‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 88 sur 168 · OU C1ILORO-AZOT1QUE · texte numérisé non relu

OU C1ILORO-AZOT1QUE

(Acidum hydrochloro-nitricum.)

Sept parties d’acide azotique et cinq d’acide hydrochlorique , mêlées peu à peu ensemble dans un inatras , forment un liquide qu’on nommait autrefois et qu’on nomme encore aujourd’hui eau régale , parce qu’il dissout l’or , que les alchimistes regardaient comme le roi des métaux. Cet acide a une odeur piquante ; ses vapeurs, d’un jaune rougeâtre, sont incommodes et même nuisibles à la respiration. — 11 est évident que ce composé doit être doué de l'action hyposthénisaïUe vasculaire , puisque lellç

396 CHLORE

est celle de ses deux composants. On s’est servi de ce mélange contre le scorbut et la syphilis (18); mais, vu la variation dans le degré de son énergie, on renonça à son usage intérieur , et on l’a réservé seulement pour l’usage extérieur sous forme de bain. — Si l’on demeure dans un de ces bains pendant vingt ou trente minutes, la nuit suivante, on éprouve une transpiration très- abondante , et on ressent une faiblesse générale. La salivation et l’urine deviennent abondantes et très-acides sous l’influence des mêmes bains. Ces bains déterminent en outre assez souvent des pustules à la peau. Bell fl 9), Johnson (20), Daulop

(21), Wallace (22), Core(23), et d’autres ont loué beaucoup l’usage de ces bains , soit entiers , soit partiels ( bains de siège, pédiluves). On a traité par ce moyen la syphilis et les maladies bilieuses. Scott, Tantini,Cheyne, Lavagna, Lendrick.etc.

(24) , se louent de ce mode de traitement contre les hépatites chroniques; Dapfer,

(25) conlre le rhumatisme chronique et la goutte ; Ith , contre la céphalée et l'hypochondrie (26); Scott, contre l’alopécie (27) , etc.

Ou conçoit sans peine que les avantages qu’on relire de ces bains dépendent de l’aclion dynamique de leurs éléments qui , résorbés par la peau , passent dans le sang. — On peut préparer ces bains acidulés avec 60 grammes (2 onces) et 90 grammes (3 onces) d’acide hydrochlorique , 1 8 0 grammes (6 onces) d’eau

(18) Scott, On the intern. and extern, us. of the nitro-mur. acid in the cure of diseas. Edinb. med. com., dec. in, t. î, p. 191. — Bernhard, Diss. de util. ac.

nitr. et mur. in se mixt. Lips., 1725.

(19) Surg. obs. Lond., 1817.

(20) Essay of the indu, of tropic. clim. Lond., 1821.

(21) A treatise on the med. Powers of the nilro-muriat. balh. in var. dis. Lond., 1820.

(22) Researc. resp. the med. power ofclilor. Lond., 1822.

(23) Obs. from exper. on the aid obt.

in var. dis. Lond., 1822.

(24) Rep. med. chir. di Torino, t. iv, p. 194 ; t. v, p. 145.

(25) Omodei , Ann. univ. di med.

Febb. et marzo 1824, p. 264. Gcn., 1829, p>. 217, e otiobre 1830, p. 195.

(26) Richter, Auf. Arzn., 4 Bd., p. 73.

(27) Dictionnaire de médecine çt do çhirurgic pratique, t. y, p. 545.

pure , qu’on met dans un même flacon.

On verse ensuite ce mélange dans 70 ou 80 kilogrammes d’eau de fontaine à la température de 90 à 95° Farenh.

CIILORE. ( Chlorum .)

§ Ier. Caractères physiques. — Le chlore , qu’on avait regardé jusqu’à ces derniers temps comme un composé d’acide muriatique et d’oxygène , et qu’on avait nommé acide muriatique déphlogistiqué ou oxygène , est une substance simple , gazeuse , d’un jaune verdâtre , d'une odeur particulière , désagréable , trè.s- forte et suffocante. Son poids est presque le double de celui de l’air atmosphérique. La flamme que l’on plonge dans ce gaz pâlit eu s’agrandissant, prend une teinte rouge et s’éteint. L’eau eu dissout , à la température de 20° et sous la pression de 0 m. 76 , une fois et demie son volume. Cette solution aqueuse a la couleur et l’odeur du chlore gazeux, une saveur aigre slyptique.

§ IL Nolions chimiques. — Nous ne nous arrêterons pas à toutes les propriétés chimiques du chlore; nous dirons seulement qu’il a une grande affinité pour l’hydrogène, qu’il enlève à presque tous les corps. Aussi , en faisant agir le chlore sur les matières colorantes, végétales ou animales , détruit-il leur couleur par suite de l’absorption d’une partie de l’hydrogène qui entre dans leur composition. On n’a pas encore trouvé le chlore pur dans la nature ; il se rencontre trèssouvent combiné avec des métaux , notamment avec le calcium , le sodium , le magnésium. Si l’on met en contact le chlore gazeux avec le phosphore, l’antimoine, l’arsenic, etc., pulvérisés, il en est absorbé, et il eu résulte des chlorures solides ou liquides avec dégagement de calorique et de lumière.

Le chlore liquide est décomposé par la lumière, par le calorique, par l’air et par le temps , qui le transforment en acide chlorhydrique. L’eau, en se décomposant, laisse dégager l’oxygène:

c'est pour cela qu’il est nécessaire de le conserver à l’abri de la lumière et loin des autres causes qui poucraientl’altérer.

