Infusion
2J. Baies de genévrier écrasées, 30 grammes (l once).
Eau pure bouillante, 1 kilogramme (2 livres).
Faites infuser pendant une heure, et passez
A en prendre un demi-verre à la fois.
AUTRES SUBSTANCES RESINEUSES.
La poix noire, la poix liquide, l’eau et les exhalaisons du goudron, sont vantées contre plusieurs des maladies dont nous venons de parler, et notamment contre la phthisie, les fièvres étiques, et les artérites lentes. JNous ne nous arrêterons pas à démontrer que ces substances étant analogues dans leur nature aux résines déjà mentionnées , et spécialement à la térébenthine , leur effet est aussi analogue ou même identique; en conséquence leur action thérapeuthique n’offre rien qui ne soit compris dans celle de la térébenthine. Ces substances peuvent être en effet regardées comme autant de préparations de térébenthine.
GAZ ACIDE CARBONIQUE
C Gaz acidurn carbonicum, aer fixus.)
§ Ier. Caractères physiques. — La combinaison chimique du carbone avec l’oxigène a reçu les noms d’air fixe , air méphitique, gaz acide carbonique. Ce gaz est plus pesant que l’air atmosphérique ; incolore, d’une saveur aigrelette et piquante, contraire à la respiration et à
ACIDE CARBONIQUE
la conbustion. On le trouve très-abondununent répandu dans la nature, car il se produit facilement dans plusieurs circonstances. L’atmosphère en contient toujours; plusieurssubstances en fermentation, la combustion et la respiration en développent, ainsi que les terres volcaniques. Etant plus pesant que l’air, il séjourne dans les régions voisines du sol. On en rencontre dans les puits, dans les caves, dans les grottes, et dans cerlaines cavernes devenues célèbres, comme la Grotte du Chien , à Naples. Combiné k d’autres principes, il se trouve dans plusieurs eau* minérales froides, comme celles de Vichy , de Sellz , de Spa , etc. L’étude de ce gaz est très-importante par le rôle qu’il joue dans plusieurs phénomènes de la nature, et par les usages nombreux auxquels on l’emploie.
§ II. Notions chimiques. — Ce gaz a toutes les propriétés des acides ; l’eau en est avide, et elle s’en sature d’autant plus que la température en est basse et la pression atmosphérique considérable; elle peut en dissoudre cinq ou six volumes égaux au sien. Dans le vide, quelle qu’en soit la température, et à une température de cent degrés, sous une pression moyenne, l’eau ne peut plus dissoudre le gaz acide carbonique; et si elle en contient, elle l’abandonne et le laisse dégager. C’est ce qu’on observe dans cerlainescaux minérales lorsqu’elles sont au contact de l’air atmosphérique et à une température un peu élevée.
§ III. Effets sur les animaux. — Les voyageurs qui se rendent dans les environs de Naples ne manquent pas d’aller voir ce phénomène , devenu si trivial, d’un chien , ou de tout autre petit animal , qu’on fait pénétrer dans la Grotte cl i Chien , où il tombe et meurt si l’on ne vient à son secours pour le remettre à l’air libre ; on le plonge ensuite dans le lac d’Agnano, qui se trouve tout près, et il revient bien portant. N'ysten avait déduit de ces expériences que l’asphyxie par le gaz acide carbonique dépend uniquement de l’arrèl delà respiration faute d’oxygène, et que cet acide n’a qu’une action négative. Mais les observations récentes de Collard (de Martigny) et de Davy ont démontré le contraire; elles ont confirmé les conclusions d’Attumonelli , qui le premier fil des expériences sur le gaz de la Grotte du Chien , et fut porté à établir que le gaz acide carbonique exerce une action vénéneuse positive. — Pour nous assurer si cette action
délétère était hyperslhénisante ou liyposthénisante, nous avons fait nous-mêmes plusieurs expériences. Nous avons mis plusieurs animaux dans un état d’hypersthénie k l’aide de l’alcool, d’autres dans un état opposé ou d'hyposthénie k l’aide de l’eau de laurier-cerise, et nous avons ensuite soumis les uns et les autresk l’action du gaz acide carbonique. La première expérience fut faite sur deux pigeons , l’un alcoolisé, l’autre bydroevanisé ; on les plaça tous deux au même instant dans un gazomètre, dans lequel on faisait parvenir peu à peu un courant de gaz acide carbonique. Vingt-quatre minutes après, celui qui avait pris l’eau de laurier-cerise tomba asphyxié, l’autre n’était que simplement oppressé dans la respiration. On lésa laissés encore seize minutes, en augmentant toujours le courant de gaz acide carbonique. Les ayant ôtés tous les deux de l’appareil, l’un était mort sans ressource (celui qui avait pris l’eau de laurier-cerise) , l'autre revint promptement. — Quaire autres pigeons ont été soumis k la même épreuve. Ou les laissa dans le gazomètre jusqu'à leur mort. On observa que ceux qui avaient pris l’esprit-de-vin restèrent plus longtemps en vie (a). — On répéta la même expérience sur deux lapins; ils sont restés dans l’appareil trois-quarts d'heure sans tomber asphyxiés, de sorte qu’on ne saurait décider au juste lequel des deux avait le plus souffert. Ces expériences, bien que fort incomplètes, rapprochées de plusieurs autres analogues, autorisent à conclure que l’alcool a aidé les piireons à résister à l’influence du gaz délétère , et qu’en conséquence l'action de ce gaz est de nature opposée k celle de l’alcool.
