AZOTATE DE POTASSE
OU NITRATE DK POTASSE ( Nil f US pOlaSSœ).
§ I". Caractères physiques. — L’azotate de potassé, nitre, salpêtre, plus communément connu sous le nom de nitr ite de potasse , existe dans la nature rarement seul , souvent mêlé à l’azotate de chaux et de magnésie; il se rencontre dans quelques eaux minérales, près des vieilles habitations, des murs humides, des caves, des écuries, etc. Les salpêtriers en retirent beaucoup des vieux plairas provenant des maisons démolies. On le fait aussi artificiellement par la décomposition dis substances organiques et inorganiques. — Ce selc.-l blanc, rl une saveur fraîche, piquante, un peu amère, inodore. Il cristallise en longs prismes à six pans, terminés par des pyramides
parents et anhydres.
§ II. Notions chimiques. — Le nitre est composé d’acide azotique et d'oxide de potassium , à saturation parfaite. — L’air ne lui fait éprouver aucune altération, à moins qu’il ne soit très-humide ; alors ce sel en attire l'humidité et tombe en déliquescence. Au-dessous de la chaleur rouge il éprouve la fusion ignee.
L’eau froide en dissout une sixième partie de son poids ; l’eau bouillante en dissout le double, mais, par le refroidissement, elle en laisse précipiter la moitié.
§ III. Effets sur les animaux. — Alexander (56), Grogner (57), Smith (58), Orfila (59), et plusieurs autres, ont fait des expériences avec le sel de nitre sur les animaux. Ils se sont convaincus que ce sel abaisse les forces vitales du cœur et des artères , qu’il produit des tremblements, des frissons, de l’angoisse, l’immobilité, la paralysie et des lipothymies; quelquefois une surabondance d’urine , ou bien des purgations et des vomissements. A la dose de huit ou douze grammes (deux à trois gros), les chiens en meurent. Le cheval, d’après Iluzard (60), n’a éprouvé aucune évacuation ventrale par un demi-kilogramme (une livre) de ce sel ; mais il estmortlorsqu'on lui en a administré un kilogramme et demi (trois livres) . Quinze grammes (demi-once) de ce sel, appliqué par Smith à la cuisse d’un chien, lui donnèrent la mort en trente-six heures. Une solution de soixante grammes (deux onces), qui contenait une septième partie d’azotate de potasse, injectée dans les veines d’un chien par Fr. Petit, occasionna des convulsions et la mort.
Huit grammes (deux gros) de cette même solution , chez un autre chien , causa la mort sans convulsions (61). Smith pourtant observa que trente centigrammes introduits dans les veines suffisent pour donner la mort. Quant aux lésions cadavériques, les anatomistes ne sont pas d’accord ; les uns assurent n’en avoir pas
(50) Med. F.rfnbr. u. vers. 1775, p. 70.
(57) Journal de médecine de Leroux, t. xix, p. 154.
(58) Diss. sur l’usage et l’abus des caustiques. Paris, 1815.
(59) Toxicologie, t. i, p. 192.
(00) Ancien journal de médecine, t.
txxiv, p. 248.
(01) Lettres d’un médecin des hôpitaux du roi, 1710, p. 22,
observé la moindre trace , les autres disent avoir remarqué des phlogoses et plusieurs altérations plus graves à l’estomac. Fodéré et Orfila placent le nitre, ainsi qu’on devait s’y attendre, parmi les poisons âcres ou corrosifs , qui agissent d’abord sur la membrane muqueuse gastro-intestinale en l'enflammant , en la corrodant, en la perçant, et ensuite sur les nerfs en les stupéfiant. Nous verrons par la suite quelle valeur on peut accorder à leurs enseignements, et surtout quelle confiance on peut avoir dans les contre-poisons qu’ils proposent.
§ IV. Effet chez l'homme bien portant. — Il est aisé de se convaincre que les doses modérées de sel de nitre prises à jeun font naître un besoin vif de prendre des aliments, et par les doses un peu élevées le pouls s’abaisse, et se ralentit, on éprouve des frissons généraux ; la figure devient pâle et abattue, elle se couvre de sueur; l’urine devient abondante.
A des doses plus élevées on observe des frissons répétés, des vomissements et des symptômes cholériques. A ces symptômes s’associent souvent des douleurs ventrales, des spasmes, des convulsions, un obscurcissement dans la vue, des défaillances, le pouls devient intermittent, petit et lent. Par l’usage de ce sel Geiseler dit avoir observé une sorte de cécité de courte durée, la perte de la parole, et la paralysie de la colonne vertébrale (62). Olston a vu l’usage long-temps continué du nitre produire la paralysie d’un bras (63). Il existe, d’ailleurs, un nombre infini d’exemples de morts occasionnées par les doses élevées de cette substance. Comparetti rapporte un cas de mort arrivé dans notre hôpital de Padoue , par suite de l’administration de trente grammes (une once) de nitre, dans l’espace de dix heures. La même dose a aussi produit la mort d'un autre individu dont parle Sonville (64). L’individu dout parle Laffize mourut en trois heures, pour en avoir pris soixante grammes (deux onces), dans soixante grammes (deux onces) de sirop de pomme. Un enfant, dont parle Gmelin, a succombé à l’action de vingt quatre grammes (six gros) de nitre mêlés à
(f>2) Ilufcland’s Journal, 57 fid., 1 s!., p. 124.
(f>3) J. -F. Gmelin, App. med., tom. i, p. t!8.
(04) Ancien Journal de médecine , 1787, t. Lxxiu, p. 19.