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COLCHIQUE D’AUTOMNE

( Colchicum autumnale.)

§ I". Caractères physiques. — Le colchique se trouve dans presque toutes les parties méridionales de l’Italie , de l'Espagne et de la France, dans les prairies, les bois humides, etc. 11 fleurit en automne; le fruit mûrit en été. C’est une plante qui a un bulbe charnu, solide, qui se renouvelle tous les ans. Ce bulbe est couvert d’une enveloppe brune , audessous de laquelle sont placées les radicelles. Il contient un suc laiteux, âcre , caustique, dont l’odeur pénétrante irrite le nez et la gorge ; desséché au soleil ou au four, il devient farineux, inodore, mais il conserve une saveur âcre, un peu amère.

§ II. J\otions chimiques. — On retire du bulbe de cette plante bouilli une fécule nutritive , qui diffère fort peu de celle du froment. Melandri et Moretti ont été les premiers à y découvrir un principe extractif particulier, que Pelletier et Caventou ont reconnu être analogue à celui qu’on obtient du veralrum et de la sabadille , et qu’ils ont nommé vératrine. Ces deux derniers chimistes y ont reconnu par l’analyse : 1° une matière grasse, composée d’élaïne, de stéarine et d un acide particulier; 2° un alcaloïde (i vératrine ) végétal combiné avec l’acide gallique : à cet acide sont dues les propriétés thérapeutiques du colchique.

§ III. Effets sur les animaux. — Le colchique d’automne a été reconnu de tout temps comme incommode aux animaux et même mortel pour quelques-uns.

Les troupeaux le laissent intact dans les prairies. S’ils en mangent dans les étables, lorsqu’il est mêlé à d’autres herbes, ils en éprouvent un flux de ventre sanguin qui leur est fatal. Si l’on doit admettre ce qu’on trouve enregistré dans les mémoires de Breslaw (1) , les intestins grêles des animaux morts pour avoir mangé du colchique sont enflammés et gangrénés. Un veau qui avait mangé des fleurs de colchique mourut en deux jours, ayant l’estomac enflé et pblogosé (2). Slorck fit des expériences sur des chiens avec le colchique. Il donna à un chien affamé huit grammes de racine de colchique , coupée et mêlée avec de la

(1) Bresl. Samml., 172, p. 008.

(2) Scopoli Flora carn., p. 229.

viande. L’animal la vomit peu après , mais malgré cela il fut saisi d’un tremblement dans les membres , de spasmes dans l’abdomen avec rétraction du creux de l’estomac; il eut de nouveaux vomissements , des évacuations alvines, et rendit les urines avec une abondance extraordinaire. Dans l’espace de treize heures il avait vomi cinquante fois et avait eu quarante évacuations alvines.

Les matières des dernières évacuations étaient comme de la lavure de chair , avec quelque fragment de membrane et de la mucosité épaisse. Il conserva jusqu’au dernier moment ses facultés intellectuelles. De temps en temps il s’endormait : l’abattement allait en augmentant, et il finit par mourir. Les intestins étaient tellement contractés qu’on ne pouvait y introduire qu’avec peine un stylet ; tout le système gastrique était enflammé et gangréné (1). Les mêmes phénomènes ont été remarqués par Kratochwill chez un autre chien empoisonné avec le colchique (2). Chez un gros chien Roques a produit, avec douze grammes de colchique , de l’agitation dans les flancs, des vacillations dans les membres, et, après quelques efforts, l’animal rejeta par des vomissements la plus grande partie de la matière mêlée à de la bile, avec quelque soulagement; mais une heure après il eut de fortes coliques, des évacuations de ventre copieuses. On lui administra de la thériaque pendant deux jours, et il se rétablit. Il fit prendre ensuite une semblable dose de colchique à un jeune chien qui n’avait point mangé depuis vingt - quatre heures. Pendant quarante minutes il ne donna aucun signe de souffrance; mais après il se montra abattu, avec quelque tremblement dans tout le corps. 11 marchait avec peine, la tête baissée, et chancelant comme s’il fût ivre. Il se coucha dans un coin en faisant entendre de temps en temps des gémissements. Sa respiration devint asthmatique ; il éprouvait des efforts continuels de vomir, des spasmes, avait des selles fétides, et, ainsi que le dit l’auteur, une asthénie générale. 11 vécut quelques heures dans un état de complète insensibilité. A l’autopsie l’estomac et les intestins grêles étaient parsemés de taches rougeâtres : le rectum et la

(t) Libcllusde radicccolchici nutumn., cxp. xvu, p. 17.