§ III. Effets chez les animaux. — JVyslen , ayant placé de petits animaux sous une cloche remplie de chlore gazeux , les a vus mourir instantanément.

Cela lui lit dire que la mort , dans ce

CHLORE

cas , n’éfait pas le résultat d’une asphyxie, niais bien de l’action immédiate du chlore sur leur appareil respiratoire, avant que le gaz ait pu êlre absorbé.

Cetle conclusion n’est pas bien légitime, puisque l’asphyxie est certainement un moyen plus prompt pour donner la mort que ne le serait une action locale sur une partie quelconque de l’appareil destiné à la respiration. Quant à nous, nous sommes persuadés que le chlore n’a tué ccs animaux qu'après avoir été absorbé et avoir agi sur leur dynamisme. — Le chlore liquide , légèrement concentré , introduit dans l’estomac d’un petit chien à la dose de 150 grammes (5 onces), le tue dans l’espace de quelques heures.

L’autopsie du cadavre fait -voir que la muqueuse de l’estomac est d’une couleur rouge foncée; les autres organes ne sont pas sensiblement altérés (28). A la vue de cette altération à la surface de l'estomac , on s’imagine communément que ce liquide est doué d’une action irritante. Nous savons pourtant qu’une inflammation , quelque violente qu’elle soit, ne peut donner la mort instantanément. La mort cependant peut arriver de la sorte par une hyposthénie extrême, et , a coup sûr , le chlore peut fort bien la déterminer.

§ IY. Effets sur l'homme bien portant. — L’homme meurt également en respirant le chlore pur. Mêlé à une portion d’air atmosphérique , il produit un sentiment d’étranglement , un resserrement dans la poitrine suivi d’une toux sèche et de douleurs. Les chimistes sont souvent exposés à ces indispositions lorsqu’ils préparent le chlore. — Le chlore liquide , étendu dans soixante fois son poids d’eau , aide la digestion. Halle s’est assuré de ce fait sur lui-même et sur d’autres (29). A l’état de concentration , il agit à peu près comme les autres acides. — L’action véritable du chlore suffisamment étendu d’eau nous a été révélée par plusieurs médecins de l’Allemagne ; nous en sommes d’autant plus contents que , par leurs propres observations , ils commencent à voir un peu clair en matière de thérapeutique , et nous espérons qu’ils ne tarderont pas à adopter les idées qui nous sont propres. Fis-

(28) Orfila, Toxic. Swarlzc Ph. Tain, p. 15t.

(H1.)) Mérat, Diction, de mat. méd..

t. il, p. 243.

cher, en effet, ne met aucun doute à déclarer que le chlore peut remplacer la saignée (30) ; Pfeufer le regarde aussi comme un excellent anli - phlogistique (3 1). Goden et Spiri tus (32) l’ont prescrit pareillement comme tel dans le plus haut degré dcphlogose. Richter convient luimême que le chlore abat l’éréthisme des vaisseaux sanguins , modère la circulation du sang, et qu’il agit ainsi, par conséquent , comme anti-phlogistique (33).

Ne sachant pas cependant se dépouiller des anciens préjugés de son école, cet auteur ajoute aussitôt après que le chlore est un puissant stimulant pour les tissus d’une vitalité inférieure, tels que les vaisseaux lymphatiques , les vaisseaux exhalants, les glandes, les membranes séreuses, muqueuses, et même le système de la veine porte. Une pareille contradiction , qui chez nous serait ridicule , passe inaperçue chez les médecins de cette école , qui admet qu’un tissu peut se trouver en guerre avec un autre tissu, un organe en opposition d'action avec un autre organe , une propriété vitale avec une autre. Pour nous, il nous suffit de nous en tenir au fait , savoir : que le chlore abaisse directement l’énergie des vaisseaux sanguins , convaincus que nous sommes que toutes les autres fonctions sont subordonnées à celle de la circulation. Nous pouvons en conclure que leur énergie sera abaissée de même par l’action du chlore.

On conseille ordinairement aux personnes qui se trouvent mal par l’effet du chlore soit gazeux , soit liquide, de faire usage de l’ammoniaque et de l’esprit-devin. Nous ne nous attendions pas de rencontrer ce précepte dans l’ouvrage d’Orfila , lequel pense que les effets du chlore sont excessivement irritants. Il faut dire qu’il a appris cela des Allemands (34). Quoi qu’il en soit , le précepte acquiert plus d’autorité du moment qu’il a été reconnu bon par nos adversaires.

§ V . Effets dans les maladies. — Du moment que ce nouvel agent thérapeutique a été découvert et séparé de ses com-

(30) Ilufeland’s Journ., GG Bd., 2 st., p. 42.

(31) D. Scharlachs. Wcsen u. s. Bebandl. Würzb. 1810.

(32) Rust’s, Magaz., IG Bd., p. 56G.

(33) Ausführl. Arzneim., 4 Bd., p. 78.

(34) Kagtncr, Arclriv., 3 Bel., p. 335.