§ IV. Effets chez l'homme bien portant. — Pour bien étudier les effets du gaz acide carbonique, il faut distinguer ceux qui se rapportent aux poumons ou à la respiration de ceux qui se rapportent h l’ensemble de l’organisme, par l’introduction de ce gaz par une autre voie que celle du poumon. L’air atmosphérique chargé d’une certaine quantité de gaz acide carbonique, qu'on respire, produit
(a) Il est à regretter que l’auteur n’ait pas introduit, dans chaque expérience, des animaux de même espèce non préparés par aucun médicament, pour servir de parallèle avec les autres : l'expérience aurait été plus concluante.
(Note d. trad.)
ACIDE CARBONIQUE. 237
une sensation désagréable dans le nez et un resserrement très- incommode à la poitrine, des picotlements passagers dans les poumons; ensuite, difficulté extrême de respirer, anxiété, des vertiges, mal de tète, obscurcissement de la vue, étourdissement, rougeur violacée et tuméfaction à la figure ; les veines sont enflées, tintement et bourdonnement dans les oreilles, résolution de lotit le système musculaire volontaire , propension au sommeil : tels sont les premiers symptômes auxquels donne lieu l’inspiration d'un air chargé de gaz acide carbonique. — Si l’on vient au secours de l’individu qui se trouve dans cet état, en l’exposant à l’air libre , il reprend bientôt scs forces ; tontes les indispositions cessent bientôt, mais ordinairement il lui reste pendant quelque temps une lourdeur à la tète et la voix enrouée. Samuel Wittet a voulu expérimenter sur lui-même le gaz acide carbonique; deux ou trois inspirations de ce gaz lui donnèrent un tremblement convulsif général, et des vertiges avec abolition presque complète de la sensibilité. Ces phénomènes dissipés, il lui resta encore pendant plusieurs heures de la céphalalgie et delà lassitude. Il fit de nouveau trois ou quatre pleines inspirations de ce gaz, et il tomba par terre, sans mouvement, sans pouls et sans connaissance. Revenu à lui , il se plaignait d’une forte douleur à la tète et d’un tremblement convulsif ; son pouls était fréquent et irrégulier ; il avait alternativement froid et chaud, des vertiges, grande envie de dormir, sommeil trèsagité et interrompu. Tous ces phénomènes cessèrent le jour suivant, après avoir pris un émétique (39). Sil’aclion du gaz est continuée pendant quelque temps , ou que l’air qu’on inspire soit presque tout délétère, la respiration s’arrête immédiatement, ainsi que la circulation du sang. L'individu tombe asphyxié et meurt si l’on ne vient pas promptement à son secours. Le cadavre conserve long-temps sa chaleur naturelle et de la flexibilité dans les membres; il présente en outre une couleur violacée, rouge bleuâtre et est gonl’é; les yeux saillants comme chez les apoplectiques elles pendus. Le cœur est flasque , et chez les animaux , où il est permis de l’explorer immédiatement après la mort, il ne conserve plus la moindre
(39) Bibliot. brilanniq. scicnc. et ails, L Lvi, p. 183.
irritabilité. Les cavités droites sc trouvent remplies de sang coagulé, le système veineux est aussi enflé et rempli du même liquide. Les cavités gauches, au contraire, et les artères sont entièrement vides, les poumons engorgés et noirs; la surface du cerveau paraît injectée, ainsi que celle de la moelle épinière , comme chez les apoplectiques, avec cette différence pourtant que l’injection a lieu de préférence dans les sinus de la duremère.
