CHIRURGICALE
tible avec les faits que nous révèle l'expérience. Il n'est pas douteux que la danseuse d'Opéra de Lisbonne avait un mal qui ne pouvait être très-grave; probablement il y avait une altération de ses sécrétions naturelles , ou elle pouvait tout au plus avoir quelque affection purulente. Maintenant, rappelons nous un autre fait qui s'accorde avec ce que je viens de dire en parlant de la danseuse d'Opéra. Dans les grandes villes de France on a la coutume de faire inspecter les filles publiques , une fois par semaine, par des médecins ad hoc. Telle était la mesure établie lorsque j'étais à l'étranger. M. Evans, qui stationnait à Valenciennes , procéda à plusieurs de ces visites faites sous la direction de la police. La garnison anglaise qui se trouvait à Valenciennes à celte époque était de quatre ou cinq mille hommes , et beaucoup d'entre eux souffrirent cruellement de la maladie vénérienne. Il y avait parmi eux le nombre au moins habituel de cas de syphilis ; cependant M. Evans nous dit que dans les visites dont il est question ici, et où l'on examina avec soin plusieurs centaines de prostituées , on trouva fort peu de syphilis. M. Ricord, qui a été conduit par ses recherches à reconnaître une seule espèce de virus vénérien , après avoir signalé l'influence de la situation et du tissu, décrit les variétés et les formes particulières des chancres comme s'étant développées après et sous l'influence de conditions qui n'ont aucun rapport avec la cause spécifique : telles sont , par exemple, des particularités de la constitution , des maladies antécédentes ou concomitantes, l'hygiène elle traitement général ou local que l'on suit. « C'est pourquoi , dit-il , nous voyons des malades qui ont des chancres phagédéniques avoir contracté la maladie de personnes qui paraissaient n'avoir que des ulcérations légères (I). »
M. Travers indique un mode parlicnlier de transmission de la maladie vénérienne : il suppose que dans quelques cas une femme peut être un intermédiaire passif d'infection, c'esl-àdire lorsqu'elle a eu des relations avec un individu infecté et qu'ensuite elle se livre au coït avec un homme sain ; ce dernier pourra être infecté, bien que la, femme puisse échapper k la maladie. Ceci
XI) Ouvr. «ité, p. 136.
TRAITÉ
revint et disparut alternativement penquelque temps. A. peine il s'était écoulé
sur6 avoir guéri des malades par ce procédé dans l'espace de dix, douze ou quinze jours, tandis qu'en suivant le iraiicment ordinaire ils n'obtenaient la gu6rison qu'au bout do six semaines ou do deux mois. D'autres chirurgiens ont recours, dès le premier temps, aux injections aslringeiUes, dont la base est le vitriol blanc. Ils se proposent, en combattant sur-lechamp l'irritation produite par le virus, d'en prévenir ou d'en arrCtcr les effets, et d'empêcher l'écoulement de la gonorrhée; ils font prendre intérieurement du calomélas, et prescrivent une ou deux purgations. Le récit de leur succès pourrait engager à suivre leur procédé. Il est vrai que ces injections suppriment l'écoulement, font cesser les cuissons du canal; mais la plupart des malades qui en font usage, ont bientôt un testicule tuméfié ei douloureux, ou des bubons aux aines : à quelques-uns, il se déclare des symptômes de vérole; d'autres deviennent sujets à la dysurie et à la strangurie par le rétrécissement, les duretés ou des embarras de l'urètre. Loin de conseiller celle manière de traiter la gonorrhée, nous la regardons comme dangereuse; il faut laisser parcourir à la maladie ses périodes. Lorsque l'inllammalion de l'urètre est Irès-vive, cause de fortes cuissons en urinant, et rend les érections très-fréquentes et très-douloareuses , si elle résiste aux saignées, aux bains, aux boissons adoucissantes, au régime et au repos, nous avons réussi bien des fois à la calmer au moyen d'injections composées:
