AVERTISSE3IENT DE L'AUTEUR
J'offre au public le résultat d'une étude particulière sur les Maladies des Voies urinaires. Un grand nombre d'observations que j'ai recueillies dans les auteurs, dans les Mémoires de différentes académies et dans les hôpitaux, m'ont aidé à la composition de ce Traité. Je l'ai enrichi de beaucoup de faits qui m'ont été communiqués par de bons observateurs. J'y ai ajouté ce que j'ai pu voir et pratiquer moi-même sur les malades que j'ai soignés. Avec cette abondante récolte, il m'a été facile de joindre l'exemple au précepte. J'aurais dû peut-être abréger les détails de quelques observations que j'invoque à l'appui de la théorie que j'expose; mais comme elles peuvent donner heu h d'autres inductions et à d'autres rapports, j'ai cru devoir les conserver en entier. Mon but principal est d'être utile aux étudiants en chirurgie : j'espère qu'ils trouveront dans cet ouvrage un ensemble de faits propres h. les instruire.
TRAITE
DES MALADIES
DES VOIES UUIINAIRES.
[.es organes destinés à la sécrétion et à l'excrétion de l'urine sont sujels aux vices de conformulion , aux plaies, au spasme, à l'inflammalion, à l'atonie, à la paralysie, aux tumeurs, aux ulcères, aux fistules, à répaississement, aux callosités, à l'obstruction , au rélrécisscment et à l'oblitération de leurs conduits, à l'introduction et à la formation de corps étrangers et de pierres, enfin aux vices de leurs fonctions. — Ces maladies se distinguent, suivant leur siège, en lésions des reins, des uretères, de la vessie et de l'urètre. Elles sont propres à ces organes, ou dépendent des affections des parties qui leur sont unies ou voisines. Mais comme elles n'existent point sans que les fonctions des voies uriiiaires soient lésées, on les disiingue aussi en maladies qui allèrent les qualités naturelles de l'urine, et en maladies qui en affectent le cours, et qui sont les vices de la sécrétion de ce fluide, et ceux de son excrétion. La première partie de cet ouvrage traitera de ses fonctions dans l'élat de sanlé et dans l'état de maladie ; les autres parties com prendront les maladies des voies urinaires, suivant leur siège dans ces organes.
des fokctions des voies uninmrus dans l'État de santé.
Les fonctions des voies urinaires concernent la sécrétion et l'excrétion de
l'urine, ou consistent à séparer cette humeur du smg. h la porter dans un réservoir OÙ elle séjourne quelque temps, et à la transmettre au dehors. Les organes qui opèrent ces fonctions sont les reins , les uretères , la vessie et l'urètre. Nous supposerons la connaissance anatoraique de ces parties, et nous ne considérerons que le mécanisme et les phénomènes de la sécrétion et de l'excrétion de l'urine, dont nous exposerons ensuite la nature et les qualités. — La sécrétion de l'urine est une fonction par laquelle celte humeur est séparée du sang dans les reins, pour le purifier des parties aqueuses et salines surabondantes, et qui ne doivent plus y rentrer. Elle est utile à la conservation de la vie , et peut être suspendue quelque temps sans que l'homme périsse; mais elle n'est point soumise à sa volonté , il ne peut ni l'accélérer ni la retarder. Avant d'exposer ^le mécanisme de celte fonction , déterminons si les reins sont les seuls organes où elle s'opère.— On ne peut contester que les reins ne servent à la sécrétion de l'urine. 11 est facile d'en juger par l'odeur qu'elle leur donne; et par sa sortie de leurs conduits excréteurs, en ])ri'ssant légèrement leurs mamelons. Galieii a fait des expériences décisives à cet égard : il a lié l'un des uretères dans un animal vivant; ce canal s'est rempli d'urine audessus de la ligature, la vessie n'en a reçu que île Tauire uretère. Il a ôté celte ligature, et l'urine a coulé de ce même côte dans la vessie. Ensuite il a lié les
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deux uretères, et la vessie , après avoir été vidée, est restée vide. Puis il a coupé l'un et l'autre uretère au-dessus de la ligature, et l'urine s'est épancliée dans le ventre. Outre l'expérience analomique , les faits de dissections de sujets morts de rétention d'urine, de pierres dans les uretères, ont appris que ces conduits se sont dilatés prodigieusement du côté des reins, que les reins étaient remplis d'urine , et formaient un grand sac oii elle s'est amassée. Entin les plaies et les fistules à la région lombaire, qui pénètrent dans les reins et qui fournissent continuellement de l'urine , ne démontrent-elles pas que ces organes sont destinés à la sécrétion de cette humeur?
Quelque fortes que paraissent ces preuves, ou a cherché un autre passage à l'urine qui s'amasse dans la vessie. La vitesse avec laquelle les eaux minérales fournissent le fluide urinaire dans cet prgane, l'évacuation de l'eau desbydroipiques par la voie des urines , et celle ',les lavements , ont paru demander des i.onduits différents de ceux des reins.
|3n a prétendu que des porosités Iraver- (.cnt l'épaisseur des membranes de l'estomac et de la vessie , que ces porosités laissent passer une partie de la boisson dans la cavité du ventre , que cette liqueur est repompée par la vessie , et qu'elle est évacuée au dehors sans avoir passé par le grand détour de la circulation. Il existe des porosités aux membranes des viscères du ventre, par lesquelles }a vapeur abdominale s'exhale et est jibsoi'bée ; mais ces porosités ne donnent point passage aux fluides portés ou amassés dans la cavité de ces viscères, comme celles d'un filtre; elles ne traversent pas toute l'épaisseur des meml)ranes qui forment ces viscères. Les fluides qui pénètrent par ces porosités îont attirés ou absorbés par les orifices des vaisseaux lymphatiques qui y répondent, et qui portent ces fluides dans le cours de la circulation. Il n'y a pas plus de transsudation des liqueurs à travers l'épaisseur des membranes de l'estomac et des intestins, pendant la vie, qu'il n'y en a après la mort. On sait que ces viscères retiennent , après la mort , l'eau dont on les remplit: et il n'est pas probable que pendant la vie ils se laissent traverser par l'eau ou par les liquides qui se trouvent dans leur cavité.
Une preuve directe combat et la trans- SUdalion par l'estomac , et la résorption par U vçssjç. Si l'estomac exhalait la
boisson ou l'eau minérale , on sentirait un flot de fluide dans le ventre; de môme, si la vessie exhalait , pourquoi se remplirait-elle successivement d'urine, quand quelque embarras comprime, rétrécit, obstrue son col ou l'urètre, pourquoi ne se dégorgcrait-elle pas dans la cavité du ventre? Si la vessie absorbait, il n'y aurait point d'ascite, d'épanchement d'eau dans le ventre. Pourquoi trouverait-on si peu d'urine, et une urine si trouble , si épaisse, dans une vessie dont les uretères sont obstrués?
et pourquoi la boisson, l'humeur contenue dans l'estomac, ne viendraient-elles point dans la vessie y délayer celte urine? D'ailleurs ce phénomène, qui fait la plus grande difficulté , savoir , le passage rapide de l'eau froide , des eaux minérales, dans la vessie, n'est pas exactement vrai. Quand on boit de l'eau froide, une eau minérale, on rend quelquefois sur-le-champ de l'urine, mais ce n'est pas l'eau qu'on vient de boire que l'on rend , c'est une urine colorée qui a séjourné dans la vessie , et que l'irritation causée par le froid ou par l'afflux d'un nouveau fluide en a fait sortir; l'urine pâle et limpide ne paraît que trente minutes et même une heure après qu'on a bu(l). La grandeur des artères rénales et la vitesse de la circulation suffisent pour juger du temps où l'on peut rendre par la voie des urines ce qu'on a pris par la bouche; il faut que la liqueur soit absorbée par les veines lactées ou lymphatiques de l'estomac et des intestins, qu'elle passe danslexianal Ihoracique , dans la veine sous-clavière gauche , dans la veine cave supérieure ,
(1) Le passage dont il s'agit peut se faire plus rapidement que ne l'annonce Chopart ; mais il n'est pas du tout nécessaire, pour expliquer le fait, d'admettre une communication directe de l'estomac à la vessie. Il suffit de se rappeler que la plus grande partie des fluides poricis dans l'estomac et les intestins passe immédiatement dans les veines de ces organes, ainsi que cela rôsulle des expériences de M. Magendie et des miennes sur l'absorption intestinale , et de prendre en considération le développement du système de la veine porte, l'aciiviié do la circulation du sang el la grosseur des artères rénales (voir dans le Précis élémentaire do pliysiologie par M. Magendie, 1825, les articles Absorption lymphatique Q\ SççiHiçH winaire), S.
