HUILES ESSENTIELLES
( O Ica csscntialia).
Toutes les plantes douées d’une odeur pénétrante donnent un principe fin , vo-
latil , de nature huileuse , qu’on nonnne essence, huile élhéréc , huile volatile ou essentielle , etc. — Les huiles volatiles diffèrent des huiles fixes par des caractères qui leur sont propres. Ces dernières s’obtiennent ordinairement en exprimant les fruits ou les graines qui les contiennent; la plupart de ces huiles sont onctueuses et fades , tandis que les premières ont une odeur fort aromatique, un goût chaud , âcre, caustique, et ne sont point visqueuses. Soumises à l’action d'une température un peu élevée , elles se volatilisent sans éprouver d’altération ; elles sont solubles dans l’eau et dans l’alcool, ün les prépare ordinairement en distillant avec de l’eau les parties des végétaux qui les contiennent. On a généralement l’habitude de placer dans la même catégorie toutes les huiles essentielles qu’on obtient des végétaux aromatiques, tels que les crucifères et les oinbellifères , qui en sont les plus riches; elles ont cependant des caractères fort distincts sous le double rapport physique et thérapeutique. — Comme nous ne devons parler actuellement que des huiles essentielles, hypersthénisantes, nous nous bornerons à dire quelques mois des substances dont on les retire.
CANNELLE
[Laurus cinnamomum).
§ Ier. Caractères physiques. — La cannelle est une écorce brunâtre au dehors , rougeâtre en dedans , trèsaromatique , qui provient des petits rameaux d’une espèce de laurier vulgairement appelé cannel/ier. Cet arbre croît dans les Indes-Orientales, et surtout au Ceylan. La meilleure cannelle dans le commerce est celle qui se trouve en paquets très- longs, composés d’écorces minces roulées les unes dans les autres. Son odeur est suave , sa saveur sucrée , chaude , piquante et aromatique ; elle est très-cassante. Si on en met plusieurs fragments en macération dans de l’eau, pendant quelques jours , et qu’on fait distiller ensuite , on obtient une eau laiteuse , qui par le repos laisse séparer l’huile essentielle. Cette huile est d’une couleur jaunâtre, plus pesante que l’eau pure, d’une très-forte odeur de cannelle, d’une saveur extrêmement âcre et corrosive.
§ II. Notions chimiques. — Yauque-
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lin a obtenu, par l’analyse delà cannelle, une huile essentielle, du tannin combiné à de la matière végéto-animale , soluble dans l’eau, par le moyen d’un acide; du mucilage ; un principe colorant de la résine blanche; il y a trouvéaussi de l’amidon. — D’après les recherches de Gœhel , l'huile essentielle est composée de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Elle est soluble dans l’alcool , mais peu dans l’eau ; elle s’y mêle pourtant par l’agitation et par l’addition d’un peu d’alcool. On obtient , par là , l'eau ainsi dite de cannelle.
§ III. Effets chez les animaux. — Les fruits et les graines du laurier cannellier sont mangés avidement par les oiseaux , notamment par les pigeons et par les corneilles. Malgré le pouvoir des organes digestifs de ces animaux, les graines en question sont rendues inaltérées dans leurs excréments, et peuvent encore germer après , ce qui prouve qu’elles ne sont pas digérées du tout. Cela est si vrai , qu’à Java , où les Hollandais faisaient jadis le monopole de la culture du cannellier , et avaient soin de faire arracher de temps en temps les cannelliers qui croissaient hors de leurs domaines, afin de s’assurer plus exclusivement la possession , n’ont pu obtenir leur but , car les excréments de ces oiseaux propagèrent partout ce précieux végétal (1).
§ IV. Effets sur l'homme en santé.
— L’usage diététique de la cannelle est très ancien , et très-répandu comme moyen d’assaisonnement. A la dose d’un seul grain , elle échauffe promptement l’estomac et lui donne de la vigueur ; à plus haute dose , elle produit tous les phénomènesd’ une excitation générale(2).
Les personnes qui feraient abus, d’aliments chargés de cet arôme s’exposeraient à la longue à perdre l’appétit. Des rots chauds accompagnent sa digestion, laquelle devient paresseuse; et si les aliments ainsi épicés sont pris au souper , le sommeil est agité avec pulsations pénibles aux carotides , et en s’éveillant le matin on a la bouche sèche , la langue empâtée.
