ANTIMONIAUX
mentionnerons en dernier lieu une autre expérience de Krimer, qui, ayant réduit plusieurs cbiens au plus haut degré d’abattement nerveux par le moyen de l’acide hydrocyanique , introduisit dans leur estomac quinze centigrammes de tartre émétique (l rois grains); il n’en obtint point de vomissement (G). — Des effets analogues ont élé observés dans des expériences comparatives faites avec le tartre slibié et l’eau cohobée de laurier-cerise. Voyant que celte eau arrêtait le vomissement du tartre émétique , on en avait conclu mal à propos qu’elle avait une action opposée à celle de ce dernier, sans réfléchir que la cessation du vomissement donnait lieu à des phénomènes bien plus graves et hâtait le moment de la mort.
De tous ces faits , nous sommes autorisés à conclure :
1° Que le tartre stibié ne produit pas toujours le vomissement chez les animaux ;
2° Que le vomissement n’a lieu que lorsqu’on l’administre à petites doses, encore cet effet peut il manquer si l’animal se trouve dans un état très-prononcé d’hyposthénie ;
3° Que les fortes doses de tartre slibié donnent lieu à des effets bien autrement graves que le vomissement ; elles causent la mort à l’instar des poisons émétiques ;
4° Que ces effets sont analogues à ceux des remèdes hyposlliénisants les mieux connus;
5° Que le plus souvent le tartre stibié ne laisse aucune trace de son action sur le cadavre, et que les rougeurs, les phlogoses, qu’on a parfois observées, étaient trop légères pour expliquer la mort rapide de l’animal.
§ IV. Effets chez l’homme bien portant. — Les effets du tartre stibié chez l'homme en santé sont variables selon la dose. Un centigramme (un cinquième de grain) donne lieu ordinairement à des sueurs légères générales; à la dose de deux et même de trois centigrammes (un tiers de grain, lin demi-grain), il fait suer copieusement , ou bien il produit des évacuations alvines. De cinq à .quinze centigrammes (d’un à trois grains), il C iuse des nausées , des frissons , de la pâleur, des vertiges, la salivation; des
(6) llorns, Arçlùv. fur medic. Erfulir., 3 lld't.
vomissements répétés, violents, avec sueur au front, obscurcissement de la vue , tremblements involontaires dans la mâchoire inférieure. C’est ce qui a lieu dans le plus grand nombre des cas ; cependant l'action du tartre slibié peut varier singulièrement en intensité selon les individus. Il est prouvé, d'ailleurs, par l’observation journalière, que le tartre stibié , à la dose de plus de quinze centigrammes à la fois (trois grains), ne produit presque jamais le vomissement.
J’ai eu occasion de me convaincre de ce fait, il y a deux ans, lorsqu’un de mes amis , qui était menacé d'une urétr ite , eut recours à un pharmacien pour avoir un gramme (un scrupule) de nitre qu’il prit dans un liquide. Par malheur, au lieu de nitre, on lui avait donné par mégarde du tartre stibié. La méprise a été vérifiée par l’aveu même du pharmacien. Dix minutes après, il commença à éprouver un tremblement dans les jambes, des vertiges et des frissons par tout le corps. INe pouvant plus se tenir debout et sentant sa vue s’obscurcir, il se mit au lit et perdit aussitôt connaissance. U n’y avait pas une demi-heure qu’iL était dans cet état lorsque je fus appelé. Une sueur froide coulait de. son front ; les mains aussi étaient humides de sueur et froides ; la figure pâle, ahatlue ; le nez effilé et les lèvres livides ; le pouls à peine perceptible, tantôt lent, tantôt frequent. Pendant qu’on était allé chercher du laudanum liquide que j’aVais prescrit, qu on prépara des draps chauds pour le frictionner, et qu’on le déshabillait, il reprit connaissance. Une demi-heure après, moyennant les secours sus-indiqués , il ne se plaignait plus que d’un sentiment de lassitude et de froid. Il cracha quelque peu de salive et il urina abondamment; mais il n'eut ni vomissement, ni aucune évacuation ventrale de toute la journée. Le soir, étant au lit, il soupa avec appétit. Due circonstance digne de remarque, c’est que Purélritc commençante dont il se plaignait avorta complètement. Ce seul fait ne m’autoriserait pas à conclure que les hautes doses de tartre émétique ne produisent pas le vomissement, si une foule d’expériences sur les animaux ne m’eussent confirmé dans celle vérité, cl si des faits analogues n'avaie lit pas élé observés par d’autres praticiens ; si Pescliier, Laenriec , Trousseau, li allier et d’autres médecins français , dont nous parlerons bientôt , n’eussent observé le même phénomène chez des con-
