladies. Cette observation remonte aux siècles les plus reculés de la science et a été vérifiée des médecins de tous les temps ; ils l’ont exprimée par les mots contraction et flaccidité, échauffement ( caliditas ) et frigidité, stliénie et asthénie , contractivilé et expansivité , irritation ou phlogose et atonie. Ce dualisme pathologique nous l’admettons aussi, quoi qu’en pensent certains praticiens qui censurent celte manière (le voir comme surannée ; c’est, disent-ils, un vieux reste de vitalisme ou de brownianisme. Expliquonsnous. Si l’on a suivi attentivement les faits et les arguments que nous avons exposés jusqu’ici, on a du voir que la vitalité, telle que nous l’avons comprise, n’est pas une qualité abstraite, un attribut sans matière, mais bien une force inhérente à la fibre organique représentée par le plus noble des appareils de 1 économie, celui des nerfs ganglionnaires, qui, comme on sait, préside à la genèse de tous les aulres. On a dû voir qu’il n’est pas logique de comparer l’excitabilité ou la vitalité à la notion abstraite arbre ou animal , attendu que cette dernière est un produit de l’esprit,

une idée qui n’existe pas en dehors de nous, puisque c’est en généralisant par notre imagination l’impression des arbres et des animaux que nous l’avons créée. Comme la parole vivre représente l’idée complexe de sentir, du mouvement , de la respiration , de la digestion et d’autres actes que l’organisme exécute ; de même la parole vitalité représente la sensibilité, la motilité et toutes les autres facultés vitales admises par les physiologues. Cela n'empêche pas de dire d’autre part que la motilité et toutes les autres facultés ne soient elles -mêmes des notions abstraites et complexes, puisqu’elles représentent les divers genres de sensation que les êtres vivants sont susceptibles d'éprouver. Toutes les fois qu’un acte vital s’exécute, la vitalité a une existence particulière et distincte dans cet acte. Que si, en dehors de cet acte,

1 existence de la vitalité n’est point distincte, elle ne cesse cependant pas d’être réelle; elle est la source effectivement de toutes les facultés qu’on connaît aux tissus vivants, depuis la plus simple molécule organique jusqu’aux plus compliquées qu’on connaît aux organes et aux appareils.

Nos lecteurs ont dû remarquer en outre, d’après ce qui précède, que la vitalité considérée comme force simple de la

CONTftO-STIMüLANTS.

fibre animale et premier moteur de toute action vitale, ne peut s’altérer que dans le degré , c’est-à-dire en s’élevant audessus du rhythme normal, c’est ce qui constitue l’hypersthénie; ou en descendant au-dessous de ce point, c’est ce qui constitue l’hyposthénie. On a prétendu qu’il existait un troisième mode d’altération de la force vitale , c’est-à-dire une sorte de trouble ou de changement morbide de sa direction. Cette hypothèse est basée sur la présomption que l’excitabilité ou la vitalité était synonyme de mouvement vital ; ce qui est une grave erreur , car ce serait confondre la cause avec l’effet. Le mouvement vital ou l’excitation est un effet de la réaction de la vitalité à l’impression des stimulus ; il s’offre à nos sens dans toutes les fonctions de l’organisme et plus ou moins modifié par l’intervention de différentes causes qui le produisent ; il doit nonseulement participer des altérations propres de la vitalité qui le détermine, mais encore des modifications nombreuses que lui impriment les stimulus divers et la structure particulière des organes. Les altérations du mouvement vital ne sont ni deux, ni trois, mais infinies, et aussi variables que la nature des influences qui les déterminent. Tout le monde comprend que ce serait jeter une grande obscurité dans l’intelligence des phénomènes pathologiques que de confondre les altérations de la vitalité avec celles du mouvement vital et des fonctions. 11 ne faut pas oublier que les altérations de la vitalité sont simples et reconnaissables avec une grande précision , tandis que les autres sont fort complexes , vagues , multiformes et fort difficiles à déterminer. — Nos principes de pathologie précédemment exposés nous conduisent à diviser lcsmaladies en deux grandes classes. — L’une comprend les maladies que nous appelons à fond mécanique ou spécifique : leur essence consiste dans un changement de forme ou mélange des parties , ou bien elles dépendent de la présence de substances éthérogènes, ennemies de l’organisme, lesquelles troublent les fonctions par leur simple action mécanique ou pliysico - chimique. Les changements fonctionnels dépendants de Ce genre de lésions sont tout-à-fait particuliers et spécifiques. La vitalité n’est altérée dans ces maladies que secondairement; l’altération qui s’ensuit ou elle est tellement transitoire et superficielle qu’elle ne donne lieu à aucun change-

ment matériel des organes, l’harmonie fonctionnelle se rétablissant aisément dans ces cas par le simple éloignement de la cause mécanique; ou bien l'altération de la vitalité et sa réaction sont telles qu’elles donnent lieu à un travail morbide dynamique : celte maladie dynamique peut coexister avec la maladie à fond mécanique qui lui a donné naissance. Il en résulte une affection composée qui peut persister même après que la maladie mécanique a été tout-à-fait dissipée. Je n’ai parlé ici des maladies à fond mécanique qu’accidenlellement, je dois m’en occuper longuement dans mon traité des remèdes mécaniques qui suivra celui-ci.

L’autre classe de maladies comprend les affections à fond dynamique. Les causes externes peuvent comme dans le cas précédent provoquer aussi ces affections, mais ces causes, quelles qu’elles soient, n’ont pas une influence nécessaire dans le développement et la marche de la ma- * ladie, car la maladie a toujours lieu même après que la cause a été enlevée.

Tous les changements qui ont alors lieu dans l’organisme , manifestes ou secrets, dépendent indistinctement de la réaction vitale que la cause nuisible a déterminée ; ils se rapportent tous à l’hypersthénie ou à l’hyposthénie, et ne peuvent se détruire autrement que par l’enlèvement de l’hypersthénie ou de l’hyposthénie (1 ). Dans l’étude de la classe précédente des remèdes, nous avons vu quelles étaient les substances dont l’action dynamique était capable de produire l’byperslhénie; voyons maintenant quelles sont celles capables de la détruire et de déterminer un état opposé, c’est-à-dire l’hyposthénie. Les travaux des Italiens ont jeté une vive lumière dans cette branche de la science. Ces remèdes nous les avons nommés hyposthénisants ; on les appelle communément débilitants, dépressifs, anti -phlogistiques , sédatifs:

Rasori , qui en a découvert le véritable

(1) 11 y a des cas dans lesquels le travail morbide dynamique change tellement la forme et la structure d’un organe, que celui-ci devient inapte à sentir les influences vitales et ne peut se remettre. Alors l’organe vicié devient lui-même une source mécanique de nouvelles altérations. En ce cas la maladie est composée : elle est dynamique et mécanique à la fois.

CONTRO-STIMULANTS. lu*

mode d’action , les a appelas contro sti- menses au progrès du contro-stimulisme.

initiants. Les anciens oonnurent , il est Nous aurons pour principe de ne pas

vrai , l’usage de remèdes débilitants ou sortir des faits et de l’expérience la plus

réfrigérants, mais les idées qu’ils nous rigoureuse dans l’appréciation de ces retransmirent à ce sujet étaient fort obscu- mèdes. — Nous regardons comme hy pores et généralement mêlées d’erreurs j slhénisanles toutes les substances qui, m-

elles s’éteignirent pour ainsi dire à l’ap- troduites dans 1 assimilation organique,

parition du système de Brown, qui fut changent tellement l’organisme vivant

adopté avec enthousiasme. S’il est vrai , que la force vitale reste abaissée au-des-

disait ce philosophe , que la vie est un sous durhythme normal ou du degré ou

état passif, dépendant de l’action des elle était avant leur application. Nouspréstimulus sur l’excitabilité, il devait en ferons cette dénomination à celle de subrésulter que toute substance qui agit sur stances débilitantes; car la faiblesse, d ala fibre animale ou sur l’excitabilité est près le langage commun , se rapporte à stimulante ou excitante. Il découlait l’aspect extérieur des fonctions : or nous aussi de ce principe qu’il n’existe pas eu avons, à ce que nous croyons, démontré nature de substance débilitante, absolu- que faiblesse fonctionnelle et hyposthénie ment parlant. Les seuls remèdes débili- n'est pas la même chose; la faiblesse elfectitants ne seraient, d’après Brown, que vementdes fonctions d’un ou deplusieurs relatifs, c’est-à-dire que leur stimulation organes se rencontre dans presque toutes serait trop faible pour mettre en action les maladies, soit hypersthéniques , soit l’excitabilité de la fibre, ou trop forte, hyposlhéniques. En conséquence il serait de manière à épuiser cette dernière, peu logique d’appeler débilitants des re- L’erreur fondamentale que ces principes mèdes qui enlèvent l’hyperslhénie , renrenferment a été d’abord mise en évi- dent les fonctions libres et donnent de la dence par le célèbre Gallini, de Padoue. vigueur à l’organisme. Npus préférons Cet auteur a fait voir que la vie n’est égalementlamêmeexpressionaumotantipas un effet passif de l’action des stimu - phlogistiques , parce que d’abord ces relus sur l’excitabilité, mais bien la créa- mèdes ne combattent pas seulement la tion de cette dernière à l’impression des phlogose,ensuiteparcequechez l’homme slimulus et sa tendance active à remettre sain où ces substances agissent parfois le l’équilibre rompu par les agents exté- mot anti-phlogistique ne peut être applirieurs. Rasori est allé plus loin : il a qué. Nous en disons autant du mot redémontrécxpérimentalementqu’il existe, mèdes sédatifs : ce qui calme un trouble contrairementà l’assertion de Brown, des fonctionnel peut être tantôt d'une nature, remèdes débilitants absolus, c’est-à-dire tantôt d’une autre. On pourrait, en véqui appliqués sur la fibre animale agissent rité, nous taxer d’ambition en nous voyant dans un sens opposé aux stimulus et préférer notre expression à celle de reen dépriment l’énergie. A l’époque où mèdes contro - stimulants généralement Rasori démontra ce fait , les esprits adoptée : si l’on réfléchit cependant à étaient si éloignés d’y songer qu’on peut l’importance très - grande de distinguer le regarder comme une véritable décou- les agents communs qui se bornent à exveite. Rasori entoura celte idée capitale citer simplement les fonctions, et qu’on d’une infinité de faits expérimentaux, la appelle slimulus, de ceux qui indépenplupart nouveaux et recueillis publique- damaient de celte action laissent des cfment en présence d’un immense audi- fets permanents dans l’organisme , des toire;clle frappa d’autant plus qu’elle changements durables dans les fonctions, paraissait impossible, et pourtant elle et que nous avons appelés hyperslhénié ta i t à chaque pas confirmée pur l’expé- sants, on conviendra que notre dénomirience- nation a une portée scientifique réelle.

A cette époque commença une ère La première dénomination entraîne nanouvelle pour la médecine italienne , et turellement la seconde qui exprime un les doclrines de Brown ont reçu une ré- état opposé; et il importe de faire coinforme complète. Je ne reproduirai pas prendre que les contro - stimulants n’alcs disputes ardentes auxquelles a donné gissent pas dans un sens opp&sé aux stilieu la découverte de Rasori, je dirai mulus naturels , c’est-à-dire au sang , à seulement que les Browniens et les Ra- l’air, à la lumière, etc. Ces raisons nous soriens sont tombés dans des excès, et la ont fait préférer le mot hypersthénisant vérité a été souvent masquée en partie à celui de contro -stimulait , nous nous par 1 exagération ; de là des obstacles im- servirons cependant de tous les deux

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indistinctement dans le cours de cet ouvrage.

Le véritable et constant effet des remèdes contro -stimulants chez l'homme sain est l’hyposthénie , c’est-à-dire un abaissement gradué des forces jusqu’à l’extinction de l’énergie vitale. L’hypostbéniese manifeste à nos sens par des effets secondaires représentés par des changements dans les fonctions. Nous allons indiquer les principaux changements en suivant l’ordre des trois appareils principaux de l’organisme (digestif, circulatoire, encéphalique).

Dans la digestion les liyposthénisants légers qu’on administre à dose modérée produisent généralement un besoin plus grand et plus fréquent de prendre des aliments; ce besoin se manifeste par un sentiment de faim ou de vacuité de l’estomac ; il augmente si la dose est plus forte ou si son énergie est plus prononcée, et il peut aller jusqu’à l’incommodité, à l’anxiété ou à la douleur. Au premier sentiment progressif succèdent l’anxiété, les vomiturilions, les vomissements ; il y a sécrétion abondante de mucus, évacuations alvines fluides et répétées, avec ou sans une légère douleur, quelquefois impétueuses et jointes à des vomissements comme dans le choiera.

Dans la circulation, l’influence des substances hyposthénisanles se manifeste par l’état du pouls qui devient mou, faible, lent, intermittent, irrégulier, filiforme, imperceptible, selon l’énergie, laquantité plus ou moins progressive du médicament et la durée de son action. Surviennent des lypolhimies, la syncope, l’asphyxie.

La chaleur de la peau diminue ; il y a pâleur générale, des taches violacées et obscures sur le derme. La température animale baisse, et l’on passe des frissons passagers au Iroid glacial, surtout des extrémités. — Les excrétions sont généralement augmentées, surtout la sueur, qui est générale et continue, ou froide et partielle. La respiration, sous l’influence d’une forte action hyposthénisante , est ou fréquente et suspirieuse , ou à peine sensible. Les mouvements volontaires sont difficiles, il y a prostration, impuissance, relâchement des sphincters, ou bien des contractions irrégulières des muscles, contractions légères, peu soutenues, tremblottantes surtout aux membres, ou bien sous forme de soubresauts et de convulsions légères. — Les sens externes sont ordinairement obtus; il y a surdité, éblouissement, dilatation de la

pupille. Les opérations intellectuelles sont, ou naturelles ou plus lucides, accompagnées d’une sorte de clairvoyance, ou bien il y a délire, stupeur, et enfin la mort arrive paisiblement et sans agilation. — Tels sont les phénomènes les plus constants. Il y a des remèdes hyposthénisants cependant qui en offrent, en outre, de particuliers; nous les indiquerons ailleurs. Les cadavres présentent ordinairement les membres flasques et flexibles (l), et perdent de suite la chaleur animale.

Quelques personnes prétendent que la putréfaction de ces cadavres est plus prompte, cela n’est pas constant. La putréfaction se rattache, comme on sait, à deux circonstances : à la disposition des humeurs du corps et à l’état de l’air atmosphérique.— A l’autopsie, on trouve les tissus généralement décolorés et flasques, les cavités du cœur dilatées, mollasses et pleines de sang coagulé (2).

Les facultés physiques ou chimiques des médicaments modifient plus ou moins leurs effets dynamiques. Ainsi, par exemple, ils peuvent contenir ou dégager du calorique, et agir, par ce principe, comme une potion bouillante, un bain très-chaud ; ils peuvent agir par leur acidité, par leur acrimonie, parleur causticité ; ils peuvent également produire des effets particuliers parleur indigérabilité, comme les résines, etc. En conséquence, la chaleur, le sentiment de brûlure, le poids à l’estomac, le resserrement du gosier, les douleurs abdominales, etc., peuvent se joindre aux effets dynamiques. C’est ainsi que chez les cadavres des personnes qui ont succombé à l’action des substances contro-stimulanles âcres, on trouve à l’autopsie des traces de rougeurou même d’inflammation à l’œsophage, dans l’estomac, dans le tube intestinal, etc. 11 est facile cependant de distinguer ces inflammations de celles que produisent les substances liypersthénisantes, ainsi que nous le verrons plus loin. Quant

(1) Ce caractère n’est pas constant, selon nous. Les sujets morts par l’action de l’arsenic offrent, au contraire, une raideur cadavérique très-remarquable.

(A. d. Irad.)

(2) D’après nos propres recherches, le sang est, au contraire, liquide et noir chez les sujets morts par l’action de quelques substances hyposthénisanles, telles que les acides, par exemple.

1 ( N . d. trad.)

aux autres modifications, déterminées par Page et le sexe des individus, on doit les rattacher à la susceptibilité naturelle à sentir l’impression descontro-stimulants.

Celte susceptibilité est en général plus grande dans l’àge tendre et chez les sujets délicats. JNous avons cependant des exemples contraires à opposer en temps et lieu. Disons pour le moment que, pour apprécier convenablement ce sujet, il faut tenir compte de la différence du volume des personnes. Si un enfant, par exemple, dont le volume et la masse du corps équivalent au quart du volume et de la masse du corps d’un homme adulte, tolère une dose donnée de substance hyposthénisante.et que le second n’en tolère pas quatre fois autant, il faudra conclure que, chez le premier, la tolérance est proportionnellement plus grande que chez le second. Cela se conçoit si l’on veut se rappeler que dans l’àge de la croissance il y a excès de vitalité. Aussi, l’action hy-> posthénisante, chez l’enfant, est en partie épuisée dans cette exubérance de vitalité, et ne se manifeste à conditions égales, relativement à l’homme adulte, qu’après avoir combattu cet excès et arrêté le développement naturel. — Quant au sexe, outre que le volume des organes est généralement moindre chez la femme, il faut aussi tenir compte de sa motilité naturelle, de sa vivacité dans l’expression des sentiments, qui est généralement plus prononcée que chez l’homme. En conséquence, si deux individus de sexe différent toléraient au même degré une égale dose d’un remède hyposthénisant, et présentaient exactement les mêmes effets, il faudrait tenir pour certain que le degré de tolérance est plus grand proportionnellement chez la femme, sans cela elle aurait dû en éprouver des effets plus intenses.

Les tempéraments dits sanguins, irritables et énergiques résistent davantage aux remèdes contro-stimulants ; le contraire a lieu pour les remèdes hyperslhénisants , ainsi que nous l'avons déjà dit. — Le genre de vie, la condition, la profession contribuent aussi à modifier les effets des contro-stimulants, ainsi que nous l’avons vu pour les hypersthénisants. Les personnes dont la condition, au lieu de favoriser la perle des forces vitales, augmente celles-ci par l’oisiveté, l’usage des stimulants, etc., ressentent moins l’action des hyposthénisants, et sont même obligées, pour se bien porter, d’y avoir souvent recours. — Le climat chaud

exerce sur les effets des conlro-stimulants une influence contraire à celle que nous avons remarquée pour les hypersthénisants. Nous verrons effectivement que dans les pays chauds les contro-stimulants sont moins actifs que les remèdes de vertu opposée. Le contraire a lieu dans les climats froids, où les contro-stimulants sont quelquefois formidables. L’habitude enfin n'influe pas autrement sur l’action de ces remèdes que sur celle des autres, c’est-à-dire qu elles’affaihlitavec le temps si l’usage en est réellement continu. Dans le cas contraire l’action est ressentie d’aulant plus qu’elle est répétée par intervalle. Si j’en crois mon observation , la puissance de l’habitude sur les remèdes hyposthénisants est beaucoup moindre que dans ceux de la classe contraire, ou du moins elle se contracte beaucoup plus difficilement.

