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FEUILLES ET FLEURS DE PECHER

FEU I LLES F.T FLEtJUS DF. PÊCH ER .

(Folia et Jlorcs amygdali persicce.)

§ Ier. Caractère t physiques. — Le -pécher est un arbre originaire peut- être de la Perse, naturalisé aujourd'hui en Europe (amygdales persica, L ). Le péricarpe , ou le fruit, est assez connu et porte le nom de pèche. Sa graine ressemble beaucoup à l'amande amère. Les feuilles, ovales et lancéolées, finement dentées sur les bonis, ont un goût amer et une odeur d’amandes amères; les Heurs participent des mêmes propriétés.

§ II. Notions chimiques. — La graine, les feuilles, les fleurs donnent à la distillation une eau qui contient une assez grande quantité cl acide hydroeyanique et d'huile essentielle. Celte huile est analogue par scs caractères et propriétés chimiques à celle des eaux de lauriercerise et des amandes amères (t).

§ III. Effets sur les animaux. — Les pigeons et autres oiseaux, et des petits animaux peuvent être empoisonnés avec l'eau des feuilles et des fleurs du pêcher. La graine produit les mêmes effets des amandes amères.

§ IV. Effets sur l'homme en sanie.

— Un certain Lehoux est mort , à ce qu'on dit, pour avoir mangé une salade de fleurs de pêcher. Bertrand a vu mourir un enfant de dix-huit mois, au milieu des convulsions et des vomissements, pour avoir pris une forte décoction de fleurs fraîches de pécher, que sa mère lui avait donnée pour le guérir des vers (2). Roques a voulu essayer sur luimèine l’activité de ces fleurs; il en a pris une once: à huit heures du soir il se mit au lit; à minuit il fut éveillé par des douleurs de ventre, et par des rôts et des vents continuels. Bientôt après , il fut saisi d’une forte diarrhée et d’une sueur froide générale. Quelques lasses de thé léger ne lui procurèrent qu’un soulagement passager. Cet état a persisté jusqu’à trois heures après minuit ; alors il se sentait défaillir. Une potion d’éther, à laquelle on ajouta vingt-quatre gouttes de laudanum liquide, qu’il prit en deux fois , dissipa peu à peu ces accidents (3). On sait que Galien a reconnu dans les

(t) Sangiorgio, Tstorin dcllcpianlc medicale, t. il, p. 602.

(2) Manuel médico-légal des poisons, (ô) Phytographic médicale. Paris, 1821 , t. H, p. 250.

pêches l’existence d’un suc nuisible; que IS'icnndre les avait déclarées vénéneuses, et que l’école de Salerne les classa parmi les aliments mélancoliques (1 ). Bien que Murray ne croie pas que ce végétal soit aussi malfaisant, il ne nie pourtant pas la présence d’un principe vénéneux dans sa substance , principe dont la propriété serait d’affaiblir les premières voies (2). Les auteurs de matière médicale accordent aux feuilles et aux fruits de pêcher une vertu purgative, diurétique et an- Ihelmintique.

§ V. Effets dans les maladies. — Il n’est pas surprenant que l’eau des feuilles et des fleurs de pêcher, si analogue par sa nature chimique à l’eau de lauriercerise et à celle des amandes amères , ait des propriétés analogues à ces dernières, et qu’elle ait été d’un grand secours à Borda et à plusieurs autres médecins italiens dans les maladies inflammatoires , telles que les péripneumonies, les pleurésies, les diaphragmites, les angines, les rhumatismes, la goutte, et surtout la néphrite. — Dans celle dernière maladie et dans plusieurs autres affections des voies urinaires , on administrait depuis long temps l’infusion et la décoction des f ou i Iles de pêcher (3J. Au dire de Vogel, Doxver regardait les feuilles de ce végétal préparées comme lin spécifique contre les calculs urinaires. Etlruullcr, de son côté, accorde celle précieuse vertu à l’infusion des amandes renfermées dans le noyau de la pêche (4). Les Anglais , même actuellement, ont dans celle infusion une grande confiance, et, pour suivre plus sûrement le précepte de Doxver et d’Ettmuller à la fois , ils combinent ensemble l’infusion des feuilles de pêcher avec l’eau distillée d’amandes amères.

Los douleurs néphrétiques et vésicales s’apaisent comme par enchantement.

D’après les Anglais , ce moyen provoque abondamment et facilite la sécrétion et l’excrétion des urines; il apaise les souffrances vésicales des ualculeux.

Nous reviendrons sur ces faits

1 1 tant noter que les feuilles de pêcher, ainsi que ses fleurs, jouissent d’une propriété: laxative. Boutduc (5), Osle et

(t) Cap. vu.

(2) Appar. medicam., t. m, p. 110.

(5) Annales de Monipcll., 1800, p. 07.