DES MALADIES DES
dans les cavités droites du cœur , dans les artères et les veines pulmonaires , dans les cavités gauches du cœur, dans l'aorte et dans Its artères rénales. Mais quand tous ces vaisseaux sont chargés de sang , pleins d'eau minérale , de vin , etc., alors on ne saurait continuer à Tjoire sans pisser incessamment, puisqu'à proportion que ces liqueurs avancent il en survient une éyale quantité , et qu'il y a comme une suite de filets d'eau depuis l'estomac jusqu'aux reins. Quant à l'eau des hydropiques, elle peut s'évacuer avec les urines après avoir été résorbée par les porosités du péritoine , qui tapisse la surface interne de l'abdomen et les viscères qu'il renferme. Il en est de même de l'eau des lavements qu'on rend par les urines, lorsque cette eau, injectée dans l'anus, a été résorbée par les veines lymphatiques du rectum et du colon. Ainsi l'urine ne peut passer dans la vessie sans avoir été filtrée dans les reins : ces viscères sont donc la seule partie du corps oii ce fluide se sépare du sang. Yoici comment s'opère cette sécrétion.
Le sang porté par les artères rénales aux reins, dont la quantité est évaluée à la quatrième partie de celui de l'aorte abdominale , contientles matières aqueuses , muqueuses et salines qui entrent dans la composition de l'urine , comme le sang du tronc cœliaque , des artères mésentériques. Ces matières y sont mêlées et combinées avec les autres parties du sang; elles ne s'y trouvent point en propre nature , comme dans les uretères et la vessie. Le sang pénètre les ramilications arlérielles qui se divisent, se replient, se courbent en arcades, dans la substance corticale des reins. Il y passe avec d'autant plus de vitesse, que ces artères naissent de l'aorle , qu'elles sont très-grosses et courtes , et qu'elles font près de leur naissance un angle obtus en haut et aigu en bas. Il parcourt ces ramifications d'autant plus rapidement, qu'elles paraissent épaisses et solides relativement à leur diamclre, qu'elles résistent beaucoup à la dihilalion , et qu'elles se terminent en partie dans les veines sanguines, et en partie dans des conduits sécréteurs, sans avoir de fréquentes anastomoses ou co:nmunicalions entre elles, puisque toute espèce de liqueur injectée dans les artères rénales passe avec rapidité dans les veines sanguines et dans les vaisseaux de l'urine. Mais, parvenu vers les racines de ces
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veines , le sang y passe avec moins de vitesse, parce (jue les veines capillaires continues aux arlères sont plus petites, et reçoivent moins de sang qu'il n'en est apporté par les artères , ou offrent plus de résistance à son passage. Le sang sera donc forcé de se porter dans d'autres conduits , qui naissent aussi des ramifications artérielles , qui leur sont pareillement continus , mais qui sont plus étroits que ces ramifications, et qui ne correspondent point avec les veines sanguines.
Ces conduits sont les vrais organes sécréteurs de l'urine : ils reçoivent la partie la plus fluide ou la sérosité du sang; ils exercent sur elle une action particulière qui la modifie et la convertit en urine. Pendant qu'une partie de la sérosité passe dans ces conduits, la partie globuleuse ou le cruor, qui , par sa pesanteur, répond davantage à l'axe dea artères, se porte dans la direction et dans le calibre des veines, avec la sérosité qui n'a point pénétré dans les conduits sécréteurs, et suit le cours de la circulation sanguine. Mais une portion de cette sérosité qui entre dans les conduits sécréteurs , ou dans les dernières ramifications arlérielles, Iranssude à travers leurs porosités, et s'épanche dans le lissu fdamenteux et cellulaire des reins , où , après avoir servi à la nutrition de ces viscères, le résidu est repris par les veines lymphatiques, qui, de veine en veine , le portent au canal thoracique. L'autre portion , ou la matière nrineuse , qui est en plus grande quantité que celle-ci, avance de ces petils conduits dans ceux qui forment les tuyaux urinifères de la substance lubuleuse des reins, et coule de ces tuyaux dans ceux qui composent leur substance mamelonnée et qui s'y réunissent (I).
Le cours de la matière urineuse est
(l) Cbopart se paie ici de mots. La mécanisme de la sécrétion rénale nous est inconnu. On sait seulement que les nialériaux de l'urine doivent être fournis par le sang, puisque ce liquide est le seul qui arrive aux reins. 'Toutefois il est probable que , dans ces organes , le principe nerveux, quoi qu'il soit, agit pour la fabrication de l'urine d'une manière plus ou moins conforme i\ celle que suit le principe électrique pour opérer les merveilles de composition et de dûcomposition dont les laboratoires de nos Chimistes sont le théâtre. S.
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«liMcrminé dans ces coiiiluils pnr l'aclion des iirlires rénales, par celle du anf.r^ qui passe dans ces artères ; elle y avance par l'impulsion de la séro-ité urineuse qui se sépare continm llcmenl du san^', qui presse celle qui est devant elle, et la fo'-ce de passer des rameaux dwns les brandies ; par l'aclion vilalc de ces conduits, jiar celle des artères qui les accompagnent, par la liression du diaphragme et des muscles alidouiinaux , par les ébranlenienis que les reins éprouvent dans les niouvemenls du corps.
Celle humeur qui conslilue l'urine, qui va des conduits urinairesaux mamelons, est trouble et imparfaile; ses priucipis ne sont pas encore bien combinés ; il faut ([u'elle soil élaborée, que les parties hétérogènes se séparent, que les parties homogènes se rassemblent , il faut qu'elle prenne de lu consistance, de la couleur, de l'odeur , et tous h s caractères de l'urine. Ce premier travail s'opère en parcourant les conduits urinawes, en passant des ramifications dans des rameaux , de ceux-ci dans des branches, et enfin dans des troncs qui s'ouvrent à la surface de l'Iiéinisphère libre des mamelons, laquelle est percée de pelils pores très-visibles, par lesquels il est ires-aisé de faire sortir l'urine. De ces mamelons, dont le nombre n'est guère moins de huit, ni plus de dix-liuit , l'urine coule dans des calices ou tuyaux membraneux, du même nombre à peu près que les mamelons, qui la transmettent dans les organes excréteurs. Voilà le mécanisme de le sécrétion de l'urine.
Cette sécrétion s'opère plus promptement ou plus lentement, et fournit une quantité plus ou moins grande d'urine , suivant l'élat de constriclion ou de relàclienient de ces conduits, suivantla quantité de la sérosité du sang. Elle varie aussi suivant l'âge, le sexe, les lempcraments, les climats, les saisons , les aliments. In nature et la (pianlité des boissons, le repos et l'exercice, le sommeil et la veille, l'état des autres sécrétions , les passions et certaines maladies. Ces différences seront exposées en traitant de l'urine.