Les remèdes contro-stimulants produisent chez l’homme malade les mêmes effets que chez l’homme en santé ; mais ces effets se manifestent différemment, selon la nature de la maladie; si celle-ci est de nature hyposlhénique elè: sera augmentée, et cette augmentation de l’hyposthénie peut aller jusqu’à l’extinction complète delà vie. On en voit souvent des exemples dans des cas d’empoisonnements dits froids, qu’on traite par les remèdes anli-phlogistiques.On voit alors l'intensité de la maladie augmenter, et la mort être accélérée d’une manière évidente. L’expérience sur les animaux confirme le même fait. — Le contraire a lieu si l’organisme se trouve dans des conditions d’hypersthénie ou d’inflammation. Le remède contro - stimulant, dans ce cas, avant de produire l’hyposthénie, détruit l’inflammation et fait passer la vitalité par le rhylhme moyen qui est le terme de la santé normale.

Avant que ce terme ne soit dépassé il n’y a pas hyposthénie , et celle-ci ne peut avoir lieu sans que la première ne soit détruite. C’est en cela précisément que consistent les effets sensibles du remède, et il serait trop long de décrire ici toute s les formes des maladies phlogistiqties ou liypersthéniques qui peuvent en être détruites. On pourrait démontrer qu’en définitive tous les remèdes contro-stimulants ne font, dans ces occurrences, que remettre à l’état normal les fonctions troublées ou supprimées par la maladie, et annuler , détruire les phénomènes nouveaux ou pathologiques que la maladie avait produits. Pour citer quelques

CONTRO-STlMüLANrS.

exemples, nous dirons que, dans l’appareil digestif, le remède hypostliénisant manifeste scs effets en faisant renaître l’appétit pour les aliments, si celte fonction avait été dérangée par une affection hyperstliénique; en domptant la faim morbide et la soif produite par une condition phlogistique ; en apaisant les éruptations, les vomissements, les évacuations intestinales déterminées par des causes hypersthéniquesjen provoquant enfin des gardes-robes, si elles étaient supprimées par des causes de même nature.

Si nous considérons les effets des hyposlhénisants dans l'appareil circulatoire, nous les verrons varier selon l’espèced'al tération que ses fonctions ont éprouvée par la maladie hypersthénique. Si l’hypersthénie est simple, telle que celle que nous avons ci-devant décrite, elle est accompagnée d’un pouls fort, vibrant, plein , fréquent ; le remède liypersthénisant abat la fréquence, la plénitude, l’élévation, la force du pouls. La peau, qui était rouge et sèche, devient moins foncée, molle et humectée. Si au contraire l’hyperslhé*e était exquise, c’est-à-dire portée au point de gêner le libre exercice des fonctions, le pouls est contracté, petit, un peu enseveli, la peau décolorée; dans ce cas, le premier effet des controstimulants est de faire développer le pouls, le rendre plus vibrant, plus fort en le faisant passer par tous les degrés qu’il avait marqués sous l’influence de la ca use liy persthén isante,et arriver enfin au rliythme normal pour descendre ensuite à des degrés inférieurs si les bypersthénisants sont continués d’une manière progressive. Le pouls, en d’autres termes, décrit, dans ces cas, une vérifable parabole. On voit tousles jours ce phénomène dans le Iraitement des maladies phlogistiques graves qu’on traite par les saignées et autres conlro-slimulanls. Le pouls devient de plus en plus libre, se dégage des liens morbides qui le retenaient, et vibre avec plus de force sous l’influence des remèdes. Les mêmes remarques sont applicables aux fonctions cérébrales : on voit le même moyen hyposlhénisant dans les diverses formés phlogistiques apaiser la douleur, dissiper la sensibilité morbide des yeux et des autres sens, rendre les nuits tranquilles, dissiper l’insomnie morbide, réveillerde la stupeur, réordonner l'esprit délirant, calmer les spasmes, faire cesser l’influence musculaire, remeltre, en un mot, les fonctions désordonnées dans leur état normal. Les hy-

posthénisanls déploient d’autant plus d’efficacilé que le degré d'hypersthénie est moindre. Plus cette dernière est élevée, plus l’organisme offre de tolérance pour ces remèdes. Ce fait fournit a lui seul la démonstration la plus incontestable du mode d’action des contro -stimulants et de leur convenance dans les maladies inflammatoires. Les expériences cliniques de Rasori, répétées tous les jours dans les écoles d’Italie, ont tellement étonné, qu’il a fallu en voir pour se convaincre qu’il y avait dans tout cela, non un effet du hasard , mais une loi constante qui présidait à la tolérance des remèdes, et qu’on pouvait désigner d’avance presque mathématiquement. Que répondre, alors qu’on peut, par exemple, faire avaler à un homme atteint de maladie hypersthénique plusieurs gros d’eau cohobée de laurier sans en éprouver le moindre effet nuisible, tandis qu’on est certain qu’une même dose pourrait tuer deux ou trois hommes bien portants de force athlétique? d’énormes doses de tartre stibié être administrées sans produire le moindre effort vomilif, et réordonner les fonctions digestives de manière à faire renaître l’appétit? des doses surprenantes de gomme gntte dans la dysenterie inflammatoire arrêter les déjections alvines et remettre les fonctions en équilibre normal? etc.

Celte tolérance surprenante, prouvée par des faits , enrichit la science d’une vérité sublime. Des médecins cependant peu expérimentés en ont abusé, ils en ont fait de fausses applications; de la, des conséquences graves qu’on a mal à propos attribuées à la nouvelle doctrine et tournées à son détriment; mais ai-je besoin de dire que ces reproches sont injustes puisqu’ils appartiennent plutôt à l’abus d’un principe qu’au principe luimême? On s’est malheureusement imaginé que la médecine italienne pouvait se deviner sans étude; le mot tolérance a suffi pour se passer du reste ; les médicaments et les maladies ont été compris à rebours, des victimes ont été immolées à l’ignorance ou au mauvais vouloir , puis on a crié au système ! Il est clair que quand la nouvelle philosophie médicale est mal comprise, quand on dépasse aveuglément le terme de la tolérance , ou qu’on caraclérisc avec erreur la maladie, il doit en résulter des conséquences funestes. La loi de la tolérance n’a jamais prescrit de renoncer à la loi de la prudence. De ce que les doses ré-

pétées d’un remède sont supportées à un très-lunit degré chez un individu, il ne s’ensuit pas que celte môme dose doive, être invariable pour tous , et qu’il faille débuter par assommer la vitalité sans tâter d’abord par degrés sa susceptibilité. D’autre part, si les hautes doses sont continuées aveuglément sans tenir compte du moment oii la maladie décline et que la vitalité descend vers sonrhythme normal , il est clair que la diathèse doit changer et le malade être empoisonné ou jeté dans une affection de nature opposée à celle qu’on voulait combattre.

Une dose de remède hyposthénisant , qui a été tolérée admirablement jusqu’au moment où la maladie a commencé à décliner , ne peut plus l’être par la suite. Remarquons eu outre que l’hypersthénie circonscrite dans une région produit des changements matériels ; ces changements se succèdent l’un après l’autre et dépendent l’un de l’autre; tels sont l’afflux de sang, la tuméfaction, la rougeur, l’hypertrophie, la dureté, etc. : ils ont tous leur point de départ dans l’hypersthénie elle-même , qu’on appelle inflammation. Or, en combattant l’hyperslhénie, qui est la condition essentielle de la phlogose, on croirait que les changements matériels devraient se dissiper avec elle. Il n’en est rien cependant ; le principe de la maladie phlogislique peut être dissipé par l’action des remèdes hyposthénisants , la vitalité être redescendue à son type normal, mais les lésions matérielles restent, elles ne peuvent pas se dissiper instantanément comme la condition pathologique. Jl faut une succession plus ou moins lente d’actes vitaux, telle que d’absorptions, de sécrétions, etc., pour que les tissus reprennent leur état primitif, il est donc possible que ('hypersthénie qui constitue la condition essentielle d’une phlogose soit dissipée, la partie matérielle de l'inflammation persistant plus ou moins longtemps après. En conséquence , on ne sera pas étonné qu’une phlogose locale puisse continuer alors que la vitalité générale se trouve , par des causes controstimula rites , placée dans des conditions d’hyposthénie; c’est une île de feu au milieu d’une merde place, et qui continue a brûler, en mettant le malade entre deux états diamétralement opposés et 1 également dangereux. Faute d’avoir tenu compte de ces changements, on a parfois poussé à l’excès les saignées et les autres remèdes contro-stimulanls ; on a jeté les

malades dans une hyposthénie extrême, et l’on a donné lieu à des affections graves ou à la mort. On s’élnit imaginé que tant que les produits de l’inflammation n’étaient point dissipés il y avait lieu à saigner ; on a méconnu le moment où la vitalité était arrivée à ce point moyen qui est propre à la santé; les phénomènes de l’hyposthénie artificielle se sont tellement alors amalgamés avec ceux des produits de la phlogose locale, qu’ils en ont imposé et ont marché insidieusement en faisant passer le médecin d’erreur en erreur, ou le mettant dans une ambiguité dangereuse.

Le critérium propre à faire connaître si le remède hyposthénisant aété employé à trop forte dose, ou pendant trop longtemps , est basé sur des données qu’il faut connaître. Ces données sont tirées de l’étal des fonctions des trois appareils principaux dont nous avons ci-devant parlé, savoir : gastro-intestinal, circulatoire et encéphalique. Le vomissement est un indice de la plus haute importance, mais pas pour tous; car il y a des remèdes hyposthénisants qui le provoquent plus facilement à petites doses et aux premières prises, ainsi que nous le dirons ailleurs. La chaleur et la douleur à l'estomac peuvent aussi être des indices d’intolérance dans quelques cas ; c’est lorsque le médicament n’est point doué de qualités chimiques irritantes, ou que ces qualités ont élé masquées par des mélanges convenables d’autres substances. Le senliment de pesanteur, d’angoisse , d’anxiété à l’estomac , le hoquet (à moins qu’il ne dépende d’une trop grande quantité d’eau froide bue rapidement), sont des signes d’action hyposthénisante excessive de l'appareil digestif. Le pouls devient pl tis petit, plus faible qu'auparavant, intermittent et même nul sous l’influence des doses exorbitantes des remèdes hyposthénisants; la peau se refroidit et pâlit, elle se couvre de sueurs abondantes qui sont suivies d’évanouissements et d’asphyxies. Quant à l’encéphale, on peut regarder comme un signe d’action hyposlhénisanle immodérée une céphalalgie obtuse , une pesanteur h la tète , les vertiges , la confusion dans les idées, l’éblouissement, une sorte d’extase ou de sentiment de bien-aise, le délire , la stupeur, quelques mouvements volontaires et convulsifs. L’un ou l’autre de ces phénomènes, cependant, peut exister par l’action modérée des remèdes hyposthénisanls et en deçà des limites de la

CONTRO-STIMOLANTS.

tolérance ; mais (le cela nous parlerons ailleurs. En général, cependant, ce n est pas sur tel ou tel de ces phénomènes pris séparément que le praticien jugera avec sûreté du degré de saturation de I organisme ; c’est plutôt en observant la discontinuation de certains symptômes essentiels de l'affection ; par exemple , si l'on voit la lièvre cesser dans une inflammation d un organe qui d'ordinaire n existe point sans pyrexie. Le dérangement des fonctions locales, dans ce cas , peut persister, donner lieu à des symptômes sympathiques ou d’autre espèce, tandis que l’élément inflammatoire ou liypersthénique est combattu : si la persistance de l’usage des conlro-stiinulants développe dans d’autres organes des symptômes qui se compliquent avec ces derniers , et qui ne s’observent pas ordinairement par l’effet de l’inflammation, ces symptômes peuvent dépendre de la sursaturation : nous en parlerons ailleurs. Disons, du reste, pour le moment, que le médecin philosophe ne doit pas, en général, s’en laisser imposer par certains symptômes; les symptômes ou les altérations des lonctions ne sont pas des maladies, ni des entités distinctes , ni des éléments de l’affection ; ils doivent être toujours rapportés aux organes qui les produisent, car la maladie est toujours, dans ces derniers, soit primitivement , soit secondairement, consensuellement et d’une manière permanente ou passagère. 11 est facile, d’après ce mode d'analyse , de distinguer si un phénomène , dans une maladie donnée, appartient à cette dernière , ou bien s’il dépend de l’action du remède employé.

Aussitôt que le praticien aura reconnu l’excès de sa médication, il est facile d’y remédier en diminuant la dose du médicament , s’il y a encore quelque reste de maladie à combaltre, ou en le suspendant tout-h-fait. Il est rare , à moins d’être animé d’une hardiesse folle, que le praticien se trouve dans la nécessité de réagir dans le sens opposé à celui de la cure; car, en supposant qu’il eût dépassé la limite de la tolérance , il suffit des mesures ci-dessus pour que les faibles restes de la maladie contrebalancent le trop d’énergie de la médication , et n’empêchcnt pas le calme normal de se rétablir. Que si cependant, par inadvertance ou par erreur , la sursaturation de la constitution par le remède était telle qu’il s’en suivit des accidents graves, ainsi que cela pourrait arriver, par exem-

ple , si l’on se trompait sur le diagnostic de la nature de la maladie, il ne faudraitl pas hésiter d’avoir recours aux moyens i propres h combattre les effets des hypo-sthénisants, tels que l’alcool, les éthers; ou d’autres byperstbénisants dont l’action a plus de prédilection pour les organes plus particulièrement affaiblis.

Quelques personnes prétendent que les effets des remèdes hyposlhénisants se confondent quelquefois avec ceux des hypersthénisants. Elles poussent même celte opinion jusqu’à nier qu’on pût admettre une action double et opposée dans les substances médicinales. Les remèdes hyposlhénisants, dit-on, qu’on administre à un homme sain , produisent , il est vrai , un sentiment de langueur , d’anxiété , la petitesse du pouls et du froid; tandis que les hypersthénisants, au contraire, donnent lieu de suite à une sensation agréable, à de la chaleur, de la rougeur, et une augmentation dans les pulsations arférielles , mais cela n’arrive qu’autant que les doses sont modérées.

Si les doses sont fortes, elles bouleversent les fonctions, et dans l’un comme dans l’autre cas le pouls devient petit , les forces s’abattent, il y a anxiété, froid, etc. D’un autre côté , les remèdes hypersthénisants, pris à forle dose, peuvent, comme les conlro-slimulants , occasionner un sentiment agréable à l’estomac, de la chaleur, de la rougeur et de l’énergie dans le pouls. En supposant que les choses fussent ainsi , il y aurait toujours une action opposée lorsqu’on les donnerait à petites doses, leur action ne se confondrait que par le trouble des fonctions, alors que la dose serait excessive; mais même dans ce cas, le médecin observateur sait trouver au milieu du trouble le fil conducteur , et discerner aisément ce qui est propre aux hypersthénisants cl ce qui appartient aux hyposthénisants.Nous avons démontré effectivement que par l’action des hypersthénisants très-énergiques il se produit également prostration, pâleur, froid et petitesse dans le pouls ; mais nous avons fait observer que cela n’a lieu que dans les moments voisins de la mort, et que cette petitesse du pouls n’exislc pas sans fréquence, et ne saurait être confondue avec celle de la véritable faiblesse, vu que plus l’artère est comprimée plus elle réagit contre les doigts de l’observateur. Il se joint d’ailleurs, aces phénomènes, toujours des spasmes cloniques, ouïe délire, ou la stupeur dépendant de l’oppression céré-

C0NTR0-ST1MULANTS.

braie. Nous avons ajouté que bien qu’un liant degré d'hypersthénie produit une oppression dans les fonctions capable de simuler la véritable hyposthénie, cela ne change rien au fond , car un excès de force peut quelquefois être tellement enchaîné , qu’il reste inaperçu. L’hyposthénie , au contraire , ne revêt jamais complètement les apparences de la force excessive; autre chose est -de cacher ce qu'on a, autre chose est de montrer ce qu’on n’a pas. 11 n’est pas vrai , effecti veinent , de dire, ainsi que nous le verrons , que les hyposthénisanls puissent jamais produire les effets véritables des hypersthénisants, quelle que soit la dose à laquelle on les administre. Je dis les effets véritables , car quelques symptômes isolés ou secondaires , qui peuvent survenir pendant l’hyposlhénie , doivent se rapporter à 1 hypersthénie ; mais ce sont là des épiphénomènes faciles à distinguer des caractères si divers de l’hyposthénie. La céphalalgie , par exemple , est un symptôme propre à quelques hyposthénisants , elle indique ordinairement une augmentation de sensibilité et d’action. Notez bien cependant que la céphalalgie produite par les hyposthénisants est un sentiment bien différent de celui qu’occasionnent les hypersthénisants. La céphalalgie par les contro-stimulants est une sorte de malaise consistant en une pesanteur , un étourdissement analogue à celui qu’occasionne l’action du froid excessif , la fumée de tabac ou l’exhalaison des plantes de laurier-cerise. De plus , cette céphalalgie n’est pas accompagnée de turgescence du visage , ni de rougeur oculaire ; ou bien elle est jointe à d’autres phénomènes relatifs au pouls , qui décèlent un abattement général.

Les spasmes et les convulsions sont quelquefois occasionnés par les substances hyposthénisantes, et pourtant, en parlant de l’opium, nous avons établi que ces symptômes étaient propres à l'hypersthénie : toutefois , si l’on considère mûrement les effets des hyposthenisants, on verra que les spasmes et les convulsions qui leur sont propres diffèrent beaucoup de ceux que produisent les remèdes opposés; ils sont en effet faibles, languissants, et coexistent avec la petitesse ou la disparition du .pouls. Une véritable épilepsie, avec les contorsions énergiques qu’on lui connaît, un spasme véritablement tétanique un peudurable, qui diffèrent cependan t de celte rigidité des mem-

bres que présentent les animaux au moment d’expirer, ne seront jamais produits par des remèdes hyposthénisanls. Arrêtons-nous un instant sur ce sujet. — Un est pas impossible que, même après 1 usage deshyposthénisants, il se déclare quelque mouvement vigoureux ou convulsion passagère. Bien que cet état indique une augmentation de forces dans le système musculaire, ou plutôt dans le tissu cérébro-spinal qui détermine la contraction, il n’est pas difficile d’en comprendre le véritable principe. Si un conlro-stimulant cardiaque de quelque efficacité est donné à forte dose, il ralentit instantanément l’action du cœur; les vaisseaux éloignés, surtout ceux de l’encéphale, ne recevant plus la même impulsion, éprouvent une sorte de slase, restent engorgés partiellement dusang qu’ils contenaient, irritent le cerveau qui, se trouvant luimême hypersthénisé par la congestion, donne lieu à quelques spasmes tétaniques ou convulsions plus ou moins énergiques. Ces spasmes, ces convulsions, cependant, ne peuvent être que fugaces; car l’abaissement imminent de l’énergie vitale dans tous les organes qui sont en relation avec le cœur les affaiblit de plus en plus, et ils finissent pas s’éteindre très-promptement.