J’ai observé ce phénomène plusieurs lois sur moi-même ; d’autres ont également éprouvé le même effet. Quelques per-
(1) Folk in Murray, Apparat, medic., vol. îv, p. 187 .
(2) Roques, Pbytograph. méd., tom. i,
p. 1GC,
sonnes prétendent que cette drogue jouit de la propriété d’exciter les organes génitaux; aussi, quelques vieux libertins en font-ils usage quand ils veulent s’exciter à l'acte vénérien . Cette propriété, cependant, n’est pas plus réelle dans la cannelle que dans d’autres excitants. Parmi les effets dus à l’usage continue de la cannelle , il faut noter l’engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaux, la constipation habituelle, la goutte, les rougeurs à la peau, les dérangements d’estomac. Aces indispositions sont généralement sujets les amateurs d’aromates et les gourmands. Roques rapporte l’histoire d’une jeune demoiselle, d’une constitution robuste, qui mourut d’une gastro-entérite pour avoir pris de la cannelle dans le but de se faire venir les règles (l). — Les effets de l’huile essentielle de cannelle sont analogues à ceux de l’écorce , mais bien plus énergiques; on ne doit pas l’introduire dans l’estomac à l’état de concentration, car elle est âcre et corrosive. Appliquée sur la peau, elle la rougit et la cautérise. Pour prendre cette huile à l’intérieur, il faut l’adoucir par un mélange de sucre, etc.
§ V. Effets dans les maladies. — - Les auteurs s'accordent généralement à dire que les préparations de cannelle conviennent dans les faiblesses asthéniques d’estomac. Quand il s’agit d’arrêter les vomissements hyposthéniques , la diarrhée abondante causée par l’abus des remèdes hyposthéniques, les préparations de cinnamome doivent être préférées à tout autre remède. On les ordonne avec succès pour dissiper les vents qui. dépendent, comme on dit, de causesfroides, et pour apaiser les nauséesproduites par certains remèdes dont nous • parlerons plus loin. — On sait qu’autre- fois les préparations de cannelle jouissaient d’une grande renommée dans le traitement du typhus , des fièvres ditesnerveuses, de la goutte rentrée , des hémorrhagies utérines, de la chlorose, de l’aménorrhée, et pour activer les douleurs de l’enfantement. J’ai à peine besoin de réfuter cette erreur. Le cinna— moine enfin est souvent employé comme-’ moyen correctif d’une foule de médicaments à cause de son goût agréable, etc.
§ VI .Appréciation des faits qui precedent.— Que la cannelle jouisse d’une action hyperslhénisanle, on ne saurait lec
(t) Op. cit-, p. 169.
Cannelle.
révoque* en doute, d'après les effets que nous venons d'observer sur l’homme bien portant; que par cette action, le canal digestif soit excité plus que tout autre appareil, c’est là un autre fait également prouvé par les mêmes observations et par l’assentiment de la plupart des thérapeutistes. La cannelle , en activant le pouls , et en élevant la chaleur générale, confirme l’opinion que nous venons d’émettre, savoir que toute substance hypersthénisante fait sentir plus ou moins son action 6ur le système circulatoire.
Nous venons d’établir que les substances hyperslhénisantes gastro-entériques activent certaines fonctions et en affaiblissent d'autres. Cela se vérifie très-exactement dans l’usage de la cannelle. Par l’usage de la cannelle effectivement, l’absorption du chyle devient plus active ; la mucosité, la bile et les autres humeurs gastriques augmentent; le mouvement propre des intestins est favorisé ; en conséquence l’acte de la digestion est accéléré, mais la sécrétion de toutes ces humeurs va en diminuant ; les évacuations excrémentitielles deviennent plus rares; la constipation sc déclare , des coliques ont lieu, la perte de l’appétit, etc. Il est donc incontestable que l’usage abusif de la cannelle finit par frapper l’estomac d’impuissance, tandis qu’il en avait activé la force tout d’abord , et cela en vertu de cette loi physiologique qui veut que l’exercice normal d’une fonction ne puisse avoir lieu sans la régularité des rapports réciproques des différents éléments qui la constituent.
L’idée qui attribue les effets dynamiques de la cannelle à l’huile âcre , irritante qu’elle contient, est toul-à-fait erronée , car lorsqu’on l’administre à l’initérieur, elle est tellement délayée et en- ' veloppée que son action irritante est presque nulle. En conséquence, son effet constitutionnel doit être rapporté à l’absorption, comme celui des autres remèdes en général.