d'extrait thébaïque, un scrupule; gomme arabique, deux gros ; liuile d'amandes douces, une once, et six onces d'eau de rivière. Il faut avoir soin de ne pas pousser fortement la liqueur dans l'urètre, de l'y retenir quelques minutes en comprimant les bords de l'orifice du gland contre le canon de la seringue, qui aoit être bien obtus, et enfoncé peu profondément. Los Anglais se servent de seringues d'ivoire pour ces injections. On les réitère trois ou quatre fois par jour et même la nuit. On a encore recours aux injections, lorsque la gonorrhée est opiniâtre, devient chronique et babiluclle. Avant de les employer, il faut rechercher les causes qui perpétuent l'écoulement. L'opiniâtreté des gonorriiécs peut dépendre du défaut de régime, do la nr.auvaise constitution des malades, de l'acrimonie ou de quelques autres vices particuliers des humeurs, cl surtout du
une année depuis le dcrniei» écoulement, qu'il fut attaque d'une grande difficulté
vice dartreux, qui a une très-grande affinité avec le virus de la gonorrhée; elle peut être l'effet d'engorgements lymphatiques situés dans le tissu de l'urètre, d'ulcères formés dans l'intérieur de ce canal ; elle peut enfin être entretenue par l'infection vénérienne générale, quelquefois même par le vice du traitement. Le traitement des gonorrhôes récentes, inflammatoires, est devenu très-simple depuis quelques années. L'observation a déterminé à abandonner à la nature la guôrison de celte maladie. On conseille dans le premier temps des boissons adoucissantes, telle que l'eau d'orgeat, le petit-lait, ou une solution de trois gros de gomme arabique et de douze grains de nitre sur une pinte d'eau ; on prescrit des lavements , quelques bains, la saignée, si l'inflammation est forte, le régime, le repos et l'usage d'un suspensoir. Quelques jours après la cessation des symptômes inflammatoires, si la langue est chargée , on donne une ou deux purgations douces. Le dégorgement continue encore à s'opérer, mais la matière de l'écoulement devient d'une couleur jaune, puis blanche; les taclies qu'elle forme sur les linges sont moins épaisses dans le milieu et très-pâles dans la circonférence, où s'est répandue la parlie la plus aqueuse. Enfin l'écoulement se tarit; il ne sort plus de l'urètre que le matin, et pendant quelques jours, une mucosité épaisse. Lorsqu'au contraire l'écoulement subsiste, et que les malades sont inquiets sur sa durée, on leur fait prendre des balsamiques. La potion siiivanie et la boisson d'eau de riz nous ont très-souvent réussi pour tarir ces écoulements opiniâtres , même quand ils restent jaunes et abondants : eau distillée de menthe, esprit-de-vin , baume de copahu et sirop capillaire, de chacun deux onces; eau de fleurs d'oranger, une once; esprit de nitre dulcifié, deux gros. Mêlez, prenez deux cuillerées à bouche de celte potion le matin, une à midi et une autre dans la soirée; continuez-en l'usage pendant douze jours. Elle est dégoûtante, elle cause quelquefois des coliques et lâche le ventre, mais la gonorrhée se dissipe sans qu'il s'ensuive d'accidents. Si les personnes qui sont attaquées de celte maladie observent scrupuleusement le repos cl le régime, elles obtiennent une guérison plus prompte. On remarque en effet que les plus légers écarts dans le régime apportent dçs changements manifestes, tani dans
DES MALADIES DES
d'uriner. Polt, célèbre chirurgien anglais, lui passa des bougies cl rétablit le
laquaniitti que dans la nature de l'ticoulenient gonorrliéiquc ; en renouvelant ou en augnienlant l'inflammalion , ils rendent'la matière qui se forme dans l'urètre et plus abondante et plus virulente, où plus propre à exciter dans les parties qu'elle baigne le mode d'action qui constitue la gonorrhée. C'est ainsi qu'une inarclie forcée, l'exercice du cheval, la danse, l'abus des liqueurs «ichaulTantes, des aliments fortement épicès et acres, les jouissances immodérées avec les femmes, prolongent la durée de l'écoulement, et rendent infructueux les remèdes sur l'eflicacité desquels on aurait pu compter. Les personnes d'un tempérament flegmatique, celles qui ont quelque tendance aux scrofules, les vieillards, tous ceux enfin qui sont peu susceptibles d'une inflammation vive, sont particulièrement exposés aux gonarrhôes clironiques. L'action