Les phénomènes les moins trompeurs de l’action des remèdes hyposihénisants sont ceux qui se rapportent à la circulation sanguine, et cela doit être; car s’il est vrai que tous les remèdes avant d’agir passent dans le torrent de la circulation, le cœur et les vaisseaux doivent en éprouver les premiers l’impression. En conséquence, si l’on veut tenir bien compte de ces derniers, on aura une règle infaillible, même dans les cas les plus douteux. 11 est une loi constante, en effet, de l'économie chez l’homme sain, qu’aux premières et moindres doses de remède hyposthénisant succèdentlamo!lessc,la pelitesseclla lenteur dans le pouls; cela n’a jamais lieu après l’usage des hypersthénisants, à moins que cet usage ne soit répété, et que les pulsations n’aient été d’abord au summum de leur élévation. On aura en cela des données certaines pour distinguer les deux actions opposées. Des doses considérables et répétées de remèdes hyposihénisants n’augmentent jamais l’énergie de la circulation , ne produisent jamais l’orgasme fébrile, à moins qu’ils ne soient doués de qualités mécaniques capables d’offenser, d’irriter l’estomac ou d’autres parties, et que leur administra-

CONTIIO-STIMÜLANTS.

lion n’ait été accompagnée de substances capables de prévenir cette dernière action. Les mêmes remèdes produisent chez l'homme malade les mêmes effets, ils augmentent l’hyposthénie et relèvent les forces; au contraire, s’il s’agit d'hypersthénie exquise avec oppression, ou de faiblesse apparente.

La sueur est aussi produite parles remèdes hyposthénisants et par tes liyperslhénisants ; mais il y a une différence marquée entre l’une et l’autre espèce:

dans le premier cas elle est passive, dans le second active. Chez l’homme hypersthénisé qui transpire, la sueur est exprimée, exhalée des vaisseaux par un excès d’activité de la circulation , du mouvement organique, par action morale excitante, par l’effet du calorique atmosphérique, ou par l’état fébrile ; tandis que celui qui transpire après une forte hyposthénlsation , comme après des pertes sanguines, l’usage abondant de boissons aqueuses, d’un bain froid, etc., n’éprouve un pareil effet que dans un calme parfait, et par effet d’un relâchement passif des pores exhalants. Le médecin éclairé n’aura pas de peine à distinguer ces deux états, alors même qu’il en ignore les causes. Il n’aura en effet qu’à se rappeler que la sueur active est ordinairement partielle , accompagnée de scabrosité et de chaleur à la peau, de fréquence et vigueur dans le pouls, rougeur cutanée, agitation générale, tandis que dans la sueur passive, au contraire, la peau est ou naturelle ou pâle, généralement molle et fraîche, le pouls lent, mou, ondoyant; le malade accuse quelques frissons, etc.

Quelquefois les hyposthénisants occasionnent le météorisme abdominal, des chaleurs plus ou moins douloureuses à l’estomac et aux intestins. Ces phénomènes sembleraient en contradiction avec les principes exposés, puisqu’ils ne peuvent émaner que d'un surcroît de sensibilité; ce surcroît ne peut se rattacher qu’a des causes stimulantes. Il est cependant facile de comprendre que celle contradiction n’est qu'apparente : l’action de certains remèdes hyposthénisants suspend presque instantanément le travail de la digestion, les matières restent congestionnées dans le tube intestinal, il s’en sécrète d’autres qui, jointes aux précédentes, donnent lieu à un développement de gaz ; de là le météorisme et les coliques dépendantes de l’action expansive des gaz. Les douleurs intestinales que les malades accusent dans ce cas ne sont

donc pas dynamiques, elles sont secondaires et dépendent d’une cause méca-nique. Ajoutons que quelques substances’ liyposlhénisanles sont douées de qualités; mécanico-chimiques incorrigibles par la forme adoptée de la prescription, de là i une source d’irritation qui peut rendre compte des phénomènes ci-dessus; de ce • nombre sont les résines, par exemple. Il: est bon de faire remarquer, en attendant, . que l’irritation mécanique dont il s’agit: est en grande partie corrigée par l’action . dynamique, aussitôt que celte dernière est déclarée. — Il resterait maintenant!

à examiner quelques autres phénomènes’ produits par les remèdes hyposthéni-sants , et qui pourraient être confon-dus avec les analogues, produits parles remèdes hypersthénisants , tels sont!

le vomissement, les évacuations alvinesabondantes, la sécrétion excessive des urines. Les faits qui prouvent la différence très-tranchéequi existe entre ces phénomènes de l’une et de l’autre classe1 de remèdes entraîneraient ici trop de détails, ils seront mieux placés plus loin. L’action contraire des deux classes de re- • mèdes est donc un fuit incontestable, etl il est facile d’ailleurs de prouver expérimentalement que l’action réciproque de ces substances se neutralise complètement. Mettez un animal près de la mort: par l’influence d’une cause hyperstliéni-sanle, vous l’en délivrerez comme par miracle à l’aide des remèdes hyposthénisants, en agissant dans un sens contraire. Nous verrons plus loin des faits de cette nature, et qui ne laissent aucun doute sur la thèse que nous soutenons.

Disons en attendant qu’il serait absurde de prétendre, ainsi qu’on le fait, que, pour admettre la double classe des remèdes, il faudrait que chaque remède d’une classe pût détruire les effets de tons les remèdes de l’autre classe. Il est clair que cela ne peut être, car, outre que chaque remède d’une même classe n’a pas le même deeré d’énergie, ni de promptitude, ni de durée d’action que tous ceux de la classe opposée, son effet porte principalement sur tel ou tel appareil, scion sa nature particulière. Un hyposlhénisant léger, par exemple, ne peut contrebalancer un hypersthénisant puissant, pas plus qu’une action diffusible ne peut combattre une action durable ou permanente, et un remède dont l'action élective porte sur l’encéphale, ne peut davantage combattre faction contraire d’un autre qui se dirige spécialement sur l’appareil digeslif.S’il eû

était autrement, on n’aurait pas deux classes de remèdes, mais bien deux seulsremèdes, ce qui n’est venu à l’esprit de personne. On peut néanmoins dire avec raison qu’un remède hyposthénisant quelconque peut en général être utile, sinon pour combattre complètement, au moins pour mitiger les effets d'un hypersthénisant quelconque, ou toute espèce d’hypersthénie, et vice versa.; c’est là un fait constant que

J 'expérience confirme tous les jours, et l’on

peut voir dans nos cliniques une meme maladie être souvent combattue avec succès par des remèdesdivers d’une même classe. D’un autre côté, les personnes qui par des assertions vagues prétendent que les mêmes remèdes agissent tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, selon les circonstances, devraient au moins prouver par des faits qu’une même substance hyposthénisante qui est utile dans une inflammation peut être nuisible dans une autre inflammation ou dans une autre maladie quelconque à fond liypersthénique ; c’est ce qu’on n'a pas encore fait. — Une autre objection a été faite à notre manière de voir. En admettant l’action opposée des remèdes et leur faculté réciproque d’élision, on ne peut, a-t-on dit, conclure que l'action soit également double sur la vitalité, car les effets que nous observons ne procèdent pas uniquement des modifications que la vitalité éprouve, ils sont composés et dépendent d’une foule d’autres conditions particulières de l’organisme; et bien que ces effets puissent se neutraliser réciproquement, cela ne prouve pas que la vitalité soit passée d’une condition à une autre opposée.

Nous nous sommes cependant expliqué à ce sujet; nous avons démontré que bien que la vitalité ne soit pas la seule cause des fonctions de nos organes , elle en est cependant le premier et indispensable moteur. Or, s’il est vrai qu’après l’administration d’un remède, les fonctions se dérangent u’tinc manière déterminée, et que par l’usage d’un attire remède il survient un dérangement d’une nature opposée, ou qui dissipe le dérangement précèdent, que conclure? Il est clair que puisque les autres conditions des fonctions avec la vitalité sont les mêmes dans les deux cas, on est autorisé de dire que cette dernière a été mise dans deux états opposés par l’action contraire des remèdes. Nous reviendrons, du reste, sur celle importante question.

11 n'a pas manqué enfin d’hommes qui, pour l’honneur de leur routine, ont

attaqué les faits du contro-stimulisme par des hypothèses singulières, ün a dit qu’en assignant ainsi une faculté à chaque remède, on établissait une X inconnue tirée d’une autre X inconnue, savoir, la nature du remède d’après la nature supposée de la maladie à laquelle on l’appliquait, etvice versa. C’est là une assertion fausse. Nous 11e jugeons la nature d’une maladie douteuse d’après l’action d’un remède, que dans le seul cas où la nature de ce dernier nous est parfaitement connue , et généralement reconnue comme telle ; de ce nombre sont, par exemple, l’alcool et la saignée, et nous ne présumons la nature inconnue d’un remède, que dans le seul cas où il est employé un grand nombre de fois dans une affection inflammatoire franche. Que si l’on nous objectait encore que l’essence de l’inflammation n’est pas bien connue, nous répondrions que ce serait là une très-pauvre chicane.

L’action des remèdes hyposthénisants, outre qu’elle est démontrée par leur opposition avec les hypepsthénisants , est mise en plein jour par la nature de leur action directe, qui est analogue à celle de la saignée. Qu’il nous suffise de citer les inflammations franches(la pneumonite par exemple), qui sont indistinctement traitées et guéries en I talie, depuis Rasori et Borda, par les seuls remèdes dits contro-stimulants, etsans tirer une goutte de sang. En France et ailleurs, on a adopté, sous le nom de méthode rasoricnne, cette médication, pour certaines maladies seulement, et pour s'en rendre compte, on fait jouer un grand rôle à la révulsion. Les résultats qu'on a obtenus ont été tellement surprenants, qu’on a fini par comprendre qu’on pouvait réellement guérir les inflammations sans phlébotomie. Les médecins italiens et étrangers, cependant, qui ont adopté cette méthode, se sont bien gardés de renoncer complètement aux saignées; ils ont joint à ce précieux secours les remèdes contro-slimulants, et ont évité pur là l’abus de la lancette. En faisant un parallèle entre la saignée et les remèdes contro-stimulants, on sera obligé de convenirque ces agents opèrent d’une manière analogue, visent au même but et parviennent au même résultat, c’est-à-dire l'enlèvement de l'hypersthénic, l’abaissement de la vitalité, et par conséquent l’hyposthénie. Leur mode d’action cependant, ou leur mécanisme, n’est pas absolument le même. Il y a effectivement une certaine différence

entre le mécanisme de l’action de la saignée et celui des autres moyens controstiniulants; ces derniers abaissent directement la force vitale de la libre, diminuent son impressionnabiütéou son degré de réaction aux agents ordinaires, et cela en ajoutant plutôt qu’en ôtant de la matière, tandis que la saignée n’agit pas directement sur la vitalité, elle enlève de la matière organique et diminue par là un des principaux stimulus qui la mettent en jeu. L’excitation en conséquence, ou l’acte vital qui la constitue, est immédiatement rendue moins énergique, non parce que la vitalité a baissé, mais plutôt parce que le stimulus naturel a diminué; de même que nous voyons l’œil enflammé et sensible percevoir les objets moins vivement si la lumière est faible, et l’estomac atteint d’hyperstbénie digérer moins si l’aliment est diminué. Je ne veux pas dire cependant que consécutivement la vitalité ne soit également abaissée par suite de la saignée; cela a toujours lieu au contraire, et avec beaucoup d’intensité, car ce sang, qui dans beaucoup de tissus met la vitalité en action comme stimulus, est le même qui dans tous les tissus ranime aussi la même vitalité, et lui fournit pour ainsi dire l’aliment le plus essentiel. Aussi la saignée est-elle généralement considérée comme un moyen contro-stimulantindirect, analogue à ceux qui enlèvent du calorique, de l’électricité etautresstimulus naturels du corps. Cette considération nous a fait placer la saignée parmi les secours mécaniques dont nous devons nous occuper dans un ouvrage qui suivra celui-ci.

On a divisé les remèdes hyposthénisanls en directs et indirects. Oii a appelé directs ceux qui, introduits dans l’économie, abaissent la vitalité, indépendamment des sécrétions qu’ils provoquent ; indirects, ceux qui n’abaissent la vitalité que par les évacuations qu’elles occasionnent, et par la perte des stimulus naturels à laquelle ils donnent lieu. Tous les remèdes dits évacuants par les auteurs sont dans cette catégorie , tels que les émétiques, les purgatifs, les diurétiques, les sudorifiques, etc. Celte division est non-seulement fausse, mais même dangereuse, car elle favorise une manière de voir qui a été jusqu’à présent un des plus puissants obstacles aux progrès de la science. Il existe, il est vrai, des controslimulants indirects, mais ce ne sont pas là des remèdes ou des agents capables d’entrer dans lu définition que nous avons

donnée des remèdes. La saignée, la glace, la soustraction de l’électricité, et autres moyens analogues, sont de ce genre; ils ne sont pas efl'ectivement dépendants de l’assimilation organique et de la réaction vitale. La vitalité reste passive sous leur, influence, il ne faut qu’ôter à l’organisme: une partie de ses stimulus naturels; leur mode d’action est soumis aux lois physicomécaniques, en conséquence on ne saurait confondre ces effets avec ceux qui se rattachent à l’assimilation organique et dépendent entièrement de la vitalité ou de sa réaction. Les évacuants, les émétiques, les purgatifs, sont de véritables remèdes, et pour qu’ils produisent les évacuations qui leur sont propres, il est indispensable qu’ils entrent dans l’assimilation, et que la vitalité même les détermine d’après les lois dynamiques que< nous avons établies. Il est prouvé pour nous que les évacuations provoquées par les remèdes ci-dessous ne sont pas la cause de l’hyposthénie, mais bien l’hyposthénie la cause des évacuations. Nous serions fâché qu’on prît cette assertion pour une subtilité théorique, cela nous prouverait qu’on n’aurait pas bien saisi les principes fondamentaux que nous avons exposés.

Nous aurons l’occasion de rendre celle proposition incontestable par des faits matériels ; tout ce que nous voulions faire: comprendre pour le moment, c’est que les contro-stimulants, dits indirects, de quelques auteurs ne sont pas de véritables remèdes (l).

Les remèdes byposthénisants doivent être divisés selon leur degré d’énergie. Il y eu a de tellement violents qu’on:

pourrait appeler foudroyants ; d’autres sont forts , d’autres enfin modérés ou légers. 11 est cependant difficile de tracer la ligne de démarcation ; néanmoins nous commencerons à parler des plus forts , et nous arriverons graduellement aux plus faibles. Parmi les forts, il y eu a dout l’action est prompte.

ff) On pourrait peut-être considérer comme des contro-stimulants indirects les remèdes hypersthénisanls qui , admi-nistrés dans une maladie pblogistique , provoquent des sueurs abondantes et autres évacuations affaiblissantes, et guérissent ainsi la maladie. Nous en avons cité des exemples précédemment et donné l'explication du fait. 11 faut réfléchir néanmoins que tout on guérissant l’iiyperstüé- • nie ces moyens ne sont jamais capables ; de produire l’byposthénie véritable.

diffusible: chez d’autres elle est lente et durable. Les diffusibles ne sont pas toujours les plus énergiques. En général, on peut dire que l’action des diffusibles est plutôt passagère , l’action lente plus durable. La division la plus importante des remèdes hyposlhénisants est basée sur leur action élective pour tel ou tel organe ou appareil; c’est-à-dire que tout en hyposthénisant l'économie entière , l’effet du remède se montre d’une manière plus marquée et plus durable dans telle ou telle partie. De là résulte sept ordres de remèdes contro-stimulants , savoir: vasculo-cardiaques , lymphatico-glandulaires , gastriques, entériques, céphaliques, spinaux.

On pourrait nous demander pourquoi, dans la classe précédente, nous n’avons établi que cinq ordres, tandis qu’ici nous en avons formé sept. J’ai déjà dit que je n’attachais pas d’importance au nombre des ordres, attendu que ce nombre pouvait varier par les progrès de l’expérience ; or, l’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de faire autrement, le nombre des hyposthénisants étant naturellement plus considérable que celui des hypersthénisants. D’ailleurs, les remèdes contro-stimulants étant plus souvent employés, l’expérience est plus avancée à leur égard ; en conséquence , on a pu en faire un nombre plus considérable d’ordres. Il est probable du reste que les chiffres de chaque classe varieront par la suite.

Arrivons aux indications des remèdes contro-stimulants. Toutes les maladies hyperslhéniques demandent l’usage des remèdes hyposthénisants. On doit avoir pour principe qu’il n’y a que les seuls remèdes hyposlhénisants, convenablement employés, capables de bien conduire à guérison la plupart des maladies phlogistiques, quelles que soient d’ailleurs leurs différences d’intensité , de forme, de caractère, de siège. Il ne s’ensuit pas cependant que le médecin doive s’en tenir toujours à un même médicament dans le traitement de ces maladies, ni à tout autre de cette même classe. On sait effectivement que les maladies ne cèdent pas toujours facilement aux remèdes appropriés. Des circonstances particulières empêchent quelquefois d’en triompher en suivant les règles ordinaires. Les personnes qui ont cru très-facile l’art de guérir en s’attachant aux seuls principes de la réforme se sont singulièrement trompées. Bien que simples

et faciles à saisir, ces principes exigent un profond discernement pour êlre appliqués convenablement, surtout dans certains cas; il faut souvent, dans cette application, une philosophie médicale et des connaissances pratiques beaucoup plus étendues que de suivre les médications banales de la médecine symptomatique, des dictionnaires de l’empirisme, ou des formulaires des prétendus remèdes spécifiques. Le médecin qui ne veut point faire usage d’analyse philosophique, qui veut s’en tenir aux simples faits sans les rattacher à des principes, fera bien tant qu’il n’emploiera dans sa pratique que des remèdes hyposthénisants légers, ou aucune espèce de remède; il peut être certain qu’il verra guérir un assez grand nombre de ses malades , ainsi que cela arrive tous les jours. Mais s’il veut, à côté de ces maladies légères qui guérissent toujours , quelle que soit la médication suivie, avoir la satisfaction d’en guérir de celles dont la gravité est imposante, il faut autre chose que la routine aveugle. S'il ne distingue point les conditions de la maladie hypersthénique, ses degrés, sa marche, son siège, la nature de l’organe affecté, s’il ne calcule pas ces circonstances pour choisir tel remède hyposthénisant plutôt que tel autre, il pourra manquer son but et devenir spectateur oisif de la perte de son malade. Il est bon de rappeler en attendant que pour combattre les maladies hyperstlîéniques , l’art possède, indépendamment des remèdes hyposthénisants directs, les secours moraux, diététiques et mécaniques. Chacun de ces derniers moyens peut être préférable dans le traitement d’une maladie hypersthénique ; quelquefois plusieurs sont nécessaires à la fois. Prenons pour exemple la saignée ; il est clair que ce secours mécanique est souvent d’une telle importance qu’il doit être préféré aux autres, même aux hyposthénisants directs, et peut suffire à lui seul pour la guérison. Dans d’autres cas, au contraire, il a besoin d’être joint à d’autres hyposthénisants , ainsi que nous le verrons ailleurs.