La force irritante, caustique, de l’écorce de cannelle est d’ailleurs , comme on sait , bien inférieure à celle de la moutarde, et pourtant, bien que cette action soit analogue dans les deux médicaments, leur effet constitutionnel est tout-à-fait différent.
§ VIT. Action mécanique. — L’action mécanique dont nous venons de parler est analogue dans presque toutes les huiles essentielles ; il n’en est pas de même de leur action dynamique , qui peut
être très-différenfe. A l’extérieur, sur la peau , on peut se servir de l’huile de cannelle comme de l’amrnoniaque ; elle est presque aussi caustique que cette dernière. Si l’on ne veut produire qu’un effet léger, on n’aura qu’à l’affaiblir à l’aide d’une huile fixe qui la convertit en Uniment. On ne doit pas la donner pure par bouche, mais bien à la dose de deux ou trois gouttes dans quelque liqueur appropriée. Elle est employée comme odontalgique, ou comme cautérisant de la carie dentaire.
§ VIII. Mode d' administration. — La cannelle est d’un usage assez commun en médecine et dans Part culinaire. On l’administre en poudre , en teinture , ou bien sous forme d’huile essentielle, ou d’eau dite de cannelle. La poudre de cannelle ( pulvis corticis cinnamomi) s’ordonne à la dose de vingt- quatre grains à une drachme, dans les opiats, dans les bols , ou dans quelque liqueur spiritueuse.
L’huile essentielle de cannelle ( oleum volatile cinnamomi) se prescrit à la dose de deux, trois, quatre gouttes sur un morceau de sucre , ou versée dans un véhicule approprié.
La feinture de cannelle ( tinctura cinnamomi) résulte de six parties d’alcool à 21°, ou de vin blanc généreux , dans lequel on laisse en digestion pendant plusieurs jours une partie de cannelle concassée. On administre la teinture par gouttes, mais en bien plus grand nombre que l’huile. On en fait aussi un sirop agréable , qu’on prend délayé dans l’eau.
L’eau de cannelle [aqua cinnamomi) s’obtient par la macération de celte écorce dans de l’eau, et par la distillation. On l’appelle eau de cannelle simple ou orgee. Laissée en repos, le peu d’huile essentielle qu’elle tient en suspens et qui la rend d’une couleur lactescente, se précipite au fond. En y ajoutant un peu d’alcool , qui empêche la séparation de l’huile essentielle, on forme l’eau de cannelle spiritueuse. Les proportions sont de : une partie de cannelle, deux d’alcool et dix d’eau. On en donne depuis une jusqu’à quatre onces.
Formules-modèles.
1 0 Sucre de cannelle.
2J. Iluileessent. de cinnamonc, 1 goutte.
Sucre blanc, demi-scrup.
M. f. s. l’a. paquets 4.
A prendre un toutes les six heures.
GKAOPLESr
2° Alcoolat.
2| Teinture de cinnamonc, 1 once.
Gérofle, 1 scrup.
Anis et coriandre, de chaque l gros.
Sirop d’écorce de citron, demi-once.
Mêlez.
A prendre de 3 à 4 gros par jour, sans véhicule.
3° Pilules de Willis.
2|. Extract, cardisbcncd. 1 drachm.
Ætheræ, 2 srcupul.
Ol. essent. cinnarn . , 6 gouttes.
M. f. s. a. pii. pond. 6 gr.
Capiat. ùna omn.
GÉROFLES.
(Caryophylli aromatici.)
§ Ier. Caractères physiques. — Sous le nom de clous de gérofle, on rencontre dans le commerce les fleurs non encore épanouies du Caryophyllus aromalicus, L. — Le gérofïier croît aux îles ftioluques, et notamment à Mackias, sous l’équateur ; il prospère aussi à la Guiane et aux Antilles, où il a été transporté. — Les fleurs cueillies avant leur complet épanouissement sont bien desséchées pour être mises dans le commerce. Leur partie supérieure, formée par les pétales, est renflée ; mais souvent cette espèce de petite tête tombe pendant le transport, et il ne reste que la portion formée par le tube du calice, soudé à l’ovaire. Les Hollandais les passent à la fumée, ce qui leur donne une couleur d’un noir fauve. Les clous de gérofle ont une odeur éminemment aromatique ; mâchés, ils laissent un goût âcre, brûlant. Les plus estimés sont ceux qui sont bien nourris, lourds, trèsodorants, et d’un brun clair. Ils doivent ces qualités à une huile volatile particulière.