L'excrétion de l'urine est une fonction par laquelle cette humeur, séparée du sanjï dans les reins , et versée dans leurs l)assinels, est transmise dans les uretères, dans la vessie, et expulsée de cet organe dans l'urètre, qui la conduit nu dehors. Considérons le mécanisme et les phénomènes de celle fonction, — L'urine suinte
des mamelons dans les calices par les orifices des conduits urinaires , qui sont béants. De ces calices elle coule dans le bassinet, canal en forme d'entonnoir ou de cône , dont la base est en haut et en dehors, et communique avec les trois conduits qui résultent du concours des calices , et dont le sommet est en bas et en dedans, et se continue avec l'uretère. Du bassinet l'urine passe dans l'uretère, qui la transmet dans le bas-fond de la vessie , oii se termine ce canal par une embouchure plus étroite que sa cavité, et qui est coupée obliquement sans avoir aucune valvule. — L'urine coule de ces conduits dans la vessie, par son propre poids et par leur force vibile. Sa pesanteur, jointe à la situation et à la direction de l'uretère, concourt à son écoulement, surtout dans les sujets qui sont debout, qui marchent ou qui vont à cheval. Mais la force de ces conduits, p.ir laquelle ils tentlent continuellement à revenir sur eux-mêmes, agit plus efficacement pour faire avancer l'urine vers lu vessie. A ces causes essentielles du cours de l'urine il s'en joint d'accessoires, telles que : l^le battement des artères voisines , puisque le bassinet se trouve eu partie d<'rrière les artères rniales, et que l'uretère est en partie au-devant des artères iliaques ; 2" l'action alternative et quelquefois simultanée des muscles abdominaux et du diaphragme, iirinci|)a!ement dans les respirations forcées; 3° le poids des viscères du ventre, puisqu'ils exercent leur pression sur l'uretère ; A° les secousses qui résultent de réijuitalion , de la marche, des exercices du corjts, et qui rendent la circulfition ilu sang-, la respiration et l'aclion des muscles plus vives et plus fortes que lorsqu'on est en repos. Voilà les causes qui produisent l'excrélion de l'urine vers la vessie, ou qui déterminent le cours de cette humeur vers cet organe, qui d'ailleurs ne lui olïre aucune résis'ance, tanilis (ju'elle en éprouverait du côté des reins. Maii si elle ne peut couler dans la vessie, comme dans le cas de pierre arrêtée vers la fin de l'urelèrc, ou dans le cas de rétention d'urine dans la vessie , elle s'accumule au-dessus de l'obstacle, dilale les uretères, et celte dilatation quelquefois considérable s'étend jusqu'aux reins. — L'urine coule dans la vessie par l'orifice des deux uretères.
Elle y entre lentement, goutte à goutte ou !i lil continu. On peut en juger : 1° par les fistules vésicales au périnée ou dans le rectum chez l'homme, et dans le va-
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(jin chez la femme ; fistiilus qui laissent siiinlci- presque continiielleuieiit l'iiiiiie nu dehors; 2" par la sonde qu'on laisse ouverle, et d'où découle 1 urine à mesure qu'elle passe dans la vessie ; 3" par l'urine qui sort de la plaie d,.ns les premiers jours après l'opéralion de la taille ; 4° par des vices de conformation dans la vessie, dans lesquels elle n'a que le bas-fond sans urètre , et sa l'ace interne à nu , et forme au dessus d'un écarlement ou d'un dc'f.iut de jonction des os pubis, une tumeur fongueuse, molle , rougeâtre, avec deux orifices qui sont la teriiiinaiion des uretères, et d oit suinte l'urine. M. Tenon, qui a vu des sujets avec cette infirmité, a remarqué que dans un clat tranquille il s'écoul.iit trois f^ros d'urine par quart-d'lieure , que celle quanlilé était triple en prenant des boissons apéritives. Il a compte les gouttes d'uiine qui sortaient par minute, suivant la marche, l'état de repos, l'usasse de l'eau, du vin lilauc. Il résulte de ses observations que la qu inlilé d'urine qui sort des uretères dans un temps donné, varie dans ces diverses circonslancos [Mein. de l' jicad.
de f s ci eue ., nnii. 1 7 G I ) .
L'urine qui entre goutte h jjoulle dans la vessie , s'y accumule par degrés , en distendant peu à peu les parois de cet organe sans y faire une im|)ressio'> désagréable ou (|ui aDfecle les sen-i, tandis que les injcdions d'eau mu'-ilaf,Mneuse ou très douce, poussées dans sa cavité, causent souvent de la douleur ou une sensation importune, pL>rce que la li(|ueur injectée arrive trop précipitamment , en force, sur si membrane interne (I). Mais poar que l'urine s'accuinule dans ce viscère et 111 distende les parois, il faut qu'il soit dilatable et dans un étal de repos. Or s 'S parois sont cxtensibii s et ne sont pas toujours en aciion ; et c'est dans l'intervalle de ses contractions qu'il permet la congestion de cette humeur. Il faut
(1) Celte observation de Cliopart doit êiro prise en considération dans la pratique de la litliolriiic. Si , pour Cacililcr la maïucuvre du brise-pierre, pour la rendre moins laborieuse, on injecte un liquide dans la vessie , il (:iut le faire in'îs-douccment, Irûs-lentemenl. Dans les cas malhourcusemeni trop communs où la vessie irritée se prête peu à la distension par l'eau, on se trouvera bien de laisser' l'urine s'accumuler dans ce réservoir et d'allendre, pour opérer, que le besoin d'uriner commence ù se l'aire sciuir. S.
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aussi (|u'cllc ne puisse s'en évacuer dès q i'elle y arrive. Si ce viscère est sain , sans ouverture conire nature, sans plaie ni fistule, elle ne pourra point en sortir tout de suite ; elle y sera retenue pendant un certain temps par le col de la vessie, et par l'urètre qui lui est continu, et (|ui est la seule voie naturelle par laquelle elle peut sortir; elle ne refluera point vers les uretères , l'obliquité de leur insertion s'y oppose (I) : car l'urine ])arvenue dans la vessie ne peut rétrograder vers ces conduits sans presser la portion qui marche obliquement entre les tuniques vésicales , et , en exerçant cetle pression, elle se ferme le passage à elle même. Elle ne reflue même point dans ces conduits, lorsqu'elle est accumulée et retenue dans la vessie par un état conire nature. Cependant leur obliquité est beaucoup diminuée : ils sont même quelquefois si dilatés vers leur terminaison qu'on peut facilement y introduire une grosse sonde. Mais l'urine qui coule continuellement des reins dans les uretères, et qui produitcelte dilatation par son amas successif dans ces conduits, à raison de la résistance qu'elle éprouve à pénétrer dans la vessie excessivement pleine de ce fluide , s'oppose au reflux de celui que cet organe contient , ou lui présente un obstacle assez puissant pour l'empêcher de se reporter vers les uretères. L'ouraque pourrait plutôt dans le bas ài>:e lui fournir une voie de déciiarge, si c'était réellement un canal , et si ce canal restait ouvert ou n'était point oblitéré.
Pour que l'urine opère la distension des parois de la vessie , il ne suflit i)oint que cet organe soit dans un état de repos, que ses jtarois soient extensibles on dilatables , que le fluide qui s'y porte ne puisse s'en échapper dès qu'il y arrive; il faut encore que l'urine emploie une certaine force pour surmonter la résistance des parties voisines de la vessie, la résistance des intestins qui pèseat sur
(I) Des physiologistes, pour expliquer la cause do cet obstacle au rcllux do l'urine, ont admis une valvule à l'embouchure des nrclf-.res dans la vessie.
Mais celle valvule n'existe point : ce qui leur a paru une valvule est la luniquo interne de cet organs, qui est soulevéo par la (in de l'urelére, ;'i l'endroit où ce conduit s'ouvre après avoir rampé six ù sepi ligues entre les luniquos vésicales.
