‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 80 sur 168 · LICHEN D’ISLANDE · texte numérisé non relu

LICHEN D’ISLANDE

[Lichen islanclicus.)

§ Ier. Caractères physiques. — Plante de la cryptogamie qu’on trouve abon-

(92) Gazelle méd., n. i, 1830.

(93) Oinodci, Ann. univers, do méd., Febbr., 1850.

(94) Gaz. méd. 3 sept. 1831.

(95) Omodci, Ann. univ., juillet 1834, p. 575.

(96) Trans. méd., juillet 1831, p. 88.

(97) Gazette médicale, n. 1, 1850, et n. 59 du même journal, 1853.

(98) Mediz. Jahrb. des asterr. Staat, 1834. — Magendie, Formulaire, 9e édit., 1836, p, 413.

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dammcnt en Islande ; de là son nom de lichen , de mousse cathartique (F Islande ( physcia ou cctronia islandicd).

On en rencontre aussi dans les régions septentrionales et continentales de l’Europe, en Suisse et du côté nord des Apennins, etc. 11 croît sur les terrains arides et pierreux sous la forme de touffes droites de six à huit centimètres de hauteur. Les feuilles de ce lichen sont coriaces , relevées , cannelées sur leurs bords , de couleur fauve ou brun-claire ; elles offrent aussi dans une partie de l’année' des taches blanches farineuses à leur surface. Cette espèce de lichen est inodore ; sa saveur offre une amertume analogue à celle du quinquina.

§ II. Notions chimiques. — Macéré dans l’eau froide , le lichen se gonfle et prend un aspect luisant gélatineux ; il lui cède une partie de son principe amer et un peu de son mucilage. Dans l’eau chaude il se dissout presque entièrement , et on obtient par le refroidissement une gelée fort estimée. Westring est parvenu , au moyen des alcalis , à séparer le principe du lichen. D’après l’analyse qu’en a faite Berzelius, le lichen est formé de sirop môle d’un peu d'extractif et de sel végétal, 1,5; principe amer, 0,1 ; extractif soluble dans l’eau, mêlé de sels à base de chaux, 0,58 ; extractif soluble dans le carbonate de potasse, 2,82; substance coagulable analogue à la gélatine, 20,23; gomme formée par l’ébullition, 0,49; squelette féculacé insoluble, 1 4,00. — Herberger croit que le principe amer du lichen est une substanceqiarticulière sub-alcaloïdée qu’il a nommée cctrarine. Elle est presque incolore , d’une saveur très-amère , peu soluble dans l’eau et dans l’alcool à froid. C’est peut-être dans cette substance que réside le principe thérapeutique du lichen.

§ III. Effets chez les animaux. — - Scopoli rapporte que dans la Carniole on engraisse les cochons avec le lichen , et qu’on conduit les chevaux et les boeufs amaigris par la fatigue ou la maladie à paître au milieu des lichens; il assure qu’en peu de temps ces animaux reprennent leurs forces et leur embonpoint (99). On sait que les Lapons doivent en partie la conservation de leur bétail au lichen. Leurs terres sans verdure se-

(99) Ann. hist. natur., t. îi. p. 111. — Diçt, çlass. d'hist. nat., art. Lichens.

raient bientôt sans animaux si les rennes ne mangeaient les lichens en les cherchant instinctivement sous la neige.

§ IV. Effets sur l'homme bien portant. — Dans les pays du nord, notamment en Islande où les céréales et autres substances végétales sont fort rares , le lichen sert en partie d’aliment aux hommes (100). D'après l’observation de Peterson , les Norvégiens qui se nourrissent de préférence de lichen sont moins sujets à l’éléphanliasis que ceux qui ne mangent que du poisson. Les enfants pourtant refusent le lait des nourrices qui s’alimentent de ce cryptogame , à -causé de l’amertume qu’il contracte (1). Quoique Olafscn (2) et Proust (3) vantent beaucoup la propriété nutritive des lichens, il est pourtant bien avéré que les habitants des zones glaciales les échangeraient volontiers avec la plus faible de nos céréales. Ils ne les mangent, du reste , jamais seuls, mais combinés à quelques farines ou dan3 du lait. Ils lavent le lichen, le font bouillir, l’écumentpourlui ôter son amertume (4). Malgré cette manipulation, ils en éprouvent souvent des évacuations alvines; de là son nom de mousse cathartique (5).

Thom. Bartholin reconnut lui aussi la qualité purgative de la décoction de lichen (6), et Linné prescrit à cet effet de jeter la première eau dans laquelle il a macéré afin d’utiliser sa propriété nutritive (7).

(Note cl. trad.) [La meilleure manière d’enlever le principe amer au lichen , c’est de verser dans l’eau où il se trouve en macération à froid un peu de carbonate de potasse ou de soude. Suivant Berzelius, on arrive à ce résultat en versant sur cinq cents grammes de lichen divisé huit kilogrammes d’eau et quatre kilogrammes d’une lessive contenant trente-deux grammes environ de carbonate de potasse. On laisse ce mélange pendant vingt-quatre heures, en le remuant de temps en temps; on decante ensuite la liqueur, on exprime le lichen,

(100) Borrichius, Acta mcd. et phil.

Ilafn., 1073, vol. i, p. 120.

(1) lvœlpin, l’akav, B. nord. Baytr. - Bd., p. 543.

(2) Reîse durcli Islond., 1 Bd., p. 80. (5) Journ. de physiq., t* lxxiii, p. 81.

(4) Olafsen , cil.

(5) Borrichius, cit.

(6) Mccfic. dan. doraestte.

(7) Flora Sweci.j p> 413.

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on le lave deux ou trois fois et on le met à sécher. — Les religieux d’un couvent qui existe en Sibérie confectionnent une excellente bière avec du lichen qu’ils emploient à la place du houblon. Kessel rapporte que les habitants de l’KsIavonie font leur pain avec la poudre de lichen mêlée à de la farine de blé; ils retirent aussi du lichen d’Islande un gruau qu’ils mettent dans leur potage.]

Le lichen d’Islande peut donc être envisagé sous un double point de vue :

comme aliment, par sa vertu nutritive qui réside dans sa fécule; et comme agent thérapeutique, à cause d’autres principes et d’autres propriétés. Quoique les auteurs ne considèrent pas à part ces deux qualités et qu’ils accordent plus de valeur à la faculté nutritive, nous devons les disjoindre et nous arrêter principalement à la seconde. D’autant plus que la qualité nutritive, ne peut changer par elle-même la manière d’être de l’organisme (à moins qu’il ne soit pris en trop grande quantité), et qu’étant comparée à sa véritable action médicinale, elle est si peu de chose, que les médecins devraient la négliger.

§ V- Effets dans les maladies. — Le liclien a toujours été en grande considération en Islande et dans le Groenland pour combattre la phthisie la plus grave. C’est de ces pays que les médecins des autres contrées ont appris à traiter la phthisie, l’hémoptysie, la toux, le marasme avec le lichen. Mais ce remède éprouva lui aussi le sort de tous ceux qu on vante trop, car il tomba dans 1 oubli. Scopoli est parvenu à le remettre en vogue. Actuellement, s’il n’est plus eu grande réputation, il est du moins assez souvent prescrit. On voit de temps en temps dans les journaux des cas de phthisie guéris à J’aide du lichen; mais la pluralité des médecins ne ie prescrit ordinairement que dans la seule intention d aider la nutrition des poitrinaires, aussi le donne-t-on le plus souvent en combinaison d’autres remèdes. La routine de prescrire le lichen aux poitrinaires et aux sujets atteints de marasme est devenue si générale, que nous croyons pouvoir nous passer d’insister sur ce point. — Plusieurs aufres maladies qui menacent la poitrine, telles que Ja et la rougeole, ont été traitées avec le lichen par Schonheider (4*) et

(4) Collect. Hafn., vol. i, p. 129.

Giacomini.

par Herz (V), la pleurésie et la fausse péripneumonie par Sloll (G*), les ulcères avec suppuration dans les reins par Quai-in (7*). les plaies de la matrice par Mohrenheim (8). — En Islande, ôn arrête la diarrhée avec le lichen (9); plusieurs Médecins s'en sont bien Irouvés contre la diarrhée épidémique (10) et Conlrc la dysenterie (il). — Le lichen a été aussi vanté contré le rachitisme par Mygiml (12); Hjarhe (13) et Schoriheider (14) le préconisèrent contre le scorbut; Dufour et Marie J?àint‘-Ursih le proposèrent comme remède succédané du quinquina (15); enfin, le lichen a été aussi employé dernièrement à l'extérieur sous formé dé gelée par Iieinze dans les ulcères fistuleui (16).

§ VI. Appréciation de l'âclion. — En réfléchissant autrefois à l’effet du lichen dans la guérison de toutes ces maladies , j’avais déjà commencé à douter de l’exactitude des idées que les pharmacologues enseignaient concernant l’action de cette plante. J’avais pensé qu’il devait avoir des propriétés bien plus importantes que celle d’être simplement alimentaire, et que le principe runèr qii on rejette ordinairement devait avoir line action hypdsthénisanle vasculail'c. Alissi ai-je exhorté les pharmaciens de ma connaissance à ne pas le laver diaprés leur habitude. Je l’ai administré sous forme de tisane dans les arlérites chroniques, et j’ai pu reconnaître dans ce remède une action trèsenergique. Dans iihé artéro-pnéumonile que, d’après l’insjjcction dès crachats, je croyais êli-e passée éii sujjpilrâlion , j'ai obtenu par la seule action du iiclièü à haute dosé une guérison inespérée.

(5*) Bi-iefe an Aei-zte, 2 Bd., p. 79.

(6*) Rat. medëndi, P. i, p. 209.— Régnault, Observ. on pulmony, eic., or an lissay on the lichen Island.

(7*) Melli. med. inll., p. 209.

(8) Brob. ebir. vorf., vol. n, p. 133 (0) OJafsen, oit, .

(10) Tromsdorff, Diss. de Üch. island.

p. 17. — Paulizhy, U’obaclit., 2Sàmml.j p. 9-1. Hoffmann, Deiichen usu.sect. j.