(2) Idem, exp. iv, p. 46.

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vessie urinaire offraient anssi quelques indices de phlogosc (1). Le vin de colchique a été donné aussi h la dose de cent soixante gouttes, par E. Home, à un chien qui mourut en cinq heures (2). Ces expériences prouvent que le chien ressent d’une manière assez vive l’action du colchique et que ce n’est pas sans raison qu'on a nommé Vulgairement cette plante égorge- chien. On voit pourtant qu’entre les expériences de Roques et celles de Storck il y a quelque différence dans les résultats ; car dans ces dernières les effets sur l’estomac ont été bien plus remarquables. Que si l’on voulait s’en tenir à celles-ci on serait obligé de reconnaître dans le colchique une action extrêmement incendiaire. C’est ce qu’ont fait précisément les praticiens qui n’ont pas réfléchi que les inflammations locales ne font point mourir ni en peu d’heures, ni en quelques minutes , mais bien dans le courant d’une maladie plus ou moins longue. Au surplus , tous les autres phénomènes, tels que l’abattement , les tremblements , les évacuations alvines et les vomissements , indiquent un état hyposlhénique. En effet Roques parvint à dissiper cet empoisonnement à l’aide d’une préparation opiacée. On ne saurait refuser au colchique une action irritante, et il n’est pas surprenant que les chiens morts dans des symptômes d’hyposthénie présentaient l’estomac enflammé dans quelques points, c’est que l’action locale du poison avait été peutêtre plus durable. On n’a pas cependant observé si l’état des autres tissus répondait à celui de l’estomac, ou bien, au contraire, étaient décolorés, flasques, notamment le cœur, un des principaux centres de vitalité, qui , dans le cas de mort occasionnée par ces sortes de poisons, est ordinairement terne et rempli de sang grumeleux. Au reste, peu importe si les expériences sur les animaux, faites avec le colchique, ne décèlent pas clairement ce que dévoileront d’une manière évidente d autres observations, spécialement celles relatives au traitement de certaines maladies.

§ IV- Effets chez l'homme en santé.

—Les anciens connaissaient l’action dangereuse du colchique, ils regardaient ce végétal plutôt comme un poison que

(1) Photographie médicale, f. r, p. 88.

(2) Mérat et Delcos, Dictionn. de mat.

méd., t. ir, p. 358.

comme un médicament. Ceux qui douteraient de la similitude de notre colchique avec celui des Grecs n’auraient pour se convaincre de leur erreur qu’à comparer les effets observés chez l’homme.

Ces effets sont absolument pareils. Agricola et Ammonius rapportent que deux enfants sont morts pour avoir mangé du colchique (l). Une demoiselle succomba également, avec des coliques très- aiguës et autres symptômes qui durèrent pendant trois jours, pour avoir mangé trois ou quatre fleurs de colchique dans l’espoir de se débarrasser d’une fièvre intermittente (2). Un individu ayant mangé une soupe dans laquelle on avait fait cuire des bulbes de colchique, éprouva comme un feu violent dans les entrailles, il ne put plus se tenir debout ; il eut une soif ardente, des vomissements de matières liquides, jaunâtres, et il expira trois jours après au milieu de douleurs et d’angoisses terribles. Le cadavre offrit le ventre tympanisé, la figure livide, l’estomac enflammé. Chevallier, qui rapporte ce cas , ne parle point de l’état du pouls (3). Yogt vit périr un enfant auquel on avait administré, dans l’intention de le purger, des fleurs de colchique cuites dans du lait (4). J’ignore quels moyens on employa pour sauver ces malheureux; mais il est probable que, d'après les préceptes des toxicologues, on a employé des saignées et autres moyens anti-phlogistiques. Ces prétendus secours auront inévitablement rendu plus sûr et plus prompt l’effet mortel du colchique.