Des tempéraments, des constilutions, des genres de vie trop somptueux , trop versés dans l’usage des moyens stimulants; l’influence de certains climats, de certaines saisons , professions et autres circonstances, déterminent chez beaucoup d’individus une grande prédisposition à la pléthore , excès de plénitude des vaisseaux sanguins , qui constitue ou oc-

112 CONTRO-STIMUtANTS.

casionne une véritable hypersthénie.

]Nul doute que cette pléthore, cette hypersthénie ne puisse s’enrayer à l'aide de simples remèdes hyposthénisants, mais il faut convenir que ces remèdes n'offrent pas le moyen le plus opportun. Ils ne diminuent pas effectivement la masse du sang', qui est excessive, ou du moins ils ne produisent ce résultat qu'à la longue et en provoquant des sécrétions abondantes, en suspendant ou ralentissant le travail de la nouvelle sanguification. Ce résultat donné par les hyposthénisants n’atteint le but que très-lentement et par une voie un peu détournée, ce qui exige beaucoup de temps, tandis que la phlébotomie, au contraire, arrive directement au but, diminue la masse du sang, et détruit de fait les incommodités de la pléthore. Dans cette occurrence, la saignée doit donc être toujours préférée aux autres hyposthénisants , et elle suffit à elle seule.

L’inflammation , quelle que soit son intensité, le siège qu’elle occupe, peut, il est vrai, guérir par le seul usage des remèdes hyposthénisants; les faits de Rasori et de Borda sont là pour l’attester, mais il serait peu logique de ne pas employer en même temps la saignée, qui rend la cure et plus sûre et plus prompte. Il faut convenir effectivement que, dans toute inflammation , il y a pléthore :

d’une part, le travail actif des vaisseaux sous l’influence de la fièvre, l’exaltation des fonctions capables d’augmenter le sang, telle que l’absorption manifestée par la sécheresse de la peau et la soif, la fréquence de la respiration ; d’autre part, la diminution ou la suspension des fonctions qui enlèvent au sang une partie de ses éléments, telles que la nutrition , la sueur, les évacuations, le prouveraient suffisamment, si d’ailleurs l’inspection oculaire n'attestait pas tous les jours la présence de la pléthore générale et locale. J’ajouterai que le sang est lui même devenu plus stimulant, plus acre , si je puis m’exprimer de la sorte, ainsi que cela se voit par la couenne qu’il présente. Dans quelques cas, il est vrai, la pléthore générale peut ne pas être bien manifeste, mais la locale est toujours incontestable. Ici, effectivement, le sang se porte évidemment avec plus d’impétuosité, s’accumule, et sa distribution devient inégal. Il est donc très-rationnel et très-sage de combiner, dans ces circonstances, la saignée aux hyposthénisants, l’une diminuant directement la

masse du sang, les autres abaissant la vitalité et favorisant les excrétions. Par suite de cette combinaison , on pourra ne prescrire que des doses beaucoup plus faibles des hyposthénisants que si on ne faisait point usage de la saignée. On conçoit en outre que, si on renonçait complètement à la saignée, il faudrait, pour atteindre le but, ordonner des hyposlhénisants très-énergiques et à fortes doses. Cela pourrait exposer, d’une part, à des accidents, le médecin n’étant pas toujours présent pour régler les doses selon les changements momentanés de la maladie ; de l’autre, à ne pas la combattre assez énergiquement, par la même raison , car les doses devraient être en proportion du degré d'intensité de la maladie. D’ailleurs, une action hyposthénisante très-violente, en la supposant proportionnée à l’intensité de la maladie, pourrait , en abaissant trop subitement l’énergie vitale du cœur et des vaisseaux, donner lieu à des stases passives du sang, qui, par leur action mécanique , pourraient déterminer des accidents fâcheux , comme des épanchements , etc. , et cela uniquement parce que la pléthore n’aurait pas été combattue préalablement à l’aide de la saignée.

Il y a néanmoins des maladies phlogistiques ou hypersthéniquesdans le traitement desquelles il est bon de s'en tenir aux seuls hyposthénisants et de négliger la saignée. De ce nombre sont les empoisonnements hypersthéniques par l’opium, par le vin , par l’alcool , e(c. L’accident étant ici instantané , la constitution n'a pas eu le temps de préparer les matériaux de la pléthore. Certaines phlogoses chez des individus de tempérament sec ou lyinphaliq lie, certaines a rtérites, quelques hémorrhagies inflammatoires ne se laissent pas bien combattre par la saignée, elles ne cèdent même complètement qu'à l'influence des remèdes hyposthénisants.

Il y a des hypersthénies hémorrhagiques tellement relractaires à l'action des saignées qu'elles persistent même alors que le malade est devenu presque exsangue:

dans ce cas les remèdes hyposthénisants agissent merveilleusement. L’expérience nous a appris, enfin, qu’en général dans les phlogoses chroniques les remèdes hyposthénisants doivent être préférés également à la saignée ; je dis en general, car souvent les inflammations chroniques sont de nature à pouvoir èJre dissipées par les évacuations sanguines.

— Les maladies à fond mécanique ou

CONTRO-âriMULANTS.

spécifique réclament souvent, clics aussi, l’usage deshyposthénisants. Je n’entends pas parler de celles dont les moyens curatifs sont détermines et d’application à peu près certaine, telles que la vermination simple qui se combat par les anlhelminthiques, les pierres dans la vessie qui s’enlèvent par l’opération, etc. : je parle de celles dont les moyens curatifs sont inapplicables ou inconnus. Alors le mal ne peut être combattu dans sa source ; l’on ne peut viser qu’à l’enlèvement des symptômes les plus incommodes, ou dangereux. Dans ce but les hyposthénisants peuvent être plus utiles que les saignées; car, bien que le mal soit mécanique au fond, les symptômes dont nous parlons dépendent d’une lésion dynamique occasionnée par la cause matérielle, et il n’y a pas ordinairement là de pléthore ; d’ailleurs la saignée ne saurait être impunément répétée aussi souvent que les souffrances du malade le réclameraient. Je viens de dire que les maladies mécaniques ou spécifiques déterminaient des effets dynamiques susceptibles d’appréciation et d’être bien traités par les remèdes hyposthénisants ; j’ajouterai que tous les symptômes qui les accompagnent sont dynamiques et que c’est aussi dynamiquement qu’elles produisent la mort.

Citons quelques exemples sans sortir de notre sujet. Un calcul dans la vessie que fait-il? Il irrite , blesse , enflamme cet organe ; de là la phlogose se propage à d’autres organes et cause la mort par hypersthénie le plus souvent. Comment le principe syphilitique opère- t-il? Il enflamme les vaisseaux lymphatiques, les glandes, les os, les membranes et produit des dérangements dynamiques incompatibles avec la vie. Le principe varioleux ne se fixe-t-il pas également sur telle ou telle partiedu système vasculaire, nel’enflamme-t-il pas et ne jugule-t-il pas ainsi l’existence du malade?

Je pourrais multiplier ces exemples i pour prouver que c’est toujours sous le rapport des lésions dynamiques que les i maladies mécaniques doivent occuper et | que la nature de ces lésions est presque toujourshyperslhenique ou phlogistique.

, Les lésions organiques elles- mômes, quel que soit leur principe formateur , les dilatations , les obstructions squir- ' rheuses , etc., n’agissent pas autrement ; leur action mécanique irrite, engorge , enflamme les tissus voisins, puis les parties éloignées, et la mort survient généralement dans des conditions d'hyper-

Giacomini.

slhénie. Je conviens cependant que dans quelques cas les maladies organiques s’accompagnent au contraire d’une condition hyposthénique , c’est lorsqu’elles sont de nature à empêcher les fonctions destinées aux réparations de l’organisme. Dans la généralité des cas, la condition dynamique est hypersthénique , sinon dans le commencement, du moins dans le progrès de la maladie. Tant que le fond mécanique ou spécifique de l'affection n’est pas détruit, c’est donc par des remèdes hyposthénisants qu’il convient de combattre les symptômes principaux; on ne veut pas par là guérir la maladie, mais bien la mettre dans des conditions d’être opérée chirurgicalement, ou d’empêcher les dégâts mortels qui suivraient les dérangements dynamiques.Les saignées dans ces circonstances, outre qu’elles ne sont pas toujours tolérées par les conditions générales, n’enrayent pas d’une manière aussi durable les symptômes que les remèdes hyposthénisants, et d’ailleurs si la saignée produit une trop grande faiblesse, on ne peut aisément réparer la perte du sang dans une constitution détériorée , tandis que les effets trop énergiques des hyposthénisants peuvent être de suite dissipés par des remèdes opposés. Nous avons pour principe dans ces circonstances de n’adminislrer les hyposthénisants qu’avec ménagement et par faibles doses, car le changement de nature de la condition dynamique arrive assez aisément, et malheureusement les phénomènes de ce changement s’opèrent souvent d’une manière sourde et insidieuse.

J’ai à peine besoin de dire maintenant que les remèdes hyposthénisants doivent être sévèrement défendus dans les affections hyposthéniques. En parlant des remèdes hypersthénisants nous avons vu que dans quelques cas ces substances pouvaient guérir ou améliorer des maladies hyperslhéniques en provoquant des évacuations analogues à la saignée ; cette remarque cependant n’est dans aucun cas applicable aux médicaments hyposthénisants qui ne peuvent que nuire dans toute espèce de maladie de faiblesse. Ici vous auriez beau invoquer l’intervention de la force médicatrice de la nature ; elle est sourde, impuissante, car elle se trouve anéantie par le remède liyposlhénisant lui-même. — Cela posé, on pourrait proposer la solution de ce problème: une maladie dynamique de nature douteuse est traitée chez deux individus par des

CONTRO-STIMÜLANTS.

remèdes opposas , par les hyperslhénisints chez l’un , par les hypostliénisants chez l’autre; tous les deux guérissent.

L’on demande quelle était la nature du mal, quel est le traitement qui a réellement eu une prise heureuse sur l’affection ? La réponse est entièrement basée sur les considérations précédentes. Il est clair que puisque la nature ne pouvait aider que les effets de la médication hypersthénique , qu’elle était tout - à - fait impuissante à l’égard de la médication hyposthénique, la maladie ne pouvait être qu’hyperslhénique. Nous avons prouvé

effectivement que ce n'est que dans ces seules conditions que la nature peut se débarrasser spontanément et du poids de la maladie et de la surcharge de la médication contraire. Si l’on demandait, enfin : dans les cas douteux faut -il avoir recours aux hypersthénisants ou aux hyposthénisants? Je répondrai, ni aux uns, ni aux autres; mais si l’on veut traitera titre d’exploration , pour éclairer le diagnostic, je dirai qu’il n’y a moins de danger à essayer les remèdes hypersthénisants que ceux de nature opposée.

ORDRE PREMIER

REMÈDES HYPOSTHÉNISANTS CARDIACO-VASCULAIRES.

Lorsqu’un stimulus excessif ou un remède hypersthénisant provoque une action trop vive dans le système circulatoire, les effets dans chaque partie de ce système se confondent tellement par le trouble fonctionnel qui les accompagne, qu’il n’est pas toujours possible de distinguer quel est l’organe ou l’appareil qui en a éprouvé l’impression la plus vive. Il en est autrement lorsqu’il s’agit de remèdes hyposthénisants. Ces derniers, en affaiblissant les fonctions, en en supprimant quelques-unes , et en en déterminant de nouvelles, produisent des effets plus appréciables; ils laissent mieux connaître si l’action a porté principalement au centre de la circulation ou à la circonférence , sur la partie droite ou gauche du cœur, sur les artères ou les veines , sur les vaisseaux sécréteurs ou absorbants. Par suite de ces remarques, bous avons établi dans cette classe , non-seulementdes remèdes cardiaco-vasculaires et vasculo-cardiaques, mais eucore des remèdes lymphatico-glandulaires. Ce dernier ordre se trouve dans la classe précédente compris dans la catégorie des remèdes vasculaires , la science n’étant pas encore assez avancée pour faire autrement. Ici nous aurions pu à la rigueur diviser les remèdes vasculo-sanguins en deux ordres, savoir : vasculoartériels et vasculo- veineux ; mais nous nous en sommes abstenus en attendant d’autres faits plus décisifs. Aussi, nous sommes-nous contenté de les comprendre dans la seule dénomination dc vasculo-

cardiaques. — En traitant des remèdes hyposthénisants cardiaco - vasculaires , c’est-à-dire dont l’action porte principalement sur le cœur , et particulièrement sur les cavités gauches, nous ne devons pas omettre de rappeler qu’il n’y a pas de remède, quel qu'il soit, qui n’ait pas d’action plus ou moins marquée sur le cœur; et cela se conçoit quand on réfléchit que les remèdes avant d’agir doivent être assimilés par la lymphe, puis par le sang. Si l’on en excepte pourtant quelques-uns dont l'efficacité se manifeste peut-être dans les vaisseaux lymphatiques mêmes et avant d’entrer dans le sang.

Les hyposthénisants vasculaires ont pour effet presque constant , chez l’homme sain, de retarde^ de ralentir, d’affaiblir les contractions du cœur, surtout du ventricule gauche. Cet effet se manifeste dans le pouls, qui se ralentit et devient mou, très-dépressible; plusieurs fonctions éprouvent des changements en rapport avec cet étatducœur.JNouslesindiquerons en traitant de chaque remède en particulier; pour le moment, nous ne voulons apj peler l’attention que sur les changements qu’éprouvent les fonctions de l’appareiL urinaire; cette fonction est constamment exaltée, les urines étant sécrétées en trèsgrande abondance sous l’influence des remèdes hyposthénisants cardiaques. Par suite de cette circonstance , les auteurs les ont appelés diurétiques. Que les remèdes en question touchent singulièrement les reins, c’est un fait incontestable et facile à expliquer eu se rappelant

*Cl6E HYDROCrANIQUlü.

que ces organes sont éminemment vasculaires et pourvus d’un tronc artériel fort volumineux. En parlant des remèdes hypersthénisants cardiaques, nous avons fait la même remarque ; nous avons fait voir qu’ils produisent des effets trèsénergiques dans les organes très-vascularisés, comme les reins, l'utérus et le poumon, et cela parce que dans ces organes la force du cœur était plus grande. Mais comment, dira-t-on, appliquer le même raisonnement aux remèdes hyposlliénisants, puisque ces derniers affaiblissent au contraire la force du cœur? Je m’explique :

Les hypostllénisants augmentent la sécrétion urinaire, non par accélération de la circulation artérielle, mais par relâchement des artères des reins. Ces organes ne sont pas de véritables glandes; ils résultent d’un entrelacement vasculaire et de tubes analogues à des filtres. L’urine elle-même n’est pas une véritable sécrétion ; une humeur ne mérite ce nom qu’autant qu’elle est séparée par un organe qui élabore le sang et attire par son travail un liquide particulier ; tels sont, par exemple, la salive, les larmes, le mucus, etc. Mais lorsque le liquide n’est séparé que par un mécanisme analogue à l’urine, il mérite plutôt le nom d’excrétion simple. L’urine effectivement n’a aucun office dans l’économie si l’on en excepte celui de débarrasser le sang d’une partie des principes qui le composent. Je sais bien qu’il n’y a pas d’excrétion sans sécrétion préalable ; mais personne ne contestera, je présume, que l’humeur salivaire, par exemple, ne subisse dans les glandes qui l’élaborent la disposition qu’elle présente, et n’acquière les qualités qui la rendent apte à remplir les offices auxquels elle est destinée. L’urine au contraire ne subit aucune élaboration particulière dans les reins, elle est expulsée du corps aussitôt séparée du sang et sans remplir aucun office particulier. L’urine n’est si variable dans sa composition chez l’homme malade et chez l’homme sain aux différentes heures de la journée, ne se charge de l’odore particulière des différentes substances qu’on a mangées, circonstance qui ne se rencontre point dans les autres humeurs de l’économie, ne s’imprègne enfin des autres matières introduites dans le sang, que parce que les reins n’exercent aucune action particulière pour l’élaborer , ils la séparent en quelque sorte passivement. A quoi servent-ils donc les reins ? A rien autre,

à ce que je crois, qu’à permettre au sang artériel de déposer dans leurs filtres tubulaires les matériaux inassimilables qu’il contient, l’excès du liquide aqueux dont il est chargé, et les autres principes devenus superflus à l’économie, et cela alors que leurs vaisseaux se relâchent et se dilatent. D’après cette manière de voir, les reins ne seraient que des espèces de filtres passifs destinés à la dépuration du sang ; le nom d’émonctoire, par conséquent, que les anciens leur avaient appliqué , me paraît bien choisi. Les reins donc ne seraient en fonction active que dans les moments seulement où leurs vaisseaux se contracteraient et empêcheraient le passage des principes urineux.

Tout ce qui augmente effectivement l’action des vaisseaux artériels des reins, comme le mouvement violent, la chaleur atmosphérique, les boissons alcooliques, l’orgasme fébrile, etc., diminue la séparation de l’urine. L’inflammation même des reins occasionne ordinairement la suspension et la rétention de l’urine. Au contraire, les boissons aqueuses, le repos, l’abaissement de la température, les bains tièdes, les remèdes dits réfrigérants , les causesmorales affaiblissantes, en un mot, tout ce qui abaisse la force de la circulation, fait augmenter la quantité des urines. On voit par là combien est erronée l’idée des pathologistes qui croient que la sécrétion abondante des urines indique une irritation ou unesurexcitalion des reins. 11 est de fait, au contraire, que toutes les fois que le pouls est fréquent et fort, que le sang va aux reins avec impétuosité, la quantité des urines diminue, et qu’au contraire, quand le pouls est lent, tranquille, que le sang arrive aux reins lentement, les urines deviennent abondantes. Si cela est, pourquoi ne pourrionsnous pas dire hardiment que c’est une erreurde croire que les remèdesqui augmentent la sécrétion urinaire stimulent les reins, et que c’est à tort qu’on défend ces mêmesremèdes dansle traitement de l’inflammation des reins?

ACIDE CYANHYDRIQUE ou 1IYDROCYAN1QUE

[acidum hydrocyanicum).