(lt) Tromsdorff, Diss. cit. — Ilerz, cit . p. 81. *

(12) Scopoli, cit., an h. 1, p. 115.

(13) Ibid.

(14) Cité.

(In) Gazelle do santé, 1808, n. i9.

(IB) AfçH- f. Sc/iles. , 2 Bd.:

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Dans cette occasion, j’ai eu à remarquer que le lichen donné à forte dose abaisse notablement le pouls, rend la tète lourde et engourdie, et augmente les évacuations alvines. Je me suis expliqué alors les prétendus miracles que certains auteurs attribuaient au lichen dans les cas de phthisie, et j’ai cru, comme je le crois encore, qu’il n'était question dans leurs récits que d’artéro-bronchitcs ou de pneumo-artérites chroniques non encore passées à un état d’altération organique bien prononcée. Que si de nos jours les guérisons à l’aide du lichen sont devenues beaucoup plus rares, c’est que beaucoup de praticiens, après avoir prononcé le mot fatal de phthisie , ne se soucient point de connaîlre quelle est, des nombreuses conditions morbides désignées sous ce nom abstrait, celle qui serait susceplible de guérison , et qu’ils n’administrent le lichen qu’à petite dose et comme un accessoire du traitement; et, ce qui plus est , dépouillé de presque tout son principe actif. — Les autres affections dont nous avons parlé, et dans lesquelles l’expérience fit voir l’utilité du lichen , viennent à l’appui de son action hyposlhénisante vasculaire, qu’on a avec raison assimilée à celle du quinquina. Il y a pourtant une différence à noter concernant l’action de ces deux remèdes, c’est que le lichen modifie sans doute les extrémités artérielles et veineuses; mais en comparaison du quinquina, cette action est plus lente et graduée, quoique plus permanente et plus profonde. De sorte que , dans les artérites chroniques , accompagnées de paroxysmes légers et de courte durée, la combinaison du lichen avec le quinquina ou avec la quinine produit de meilleurs effets. Où est-elle donc la merveilleuse facullé nutritive du lichen dont parlent les auteurs? Pour les convaincre de leur erreur, je voudrais pouvoir les obliger à vivre pendant quelques jours de lichen d’Islande, à la dose de quinze grammes par jour en décoction , ainsi qu’ils le prescrivent à leurs malades. Ce n’est pas que je refuse lout-à-fait au lichen la propriété nutritive, mais elle est bien moindre que dans loutes les substances dont nous nous servons comme aliment ordinaire. Je crois pourtant qu’elle existe dans le lichen à un degré plus élevé que dans plusieurs autres végétaux, et dans le foin, par exemple ; ce qui explique pourquoi les cochous, les bœufs et les chevaux peuvent

y puisc-r une meilleure alimentation.

Mais dans ces animaux aussi, s’ils étaient exténués , amaigris par une maladie, je doute fort que le profit doive être attribué à l’action nourrissante du lichen plutôt qu’à son action thérapeutique. — Il y aurait encore une objection qui pourrait m’être adressée. On dira que des milliers de poitrinaires très-chétifs ont éprouvé, moyennant le lichen d’Islande, une amélioration notable, et qu'il y en a eu même parmi eux qui ont engraissé notablement. Je répondrai que pour nourrir un phthisique, il ne suffit pas de lui donner à manger, il faut aussi le délivrer autant que possible de la condition morbide qui empêche la nutrition ; il faut, si cela se peut, remettre à l’état normal les extrémités vasculaires afin qu elles puissent reprendre leur activité naturelle. Sans cela, il n’y a ni gelées, ni muedages, ni bouillons, ni osmazome qui puissent engraisser; malheur à celui qui songerait à remédier à cette émaciation en surchargeant l’estomac de substances vraiment nutritives! Il n’en résulterait qu’un surcroît progressif d’amaigrissement.

L’observation journalière nous prouve qu’ordinairement les individus gras sont ceux qui mangent le moins , et qu’au contraire on rencontre de très-grands mangeurs parmi les personnes maigres.

Ou doit conclure de cela qu'il y a entre l’acte d’introduire dans la bouche de l’aliment et celui de la nutrition dans nos tissus quelque chose dont l'explicatiou tient à une physiologie plus élevée que celle que professent ceux qui voient chez les phthisiques l’indication des moyens nutritifs pour empêcher l'émaciation, celle des calmants ou des expectorants pour calmer la toux, celle des narcotiques pour obtenir le sommeil , etc. Si le lichen parvient quelquefois à nourrir les phthisiques, c’est par une autre propriété que celle-là.

§ VII. Action mécanique. — Nous ne connaissons dans le lichen aucune propriété mécanique, excepté l’émolliente, lorsqu'on l’applique sons forme de gelée ou de cataplasme avec l’eau.

C’est une propriété dont on ne tire aucun profit. D’après quelques praticiens, le principe amer rendrait le lichen anthelmintique.

§ VI1L Préparations et mode d'administration. — Tant qu’on ne songea qu'a la propriété nutritive du lichen, on n’estimait que sa fécule; aussi étudiait-

on tous les moyens possibles pour le débarrasser des autres principes, et notamment du principe amer. On privait par là le lichen précisément de sa véritable vertu thérapeutique. Heureusement que, malgré les lavages répétés, on ne parvient pas à lui enlever tout son principe amer. Il est bien étonnant que de nos jours, malgré les progrès de la chimie, les pharmaciens ne veuillent pas quitter l’ancienne routine dans cette préparation. 11 est vrai que les malades se plaignent du goût amer, qui pourtant n’est pas désagréable, et qu’ils éprouveront parfois quelques évacuations alvines; mais du moins leur remède leur profite et l’on peut juger de la véritable action du remède. On a proposé mille procédés pour rendre le lichen peu désagréable à prendre : les pharmacopées nous donnent des formules pour le sirop, les crèmes, les poudres, les infusions, la pâte, l’élecluaire, l’extrait, la décoction, la gelée, le chocolat de lichen, etc.; ces trois derniers sont les plus en usage. — On fait la décoction par la méthode ordinaire. Quelques personnes ont l'habitude de la donner mêlée à du lait , mais alors elle pèse sur l’estomac. — On obtient la gelée avec une décoction plus saturée , en la faisant refroidir et en y ajoutant du sucre et un peu d’eau de fleur d’oranger. Cette préparation, si elle est bien faite, peut se conserver assez long-temps, surtout si elle est bien enfermée. — Le chocolat de lichen d’Islande peut être préparé avec 1 kilogramme de lichen en poudre et 2 kilogrammes de parties égales de cacao grillé et de sucre blanc, plus 90 grammes ( 3 onces ) de salep ; ces proportions se trouvent décrites dans la pharmacopée de Berlin (1822).

On peut, si l’on veut, pour la rendre agréable, y ajouter un peu de vanille, puisque le professeur Carminati assure que cette drogue jouit d'une action contre-stimulante. La dose de ce chocolat est de 15 à 30 grammes (demi-once à 1 once) à la fois.

Formules-modèles.

1° Décoction.

îj. Lichen d’Islande, 30 grammes (l once).

Eau de fontaine, 240 grammes (8 onces). Eailes macérer pendant une heure; décantez et versez le liquide sur 30 au-

tres grammes de lichen qu’on fait bouilliravec un kilogramme d’eaujusqu’à réduction de moitié. Passez.

A prendre un demi-verre ii la fois.

2° Gelée.

2J. Lichen d’Islande , 90 grammes ( 3 onces).

Eau de fontaine, 1 kilogramme (2 livres).

Réduisez par la cuisson au tiers , passez par expression, évaporez jusqu’à consistance de sirop épais , et ajoutez 30 grammes (1 once) de sucre blanc.

Mêlez.

3° Chocolat.

2J. Lichen d’Islande desséché et pulvér,, 3 parties.

Salep pulvérisé, 1 partie.

Sucre blanc, 2 parties.

Mêlez et incorporez exactement dans 1 partie de pâte de cacao encore chaude.

On peut réduire ce chocolat en tablettes.

4° Poudre.

2J. Gelée de lichen amère, et Gomme arabique, de chaque 30 grammes (1 once).

Sucre blanc, 90 grammes (3 onces).

Mêlez et faites sécher à une douce chaleur, pulvérisez ensuite la masse.

A prendre une ou deux cuillerées à thé et plus par jour dans une tasse de lait, de café ou de chocolat. En Allemagne on emploie assez généralement celte poudre contre la phthisie pituiteuse.

FER. ( Ferrum .)

§ Ier. Caractères physiques. — Le fer est un métal des plus répandus dans la nature, et constitue un des agents les plus précieux de la médecine. A l’état de pureté ce métal est très-dur, tenace, ductile et malléable, surtout à chaud; d’une texture grenue ou lamellaire , capable d’un beau poli ; d’une odeur et d’une saveur spéciales ; d’une teinte grise, bleuâtre, brillante. Il entre en fusion à une très-haute température.

§ II. Notions chimiques. — Le fer est fortement attiré par l’aimant, il acquiert même les propriétés magnétiques lorsqu’on lq place en barras, sous uu angle

de 70°, et dans le plan du méridien magnétique ; ou par la percussion , ou par le frottement avec un corps déjà aimanté; ou, enfin, au moyen d’un courant électrique. Ce métal, que les alchimistes ont désigné sous le nom de Mars , n’a aucune action sur l’oxygène sec, mais en présence de l’humidité, il s’en empare même à froid, et il donne lieu à un oxide rouge - foncé , qu’on appelle rouille. Le fer se combine aussi facilement avec le carbone, le soufre, le phosphore et autres corps combustibles, non moins qu’avec les acides , etc., donnant lieu à un très-grand nombre de préparations médicinales connues sous le nom de martiales on chalybëes .

§ III. Effets chez les animaux. — L’action très-lente des préparations ferrugineuses ne permet point qu’on puisse faire d’expériences précises sur les animaux. Weinliold a observé que l’injection du sulfate de fer dans l’estomac des chiens faisait de suite enfler ce viscère et accélérer les battements du cœur; mais c’est là plutôt l’effet de l’action mécanique que de l’action dynamique du remède. Que le sang en devienne plus rouge, c’est une chose fort difficile à constater ; que la rate s’atrophie à la longue, c’est difficile à admettre , l’assertion de l’auteur n’étant pas basée sur des faits bien observés , le volume de ce viscère variant beaucoup chez les animaux (17).