On tire l’huile de gérofle par la distillation des fleurs. Lorsque cette huile est très-récente, elle est fluide, d’un blanc jaunâtre, plus pesante que l’eau , d’une odeur très-suave, d’une saveur analogue à celle du gérofle, mais beaucoup plus forte. Elle est moins volatile que toute autre huile essentielle.
§ II. Notions chimiques. — L’analyse des clous de gérofle a donné à Tromsdorlï beaucoup d’huile essentielle, de la matière extractive, astringente; de la gomme, de la résine, de la ftbic végétale et de
l’eau. Lodibert a tiré de ces clous une matière cristallisée, blanche, luisante, pans goût et sans odeur, que Bonastre regarde comme une sous-résine, qu'on pourrait appeler Caryophylline.
§ III. PJJels sur i économie. — Les clous de gérofle déterminent sur l’économie animale les mêmes effets que l’écorce de cannelle. Ils sont employés dans nos cuisines à titre d’assaisonnement, et on en obtient les mêmes résultats. On emploie ses préparations dans les mêmes maladies que la cannelle; leur effet est hyperslhénisant, gastro-entérique. Nous avons obtenu, par son huile essentielle, des avantages très-remarquables dans un cas de diabète hyposthénique. (Y. notre clinique.) Les géroües en substance ont plus d’action que l’écorce de cannelle, tandis que l’huile volatile de celle ci est au contraire plus active que l’huile de gérofle. La raison eu est que le gérofle est très-riche en huile volatile, au lieu que l’huile de cannelle est disséminée dans une grande quantité de substance ligneuse.
§ IV- Action mécanique. — L’âcreté et la causticité de l’huile essentielle de gérofle est un peu moins forte que celle de cannelle, mais assez pourtant pour ne pas devoir être administrée pure par bouche; elle est aussi un peu caustique, si on l’applique sur la peau. On en humecte les parties paralysées ou affectées • de douleurs rhumatismales, les tumeurs froides, pour y déterminer, par son irritation mécanique, une phlogose résolutive. Dans les odontalgies causées parla carie dentaire, on introduit avec succès de l’huile de gérofle dans le trou de la dent malade. On s’en sert également par: bouche, dans une cuillerée d’eau sucrée,, contre les syncopes , les défaillances , et: dans certaines céphalalgies. On mâche quelquefois avec avantage les clous de gérofle pour combattre certaines odon— talgies.
§ V. Préparations. — La fleur en substance est rarement employée en médecine ; sa dose est de 40 centigrammes s (8 grains) à 2 grammes (30 grains). L’huile: essentielle et l’eau distillée de gérofle 9C préparent d’après les mêmes règles que nous avons exposées pour l’eau de cannelle. La dose de l’huile est de trois, cinq, huit gouttes. La dose de l’eau distillée est : de deux, quatre, huit onces.
NOIX MUSCADE
Formules-modèle.
1° Potion :
2[ Huile essenlicllede gérofle, 4 gouttes. Émulsion de gomme arabique, 6 onc.
Sucre, demi-once.
Mêlez. A prendre en trois fois.
2° Linimenl :
2J. Huile essentielle de gérofle, 1 draclim. Huile d’amandes douces, 1 once.
Mêlez.
NOIX MUSCADE
( Nucléus myristicœ officinales .)
§ I*r. Caractères physiques. — On n’a pas encore bien déterminé les caractères sexuels de l’arbre qui nous fournit la moix muscade. Il est désigné, par différents botanistes , sous le nom de muscadier aromatique , myristica aromatica, Lamk. , t. m, p. 832; myristica officinalis , Lin. ; myrist. moschala. It est originaire des îles Moluques, et particulièrement des îles de Banda ; il a été transporté aux îles de France et de Mascareigne. Le muscadier se plaît de préférence dans les terrains frais et à l’ombre d’autres arbres. — Son fruit est une noix charnue, pyriforme, longitudinalement sillonné, de la grosseur d’une petite peche, pouvant se rompre en deux valves incomplètes, et renfermant une seule graine, recouverte par un arille nommé macis, découpé en lanières charnues, de couleur de pourpre vif, et tirant sur le carmin le plus éclatant. La peau de la graine est brune, épaisse et comme crustacée , et 1 amande brunâtre, marbrée i intérieurement de veines plus foncées.
ILa noix muscade dont on se sert communément dans l’art culinaire est plutôt connue comme aromate que comme médicament; elle est douée d’une odeur et d'une saveur forte, piquante, agréable.