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valescents auxquels ils avaient administré du tartre stibié à haute dose , et si M or ça p ni lui-même ne se fût assuré du même fait (7), et si enfin les empoisonnements véritables suivis de mort n'eussent été produits parle tartre stibié, sans le moindre vomissement, comme dans le cas dont parle Bertrand, dans son Manuel médico-légal, et dans celui qu’a publié Desgranges (8). Il est pourtant vrai de dire que même les fortes doses de ce remède ont quelquefois été suivies de vomissements ; Lebreton père observa une personne qui avait pris en une seule fois V4 grammes (6 gros) de tartre émétique, et qui, les ayant vomis presque immédiatement, n’en ressentit aucun mauvais effet (9). On observe aussi le vomissement par l’ingestion de 15 à 20 centigrammes (3 à 4 grains) donnés en une fois, pourvu qu’ils soient dissous dans beaucoup de véhicule. Le vomissement a lieu presque toujours une ou deux fois dans le principe, lorsqu’on l’administre, même à forte dose, mais par cuillerées plus ou moins éloignées. Ces faits, loin de combattre notre principe, le fortifient, puisqu’on sait déjà qu’à petite dose, et conséquemment à une action médiocre, le tartre émétique produit le vomissement, tandis qu’à haute dose ce résultat n’arrive pas ; nous avons déjà dit pourquoi. Or, qui ignore que le premier effet, l’effet instantané de ce remède , même à forte dose , doit être peu sensible, modéré, propre enfin à produire les conditions du vomissement ? Voilà pourquoi les 24 grammes de ce remède, dont nous avons parlé, purent être vomis immédiatement, c’est-à-dire aussitôt que l'action commençait à se faire sentir dans l’économie. 11 est pourtant très-rare que l’action successive et plus prononcée excite le vomissement; elle donne généralement lieu aux effets que nous avons indiqués. Parla même raison, le vomissement peut se déclarer si le remède est dissous dans une erande quantité de liquide, car alors l’action se manifeste dès le commencement d'une manière plus faible. Par la même raison enfin, les doses répétées, encore bien qu’elles soient Irès-tortes au total, provoquent
(7) De sedibus et caus. inorb. , epist.
(8) Annal, cliniq. de Montpell., t. xliv
(9) Orfila, ToxiçoL, 1. 1, p, 472.
le vomissement dans le principe, c’està-dire tant que l’action générale est encore légère. Pour arrêter ce vomissement, il n’y a rien de mieux que de continuer, et de bâter l’administration du tartre stibié ; on augmente ainsi son action générale. 11 n’est donc pas exact de dire, ainsi qu’on l’a avancé, que la tolérance n’était pas encore établie lorsqu’on administrait les premières doses, que le remède était souvent vomi; mais bien parce que l’action ne peut se prononcer dans l’instant même de l’administration, et les premières portions que l’on introduit dans l’estomac sont précisément dans la proportion nécessaire pour déterminer le vomissement. Ces phénomènes seront mieux compris lorsque nous parlerons du dialhésisrne rasorien.
Quelle que soit la voie par laquelle le tartre stibié entre dans l'assimilation, il donne toujours lieu aux mêmes résultats, c’est-à-dire à des sueurs, si son action est légère, à des évacuations ventrales, et à des vomissements, si elle est un peu plus forte; à une hyposthénie générale enfin , si cette action est encore plus élevée. On obtient ces résultats, soit en l’injectant dans les veines, soit en l’introduisant par absorption endermique, soit enfin par les voies gastriques.
Fontana, Lieberkiihn, Losëke, Koliler
(10), Knops (11), Magendie et Dupuy (12), et autres, ayant injecté le tartre émétique dans les veines, 5 petites doses, ont obtenu le vomissement , et ils ont noté qu’il agit par cette voie bien plus promptement que par la bouche.
Appliqué sur la peau en solution aqueuse, il occasionne assez souvent des nausées et même des vomissements. Plusieurs personnes ont observé ce fait, entre autres Gendrin (13). Hutchinson et Lettsom, ayant plongé plusieurs fois les mains dans une solution de tartre stibié, éprouvèrent un sommeil profond, comme s’ils eussent pris ce qu’ils appellent un narcotique (14). La pommade stibiée, si
(10) Sclimuckcr, Verrnischf. Scbrifl. ,