vitale , trop faible chez eux pour atténuer et dénaturer des sucs viciés, ne fournit dans le cours de cette maiadie qu'une matière séreuse et peu abondante. Il ne se fait que peu ou point de dégorgement, et l'écoulement devient plus ou moins opiniâtre. On peut alors aider la nature en l'aiguillonnant par des médicaments toniques et irritants. C'est dans ces circonstances que l'on a employé avec avantage les tisanes sudoriliques et fondantes, les eaux minérales ferrugineuses, les préparations martiales et balsamiques, le kina , etc. C'est surtout dans ces cas que les topiques iri-itanls ont eu de nombreux succès. Les injections avec l'alcali lixe minéral, à la dose de deux gros d#ns une pinte d'eau distillée, ont souvent terminé, en huit à dix jours, un écoulement qui durait depuis plusieurs mois. On a aussi fréquemment réussi en injectant une dissolution de deux grains de mercure sublimé corrosif dissous dans huit onces d'eau distillée. On a encore recommandé l'eau phagédénique, affaiblie par son mélange avec une forte décoction de racine de guimauve. Cette injection a plusieurs fois opéré des guérisons pour lesquelles on avait vainement tenté tout autre moyen. Enfin, si l'opiniâtreté de la gonorrhée parait dépendre de l'habitude des humours à se porter sur l'urètre, ou de la laxité et du relâchement des tuniques de ce conduit, on peut avoir recours aux injections astringentes, et les faire, soit avec une dissolution d'alun ou de viiriol dans l'eau de plantain, soit avec l'eau de Uabel affaiblie, soit avec une dé-
VOIES URINAIRES. 'jO'if
cours des urines. Le même accident revint à plusieurs reprises, et céda toujours
coction d'écorce de cliùne, de kina , de racine deiormentillc, soit enfin avecle sangdragon, etc. Quoique toutes ces injections, aient à peu près la mémo propriété, souvent il est arrivé qu'après en avoir essayé inutilement de plusieurs espèces , une nouvelle injection réussit , et cette môme injection est sanseffetsur un autre malade. Nous avons bien rarement recours dans notre pratique aux injections pour tarir ces écoulements. Lorsque les remèdes internes n'ont pas tout le succès que nous espérons, nous préférons de laisser la gonorrliée s'user pour ainsi dire par elle-même et mourir de vieillesse. Les injections procurent bien la cessation de l'écoulement, mais elle n'est pas toujours une annonce certaine de la guérison radicale de la gonorrhée habituelle. Il arrive fréquemment qu'après une interruption de quinze jours, d'un, de deux et même de six mois, cet écoulement se renouvelle pour cesser ensuite et reparaître au bout d'un temps plus ou moins éloigné. La ténacité de ces gonorrhécs provient alors des duretés ou des nodosités qui se sont formées dans le tissu spongieux de l'urètre, ou bien elle dépend d'ulcères dans ce canal. Les nodosités sont autant d'engorgements lymphatiques qui fomentent dans l'urètre une espèce de phlogose, laquelle à son tour entrelient l'écoulement. Quelquefois celui-ci se tarit à la longue, cl les duretés restent. Le malade se croit guéri; mais tôt ou tard il survient des embarras dans le canal, qui rendent l'exci'éliou des urines de plus en plus difficile, et produisent enfin la rétention. Les injections alcalines, les bains locaux et les fomentations de la même nature suffisent ordinairement pour produire la fonte de ces duretés. Si ces duretés résistent à ces moyens, elles cèdent à l'action des bougies et â celle des sondes élastiques; alors la guérison radicale de la gonorrhée suit de près leur disparition. On ne doit plus contester que les gonorrhées sont quelquefois compliquées d'ulcères dans l'urètre. L'organisation do ce canal ne présente aucune disposition conlrairo à la formation de ces ulcères. Pourquoi ne s'y en formerait-il pas comme il s'en forme sur le gland, sur le prépuce, dans l'intérieur de la bouche? Les cuissons et les douleurs locales et constantes dans un point du conduit, soit en le pressant, soit pendant l'éjection des urines ou de la semence; enfin la ténacité de l'écoulement gonorrhéique verdàtre et jau-