Si vous examinez les effets du colchique donné à petite dose , vous aurez les résultats suivants Storck l’essaya sur luimême, et il remarqua que la langue perd toute sensibilité, devient lourde et raide; il éprouva de l’ardeur à l’estomac, de la démangeaison , un serrement à la gorge, une cuisson dans l’urètre, de la strangurie, des désordres nerveux avec faiblesse musculaire qui dura pendant plusieurs jours (5). Hadcn, et autres médecins anglais ont observé que sous l’administration du colchique les mouvements du

(1) Medic. herborise, lib. r, p. 90.

(2) Guridcl, Plantes d’Aix, p. 123.

(3) Journal de chimie médicale , juin

(4) Pharmakodyn., 2 Bd., p. 278.

(5 ) Libelles de colchici autum. trad.

17li3, cxp. iv, p. 11.

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pouls diminuent, tandis que les évacuations urinaires et celles du ventreaugmentent (I). Grande s , Willis et Carminali, apres avoir indiqué l’action irritante, locale, disent qu’une fois absorbé il exerce une action affaiblissante sur le pouvoir nerveux, et consécutivement il affaiblit aussi les mouvements du cœur et des artères (2). Lochcr-Bulbcr (3), Richter (4), Schwartze (o) notent, indépendamment des symptômes indiqués , la salivation , la faiblesse dans les digestions, une sorte de choiera, des sueurs froides aux extrémités, l’évanouissement. — La véralrine a produit, dans les expériences de Bardley, des effets analogues à ceux du colchique, savoir : faiblesse dans le pouls, diarrhée et vomissements. Administrée à dose plus élevée, des effets dangereux se manifestent. De là on a tiré la conséquence que la vératrine renferme la partie véritablement active du colchique (G). — D’après l’énumération de ces phénomènes, l’on voit deux séries distinctes d’effets : les uns mécanico-irritatifs, les autres dynamiques. Ces derniers sont manifestement de nature hyposthénique. Le plus culminant de ces effets est la faiblesse et le ralentissement du pouls : ils sont en opposition avec les effets irritatifs, et même en raison inverse avec eux. Jusqu’à présent la plupart des praticiens n’avaient porté leur attention qu’aux seuls effets irritatifs, qui sont par eux-mêmes de fort peu d’importance et passagers; ils ne peuvent conduire à aucune conséquence dans le traitement des maladies. Les effets dynamiques sont très-importants et les seuls à étudier sous le rapport clinique. Pour apaiser les effets irritatifs, c’esl-à-dirc les cuissons et les douleurs, les praticiens conseillent les mucilagineux, les sels neutres, le nitre et autres moyens semblables. Ces remèdes ne font qu’augmenter les effets dynamiques. Plusieurs praticiens, entre autres Hadcn, Hasting et Abercrombie,

trouvent que la teinture de colchique est d’une action très -faible et incertaine (l). Lignum donna à une dame, pendant deux jours, huit grammes de teinture de colchique, sans aucun autre effet qu’une garde-robe (2). Exverard Home affirme qu’on peut donner le vin de colchique à haute dose, en l’augmentant par degrés et en commençant par soixante à soixantedix gouttes, sans craindre aucun dérangement (3J. Cela s’explique, selon nous , par l’action de l’alcool. L’alcool, eneffet, et le vin, étant doués de propriétés hypersthénisantes , par conséquent opposées à celles du colchique , neutralisent en grande partie l’activité de ce dernier.

§ Y. Effets dans les maladies. — C’est Storck qui accorda une place au colchique dans la matière médicale.