CHLORE

binaisons avec d’autres corps , on l’a employé dans plusieurs maladies fort graves. De ce nombre est l’hydrophobie, contre laquelle Fourcroy (35) et Brugnatclli furent les premiers à vanter le chlore. Plusieurs médecins italiens, tels que Previtali , Arrigoni , Ghislanzoni , Narcisi, Bongiovanni, Annelli et autres, l’expérimentèrent également (3G). On a prétendu qu’un Anglais était tellement convaincu de l'efficacité de ce moyen coulre la rage, qu’il n’a pas craint de se faire mordre par un chien enragé ; il a fait usage du chlore et la maladie ne s’est point développée. Plusieurs de ces auteurs rapportent des cas d'individus mordus par des chiens enragés , et qui , ayant été traités à l’aide du chlore , n’ont pas éprouvé les symptômes de la rage, ou ils ont été guéris de cette maladie déjà développée. Dans ces cas le chlore a été administré de deux manières : à l’état liquide par la bouche , et en fomentations répétées sur la plaie. On comprend que sur la blessure le remède n’agit que comme moyen mécanique en cautérisant les tissus; il a là pour but de détruire immédiatement le venin ou d’en empêcher la résorption. On a regardé toujours la cautérisation de la plaie comme le moyen préservatif le plus sûr. Le chlore , par la propriété qu’il a de détruire les matières animales , peut être d’une grande utilité dans ces cas. L’action du chlore qu’on donne par bouche est bien différente : il agit alors par la voie de l’assimilation et par sa propriété hyposthénisante. L’idée que le chlore peut conserver dans le torrent circulatoire ses propriétés chimiques et détruire ou neutraliser le virus rabique , est trop contraire à la saine physiologie pour être admise. — Quant à la question de savoir si cette propriété dynamique, liyposthénisanle du chlore est capable de combattre l’état pathologique de la rage, on ne peut la décider sans de nouvelles expériences ; il faudrait que le remède fût donné à dose convenable et sans aucun autre médicament dans des cas où les symptômes de la maladie seraient déjà déclarés. C’est ce qu'on n’a pas encore

(55) Rœmers, Ann. d. Arzn., 2 Bd., 1 st., p. 32.

(37) Giorn. di fisic., dec. i, vol. îx, p. 810; dcc. n, vol. ii, p. 47. Report, med. chir. di Fir. 1821, p. 28.— Ouiodci, Ann. univ., aprile 1822.

fait, à ce que je sache; puisque, dans les faits que j’ai lus d’hydrophobie , on a combiné toujours à l’administration du chlore d’autres remèdes plus ou moins énergiques.

Ou a accordé au chlore une grande confiance dans lejjlraiiement du typhus et des fièvres qui ont une tendance au coma et à la putridité. Plusieurs cas de guérison de ces fièvres ont été publiés par Band, par Es tri haut (38) , par Kopp (30). par Spargerber (40), par Wolf (41), par Braun (4 2) et p r Sacco (43). Comme ces affections ne sont, d’après nous, que des artéro-méningites ou méningo-gastrites , il est évident qu’un hypo.thénisant vasculaire , tel que le chlore , doit être d’un précieux secours. — Dans la scarlatine, Brothweite (4 i), Pfeufer (45), Goden (46) et Spiritus (47) en ont tiré de bons effets. Ces auteurs regardaient le chlore comme un remède antiphlogistique ainsi que nous avons déjà dit. Ils le trouvent aussi efficace dans des cas de menace de gangrène. Kopp (48) et Kretschmar (49) ont guéri avec le chlore des fièvres intermittentes anciennes; ce qui rend incontestable dans ce remède l’action hyposthénisante analogue à celle du quinquina. — Dans les fièvres inflammatoires avec menace de phrénitis , notamment chez les enfants , Kopp (50) et Melhausen (5!) ont eu à se louer du chlore. — Les convulsions chez les enfants , à l’époque de la dentition , ont été traitées par Kopp (52) à l’aide du

(38) Mérat et Delens , Dict. de mat.

méd., t. ii, p. 245.

(59) Beobacht. in Geb. d. ausüb.

Heilk., p. 217.

(40) Horns , N. Arcli, f. med. Erf., 1809, 10 Bd., p. 52.

(41) Ilufeland’s Journ., 39 Bd., 2 st., p. 18.

(42) Ibid., 56, 5 st., p. 67.

(45) Ibid., 5 st., p. 130.

(44) Duncan, Ann. of med., vol. ni, lust. n.

(45) D. Scharlach s. Wesen., etc.

Wurzt., 1819.

(46) D. Wes. u. d. Hcilen. d. Scharl.

Berl., 1522, c. xn.

(47) ltust’s Magaz., 16 Bd., p. 566.

(48) llorns, N. Arcli. cit., 1807, 6 lïd., p. 520.

(49) Ilufcland’s Journ., 36 Bd., 5 st., p. 127.

(50) Beobacht. cit., p. 217.

(51) Rusl’s Magaz., 26 Bd., p. 386.

(52) Ibid.