Le traitement de celte espèce d’asphyxie consiste à transporter premièrement le malade à l’air libre, à le frictionner, à lui faire des aspersions d’eau froide, à lui présenter sous le nez de l’ammoniaque , des éthers , et à lui en administrer par la bouche. On doit continuer ces moyens avec persévérance , quoique pendant quelque temps ils paraissent infructueux. On sait qu’en persistant dans ces secours on est parvenu à rappeler à la vie des individus asphyxiés depuis plusieurs heures. Bourgeois nous assure èlre parvenu à sauver des individus qu’on avait cru sans ressource (40). Il est vraiment étonnant de voir la promptitude avec laquelle les asphyxiés par le gaz acide carbonique reprennent leur santé primitive lorsqu’ils ont été secourus de bonne heure ; mais malheureusement un très-grand nombre d’individus succombent tous les ans faute d’un prompt secours. Le plus grand danger est dans la propension au sommeil et dans l’impuissance au mouvement que le gaz produit , ce qui empêche l’individu de pressentir le danger qui le menace, et de s’aider par la fuite.
Arrêtons-nous un instant sur les effets du gaz acide carbonique et sur la question de savoir s’ils dépendent unique-, ment de l’irrespirabilité du gaz, et conséquemment de son action mécanique sur les poumons, action qui arrêterait la respiration par la diminution ou l’absence de l’oxygène , ce qui constituerait un simple effet négatif, ainsi que le prétendait Nyslen ; ou bien, s’ils dépendent d’une action positive, c’est-à-dire d'un véritable empoisonnement. Ne voulant pas nous engager ici dans une discussion qui serait trop longue, nous nous contenterons de déclarer que la seconde opinion nous paraît seule admissible dans
(40) Journal général do médecine, t- xcviii, p. 244.
ACIDE CARBONIQUE
l’état actuel de la science. Les autres gaz, irrespirables en elfet, et l’absence même
complète de l’oxygène, ne produisent pas la mort avec les mêmes phénomènes et la même promptitude que le gaz acide carbonique; ils ne produisent pas , en effet, cette stupeur, cette céphalalgie violente, cet assoupissement, et surtout ce tremblement et cette faiblesse dans les membres qui caractérisent constamment l’asphyxie par le gaz acide carbonique. L’asphyxie, en effet, par le simple manque d’oxygène, est accompagnée d'inquiétude générale, d’efforts violents, et d’une sorle de combat effrayant à voir; le diaphragme s’aplatit , s’abaisse convulsivement par les efforts violents qu’on fait pour respirer. Ainsi donc, les symptômes caractéristiques de l’asphyxie par le gaz acide carbonique supposent une action positive particulière et indépendante de son irrespirabilité. — Cette action positive est double , savoir : mécanique et dynamique. La première est irritante, ainsi que le sont plus ou moins toutes les vapeurs acides; elle est sensible seulement lorsque la quantité du gaz n’est pas suffisante pour produire l’asphyxie et que l’action dynamique a cessé. Alors une toux légère, un enrouement, l’angine même, se déclarent quelquefois. L’autre action est hyposlliénisante cardiaque au point d’éteindre entièrement le pouvoir contractile du cœur ou de l'affaiblir beaucoup. Celle-ci se manifeste lorsque le gaz vient en contact des vésicules pulmonaires, est absorbé, mêlé au sang, et porté au cœur, qui est frappé de paralysie; de sorte que si l’on faisait une respiration artificielle en introduisant, au moyen d'un soufflet du gaz acide carbonique dans les poumons, lu circulation s’arrêterait, et la mort s’en suivrait immédiatement. Que l’action dynamique soithyposthcnisanle, les phénomènes de langueur, d’insensibililé, de paralysie, qui se présentent les premiers, nous le prouvent; nous le prouve aussi la promptitude avec laquelle ils cessent sans laisser la moindre trace de leur apparition, ce qui n’est pas le propre de l’hypersthénie qui donne lieu à des résultats qui exigent un long traitement pour disparaître ; le prouvent également les moyens qui ont été trouvés efficaces dans ces cas, tels que l’ammoniaque et les éthers; le prouvent enfin les aulopsies cadavériques , qui ont démontré que la contractilité du cœur est promptement et entièrement éteinte, que
je côté gauche ou arlériçl de çel orgati.ç
est vide et flasque, le sang coagulé dans les veines et dans le cœur droit , que la couleur de la peau est bleuâtre, que les poumons et le cerveau sont engoués de sang veineux, que le système musculaire est relâché, que les membres sont pendant long temps flexibles, etc.