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son corps , et celle des parois de l'iÉbdoinen qui les compriinent. Celle force , qui pnniît inerte, est très puissante ; elle est très-commune à tous les llnides qui sont i)oussi's d'un lieu éiroil, comme les nri lères, dans un endroit spacieux, comme la vessie, et qui s'y accumulent. Or l'on sait que, dans ce cas, les (luides portés d.ins l endroil s[)acieiix agissent sur chacune de se» parties égale en diamètre à l'ouverture du canal qui les transmet, agrissent avec la mênie force qui pousse ces fluides dans ce canal ou dans sa terminaison; de sor!e que si l'urine qui entre dans la vessie à 1 degré de force, et que la surface de ce viscère ail 1000 parties d'un diamètre égal à celui de l'uretère, la vessie sera dilatée par 1 1)00 degrés de force, quoique l'urine n'y soit poussée que par un seul depré. De là on déduit ce rapport géométrique, que la force avec laquelle l'urine est poussée de l'uretère dans la vessie, esl à celle | ar laquelle les parois de ce viscère sont dilatées, comme le diamètre des uretères esl à la capacité de la vessie. Riais comment cette force peut-elle agir ; puisijue l'urine c|ui est entrée dans la vessie presse les parois des uretères à leur insertion dans ce viscère, et qu'en les pressant ainsi , l'une contre l'autre, elle doit même s'opposer à l'entrée de celle qui vient par les uretères ? Gela s'explique d'après les connaissances de l'hydroslalique , en comparant l'uretère et la vessie à un siphon renversé , dont l'uretère serait la longue branche ou un canal plus long et plus élevé, et qu'on remplirait de liquide. Comme les liqueurs exercent leur pression en raison de leur hauteur et de la largeur de la base qui s'oppose à leur chute, il s'ensuit que l'urine , qui vient par les uretères dans la vessie, doit nécessairement, y entrer et s'y amasser, jusqu'à ce qu'il y en ait une quantité qui rende les deux branches du siphon pleines à une égale hauteur, ou qui entretienne un juste équilibre entre les colonnes d'urine de l'une et de l'aulre cavité. 11 en est à peu prèi de même que dans le cas où l'eau d'un tube long, tenu droit et adapté à une vessie molle, placée sur un plan horizon'al, a une communication libre dans celte vessie ; l'eau s'y porte en raison de sa masse, de sa hauteur et de la base de la vessie qui la reçoit : quoique la colonne d'eau du tube sJit petite, elle exerce une grande prcision lorsqu'elle aboutit à une large base ; celle pression est même si forte qu'elle pourrait faire lon'prc celle
vessie. Ainsi, malgré la pression que l'urine déjà amassée dai s la vessie peut exercersur l'extrémité inférieure des uretères, à leur insertion dans ce viscère, celle qui vient continuellement des reins dans CCS conduits , est poussée par une puissance toujours agissante, la sécrétion de cette humeur ; elle agira avec assez de force pour pénétrer dans la vessie , pour augmenter la distension des parois de cet organe , pour surmonter la résistance des parties voisines , et elle exercera celle force avec d'autant plus d'activité qu'elle trouvera la vessie dans un état de repos , et qu'elle ne s'échajipera point par l'urèlre(l). Quelles sonl alors les puissances qui empêchent l'urine de sortir par ce canal ? C'est demander quelles sont les causes de la rétention naturelle de ce fluide dans la vessie.
Les causes qui retiennent naturellement l'urine dans la vessie de l'homme, sont la contraction du sphincter qui entoure le col de cet organe, la force élastique de ce col et de la prostate, la direction de l'urètre dans son commencement , laquelle esl oblique , ou telle qu'il se porte d'abord en devant et un peu en bas entre les branches des pubis, qu'il remonte ensuite contre leur symphyse , et de là descend au-dessous des corps caverneux jusqu'au bout du gland; enfin il faut joindre à ces causes le rapport du col de la vessie avec son bas-fond qui est plus bas d'environ un pouce : car danj la plupart des adultes l'ouverture du col de la vessie est située respectivement à la partie la plus basse de cet organe , de manière qu'une ligue qui passerait par l'axe de ce col, se rencontrerait presque à angle droit avec le diamètre vertical de la vessie. C'est la position élevée de ce col et son élasticité qui, dans le cadavre, retiennent l'urine dans la vessie. Yoilà ce qui se passe dans l'homme. 11 y a quelque différence chez la femme. Elle n'a
(1) Une cause du cours de l'urine pour le moins aussi efficace que celle dont parle ici Clioparl et plus conslanle qu'cllo dans son action chez les niammifùres en général et chez l'homme en narliculicr, c'esl l'inspirallon , puisqu'elle a pour effet nécessaire de pousser l'urine des uretères dans la vessie , tandis que lo mouvement opposé, l'oxpiration , rencontre dans la soupape formée par a membrane muqueuse de la vessie un obstacle invincible à la marche inverso du fluide.
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point de prostate. La direction du commencement de l'urèlre est moins oblique que dans l'iiomnie. L'urine n'est retenue q;ie par rélaslicité du col de la vessie, qui est entouré pareillement de fibres circulaires en forme de spliiiiclcr, et surtout par l'action de ce spbincler.
Ces causes de la rétention naturelle de l'urine n'agissent point allernaiiveiiient et séparément; elles se prôlent un secours mutuel et concourent toutes pour un effet commun : si l'une ou plusieurs de ces causes cessent leur action , l'urine est retenue imparfaitement comme on l'observe dans la paralysie de la vessie; et si elles sont toutes sans action, elle coule involontairement. Mais tantqu'elles agissent ensemble, l'urine reste dans la vessie jusqu'à ce que cet organe se contracte pour l'expulser au dehors ; et voici les eflels qu'elle y produit, oii les phénomènes de son accumulation et de la distension de la vessie. A mesure que l'urine est déposée par les uretères dans la vessie , elle agit sur les parois de cet organe de dedans en dehors; elle les écarte en les amincissant ; peu à peu tous les diamètres de la vessie s'accroissent ; (le conique qu'elle est ordinairement, elle tend à devenir spliériquc ; mais elle est plus dilatée en haut qu'en bas, moins de devant en arrière que transversalement; son sommet soulève le péritoine et les circonvolutions de l'intestin iléon ; sa face postérieure presse le rectum contre le sacrum; sa face antérieure et supérieure s'élève au-dessus du pubis, et se porte derrière la partie inférieure des muscles droits abdominaux, (|u'elle touche sans l'inlerposilion du péritoine : ce qui fait qu'on )ieut pratiquer la ponction de la vessie au-dessus du pubis, et ouvrir sa partie antérieure sans intéresser cette membrane. Si la dilatation de la vessie par l'amas de l'urine augmente , tous ses diamètres prennent aussi jilus d'accrois- Eemcnt; son sommet et sa face antérieure soulèvent davautage les intestins et la partie inférieure et antérieure des parois de l'abdomen ; elle forme au-tlessus du pubis une tumeur circonscrite et tendue comme un ballon; ses faces lalérales plus écartées s'approchent des régions iliaques, s'étendent dans l'excavation du bassin; son bas-fond plus élargi comprime davantage le rectum et les vésicules séminales , au |ioiMt de provoquer quelquefois la sortie de la ni.ilière séminale ; il agit même sur le périnée, qu'il distend etporlc en dehors. Dans la femme
VOIES nniNAinEs. ^
le sommet de la vessie très-pleine d'urine produit les mêmes en'ets au-dessus du pubis; mais son bas-fond agit sur le col de la matrice, et principalement sur la partie antérieure du vagin, qu'elle rapproche ordinairement de la paroi postérieure, et qu'elle enfonce en devant et en bas, dans la plupart des cas, au point qu'on peut y sentir une tumeur arrondie, formée par l'amas de l'urine dans la vessie. Mais quelquefois, lorsqu'elle contient une très-grande quantité d'urine, et qu'elle s'étend au-dessus de l'ombilic, elle attire pour ainsi dire à elle son col , celui de la matrice, et la paroi ant,érieure du vagin, de sorte que la direction naturelle de l'urètre est changée, et qu'il faut se servir d'une sonde courbe pour pénétrer dans la vessie, et en évacuer l'urine.