§ Ier. Caractères physiques. — Entre les mains du chimiste, toute matière azotcc , comme les chairs et les humeurs

ACIDB HYDROCfANlQDE. 117

animales, le sang de l’homme, et plus encore celui du bœuf, etc., peuvent fournir un agent thérapeutique très-violent; tel est l’acide hydrocyanique, connu jusqu'à ces derniers temps sous le nom d’acide prussique. On peut l’obtenir aussi du bleu de Prusse, d’où il tirait son nom. Cet acide existe tout formé dans la nature ; on le trouve dans les feuilles de pêcher, de laurier-cerise, dans les amandes amères, dans le prunier mahaleb, etc. — Sa découverte est due à Schéele, en 1782, mais ce n’est qu’en 1815 que M. Gay-Lussac en détermina la véritable nature et donna le nom de cyanogène à son radical, du grec xyanos, bleu, et gennao, engendre. Cet acide, pur, est liquide, incolore, odorant, très-volatil , d’une saveur d’abord fraîche, puis brûlante; il rougit la peau par son contact, susceptible de cristalliser en produisant un grand abaissement de température ; combustible, brûlant, avec une flamme jaune verdâtre.

§ II. Notions chimiques. — L’acide cyanhydrique est composé de 4 4,30 de carbone, 51,71 d’azote, et 3,90 d’hydrogène. Il est peu soluble dans l’eau, où il surnage; il se dissout cependant plus facilement dans l’alcool, et surtout dans l’éther. Abandonne à lui- même, il se décompose rapidement , quelquefois en moins d’un jour et même d’une heure, et il se transforme en une niasse brunâtre qui dégage une forte odeur d’ammoniaque et de charbon azoté. La lumière et la chaleur opèrent la décomposition de cet acide très-promptement. Par suite de cela on doit avoir soin de le préserver du contact de la lumière et de l’air en le renfermant dans des vases bien clos et recouverts d’un papier noir, et le tenir dans un endroit bien frais. Malgré ces précautions, il est toujours prudent que le pharmacien en fasse de temps en temps de nouveau pour ne pas l’avoir d’une action incertaine.

§ III. Effets sur les animaux. — Les | premiers essais avec l’acide hydrocyani- I que sur les animaux ont été tentés par f Schrader en 1803, et successivement par plusieurs autres qui ont fait un grand ' nombre d’expériences. On s’est assuré I par ces expériences que cet acide est le | poison le plus violent que l’on connaisse. F Schrader a tué des oiseaux avec quelques ( gouttes de cet acide délayé dans l’eau (1^.

(1) N. allgmc Journal der chemie i, p. t 393. 1 1 2 * 4 5 * 7 8

Emmert observa que tout être vivant meurt sous son action, mais bien plus promptement les animaux à sang cha ud ( 1 ). Magendie, avec quelques gouttes de cet acide versé sur la langue ou sur l’œil des chiens, les vit tomber par terre immédiatement commes’ils eussentété frappés de la foudre (2). Le même fait a été constaté dans les expériences de Coullon

(3) , d’Ittner (4) , de Wietz (5) , de Robert (6), de Meyer (7), d’Heller (8), et de plusieurs autres ; c’est à Mangili cependant qu’appartient l’honneur d’avoir le premier vérifié par des expériences sur les animaux l’idée de Rasori, savoir que l’action de l’acide prussique estconlro-stimulante comme celle du venin de la vipère. Il était facile, en effet, de prévoir cette aualogie d’action, car le plus souvent les animaux soumis à l’action de cet acide périssent sans la moindre agitation et à l’instar d’un flambeau qui s’éteint. Aussitôt appliqué sur l’économie, il fait cesser entièrement l’irritabilité musculaire ; les membres restent flexibles , le cœur gauche vide, et le sang plus noir et plus dissous qu’à l’ordinaire. Que si la dose de ce poison n’est pas assez élevée pour causer la mort , elle donne des étourdissements, des vertiges, un engourdissement et une faiblesse dans les membres : les pulsations du cœur deviennent faibles et lentes, les yeux immobiles, la pupille dilatée, insensible à la lumière. Wietz et quelques autres ont observé en outre parfois une raideur dans les membres et l’opislhotonos, mais cela n’affaiblit nullement la démonstration de Mangili ; car cette raideur, ce tiraillement delà tète et du corps en arrière, tiennent peut-être

(1) De venenatis acidi borussici in animalis effect. Tubing., 1805, p. 8.

(2) Annales de chimie et de physique , octob. 1814.

(5) Sur l’acide prussique. Paris, 1808,

(4) Beylræge zur Geschichte der Blausæuere, etc., p. 121.

(5) Hurze Darst., etc., nei medicinischen Jahrbüchern des osterr. kaiserstaats, 2 Bd., 3, p. 34.

(6j Ann. de chimie et de phys., oct.

(7) Versuch üh, d. vorgiftand. Wirkung. d. lîlausœure. Mockels, Deutsch.

archiv. f. d. physiol., 3 Bd.

(8) Kecli. sur l’emploi de l’acide prus ■slqué, etc. Rovuo médicale, 1823, août et septembre.

118 ACIDE IIYDROCYÀltlQUE.

aux efforts que font les animaux pour se soustraire à l’application de l’acide sur leurs yeux. Il n’est pas surprenanl d’ailleurs que, frappés immédiatement à mort par cet acide, leur corps reste dans cette attitude qui simule l’opisthotonos (l). On a trouvé quelquefois des traces de plilogose dans les cadavres des animaux tués par l’acide hydrocyanique concentré ; mais ces sortes de rougeurs sont plutôt dues à son action mécanique et locale qu’à l’action dynamique. En effet, on les aperçoit également dans la trachée lorsque les vapeurs du médicament sont inspirées; on les a rencontrées aussi, dans ces cas, dans l’œsophage et dans l’estomac, etc. — Les expériences sur les animaux faites en Italie démontrèrent que la combinaison de l’acide hydrocyanique avec l’alcool affaiblit singulièrement l'effet du premier , et qu’on peut en tolérer une plus forte dose. Ce mélange en retarde considérablement la mort (2). Les chimistes cependant croient généralement que l’acide hydrocyanique délayé dans l’alcool maintient pendant long temps ses propriétés , tandis que délayé dans l’eau il se décompose promptement et perd par là toute efficacité. Murray assure, et avec raison, que l’opium est un antidote excellent de l’acide hydrocyanique (3). L’ammoniaque est considéré cependant comme l’antidote par excellence de ce poison. Ainsi que nous l’avons dit, Murray s’en était si bien convaincu, qu’il disait qu’il s’empoisonnerait volontiers avec l’acide prussique s’il était sur que quelqu’un lui administrât aussitôt une dose convenable d’ammoniaque. Les expériences de Fremy confirment celles de Murray, et l’on sait que M.Dupuy guérit à l’école d’Alfort, à l'aide du sous-carbonate d’ammoniaque, un cheval qui était mourant par l’action de l’acide prussi-

(I ) Sur ce point , nous ne saurions être d’accord avec l’auteur. On sait qu’un petit lavement contenant quelques gouttes d’acide hydrocyanique produit chez les chiens des contractions spasmodiques très - violentes , suivies d’un véritable opisthotonos. Ce phénomène n’est pas en contradiction avec la faculté contro-slimulantc. (A. rf. trnd.)

(2) Gazan, Essai sur les effets que l’acide prussique et les substances qui la contiennent exercent sur l’économie animale. Paris, 1815.

(3) The Edimb, journal of science, avril 1825.

que. L’éther jouit de la même propriété par suite de sa vertu hypersthénisante diffusible ; aussi , le regarde-t on comme un des meilleurs antidotes de l’acide hydrocyanique. D’après les données fournies par l’expérience , on peut établir sur ce médicament les propositions suivantes :

1° L’acide cyanhydrique est doué d’une action très-énergique et le plus souvent mortelle ; 2° ses effets sont en harmonie avec ceux des remèdes hyposthénisants; 3° plusieurs substances hypersthénisantes, entre autres l’alcool, les éthers, l'opium , etc. , manifestent une action diamétralement opposée à celle de l’acide hydrocyanique et peuvent servir à combattre ses effets.

§ IV. Effets sur l'homme sain. — L’action très-énergique de l’acide hydrocyanique a été également éprouvée chez l’homme en état de santé. Scaringer, chimiste de Vienne , s’étant versé par maladresscsurles bras une certaine quantité de cet acide, préparé d'après le procédé de (lay-Lussac, mourut en quelques heures (l). Robert parle d’une servante qui en avait pris une certaine quantité par la bouche et qui succomba en deux minutes, comme si elle eut été frappée d’apoplexie (2). llufelandet Harless rapportent plusieurs cas d’empoisonnement mortels occasionnés par Jes petites doses de cette substance (3). Un voleur ayant avalé par mégarde trois grammes d’acide prussique délayé dans l’esprit de vin tomba presque aussitôt sans connaissance ; le médecin, survenu cinq minutes après, le trouva sans pouls, ni respiration, avec les extrémités froides , une impuissance: complète des muscles, les yeux très-luisauls. Il est mort très-promptement,, et cet état des yeux a persisté sur le cadavre. A l’autopsie qui a été faite le: lendemain, on rencontra plusieurs par— ties gorgées de sang noir. Le système:

artériel était vide, l’estomac et les intestins phlogosés, et leur muqueuse se laissait facilement détacher des autres membranes. Le cadavre exhalait une odeursuave , analogue à celui des amandess amères (4). Un cas d’empoisonnement par:

(1) Almanach für sceidekürstler von:

Iîucholz. Jahrg., 1815.

(2) Gilberts Annalen, 53 Bd., p. 211. J

(3) Journal, d. prakt. llcilk., 57 B , 1 s., p. 114. ïthein Jahrbuch., 7 Bd., 1 s.,, p. 190-

(4) Horn's Archiv. furmedicin. Erfahr.j Jahrgang, 1818, p. 510.

ACIDE immOCïANIQDK.

l’acide prussique , qui fit un très-grand bruit dans le public, est celui qui arriva à l’hôpital de Bicètre. C’était en juin 1828, que voulant expérimenter l’action de l’acide prussique dans l’épilepsie, le médecin ordonna à chaque épileptique deux grammes (demi-gros) d’acide prussique, mêlé à quinze grains de sirop simple. Au moment même qu’on administrait celte potion au septième malade, l’infirmier s'aperçut que celui qui occupait le premier lit venait de mourir, et pendant qu’il courait chercher du secours, les autres épileptiques expiraient à leur tour, de sorte que en quelques minutes tous les sept étaient morts (1). La mort par l’acide prussique arrive généralement sans être précédée d’aucun phénomène particulier, et à l'autopsie on ne trouve pas la moindre trace de phlogose, excepté sur les endroits où cet acide a touché.

Il n’arrive pourtant pas toujours que l’acide livdrocyanique produit la mort chez l’homme sain, bcudamore a observé, chez un enfant qui en but dix gouttes très-délayées dans de l’eau, un simple anéantissement des forces, un froid général , la dilatation pupillaire ; mais ces symptômes se sont dissipés , et l’enfant a guéri (2). Itlner, ayant respiré les vapeurs de l’acide prussique, éprouva des vertiges, un obscurcissement de la vue et des étourdissements ; ces symptômes se manifestèrent également dans un cas où on en a pris cinq à six gouttes par bouche (3). Vauquelin, Robert, Magendie, Delens assurent que les personnes qui entrent dans un laboratoire où on prépare cet acide, ou qui en avalent quelque quantité extrêmement petite, éprouvent des lipothymies, l’impuissance dans les mouvements, des vomissements, de la céphalalgie, de l’oppression. Coullon en prit lui-même vingt gouttes, et il continua à en prendre, en en augmentant la dose graduellement, jusqu'à quatre-vingt-six gouttes ; il n’éprouva qu’une salivation très-abondante, des nausées , de la fréquence dans le pouls, de la pesanteur à la tète, et de l’anxiété aux hypochondrcs (1). M. Ma-

gendie, au contraire, Itlner, Roch (1), et plusieurs autres ont observé que le pouls devient lent, et que la respiration se ralentit graduellement jusqu’à l’asphyxie. On admet généralement avec raison que l’acide hydrocianiquc détruit l’irritabilité du cœur. Vogt dit que les phénomènes présentés par l’action de l'acide prussique annoncent tous une dé pression, une extinction immédiate de l’innervation (2). Richler assure n’avoir jamais vu augmenter l’action nerveuse ni musculaire par l’effet de cet acide, ni avoir jamais remarqué sur les sujets morls par l'action de ce poison la moindre trace d’inflammation ni de congestion active (3). Ilayward de Boston regarde cet acide comme très-propre à diminuer l’excitabilité générale (l).

Ainsi, nous venons de voir que les phénomènes déterminés par l’acide prussique sur l’homme sain décèlent son action contro stimulante. La seule observation de Coullon , où il est question de l’accélération du pouls pourrait peut-être être regardée comme une exception, et ne saurait contre-balancer les nombreux faits contraires qne nous venons de citer, d’autant plus que nous ignorons si l’acide prussique dont il s’est servi était bien pur ; c’est ce que nous aurions de la peine à croire, vu que les doses trèsfortes qu’il a prises ne lui ont produit que des effets forl légers.

§ V. j Effets dans les maladies. — Malgré que l’acide cyanhydrique soit un des poisons les plus violents, entre les mains d'un médecin habile et prudent il peut devenir un moyen efficace de guérison , et passer ainsi de la classe des venins les plus meurtriers à celle des agents thérapeutiques les plus salutaires. Dès l’an 1804, Borda appela l'attention des médecins sur ce médicament. Dans les mêmes maladies où il avait déjà obtenu des succès par l’administration de l’huile et de l’eau cohobée de laurier-cerise, il a obtenu des succès bien plus marqués encore à l’aide de l’acide hydrocyanique. Cela ne doit point étonner, quand on se rappelle que le principe actif de cette

(1) Journal général de médec., t. cm, p. 367.

(2) A. -B. Granville, Furlherobs. on tho bydrocyanic. acid., etc. London, 1819.

(3) Loc. cil., p. 130.

(4) Loc. çit., et Orfila , Toxicologie,

t. ii.

(1) De acidi hydrocyanici puri in mor« bis efficacia. Lipsiæ, 1820.

(2) Arzncimil.

(3) Auslùhr. Arzneiniitl. , 2 Bd., p.

(4) Nouvelle bibl. médicale, 1829, vol.

120 ACIDE HVDROCTÀNIQÜ1I.

huile el de celle eau dépend de l’acide hydrocianique qu’elles contiennent. En le jugeant d'après un grand nombre d’expériences , pour un contro-stimulant des plus puissants , il l’essaya dans les maladies phlogistiques franches, telles que les fièvres inflammatoires, les pleurésies, les péripneumonies , etc. Il traita ces maladies par l’acide hydrocyanique et sans saignées, ou n’en ordonna que de très-légères et fort rarement. On ne saurait se figurer l’étonnement des médecins et des élèves qui assistèrent à la clinique de cet habile praticien à l’hôpital de Pavie , en voyant dissiper comme par enchantement ces maladies par l’administration de l’acide prussique. La fièvre cessait sur-le-champ ; une douce moiteur paraissait à la peau ; le pouls baissait et prenait une allure normale, ainsi que les évacuations; une expectoration salutaire avait lieu ; les douleurs et la toux se dissipaient (1).

Dans la clinique médicale de Padoue, le professeur Brera obtint , lui aussi , quelques années après, des résultats analogues; il étendit l’usage du médicament à plusieurs autres maladies inflammatoires, telles que l’entérite, la mé- Irile, le rhumatisme, etc. (2). Depuis lors , les élèves de Pavie et de Padoue répandirent cette heureuse pratique par toute l’Italie; de là elle passa en Angleterre , en France et en Allemagne , de sorte qu’on pourrait presque dire que l’usage de ce remède est devenu aujourd’hui si général qu’il y aurait presque à craindredes abus malheureux. Granville, Scudamore et Thompson en Angleterre

(3), Magendie (4), Heller (5), en France, et plusieurs autres, ont fortifié les idées des Italiens, en l’employant dans les maladies inflammatoires comme sédatif, et dans le but de diminuer la force des pulsations artérielles. D’autres praticiens l’ont prescrit sous des points de

(1) Memorie intorno alla vita dis. Borda suitle dal prof, del chiappa. Pavia, 1834, p. 62 et suiv.

(2) Prospetto de’ resuit, otten. nclla clinica dell’ unila di Padova delli anni 1809-15. Padova, 1816. — Manzoni, üe præcipua acidi prussici. medic. facult.

(3) Loc. cil.

. (4) Recherches physiologiques et cliniques sur l’emploi de l’acide prussiquo à Paris, 1819.

(5) Mém. cit.

vue différents, mais toujours dans des maladies hypersthéniques, et avec avantage. Pour n’indiquer ici que les faits principaux, je dirai : 1° que dans les maladies inflammatoires, non-seulement Borda , Brera , el beaucoup d’autres médecins italiens , ont prescrit avec succès l’acide prussique, mais encore Scudamore et Granville ; Thompson l’administra dans la fièvre catarrhale épidémique, sans avoir presque jamais eu recours à la saignée, quoique le pouls l'eût indiquée. Magendie, Heller, Elwert(l), Ryan (2), Creutzwicz (3) et autres l’employèrent dans des cas analogues.

— Les maladies inflammatoires traitées par ces praticiens sont la fièvre synoque , les bronchites, les pleurites, les péripneumouies, lacardile, les métrites, les entérites, les céphaliles, les miéliles. 2° Que dans les affections pulmonaires chroniques, et surtout dans la phthisie, cet acide a été loué par Granville et Magendie, qui en retirèrent beaucoup plus d’avantage que par tout autre remède; ils en ont même, dans quelques cas , obtenu des guérisons radicales. Thompson , Ittner, Cerutti (4), Behr (5), Roch, Bremer, Ryan, Weiclit, Engelhart (6), et Slcram- 1er (7), en ont obtenu les mêmes résultats. Billi assure avoir guéri, par l’acide prussique, trois phthisiques au troisième degré (8). Corrensi dit avoir obtenu le même succès dans un cas analogue (!)}. Plusieurs autres pourtant, parmi lesquels il faut compter Delens, Coullon, Kergaradec, Günlher (10), n’ont pas eu autant à se louer de l'acide prussique dans la phthisie. Cela est facile à concevoir, si ces médecins avaient présumé trouver dans l’acide prussique le spéci-

(1) D. Blaüsseure d. wirks. Ueilmitt.

in Lungenbeschw., etc. Ilildesli., 1821.

(2) The London med. and phys. jour»., vol. u, mars 1824.

(5) Rusls, Magasin, 22 B., p. 335.

(4) Granville, Ferneje beobachl. übers.

vomccrutti. Leipz, 1820.

(5) Uufeland’s Journal. Jul. 1820.

(6) D. Lungens. in ihren vcrsich. Zeitræutn. Aarau, 1823, p. 73.