CHLORE

chlore. Toël (53) s'en trouva également bien chez des sujets atteints de convulsions congestives. Pfefer combattit avec succès le trismus (51), et Bonnet les névralgies (55). — Le chlore a clé prescrit avec avantage contre l’anasarque par Mctzdorf (56) et par Ruppius (57). Hartmann l’a vanté contre l’hydrocéphale

(58); Nyslen et Kopp, contre les pertes sanguines (59); Kopp et Cruikshank , contre la syphilis (GO); ainsi que Eichroilt (61) et Capuron (6V); Kopp, contre la stomatite (63). — On a aussi traité par le chlore la cyanose (64). La teinte morbide et particulière que prend le sang dans celte affection prouve assez que le vice le plus souvent organique , qui en est la cause, a son siège dans l’appareil de la circulation et plus particulièrement dans le cœur. Il paraîtrait donc, dans ce cas, que le chlore calme l’orgasme morbide que le vice organique entretient dans cet appareil. — Le carreau, maladie qui attaque parliculièrement les enfants, a été traité avantageusement avec le chlore parHeyfelder (65). ]\ous ne dirons rien sur cetle maladie mais il est assez démontré, que sa nature est inflammatoire, parle traitement anti-phlogistique , qui parvient souvent à la guérir. — Tout le monde sait que le chlore gazeux est contraire à la respiration ; lorsqu’il pénètre dans les poumons, il excite la toux , un étouffement , et même l’asphyxie : aussi ne saurait on pas comprendre au premier abord comment il put servir de remède contre certaines affections pulmonaires,

(53) llorn’s Arch. f. med. Erfahr., 1825. Marz u. april, p. 285.

(54) Friedreich u. Hesselbach Beilr. z.

nat. u. Heilæ., 2 Bd., p. 93.

(55) Journ. de méd. chir. et pbarm., par Leroux, t. xxxvm.

(56) Hufeland’s Journ. Y. 38 Bd., 1 st.,

(57) Allg. med., ann. 1822, p. 851.

(58) Ilufeland’s Journ., 45 Bd., 1 si., p. 9.

(59) Ci-dessus cités.

(60) Yersuch u. Erf. üb. d. Wirk. d.

Sauerst.

(61) Allg. med., ann. 1819, p. 1007.

(62) Traité des maladies des enfants, t. n, n. 10.

(63) Beobacbt. cit.

(64) Ilufeland’s Journ., 52 Bd., 1 st., p. 14.

(65) Beob. ü die Krankb, d. Neugcb.

Leip., 1825.

telles que l’asthme , la toux, le catarrhe chronique et notamment la phthisie. Le hasard pourtant fit voir à Gannal, à Bourgeois et à Cotlereau que plusieurs ouvriers phthisiques ou prédisposés à cette maladie, éprouvaient quelque soulagement, en habitant tout près des établissements où on se sert du chlore pour blanchir les toiles et le coton. On en conclut qu’un tel soulagement aurait pu être produit par les atomes de chlore répandus dans l’atmosphère et inspirés par ces sujets. Les expériences qu’on fit ensuite prouvèrent que, si le chlore n’est pas le moyen le plus sûr de guérir la phthisie , il peut du moins soulager beaucoup les malades. Chevalier a rassemblé plusieurs faits en faveur de cette thèse (66); Fermon (67) et Toulmann (68) l’ont administré avantageusement dans le catarrhe pulmonaire chronique ; Bernard, dans la toux opiniâtre (69); Richard, dans la dyspnée (70); et Bretonneau dans le croup (71). Bien que les faits connus ne soient pas encore assez nombreux pour iuspirer une confiance entière , néanmoins ils sont assez concluants pour engager à tenter de nouveaux essais. Le gaz chlore employé avec la circonspection convenable, à l’aide des appareils appropriés, et en le mêlant à une certaine quantité d’air atmosphérique, perd sa propriété mécanique irritante et n’agit alors plus directement sur les voies pulmonaires que pour en modérer l’hypersthénie, notammentsur les vaisseauxsanguinsde cet organe. Par ce moyen on parvient à affaiblir l’orgasme vasculaire et la chaleur morbide qui brûle et détruit, pour ainsi dire, les organes pneumatiques.

Le chlore liquide appliqué à l’extérieur mérite aussi quelque confiance.

Un grand nombre d'auteurs l’ont employé utilement pour nettoyer les plaies sordides , les ulcères fongueux, gangréneux, scorbutiques, pour guérir des impéligo, la gale, la teigne, la pourriture d’hôpital. On le trouva aussi utile contre les engelures. Eisenmann de Würtzburp-

(66) Sur les chlorures, p. 329 et 375.

(67) Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. xvn, p. 37.

(68) Omodei, Ann. univ. di mcdic.

Lugli. eAgost. 1834, p. 596.

(69) Journ. de la soc. acad. du dép.

delà Loire-Inf., t. iv, p. 128.

(70) Moral, Dict., t. i r, p. 248.

(71) Ibid., p. 249.

CHf.ORE.

assure qu’en humectant avec du chlore liquide les pustules varioliques , on en rend le caractère très-benin et on empêche qu’elles laissent des cicatrices apparentes (72). — Enfin les bains de chlore comptent parmi leurs plus ardents partisans le docteur Wallace qui assureque les bains chlorurés sont d’une grande efficacité contre la goutte, le rhumatisme, le scrofule, la syphilis ancienne, et surtout les inflammations du foie; les lésions organiques du cœur et l’hydropisie que l’auteur regarde comme une conséquence de la maladie du foie (73). Nous nous permettrons de faire observer à ce sujet qu’aucune induction pathologique n’explique pourquoi l’hépatite puisse donner lieu à des vices cardiaques. Il est probable que Wallace est tombé, lui aussi , dans l’erreur que nous avons signalée en parlant du fer ; savoir, qu’il aura pris la pâleur vasculaire pour de la couleur jaune hépatique propre aux affections du foie, et aura attribué au foie une maladie qui appartient au cœur ou aux principaux vaisseaux. Quoi qu’il en soit, le bain hydrochloruré n’est pas moins recommandable dans le cas en question , car son action hyposthénisante ne produit pas moins ses effets salutaires sur le système Vasculaire. D’autres auteurs, entre autres Zeise (74) et Julius (75), ont aussi employé avec beaucoup d'avantage les bains de chlore.