La seule chose certaine qui résulte des expériences faites sur les animaux, c’est que les préparations martiales, même les plus actives, ne causent ni la mort, ni de grandes altérations , ainsi que cela été prouvé avec le prüssiate de fer (18); l'estomac n’en a été ni enflammé, ni même irrité ; car Camerer a donné , pendant deux jours consécutifs, à un lapin quatre grammes d’hydrochlorure de fer, l’a tué alors et trouva l’estomac toutà-fait sain (19).

§ IV. Effets sur l’homme lien portant.— Lorsqu’on prend intérieurement quelque préparation de fer, les excréliients acquièrent une couleur noire ; on ressent un vif désir d’aliments; et si on ne le satisfait pas on éprouve bientôt un

(17) Ausicht. d. Leb. u. sein Grundkraft , Magd., 1817, p. 251.

(IR) Dict. des sc. méH., t. xlv, art.

Prüssiate.

(19) Vers. üb. tHé Nat. d. KrCUlJt. Mn-< fcwçrw, $ltm.,ül828, P* 59,

malaise à l’estomac, une sensation de vide qui augmente et va jusqu’à la cardialgie. Si la dose est un peu forte, et si 1 on en continue l’usage, il survient des vomissements ou bien la diarrhée. Ilahnernann éprouva des vacillations en s’abaissant et en descendant comme si les jambes lui manquaient (20). D’autres observateurs notèrent un engourdissement à la tête (21). Trousseau et Bonnet accusèrent un trouble dans les idées et une faiblesse générale (22). Wadell (23) et Harcke (24) ressentirent une grande faiblesse et des tremblements dans tout le corps. L'affaiblissement dans le pouls et l’évanouissement ont été observés par Rilter (25). Ce résultat de l’abaissement dans le pouls, et souvent même son ralentissement , est l’effet le plus caractéristique et le plus constant de l’action du fer sur l’homme en parfaite santé.

INous avons plusieurs fois vérifié sur nous-mêmes ces résultats de l’action du fer, ainsi que sur des convalescents chez lesquels on en avait continué l’administration au-delà du besoin. Chez une jeune femme de dix-huit ans, d’un tempérament délicat et fort sensible , eu convalescence d’une lente artérite , le pouls que le mal avait élevé au-delà de cent battements par minute, a été réduit par le sulfate de fer à quarante-deux; aussi a-t-on dit en suspendre l’usage. — Une fois ce fait bien établi, nous serons en droit de nous étonner que les auteurs de matières médicales s’accordent à assurer que le fer augmente la force et la fréquence du pouls, et, conséquemment, la chaleur animale; ranime la couleur dé la peau , et qu’il agit, en un mot, à l’instar deshyperslhénisants, au point de provoquer des phlogoses et la fièvre.

Dans notre opiuion celte croyance est complètement fausse. Les thérapeutistes sc sont singulièrement illusionnés en prenant le fer comme le symbole de la force , en établissant d'après leurs idées préconçues qu’il doit renforcer, corroborer l’organisme , de même qu’il rend solide une roue, ou tout autre instrument.

(20) Reine Arzn., 2 Bd., p. 146.

(21) llufeland’s Journ., 26 Bd., 1 st.

(22) Archiv. génér. de médec. , août

(23) Edinb. med. a. surg. journ., 1822,

(24) llufeland’s Journ., 25 Bd.

(25) Uufçlaad’s/vura, çib; 26; st, 1.

PREPARATIONS Î)E PER» 373

Trompés par l’observation superficielle de quelques phénomènes chez l'homme malade, ils ont présumé son effet sur l’homme sain. Trompés, enfin, par l’habitude de tout copier sans discernement, de tout adopter indistinctement , sans examen, sans une raisonnable critique, ils ont donné dans le sophisme. C’est ainsi que l’erreur s’éternise dans les livres , dans l’esprit, dans la pratique ; et si quelqu’un ose l’attaquer, l’abattre, la déraciner, on crie au système, au crucifiée. Aussi devons -nous nous attendre à une guerre acharnée de la part de certains praticiens; nous ne les craignons pas, cependant, puisque nous sommes en mesure de pouvoir mettre en évidence nos assertions, savoir qu’on n’obtiendra jamais à l’aide du fer la moindre élévation du rhythme des fonctions ou de la force organique chez l’homme sain, et que chez les malades cela n’a lieu que dans le seul cas où les forces, loin de manquer réellement, sont au contraire accumulées en excès et pour ainsi dire étouffées , accablées, par la violence de la maladie, et qu’il ne faut que les amoindrir pour les mettre en équilibre avec l’état de l’organisme.

(Note d. trad.) [Le pressentiment quavait l’auteur, en 1825, lorsqu’il rédigeait cet article, d’avoir à soutenir une guerre acharnée de la part de quelques thérapeutistes, s’est très -bien vérifié.

Plusieurs écrivains ont attaqué vivement sa manière de voir concernant l’action hyposthénisante vasculaire du fer. Parmi ses antagonistes les plus redoutables, est, sans contredit, le professeur Speranza de Parme , qui , dans une savante dissertation (*) publiée dernièrement en Italie, s’efforce de combattre 1 opinion de M. Giacomini, opinion au reste qui est aujourd’hui généralement adoptée en Italie.]

I\ous ne voulons pas être cru sur parole; nous désirons seulement qu’on observe, qu’on vérifie, et, pour ainsi dire, que l’on touche. Les personnes qui seraient désireuses de constater la vérité des faits que je viens d’avancer, n’auront qu’à prendre elles-mêmes 1 gramme (20 grains) de carbonale de fer, après avoir préalablement exploré l’état de

leur pouls : peu de temps après , si le pouls ne présente aucun changement , on prendra une seconde dose du même sel , et puis , s’il le faut , une troisième. On verra que, même avant cette dernière dose, le pouls se trouve déjà affaibli et ralenti ; la peau est devenue plus pâle, et l'expérimentateur accuse des frissons, une faiblesse générale , et du tremblement dans les membres. On s’assurera par ces résultats que le fer ne corrobore point l’homme qui jouit d’une bonne santé, qu’il n’échauffe point , qu’il n’accélère pas la circulation ; mais qu’au contraire il affaiblit positivement l’organisme. Du reste , je puis assurer d’avance les personnes qui veulent se soumettre à cette expérience qu’elles n’encoureront aucun danger, si toutefois leur organisme se trouve à l’état normal : il serait du reste facile, en cas de malaise prolongé, d’en dissiper promptement et sûrement les effets à l’aide d’une boisson vineuse. • — Les effets contraires qu’offrent entre eux les martiaux et certaines substances aromatiques avaient déjà été signalés depuis long-temps, puisqu’on avait l’habitude d associer les aromates aux préparations ferrugineuses pour empêcher qu’ils ne produisent de l’anxiété, des nausées, des douleurs (26). Les martiaux combinés avec le vin prouvent d’une manière incontestable que leur effet est opposé à celui de ce dernier, car il est reconnu que le vin chalybé, qu’on employait si souvent dans les convalescences, a perdu sa propriété enivrante. Pour se convaincre de ce fait, on n’aura qu’à dissoudre du sulfate de fer dans du vin ; on verra que ce liquide produit un effet incomparablement inférieur à celui du même vin pris à l’état naturel.

§ V. Effets dans les maladies. — Il suffirait d’indiquer les maladies véritablement phlogistiques ou hypersthéniques , dans lesquelles les plus grands praticiens recommandent les préparations ferrugineuses , pour comprendre que leur action est hyposthénisante.

Comme cependant il s’agit d’un remède très-important et qui jouit de beaucoup de crédit , nous croyons devoir aborder 1 examen des faits principaux qui se rattachent à celte question. Disons d’abord que le fer a été employé avec succès contre les fièvres intermittentes par Boer-

. ( ) Menaoria su 11’ aziono tiel lerro. Yenezia, 1840.

lcrapcutica

(26) Mérat et Delens, Dict. de méd., t. w, p. 240,

mal.

liaave (27), parMead(28), par Allen (29), par Borsieri (110), par Jalin (3 l ) ; et que Marc (32), Cerioli (33), Martin (34), Zollickofler (35), Iiosack (3G), Eberle (37), liasse (38), Brulti (39), l'ont regardé comme un très-bon équivalent du quinquina ; et qu’eu conséquence, il doit être doué de la même action que ce remède, c’est-à-dire hypostbénisanle. Ce qui vient aussi à l’appui de cette conclusion, c’est que le fer est propre à vaincre l’hypertrophie ou l’engorgement du l'oie et de la rate, d’après les expériences de Mercalus (40), de Rivière (41), de Tralles (42) , de Wedel (43), de Luboschütz

(44), de Dorascentius (45), de Grotanelli (4G) , de Iiorn (47) , de Heusinger (48) , et de plusieurs autres. Cela prouve donc que, même chez les anciens, les composés, dans lesquels il entre du fer, étaient regardés comme des remèdes apéritifs ou désobstruants. Disons ensuite que les préparations ferrugineuses ont été aussi

(27) De morb. nerv., p. 156.

(28) Mon. et praeC. med., p. 26.

(29) Svnops. univ. med. prax. Lips., 1749, p. 16.

(30) Instit. med. pract., t. i, p. 262. (51) Mat. med., t. i, p. 639.

(32) Giorn. délia soc. med. ebir. di Parma, t. vi, p. 212.

(33) Ibid., vol. xiv, p. 81.

(34) Bulletin de la société médicale d’émulation, août 1811.

(35) Treat. on the us. ofprus. of ironie int. and remit, fevers. Phil., 1822.

(56) New-York med. and plivs. journ.

1823, juny.

(57) Mediz. chir. Zeit., 1825, n. 68, p. 270.

(38) Hufeland’s Journ., 66 Bd., 6 st . ,

(39) Omodei , Ann. univ. di med.,

ag. et sett. 1850, p. 225.

(40) Oper. omn. Frank., 1608, t. ni.

(41) Oper. omn. med. Lugd., 1679, p. 323.