Après l’avoir expérimenté sur les animaux et sur lui-même, il l’employa dans le traitement des hydropisies. Cette pratique fut bientôt suivie par plusieurs autres, et presque toujours avec plus ou moins de succès. On peut lire dans Murray et Roques (4) plusieurs histoires surprenantes de guérison. Murray cependant n’a pas omis d’indiquer les détracteurs de ce médicament et quelques faits de son inefficacité. Le docteur Kratochxvill (5) considère le colchique comme une substance sans aucune action; il ne dit pas cependant de quel colchique il entendait parler. Quelle foi peut-on accorder à ses assertions alors qu’une foule de faits prouvent le contraire? Plusieurs praticiens ont prescrit le colchique comme diurétique. (Julien prescrivait depuis long temps le colchique contre les hydropisies inflammatoires. Cet auteur pensait que la fièvre n’était pas un obstacle pour l'administration de ce remède (6); Carrninati aussi ordonnait ce remède contre les hydropisies phiogistiques (7). Culleu ajoute à ce sujet qu’il n’est point nécessaire que le colchique produise des évacuations pour guérir l'hydropisic ; il produit cet effet , selon lui, par une vertu

(1) Practical observ. on (lie colchic.

autumri. London, 4820.

(2) Osservazioni soi nuovi usi dcl colch. aul. Mcmor. cl e 1 1 ’ s. r. instit., etc. Milano, l. i, 1810.

(5) Revue méd., j u il 'et 1825.

(4) Ausfuhrl. Ami., 2 Bd., p. 425.

(5) Pharmak. Tab., p. 420.

(G) Hospital facts and observations illustrative of (lie now remédies, clc. London, 1830.

(1) Edimburgjourn. of naedic. scienc.;

(2) Ribliof li. medic., t. li, p. 2GO.

(5) Mérat et Delens, Dictionn., vol. n,

(4) Op. cil.

(5) De colcbico, p. 55.

(G) Observât, circa morb. acutos et citron. P. n, cap. i, p. 120.

(7) Méni. cil.

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particulière. Celle manière tic voir est parfaitement conforme à la nôtre. Nous avons déjà dit que l’hydropisie ne guérit point en conséquence de l’abondance île l’urine, mais qu’au contraire l’urine était la conséquence de la guérison de l’hydropisie. — Une maladie dont l’incurabilité est devenue proverbiale, la goutte, a trouvé un remède presque spécifique dans le colchique. Dès l’année 1814 Ewerard Home (l) et John Wart (2) firent des expériences, le premier sur lui-même, et ils obtinrent des résultats fort heureux. D’autres praticiens expérimentèrent le colchique dans la même maladie. Campagnano à Naples (3), Mojon à Gênes (4), Locher-Balber en Suisse

(5) , en Allemagne Consbruch (6) et Chelicy, Lobslein (7) , Creulz (8), Bart (9), Bang (10), Deetz (il) et autres en différentes contrées , obtinrent les mêmes succès. Nous tenons de Montegne quele colchique était employé en France, depuis fort long- temps , comme remède secret contre la goutte dans Veau médicinale d’IIusson, qui n’est, au dire de cet auteur, qu'une teintuce très-chargée de racine fraîche de colchique (12). Mais bien que cette plante soit un remède très-utile contre la goutte, nous sommes loin de la regarder comme un spécifique. Pour nous la goutte n’est qu’une arthrite partielle , c’est-à-dire une phlogose de la membrane séreuse qui se trouve dans les articulations. Par suite du caractère du tissu de cette membrane, l’inflammation, lorsqu’elle s’y est enracinée, se résout difficilement à cause du genre de

(t) The Lond. med. repository by G.

M. liurrows and A. T. Thompson, 1817.

(2) The med. and phys. journ. conduct. by S. Fotbergill and J. Wanl., 1815, vol. xxxiii et xxxiv.

(5) Bruschi, Instit. di mater, med., t. h, p. 34t.

(4) Voyage médical en Italie, par Valentin. Paris, 1826, p. 566.