(A) Dictionnaire raisonné, univ. de mat. mcdic., t. vi, p. 40.

(5) Mém. de l’acad. des sciences do Paris, 1714, p. 37.

FEUILLES ET ILEtJRS DE PECHER.

Willemet (I) en onl fait l’épreuve sur plusieurs individus , et ils observèrent que celle vertu purgative est plus prononcée lorsqu’elles sont cueillies dans le printemps qu’à l’automne. L’opinion générale est que les fleurs, les feuilles et les noyaux de pêches conviennent aux enfants attaqués de xrers : on les donne par bouche, par lavement, et même on les applique tout simplement sur le ventre chez les enfants très-jeunes , sous forme de cataplasme. — Je dirai enfin que les cataplasmes de fleurs et de feuilles de pêcher ont été trouvés utiles de tout temps contre les inflammations externes et certaines douleurs locales.

§ VI. y a/eur thérapeutique. — Il est évident, d’après ce que nous venons de dire, que toutes les préparations de pêcher ont une vertu liyposthénisante cardiaco-vasculaire. L’action diurétique que les auteurs leur attribuent confirme parfaitement cette idée : nous avons démontré effectivement que tout ce qui modère ou réprime la force du cœur augmente la quantité des urines. Dans les préparations en question, l’augmentation de l’urine est plus forte parce que leur action dynamique , bien que moindre, se borne de préférence au système cardiaque, tandis que les autres médicaments de la même famille, notamment l’acide prussique, ayant une action fort puissante, portent sur tous les systèmes, et il n’est pas facile d’en distinguer les effets partiels. — Il n’est pas inutile d’examiner quelle valeur on doit accorder à l’opinion des Anglais, qui attribuent aux feuilles de pêcher et à l’eau d’amandes amères la vertu spécifique de fondre les calculs vésicaux. Au premier abord , une semblable spécificité paraît absurde, on ne saurait même pas comprendre comment elles pourraient conserver celle propriété en passant par la grande circulation avant d’arriver aux reins et à la vessie. Au lieu d’attribuer à ce remède une propriété qui répugne à la logique, il convient mieux d’expliquer le soulagement qu’il procure contre les douleurs rénales , par sa propriété liyposlhénique ou contre-stimulante, laquelle diminue ou modère l'état de phlogose dont sont affectées les parties que les calculs irritent continuellement par leur contact. Je présume , du reste , que les guérisons radicales dont parlent plu-

(1) Essai de mat. méd. indigène, p. 31.

sieurs auteurs anglais , doivent être moins rapportées a des calculs vésicaux ou rénaux qu’à des phlogoses sourdes et essentielles de ces organes. Les chirurgiens savent combien il est facile, lorsqu’on n’emploie pas le cathétérisme explorateur, de prendre de simples douleurs inflammatoires pour une hypertrophie de la prostate , pour des varices vésicales , pour des rétrécissements de l’urètre, et vice versa. En conséquence, ces remèdes ne doivent pas être regardés comme des spécifiques pour les douleurs des calculeux, mais bien comme propres à apaiser les douleurs inflammatoires, quelle qu’en soit la cause.

Il serait important de savoir pourquoi les feuilles et les fleurs de pêcher sont constamment purgatives , de préférence aux autres remèdes hydrocyanés et même à l'eau distillée des feuilles et des fleuis de cette plante. Ne pourrait-on pas présumer l’existence de quelque principe particulier dans ces feuilles et ces fleurs? Nous reviendrons sur ce sujet à l’occasion des remèdes réputés purgatifs. — Nous pouvons , en attendant , supposer que les feuilles et les fleurs du pêcher en substance conservent avec plus de ténacité leurs .particules efficaces, et que pour l°s en extraire elles exigent une plus longue élaboration de l'appareil digestif: aussi restent-elles pluslong-lemps en conta'ct avec cet appareil , et le contre-stimulent plus énergiquement que les autres organes. Nous expliquerons ailleurs comment cette modification peut donner lieu à une augmentation des selles , et parfois aussi à des douleurs intestinales. L’utilité des feuilles et des fleurs de pêcher contre les affections vermineuses est basée sur l’expérience et le raisonnement. Elles peuvent être à la fois anthelmintiques par leur action toxique sur les vers , et vermifuges par leur action purgative. Sous ce point de vue, on doit les administrer plutôt à l’intérieur qu’extérieurement.

§ VIL Action mécanique. — Nous ne connaissons aucune action mécanique dans ccs préparations. Celte action est nulle, même dans le cas où les feuilles et les fleurs broyées sont appliquées sous forme de cataplasmes sur des lieux phlogosés , comme sur certaines dartres aiguës par exemple. Leur effet salutaire doit donc être entièrement rapporté à l’absorption de l’élément cyanhydrique qu’elles renferment.

$ VIII. Préparations , et mode d'ad-

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