(42) Opusc. therap., 1. vin, c. xm.

(43) Amœn. , Mat. med., jan. 1704,

(44) De aperit. mart. virt. liai., 1773.

(45) De us. chalyb. atquc mcrcurii in obstr. cur. Rom., 1785.

(46) Animadv. ad var. acut. et cron.

splex. hist. Flor., 1821.

(47) N. Archiv. f. med. Erfahr., 8 Bd., p. 118, 561.

(48) Nacbtr. z. d. Belracht u. Erfahr.

ub. d. Entz. u. vergr. d. Milz. 1828, p. 100.

prescrites avantageusement contre l’hydropisie par Boerbaave (49), par Wepfer (50), par Sydenham (51), par Sachlieben (52) et par Schæüèr (53), comme un équivalent de la digitale, de la scille, du colchique, du nitre. Les mêmes préparations ont été aussi employées avec succès par les anciens et les modernes, tels que Celse (54), Mead (55) , Neuman et Gmclin (5G) , Ricbter (57), Stark (58), Osiander et Alibert (59), John (G0), etc., pour arrêter les hémorrhagies , ce qui rapproche leur action de celle des antimoniaux , du seigle ergoté et de la saignée. Troisièmement, les mêmes préparations ont élé recommandées contre l’épilepsie et la chorée par Tissot (61) , par Lettsom (G2), par Mead(G3), par KirkholT (G4), par Yanderburg (G5), par Elliolson (GG). Or, d’après ce que nous avons dit à l’occasion de l’opium, ces faits viendraient à l’appui de l’action hyposlhénisante du fer. La même conclusion découle naturellement delà pratique généralement adoptée de traiter les névralgies par les remèdes martiaux (G7),

(49) Op. cit.

(50) Oper. med., § 29.

(51) Oper. med., i. i, p. 545.

(52) Klinik. d. Wassersucht., p. 500.

(53) Ilufeland’s Journ., 51 Bd., 4 st.,

(54) De medicina, 1. v, c. 1.

(55) Mon. et præcept. med., p. 3S.

(56) De prob. tut. usu int. vitriol ferr. factit. adv. hemorr. spont. Tub., 1763, p. 31.

(57) Spec. ther., t. ni, p. 300.

(58) Arcli., 1 Bd., 2 st., p. 50; 2 Bd., 3 st., p. 23.

(59) Nouveaux éléments de thérapeutique, p. 182.

(60) Mat. méd., t. 1, p. 667.

(61) Traité de l’épilepsie, 1770, art. 27.

(62) Mem. of the med. society of Lond., t. 111, 1792, n. 18.

(63) Mon. et præcept., p. 57.

(64) Frorieps, Noliz., 17 I>d., n. 20, p. 310.

(65) The Lond. med. and plivs. journ., t. 1.1 1, sept. 1824.

(66) Med. chir. trans., t. xm, 1 • t.

Lond., 1826, p. 232.

(67) Carter, The Lond. med. reposit., t xv, 1821, n. 89. — llutchinson, Cases of nevralg. Lond., 1822. — Richmond, The Lond. med. and surg. journ. by Folhergill , t. xlvi, sept. — Holbroek, The Lond. med. reposit., *822, dec., n. 108. — Wadcll, The Edinb. med. a.

PREPARATIONS DE FER.

et des bons eiïels qu’en a obtenus Eliiotson (<>S) contre le tétanos, soit spontané, soit traumatique : le carbonate de fer a été administre à dose excessivement élevée dans ce cas , et son effet liyposlhénisant a clé de toule évidence.

Un sujet tétanique offrait le pouls à cent pulsations par minute ; on lui a fait prendre rien moins qu’un demi - kilogramme de carbonate de fer dans le courant d’une journée ; le pouls est descendu à soixante et dix, et il en est résulté une amélioration très-notable dans les douleurs. La même dose ayant été répétée le jour suivant, fil disparaître complètement le tétanos et réduisit le pouls à soixante-cinq. Le docteur Elliotson cessa alors l’usage de ce remède, mais les accidents tétaniques ont reparu : il est revenu à la dose ci-dessus du carbonate de fer, et la guérison a eu lieu d’une manière durable (09). Quatrièmement , nous ne dirons rien de la syphilis contre laquelle (lorsque le mercure avait échoué) les préparations martiales ont donné des résultats avantageux entre les mains de Horn

(70), de Bruckmann (7 1), de Fischer (72), de Carmichael (73), etc.; ni de la scrofule qui aélé heureusement combattue à l’aide du fer par une foule de praticiens, entre autres par Reinecken (74), Hufeland

surg. journ. 1822, p. 410.— Adam, id., 4822, n. 72. — Darwal, id., oct. 1828. — Jcffreys, The Lond. med. a. phys. journ. Mardi. 1828. — Belcher, Frorieps, Noliz., 13 Bd., n. 5, p. 208. — Çrawford, Omodei , Ann. uni v. , juillet 1824, p. 148. 7 — Borthwik, The Ediub. med. a surg.

journ. 1824, n. 79. — Mellier, Journal de médecine, avril 1817. — Graves, The Dubl. journ. of med. and chim. scienc. Mardi. 1832. — Witike, llust’s Magaz., 2'2 Bd., p. 572. — Molinari, Descleron, Lequelis, etc. Ticini, 1823. — Cruveilhier, Dict. de med. et de chir. pr., art. fer. Ht beaucoup d’autres.

(08) Omodei, Ann. cliir. di med.

Aprile 1838, p. 158.

(09) The Lond. med. Gazette. — Omodei, Ann. univ., mars 1834, p. 597.

(70) Archiv. f. med. Erfalir., 1812, 1 Bd., 1 st., p. 45.

(71) lb., p. 501.

(72) llul'eland’s Journ., 49 Bd., 2 st., p. 25.

(73) Ori t lie sympt. and spec. désir, of vener. diseas. Lond,, 1825.

(7/‘) Allg. mediz., an. 1811, p. 324.

(75), Alibert (70), Willentocs (77), Goëlis (78) , Pujol et de Baumes (79) , Lcpelletier de la Sarte (80), etc. Nous nous expliquerons plus loin sur la nature de la scrofule. Thomson et Ryan regardent l'iodure de fer comme spécifique dans celte maladie. Ce dernier l’a employé utilement sur plus de deux cents malades (81). On sait encore que les affections cancéreuses trouvèrent dans le fer un excellent remède; du moins c’est ce qui résulte des observations de Justamond (82), de Carmichael (83), de Volker et Rust (S 4) , d’Hufeland (85), et de Key(86).Les prépara lions chai y bées occupent le premier rang parmi les remèdes préconisés contre le rachitisme. Boerhaave, Van-Swieten , Mellin (87), Benevoli (88), Zeviani (89), Renard (90), Attumonelli (9t), en ont obtenu d’excellents résullats. Cinquièmement, nous ne nous arrêterons pas davantage sur la goutte et l'artrite que combattirent heureusement a l’aide des martiaux, Ewald

(92) et Werlhof (93) ; ni sur des flux muqueux , tels que la diarrhée, guéris par Alichaelis(94), par Zollikoffer (95) ;ni sur

(75) Journal, 1 Bd., p. 141.

(76) Nouveaux éléments de thérapeutique, t. t, p. 180.

(77) De ferri in org. ag, mod. effic.

carb. fer. in scroph. Acl. R. soc. Havn, 1818, t. v, p. 176.

(78) Froriep, Noliz., 1821.

(79) Dictionnaire des sciences médicales, t. r,, p. 371.

(80) A. Lorentz, Dissertation sur les maladies scrof. Strasb., 1819, p. 26.

(81) Omodei , Ann. univ. di med., mars 1854, p. 574.

(82) Chirurg. Work., 1790, p. 79.

(83) On essays of the effects of carb. and other. prep. of Iron upon cane. 1809.

(84) Magaz., 1 Bd., p. 210, 314.

(85) Journ., 46 Bd., 2st., p. 108.

(86) The Lancet., t. xiv, p. 92.

(87) Oddone, De ferro spécimen. Taur., 1810, p. 22.

(88) Dissert, ed osservaz., p. 229.

(89) De racbitidc, c. îv, p. 136.

(90) Yersuch. d. entsleli. u. JBrnchr.

d. Wach th. Leipz., 1803.

(*.U) Dictionnaire des sciences médicales, t. xlvi, p. 671.

(92) Diss. rte podagra. F.rf., 1697.

(93) Commère. Norimb., 1731, p. 115.

(94) Graefc u. Walthcrs’s, Journ., 5 Bd., 4 st., p. 722.

(95) Pliil. Journ, 1823, August.

PREPARATIONS DE TER.

la dysenterie, guérie par Reid (9G) ; la blennorrhée, par Sowlcr et Yelscn (97) ; les sueurs très-abondantes, et la phthisie, par Griffith (99) , par Schaller (99) et Slanger (l 00) ; ni sur l’ischurie, qui a été avantageusement traitée par Thomson , par Ehnie (1), par Collins (2), par Cline

(3). Enfin, nous passerons sous silence ce qui est relatif aux maladies du cœur et des vaisseaux, regardées généralement comme phlogistiques, et qui ont été guéries par Senac (1) , par Kreysig (5), par Zugenbühler (G) , à l’aide des ferrugineux. Avicenne les a vantés contre l’érj'sipèle (7). Les arlériles aiguës et chroniques et les cardites lentes furentguéries promptement par Tomassini , -par ses élèves et par nous -même. Borda traita avec l’oxide de fer la lièvre dite synoque (8) ; Cerioli et d’autres partisans de la réforme médicale l’ont administré avec profit dans les péripneumonies (9).

§ YI. Appréciation clc l'action. — Tous ces faits, sans exception, déposent eu faveur de l’action contro- stimulante du fer. Si l’on demandait dans l’état actuel de la science dans quelles maladies on doit prescrire préférablement les préparations martiales, on répondrait : dans les cachexies en général, dans la chlorose, dans l’aménorrhée , dans l’hystérilie, dans l’hypochondriuse, dans la dys-

(90) Clin. obs. on the effic. of hydrochl. of lime. Dubl., 1827.

(97) Bonis, N. Mag. f. med. Erfahr., 1 S09, 5 Bd., p. 1.