Ces faits ne sont pas les seuls qui prouvent l’action hyposthénisante du gaz acide carbonique. Introduit dans l’eslomac, ou bien développe dans ce viscère, le gaz acide carbonique reproduit une sensation de poids et de distension.
Bientôt après , on éprouve des rots et des flatuosités. La circulation s’abaisse de suile et se ralentit; on éprouve com me un commencement d’ivresse , une confusion dans les idées, des vertiges, et de la pesanteur à la tête. On éprouve en outre une grande envie d’uriner ; l’on urine effectivement souvent et en abondance. Si 1 estomac est vide, on éprouve un sentiment de défaillance, un engourdissement, une pesanteur dans les membres, au point de ne pouvoir marcher ni agir qu’avec beaucoup de fatigue. Si l’on prend quelques aliments , ces phénomènes disparaissent aussitôt, et cela d’autant plus promptement et plus complètement que 'l’on boit quelque peu de vin ou de 1 alcool. J e n’ai puisé la descripliou de ces phénomènes que sur moi-même, puisque, depuisdeux ans, j’ai expérimenté journellement et de différentes manières 1 influence du gaz acide carbonique des eaux de Recoaro. Je sais bien qu’on me dira que ces eaux contiennent plusieurs autres principes, indépendamment du gaz acide carbonique ; mais il est certain que les premiers effets qu’on éprouve après en avoir bu sont ceux du gaz acide carbonique. D’ailleurs, les autres principes qu’elles renferment ont une action analogue à la sienne. Ayant varié de mille manières mes expériences, soit par rapporta la quantité de gaz, soit par rapport aux époques de son emploi, soit enfin par rapporta l’état de l'atmosphère, je n’ai jamais pu douter un seul instant que le gaz acide carbonique ne soit un hypostliénisant cardiaco-vascùlaire. J'inviterai les personnes qui auraient une conviction différente à ce sujet, à prendre les eaux méphitiques ou celles de Recoaro à leurs repas ; elles verront si, quelques instants après, elles éprouvent les mêmes effets que quand on prend des substances excitantes, telles que le le vin ou le chocolat, ou bien plutôt de la faiblesse et une lassitude extrême. Jç
ACIDE CARBONIQUE
puis assurer qu’en buvant , une demiheure avant le dîner, un demi-kilogramme de ces eaux, mon pouls s’abaissait et se ralentissait de six à huit battements, et je ressentais une telle faiblesse dans les membres , que je pouvais à peine me traîner de mon cabinet dans ma salle à manger; et pourtant, tant par mon Age que par ma constitution , je suis habituellement assez vigoureux.
Je dois conséquemment être bien surpris de voir que les médecins regardent les eaux de Recoaro comme hypersthénisantes, ou, ainsi qu’on se plaît à le dire, toniques et corroborantes. Si cela était, je leur demanderais pourquoi ils les ordonnent aux malades, qui ne peuvent les tolérer, parce que, disent-ils, elles sont trop fortes ; et pour les faire tolérer, ils les font prendre avec du vin ! Ainsi donc le vin , d’après la pratique ordinaire, corrige , modère leur action excessive ! Quant à la force et à la vertu de ces eaux , considérées comme remède composé, nous en parlerons ailleurs. — L’opinion généralement adoptée que la bière rafraîchit nous confirme dans l’idée de l’action hyposthénisante du gaz acide carbonique qui se dégage en abondance de celte boisson. Le rafraîchissement produit par la bière n’est pourtant pas d’une longue durée, car l'alcool qu’elle renferme produit b son tour un efl’et plus durable et qui détruit le premier. — Un autre fait qui confirme aussi notre opinion est fourni par les vins mousseux, tels que ceux d’Apt , de Champagne et autres ; ces vins renferment plus ou moins d’alcool et beaucoup de gaz acide carbonique. Or, chacune de ces deux substances, donnée séparément, trouble les facultés intellectuelles ; mais données ensemble, comme dans le vin de Champagne, cet effet estbien moins prononcé.