Tous ces elTets de la distension de la vessie arrivent suivant ses degrés d'extensibilité. Si elle est petite, racornie et peu extensible ou peu dilatable , elle ne s'élève point au-dessus du pubis; l'urine ne peut être retenue long-temps ; le besoin de la rendre se renouvelle fréquemment. Mais si elle séjourne, elle éprouve des changements; elle devient plus colorée; elle s'épaissit un peu; ses principes se combinent davantage ; elle acquiert plus d'activité, d'acrimonie, de chaleur, qui feraient une impression désagréable sur la tunique int(rne de la vessie , sans la présence du mucus qui enduit cette tunique, et qui suinte de ses porosités. Cette acrimonie , cette chaleur augmentent surtout lorsque l'urine séjourne long-lemps, qu'elle est retenue dans un état contre nature; et elles se manifestent sensiblement en lui donnant issue au moyen de la sonde. C'est pour prévenir ces eDfets , pour empèeher les accidents qui résulteraient de celte rétention extraordinaire, que la nature a prescrit des bornes à l'expansion de la vessie et au séjour de l'urine. Elle a même rendu ce fluide la cause matérielle de son expulsion, en excitant ce viscère à s'en débarrasser lorsqu'il a été distendu à un certain point, et qu'il éprouve une sorte d'iinxiété par l'amas et le poids de l'urine.
Le mécanisme de l'expulsion de l'urine hors de la vessie, est soumis aux mômes lois que Us autres actions musculaires. La sensibilité et l'irritabilité de cet organe sont la base île celte fonction naturelle. Comme tous les viscères creux (jui ont des l'djrts musculaires, la vessie jouit
TnAlTÉ
d'une force contnictile , au milieu de laquelle ses parnis reviennent sur ellcsniêiues , au point il'elïieer ([uel(|uefois sa cavité. Culte aclion dépend de su sensibilité ou (les nerfs ((iiis'y dislriliueiit : car lorsqu'il sont lésés, la vessie est paralysée ; elle ne se contracte point. Quoique celle action s'e\eree sans l'ordre de la volonté, de même que celles des organes de la respiration, cependant elle n'en est pas indépendante, jinisqu'on peut la suspendre , l'arrêter et la remettre de nouveau eu activité après qu'elle a été arrêtée.
Des causes qui déterminent celle action, la plus naturelle et la plus fréquente c'est l'urine. Lorsqu'elle est amassée dans une certaine (lu.mtité, et qu'elle est appliquée plus exactement contre les parois de la vessie, elle y excite une irritation, comme le sang produit celle du cœ ir, comme les aliments occasionnent celles de l'eslomnc et des intestins, lorsque la sensibilité n'y est point affectée ou détruite. Celte irritation est plus ou moins prompte, suivant la quantité et la qualité de l'urine. Plus celte hume ir est abondante et stimulante , moins il faut de temps pour que la vessie soit irritée , ou plus l'envie d'uriner est fré(iuente. Cette irritation est aussi plus prompte suivant la sensibilité de la vessie et l'Labilude qu'on a de retenir long temps l'urine, ou de la rendre fréquemment. Dans les jeunes sujets la vessie est plus sensible que dans les adultes et les vieillards , et elle se contracte plus promptement et avec plus de force. Elle devient moins sensible chez les femmes, qui , par pudeur et par habitude, retiennent long-lemps l'urine; chez les g 'us de cabinet , chez ceux qui , ayant l'esprit occupé, ne font point utlënlion à l'aiguillon qui lesinviteà la rendre. Aussi cette humeur séjourne-t-elle plus long temps dans leur vessie, et en alfaiblit-elle l'action. Lorsque la vessie contient un corps élianger, sa sensibilité est plus vive, et elle se contracte plus souvent. Il en est de même quand elle est enflammée ou irritée par quelque substance slimulanle, comme après avoir pris ou fait usage des eanlharidcs. Alors on est sollicité à chaque instant a rendre de l'urine, quoiqu'il n'y en ait pouit dans la vessie, oU qu'il n y eu ait qu'une 1res petite quantité. Une humeur de goulle, de rhumatisme, portée S'ir cet organe, produit à peu près le même ellet. Les affeclions du rectum, le lénesme, les
hémorrlioïdes douloureuses et interne? ,
un polype ou fon},nis dans la mairiee, en uu mot toutes maladies des pjriics voisines de la vessie, qui s'y commutiiqueut et aiignientent .sa sensibilité, peuvent solliciter plus promptement ses pirois à la conlraclion, et coiitrib u r ii rendre plui fréquente l'envie d'uriner. Mais la senle irritfition que soulfre la vessie par l'urine, en détermine immédiatement la conlraclion ; parce que c'est une propriété essentielle h la fibre musculaire, de se contracter quand une cause quelconque l'irrite. L'effet de celle iiritaliou mécanique se fait sentir principalement vers le col de la vessie. Ou y éprouve une espèce de ténesme , de chatoui lement , qui s'étend le long de l'urclre. Ce lénesme nous avertit du besoin d'uriner, de sorte que l'irritation que fait l'urine sur la vessie, se communique jusqu'au sens interne commun, jusqu'au principe de la vie par la voie des nerfs. C'est même la perception de celle irritation, qui constitue la sensation que nous éprouvons lorsque nous sommes prêts i» uriner, ou qui nous avertit qu'il faut employer les forces propres à l'expul ion de l'urine : en uu mot c'est de là que vient la volonté d'uriner. Alors la vessie, ([ui Cit la puissance essentielle pour rrjcction de l'urine, se contracte, et son action sulht dans l'état de santé, dans les cas oîi cette éjcctioii se fait sans effort, où l'urine n'éprouve point de résislanceà sa sortie, où elle s'échappe à la moindre impulsion : elle est scu'emeut aid e jiar le poids des viscères du ventre, dont la l)ression tend à rapprocher la partie postérieure de sou sommet vers son col < t à diminuer sa capacité. Celle pression ai,'it principalcmenl loisiju'on est deho it, chez les sujets dont le ventre est volumineux, par l'embonpoint , par des tumeurs internes, et chez les femuici enceintes, dont la matrice très développée pose sur la vessie. M .is si l'on veut accélérer la sortie de l'urine, en pr.^cnrer l'expulsion complète, ou si le col de la vessie et l'urètre offrent de la résistance, la volonté, attentive à l'irritation que ce viscère éprouve, lu juge, commande l'actiosi des puissances auxiliaires qi\i peuvent aider l'expulsion de l'urine; elle or.lonnc l'action du diaiduatrmc et des muscles abdominaux, pour pre ser les viscères du ventre contre la vessie, pour en comprimer la partie supérieure cl postérieure et l'appliquer davantage contre le fond du bassin, le piibis , le
DES MALADIES DE
rpcliun et le ptii'ini'c ; enfin, pour en soutenir la contraclion, et aujjmcnler l'excrôlion tic l'urine.
Eu elVct , que fait l'homme quand il a grand besoin d uriner, ( l quand il veut accélérer la sortie di: ruriiie P 11 se tient debout, il flécliil légèremenl sou corps, il écarte un peu les cuisses, il met leurs muscles en action pour fixer le bassin , cl déterminer par là tout l'effet de la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux sur les viscères contenus dans le venlre; ensuite il l'ait une inspiralionourelient l'airinspiré, comme dans les efforts, afin de faciliter et d'accélérer l'éjection de l'urine par l'action simultanée et continue de ces muscles, niais leur action n'est qu'auxiliaire, elle ne suflit pas pour opérer l'éjection de l'urine hors de la vessie; car l'homme rendrait l'urine dans tous les elforls qu'il ferait, surtout dans le cas de rétention d'urine causée par la paralysie de la vessie , oîi l'ordre de la volonté n'a aucun effet pour l'expulsion de ce liquide, où malgré tous les efforts il ne peut uriner ou n'urine que par regorgement. Connaissant les puissances qui agissent pour l'('jection de l'urine, il faut r.ipporter les phénomènes qui accouipagucnt la contr.iction de la vessie, considérer ses effets, examiner comment elle surmonle la résistance qui s'oppose naturellement à l'issue de l'urine hors de sa cavité. La vc.-sie irritée par l'urine se contracte, se resserre dans tous les points de sou étendue; ses fibres longitudinales la raccourcissent, et les circulaires rapprocheni ses parois vers l'axe, de manière cependant qu'elles tirent, comme les longitudinales, son sommet vers son bas-fond. Eu se contra 'tant, elle presse l'urine en tout sens : ce Tquide étant incoin|)reisible , elle le force à couler du cô'é qui offre le moins de résistance; et cette luoindre résistance se trouve à son col dont le Sphincter cède aux efforts de la contraction du corps vésical , et dont l'oriliccse dilate par la pression de l'urine. Car les fibre? musculaires de ce sphincter viennent du plan interne de la tuniijue charnue de la vessie, dont les libres obliques et circulaires s'entrelacent et se rassemblent pour le former : celles ci ne peuvent agir sans que les premières ne soient allongées et distendues. Ainsi les mêmes forces qui diminuent la capacité de la vessie agissent sur son spliineter ou son col et le font cédera la lu-esaion de l'urine qui en dilale l'orifice pour couler
VOIES URINAIUES. 11
dans l'urètre , d'oii elle sort avec plus ou moins de vitesse.