§ VI. Appréciation de l'action. — L’action dynamique du chlore est assez clairement démontrée par les faits et réflexions que nous venons d’exposer. Elle n’est pas différente de celle de l’acide liydrochlorique (hyposthénisante vasculoveineuse.

§ Y II. Action mécanique. — Le chlore jouit de propriétés mécaniques très-importantes. La première est celle de détruire sans retour les odeurs, les couleurs, les émanations, les différents produits organiques, les miasmes, les virus. Sans nous occuper de la question de savoir si c’est à Guy ton de Morveau, à Ilallé , ou à d’autres qu’est due la découverte de l’importante propriété du

(72) Omodei, Ann. univ. di med.

Luglio e agoslo 1834, p. 304.

(73) Research, resp. the med. poxver of chlor., etc. Lond., 1822.

(74) Nye Ilvgea. August. 1820, p. 70.

(75) Bulletin des sciences médicales do Férussac, t. x, p. 83.

chlore comme désinfectant, nous devons la signaler comme d’une immense utilité pour l’humanité. Les lalrines , les tombeaux, les hôpitaux, les prisons, les églises , les lazarets, tous les lieux enfin de grande réunion d’hommes ou d’animaux, de matières en putréfaction, etc., renfermant un air impur et nuisible , peuvent être purifiés promptement au moyen des fumigations guyoticnnes.

Tous les objets susceptibles d’être imprégnés des principes miasmatiques , ou contagieux , et qui peuvent servir de moyen de transport ou de communication, peuvent être désinfectés en les exposant à la vapeur du chlore. Une longue expérience a confirmé l’exactitude de ces assertions. Les différents auteurs qui ont écrit sur la natu re et le caractère des miasmes et des virus n’ayant émis jusqu’à présent que des hypothèses , nous ne sauvions dire positivement comment le chlore agit pour détruire ou neulraliser la condition miasmatique. Quelques personnes présument qu’il s’empare de l’hydrogène qu’on suppose constituer la condition dont il s'agit.

Toujours est-il cependant qu’il serait absurde d’attribuer au chlore un pouvoir anti-septique, anti-contagieux dans l’intérieur de notre corps vivant; là en effet ses propriétés chimiques ne peuvent s’exercer , les forces vitales soumettant le médicament à l’empire de l’assimilation : le chlore qui s’assimile n’est plus du chlore, il devient du chyle, de la lymphe, du sang; une fois l’infection commencée , les particules délétères ne se trouvent plus à portée de cet agent chimique pour en être neutralisées ou détruites. Si le chlore pouvait conserver ses propriétés chimiques dans les vaisseaux lymphatiques ou veineux , il détruirait ces vaisseaux avant d’atteindre le virus en circulation. S’il était possible que les miasmes et les virus sentissent l’action du chlore et pussent être détruits dans l’intérieur de notre corps, ainsi qu’ils le sont au dehors, une grande classe de maladies serait jugulée avant de naître. Celui qui aurait touché un galeux, celui qui aurait fait un commerce vénérien impur, celui qui aurait contracté la petite-vcrole, ou toute autre maladie contagieuse , n’aurait qu’à se saturer d’eau chlorurée (ce qu’il pourrait faire sans danger, ainsi que nous le verrons bientôt), pour être exempt de toute infection; mais l’ expérience prouve que cela n’cnxpûchc pas la maladie de marcher. On

CHLORE

peut sc préserver de l'infection en ayant recours au chlore, avant que le principe vénéneux ait pénétré dans le corps ; alors , il peut être certainement détruit , mais une fois que ce principe est mêlé aux humeurs en circulation, la maladie aura immanquablement son cours.

Si dans ce cas le chlore est utile, ainsi qu’il l’est effectivement dans la syphilis, dans la variole et dans plusieurs autres affections à fond spécifique , c’est par son action dynamique hyposlhénisantc.

Il est utile de la même manière que le seraient d’autres substances hyposthenisantes, soit animales , soit végétales ou minérales, acides ou alcalines, etc. Tout cela ne fait aucune différence dans le grand travail de l’assimilation. On doit en conséquence renoncer à l'idée de désinfecter à l’aide du chlore les dernières voies de l'organisme vivant. Mieux vaut mettre à protit la propriété chimique de cet agent, propriété déjà assez précieuse pour purifier les substances qui pourraient s’introduire dans notre organisation. Ainsi, les bains, les lavages de chlore liquide , les fumigations de chlore gazeux, tels sont les moyens dont on fait usage dans les cas de soupçon d’infection , et cela avant de s’exposer, et même après s’être exposé au danger. 11 est des individus qui par ce moyen se sont préservés de l’infection vénérienne , dans des cas où d’autres en ont été infectés, pour avoir négligé de se laver avec du chlore étendu d’eau. Tout praticien devrait avoir toujours sur lui un semblable moyen , lorsqu’il approche un malade qui serait en état de communiquer sa maladie. Il devrait dans l’hôpital, avant et après la visite , ne pas omettre de se laver les mains avec de l’eau chlorurée , ou quelqu’aulre préparation analogue , soit pour se préserver lui-même, soit pour mettre les malades qu’il est chargé de traiter, à l’abri d'une affection qu’il pourrait leur transmettre.