C'est sur cela que sont basés tous les honneurs qu’on fait b ce vin. Si l'on réfléchit que l’alcool et le gaz acide carbonique jouissent d’une aclion opposée, c’est-àdire que l’un détruit les effets de l’autre jusqu’à un certain point, qu’à quantités égales l’énergie et la durée de l’action de l’alcool sont au-dessus de celle de l’acide carbonique, on comprend qu’ainsi compensés, leseffels céphaliques, détruits en partie, restent les effets spinaux qui sont propres à l’alcool ; de sorte que l’individu enivré par un vin mousseux (si toutefois il ne dépasse pas certaines limites) peut parler et raisonner sensément ; mais il marche comme un Ion,
r § y. Effets dans les maladies. — On ne croirait pas que le gaz acide carbonique , ennemi comme il l’est de la respiration, ait pu être employé précisément dans les maladies pulmonaires.
Pourtant, dans la phthisie, le gaz acide carbonique, inspiré avec l’air atmosphérique, a produit d’excellents effets , du moins si l’on en croit des observateurs dignes de foi, tels que Beddoès (3 9), Girtanner, Michry (40), Percival (4i), Hufeland (42), et plusieurs autres. Percival l’a aussi loué dans l’angine maligne, et Sundelin dans l’asthme sec (43). Les succès durables ou passagers obtenus par le gaz acide carbonique dans ces maladies ne peuvent s’expliquer autrement que par l’action hyposthénisante qui affaiblit la marche de la phlogose existant dans les poumons et dans les vaisseaux sanguins.— Quelques maladies du tube digestif sont traitées avec succès par le gaz acide carbonique, notamment celles qui sont le résultat des excès de table, d’une alimentation trop succulente ou irritante, et qui consistent dans une sorte d’engorgement, de pléthore , d’hyperstbénie ou de phlogose de l’estomac , même dans les cas où ces conditions morbides se déclarent sous la forme de dyspepsie , de faiblesse d’estomac , d’intolérance pour toutes sortes d’aliments , de sensibilité augmentée, et de vomissement. Dans ce dernier, surtout, l’énergie du gaz acide carbonique est telle, que Rivière s’est rendu célèbre par une potion qui porte son nom, et dont la vertu réside uniquement dans le gaz acide carbonique qu’elle dégage. Cette aclion n’est pas toujours anti-émétique, ainsi qu’on le croit communément, mais bien dans le seul cas où le vomissement dépend d’un excès de sensibilité ou d hypersthénie de l’organe. Si l’on administre, en effet, cette potion, après avoir pris, par exemple, du tartre émétique, on ne fait qu’augmenter et prolonger les vomissements. Quelques praticiens ont prescrit aussi avec
(59) Betracht. ub d. med. Gebr. d.
Kiiiist. Duftnr. üb. V. Zolli Kofifer.
Halle, 1796.
(40) Dissert, de acr. fixi insp. usu in phf. pulm. Gott., 1796.
(41) Samml. aus. Abh., etc., 2 Bd., p.
152; 5 Bd., p. 396; lO Bd., p. 205.
(42) Journal, etc., 1 Bd., p. 199; 3 Bd., p. 575.
(43) Speç. Ileilrn., I BJ,, p. 349,
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avantage le gaz acide carbonique dans les cnrdialgics, contre les hémorrlioïdes, con tre les coliques et autres affections dont le caractère inflammatoire ou hypersl lienique n’est point douteux (44). La propriété hyposlhénisante du gaz acide carbonique se montre surtout d’une manière évidente dans les maladies des reins et de la vessie, dont la nature est inflammatoire, comme dans la néphrite, dans la cystite, dans l’ischuric et dans la strangurie (46), dans les douleurs occasionnées par la présence des calculs ou de la gravelle (4 G). On parle aussi de l’administration du gaz acide carbonique pour faciliter la menstruation (47).
[(TV. d. Ivnd.) L’un de nous (M. Mojon)a été le premier h employer et à recommander le gaz acide carbonique pour combattre l’aménorrhée et les douleurs utérines qui précèdent et accompagnent l'évacuation menstruelle (Bulletin génér. de thérapeut. , décembre 1834. — Journ. des Sciences phys. et cliim., me année, p. 36). On trouve ce qui suit dans \& Revue me'c{ica/e(\83b) sur ce point de pratique : « M. Mojon considère legaz acide carbonique comme capable de jeter l’organisme dans un état de prostration et de torpeur, de relâcher les tissus phlogosés, enfin de tempérer pour ainsi dire la force de réaction que l’état inflammatoire donne à ces mêmes tissus.