Mais , malf^ré la sensation qui le porte à uriner, l'homme peut résister pendant quelque temps à l'éjection de l'urine, il peut ne pas uriner, s'il n'a pas la volonté de le faire, s'il n'est pas disposé ii obéir à l'impulsion nalurelie qui l'y porte. Quels organes sont mis en action dans cette circonstance? Des physiologistes ont pensé que la volonté a un enifiire absolu sur le sphincter du col de la vessie , que l'action de ce sphincter lui est soumise, et qu'il est le principal antagoniste des puissances expulsivesde l'urine, en la retenant dans la cavité de ce viscère , et en s'opposanl à son issue suivant l'acte de la volonté, tandis qu'elle n'a point ce même pouvoir sur le corps de la vessie. D'après celte opinion , voici comment ils raisonnent. Si l'homme n'est pas disposé à obéir à la sensation qu'il éprouve lorsqu'il a besoin ou f|u'il est excité à uriner, alors la volonté qui commande au sphincter de la vessie le détermine à une action plus for^e que celle de ce viscère; alors le sphincter se resserre avec plus ou moins d'activité, suivant le degré d'impulsion de l'urine (]ui cherche à s'échapper: il résiste à celte impulsion jusqu'à ce que la vessie ait pris le dessus par sa contraclion , et chasse malgré lui l'urine. Au contraire, dans le cas où l'homme eslaverli du besoin d'uriner, et qu'il veut laisser la nalurc agir selon son vœu , le sphincter, n'étant point délerminé à se resserrer par un acte de la volonté, ne résiste pointa l'expulsion de l'urine, riiomme l'empêche même d'agir, et l'urine s'écoule ensuite au dehors avec plus ou moins de vitesse, suivant que l'ou veut en accélérer l'expu'.sion. IVIais ce que ces physiologistes altribuent au S|)hincler de la vessie seulement, nous le rapportons aux releveursde l'anus. Il n'est pas probable que , les libres de ce sphincter émanant de celles de la vessie, leur étant continues , étant , pour mieux dire , les mêmes libres très-rapprochées , Irès-resserrées, elles soient soumises à la volonté, tandis que celles du corps de ce viscère n'y seraient jias subordonnées.
Elles résistent, dans l'état naturel, à la sortie de l'urine , par leur tendance continuelle à la contraction. Mais dès que la vessie agit, ces fibres sont allongées, elles s'écartent , et cèdent a la pression de l'urine. Que l'on fas.;e atlentiou à ce qui se passe lorsqu'on veut résister au besoin d'uriner! Ne fait-on point agir
TRAITÉ
non-seulement les veleveurs de Tunus, mais encore les balbo-caverncux de la verge? Par celle action , la prostate est plus comprimée contre l'urètre , ce canal est plus rapproché de la symphyse du i)ubis ; les biilbo-caverneux resserrent aussi l'urètre. Ces puissances tendent donc à résister à l'issue de l'urine : quelquefois mêmes elles résistent au passage de la sonde dans les sujets qui craignent l'introduclion de cet instrument dans la vessie , et qui l'ont agir ces muscles , s'imaginant qu'ils éprouveront moins de douleur : la sonde se trouve tellement resserrée un peuau delà du bulbe del'urèlre, qu'on ne peut la faire avancer sans risque de percer ce canal ; et il faut attendre que le spasme ail cessé , que l'action de ces puissances soit affaiblie ou diminuée. Ainsi la volonté n'a pas plus d'empiresur le sphincter ou le col de la vessie, que sur le corps de ce viscère ; ainsi lu résistance volontaire ii l'expulsion de l'urine nous paraît plutôt dépendre de l'action des releveurs de l'anus, qui soulèvent la prostate et le commencement de l'urètre, cl les rapprochent contre la symphyse des pubis. Chez la femme , ces mêmes muscles produisent le même effet en pressant le col de la vessie et l'espèce de bourrelet membraneux qui l'entoure, et en les appliquant contre celte symphyse.
TlIs sont les premiers phénomènes de la contraction de la vessie, de se resserrer dans tous les points de son étendue, de pousser l'urine vers son col , d'en surmonter la résistance , de le lorcer à livrer passage à ce liquide. Mais la vessie fera surmonter celle résistance plus promplement chez les jeunes sujels que chez les adultes et les vieillards. Chez les jeunes sujets la force qui pousse l'urine vers le col ou le sphincter de la vessie, l'emporte de bciiucoup sur la résistance qu'il offre; chez les vieillards cette force est moindre, et la résistance plus grande. Mais dès que celle résistance commence à être vaincue , il passe un peu d'urine dans le commencement de l'urètre, puis une plus grande quantité qui en parcourt tout le trajet, s'il est libre, sans rétrécissement, sans maladie qui s'opposent au passage de ce li(iuidc. Ce canal, ne pouvant , de même que le col de la vessie , résister à l'aclion des puissances expulsives de l'urine, se relâche; ses parois s'éearlenl par l'impulsion de l'urine, laquelle sort avec vitesse , en formant un jet plus ou moins gros , et qui décrit
une lifïne courbe. Celte vitesse est relative à la supériorité de l'action de la vessie sur le sphincter et sur les autres puissances qui peuvent s'opposer à l'issue de l'urine; elle est aussi d'autant plus grande que l'urine est poussée d'un ample réservoir dans l'urètre, canal étroit, qui, dans l'homme, est resserré par la prostate, qui s'élargit un peu dans le bulbe, qui se rétrécit jusqu'auprès du gland, où il y a une autre dilatation nommée fosse naviculaire. Celte vitesse augmente encore dans les sujels jeunes , dans ceux qui sont robustes, lorsque le canal est libre , offre peu de résistance, et que les bulho-caveriieux agissent avec plus d'énergie. Enfin , celle force est telle que l'urine peut former un jet lancé à plus de six pieds du corps.
La grosseur du jet de l'urine varie suivant le diamètre et la liberté du canal de l'urètre. Il est plus gros dans les adultes que dans les jeunes sujets et les vieillards. S'il y a quelque obstacle dans ce canal, le jet diminue de grosseur; souvent il se bifurque ou sort en spirale. Si l'obstacle augmente , l'urine sort goulte à goutte, s'arrête ou ne coule plus. Si la verge est dans une forte érection, l'urine sort difficilement, et par un jet assez fin, parce que la tension de l'urètre s'oppose à l'éeartement de ses parois, et que sa direction est changée. Si ce canal est dilaté dans un point de son étendue, et s'il forme une poche, l'urine s'y épanche d'abord , ne commence à sortir que lorsque celle poche est remplie , et l'on est même obligé de la presser pour la vider entièrement. Si l'ouverture du prépuce est très-étroite, l'urine s'amasse entre celle membrane et le gland, avant de s'écouler au dehors. Enhn, si l'urètre est percé , elle sort en partie par son ouverture nalurelle, et en partie par l'ouverture contre nature ; et il en résulte des effets différents, suivant le siège et le diamètre de celle crevasse, la liberté du cours de l'urine à l'extérieur, etc.