La cautérisation des blessures empoisonnées, des bubons infectés se pratique avec le chlore. D’abord, pour plus de sûreté, on commence ordinairement par appliquer le fer rouge, ensuite le chlore, lequel pourrait avoir l’avantage sur le feu , de s'introduire, de pénétrer plus profondément, et atteindre, s’il est possible, les molécules ou principes délétères qui auraient déjà pu être pénétrés profondément.

On accorde aussi au chlore la propriété mécanique de dissoudre; ou mieux

Giacomini.

encore de prévenir la formation des calculs d’oxalate de chaux et d’acide nilrique (70). — Quelques auteurs ont vanté le chlore comme anthelmintique. Nous faisons observer que l’art possède aujourd’hui d’autres moyens plus énergiques.

§VUJ. Mode d’admi/iislration. — On n’emploie ordinairement par la bouche que le chlore liquide ; sa prompte allérahiliié, cependant, exige qu’on s’en serve aussitôt préparé, et dans des proportions déterminées, c’est-à-dire que l’eau soit mêlée avec un volume cl demi de gaz.

I.a dose est de 4 à 10’ grammes (de 1 à 4 gros). On peut y ajouter un sirop quelconque, ou en faire des pilules avec de la mie de pain, d’après la formule de Brugnatelli : celle dose est très-lcgèrc et on peut la dépasser au besoin sans inconvénient. Goeden et Spangenberg ont donné l’eau chlorurée à la dose de G , 9, et même 18 décagraraines par jour (de l à 5 onces). Ce dernier auteur est parvenu à en donner jusqu’à 30 décagr. (10 onces), en vingt-quatre heures. Outre la précaution que la solution aqueuse du chlore exige d’être récemment préparée, car le chlore sous l’influence de la lumière et du calorique décompose l’eau , et se transforme en acide chlorhydrique en dégageant l’oxigène, il faut bien se garder de le mêler à d’autres substances, ou de Je mettre dansdes récipients métalliques: le liquide ne doit être tiré de la bouteille qui le renferme qu’au moment de s’en servir.

Le malade doit le boire promptement sans en inspirer la vapeur. Ces remarques font déjà comprendre pourquoi il faut garder les bouteilles d’eau chlorurée dans un endroit obscur et enveloppées de papier noir. La solution aqueuse de chlore peut servir pour lotion sans subir aucune préparation. Pour rendre son séjour plus long sur une partie malade , on peut l'employer sous forme de liniment composé de 4 grammes de chlore liquide (l gros) et 30 grammes (1 ouce), d’huile d’amandes douces.

Le bain de chlore gazeux proposé par Wallace, se prépare en mêlant trois parties de sel de cuisine, qui n’est autre chose qu’un composé de chlore et de sodium, et une partie d’oxide noir de manganèse (proloxide de manganèse). Au moment de faire dégager le gaç chlore,

(70) Dœberoiner, Ann. générales dos sciences physiques, t. iv.

ACIDE OXALIQUE

On verse sur ce mélange trois parties d’acide sulfurique, et on recueille le gaz dans un récipient propre à contenir la partie qu’on veut exposer à l’action du chlore. La machine de Galés pour les fumigations de soufre peut servir aussi pour le chlore lorsqu’on veut agir sur tout le corps. Il va sans dire que toutes les fentes de l'appareil doivent être hermétiquement fermées, sans quoi le gaz s’échapperait. La température de l’appareil doit être de 28° R. On pourra y faire dégager aussi des vapeurs aqueuses si on le juge nécessaire. Le malade pourra rester dans l’appareil pendant une demiheure durant le dégagement du gaz. ■ — Quant à l’inspiration du gaz rldore dans les maladies pulmonaires , Gannal et Cottereau imaginèrent un appareil particulier.

( Note cl. trad.) [Voici la manière d’opérer à Paris les fumigations de chlore. On se sert d’un flacon à double goulot : l’un de ces goulots s’adapte à un tube droit , l’autre à un tube recourbé ; ces tubes doivent être exactement lutés. Le tube droit plonge dans 120 grammes (4 onces) d’eau chaude à 30 ou 32 deg. centigrades, qu’on met dans le récipient avec le chlore liquide. Le malade inspire par le tube recourbé l'air qui surnage sur l’eau chlorurée du flacon. De l’air extérieur pénètre en même temps dans le tube droit, traverse l’eau du flacon, entraîne le chlore, ou remplit le flacon, et est inspiré par le malade. On ne permet pas au malade de faire plus de huit à dix fumigations par jour de la durée de quatre à six minutes. — Le chlore gazeux pur , appliqué sur la peau, ne tarde pas à produire des picotements très-vifs, du prurit , de la transpiration , des pustules très petites et rapprochées. Si l’application de cet agent est continuée pendant long-temps , il en résulte une douleur très-vive et une rougeur érysipélateuse.]