Il considère en outre le gaz acide carbonique comme propre à diminuer dans le sang cette tendance plastique ou coagulable qu’il offre toujours dans une partie quelconque atteinte de phlogose. Celle idée a produit dans son application d'heureux résultats. » « Je pourrais, dit M. Mojon, citer ici nombre île cas dans lesquels j’ai eu à me louer des fumigations de ce gaz, dans la matrice, soit pour calmer les douleurs utérines , soit pour obtenir un flux menstruel normal, notamment dans les cas d'une menstruation dillici le, douloureuse, ou d’une phlegmasie chronique de l’utérus. » Aussi invite -t- il les praticiens
(■44) R i ch ter , Ausfuhr. arm., 4 Bd., p. 153.
(45) Wnrzer, Oberlaufer, Muséum der lleilk., 1 Bd. , p. 124.. 130.
(40) Ilu’me, lassai reinedy proposed for the reliefsof llic slone and gravel, elc. London, 1778.
(47) Richler, 1. c., et Bulletin général de thérapeutique, décembre 1834.
à l’expérimenter en toute confiance, nonseulement dans les coliques menstruelles périodiques , mais aussi dans plusieurs phlegmasies, telles que la cystite, les ophlhalmies , la mélrite et autres inflammations locales. I\I. Mojon considère le gaz acide carbonique comme un puissant remède conlro-sLimulani, ou, si l’on aime mieux, un excellent anti-phlogistique.On n’ignore pas que depuis nombre d'années les médecins anglais font usage du gaz acide carbonique dans le traitement de plusieurs maladies, mais sous un autre point de vue.
On donne ces fumigations, dans les cas de douleurs utérines, en introduisant dans le vagin l’extrémité libre d’une canule de gomme élastique , par laquelle passe le gaz acide carbonique, que l'on dég ige dans une fiole à l’aide d’un mélange de carbonate de chaux et d’acide sulfurique ou hydrochlorique affaibli. — On peutaussi, si l'on veut, s’abstenir de préparer le gaz acide carbonique au moyen des appareils ordinaires, en ayant recours k des vessies k robinet, pleines de ce gaz, auxquelles on adapte la canule précitée. L’on n’a besoin alors que d’ouvrir le robinet , et d’exercer une légère pression sur la vessie pour donner issue au gaz qui est ainsi porté dans le vagin par le tube de gomme éiastiq ue . L’observation du professeur .Mojon nous paraît très-digne d’occuper les praticiens. Nous savons qu’Ingenouz s’étant fait une plaie au doigt, éprouvait une vive douleurlorsqu’il l'exposaitau contact de l’air ou de l’oxygène ; mais il reconnut qu’en le plongeant dans le gaz acide carbonique, elle cessait bientôt après ; ce qui lui fit proposer ce gaz pour le traitement des plaies. — Bergmann avait aussi annoncé que les effets délétères dépendaient de ce qu’il détruisait toute irritabilité; enfin Cli a pial a constaté que les membres qu’on tient plongés pendant quelque temps dans ce gaz s’engoui dissent (48).]
Dans les fièvres putrides Bécu a obtenu quelques bons résultats de l’acide carbonique (49). Fouveray a loué l'eau surchargée de ce gaz acide, connue sous le nom de limonade g-zeuse, comme un excellent réfrigérant dans
(48) Journal des sciences physiques et chimiques, etc., rédigé par M. Julia de Fontenelle, année 1835.
(49) Anç. journ. de méd., vol. ixm, p. 492.
ACIDE CARBONIQUE
toutes les maladies inflammatoires (50).
— Nous ne nous arrêterons pas sur les merveilleux elVcls du gaz acide carbonique dans une longue série de maladies chroniques, parce qu’elles sont obscures et difficiles à bien caractériser, et que le remède n’a point été prescrit tout seul , mais bien combiné à d’autres substances qui se trouvent dans les eaux minérales acidulées et gazeuses que nous fournit la nature ou l’art. — Disons maintenant quelques mots de l’application extérieure du gaz acide carbonique. Dans quelques affections locales rhumatismales ou goutteuses, dans les dermatoses chroniques , Gellhaüs a trouvé fort utile l’emploi de ce remède (51). Dans les ophlhalmies Scorbutiques, on a dirigé sur l’oeil un courant de gaz acide Carbonique avec avantage (52). On est parvenu, au moyen de ce gaz, à corriger la mauvaise odeur des ulcères cancéreux, à améliorer leur suppuration , à calmer leurs douleurs (53). Dans le cancer utérin , Rozier trouva utile d’injecter fréquemment de i’air fixe dans ce viscère (54).
