TARTRE ST1B1É
( TarlaruS emeticus. )
TARTRATE DE POTASSR ET DE PROTOX1DK
d’antimoine.
§ I °T. Curartères. physiques. — Le tartre slibié a élé découvert, à ce qu’on prétend, par Adrien Mynsicht en 103 t ; il l’a appelé tartre émétique (a). D’autres
(n) Puisque l’auteur indique l'origine du nom tartre émétique, nous croyons devoir rappeler ici col le anecdote curiem e sur l’origine tlo raiiiimoiuc , et qui se trouve consignée dans plusieurs livres.
On prétend que Valentin Uasilc, chimiste
25» antimônhdï.
1 ont nomme larlre stibie, antimoine tartarisé, tarlrite antimonié de potasse, enfin proto-tarlrate d'antimoine et de potassium. C'est un sel très-dur, en petits cristaux, octaèdres ou tétraèdres allongés, transparents, d’un beau blanc, inodores et d’une saveur âpre, métallique, nauséabonde. Exposé à l’air, il s’efïleurit un peu et se réduit facilement en poudre.
De plus amples détails sur les caractères physiques de ce sel d’antimoine seraient ici déplacés.
§ II. Notions chimiques. — Le tartre stibie. est composé d’acide lartarique, de protoxide d’antimoine et de deutoxide de potassium , le tout lié avec de l’eau de cristallisation, ce qui en forme un sel triple. Cent parties d’eau bouillante en dissolvent cinquante trois parties, tandis que la même quantité d’eau froide n’en dissout que sept parties. — Le tartre stibié est souvent falsifié avec du sulfate de potasse , ce qu’on peut reconnaître aisément par les hydrosulfates solubles et autres sels qui, en le décomposant, ne donnent pas tout le précipité qu’on doit en attendre comme quand il est pur.
Plusieurs autres substances décomposent la solution de tartre émétique , le souscarbonate de soude, les décoctions des écorces végétales, des racines amères et astringentes , lesquelles produisent un précipité jaune- rougeâtre. L’infusion de noix de galle y fait naître un abondant précipité caiilebolté, blanc grisâtre, qui contient de l’oxide d’antimoine. Quoique Laennec, Rayer et autres soient d’opinion que le tartre stibié décomposé par ces solutions ne perde pas de son activité thérapeutique , il ne convient
et moine bénédictin du quinzième siècle dans le couvent d’Erfurt, ayant jeté dans la cour de son laboratoire le capiit mortuum d’une préparation contenant une petite quantité d’antimoine , observa que des cochons qui 1 avaient avalé ne tardèrent pas à ressentir reflet émélicopurgatif de ce mélange. Ils maigrirent pendant quelques jours ; mais, par la suite, ilsengraissèrent considérablement.
On prétend que ce moine chimiste voulut utiliser son observation en essayant la même préparation sur plusieurs moines que le jeûne et les mortifications avaient considérablement amaigris. Il leur adminislra dansleurs mets un peu du nouveau remède ; mais ils s’en trouvèrent fort mal, et plusieurs en moururent. Do là le nom il’uniinioine. (iY, d. Intel.)
pourtant pas de l’associer avec elles dans les usages de la médecine.
§ 111. Effets sur les animaux. — Les personnes qui ont expérimenté le tartre stibie sur les animaux ont borné leur observation à son effet émétique; souvent cependant cette action a manqué complètement. Leurs expériences néanmoins ne sont pas sans importance pour la science, il s’agit seulement de le bien comprendre. — Daubenlon , Gilbert et lluzard n’ont jamais pu obtenir le vomissement chez les ruminants avec le tartre stibié. On pourrait à la rigueur attribuer cette circonstance à la disposition particulière de l’appareil gastrique de ces animaux; néanmoins, il ne faut pas croire que le tartre stibié n’ait sur les ruminants aucun effet constitutionnel.
Daubenton observa des symptômes fort graves chez les moutons auxquels il avait administré l’émétique à haute dose.
M. Flourens n’a pu non plus produire de vomissement, quoiqu’il l’eût injecté dans la veine jugulaire; il crut seulement avoir observé que les animaux offraient, avec des phénomènes d’empoisonnement, quelques efforts pour vomir.
Schéel, de Copenhague , injecta dans la veine jugulaire d’un cheval soixante centigrammes (douze grains) de tartre stibié dissous dans quatre-vingt-dix grammes (trois onces) d’eau; l’animal a offert de l’agitation, de l'élévation dans le pouls, des tremblements et des spasmes dans les muscles abdominaux , mais point de vomissement (l). On pourrait aussi faire valoir dans ce cas la grande difficulté qu’éprouve le cheval pour vomir ; mais on ne peuten dire autant des chiens, chez lesquels, comme on sait, le vomissement est très-facile. Avec de petites doses on obtient ordinairement chez eux ce symptôme , mais presque jamais avec des fortes doses. Si les doses sont fortes, on produit des phénomènes graves d’un autre genre. J’ai eu occasion de m’en assurer sur de jeunes chiens que j’avais soumis à des expériences pendant l’année 1825. On obtient des vomissements chez les chiens avec cinq, dix , quinze centigrammes (un à trois grains), mais pas audelà. En élevant la dose graduellement jusqu'à soixante centigrammes à la fois (12 grains), je n’ai obtenu que rarement le vomissement ; lorsque j'en ai donné
(I) Annal, univ. di medic. di OniodeL
ANTIMONIAUX.'