(98) Pract. obs on the cure of liectic. Lond., 1776.

(99) Med. chir. Zeit. 21. Ergænzungsband., p. 22.

(100) Med. chir. Abtb, d. med. Gcsellsch. zu. Lond., p. 15.

(1) Med. records and research. Lond.,

(2) Med. a pliys. Journ., sept., 1800, t. xvi, p. 260.

(3) Med. chir. pharm., p. 181.

(4) Traité des maladies du cœur, 1. iv, c. ir, p- 17.

(5) D. Krankh. d. Uerzens, 2 Bd., p. 305 cl 71 1 .

(6) Hufeland’s Journ., 25 Bd., 4 si.,

(7) Lib. canon. Basil., 1556, t. ii, p. 231.

(8) Dalla Vallc, Noz. gen. sulla tcor.

del controst. 1809, p. 93, 94.

(9) Giornalo délia societ. med. chir.

di Forma, t. xtv, p. 93.

pepsie , dans les faiblesses d'estomac.

Tout le monde voit , sous l’influence du remède, une augmentation de la puissance vitale, puisqu’il donne de la vigueur à l’estomac, fortifie les fonctions cérébrales, provoque la menstruation, ranime la couleur de la peau. Il est impossible , dit-on , de penser autrement lorsqu'on voit les jeunes personnes chlorotiques devenir manifestement vigoureuses, acquérir de l’embonpoint, de la fraîcheur, reprendre , enfin, sous l'influence des préparations ferrées, toute l’énergie que le mal leur avait fait perdre. D’après cette manière de voir, les hémorrhagies, arrêtées au moyen du fer, seraient sans doute passives, de même que les flux muqueux, les névralgies spasmodiques, les hydropisies ; les arthrites seraient atoniques, les fièvres asthéniques, les phlogoses fausses, les guérisons illusoires. C'est ainsi que les auteurs nous apprennent à donner une explication des faits-, puisqu’il ne leur est pas toujours permis de les nier. — Laissons de côté ce raisonnement arbitraire et revenons à l’analyse des faits. Prenons d’abord la dyspepsie. Nous avons démontré dans plusieurs endroits de cet ouvrage que cette maladie n’était autre, le plus souvent, qu’une phlogose chronique de l'estomac. Il est constant que les remèdes chalybés ne sont capables de combattre que cette espèce de faiblesse d’estomac qu'on parvient ordinairement à dissiper avec la diète, avec les boissons aqueuses, avec les rafraîchissants, avec les purgatifs. Telle est, par exemple, la faiblesse d’estomac qu’on rencontre chez les grands mangeurs, les grands buveurs, et qui n’est au fond que l’effet d’une gastrite lente. Brühl, Cramer, et plusieurs autres , portent aux nues les martiaux dans ce cas; ils assurent meme que les préparations de fer guérissent non-seulement ccttc faiblesse mais aussi la passion de boire (tü). Par contre, nous possédons des faits qui prouvent que les préparations ferrugineuses, administrées pendant long temps, affaiblissent l’estomac. Sydenham assure qu’ayant traité avec succès pendant long -temps une femme affectée d’anasarque, il la vit, enfin, tomber dans un état de faiblesse extrême par l'action trop prolongée de ce remède (1 1 ).

(10) Ucb. die Trunksucht u. ein ration. Behandl. ders., 1819.

(11) Op, med. cit., f. t.

PR^PAhA^rONS DE FER.

Une affection particulière, qui présente parmi les phénomènes qui la caractérisent une pâleur générale, une couleur jaune-verilàtre à toute la surface du derme , a été appelée par les anciensyè&m nlba, ou chlorose. On a d abord pris la partie pour le tout, savoir un seul phénomène , le phénomène le plus apparent , pour ,1a maladie ellemême , et on a fini par en faire uue entité ; de là une foule d’hypothèses pour l’expliquer. Ces hypothèses ont porté a faux, parce qu’elles ne s’appuyaient que sur le phénomène en question et perdaient de vue la véritable condition pathologique qui devait être cherchée dans les organes. Rappelons d’abord qu’il existe deux espèces très-distinctes de coloration de la peau : la coloration jaune-citron , qui dépend d'un principe particulier et qui constitue le caractère le plus apparent de l’ictère, l’autre qui résulte d’une simple décoloration du derme, comme chez les cadavres. Ce jaune négatif est précisément ce qu’on appelle de la pâleur. On ne doit pas ignorer que la couleur naturelle de la peau provient dedeux sources, savoir: de la matière sécrétée qui se trouve mêlée au corps muqueux de Malpighi, et du sang qui remplit et parcourt la trame vasculaire des capillaires cutanés. C’est ce dernier qui donne l’éclat et le coloris à la figure, qui la fait rougir et l’anime dans la pudeur, qui la rend pâle et Iroide dans la crainte, la syncope et après la mort. Dans certaines maladies cette pâleur , cette absence de couleur est permanente. La peau ne présente alors que la couleur originaire du réseau malphigien et du tissu cellulaire exsangue. Les individus pâlis de la sorte présentent plusieurs nuances de couleur depuis le blanc lacté jusqu’à la couleur jaunâtre, verdîltre, jaune-brune, livide, et presque des Éthiopiens. Cette couleur peut être prise par des personnes inattentives pour un jaune positif dépendant d’un principe colorant qui imbibe l’épiderme , et qu’on appelle jaunisse , couleur ictérique , hépatique, due à une matière bilieuse mêlée au sang; aussi, la regarde-t-on comme un symptôme d’une affection du foie. La confusion de ces deux symptômes donne souvent lieu à des erreurs graves dans la pratique.

J’ai vu assez souvent dans la pratique des médecins très-exercés tomber dans celte erreur, diagnostiquer une maladie de foie d’après la couleur trompeuse de

la peau, alors qu’il n’en était rien. Il sufiit à certains médecins qu’un malade se plaigne de quelque dérangement chronique dans l’abdomen , que par le toucher ils puissent apercevoir de la dureté vers le foie, pour qu’ils y voient une affection du lobe droit ou gauche ; que si ccttc prétendue affection hépatique n est pas apparente, si le malade, sans se plaindre , peut endurer leur rude maniement sur le ventre , le mal doit exister alors, selon eux, dans la partie concave ou postérieure. Les autres symptômes importants que l'on observe ne sont, d’après eux, que des phénomènes sympathiques, nerveux, etc.: delà une phraséologie interminable et des entités pathologiques à chaque pas. En attendant, le mal suit sa marche et parvient à sa triste terminaison. L’autopsie cadavérique montre le plus souvent le foie sain, et, s’il est altéré, ce n’est que par ses rapports avec les autres organes réellement malades , ce qui n’a eu lieu que vers la dernière époque de la maladie. Le véritable siège de la maladie, ils ne le soupçonnent pourtant pas, et ils ne le voient pas même avec le scalpel anatomique à la main. Alors ils accusent l’incertitude de la science, ils criaillent sur l’impuissance et la nullité de l’anatomie pathologique, en avouant par là , sans s’en douter, leur propre ignorance. Ces erreurs pourtant devraient servir de leçon aux médecins qui sc trouvent au courant de la pathologie philosophique du jour.

Avant d’indiquer où l’on doit rechercher la véritable affection , nous devons nous demander si cette erreur si commune , si lâcheuse , est facile à éviter? Oui, la chose est très-facile en remontant par l’analyse physiologique des symptômes à l’organe qui les produit.

11 existe , non-seulement une relation constante entre les symptômes et l’organe affecté , mais encore des circonstances remarquables dans la teinte dermique , lesquelles conduisent sûrement au vrai diagnostic. Dans le jaune hépatique , la couleur est plus prononcée sur la sclérotique, laquelle étant lout-à-fait blanche dans l’état normal , la décèle d’une manière univoque , oulre que la sueur et l’urine colorent en jaune le linge. La pâleur , au contraire, ne communique aucune couleur aux excrétions ni à la sclérotique ; celle-ci garde sa blancheur naturelle , ou bien elle prend une couleur plombée ou bleuâtre. — ■ Voyons à présent que signifie celte pâ-

PllÉl’ A HATIONS DK FEU.

leur, cetle décoloration anormale, car il ne suffit pas de dire : telle personne est faible, délicate, doncelle est cachectique, chlorotique. Ces mots doivent représenter des maladies de tel ou tel appareil organiquedans l'esprit du médecin. Analysons la forme la plus prononcée de la cachexie , la chlorose la mieux dessinée. Un des symptômes les plus constants de cette maladie est l’aménorrhée, laquelle est regardée comme une véritable complication par quelques pathologistes.

Tantôt celte complication précède, tantôt elle suit la déclaration de la chlorose. Ordinairement c’est l’aménorrhée qui commence, la chlorose la suit. Lorsque la jeune fil le arrive à l’àge de la puberté, que tout son organisme acquiert une nouvelle vie , si la menstruation n’arrive point , si elle se fait attendre trop long-temps , un engourdissement général s’empare de tout le corps et remplace cetle énergie vitale qui avait réveillé dans l’appareil générateur un centre d’actions et de réactions ; une tristesse continuelle accable la pauvre fille, et son développement est arrêté. Le plus souvent c’est uné jeune personne qui avait déjà eu ses règles, et les a vues se supprimer entièrement. Peu à peu elle languit , s’afflige et devient chlorotique.

La cause d’un tel désordre n’est pas difficile à trouver ; elle existe dans l’abus des aliments , dans les émotions trop fortes de l’esprit , dans les passions vives, dans l’excitation des organes sexuels, etc. On doit entrevoir par là un état de phlogose , ou du moins de surexcitation qui se fixe dans la matrice, et en dérange les fonctions. Qu’arrive-t-il à la suite de cette suppression de règles ? Si les glandes mésentériques et les glandes conglobées n’éprouvent pas de dérangement sérieux dans leurs fonctions, si l’assimilation continue à s’opérer , si la femme continue à respirer librement, la sanguification continuera à s’opérer chez elle, l’organisme à se développer, et rien ne s’opposera à la conception génitale, au développement du fœtus et à la sécrétion du lait. Le plus souvent cependant la femme qui éprouve une suppression des règles sans être ni enceinte, ni nourrice, doit nécessairement après quelque temps éprouver les effets d'une surabondance dans la masse du sang; elle éprouve en effet tous les symptômes de la pléthore sanguine. Celle pléthore devient elle-même la source de nouveaux dérangements. Elle produit d’abord de

la pesanteur dans les membres , ce qui ordinairement annonce l’approche de la menstruation , et cesse lorsque cette fonction paraît ; mais dans notre cas elle ne disparaît pas, elle est continuelle.

