‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 87 sur 168 · ACIDE HYDROCHLORIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE HYDROCHLORIQUE

OU CHLOKHÏDIUQUE .

(Acidum hydrochloricum.)

§ Ier. Caractères physiques. — On a d’abord donné à cet acide les noms d’esprit de sel, d’acide marin, d’acide muriatique, parce qu’on le relirait du sel marin, appelé autrefois muriate de soude. A mesure que la chimie a fait des progrès, il a changé de nom ; aujourd’hui on l’appelle acide hydrochlorique ou chlorhydrique.

Il est gazeux, incolore, d’une saveur acide , piquante ; exposé à l’air humide, il absorbe l’eau et répand d’abondantes vapeurs blanches, épaisses, d’une odeur suffocante. Il est très -soluble dans l’eau, ce liquide pouvant en dissoudre 464 foisson volume à la température de +20° et sous la pression moyenne de l’atmosphère. A l’état liquide cet acide est incolore, très-caustique, d’une odeur forte et piquante: échauffé et exposé à l’air, il entre facilement en ébullition , laisse dégager beaucoup de gaz acide chlorhydrique et s’affaiblit ; chauffé avec l’acide azotique il constitue l’eau régale.

§ II. Notions chimiques. — Cet acide est formé de l’union du chlore et de l’hydrogène, à parties égales en volume; sans condensation. Il rougit fortement la teinture du tournesol. Son existence dans la nature en état libre est douteuse ; mais on le rencontre à l’état de combinaison dans plusieurs eaux thermales, et avec des oxides métalliques. En faisant traverser le gaz chlorhydrique par un courant électrique , on le décompose en chlore et en hydrogène. La propriété qu’a cet acide de précipiter l’azolale d'argent en flocons blancs insolubles dans l’eau et les acides le rend facilement reconnaissable. On obtient cet acide en décomposant le chlorure de sodium (sel marin) par l’acide sulfurique.

§ III .Effets chez les animaux et chez l'homme bien portants. — Le gaz acide

chlorhydrique pur asphyxie immédiatement les animaux qui le respirent. Ce résultat n’est pas dû au resserrement de la glotte, ainsi qu’on l’avait avancé, mais bien à l’action dynamique de l’acide, laquelle occasionne dans l’appareil de la respiration et de la circulation un état de paralysie ou d’immobilité; mêlé à une certaine quantité d’air atmosphérique il excite la toux, le larmoiement, et un écoulement muqueux par les narines. — Sous forme liquide cet acide a la même action que les autres acides: s’il est étendu d’eau, il abaisse la température animale, ralentit le pouls, détermine des frissons et de la pâleur; s’il est concentré, il occasionne des effets chimico-physiques destructeurs sur les parties qu’il louche, et il lue promptement (94). Si l’on examine attentivement les effets de l’acide chlorhydrique sur le corps humain, l’on verra qu’ils sont moins énergiques que ceux des deux acides précédents. Eu conséquence les effets dynamiques, appelés nerveux parles toxicologues, c’est-à-dire le froid aux extrémités, la pâleur mortelle , les convulsions , la face hippocratique, la faiblesse ou la disparition du pouls, les sueurs froides et visqueuses , les lipothymies, etc., sont bien plus évidents et bien plus graves , et la mort en est ordinairement la conséquence immédiate. Effectivement dans le cas rapporté par Orfila l’administration de la magnésie , tant préconisée par les toxicologues, n’a pu sauver la vie à ce malheureux, et cela probablement parce qu'il aurait fallu laisser de côté le neutralisant chimique, et employer immédiatement le secours dynamique, savoir : les excitants , la magnésie n’ayant fait qu’empirer le mal.

§ I Y. E {Jets dans les maladies. — Les différentes maladies dont nous avons parlé à l’occasion des acides sulfurique et azotique ont été traitées avec le même succès par l’acide hydrochlorique. Les fièvres aiguës , putrides , malignes , et la phthisie ont été traitées avantageusement avec cet acide par Wright (95), par Fordyce (96), par Flajani (97), par Zugeu-

(94) Traité des poisons, t. i, p. 133.

(95) The London med. journ., vol. .m, P. i.