(7) Klin. Bcobacht. u. urfahr., etc.

Leipz. 1325, p. 73.

(8) Reperiorio medic. chir. di Torino, 1821, p. 237.

(9) Repert. med. chir. di Fcrugia. Giugno, 1826.

(10) Medic. chirurg. Zeilung., 1821, 3, p, 104.

ACIDE hydrocyaniqoe. 121

fique infaillible de la phthisie. Si, malgré l’emploi du remède, la phthisie a continué à empirer, il faut en attribuer la faute au degré avancé du mal ou à l’application inopportune du remède. 11 n’en est pas moins vrai que ce médicament est fort utile dans la première période de la phthisie.

Il nous paraît évident du reste que les succès obtenus par l’acide prussique dans la phthisie confirment sa propriété contro-slimulaute , puisque le plusgrand nombre des cliniciens s’accordent à regarder cette maladie comme une affection de nature hypersthénique , compliquée d’artérite chronique du poumon, d’où la fièvre consomptive avec sueurs nocturnes , etc. Nous parlerons ailleurs avec détail de cette fièvre de consomption , hectique, ou de suppuration. Disons , pour le moment que personne ne conteste plus aujourd’hui que la phthisie, quelle qu’elle soit, n’ait un caractère hypersthénique constant, avec un fond matériel, dans l'altération organique de l’organe affecté; tout le monde sait que lé médecin peut bien réprimer jusqu’à un certain point la condition hypersthénique, mais presque jamais vaincre la lésion mécanique locale. S’il y a quelque espoir de maîtriser le mal , il ne peut être fondé que dans l’administration des anti-phlogistiques. 3° Les hémorrhagies, surtout la pneumorrhagie , l’hémoptysie et la métrorrhagie, cèdent heureusement à l’acide prussique ; Brera, Granville , Thomson, Heller, Heinecker (l) et autres nous ont transmis des observations de cette nature. 4° Presque tous les praticiens s’accordent à dire que les inflammations chroniques offrent des caractères un peu différents des aiguës, et qu’elles exigent une méthode curative différente, du moins sous le rapport de l’intensité et de la persévérance des remèdes. L’acide prussique a été heureusement appliqué contre ces maladies avec plus de succès que les saignées. Ittner a guéri, à l’aide de ce moyen , l’hypertrophie de la rate et du foie. D'autres ont guéri des maladies chroniques de l abdomen, mais toujours de nature phlogislique (2). Elliotson a heureusement combattu des cardialgies ,

- (G L. c. Mérat et Delens, Dict. méd. de mat. méd., t. n, p. 346.— Bibliothèq. •édic. , vol. lxxiv, p. 133.

(2) Beilrajge zur Goschichtc der Blau-

8*ure, p. 145.

des pyrosis par exeès d’excitabilité, et des dyspepsies. On sait que Thomson, dans le traitement de ces mêmes maladies, employait l’acide prussique, et qu’il contestait la priorité à Elliotson (1). Bailey aussi eut à se louer de ce remède contre quelques affections d’estomac (2), et Bouchener contre le catarrhe pulmonaire chronique (3). Brera et Osiander (4) l’ont prescrit avec avantage contre les affections chroniques de la matrice, notamment contrelesquirrhe; Bruni, contre le cancer de la matrice (5); Frych de Nyborg, contre le cancer au sein (6); Berndt, contre le squirrhe de l’estomac (7).

Thomson l’a administré à l’extérieur, dans les cas d’inflammation chronique de la peau , tels que les dartres, les impétigo, etc. (8) ; Schneider, contre les éruptions cancéreuses et autres (9). 5° Dans la série des maladies ainsi dites nerveuses , plusieurs placent en tête le tétanos , et louent pour le combattre l’acide prussique. Les médecins italiens dont nous avons cité les noms, Ittner (10), Trezevant (1 1) et Begin (12), sontdecenombre. On a aussi placé dans cette catégorie les névralgies en général ; Heller, Taylor

(1 3) et autres vantèrent l’acide prussique pour les combattre. Ils le vantent également contre l ’angiua pecloris , les palpitations de cœur, et autres affections cardiaques, contre l’asthme. Le proposèrent également comme très-utile, Heinecker, Heller (14), Macleod (tô), Fischer (16) ,

(1) Cases illustratives ofthe eiïîe. of lhe hydrocyan. acid., etc. London, 1820. The London med. Gazet., 1835.

(2) London med. reposilory , april

(3) Nouvelle bibliolh. médic., août

(4) Manzoni, Diss. citata.

(5) Nouvelle bibliolh. médic., 1828, v.

Ut, p. 503.

(6) Bull, des sciences méd. de Férussac, t. i , p. 257.

(7) Rust’s Magasin., 13 Bd., p. 278.

(8) Loc. cit.

. (9) llust’s Magasin., 21 Bd., p. 569.

(10) Loc. cit.

(11) Med. recorder, f., 1825, oct.

(12) Thérap. vu, p. 70t.

(13) Fdimb. med. and surgic. journ., n. 76.

(14) Loc. cit.

(15) Bulletin des sciences médicalos,

(16) Archiv. fiir med. Erfahr. v. Ilorn Jan. und febr. 1824, p, 95.

122 ACIDE HYDHOCÏANIQÜE.

contre la toux convulsive ou pertussis; Magendie, Granville, Thomson, Coullon, Engelhart, Caspari (1), Venable (2) également. Le docteur Èonlaneilles assure en avoir obtenudeseffelsadmirables dans ces cas (3), et le docteur Atlee a observé des faits du même genre, mais dans ces faits l’acide n’a été administré qu’après la saignée et quelques purgatifs (4). Un grand nombre d’auteurs portent aux nues l’efficacité de l’acide prussique contre l’épilepsie; Granville, Magendie, Ferrus, Heller (5), Gemler (6), Anthony (7), et plusieurs autres appuient cette assertion de leur propre expérience. Bien que ces auteurs regardent cette infirmité comme une névrose , il n’est pas moins vrai que sa condition pathologique est hypersthénique. J’en dirai autant du tétanos et des autres névroses.

Si la nature de cet ouvrage pouvait me permettre d’entrer en discussion à ce sujet, il me serait aisé de prouver par des faits que dans le tétanos et autres maladies nerveuses , on doit avoir constamment recours à la saignée et autres antiphlogistiques efficaces. Nous pourrions prouver l’utilité du même précepte relativement à la coqueluche.

§ IV. Appréciation clés faits précédents et valeur thérapeutique du remède. — S’il est vrai , d’une part , que dans les maladies que nous venons de nommer, l’acide liydrocyanique a été heureusement appliqué ; d’autre part , que le fond de ces affections est hypersthénique, aucun doute ne saurait être élevé sur la vertu hyposthénisante de ce médicament. Les effets, d’ailleurs, que nous avons observés chez Jes animaux et chez l’homme sain , confirment pleinement cette idée. Le degré de cette action est très-élevé , et on peut même dire qu’il est plus q.ue hyposthénisant , un véritable ennemi de la vie. Il attaque effectivement la vie dans sa source la plus intrinsèque, et fait plus qu’abattre l’irri-

(1) Rust’s Magaz., 22 1kl., p. 220.

(2) Hcckers , Liier. annal., 4 lld., p.

(3) Mérat et Delens, Dict. de mat.

méd., t. h , p- 546.

(4) The aineric. jour», of med. scienc. The London med. a. pliys. journ. for mardi., 1833.

(5) Auct. citât.

(6) Rust’s Magazin, 14 Bd., p. 376.

(7) Revue médicale, décemb. 1828, p.

tabilité des muscles , la sensibilité nerveuse, ou l’action vasculaire, puisqu’il abat et détruit la vitalité générale, de sorte que tous les tissus, toutes les fibres en éprouvent promptement les effets.

Il est conséquemment un hyposthénisant général, et cela est seulement, lorsque son action est très- modérée, que le cœur et les vaisseaux se montrent de préférence les premiers affectés. L’abaissement du pouls a été effectivement remarqué presque par tous les observateurs. Lres loua sa propriété diurétique (1). L’action de l’acide hydrocyanique est surtout rapide, fugace, mais impétueuse. Les animaux et l’homme eu sont comme foudroyés, et s’ils en échappent, ils se remettent assez promptement, et ils oublient aisément le péril. Si l’on verse une seule gouttelette d’acide prussique sur l’œil d'un chien , il tombe de suite par terre comme mort , mais si on lui lave immédiatement l’œil, l’animal se réveille à l’instant et se remet sur ses pattes comme s’il n’eût rien éprouvé. Plusieurs auteurs déduisent de ce fait que l’acide prussique n’a pas besoin pour agir d'être absorbé; ils n’ont pas réfléchi que s’il n’était point absorbé il ne pourrait faire que cautériser les tissus qu’il aurait touchés. Et quelle partie touchet -il, excepté l’épiderme ou 1 ' épithélium, qu’on croit généralement presque inorganiques? En admettant même que son atmosphère pût parvenir aux nerfs sousépidermiques, par quelle voie pourraitil y arriver, si ce n’est par la voie des vaisseaux? Et par quel autre véhicule , si ce n’est par celui de la lymphe ou du sang (2)? En outre, n’avons-nous pas démontré par des faits que cet acide, appliqué sur les nerfs à nu , et sur le cerveau, ne donne pas lieu à l’empoisonnement, et qu’il ne le produit pas non plus si, appliqué sur une partie, on y arrête la circulation par la compression ou par une ligature ? On ne doit pas s'étonner de la promptitude de ses effets , puisque sou absorption l’est également.

On ne doit pas non plus s’étonner de ce qu’après une simple lotion de la partie où

(1) Harless, Rhcin Westphæl Jahrbuch, 10 B., 1 st., p. 82.

(2) Lorsque l’auteur a publié ce volume , les belles observations de M. Dutrochet sur l'endosmose et l'exosmos* n’étaient pas encore connues.

(A. d. trad.)

ACIDE HYDROCYANIQUE.

il avait été appliqué, les symptômes d’empoisonnement cessent; car les effets de la partie absorbée ne se dissipent qu’autunt que cette dernière a été fort minime. Cette même promptitude qu’offre l’acide hydrocyanique dans la cessation de son action , s'observe également bien lorsqu'il est introduit par l’estomac. Quel degré de confiance les médecins peuvent-ils accorder à cette substance ? Les faits que nous venons de citer parlent assez d’eux - mêmes. La thérapeutique peut en tirer un immense parti dans une^ foule de maladies graves à fond hypersthénique.

On ne doit néanmoins oublier les dangers très grands qui se rattachent à l’usage de ce remède et qu’il ne faut approcher de cet acide qu’avec la plus grande circonspection. Cette circonstance nous l’aurait fait exclure du catalogue des remèdes, si l’étude de son action ne dût apporler quelque lumière sur celle de plusieurs autres médicaments, et si réellement l'acide prussique ne put mériter en quelque cas la préférence sur beaucoup d’autres remèdes. — Il y a , par exemple, des inflammations si véhémentes des artères, du cœur, du diaphragme, des poumons et du cerveau, que tout est perdu si le trailement n’est pas trèsprompt et très-énergique. Dans ces cas, l’acide prussique pourra être administré courageusement dès le début. Le malade pourra eu tolérer des fortes doses, et on aura alors à tirer moins de sang de ses veines. Je dis moins de sang , quoiqu’il y ait des faits qui démontrent que, même sans saignées, les inflammations peuvent être guéries à l’aide de cet acide ; mais ici aussi on doit faire valoir les raisons que nous avons déjà émises lorsque nous avons parlé de l’indication des hypostiiénisants , car ici aussi il y a pléthore, et il convient de l’enlever par un moyen mécanique, la lancette. Quelques autres affections dans lesquelles l’hyperslhénie est opiniâtre, notamment celles de quelques membranes séreuses, pourront être combattues à l’aide de l’acide prussique. Certaines maladies du cœur et des poumons, rebelles à tous les moyens thérapeutiques, telles que la phthisie, pourront être attaquées par l’usage modéré du même moyen. On peut en dire autant des inflammations cancéreuses de la peau.

(iVo/c il. Iracluc.) Aux citations de l’auteur sur les cures obtenues par l'acide cyanhydrique, nous erbyons devoir ajou-

ter une série d’autres faits recueillis dans différents ouvrages publiés en partie dans ces derniers temps. — Fremon et Cardot ont obtenu de bons effets de l’acide prussique dans un grand nombre de cas de phthisie pulmonaire ; ce dernier rapporte entre autres l’observation d’un individu atteint de phthisie pulmonaire au troisième degré, guérie par l’emploi de cet acide, combiné avec la strychnine (l).

Bouchenel a placé ce remède en tête des secours utiles contre les catarrhes pulmonaires les plus opiniâtres (2). Jaeger rapporte le cas d’une hémoptysie fort grave, compliquée d’empyème , guérie par l’acide hydrocyanique (3) ; Schvenlein s’en est servi utilementdans plusieurs cas de gastrite aiguë (4), et Ilennius a eu à s’en applaudir dans un cas de dysphagie spasmodique (5). Milton Antony assure que l’acide prussique apaise instantanément la trop grande sensibilité des yeux , cl qu’il a obtenu un soulagement notable dans les ophthalmies; il l’a appliqué à l’aide de compresses trempées dans une légère solution hydrocyanisée

(6). Haynes, Carpani, et presque tous les médecins italiens, recommandent les injections d’acide cyanhydrique délayé dans le traitement de la période aiguë de la blennorrhagie (7). On sait que Richter a préconisé depuis long- temps ces mêmes injections dans les cas de cancer de la matrice (8). Kretschmar prétend avoir guéri l’hydrophobie par l’administration de l’acide hydrocyanique (9j ; Ward et Ermland, le télanos (10). Anderson dit avoir obtenu de bons effets de ce remède dans le choléra-morbus (1 1). Ivopp asso-

(1) Fey. formul., p. 478. Gazette méd., 1832, oclohi

(2) Métn. sur l’emploi de l’acide hydrocy. dans le traitement du cat. pulm.,

(3) Grœfe , ü Walther, journ., t. xil, cali. 3.

(4) Sèlioer, Allg. ü. spcc. palliol. u. iher., 1854, p. 300.

(5) Ilufeland journal, 182t.

(G) Chapman , The Philadel. journ.,

(7) Froriep’s Nolizcn , 1829. Annal, univ. di méd. Omodei. Milan.

(8) Richter, Spec. tliérap., t. x.

(9) Krelse, Grundriss. e. pliys. des lebens. Leipsic, 1821.

(10) Ward , Obscrv. on tétanos, 1825, Med. chirurg. Zeit., 1834.

(11) Andcr, Ou acgounl of chol. morb.

London, 1829.

124 acide hvdrocyanique.

tue avantageusement l’acide prussique à l’huile de ricin dans la cure des coliques opiniâtres avec constipation ; il cite plusieurs cas où il eut à se louer de l’emploi d’un tel mélange fl). Dans certains cas de névralgie faciale aiguë, dépendant de carie dentaire, le docteur ürvins a appliqué avec avantage l’acide en question porté par goutte sur la carie môme ; H en a aussi fait prendre à l’intérieur, à la dose de dix centigrammes (deux grains), délayé dans l’eau sucrée, au moment du coucher

(2). Les vomissements opiniâtres, avec pyrosis, ont été guéris par Schrader et autres au moyen de petites doses d’acide, données de trois en trois heures (3).

RI. Biett rapporte plusieurs faits sur les bons effets de l’acide prussique dans un grand nombre d’affections dartreuses , notamment de celles existantes aux parties de la génération ; il s’en est bien trouvé, surtout pour apaiser les douleurs qui accompagnent certaines excoriations de la peau et dans les ulcères syphilitiques. A cet effet, il emploie une pommade composée de six décagrammes de cérat (deux onces), et un gramme d’acide (4). M. Cazenave loue beaucoup le même acide dans le traitement du lichen et le prurit dermatosique des parties génitales. Schreider a obtenu également d’heureux résultats par l’application à l’extérieur de cet acide dans plusieurs cas de dartres, notamment aux organes de la génération (5). Enfin, Lhisliolm recommande dans la teigne faveuse une pommade composée de proto-chlorure de mercure et d’acide hydrocyanique. Il se pourrait que dans tous ces cas de prurigo, teigne, dartres et autres maladies dermiques, que plusieurs auteurs anciens et modernes attribuent à des insectes, l’utilité de l’acide prussique dépendît plutôt de sa propriété insecticide que de sa vertu anti - phlogistique ou hyposlhénisante.

, C’est peut-être à cause de cela que si l’on suspend l’application de la pommade ou des lotions cyanhydriques aussitôt que les bons effets sur le derme commencent à se manifester, on n'obtient pas la guéri-

' (1) Kopp, Donkevürd. aus. d. Aerzt.

Prax. Frankf., 183), t. i, p. 344.

(2) Frorieps Notiz., 1822.

(3) The Lond. med.and surgic. journ., 1833, août.

(4) Dict. de médec., 2l° édit., art. cyanogène.

(5) Huf. Journ., 1837.

son complète. C’est qu’il ne suffit pas de tuer tous les sarcoptes, cause essentielle de l’affection dermoïde; mais il faulaussi empêcher leurs œufs d’éclore, ce qu’on n’obtient qu’en continuant l’usage du remède pendant assez long-temps.

§ Vil. Action mécanique. — L’action mécanico- chimique de l’acide hydrocyanique est fort inférieure à celle de plusieurs autres acides. Cela dépend peutêtre de sa grande facilité à se décomposer. Effectivement, dans les animaux mêmes qui succombent après l’avoir avalé à l’état de pureté, la rougeur de l’estomac et des intestins est très-légère. Appliqué sur la peau , il la rougit à peine. Il est bien rare que dans l’estomac il puisse donner lieu à une cardialgie ; il détermine plutôt au gosier une sensation de cuisson, qui peut-être n’est due qu’aux vapeurs de cet acide, qui, par la chaleur de l’estomac, s’élèvent dans l’œsophage et surtout avec les rots. C’est bien son action âcre chimique qui détermine la toux et l’éternuement lorsqu’on en inspire ses vapeurs. Bien que cetle action chimique soit légère, il faut, quand ou en administre, l’empêcher autant que possible. Parmi les propriétés mécaniques de l’acide prussique, il faut compter celle de tuer le tœnia. M. Cagnoia , de Milan , et Gelnecke, de Sleltin, se sont assurés qu’en touchant cet entozoaire avec une goutte d’acide il meurt sur-le-champ. Ce dernier a guéri de ce vers un enfant auquel il avait déjà administré une forte dose d'huile de ricin , qui en a déterminé la sortie partielle par le fondement; il toucha le boul du tœnia qui sortait par l’anus à l’aide de l’acide prussique, et ce dernier fut tué sur-le-champ et expulsé (i). On a craint que cette pratique ne fût capable de nuire au malade; celte crainte cependant n’est pas fondée, puisqu’on ne touche avec l’acide que la partie du vers déjà sortie du fondement. On peut, d’ailleurs, avant de le loucher avec Je poison, le fixer en le roulant à un petit bâtonnet qu’on laisse sur place.