un gramme environ (vingt grains) , le chien fut sur le point de crever , mais il n’avait ni des vomissements, ni même des nausées. — Quelles que soient les conséquences qu’on ait voulu tirer de ces expériences, il est important de noter que d’autres expérimentateurs ont toujours obtenu les mêmes effets. Krimer a introduit vingt centigrammes (quatre grains) de tartre stibié en poudre dans une blessure cutanée chez plusieurs chiens. Le vomissement qu’il en attendait n’eut pas lieu ; une grosse pustule se manifesta seulement sur la blessure, qui suppura bientôt après, et rendit malades ces animaux pendant quinze jours.
Il pratiqua sur d’autres chiens une blessure plus profonde dans l’intention d’arriver au contact (ainsi qu’il dit) des vaisseaux sanguins. Il n’a pas obtenu de pustules, mais les animaux éprouvèrent, les uns quelques dispositions au vomissement, les autres pas, mais tous moururent. De ces expériences , Krimer déduit que ce sel d’antimoine exerce chez les chiens une action moins forte lorsqu’il fait vomir; mais si le vomissement n’a pas lieu , il lue à l’instar des poisons. Il prétend en outre que la mort arrive par suffocation. Nous reviendrons sur ce sujet (2).
D’après M. Magendie on peut administrer le tartre stibié aux chiens adultes jusqu’à la dose d’un gros (quatre grammes) sans occasionner d’effets graves.
Probablement ce professeur a voulu dire sans vomissements , abstraction faite de rabattement excessif, des^ tremblements dans tout le système musculaire, de la lenteur dans le pouls, et des autres phénomènes hyposlhénisants. Effectivement M. Magendie convient lui-même qu’en augmentant la dose il en résulte des symplômes fort graves , et même la mort. Cet auteur s’est assuré expérimentdement que le tartre stibié injecté dans les veines , ou mis en contact d’une surface absorbante, donne lieu à des vomissements et à des évacuations ventrales , comme s’il eût été donné par la bouche. Il ajoute que lorsque cette substance est administrée à dose mortelle, les cadavres offrent quelque trace de phlogose sur la muqueuse gastrique et dans le parenchyme des poumons. En cela, les observations de M. Magendie ne s’accordent
(2) Horns, Arçbiy. fur mediç, Erfgiir., 5 llcft,
guère avec celles d’autres expérimentateurs. Nous démontrerons bientôt qu’il s’est probablement trompé dans l’appréciation des faits. Effectivement, M. Magendie avait fait lier l’œsophage à ses chiens dans le but de prévenir l’expulsion de l’émétique. Or, qui nous assure que l’inflammation de -Peslomac et dés poumons ne fût plutôt le résultat de celle opération que de l’action du tartre stibié? D’ailleurs , il convient lui-même que l’action délétère de ce sel est d’autant plus légère , que les vomissements sont plus fréquents et plus répétés, et que la mort n’était due qu’à l’absorption du médicament et à son mélange avec le sang (3).
M. Rayer, qui a répété les çxpériences de M. Magendie, n’a pourtant pas observé sur les lapins l’inflammation de l’estomac ni des intestins, ni la moindre trace d’inflammation dans les poumons ; d’où M. Rayer a conclu que cette substance ôte la vie sans laisser de trace visible de son action. Il a pu lui aussi vérifier notre observation, savoir que le tarlre stibié occasion ne d’au tant moins le vomissement que la dose est plus forte (4). Brodie a étudié lui aussi les effets du tartre émétique, et il lésa décrits mieux que personne. En l’appliquant sur une plaie , il a obtenu quelquefois le vomissement , mais pas toujours. Il observa en outre qu’il peut causer la paralysie, la somnolence, l’insensibilité absolue; que le pouls s’affaiblit. Il a noté en outre un phénomène fort important ; savoir : que le cœur continue à battre , même après la cessation du pouls , et que l’animal semblait mort en apparence. L’animal soumis à ces expériences éprouve des angoisses, pendant un temps plus ou moins long, avant de mourir. Les autopsies lui ont montré presque constamment l’estomac sain ; s’il se trouva quelquefois phlogosé , cette altération n’avait jamais gagné les intestins. De tout cela , Brodie déduit que le tartre stibié agit par son absorption et exerce une action sédative sur le cœur et sur le cerveau (5). Nous
(5) De l’influence de l’émétique sue l’homme et les animaux, 1815.
(4) Omodei , Annal, univ. di med. , fcbbrajo 1854, p. 542.
(5) Eurther, Experiments and observât, on lhe action of poison on tlie animal System. Phil, transaçt., for. 1812, v. Cu. p. 205,