(9G) On ibe virt. of mur. acid, in tbe cure of putrid discas. London, 1789.

(97) llufcland’s Journal, 14 Bd., 4SI., p. 129.

ACIDE NITRO

bühler(98), etc. Les fièvres intermittentes l’ont été également par Lange (99) et par Ilopf (100) ; Ferriar s’en est servi clans des cas de phthisie et de fièvre étique avec sueurs colliquatives (1); Van-S\viéten , dans le scorbut (2) , ainsi que llahnemann (3) et Zeller (4); Zeller et Pearson , dans la syphilis , mais seulement comme palliatif (5); Ferriar, dans la scrofule (C) ; Zeller , dans les obstructions et phlogoses chroniques des glandes mésaraïques (7) ; Helmont et Schulpe , dans l’ischurie et dans la dysurie (8) ; Jonders, dans l’épilepsie (9); Thiel (10), dans la coqueluche. On l’a appliqué localement avec avantage sur la gangrène, au dire de Kirkland (1 1 ), de Kieser (12), de Werneck ( 1 3). De Meza a touché avec un pinceau trempé dans cet acide des ulcères de mauvais caractère, soit de la bouche, soit d’autres régions (14); Plenk s’en est servi de la même manière contre la teigne ( 1 5); Linné le loue contre les engelures ( 1 6), et Wyatt, contre les blennorrhées en injections dans l’urètre (17).

§ Y. Appréciation de l'action. — Nous croyons inutile de nous arrêter sur toutes ces maladies; car elles sont les mêmes dont nous avons parlé à l’occasion des

(98) Ibid., 25 Bd., 4 St., p. 97.

(99) De Rem. Brunsvic. domest. 4769.

(100) Allg. med. Ann. 1812, p. 150.

(1) Med. liyst., n. îx, p. 171.

(2) Comment., t. m, p. 560.

(3) Tradtiz. délia. Chimie, d. Monro , t. i, p. 77.

(4) Prakt. anm. üb. d. Vorzügl. Nutz.

d. Badsch. Wien, 1797.

(5) Duncan , Mem. of med., lust. î , vol. t.

(8) Prælect. in disp. Brand. , p. 575.

(9) llufeland’s Journal, 13 Bd. , 4 St., p. 145.

(10) Thiel, Salzb. med. chir. Zei t. , 1813. n. 30.

(11) Inq. inlo the près. stat. of med. surg. London, 1786, t. n.

(12) Brugmans u. Delpech, üb. d.

Hospilalbr. 1816.

(13) Med. chir. Zoit., 1 Bd., p. 71.

(14; Act. soc. R. Havn., vol. n, 1791,

(15) Morcnheim. Wicn. Bcytr. z.

prakt. Arzn. 1783, 2 Bd.

(10) Mat. med. Erlang., 1780, p. 297.

(17) Med, çhir. pharin.» p. 103.

müRUtiqoe. oyj

autres acides , leur nature étant incontestablement phlogislique. La conclusion que nous en tirons , c’est que l’acide chlorhydrique est un hyposthénisant vasculo- veineux.

§ VI. Action mécanique. — L’acide chlorhydrique est indiqué pour prévenir la formation de la pierre , dans les cas où les principes qui concourent à sa formation sont de nature à être dissous par lui ou à former avec lui des sels solubles. — La propriété qu’a le gaz hydrochlorique de détruire les couleurs et les odeurs a suggéré à Guy ton de Morveau l’idée de l’employer pour désinfecter les tombeaux et les prisons malsaines , ce qui lui a parfaitement réussi , ainsi qu’à Mojon de Gênes. Presque à la même époque , ce dernier purifia une église dans laquelle beaucoup de monde avait été asphyxié par des émanations des tombeaux mal fermés et encombrés de cadavres, et qui avaient empoisonné l’atmosphère.

§ VII. Mode d'administration. — La manière d’administrer cet acide ne diffère nullement de celle des autres dont nous avons parlé.

Formule-modèle.

2| Acide liydrochlorique liquide, 1 gram.

(20 grains).

Eau de fontaine, demi-kilogr. (t livre). Sirop de fleurs de pêcher, 30 grammes

(1 once). Blêlez.

A prendre un demi-verre à la fois.

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