IN'ous regardons cette méthode comme mécanico chimique. Nous connaissons deux genres de moyens pour combattre les affections vermineuses. Le premier consiste à déterminer dans le canal gastrique un mouvement accéléré cl désordonné moyennant certaines substances;

(1) Omodei , Ann. china, di rncdic., dcçemb., 1824, p. 474.

ACIDE hydrocyaniqüe. 125

ces substances chassent les vers en agissant plutôt sur les intestins que sur les vers. Le second, c’est en employant des substances qui ont une action immédiate sur les vers et qui les tuent ou les engourdissent ; ces substances sont connues sous le nom d 'anthelmintiques. Les premiers sont des remèdes dynamiques puisqu’ils entrent dans l’assimilation organique ; les seconds ne peuvent êlre regardés que comme des agents mécaniques ; ils n’entrent point en effet dans son assimilation , et il ne serait mômepas utile qu’ilsy entrassent, car ils ne sont des anthelmintiques qu’aulant qu’ils ne sont point digérés.

Dans le traitement ordonné par Gelnecke, on a mis en usage les deux moyens, c’est-à-dire le vermifuge avec l’huile de ricin , et l’anthelmifltique avec l’acide prussique.

§ YIII. Préparation , mode d'administration, dose et formules. — Parmi les procédés propres à obtenir l’acide prussique, on a généralement adopté celui de Sclieele et celui de Gay-Lussac.

On reproche pourtant au premier de fournir une substance dont l’activité est variable et incertaine ; aussi, est-il moins usité que l’autre. On reproche cependant aussi au procédé de M. Gay-Lussac de donner un acide trop puissant , mais ce défaut est facile à corriger en délayant la substance dans six parties d’eau distillée; c’est précisément à ce mélange qu’on a donné le nom d’acide prussique ou hydrocyanique médicinal. — On a proposé, pour corriger sa tendance particulière à se décomposer et sa trop grande énergie, de le donner fixe et combiné à quelque autre substance. Les composés qui ont obtenu le plus de suffrages sont : 1° Le fer cyanate de potasse, autrement dit pvussiate de potasse-ferrugineux. C’est un sel en cristaux transparents, d’un beau jaune-citron, d’une saveur amère et désagréable, soluble en quatre parties d'eau froide. Son action , analogue a celle de l’acide prussique, bien que plus faible, a été expérimentée chez l'homme par plusieurs auteurs, et notamment parBrera, qui lui donna la préférence sur tous les autres composés hydrocyaniques (1). 2° Le cyanure de potassium; il est blanc, d’une saveur acre et amère; il n’altère point les couleurs bleues végétales; il est très-soluble dans l’eau, qu’il décompose, Et devient alors hydrocyanale de jiotassc.

(!) Yoy, Prospcüi çliniçi, etc.

Dans ce composé, les principes constituants ont si peu d’affinité entre eux, que l’acide hydrocyaniqüe s’en dégage facilement; chauffé au contact de l’air, il se décompose incomplètement. Robiquet et Villernié l’ont proposé pour remplacer l’acide prussique (l). Sandras a publié quelques faits sur l’utilité et les inconvénients de ce composé. Il résulte de ces faits, qu’il a été surtout très-avantageux dans les bronchites (2). M. Lombard , de Genève, le donne avantageusement, d’après l’exemple de Batini, d’Italie, contre les névralgies; il le donne en solution aqueuse, et s’est assuré qu’il calme la douleur en quelques minutes (3). M. Andràl (4) a obtenu le même résultat dans certains cas de céphalalgie (5). Dans les névralgies intermittentes, Brutti de Crémone s’en est servi avec succès (6). Il faut pourtant ajouter que Bally, l’ayant prescrit à cinquante-deux malades atteints de différentes affections, n’obtint quelque effet que sur dix-sept, et il déduit de là la faible efficacité de ce médicament (7). Il ne faut pas ici perdre de vue que la dose de huit centigrammes (un grain et demi), que M. Bally ne dépasse point dans ses ordonnances, était peut-être trop faible. 3° Le composé de protocyanure et de sesqui-cyanure de fer, vulgairement désigné sous le nom de bleu de Prusse ou azur de Badin. Il n’existe pas dans la nature ; ce dernier nom n’indique que le pays où il a été préparé pour la première fois; il a été découvert en 1710 par Diesbach , fabricant de couleurs. Ce com-

(1) Bull, de la société méd. d’émulat., juillet, 1825, p. 411.

(2) Gazette de santé des 5 et 15 décemb.

(3) Gazette médicale, 23 juillet 1832.

(4) Ibid., 21 janvier 1832.

(5) Le praticien qui a le plus préconisé l’usage externe du cyanure de potassium , spécialement contre les névralgies de la face et les céphalalgies, est M. Trousseau. 11 l’emploie dissous dans l’eau distillée à la dose d’un à deux grammes par trente grammes de ce liquide. On imbibe des compresses de celle solution, et on les place sur la partie souffrante, en ayant soin de les mouiller aussitôt qu’elles sont sèches. Voyez le Traité de thérap. dé Trousseau elPidoux.t. i, p. 178. (N. d. t.)

(6) Omodei, Ann. univ. di medic., mars 1831, p. 440.

(7) Nouvelle bibliot. médic., 1828, vol. ni, p. 402.

ACIDE HYDROCTANIQUE.

posé, lorsqu’il est bien pur, paraît être formé par l’union de trois atomes de proto-cyanure de fer, et de quatre atomes de sesqui-cyanure de fer; dans ces proportions, son activité est constante.

On l’a prescrit dans plusieurs cas pathologiques, quoiqu'il soit plus employé dans la peinture et dans les laboratoires pour les préparations des cyanures. — W. Zollickolïer accordait h ce composé une efficacité très-grande dans le traitement de la dysenterie (1) ; Burguct, dans celui de la chorée (2). Kirckoff assure avoir guéri plusieurs épilepsies en combinant l’administration du bleu de Prusse aux évacuations sanguines lorsque les circonstances l’exigeaient (3). — La prescription de l’acide prussique exige la plus grande attention, non-seulement sous le rapport des doses , mais encore sous celui de la conservation, à cause de sa facilité extrême à se décomposer. Il faut avoir soin de le tenir à l’abri de l’air, de la lumière et du calorique, et d’en renouveler souvent la préparation , car par le temps il se transforme en une massebrunâtrequidégage une vive odeur d’ammoniaque, et qu'on dirait formée de charbon azoté, de cyanhydrale d’ammoniaque et d’un excès de cet alcali. Si on prescrit cet acide en pilules , on doit les envelopper dans une poudre végétale, de lycopode, de réglisse , de charbon, etc., et les tenir dans une boîte bien fermée et dans un endroit frais. Si on le prescrit sous forme liquide , le flacon sera fermé à l’émeri et couvert d’un papier noir.

On nedoit pas oublier que cet acide étant plus léger que l’eau, où il ne se dissout pas facilement, pourrait surnager dans la potion qui le renferme, et être tout pris par le malade dans la première cuillerée ; aussi, convient-il de le prescrire plutôt dans une émulsion ou dans un sirop, Il est imporlant de faire remarquer qu’on peut préparer cet acide pur plusieurs procédés , et qu’il n’est pas toujours par conséquent de la même force. Le praticien qui ordonne l’acide prussique à un malade pendant un certain temps , s’il augmente la dose , doit s’assurer d’a-

(1) The Phyladelph. journ. August.

(2) Notice des travaux de la société royale de médecine de Bordeaux , 1827, p. 71.

(3) Journal de chimie méd., vol. 3, p.

bord que le remède n’a pas été pris chez un autre pharmacien, ni préparé par un autre procédé ; il doit s’assurer aussi si le pharmacien n’aurait pas épuisé sa provision et expédié celui d’une nouvelle préparation , car il se pourrait que ce dernier fût plus actif que le premier, et que le patient ne pût le tolérer. Faute de eette précaution, on a vu dernièrement en Italie un malade périr victime de la maladresse du pharmacien qui, ayant renouvelé sa provision d’acide prussique, en a expédié de plus fort à un maladequi en prenait déjà avec avantage à la même dose, mais d’une qualité plus faible ; il fut empoisonné mortellement par celui que le pharmacien lui a expédié de la nouvelle provision sans en prévenir le médecin (1). — On doit aussi se rappeler que l’acide prussique a une action prompte et très-fugace. En conséquence, on doit , malgré l’avis de Schwartze et autres (2), en prescrire des doses petites, mais très- rapprochées. 11 est presque impossible de bien fixer la dose de l’acide prussique ; la qualité du composé, le degré de la maladie, et les dififérenles circonstances de l’individu dont nous avons parlé doivent la faire varier. Dans les inflammations graves , on est arrivé à dix fortes doses. Brera l’a administré jusqu’à la dose de cent gouttes par jour dans une phthisie commençante, accompagnée d’abondante hémoptysie active. Helleren a donné jusqu’à soixante gouttes de celui préparé d’après la méthode de Gay-Lussac ; la dose ordinaire cependant de l’acide prussique médicinal est de six à vingt gouttes. Granville a observé que les enfants tolèrent, à circonstances égales, l’acide liydrocyanique mieux que les adultes. Le fer ocyanate de potasse peut être donné d’un demi-gramme à un gramme (10 à 24 grains); le cyanure de potassium, de trente-cinq centigrammes à un gramme (8 à 20 grains); l’azur de Berlin, d’unà deux grammes (15 à 30 grains), appliqué sur la peau. Thomson a ordonné l’acide cyanhydrique de huit à seize grammes (2 à 4 gros) dans trois décagrammes d’esprit-de-vin rectifié (1 once), et un demi-kilogramme d’eau distillée ( 10 onces).

(1) Giornalc di fisica, 2 decad., 1 trimestre, 1824.

(2) Pharmacol. tabell. Leipzig, 1833, p.

EAÜ DE LAüRIÏR-CERISE.

Formules -modèle.

1° Emulsion.

24 Acide hydrocyanique médicinal, de G à 20 gouttes.

Eau distillée, avec émulsion de gomme arabique, parties égales, 15 décagrammes (6 onces).

Expéd. dans un pot bien clos, cacheté et teint en noir.

A prendre une cuillerée chaque demiheure.

2° Sirop hydrocyanique d'après Magendie.

24 Acide prussique médicinal, 20 gouttes.

Sirop de sucre, 1 2 grammes (3 gros).

Eipédié ut supra.

A prendre une douzième partie chaque heure dans de l’eau.

3° Pilules.

24 Hydrocyanate de potasse ferrugineux, 60 centigrammes ("12 grains), ou bien cyanure de potasse, 40 centigrammes (8 grains).

Extrait de sureau, quantité nécessaire pour en faire 30 pilules , enveloppées dans de la poudre de lycopode ou de charbon.

Dans une boite cachetée.

A en prendre une chaque demi-heure.

4° Lavage de Thomson.

24 Acide hydrocyanique , 8 grammes (2 gros), ou bien 16 (4 gros).

Esprit-de-vin rectifié, 3 décagrammes (1 once).

Eau distillée, 30décagrammes (10 onces).

Dans un pot clos et cacheté.

Pour usage extérieur.

La forme pilulaire, bien que blâmée par MM . Magendie, Méral et Delens, nous paraît très propre pour l’hydrocyanate de potasse ferrugineux, car on peut ainsi les préserver mieux des agents qui les décomposent , et on peut aussi le doser plus exactement. Il est bon d’y ajouter de l’acide tarlarique , car, à l'aide de la chaleur de l’estomac, on obtient plus aisément l’acide prussique qui se dégage , la potasse se combinant à l’acide tarlarique.

EAUX IIYDROCYANÉES

( aquee hydrocy anales).

Beaucoup de végétaux donnent, au moyen de la distillation, des eaux médicinales, que la chimie nous a prouvé contenir de l’acide hydrocyanique , et qui leur donne l’activité dont elles jouissent; de sorte qu’on pourrait appeler ces eaux prussiales ou hydrocyanates. Ce que nous avons dit de l’acide prussique s’applique sans restriction à ces eaux. Les médecins ont fait usage de ces eaux avant la connaissance decet acide, et ils avaient à tort attribué à ces eaux des propriétés différentes. — Nous ne parlerons pas ici de toutes ces eaux , nous dirons seulement quelques mots des plus usitées en médecine , telles que l’eau distillée de feuilles de laurier-cerise , celle d’amandes amères , celle des feuilles de pêcher, celle des cerises noires. Disons en attendant que les fruits du laurier-cerise peuvent être mangés impunément. M. Hip.

Cloquet assure lui être arrivé d’en manger jusqu’à douze ou quinze à la fois sans en éprouver le moindre inconvénient (1).

EAU DE LAURIER-CERISE ( aqua lauro-cerasus).

§ Ier. Caractères physiques. — Le laurier- cerise ( prunus -lauro-cerasus , Lin. , Icosand-monog.), est un joli arbrisseau de la famille des rosacées, naturalisé en Europe, et qui fait l’ornement de nos jardins à cause de ses feuilles toujours vertes. Cet arbrisseau est originaire des bords de la mer Noire, dans les environs de Trébisonde ; il a une odeur d’amandes amères qu’il doit à l’acide hydrocyanique qu’il contient. Ses feuilles sont belles, oblongues, plus grandes que celles de l’oranger ; elles sont épaisses, luisantes , et d’un beau vert. Par la distillation avec l’eau , on en obtient un liquide qui tient en dissolution de l'acide prussique, et qu’on appelle eau distillée de laurier-cerise. Si on la fait passer par plusieurs distillations sur de nouvelles feuilles, celte eau prend le titre d’eau cohobée de laurier-cerise. L’eau distillée est limpide, un tant soit peu amère, d’une

(I) Nouv. dict. do méd. çhir. , etc.) 1820, art. Laurier cerise.

odeur d’amandes amères assez agréable.

I.’eau coliobée a une couleur laiteuse , d’autant plus prononcée, qu’elle est plus concentrée, propriété qu’elle doit à un peu d’huile concrète , blanche et vénéneuse , à cause de l’acide hydrocyanique qu’elle renferme. Dans les ménages on emploie les feuilles de cet arbrisseau pour donner aux soupes , au lait et à la crème le goût et le parfum d’amandes ; mais cet aromate étant pernicieux à une certaine dose, il serait prudent de ne pas s’en servir.

§ II. Notions chimiques . — L’eau de laurier-cerise contient une huile essentielle de couleur jaune claire, d’une odeur assez forte d’amandes amères ; son goût est âcre, cuisant; elle est plus pesante que l’eau et contient en outre de l’acide prussique dans la proportion de plus de cinq centigrammes (un grain), pour chaque trois décagrarames d’eau (demi-once). Ces proportions cependant sont trèsvariables selon le degré de concentration de l’eau. La lumière, le calorique , l’air, etc., ont sur l’eau distillée simple, et sur l'eau cohobée de laurier-cerise, la même influence que sur l’acide hydrocyanique.

§ III. Effets sur les animaux. — Un malheur arrivé en 1728 , à Dublin , sur deux femmes qui moururent pour avoir avalé de l'eau de laurier-cerise, attira l’attention des médecins sur la propriété vénéneuse de cette substance ; un grand nombre d’expériences furent faites sur les animaux. Madden (1) vit périr tous les animaux soumis à ses expériences avec cet agent. Les oiseaux, les chiens, ainsi que les chevaux et autres animaux, ne purent résister à ses effets délétères.

Mortimer (2),Nicho!s, Langrissel (3), Vater (4) , Du llamer (5), Rottray (6) , confirmèrent les expériences de Madden sur un très-grand nombre d’animaux de différentes espèces. Mais aucun n’avait autant multiplié les expériences que Fontana, et personne n’avait aussi bien

(1) Philosoph. transactions, t. xxxvn, p. 85.

(2) Philosoph. (ransaclions, t. xxxvu, p. 173.

(3) Philos, experimcnls upon brutes, etc.

(4) Dissert, de lauro ceraso indolo venenalo. 1737.

(5) Traité des arbres et arbustes, t. i,

(G) London chfonicle , 1781, p. 316.

compris ce sujet que Rasori. Cet habile observateur, et plusieurs élèves de son école, ont montré jusqu’à l'évidence l’action contro-stimulantc de l'eau cohobée de laurier-cerise. Les chiens auxquels on administre des doses légères de cetle eau sont pris pendant quelques minutes de convulsions , puis de suffocations , perte de mouvements et paralysie dans les extrémités abdominales; ils périssent enfin en portant la lêle en arrière. Administré à haute dose chez les animaux, ils meurent en deux minutes , sans la moindre agitation. Le même résultat a lieu si on injecte le médicament dans la cavité abdominale. Appliquée sur les blessures, elle ne les enflamme pas. L’empoisonnement a lieu d’une manière plus prompte lorsqu’on la fait boire que lorsqu’on l’applique sur les nerfs dénudés. On a dû en conclure naturellement qu’elle n’agit suc les nerfs que par la voie du sang. En effet , on a toujours trouvé chez les animauxsoumisaux expériencesle sang trèsliquide. On a observé en outre que les animaux à sang froid, tels que les anguilles et autres , meurent bien plus promptement que ceux à sang chaud. On n’a trouvé sur les cadavres aucune trace d’inflammation dans le tube gastrique ; leurs muscles présentaient une flaccidité remarquable, ainsi que la substauce du cœur. Tels sont les faits constatés en Italie depuis Rasori. Les expériences faites consécutivement à l’étranger confirment parfaitement les observations des Italiens, savoir que l’eau de laurier-cerise abaisse et détruit l’énergie vitale. Des expériences comparées ont fait voir que l’esprit-de-vin en diminue l’action ou l'anéantit complètement (1), et que l’esprit-de-sel ammoniaque est son véritable antidote (2). Le docteur Sobrero , en combattant dans sa thèse l'existence des remèdes conlro-stimulauts , rapporte les expériences qu’il a faites sur des animaux, et il prétend prouver que l’eau cohobée de laurier-cerise est un très- puissant stimulant, et qu’elle laisse toujours sur les cadavres des traces incontestables d’inflammation (3). Slellati , Bergonzi (4), et

(1) Mortimer, 1. C.

(2) Mead , Philos, exporimenis upoR

brut., etc., m. cit. L

(3) An admittenda contraclionalantia* Text. med. quod. publ. prbpugn. in sch. med. taur. Sobrarro, t808, august. 3t.

(4) Omodei, Annaii unir, di nied. Luglio, 1818, p. 5.