(5) bib. cit.

(6) Taschenbuch d. Arzneim. Leipz.,

(7) Kuhn, Disscrt. sur le colchique, p. 25.

(8) Diss. de col ch . aut. Bcrl. 1826.

(9) On strict, on the urelhrn, vol. m, cap. xvni.

(10) Bulletin des sciences médicales, 1824, vol. i, p. 209.

(11) P.ust’s Magazin, 22 Bd., p. 345.

(12) Gazette de sauté. Paris, 1826.

vie ordinaire aux goultcux. Une fois même dissipée, elle reparaît aisément. Un travail lent, mais aussi phlogislique , peut s’établir dans le tissu même d’une manière, pour ainsi dire, cachée et sans d’autre indice de son existence qu'un sentiment de poids, d'engourdissement et de sensibilité morbide dans l’articulation all'ectéc. L’individu peut se dire alors goutteux et , à la moindre occasion, le feu caché dans la capsule synoviale s’allume avec violence, et le paroxysme goutteux se déclare avec les phénomènes qui lui sont propres. Cet accès se dissipe plus ou moins promptement; l’individu se croit guéri, mais en réalité le mal ne fait que revenir à ce travail phlogislique primitif lent et caché. Que si , instruit alors par l’expérience , le malade adopte un régime et une conduite réguliers ; si sa constitution est bonne, il peut, sinon guérir radicalement, rendre son mal extrêmement faible et vivre jusqu’à un âge fort avancé, en payant, de temps en temps , le tribut d’un retour inflammatoire de peu de durée. Je dirai même que ces accès, qui se succèdent à l’instar des hémorrhoïdes , des furoncles , etc. , le préservent des attaques analogues dans les viscères; et cela à cause de celte loi pathologique qui veut qu’un organe, une partie mal disposée, s’approprie toujours lis effets morbides des puissances nuisibles. Ces dernièressedéchaigent sureux, quoiqu’elles fussent dirigée; sur d’autres organes plus importants. Néanmoins la persévérance de ces attaques et leur fréquente répétition font que la membrane malade s’épaissit, se durcit; il s’y établit uneaugmentation d’exhalaison synoviale, le tissu cellulaire environnant s’en imbibe; de là des hydrarlhroses. L’articulation enfle plus ou moins, ou bien les lymphatiques absorbent peu à peu la partie la plus fluide, tandis que l’autre y séjourne plus long-temps et donne lieu à des concrétions, à des lilhiases, à des tophus, lesquels ne sont formés qu’avec les principes qui se trouvent naturellement dans la synovie et dans le sérum sécrété abondamment sous l’influence du travail inflammatoire. Alors les articulations devicnnentimmobilcs et leur forme s’altère. Ma is cet effet peut aussi avoir lieu par l'extension de la phlogose de la membrane synoviale aux tissus environnants, à 1.» capsule fibreuse , aux cartilages articulaires et à l'os même. Par toutes ces causes le membre devient alors difforme et perclus. Telle est la niarchç du

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travail local de la goutte chez les individus doués d’un tissu organique ferme et résistant. Mais, si son système vasculaire est facile à émouvoir, à s’agiter; si l’individu suit de mauvais traitements, un mauvais régime, le mal peut affecter d’autres formes encore. La goutte peut prendre directement le caractère d'arthrite universelle et fixe, ou de goutte vague, erratique. I.a phlogose se propage petit à petit à toutes les membranes synoviales, puis aux autres membranes séreuses; le péritoine lui -même en est quelquefois envahi d’une manière sourde. De là des épanchements hydropiques, des dérangements dans l’appareil urinaire, la gravelle, des affections gastroentériques, des vomissements, etc. Dans d’autres circonstances la phlogose envahit la plèvre ou le péricarde; de là des symptômes d’asthme, d ’angina pecloris, etc. Quelquefois c’est l’arachnoïde qui devient le siège d’un travail aigu ou chronique de phlogose ; alors ce sont des symptômes cérébraux et nerveux qui se manifestent (goutte portée au cerveau).