§ VL Appréciation de l'action , etc.
— A l'époque où je commençais la publication de cet ouvrage, je croyais, comme tout le monde, que le gaz acide carbonique était excitant ou tonique. Je m’aperçois aujourd'hui de mon erreur, l’expérience m’ayant appris qu’il est hyposthénisant cardiacd-vasculaire , et jè ne crains pas d’en faire l’aveu. J'étais tellement imbu de la croyance commune, qu’il m’a fallu beaucoup de temps, d’expériences, de méditation et d’étude pour me détromper. En parlaht de l’ammoniaque, et en rendant compte de son utilité dans lés asphyxies et dans les flatuosités produites par le gaz acide carbonique (65), j’àvais été obligé, {four ne pas nier les faits, d’attribuer à l;i forcé Chimique de l'ammoniaque ce qui dépend
(oO) Mérat et Delens, Drctio'nn., t; ii p. 90.
(51) Remorfc. ü, d. Mineralg. zu Ilofgeisenar, 1820.
(52) Grnefe, Repert. augenærtzl. Hcilf:,
(55) Ingenhoas-, Mi scella rien phÿs.
med., 1795, p. 155, 162.-
(51; Snmmlung ausérl. A b ban d.,- etc., t. m, p. 726.
(55) V. p. 52 de cé traité.
Giacomini.
en réalité de l’action hyposlliénisante dit gaz acide carbonique. Qu’on rie vienne pas ici me taxer de contradiction dans mes principes; il n’y a ici que l’effet du progrès naturel dans les connaissances, et la découverte d’une nouvelle vérité.
— Le gaz acide carbonique porte son action non-seulement sur le coeur et les vaisseaux sanguins , brais aussi sur l’appareil cérébro-spinal. De là l’épanouissement, l’engourdissement et l'insensibilité qu’il occasionne. Il faut pourtant, pour que ces phénomènes aient lieu, qu’il ait été pris à une certaine dose. Le ralentissement du pouls, cependant, et l’augmentation des Urines manquent rarement, même lorsque le remède a été donne à fort petites doses. — Les stases sanguines qu’on rencontre dans les cadavres des individus morts par l’action de ce gaz, notammeut dans le cerveau, dépendent, ainsi que nous l’avons déjà dit , dé l’arrêt de la circulation , arrêt qui commence dans lés cavités droites du cœur.
C’est une véritable stase passive que les anatomistes savent fort bien 'distinguer de la congestion active èt dé l’injection artérielle. Il serait possible que cet eugdueinent sanguin persistât même après que 1 action du j*&i acide carbonique est fcpiiiséè, et qüe la température vitale est remise en équilibré. Il serait aussi possible qù’urie fdiS i’équiiibrè vital établi, le sang Congestionné passivement deviérine une Causèdëstimulation excessive dahjS les tissus, èt provoque par là une Véritable inflammation. En coiiséquèncé, une fois qu on a combattu une asphyxié produite par le gaz acide carbonique, moyennant ies éthers ou l’ammoniaque, il ne serait pas surprenant qu’on vît paraître une céphalalgie oij tout autre phénomènë morbide qui exigé , pour dispàraîlre entièremèrit, l’usage lié moyens anti-phlogisfiques — Une chose importante à remarquer ici , c’est que l'action de ce gaz chez les individus pléthoriques pourrait indirectement devenir nuisible.
Chez eux, en effet, les congestions snngitinès sôift inévitables après l’àèlion très-fugace du gaz. En conséquence, chez ces sortes de sujets, on doit avoir pour règle de .^administrer le gaz acide carbonique qu après avoir diminué l’état pléthorique.
§ VII. Mode d’administration. — Sous forme de gaz, on peut 1 inspirer, ainsi que nous l’avons dit, dans quèlrfués maladies des poumons. A cet effet, oii lé mêle avec plus ou moins d’air atmos’pbé-