Cette surabondance de sang , en gênant la circulation, donne lieu à des troubles, à des chaleurs , à des céphalalgies, à des resserrements au gosier, à de l’oppression à la poitrine, à des palpitations de cœur, à la défaillance et à plusieurs phénomènes secondaires très-variables et qui prennent ordinairement les formes de Ihystéritie. Ce dernier mot, quoique vague et obscur, satisfait les praticiens parce qu'il rapporte le mal au système nerveux , justifie le caprice , l’inconstance de ses phénomènes et épargne toute autre investigation. En disant que c’est un hystérisme, on croit avoir tout dit, tout fait, tout expliqué. Arrive ce qu’il pourra, dira-t-on, c’est toujours un hystérisme, et voilà tout. Mais d’après l’observation et l’analyse philosophique, le tableau de ces phénomènes n'est qu’un jeu du sang et des vaisseaux qu’il parcourt, notamment de l’appareil générateur, ainsi qu’il est indiqué par quelques douleurs aux reins, au coccyx, par quelques pertes blanches, et par d’autres phénomènes que les femmes par pudeur ne mentionnent pas toujours. La quantité surabondante de sang ne tarde pas à se porter avec violence vers les poumons et à y déterminer de tels désordres quelle aboutit souvent à la phthisie ( phlhisis amalorin ) ; ou bien le sang se porte dans un autre viscère , comme la matrice, la raie, l’eslomac , qui devient dès lors le centre d’affections permanentes. Lorsque les différents viscères se trouvent en bonnes conditions , ils résistent à l’afflux du sang , et aucun dérangement ne s'ensuit. — Mais les tuniques des artères qui eu reçoivent de préférence le choc ne résistent pas toujours; aussi n’est-il pas rare de voir à la suite une dilata lion anévrismatique et quelquefois même des altérations organiques au cœur. Le cas le plus ordinaire pourtant, c’est une progression lente et graduée de la maladie. Alors les artères, ressentant l’effet d'une stimulation excessive et chronique due à l'impétuosité du sang, s'enflamment ; leur inflammation en épaTssil la tunique interne et augmente la contractilité vitale, les empêche de se dilater librement ou d'entrer en diaslole, et les place dans un état de contraction morbide permanente. Quoique celte ré-

Iraction du canal vasculaire soil minime, elle sera pourtant toujours sensible dans les dernières extrémités artérielles où l’ouverture est très-déliée ; elle deviendra enfin telle, qu’elle les obstrue dans une étendue plus ou moins considérable.

De là la naissance de trois phénomènes généraux- : 1° Obstacle à l’arrivée du sang ou de ses globules rouges dans les dernières extrémités des artères, en conséquence décoloration île la peau ou pâleur chlorotique.'

[Note d. trad.) [Depuis la publication de ce traité, M. Giacomini a changé d'opinion relativement aux globules rouges du sang en circulation. Voici ce qu'on trouve dans un mémoire qu’il a lu devant le congrès scientifique de Pise, le 4 ocLobre 1831) : « D’. près son aspect, le sang vivant et en circulation paraît être une humeur composée de principes combinés organiquement de manière à former un liquide homogène dans lequel on ne distingue ni sérum , ni cruor , ni fibrine , ni albumine , ni matière colorante , ni aucune espèce de sels. Je dirais en outre que les globules ronges nageant dans le sérum, que beaucoup d’auteurs ont si clairement décrits, et que leurs lecteurs croiraient pouvoir aller pecher au besoin , n’existent que dans leur imagination, en tant qu’on parle du sang vivant et circulant, car ils ont appliqué à ce dernier des observations laites sur le sang en stagnation et mort. Ce n’est qu’alors effectivement, et alors seulement, qu’on peut obtenir des traces de sérum , c’est-à-dire après qu’il est sorti des vaisseaux et resté quelque temps en repos. Qu’est-ce en effet que le grumeau nageant dans le sérum, sinon un amas de prétendus globules rouges et sanguins? Et quelle différence y a-t-il entre le grumeau et le sérum , entre le globule isolé et le sérum qui l’environne, si non celle qui existe entre le tout et les partie? qui le composent? La séparation du sang en cruor et en sérum est l’effet et le signe de la mort du même liquide et le premier degré de sa décomposition. Ce qu’on observe dans une niasse sanguine obtenue par la phlébotomie a lieu également dans une seule goutte de sang, et même dans une molécule extrêmement minime de ce même liquide. Pour que dans cette molécule Je globulin sanguin se distingue du sérum , il faut nécessairement qu’elle se décompose sous l’influence des forces

physico-chimiques extérieures ; en un mot, qu’elle soit morte. » ]

2° Contraction et fréquence du pouls.

La contraction permanente prévalant dans l’artère, et n’étant jamais suivie d’une parfaite dilatation , le pouls doit rester habituellement fréquent , mais petit, contracté et profond.

3° Oppression vers le thorax. La disproportion entre le liquide et la capacité des vaisseaux qui doivent le contenir et le mouvoir étant augmentée, l’obstacle, à une libre circulation doit de même augmenter; de là des palpitations de cœur, sensation d'un poids vers le thorax, oppression de la respiration , engourdissement général , etc.

Tels sont précisément les symptômes culminants de la chlorose. Que s’ils offrent parfois des variations , cela n’a lieu que par les progrès de la maladie qui ajoutent de nouvelles conditions morbides. Ces dernières se changent en affections particulières, ainsi que nous l’avons dit, et attaquent soit la tête , soit la poitrine , soit la matrice, soit la rate , soit les reins, etc. De là, la phthisie, les affections encéphaliques, les endurcissements du foie, les désordres organiques aux hypochondres, qu’on rencontre souvent chez les chlorotiques. La pierre vésicale , des végétations morbides dans les cavités du cœur et des gros vaisseaux, des ruptures , des hypertrophies graves ont été souvent rencontrées chez les sujets en question. En conséquence , la chlorose n’est au fond qu’une lente artérite. Nous sommes parvenus à déterminer sa nature en réfléchissant aux changements organiques qui s’opèrent sous son influence. Si l’on venait nous dire que l’imagination ou l’esprit de système nous a dicté une pareille conclusion , nous ferions une autre épreuve en suivant une roule contraire à la première. Si notre raisonnement et nos observations sont justes, nous devons arriver au même résultat. — • Le tableau des phénomènes caractéristiques de la chlorose ne nous offre que la couleur jaunâtre, pâle delà peau, blanche ou blafarde, des membranes muqueuses ; le pouls fréquent , petit , les palpitations de cœur, l’abattement et la lassitude générale. Les autres phénomènes , tels que la douleur à la tête , la boule hystérique , la faim morbide, le pica, l’inappétence, ne sont que secondaires et trop variables pour être appréciés. Quant à la pâleur , per-

PRépAïlAVlONâ DE PER.

sonne ne pourra raisonnablement nier qu’elle ne soit due à l’absence de sang dans les capillaires de la peau. Est-ce parce que ce liquide est en faible quantité dans l’économie ? Non, certes, car le plus souvent l’affection n’est due qu’à un arrêt de l’évacuation habituelle de sang. Est-ce parce que la composition du sang est imparfaite , qu’il n’a pas sa couleur normale , ou qu’il est désoxygéné , ainsi qu’on le dit? Pas davantage ; puisque le sang des chlorotiques présente à l’analyse chimique tous les principes du meilleur sang possible; il est même plus rouge que celui des personnes bien portantes, son degré d’oxygénation ne présente aucune variété. Est-ce donc parce que la force impulsive du cœur n’est pas assez grande pour le pousser à la périphérie? Non plus; car le cœur aune grande énergie , ses pulsations sont fort vives, les contractions mêmes des artères sont plus fréquentes , et chez quelques chlorotiques elles sont visibles à l'œil nu , notamment celles des carotides ; elles produisent même une sensation de gêne, de malaise, de contre-coup dans plusieurs parties du corps. Il faut donc qu’il y ait un obstacle matériel dans les artères, lequel empêche le sang de se porter dans ses dernières ramifications; cet obstacle n’est autre qu’un spasme permanent , une o.cclusion spasmodique de ses dernières extrémités, par suite de la phlogose lente de sa membrane interne (13). La petitesse et la profondeur du pouls, ainsi que le caractère constant de la systole, prédominant sur la force et dans la durée, la diastole ( pouls angéiotique) ne saurait s’expliquer autrement en face d’une si évidente énergie du cœur et des gros vaisseaux. Ces remarques prouvent, à mon avis , que les artères sont douées d’une

(13) La pâleur qui se manifeste chez lin individu frappé par la crainte, par l’effroi, parla haine, par l’envie, parla jalousie, par l’égoïsme, par la lâcheté, ou par loute autre passion, produit, comme dans la chlorose, une prompte et violente concentration du mouvement vital, line action centripète de la circulation; mais cct effet est passager dans tous ces cas. On explique cependant par là les anévrismes, les cardiles, les artérites dues à ces passions, et notamment à l’effroi. Aussi louons-nous la pratique des anciens, qui prescrivaient la saignée après les violentes émotions de l’âme.

contractilité propre , et que le pouls ne dépend pas entièrement de la force impulsive du cœur.

La prostration générale , l’oppression interne , les palpitations , émanent manifestement de la source morbide que nous venons d’indiquer. — Actuellement , il est utile d’examiner quels nouveaux changements arrivent dans la chlorose et doivent nécessairement avoir lieu après l’application des remèdes.