Si le praticien n’attaque pas ces phlogoses diverses avec énergie et persévérance , s’il croit avoir assez fait en appliquant quelques irritants à la peau , la goutte poursuit sa marche désastreuse d’une manière patente ou cachée, et se termine, tôt ou tard, par la mort.

Il suit de ces remarques que si le colchique est utile aux goutteux, ce n’est pas en vertu d’une qualité spécifique , mais bien de sa simple action hyposthénisante ou anti-phlogistique. A ce titre , il peut être administré à toutes les périodes de la maladie, avec ou sans la saignée, selon les circonstances ; mais c’estsurtout dans la goutte chronique que le colchique administré d’une manière persévérante produit des effets salutaires vraiment remarquables.

Nous avons dit que la goutte n’est qu’une forme partielle d’arthrite ; en conséquence , les personnes qui pensent comme nous ne seront pas étonnées que dans le rhumatisme même général et aigu on ait employé le colchique. Krichon (I), Locher-Balber (2),Gumperl

(3), Batlley (4), Bang (5), sont de ce

(t) Rusl’s Magasin, 0 Rd., p. 203.

(2; Revue médicale, juillet 1825, p.

(3) Hufeland’s journ., octobre 1820.

(4) Lond. med. repos., vol. xiv, n. 79.

(5) Giorn. cit.

nombre, et ils ont eu à se féliciter d’une pareille médication. La plupart des médecins modernes s’accordent à reconnaître dans le rhumatisme aigu un caractère inflammatoire analogue à celui de la goutte. Ces faits paraissent plus quesuflisants pour établir l’action hyposthénisante du colchique ; ils ne sont cependant pas les seuls. Haden père et fils ont prescrit le colchique dans les inflammations les plus intenses avec le même succès que dans le traitement des mêmes maladies par la saignée ; ils ont de même que Wil liâtes proclamé le colchique comme le meilleur remplaçant de la saignée (1).

L’administrèrent également : Wallisdans les affections manifestement inflammatoires (2) , Hasting (3), Abercrombie, Armstrong (4) , Bardsley. Ce dernier pourtant est, comme nous, d’avis que dans le plus grand nombre des cas il est utile de lui permettre la saignée (à).

Loeber Balber dit avoir guéri deux ophthalmies par le colchique (6); Battley l’ordonna dans les douleurs et les phlogoses de la matrice (7), et Elliotson assure avoir guéri le prurigo sénile au moyen du vin de colchique (8). — La vératrine a été employée par Bardsley dans les mêmes cas et avec le même succès que le colchique (9). A .-F. Turnbull a traité avec succès, à l’aide de la vératrine appliquée à l’extérieur, des névralgies, des hydropisies, le rhumatisme , et il la vante aussi à haute dose dans plusieurs affections du cœur et du système vasculaire sanguin (10).

(Note d. Irad). Depuis la publication de l’ouvrage de M. Giacomini (1834), on

(1) Practical Observât, on the colchicom autum. Lond., 1820.

(2) Annali universali di nied. Gen. c febb., 1825, p. 202.

(5) On the inllamm. of the moucous membr. of the lungs. London, 1821.

(4) Pathology of consumpt. discase.

London, 1822.

(5) The London med. and physic.

journ., new sériés, vol. vit, p. 61.

(6) Giorn. cit.

(7) London med. repository, vol. xiv, n. 79.

(8) The med. efiir. review., octobre 1827, et Archives générales de médecine, t. xvi, p. 290.

(9) Hospital fncts and observ. illustrative of the new remedies, etc. London,

(10) The Lancet., décembre 1833.

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a beaucoup vanté et étendu l’usage du colchique d’automne dans un grand nombre d’affections. Bullock a trouvé ce médicament très utile dans l’érisypèle ; il rapporte cinq cas de cette affection guéris avec la poudre du bulbe de colchique (1). Guilbcrt a eu à s’en louer dans le traitement de l’anasarque ; il a employé le colchique sous forme de Uniment, en frictions matin et soir (2).