Dans l'état de santé, lorsque l'urme commence h former un jet continu, nous abandonnons pour ainsi dire la respiration, nous inspirons et expirons I air suivant les périodes ordinaires de la vie: la vessie , en contraction , et toujours soutenue par le poids des viscères qui la pressent , à mesure qu'elle se vule, continue d'agir, de pousser l'urine dans 1 urèlrc ; ce liquide coule sans interruption, à plein canal, jusqu'à ce que la vessie, dont l'aclion csl conliuue cl sans mou-
DES MALADIES DES
vement allevnatif, cesse de se conlraclcr, de dilater son col , enfin jusqu'à ce que le corps soit soulasé, et qu'on re sente plus le besoin d'uriner. Mais il se manifeste d'aut^res phénomènes, à mesure que l'urine s'écoule. La vessie diminue de volume, revient sur elle-même, se concentre derrière les os pubis, de manière que ses parois rapprochées, épaisses, ne laissent point de vide entre elles , et ne contiennent plus qu'une petite quantité d'urine. En même temps , la tumeur qu'elle forme au-dessus du pubis , lorsqu'elle est bien pleine d'urine, s'affaisse ; la région hjpogasfrique est moins saillante , la capacité du ventre diminue de diamètre. Mais sur la fin du pissement , quand la vessie est presque entièrement vidée, l'urine coule lentement comme dans le commencement, le jet s'arrête ; puis il reprend son cours, puis il est interrompu plusieurs fois; car on fait agir les bulbo-caverneux , les transverses et le sphincter de l'anus , qui accélèrent la sortie de l'urine, qui compriment le bulbe de l'urètre, et expulsent par de légères secousses les dernières gouttes de ce liquide qui restent dans celte partie du canal, ce qu'on reconnaît en portant la main au périnée. Enfin , le jet s'urrêle tout-à-fait, l'homme respire plus facilement, et il est plus léger ; il ne sent plus ce poids qu'il ressentait auparavant dans le bassin. Ces phénomènes sont bien plus marqués chez ceux qui, par maladie ou autrement, ne rendent pas facilement leurs urines. Ils font d'abord une grande inspiration qu'ils soutiennent, leur face rougit, les muscles abdominaux, et particulièrement les droits , se conlraclent avec force, l'urine sort ; puis l'expiration succède à l'inspiration , la face reprend sa couleur naturelle, et le bien-être suit le malaise qu'on éprouvait. Après l'éjection de l'urine , la vessie reste dans un étal de relâchement ou de repos , jusqu'à ce qu'il se soit fait un nouvel amas de liquide qui en détermine la contraction. — Ces phénomènes se présentent avec quelques différences chez la femme. La brièveté et le peu de longueur de son urètre fait que l'urine en sortant de la vessie ne forme point un jet aussi long que dans l'homme (1). Les nymphes la
(1) Le peu d'iUendue du jet de l'urine do la femme iient moins à la brièveté de l'urèlre qu'à la largeur du canal, bion plus grand chez elle que chez l'Iiommo.
VOIES HRINAIRES. 13
dirigent un peu en bas , et la font même tomber en manière de nappe. Aussi, quand les femmes lâchent l'urine , écartent-elles leurs cuisses, afin que leurs parties externes ne soient pas mouillées.
D'après celte exposition du mécanisme de l'éjection de l'urine, on voit qu'il a beaucoup de rapport avec celui des matières slercorales. 1° Cette dernière éjection est aussi précédée d'une sensatioa qui avertit que la nature est prête à l'opérev. 2" La cause matérielle de cette sensation est la matière slercorale , qui , par son poids et l'aclion des substances qu'elle contient, irrite la membrane interne du rectum, et détermine sa tunique musculaire, qui est la principale puissance expulsive , à entrer en contraction pour rejeter celte matière au dehors.
3° Celte éjection est, comme celle de l'urine, soumise à la volonté, qui peut ou l'accélérer ou la relarder, ou laisser agir la nature selon son vœu. 4" Les puissances expulsives auxiliaires des matières stercoralcs sont les muscles abdominaux et le diajjhragme. 5° Le sphincter de l'anus ne résiste à leur expulsion que par la disposition, l'élasticité et la force vitale des fibres charnues qui le composent, etqui rendent l'anus plus ou moins étroit, et toujours beaucoup plus resserré que la portion du tube itilcslinal dans lequel les matières stercorales endurcies se sont moulées. Jusqu'ici l'analogie est parfaite; il n'y a de différence que daYis l'aclion des puissances expulsives, qui est plus grande pour l'éjection des matières slercorales quepourcellc de l'urine. La raison en est évidente : car il faut que les forces expulsives soient d'autant plus multipliées, que la matière stercorale a plus de solidité, et leur présente, relativement à sa masse, moins de surface, sur laquelle elles s'appuient dans leur action. Or l'urine étant liquide a infiniment moins de solidité et plus de surface relativement à sa masse, qu'un pareil poids de matières stercoralcs prises dans leur état naturel ou dans l'état de solidité. L'urine donne en conséquence beaucoup plus de prise aux forces expulsives, tant principales qu'auxiliaires , qui doivent la rejeter au dehors. En effet, à la moindre impulsion , ce liquide est obligé de fuir du côté oii il trouve moins de résislance ; ce qui fait que dans l'élat sain l'action de la tunique musculaire de la vessie en procure proniplcment l'expulsion. Elle est bientôt appuyée par les puissances auiiliaires , si la volonlé porte à préci-
TBAITÉ
piler celte expulsion. Alors le diiphragme, les muscles abdominaux refoulent les intestins vers l,i vessie, opèrent sur cet organe une compression douce , égale et proporlionnce à l'intensité de leur action. Cette pression , aidée de la tendance qu'a l'urine à sortir de la vessie , cl de l'action propre de ce viscère, accélère au gré de la volonté la sortie de ce liquide. Il n'en est pas de môme des matière? stercorales. L'action de la tunique musculrtire du rectum, quoique plus épaisse et plus forte que celle de la vessie, n'est sullisante pour l'expulsion de ces matières que lorsqu'elles sont liquides, comme dans les diarrhées, ou qu'elles sont peu solides , comme on le remarque au conmicnccment et à la fin de cette maladie. Qdand elles sont moulées et dures, elles exigent plus d'aclion. Alors les puissances auxiliaires sont obligées d'intervenir; mais c'est toujours par un acte réel, émané de la volonté. Le sphincter de l'anus se dilate à force d'impulsion de ces matières, et leur expulsion se fuit sans diflicultc.
L'urine est une humeur excrémentitielle , aqueuse, saline, transj^arcnte , d'un jaune citron, d'une odeur particulière , qui est séparée du sai.g par les reins, qui coule de ces viscères par les uretères dans la vessie , où elle s'amasse et séjourne quelque temps, et qui est expulsée par cet organe dans l'urètre, qui la transmet au dehors. Examinons sa quantité, sa température, son odeur, ses propriétés et sa composition. — La quantité de l'urine dans l'état de santé excède un tiers ou la moitié de celle des liquides et des solides qu'on a pris; mais celte quantité varie suivant l'âge , le sexe , le tempérament, les circonstances hygiéniques et les maladies (I). — Les enfants rendent plus d'urine proportionnellement
(t) M. Chossat a établi, dans un mémoirecouronné par l'Académiedes sciences en 1815 , 1° que , toutes cIiofcs égales d'ailleurs, les urines sont d'aulrmi f.Ius abondantes, d'autant moins denses que les conditions dans lesquelles est placù le sujet qui les fournil sont peu favorables à Vinlroduclion et au séjour de l'eau dans le corps; 2=> que, si l'on fuit abstraction de la proportion variable d'eau que renferment les urines rendues par un individu quelconque pendant un temps donné , pour ne considérer que a quantité de matières fixes que eonlicn neni ces urines, on voit celle quantité
que les jeunes gens, ceux-ci moins que les adultes, et les adultes moins que les vieillards. Les filles et les femmes retiennent plus long-temps leurs urines que les hommes , et en rendent aussi davantage. Les sujets sanguins donnent une plus grande quantité d'urine que les bilieux, et ceux-ci en fournissent moins que les flegmatiques. Elle est plus considérable quand la circulation du sang est vive et accélérée, quand les conduits sécréteurs sont libres, et lorsque la sérosité abonde dans le sang.