La noix muscade contient deux sortes ld h uiles : l’une grasse et fixe, l’autre essentielic; I huilequ on oblient par expression est un mélange de ces deux autres huiles. Celte substance nous vientdeslndes,dans de petits flacons de terre ; elle est trèsaromatique, d’un rouge-brunâtre, de épaisseur du beurre et de la saveur de a noix muscade. Elle est connue sous le nom de baume ou d huile de muscade {oa/sanutm nucislce).
§ II. Propriétés chimiques. — D’après Giacomini.
l’analyse qui en a été faite par Henry, le macis contient de l’huile volatile, beaucoup d’huile fixe ayant une odeur de muscade et une autre huile fixe d’une couleur rougeâtre, d’une matière gommeuse analogue à l’amidine, et d’une petite quantité de partie ligneuse. — Bonastre , qui a analysé la noix muscade , y a trouvé une matière blanche insoluble (stéarine), une matière butireuse soluble (elosine) , de l’huile volatile plus légère que l’eau et douée d’une saveur âcre , chaude ; de l’acide, de la gomme et un résidu ligneux.
§ III. E ffets chez les animaux. — Au dire des voyageurs, l’oiseau paradis est si avide de la noix muscade , qu’il en mange au point de s’enivrer et d’en mourir (t).
§ IV. Effets chez l'homme en santé.
— Chez l’homme sain, la noix muscade produit les mêmes effets que les autres substances aromatiques dont nous venons de parler. Une forte dose peut donner des vertiges, la suffocation, de la stupeur, l’insensibilité (2). Les Indiens font confire cette noix avec ses enveloppes, comme nous faisons confire les amandes ou les noisettes; mais elles sont dangereuses, car ceux qui en mangent en excès tombent dans le délire, dans l’assoupissement. — Bonlius, Lobel, Ettmuller, Ainglie , assurent que l’abus de celte substance peut donner lieu à la congestion cérébrale et à l’apoplexie (3).
§ V* Effets dans les maladies. — On accorde généralementà cette drogue une action hypersthénisante gastrique analogueà celle du cinnamome, mais peut-être plus énergique, eu égard à ses effets sur 1 encéphale. — Les maladies dans lesquelles elle est indiquée sont celles de nature hyposthénique , appartenant spécialement au système gastrique. — Nous ne nous arrêterons pas à en faire le dénombrement pour ne pas nous répéter; parla même raison, nous n’insisterons pas à prouver que les éloges qu’on a faits de cette substance pour combatlre
(1) Pala Rumpli, llerb., vol. n, p. oo
Fovsler, Observai ions during a vova^e round lhe World., p. 171. 3 °
(2) Rumph. o. c., p. 21. Scbmid , Mise, nat. curios., dec. n . an. n, p. 278. Cullen, Ireatise of tiie mat. med., vol n D 201. ’
(3) Mat. ind., t. ,.p. 201. Mérat et Delens, Dict. univ. de mat. méd., t. iy D 63G. \ 9 9 1 r*
NOIX MUSCADE
la goutte rentrée , le rhumatisme et quelques autres infirmités à fondphlogistique, sont mal basés. — Le macis est choisi de préférence parmi les remèdes qui corrigent l’effet des hyposthénisanls. Plusieurs drogues d’action opposée, quelques végétaux , qui pris à profusion donneraient des coliques, peuvent être administrés conjointement au macis, qui empêche les douleurs et dissipe les vents. Nous dirons ailleurs comment cela a lieu.
§ VI. Mode d' administration. — L’action mécanique de ces substances étant très-légère , on peut les administrer en nature. La dose du macis est de huit grains à un demi-gros; celle de la noix muscade, de cinq à vingt-quatre grains.
On n’emploie l’huile fixe qu’à l’extérieur ; l’huile essentielle du macis et la noix peuvent être administrées à la dose d'une , deux ou quatre gouttes dans un véhicule quelconque. En Hollande, on prescrit la poudre de muscade dans un jaune d’œuf contre certaines lienteries. — Hoffmann et Cullen assurent que, vers la fin de l’accès d’une fièvre intermittente, dix à quinze muscades en infusion dans un verre de vin, avec un peu de sucre, provoquentet entretiennent une sueurabondante qui emporte la fièvre et empêche le retour de l’accès ; notamment lorsque le malade est dans un état de grande faiblesse, ayant été préalablement saigné et évacué par en haut et par en bas.