2J. Teinture de colchique.

Teinture de scille.

Teinture de digitale , de chaque trois dé-

cagrammes (une once).

Huile de camphre, cinq décagrammes

(une once).

M. f. Uniment.

Clark préconise beaucoup le colchique en infusion contre l’hvdropisie (3). Ritton en a obtenu de bons effets dans le traitement de la leucorrhée ; il l’a employé sous forme pilulaire.

2|. Poudre de colchique, quinze centigrammes (trois grains).

Savon médicinal, q. s. F.

S. A. une pilule.

Il conseille de prendre trois de ces pilules par jour (4).

Dans la Gazette Médicale de janvier 1833 sont enregistrées trois observations de névralgie qui avaient résisté à plusieurs remèdes et qui ont été guéries par le docteur Gay à l’aide du colchique.

Chisholen a prescrit avec succès le vin de colchique comme moyen expulsif du taenia (5). — La poudre de colchique a été employée avec grand avantage par Pons, Lalaurie et plusieurs autres contre l’hydropisie , l’anasarque et l'hydrocéphale ; mais pour que ce remède possède les bonnes qualités qu’on lui a reconnues, il faut que le bulbe soit recueilli à l’époque du commencement de la floraison.

On le coupe par tranches, on le sèche à l’étuve avec soin , et on le pulvérise à mesure qu’on en a besoin ("G). Smith

(1) Journal des connaissances médicales, janvier 1855.

(2) Revue médicale, t. in.

(5) The amcric. recordor. Philndclph.,

(4) Gazct. eclellica di Verona, aprile

(5) The Lond. medic. rcperlor., 1824.

(G) Journal de médecine et de chirurgie

pratique, juiu 1837.

préconise le colchique dans le traitement du tétanos (I). Nous pourrions citer encore un plus grand nombre d’auteurs qui ont vanté le colchique dans une foule d’autres maladies hypersthéniques, soit aiguës, soit chroniques.

§ VI. Appréciation de l'action du remède. — Les faits allégués en faveur de l’action hyposthénisanle cardiaco-vasculaire du colchique ont été presque tous tirés de la pratique de médecins anglais. Les Italiens n’y ont d’autre part que d’avoir démontré depuis longues années l'existence des substances directement débilitantes. Ainsi, soit que Haden et ses collègues soient arrivés à ce résultat d’après la simple observation, soit, ce qui paraît plus probable, qu’ils eussent quelque connaissance des découvertes italiennes, leurs observations seront toujours pour nous d’une grande valeur, car elles n’ont pas été recueillies dans un esprit systématique , et se trouvent parfaitement d’accord avec noire manière de voir.

§ VII. Action mécanique. — On ne peut refuser au colchique une action mécanique irrilante d’après les faits nécropsiques dont nous avons parlé. Les auteurs se sont beaucoup appesantis sur elle, vu qu’ils la regardaient comme la cause unique de la mort. Une légère réflexion , cependant, fera de suite comprendre que cette action irritante locale n’est rien en comparaison de l’action dynamique et qui est en opposition avec elle, et que la mort est due exclusivement à cette dernière. Malgré qu’à l'endroit de l’application du colchique on trouve de la rougeur ou même un commencement d’inflammation , la mort n’est pas moins le résultat de l’h y posthénie déterminée par l’effet dynamique du colchique, et il n’est personne maintenant qui , en cas d’empoisonnement par celte substance , ne sentirait la nécessité de prescrire des moyens stimulants pour en combattre les effets. S’il en est ainsi, que devons-nous penser des préceptes des toxicologues concernant les contre-poisons du colchique qu’ils recommandent , savoir les mucilagineux, les huileux, les acides, les antiphlogistiques, et en particulier la saignée ? Je voudrais que ma voix pût se faire entendre au loin pour faire sa-

(1) The amcric. journ. of lhe modiç.

sc., 4820 nov.