Le but de cet appareil est de mesurer la quantité du gaz, d’enlretenir le mélange de l’air atmosphérique et de vapeurs aqueuses à un degré convenable, et de faire en sorte que l’inspiration du gaz ne soit pas permanente; le tout, enfin , est organisé à l’instar des appareils qu’on voit dans les fabriques pour blanchir les toiles, les estampes, la pâte de papier, etc. Cette application cependant pourrait être beaucoup simplifiée. Il suffirait peut-être de faire dégager dans la chambre du malade une certaine quantité

de chlore pour atteindre le but selon les exigcancesde la maladie. Les vapeurs désinfectantes qui portent le nom de fumigations Guytoniennes, s’obtiennent avec 3 décHgram. (l once) depéroxidc de manganèse, 9 décagrammes ( :t onces) de chlorure de sodium , C décagrammes (2 onces) d’acide sulfurique, et 9 décagrammes (3 onces) d’eau pure. On conserve ce mélange dans des flacons bien clos , qu’on ouvre seulement lorsqu'on veut faire dégager le gaz chlore; le calorique en favorise le développement. — Comme il faut employer de très- petites quantités de chlore pour qu'il ne soit pas incommode, on se sert depuis quelques années du chlorure de chaux. C’est tout simplement de la chaux mouillée éteinte , qu’on imprègne de chlore. En exposant ce composé à l’air, le chlore s’en dégage peu à peu. On préfère aujourd’hui pour la désinfection, au lieu de l’acide hydro* chlorique, le chlorure de chaux.

Formule-modèle.

2| Chlore liquide, tG grammes (4 gros). Sirop de guimauve et eau distillée, parties égales, 120 grammes (4 onces).

Mêlez et conservez dans un flacou bien bouché et dans un endroit obscur.

A prendre en huit fois.

ACIDE OXALIQUE

[Acidum oxalicum).

§ I*r Caractères physiques. — Le règne végétale offre plusieurs acides qu’on emploie souvent dans la pratique de la médecine. Parmi ces acides on compte l’acide oxalique, ainsi nommé parce qu’on le trouve dans l’oseille. Il se rencontre aussi en union de la potasse , de la soude, de la chaux , dans les pois chiches , dans plusieurs lichens, dans certains calculs urinaires, etc. On l’appelle aussi acide saccharin parce qu’on peut l’obtenir par la décomposition du sucre. L’acide oxalique cristallisé se présente sous forme de longs prismes quadrangulaires, incolores, transparents, ou bien en lamelles rhomboïdales d’une saveur très -acide. Il rougit fortement l’eau de tournesol.

§ II. Notions chimiques. — Quoique les chimistes ne soient pas entièrement d’accord sur la composition de l’acide

ACIDE OXALIQUE

oxalique, il paraîtrait d’après les dernières recherches de Thomson , de Berzclius, de Dulong et de Dœbereiner, qu’à l’état sec il ne contient pas d’hydrogène, ainsi qu'on le prétendait autrefois, mais qu'il est simplement formé de deux volumes d’acide carhouique et d un volume d’oxide de carbone , ou bien de quatre atomes de carbone et trois atomes d oxygène. Il est soluble dans neuf parties d’eau à la température ordinaire. Exposé à l’air sec il tombe en efflorescence en perdant les deux tiers de sou eau de cristallisation. Le calorique se volatilise presque entièrement. 11 a une grande affinité pour la chaux qu’il enlève même à l’acide sulfurique ; aussi est-il souvent employé comme un excellent réactif pour décéler la présence de la chaux avec laquelle il forme de l’oxalate de chaux.

§ III. Effets sur les animaux. — Nous avons déjà fait observer d’après les expériences de Chrislison et de Coindet, que l’acide oxalique mis dans un estomac de cadavre le perfore en peu d’heures ; tandis que , dans l’estomac d’un animal vivant, il n'exerce son action mécanique que sur la membrane interne seulement:

la corrosion complète n’a lieu réellement qu’après la mort. Ces deux expérimentateurs ont administré à deux animaux une dose mortelle, mais chez l’un l’acide était concentré , chez l’autre il était délayé. Ce dernier mourut plusieurs heures plutôt que l'autre. Le retard de la mort chez celui- ci a été attribué à l’action chimique du poison , laquelle cautérise les membranes de l’estomac et les rend incapables d’absorber. De là, la conséquence que l’acide oxalique produit la mort par absorption et nou par action corrosive. Ces faits s’accordent parfaitement avec d’autres expériences que nous avons entreprises et dont plusieurs ont été déjà exposées dans les prolégomènes de cet ouvrage. Si l’on veut se donner la peine de répéter nos expériences, on verra l’exactitude des principes que nous avons déduits, et le danger de l’application des préceptes toxicologiques généralement adoptés. — De ces expériences nous tirons celle conséquence que c’est par son action dynamique que l’acide oxalique lue les animaux ; car s’ils étaient morts par l’effet de son action irritante ou chimicophysique , on aurait dû trouver des lésions graves dans les voies gastriques , tandis qu’il n’y avait ni inflammation ni érosion,

§ 1Y. Effet* chez l’homme bien portant. — L’acide oxalique a déjà fourni plusieurs exemples d’empoisonnement.