Nous ne nous arrêterons pas à faire connaître les effets des véritables remèdes hypersthénisants et de ces traitements mixtes dans lesquels ces remèdes dominent, nous n’aurions qu’une seule chose à dire : c’est que sous leur influence la chlorose se prolonge indéfiniment , ou bien elle aboutit à la phthisie, à l’hydropisie, aux anévrismes, 'aux vices organiques de la matrice , de la rate , du foie , ou bien enfin elle revêt une foule de formes variables et donne lieu à ces phénomènes rares, surprenants, dont ont parlé plusieurs auteurs. Arrêtonsnous de préférence à la méthode antiphlogistique et d’abord aux effets de la saignée. Nous y avons eu recours plusieurs fois dans le traitement de la chlorose; nous avons observé que le sang présentait le plus souvent ou une véritable couenne phlogistique , ou bien la partie supérieure du caillot était d’une couleur rouge foncée analogue à celle du sang artériel. Le sérum présentait ordinairement un phénomène singulier , savoir .- une couleur blanche lactée et une certaine densité ; ce phénomène me paraît d’une grande importance , car il est caractéristique de l’artérite chronique; il accompagne ordinairement les affections calculcuses et les végétations morbides formées dans le système sanguin, suite ordinaire de cette maladie lorsqu’elle dure long-temps. La tunique interne des artères, qui est le siège de cette phlogose , sécrète une matière albumineuse, terreuse, saline, analogue à celle qu’on rencontre dans l’hydropisie.

Ces principes se mêlent avec le sang et nagent dans le sérum. A la face externe de la membrane interne des artères, ou entre cette membrane et la tunique propre, il se fait une transpiration de cette matière quisc concrète; la partie liquide est résorbée, et ce qui reste sc convertit en incrustations terreuses ou lithiques.

A la face interne, la matière se concrète aussi quelquefois et forme soit des végétations, soit de fausses membranes, ou

bien la membrane interne elle-même se détache, ainsi que je l’ai observé, et ofl're les apparences d’une fausse membrane , tandis qu’elle est une membrane véritable.

L’effet de la première saignée chez les chlorotiques , si elle est petite , est une augmentation dans le trouble de la circulation ; il en résulte quelquefois de la lièvre, mais bientôt après, en continuant le traitement, on s’aperçoit des bienfaits de la soustraction sanguine , la juste proportion entre la capacité des vaisseaux et la quantité du liquide qui doit les parcourir étant rétablie. Les battements du cœur sont moins violents , les dernières extrémités artérielles moins irritées, la pblogose fléchit, et la dilatation des artères s’exerce plus librement ; le pouls devient ample , régulier, souple et plus vibrant; la colonne du sang, n’étant plus étranglée , parcourt librement toutes les voies de l’arbre vasculaire. Dès lors, les lèvres acquièrent leur beau vermeil; la peau , son coloris , sa fraîcheur; toutes les parties reprennent de la consistance et de la chaleur; les yeux, qui étaient ternes, reprennent leur expression , leur brillant ; tous les traits de la physionomie, que le mal avait dénaturés , reviennent à leur état primitif. Cette crise salutaire se complète enfin par le retour de l’écoulement menstruel. Le sang, en parcourant plus librement les vaisseaux de la matrice , franchit aisément leurs nombreuses porosités à des époques régulières, et les organes de la génération rentrent dans l’ordre naturel. Tel est l’effet de la saignée chez les chlorotiques; tel est aussi, d’après nos observations, l’effet de la cantharide, de la digitale , de la menthe , de la camomille, de la térébenthine , du baume de copahu , du gaz acide carbonique , du soufre , du seigle ergoté , et des autres remèdes hyposthénisants dont nous avons déjà parlé ; tel est enfin également l’effet des préparations ferrugineuses. Nous concluons de la que l’idée préconçue de l’action tonique ou corroborante du fer, observée dans des maladies telles que l’aménorrhée et la chlorose, est théoriquement fausse, et que les effets apparents qui semblent déposer en sa faveur, savoir : l’élévation du pouls, la coloration des lèvres et de la peau, prouvent au contraire que l’action du fer est hyposthénisante vasculaire.

On dira peut-être que tout cela itripoitç peu ça pratique , puisque , quelle

qu’en soit l’explication , les faits restent les mêmes, et que le fer sera toujours administré de la même manière contre l'aménorrhée et la chlorose ; mais cela n’est pas du tout vrai, puisqu’on saura désormais, d’après nos expériences, que pour combattre convenablement la chlorose , il y un avantage immense à débuter par la saignée, qui dissipe la pléthore, obstacle principal des bons elfets du fer, dont on peut alors élover la dose considérablement , et produire des effets vraiment surprenants en Irès-peu de temps ; tandis que dans la pratique commune on se garde bien de saigner dans la crainte mal fondée d’augmenter la maladie , et l’on combine en outre le 1er avec des substances hyperslbénisantes , telles que les aromates, les alcooliques, le vin, qui paralysent l’action du remède , prolongent indéfiniment le traitement ou même augmentent la maladie. Il est vraiment déplorable de voir souvent des jeunes filles chlorotiques chercher par le conseil de leur médecin à prendre de la force , du coloris dans l’usage du vin de Chypre et des liqueurs alcooliques, ce qui les rend, au contraire, plus blafardes et plus faibles. — La question que nous traitons nous conduirait à parler des autres formes de cachexie dont le caractère culminant est la coloration jaune-pâle de la figure ; mais nous craignons de nous éloigner trop de notre sujet. Nous nous permettrons seulement d’établir ici cet aphorisme : Tout individu qui est pâle par maladie, mais dont l’urine ne teint pas le linge en jaune , dont la sclérotique n’est pas jaunâtre, a essuyé une hémorrhagie très-abondante, ou se trouve dans uri état d’asphyxie, de défaillance , de terreur , ou bien est atteint d’une artérlte chronique, d’un vice organique dans l’appareil de la circulation. Dans ces deux derniers cas, son pouls est fréquent, contracté , petit, irrégulier, et il éprouve des palpitations de cœur et des étouffements. La pâleur, qui, aux yeux du praticien , a toujours été regardée comme un indice évident d’anémie, de composition imparfaite oU de désoxygénation du sang, de relâchement des solides, d’atonie générale , dépend soit vent d’une cause tout-à-fait contraire , c’est-à-dire d’une pblogose vasculaire et d’un état de pléthore. Combien de médecins ont erré et errent tous les jours dans leur jugement à ce sujet, je n’ai pas besoin de le dire ! Dieu sait combien de temps ils

persisteront encore dans leur présomption ! C'est que les apparences sont en faveur de leurs idées favorites ; et l’analyse exacte, capable de dévoiler leur erreur , n’est pas facile pour tout le inonde. Aussi m’estimerais - je heureux si les réflexions nouvelles et les faits que je viens d’exposer pouvaient profiler à quelques-uns de mes lecteurs.

La vertu hyposlhénisante vasculaire du fer, comparée à celle du quinquina, est inférieure sous le point de vue de la promptitude d’action, mais bien supérieure, au contraire , sous le rapport de l’intensité et de la durée. Les avantages qu’on a obtenus du fer, on ne les perd pas de suilc , mais aussi pour les obtenir le malade ne doit pas se fatiguer de l’usage du médicament, lors même qu’il n’en éprouve encore aucun effet bien sensible. Il est arrivé plusieurs fois qu’après plusieurs mois d’un traitement ferrugineux, infructueux en apparence, l’arrivée d’une meilleure saison, d’un changement de climat , et même sans tout cela, la guérison de longues et pénibles affections s’est opérée d’une manière inattendue. Cela doit servir de règle aux praticiens, lesquels sont souvent trop empressés à changer de médication et manquent par cela même leur but salutaire. Ce n’est pas que les préparations ferrugineuses n’agissent promptement dans quelques cas , comme dans certaines maladies aiguës , et lorsqu’on les donne à haute dose , ainsi que nous venons de voir ; mais il en est autrement dans les maladies chroniques du genre de la chlorose. ■ — Quoique nous soyons ennemis des formules pharmaceutiques compliquées , nous devons avouer que nous avons souvent prescrit le sulfate de fer uni au sulfate de quinine. Nous tn avons obtenu des effets vraiment merveilleux dans des cas d’artéritc lente , d’artero - bronchites, d'artéro- mélrites , qui offraient un certain degré d’acuité. Peu importe que l’accès soit quotidien ou qu’il n’ait lieu que l’après-midi comme dans les fièvres étiques ; cette formule réunit le double avantage d’une action immédiate, énergique et durable. Pendant le cours du traitement nous diminuons graduellement la dose du sel de quinine et augmentons celle du sel de fer, et enfin ne donnons plus que de ce dernier. — Les propriétés secondaires et relatives du fer s’expliquent aisément d’après ce que nous avons dit précédemment. La propriété tonique ou corroborante qu’on lui

attribue n’est autre que la conséquence de l’action hyposlhénisante laquelle enlève la maladie. Ln rendant la santé , cette action rend aussi le ton et la vigueur. La propriété stomachique est la même que l’effet de l’action hyposlhénisante, laquelle combat la subphlogose et permet à l’estomac de reprendre sa force digestive. La vertu diurétique, que le fer paraît avoir dans quelque cas d’hvdropisie ou d’anasarque, n’est due qu’au ralentissement qu’il produit dans les mouvements du cœur, comme le ferait la digitale, la sciile, etc. Si l’on voit disparaître les engorgements des viscères sous l’influence du fer, c’est que ce remède dissipe la phlogose chronique qui est la cause de ces engorgements. C’est en cela que consiste la vertu apérilive tant vantée du fer. Si une légère et lente phlogose a lieu dans la matrice, le fer en la dissipant rend cet organe à sa fonction et agit conséquemment comme em* ménngogue ; et comme la métrite arrivée à un certain degré peut donner lieu à des hémorrhagies, le fer, qui avait cté utile à provoquer les règles, peut aussi, dans ce dernier cas , en combattant la phlogose utérine , arrêter l’hémorrhagie et devenir par là un excellent astringent.