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voir que les plus célèbres toxicologues

sont dans l’erreur et qu'ils trahissent la science et l’humanité en proposant, pour sauver les empoisonnés, des substances aigres ou nareotico-ûcrcs. Il suffit de jeter un coup-d’œil sur les détails d’une foule de cas malheureux d’empoisonnements pour se convaincre de cette triste vérité. On voit à chaque pas des toxicologues imbus de faux principes agir dans de louables intentions et pourtant précipiter les malades au tombeau.

Si ma voix pouvait arriver jusqu’à eux , ils sauraient que toutes les substances thérapeutiques qu’on introduit dans l’estomac exercent indistinctement une action plus ou moins irritante , mais que celte irritation purement mécanique , à laquelle l’estomac est habitué d’ailleurs par la présence des aliments, ne constitue pas une stimulation dynamique, c’està-dire une réaction vitale dans les centres mêmes de la vie , avec élévation du rhylhme normal des fonctions.

Revenantà l’action mécanico-irrilative du colchique, nous devons ajoulerqu’elle n’est pas d’une grande valeur, puisque nous voyons que les Anglais prescrivent cette substance à haute dose, sans incou- • vénient; aussi est-elle regardée par plusieurs observateurs comme inférieure à celle de la scille marine. Il est néanmoins prudent de s’en abstenir lorsque l’estomac présente quelque prédisposition irritative. Le meilleur correctif de l’action irritante du colchique, c’est le vinaigre fort. Il est d’observation que les préparations qu’on fait avec cet acide ont une action dynamique plus prononcée. Il paraîtrait que le vinaigre rend plus assimilables les atomes actifs de ce végétal.

§ VIII. Préparations, doses. — On ne doit pas négliger, par rapport au colchique, ni la manière, ni le temps de le cueillir et de le préparer. Outre que son énergie varie selon les différents terrains où il croît, il est constant qu’il perd toute sa vertu médicinale dans la saison d’automne. Telle est probablement la cause pour laquelle le colchique n’a produit aucun ellèt entre les mains de Kratochxvill et d'autres. On s’est assuré que le temps le plus propre à sa récolte est vers la lin de juillet, lorsque les vieilles feuilles tombent, et que les nouveaux bourgeons commencent. Le bulbe doit être coupé par tranches, desséchées à l’air ou au soleil, et conservées dans des vases bien clos, et d’une capacité moyenne. William accorde

à la graine de colchique une action plus sûre, mais moins forte. La graineaussi doit être cueillie en juillet ou en août, lorsqu’elle commence à noircir. On la conserve entière et à sec. — Dans les pharmacies, on conserve aussi le vinaigre de . colchique, préparé avec six décagrammes de bulbes en petits fragments, macérés pendant trois jours dans un demi-kilogramme de vinaigre, qu’on filtre ensuite, après une légère expression. — Avec ce vinaigre, on prépare l’oxymel de colchique, qui est de toutes les préparations la plus agréable et la plus commode. On le fait avec un demi-kilogramme de vinaigre de colchique, et un kilogramme de miel, qu’on réduit à la consistance de sirop. On ne devrait adopter ni le vin, ni la teinture de colchique.

Dose. La poudre du bulbe peut se donner à la dose de cinq à quinze centigrammes, plusieurs fois dans la journée.

On est parvenu, dans quelques cas d’inflammation, à en consommer deux grammes par jour. — On prescrit le vinaigre de vingt à trente gouttes, qu’on répète; l’oxymel, de quatre grammes à t ois décagrammes. Carminati est arrivé à la dose de neuf décagrammes par jour. Bardsley a donné la vératrine à un centigramme à la fois, qu’il augmenta graduellement de deux jusqu’à cinq, deux ou trois fois dans les vingt- quatre heures. La pommade de Turnbull est composée de deux décigra mines de vératrine dans trois décagrammes de graisse de cochon ; mais dans les cas de maladies du cœur et des artères, il mêle dans trois décagrammes de graisse trois ou quatre décigrammes de vératrine.

Formules -modèles.

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