Pendant long -temps on ne connaissait pas toute sa force , et on Je confondait facilement avec le sulfate de magnésie : de là des erreurs formidables qui ont été observées surtout en Angleterre (77). La dose qui a donné lieu à ces événements a été variable de 1 2 à CO grammes (de 4 gros à 2 onces). Avec 24 gram. (G gros) la mort arrive en cinq minutes. L’empoisonnement commence ordinairement par des douleurs à l’estomac et le long de l’ésophage, lesquelles sont suivies de vomissements violents. Peu à peu la circulation du sang devient lente et faible, le pouls imperceptible , et un froid glacial et des sueurs visqueuses annoncent l’approche de la mort. Les médecins anglais ont pensé que l'action de l’acide en question était sédative et que la mort était le résultat de la paralysie du cœur. Ils proposent de traiter cet empoisonnement par le carbonate de chaux, et plus particulièrement par la magnésie. Cette pratique fait voir combien ils sont encore éloignés de l’état actuel de la science toxicologique. Puisque le poison est absorbé, que peut- on espérer des neutralisants chimiques? Croirait-on empêcher, au moyen de la magnésie, la paralysie du cœur, ou élever l’énergie vitale de cet organe déjà abaissé par l’acide oxalique? Ce serait là une illusion des plus grossières , car les praticiens anglais regardent eux- mêmes la magnésie comme un purgatif réfrigérant. Espcre-t-on, peutêtre , neutraliser avec elle l’acide , en produisant un oxalate de magnésie ? Supposons que cela put arriver dans l’estomac : mais ce nouveau sel serait-il indifférent à l’organisme, et n’aurait -il pas, lui aussi, une propriété hyposthénisanle ainsi que l’expérience le démontre ?

D’ailleurs , si Je vomissement a déjà eu lien au moment de l’administration de la magnésie, à quoi ce moyen pourrait-il servir? L’effet dynamique est déjà produit, et il ne saurait être combattu par le remède en question. Que si le vomissement n’a pas encore eu lieu , ne ferait-on pas mieux de l’exciter pour expulser tout- à -fait par la voie la plus

(77) Royslon, The London med.Teposit., t. i, p. 382. — Chrislison et Coindet, The Edinb. incd, and surg. Journ., april 1823.

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courte le poison, plutôt que (le le neutraliser? Nous ne parlons pas des toxicologues des autres nations qui caressent encore les mêmes erreurs à l’égard de l'acide oxalique (78), et qui prescrivent les remèdes anti - phlogistiques pour en combattre les effets. Nous avons acquis la conviction que ces moyens hâtent singulièrement la mort. Les seuls remèdes capables de combattre les efl’ets dynamiques de l’acide oxalique sont les hypersthénisanls les plus énergiques et diffusifs, tels que les éthers , l’alcool , l’opium. — L’acide oxalique à petite dose,, délayé dans beaucoup d’eau , peut être administré comme une limonade agréable et rafraîchissante.

§ V. Effets dans les maladies et appréciation de l’action. — Il n’y a pas à douter de l’action hyposthénisante vasculaire de l’acide oxalique. Les maladies dans lesquelles il a le mieux réussi sont les inflammations. Il a été administré sous forme de limonade. Il a été aussi très-utile contre le scorbut et dans quelques épidémies. On a, dans ce cas, prescrit le bi oxalate de potasse (sel d’oseille).

[Note d. tracl.) [Carendeffez considérant l’acide oxalique comme un des meilleurs remèdes lithotriptiques , le vante beaucoup contre l’affection calculeuse (a). Marlhès rapporte le cas d’une dartre croùteuse guérie par l’application répétée des cataplasmes de feuilles d’oseille [b). On sait que Pinel appliquait avec avantage les feuilles d’oseille cuites sur les ulcères scrofuleux (c). Avant lui ce moyen était en usage en Angleterre. D’après Batt et Marcet le bi-oxalate de potasse ne serait pas seulement un anti-phlogistique , un rafraîchissant , mais encore un excellent remède antigoutlcux. Dans ce dernier but on le prescrit ordinairement à la dose de 2 grammes (demi-gros) dans uu kilogramme d’eau sucrée, à prendre par petites doses dans le courant de la journée. L’oxalate acide de potasse peut faire partie de la potion anti-émétique de Rivière. — Ur-

(78) Rave und Klostermann, Ilarless, N. Jahrb. d. deutsch. med. u. chir., 2 suppl., 1827, p. 177. — Orfila, Toxicologie. t. n, p. 611 .

(a) Samml. Auscrles. Abhandl. z.

Gebr. f. p. Aerzte, t. xxiu.

(b) Journal d« médecine et de chirurgie pratique, 1824, p. 550.

(c) Piml, philwphi».

bon dit avoir administré avec succès, dans sa longue pratique de quarante années, le jus de l’oxalis acetosella contre les fièvres intermittentes ( d ).]

§ VI. Action mécanique. — L’action chimique de l’acide oxalique n’est pas aussi forte qu’on le croit. Les sucs gastriques suffisent presque toujours pour la modérer. En thérapeutique on ne fait aucun usage de l’action caustique de l’acide oxalique. Le chimiste s’en sert comréactif pour reconnaître la présence de la chaux dans les liquides, et aussi pour détruire les couleurs à base de fer, pour enlever les taches d’encre sur le papier ou sur du linge.

§ VII. Mode d’ administration. — On ne doit prescrire l’acide oxalique que sous forme liquide et très -étendu. La dose ordinaire est de 80 à 100 centigrammes (16 à 20 grains) dans un demi-kilogramme (1 livre) d’eau ; on y ajoute un peu de sucre. Dans les maladies inflammatoires graves, on peut porter la dose à 4 et même à 8 grammes (1 à 2 gros) partagées en plusieurs prises dans le courant de la journée.

Formules-modèles.

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