EAU DE LAUIUER-CERJSE.

d'autres expérimentateurs ont soutenu la même thèse et prétendu que l’eau eohobée trouve son antidote dans le tartre si ibië. Plusieurs thérapeutistes enfin ont prétendu que ces dernières expériences détruisaient entièrement la doctrine rasorienne et fait oublier les expériences de Fontana , de Mongili , et des auteurs anglais, allemands et français que nous avons cités. Pour eux , les expériences faites «à Naples par le professeur de lloratiis, expériences qui prouvent précisément le contraire des assertions de Slel- Jati et Bergonzi , n’auraient aucune valeur. Il en est de même de celles qui ont été faites par le professeur Tommasiui à Bologne, par d’Ormcn à Turin , par Parzioni à Florence (l), et par Usilia dans celte dernière ville. Les vingt expériences de ce dernier avaient eu pour but desavoir si l’eau cohobée de lauriercerise a une action analogue ou contraire à celle du tartres ibié. La Société Médico-Physique de Florence , qui les jugea dans sa séance du 28 février 1830, décida que cette action était analogue à celle du tartre stibié et par conséquent contreslimulanle (2). L’on sait enfin que Je professeur Martini, de Turin, prouva publiquementque les animaux tués parl’eau de laurier cerise ne présentaient à l’autopsie aucune trace d’inflammation (3).

§ IV. Effets sur l’homme sain. — Nous avons déjà dit que c’est à Dublin qu’on a observé le premier cas d’empoisonnement par l’eau de laurier-cerise.

Lue femme qui souffrait de dyspepsie avala plus d’une once d’eau de lauriercerise que lui conseilla une amie, laquelle pour l’encourager à s’en servir eu prit elle- même en sa présence deux cuillerées. Les deux femmes moururent en peu de temps ; la première avec quelque souffrance à l’estomac et perte de la parole , tuais sans vomissements, ni spasmes; l’autre plus tranquillement encore et sans taire aucune plainte (4). Un jeune pharmacien, qui but par mégardc, au lieu dune tisane, une certaine quantité de cette même eau , expira en quelques mi-

(1) SuIIo siato attunlc délia nuova patologia ltaliana. Tommasini, 1826, p. 40.

(2) Ornodei , Annal, univ. di medic., *830. Maggio e Giugno, p. 40 o nota.

(3) Heperiorio mcd. cliir. di Torino ,

(4) Philosoph. transact., vol. xxxvn.

notes après avoir souffert un dérangement d’estomac assez violent (l). John Ruîly rapporte qu'une jeune demoiselle de dix-huit ans, ayant pris deux cuillerées d’eau distillée de laurier-cerise , tomba subitement sans connaissance , eut dgs convulsions très-vioicnies, etmourut peu de temps après (2). Un jeune homme mourut également dans l’espace d'un quart d’heure, avec les yeux hagards, les mâchoires fermées cl au milieu d’horribles convulsions, après avoir pris des mains de lord Donellan une potion dans laquelle il avait mis de l’eau de laurier-cerise dans le but de s’emparer de son héritage (3). On lit dans le Traité de médecine légale de Foderé (4) que deux domestiques , à Turin, ayant volé à leur maître une bouteille d’eau de laurier-cerise, la croyant pli ine de liqueur alcoolique. en burent une assez forte quantité; ils moururent à l'inslant au milieu de convulsions. Leurs cadavres ayant été ouverts à l’Université, on remarqua l’eslomac légèrement phlogosé , et tout Je reste de l’organisme dans un étal toul-àfait normal. Il n’y a pus long temps, dans une commune près Padoue , un distillateur d’eau-de-vie, qui préparait aussi de l’eau de laurier-cerise pour en faire des rossolis d’amandes amères , donna à une jeune fille qu’il croyait atteinte d’une affection vermineuse un petit verre d’eau cohobée de laurier-cerise ; elle expira peu de temps après, ne laissant sur le cadavre presque aucune trace de lésion. Le cadavre exhalait l'odeur propre de ce remède. Le distillateur était habitué luimême à en prendre bien plus encore tontes les fois qu’il se sentait l'estomac dérangé par l’abus des liqueurs, et il en éprouvait un tel succès qu’il le tenait comme son remède habituel. Ce cas attira l’attention de l’autorité, et des lois ont été faites concernant les distillateurs de cette eau et autres analogues.

Le principe aclil du lauricr-cerdsc , niêlé a l’esprit-de-vin dans une infusion alcoolique faite avec ses baies, produisit des effets plus lents, mais non moins graves. chez deux individus, mari et femme, qui en buvaient journellement depuis plusieurs années un ou deux petits verres. Ils

(1) Modden, 1. ci t.

12) Transact. philos., t. Lr.

|5) London Chronicle, 1781, n. 3797.

(4) Traité de méd. légale, par Foderé,

t. IV.

Giacomini.

perdirent peu à peu l’usage de la parole et mourureutparalytiques. Cctteobservation a été recueillie par Mortimer (i).

Les cas d’empoisonnement dont parle Orfila confirment ce que nous venons de dire (2). Nacquart observe la cyanose dans l’intoxication pai l’eau cobobée de laurier cerise (3). Examinons quelques faits moins graves. Tournon nous apprend qu’un individu qui avait pris de l’eau de laurier-cerise a éprouvé des tiraillements d’estomac, des vomissements, et pendant plusieurs jours une faiblesse générale dont il ne parvint à se délivrer que par le vin de Bordeaux (4). On sait que les exhalaisons de la plante donnent aux personnes qui les reçoivent pendant quelque temps une pesanteur à la tête, un engourdissement, des vertiges, notamment lorsqu’on dort à l’ombre d’un de ces arbrisseaux. Si l'on prend de l’eau distillée de laurier-cerise à petites doses, l’appétit augmente un peu d’abord, mais la figure pâlit; une faiblesse générale se déclare, et le pouls devient, lent et petit. En en continuant l’usage, la tête tourne, les idées s’embrouillent jusqu’au délire, ou bien une sorte d’assoupissement se manifeste. Si on en augmente davantage la dose, il survient des spasmes et des convulsions; le système musculaire tombe dans un état d’abandon, puis d’immobilité, etde paralysie. Tous ces phénomènes ont été signalés par presque tous les observateurs avant et après Rasori. Cullen luimême efl’ectivement avait remarqué la vertu affaiblissante de ce médicament ; il avait déclaré assez nettement que l’eau de laurier-cerise détruit l’action nerveuse ou le principe vital sans exciter d’inflammation dans la partie où elle est appliquée. Il avait ajouté que sa puissance sédative était différente de celle de l'opium , etc. (5).

Les faits que nous avons cités prouvent sullisamment que son action est contraire à celle du vin et de l’alcool ; nous pourrions en ajouter d’autres qui confirment ce fait capital. Murray a observé que les grands buveurs ont recours à l’eau de laurier-cerise pour calmer leur estomac ,

(1) Trans. philos., t. xxxvn.

(2) Toxicol., t. h, p. 1(59.

(3) Transact. medic., juillet 1833, p.

(4) Bulletin des sciences médicales ,

t. VI.

(5) Mater. Medic., t. v, p. 73.

alors qu’ils sont fatigués par l’étal d’ivresse (lj. La même chose s’observe assez souvent chez les jeunes gens qui , aprèsl’abus des liqueursalcooliqucs, boivent pour dissiper l’ivresse une et même plusieurs onces d’eau cohobécdc lauriercerise , et il est de fait que les excès de cette eau font tolérer singulièrement les excès des alcooliques; j’en ai vu moiméine des exemples. Mais si le combat de ces deux puissants ennemis n’a porté quelquefois aucune atteinte à l’individu chez lequel il s’est livré, il ne faudrait pas trop compter sur une pareille impunité.

§ Y. Effets dans les maladies. — On a usé pendant long-temps, dans les maladies, desfeuilles de laurier-ceri'e et de leur infusion, mais sans indication véritable. Il était réservé au professeur Borda de jeter une vive lumière sur ce sujet; il a fait voir les immenses avantages que le médecin éclairé pouvait retirer de ce précieux médicament. Profondément pénétré de la véracité de la doctrine de Rasori, le thérapeutiste de Pavie a prouvé par de nombreuses expériences sur les animaux et chez l’homme malade, que ce médicament devait être compté parmi les contre-stimulants les plus actifs. Un fermier présente tous les symptômes d’une pneiimonile intense , Borda le traite à l’aide de l’eau cobobée de laurier-cerise et sans saignée. Les symptômes se sont dissipés; mais le médicament ayant été continué à la dose de trente gouttes, il survint le délire. Borda s’étant assuré que tous les symptômes péripneumoniques avaient cessé, et que l’hyperslhénie était éteinte , pensa avec raison que ce délire était le résultat d’une trop haute dose du médicament. U a par conséquent eu recours aux remèdes stimulants, et le délire s’est dissipé sur-le-champ; le malade est entré de suite en convalescence. Plusieurs autres cas de péripneumonie ont été guéris par Borda avec l’eau de lauriercerise et sans avoir recours à la saignée. La dose du remède étant portée très-loin, il a observé assez souvent des symptômes de sursaturation après la cessation de 1 hypersthénie. Un pneumonique, entre autres, tomba dans une sorte de léthargie, et il fallut, pour le tirer de cet état, avoir recours à l’ammoniaque liquide. Chez d'autres malades cependant, lorsqu’il survenait de légers symptômes d’une action trop prononcée, on les dissipait aisément en sus-

(1) Apparatus medic., t. ni, p. 107.

pendant l'administration du remède.

Borda étendit par la suite l’usage de l'eau de laurier-cerise aax rhumatismes aigus, à l'angine et à toutes les maladies inflammatoires, et toujours avec le plus grand succès. Ce praticien et ses élèves se sont de plus en plus convaincus que cet agent, prescrit avec ménagement, abaisse l’action du cœur et de tout le système vasculaire sanguin , et dissipe les phlogoses. Pour éloigner le danger d’une trop forte action il convient, dit-il, de faire quelque saignée ; alors les doses de l’eau cohobée atteindront le but sans aucun inconvénient.

Je ne reproduirai pas la longue liste des faits que les cliniques de Borda, de Brera et de Tommasini ont fournis en faveur de la vertu contre -stimulante de l’eau de laurier - cerise, ni celle des observations publiées par leurs nombreux élèves; il n’y a plus un seul médecin parmi nous qui conteste l’utilité de ce médicament dans toute maladie inflammatoire. Les praticiens étrangers qui l’ont prescrit, soit avant les Italiens, soit après, sous des points de vue différents, nous ont fourni des faits qui ajoutent beaucoup de valeur à la doctrine des contre stimulants. — Linné nous apprend que les feuilles de laurier-cerise étaient trèsusitées en Belgique pour le traitement de la phthisie (1). Elles ont été aussi vantées dans cette même maladie par Bavlics, qui dit qu’elles affaiblissent le sang sans l’échauffer (2). Thomassen recommande l’eau distillée de ces feuilles pour diminuer la trop grande plasticité du sang (3). Elle a été préconisée dans toute maladie inflammatoire par Hartmann (4), Schwarlze (5) et plusieurs autres. Dans les catarrhes , dans la toux , dans les pleurésies, elle a été louée par Hufeland (6). Si doue les Italiens prescrivent dans la phthisie même l’eau de laurier-cerise connue un remède palliatif ou modérateur de la marche de la phlogose, ils trouvent dans la pratique empirique meme l’appui de leurs principes. — A l’exemple des médecins italiens, Pit-

(1) Amœnitat. academie., t. iv, p. 40.

(-2) Praclical essays on medic. subjects, p. 37.

(3) Journal de méd. de Corvisart, etc., t. xix, p. 78.

(4) Pharmacologia dynamica, vol. n .

(5) Pharmacolog. tabellen , p. 477.

(6) Journ., etc., 9 Bd., 3 st., p. 193.

schaft se sert de l’eau de laurier-cerise dans la cardite (1); Fodéré publia plusieurs observations remarquables sur l’avantage de cette- eau contre les palpitations du cœur. Un hypoehondriaque qui depuis plusieurs mois en était affecté, et avait expérimenté inutilement une foule de remèdes, en prit jusqu’à quarante gouttes trois fois par jour, et les palpitations se calmèrent; mais il se présenta quelque trouble dans les fonctions de la vie organique, avec vertiges et une sensation de bruit dans le thorax. Ces effets, qui avaient alarmé dans le commencement, se calmèrent petit à petit.

Un ecclésiastique en a pris jusqu’à cent cinquante gouttes par jour : les palpitations cessèrent entièrement, le pouls devint lent, l’expectoration moins visqueuse; mais à chaque dose du médicament il éprouvait des vertiges, des éblouissements et des illusions optiques. Il se rétablit ensuite complètement (2).

Les uretérites aiguës ont été heureusement traitées par Iieim et Schlegel (3) avec l’eau de laurier-cerise, d’après la méthode adoptée depuis long-temps par les chirurgiens italiens; les névralgies, par Roux, en France (4); en Italie par Broglia (5); les ophthalmies chroniques par Pitschalt (6), toutes maladies reconnues inflammatoires. Plusieurs médecins allemands louent cette eau dans le tétanos et dans l’hydrophobie ; c’est ce qu’on avait déjà adopté en Italie depuis longtemps. Carneron a guéri des obstructions du foie très-opiniâtres (7); Thilenius, des engorgements des viscères abdominaux (8), Spardau (9) et plusieurs autres l’ont employée contre les obstructions hépatiques, la suppression de la menstruation (10), la sensibilité anormale de l’estomac, certains vomissements, la diarrhée (t 1).

(1) Hufeland, Journ., 52 Bd., 6 st., p. 18.

(2) Traité de méd. légale, t. iv.

(5) Mater, f. d. strautzarzn. u. prakt. Heilk. 1 Bd., 1 st., p. 411.

(4) Bullet. génér. de thérap,, t. m,

(5) Omodei, Annal, univ. di medic.

Luglio, 1833, p. 50.

(6) Loc. cit.

(7) Baglies cit.

(8) Diss. de aquaj lauro cerasi usu medico. Jcnæ, 1795.

(9) De lauri cerasi virib. venen, ar medic.

(10) Samml. auserl. abli. z. febr. f.

prakt. Aerzie, 1 Bd., 2 st., p. 103.

(11) Sçhlegol. mater f.d. staatsarzn, cit.

Relativement à ces maladies, on peut redire ce cjue nous avons tldjà dit en traitant de l’acide prussique. — Le même raisonnement pourrait s'appliquer à l’épilepsie, contre laquelle l’eau de lauriercerise a été vantée par Millier (l), et à d’autres maladies nerveuses, où Fouquier la trouva fort utile(2). En/in, dans les affections spasmodiques des poumons, Krimer eut à se louer des vapeurs de l’eau de laurier-cerise(3);BrofTorio, et autres, dans la pertussis(4). Le cancer dejla matrice a été traité avec ce remède par Brera et Osiander (5j. Les douleurs utérines ont trouvé un soulagement dans celte eau injectée dans le vagin. Lentia et Hargens l’ont appliquée sur les yeux dans les cas d’opacité de la cornée (ü), Pitschaft dans la cataracle commençante (7). Tous ces faits, recueillis par les praticiens des différentes nations, prouvent, jusqu’à l’évidence, le principe que les Italiens avaient établi d'abord par le simple raisonnement, savoir: que l’eau de laurier-cerise n’agit pas autrement que l’acide prussique.

§ VI. Valeur thérapeutique . — Les Italiens ont prouvé par le raisonnement et pur les faits l’action contre-stimulante de l’eau de laurier-cerise bien avant qu’on sût ce que la chimie enseigna par la suite, savoir , que l’acide hydrocyanique y était contenu, et qu’il devait naturellementlui communiquer son action. Soit , effectivement , que l’acide prussique lui donne l'activité dont elle jouit , soit que l’huile essentielle qu’elle contient aussi ait une action particulière , mais égale à celle de l’acide hydrocyanique , il est certain que l’eau de lauriercerise doit être comptée parmi les hyposlhénisants universels et cardiaques , et qu’elle ne diversifie de l’acide prussique même que pour être douée d’une force moins énergique. C’est pour cela qu’elle est prescrite avec plus de confiance, et qu’elle est devenue un remède presque

(1) Hufeland’s Journ. supplem. Bond, v, 18-20, p. 9.

(2) Haller, Formulaire des hôpitaux civils de Paris.

(SJOmodei, Ann. univ. di Medioin., april et mag. 1821, p. 171.

(4) Hepertor. mod. cliir. di Toriuo, anno 1801.

(5) Giornale di mcd. pralic. del c., P. 0. Brera, Fascie. 10.

(0) llufcland’s Journ., 1 Bd., p. 171.

Id., 9 Rd., 2 st., p. 200.

(7) Logo citato.

vulgaire. — On ne connaît, jusqu’à ce jour, aucun accident grave dû à l’usage médical de cet agent thérapeutique; il exige cependant des précautions dans son administration. — Un inconvénient assez grave de ce remède , c’est l’inconstance de sa force et de son action ; car, outre qu’elle diminue par l’effet de la lumière, du calorique, de l’air etdu temps, elle varie aussi beaucoup selon le procédé qu’on emploie pour l’obtenir , en la distillant une, deux, ou plusieurs fois.

§ VU. Action mécanique. — S’il n’est question que de l’eau simplement distillée de laurier-cerise, son action mécanique est presque nulle, car l'acide hydrocyanique et l’huile essentielle âcre s’y trouvent extrêmement délayés. Mais s’il s’agit de l’eau cohobée, elle n’est pas sans quelque àcreté. Cette àcreté est d’aulant plus forte que l’eau est plus concentrée. Elle produit alors au gosier une cuisson , si on la prend pure , qui se fait même sentir dans l’estomac. Sur la peau , elle la rougit à peine. Si elle est très concentrée, c’est-à-dire fort riche d’huile âcre essentielle et d'acide prussique , elle peut occasionner dans l’estomac quelque légère inflammation ; c’est par cette même action locale, due à l’acide et à l’huile qu’elle contient, qu’on a observé, dans quelques cas d'empoisonnement par cette eau , de semblables altérations dans l’eslouiac. Ceux qui s’appuient sur ces Iraces de phlogose pour attribuer à l’eau cohobée de laurier-cerise des qualités stimulantes, se trompent singulièrement. 11 n’y a pas d’ailleurs de rapports exacts entre les lésions cadavériques, les symptômes et la mort ; car il est impossible d’admettre qu’une simple injection capillaire dans l’estomac puisse être la cause d'une mort qui a lieu en quelques minutes.

§ VIII. Préparations et mode d'administration. — Anciennement, on avait la coutume de prescrire les feuilles desséchées de laurier-cerise, mais on ne s’en sert plus actuellement , vu qu’elles perdent par le dessèchement une partie de leur activité. Le même inconvénient a lieu si on en fait une décoction. De nos jours, on ne se scrtque de l’eau dislillée. Les pharmacopées ne sont pas d’accord sur les proportions , et le moyen d’oble nir celte eau dislillée. De là , la divergence des opinions des médecins sur son degré d’activité et sur la dose. Chez nous, on la prépare communément d’après le codex de Paris, savoir: on cueille

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