Ou ne doit pas craindre de tomber par là dans la contradiction ridicule des anciens qui donnaient à deux préparations presque identiques le nom, à l’une de crocus de mars apéritif, à l’autre de crocus de mars astringent. 11 m’est arrivé d’avoir à traiter en même temps (avec le carbonate de fer) , dans une famille, la mère, d’une métrorrhagie , et sa fille, d’une aménorrhée; ce qui étonna le fils do cette dame qui était médecin, et qui, ayant été élevé dans les doctrines anciennes, ne pouvait voir dans l’une et l’autre malade une même maladie. Enfin toutes les propriétés du fers’expliquentpar cette action hyposlhénisante' vasculaire , unique , primitive et absolue. Ainsi dans les artérites chroniques, dans 1» s cardiles, les mélrites, les splénites, les hépatites également chroniques, dans les artéro-bronchiles, etc., toutes les autres vertus médicinales, l'expectorante, la calmante, la sudorifique, etc., pourront être rencontrées dans le fer , puisqu’il est dans toutes ces affections un remède souverain. 11 n’y a, d’après nous, que leur immobilité dépendant de quelque vice organique particulier dans l’abdomen qui puisse l’empêcher de les vaincre; souvent le manque de succès du fer dans ces ma-

ladies peut servir de donnée diagnostique pour présumer la condition organique de la maladie. Dans ces cas le fer peut être très-utilecomme remède palliatif. — Cette grande confiance dans les préparations ferrugineuses pourrait peut-être nous faire accuser de partialité pour ce remède ; mais ce n’est qu une dette de reconnaissance que nous payons à ce métal, pour les grands services qu’il nous a rendus dans notre pratique. TVous aimerions bien que ce remède fût plus répandu qu’il n’est et administré avec plus de persévérance.

§ VII. Action mécanique. — Le fer à l’état métallique possède des qualités mécaniques très-importantes dans le traitement des maladies, soit sous forme d’instrument tranchant ou perforant, soit comme machine pour exercer quelque compression ou distension dans les déviations du squelette. Mais comme, sous ce point de vue particulier, le fer appartient au domaine de la chirurgie, nous nous réservons d'en parler dans un autre ouvrage. — - On prétend que le fer métallique porté sur soi a pu guérir quelques affections ; qu’on a arrêté des hémorrhagies ; qu’en faisant toucher une barre de fer à un malade on a prévenu ou arrêté des spasmes violents. Dans ces cas, si les faits sont exacts, le fer peut avoir agi par sa propre température froide. C’est sous ce point de vue qu’oti l’applique quelquefois sur une région douloureuse, sur une partie piquée par un insecte, et on en obtient quelque soulagement. Il pourrait aussi agir par ses propriétés électriques ou magnétiques, dont il est un exellent conducteur. Nous nous occuperons de ce sujet à l’occasion des remèdes mécaniques. — Quelques préparations salines de fer, dissoutes dans de l’eau , offrent une action astringente. Sous leur action l’épiderme se fronce, les fibres se resserrent. Ces préparations peuvent par là être utiles en cas de blessure, pour arrêter une hémorrhagie, ou en cas d’emphysème pour rétrécir la plaie, ou pour ranimer quelque vieille plaie. — Ruysh, Richter (14) et d’autres vantent les préparations ferrugineuses contre les affections vermineuses , surtout contre le ténia. Boerhaave les conseille contre ce dernier à haute dose. Cependant les martiaux n’ont pu conserver cette renommée an-

(14) Ausf. Arzn., 1 Bd., p. 26.

thelmintique, depuis que la science a fait de plus belles conquêtes à ce sujet. — Les martiaux présentent en outre quelque propriété mécanique qui pourrait nuire. La limaille, par exemple, pèse sur l’estomac, quelques malades ne peuvent la supporter. D’autres préparations martiales ont parfois le même inconvénient.

Le sulfate de fer n’exerce pas sur l’estomac le pouvoir astringent qu’on lui attribuait autrefois; mais il donne quelquefois un goût d’encre très-désagréable.

J’ai connu une personne chez laquelle ce goût dura ou se reproduisit pendant quelques mois, lorsqu’elle avalait un liquide quelconque, quoiqu’elle eût cessé de prendre de ce remède depuis longtemps.

Pour être assimilé et exercer son action dynamique, le fer doit prendre son état métallique. C’est ce qui a lieu en le combinant à quelque autre corps. Sans prétendre passer ici en revue toutes les combinaisons chimiques du fer, nous devons cependant parler de ses préparations pharmaceutiques les plus employées.

1° La manière la plus simple d’administrer le fer est sous forme d’eau ferrée, qu’on prépare en étouffant dans l’eau ce métal préalablement rougi au feu.

Les anciens attribuaient à cette eau martiale des vertus qu’on ne saurait lui refuser aujourd'hui, car il est incontestable que quelques parcelles d’oxide de fer se trouvent dissoutes dans le liquide.

2° La limaille de fer ( scobs , vel limalura martis), en supposant qu’elle conservât son état métallique pur , s’oxiderait dans l’estomac en se mêlant avec les humeurs gastriques ; de sorte que c’est toujours par son oxide qu’elle agit, et il est toujours exact de dire que son action dynamique n’est pas due au métal pur, mais bien à ses composés. La limaille de fer est une préparation dont l’action thérapeutique est la plus faible, et en même temps celle qui est le moins tolérée par l’estomac, à cause de ses qualités mécaniques.

On la prescrit à la dose de 30 centigrammes (G grains) à 1 gramme (20 grains), plusieurs fois par jour, soit en poudre , soit en pilules combinées à un véhicule approprié.

3° Le deutoxidc de fer, connu plus généralement sous le nom d’éthiops martial, a une couleur noire veloutée; on le donne dans les mêmes circonstances et à la

même dose que la limaille; les malades le tolèrent mieux.

4° Le sous-carbonate de fer, ou rouille de fer, jadis nommé crocus de mars apéritif, a une couleur rouge et presque brune , sans goût et sans odeur. C’est la préparation dont on se sert le plus. Sa manière d’agir est plus sûre et en général sans inconvénients. On le donne à la dose de 50 centigrammes (10 grains), plusieurs fois pur jour. Les Anglais ont dans ces derniers temps administré le sous-carbonate de fer à des doses Irès-élevées ; nous avons vu que dans le tétanos on les a portées jusqu’à un demi-kilogramme par jour. Hutchinson le préconise dans la chorée, combiné avec la térébenthine, à la dose de 30 grammes de chaque (1 once), toutes les trois heures, et il assure que le malade a continué à le prendre depuis le 2 juillet jusqu’au 12 août , de manière qu’il en consomma en tout 5 kilogrammes et demi ( 1 5). B.

Bell eh donna 240 grammes (8 onces) en trente-six heures dans un cas de tic douloureux qu’il parvint à guérir, sans autre accident qu’une légère diarrhée (16). La dose ordinaire est de 2 à 4 grammes (1 p2 gros à 1 gros), qu’on peut répéter deux ou trois fois par jour. Nous ne croyons pas que les habitudes et la tolérance des malades de nos pays nous permettraient d’atteindre les doses exorbitantes des Anglais. Loin de nier leurs succès , nous y trouvons la confirmation de l’action hyposthénisante du fer, résultats qui nous paraissent certainement plus légitimes que ceux des médecins timides qui n’administrent le carbonate de fer qu’à la dose de quelques centigrammes, ce qui réduit l’effet réel à zéro, bien que l'imagination de ces médecins l’ait singulièrement exagéré.

5° Le nialate de fer impur, connu sous la dénomination de teinture de mars pommée , s’obtient avec le suc des pommes aigres vertes. On peut le donner à la dose de quinze, vingt, trente gouttes, plusieurs fois par jour. Il faut dire que celte teinture de fer est préparée communément avec la solution de malate de fer, dans l’alcool ou dans l’eau de cannelle , ce qui la rend très-peu active ou même inerte , sinon stimulante , puis-

(15) The Lancet. Omodcl, Ann. univ.

Marzo 1834, p. 597.

(10) Edinb, Journ. of med. sçicnc.

April 1820.

qu’elle réunit deux substances d’action opposée. 11 faut par conséquent ou remplacer l’alcool par de l’eau pure, ou l’abandonner comme une préparation vicieuse.

6° Le tartrate de fer et de potasse, appelé aussi fer tartarisé, ou mars soluble, est un sel triple , qui doit être conservé dans des vases bien bouchés et dans des endroits bien secs; sa couleur est d’un jaune brun, sa saveur styptique ; il est soluble dans quatre parties d’eau froide, et dans une plus petite quantité, si elle est bouillante. C’est une préparation qü’on peut administrer à la dose de 30 à 60 centigrammes ( G a 1 2 grains) à la fois , et qu’on peut répéter selon les circonstances.

7° L'hydrochlorale de fer, ou muriate defer, est très déliquescent. Dans cet état on le nomme huile de mars. Il est d’un rouge brun, d’une odeur particulière, d’une saveur très - styptique et métallique. Son action est plus prononcéeque dans les antres préparations ferrugineuses. On l’a administré à la dose de 1 0 à 60 centigrammes (2 à 12 grains), plusieurs fois par jour.

8° L’hydroeyanate de fer (fer evanogéné , prussiate de fer, bleu de Prusse , etc.) est une préparation qui n’est en usage que depuis peu , et que l’on croit plus active que lesautres. Elle a pourtant l’inconvénientd’ètre une composition incertaine et d’une énergie aussi douteuse. On la prescrit à la dose de 5 , 10 et 15 centigrammes, qu’on peui répéter.

9° Le sulfate de fer, ou vitriol de mars factice. On l’obtient Cristallisé , d’une couleur azur verdâtre claire, qui, à l’air sec , éprouve une efflorescence pulvérulente , blanche , et jaunit avec le temps. Parmi les différentes préparations de fer , cette derhière est peut-être là meilleure, à cause de son énergie remarquable et constante.

Le sulfate de fér n’â pas d’odeur , sa saveur est douçàtre très-styplique. La dose ordinaire est de 20 à 60 centigrammes (4 à 1 2 grains) par jour. On a élevé cette dose , et nous avens nousmêine imité cette pratique , jusqu'à 1 grritume, 1 gramme et demi (20 à 30 grains) par jour. D’après Mérat et Dclens, on l’a donné à des dosés plus élevées encore, 4 grammes (1 gros) à la fois (17); mais dans ce cas il agit comme

(17) Dictioim. de mat. méd., vol; lu, p. 234. Sçhneidt., Recepte, p. 292.

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