Les habitants des pays méridionaux, des lieux élevés et secs, urinent moins que ceux (pii vivent dans les pays du nord, dans les lieux humides, bas et marécageux. On urine plus en hiver qu'en été, dans les temps humides et pluvieux, que dans les temps chauds et secs. Quand il fait froid , les humeurs sont concentrées vers l'intérieur du corps, la transpiration est moins abondante , et l'urine en plus grande quantité : que l'on passe d'un lieu chaud dans un endroit frais, on a promptement besoin d'uriner. Qui ne connaît pas Ten'et du bain froid relativement à la sécrétion et à l'excrétion de l'urine , qui est plus abondante ?
La quantité de l'urine est aussi relative au temps où l'on a pris les aliments et à leur nature. On rend plus d'urine quand on vient de manger et de boire : celle qui sort immédiatement après le repas se nomme urine de la boisson , urine du chyle ; elle est crue , trèsaqueuse, presque sans odeur, ni saveur, ni sédiment, et légèrement saline. Celle qu'on rend plusieurs heures après le repas ou lorsque la digestion est finie se nomme urine de la coction. C'est elle qui sort le matin après le repos de la nuit : elle est fort colorée , répand une
augmenter, diminuer ou rester stalionnaire avec le poids des aliments de même nature, et varier avec les aliments de nature différenie pris en même quaniiié; 3o que , la nature et la quaniitô des aliments restant les mêmes pi!ndant un certain temps , et par conséquent la somme d'urine solide restant la même aussi pendant le même temps , la sécr>5lion de l'urine solide, sous le point do vue du monicni où elle s'effectue, i^prouvc de notables varialions en rapport et avec le tomps éeoulc depuis l'époque de l'alimenlation ci avec les moments de fatigue ou de repos. S.
DES MALADIES DI
oileur Irès-reconnaissable, et dépose peu à peu une malicre nniqueuse et saline.
Mais elle csl sujellc à bien des varialions , suivant la diversité des aliments. Les sujels qui mangent sans boire, ceux qui prennent beaucoup d'aliments solides , urinent peu. La sécrétion de l'urine augmente en raison de la quantité et de la nature des boissons. Les buveurs d'eau urinent moins, proportionnellement , que ceux qui boivent du vin , et surtout du vin blanc. Ceux qui font usage d'aliments herbacés ou qui prennent des boissons acidulés urinent plus abondammentque ceuxqui senourrissent de farineux, de chairs, ou qui boivent des liqueurs âcres très-spirilueuses.
Le mouvement et le repos , la veille et le sommeil , les excrétions , et les passions de l'âme, apportent aussi quelques différences dans la quantité de l'urine. On urine plus en prenant un exercice modéré que lorsqu'il est violent. On rend moins d'urine pendant la nuit que pendant le jour. Plus l'humeur de la transpiration , la salive et le suc intestinal sont abondants , moins on urine ; au contraire , la quantité de l'urine augmente quand les autres excrétions diminuent. C'est pourquoi il faut considérer l'urine dans tous ses rapports avec les autres humeurs, et surtout avec celle de la transpiration. L'attention augmente la quantité de l'urine ; plus on pense à uriner , plus on urine , et même plus on rend d'urine. La tristesse en diminue la sécrétion , souvent la colère la supprime, et la peur l'augmente.
Dans les maladies, la quantité de l'urine varie suivant l'étal des autres excrétions. Le dévoiement la diminue, de même que les sueurs, la salivation, etc. Dans le frisson des fièvres . l'urine est plus abondante. Dans quelques affections nerveuses on urine souvent et beaucoup à la fois , tandis que , dans d'autres , la sécrétion de l'urine se supprime, les hydropiques rendent peu d'urine. Les di;ibéliques en donnent une excessive quantité.
L'urine, dans l'état de santé, est d'une couleur cilrine ou de paille Chez les cnfiinls du premier Age , elle est de la couleur du petit-lait ou légèrement vcrdâtre et très -claire. Après raf-o de trois ans, cette couleur appioche de celle de la paille , et commence à tirer sur le jaune. A mesure que l'acoroissemei.l se développe, l'urine devient citnnc , puis d'un jaune plus foncé, sur-
VOIES OUINAl « 15
tout vers 1 âge aduKe. La couleur citronnée suljsiste pendant le reste de la vie , ou décroît dans quelques sujets vers la soixantième année. Les hommes ont l'urine d'un jaune plus foncé que celle des femmes : leurs travaux , leurs exercices , leur transpiration plus abondante, contribuent à cette augmentation de couleur. Dans les femmes , l'urine est plus claire, plus brillante et d'un jaune de paille ; à l'approche de leurs règles elle devient plus colorée en jaune et plus muqueuse : dans la plupart des femmes enceintes bien saines , on y voit un ou plusieurs flocons lanugineux, semblables à des filaments de laine cardée , et qui restent suspendus dans le milieu de la liqueur. Les sujets sanguins ont l'urine d'un jaune légèrement citronne ; chez les bilieux elle est d'une couleur safranée , semblable à de la bière , ce qui tient à la résine de la bile dissoute dans l'urine : les piluiteux ont cette humeur blanchâtre et plus ou moins muqueuse. Chez les habitants des pays méridionaux elle est d'un jaune plus foncé que chez, ceux qui vivent dans les climats tempérés, et surtout que chez les habitants des pays froids. En hiver elle est moins jaune qu'en été. L'urine cuite, qu'on rend long-temps après avoir bu ou mangé , et celle du malin ont toujours plus de couleur que celle qui coule après le repas. Elles sont aussi d'une couleur plus foncée , suivant la nature et la quantité des boissons et des aliments qu'on a pris, après le repos, le sommeil, et quand les autres excrétions sont abondantes.
La chaleur de l'urine rendue le matin approche de celle du sang , qui est le véhicule du calorique ou de la matière de la chaleur dans toutes les parties du corps; elle s'étend de 28 degrés l/2 à 30. Pour estimer cette latitude , j'ai fait des expériences sur l'urine de plusieurs individus d'âge et de tempéraments différents ; et je me suis servi d'un thermomètre à mercure construit par M. IMossy, ingénieur breveté de l'Académie des sciences pour les instruments de physique. Comme le calorique est très-fugace, j'ai eu soin d'échauffer le vase qui recevait l'urine au degré de la température hahilueile du corps. J'ai éprouvé aussi la elnileur de la bouche , des aisselles , lie la surf.icc del,i poitrine et du ventre , des 'aines et du rectum de ces sujets , pour la comparer à celle de leur urine. Voici le résultai de ces expérien-
ces , le thermomètre marquant 10 à 1 1 degrés de chaleur de l'atlimosphèrc.
Le thermomètre, leim dans la bouche d'un jeune )iou;me de vingt six ans et d'un tempérament sanguin, a marqué 28 degrés lorsqu'il appuyait sur la langue , les lèvres étant Irès-rapprochées ; et 27 degrés quand il ne îoucliait point à la langue. Si la bouche restait ouverte et si le thermomètre posait sur la langue, le mercure montait à 26 degrés 3/4 ; variait très-peu dans les mouvements de la respiration. Mais , lorsque cet instrur ment ne touchait point la langue, il marquait 23 degrés 1/4 dans l'inspiration , et 23 degrés 1/2 dans l'expiration : on voyait sensiblement descendre et monter le mercure d'un quart de degré , suivant ces deux actes de la respiration. Le thermomètre , placé sur la poitrine , a marqué 26 degrés 3/4 ; sur le ventre , environ ces mêmes degrés; aux aisselles, 28 degrés ; aux aines , 28 degrés 1/2 : ces parties étaient couvertes de vêlements. Mais dans le rectum le thermomètre s'est élevé à près de 30 degrés.
L'urine rendue le malin par ce jeune homme a porté le mercure à 29 degrés 1/5 ; elle l'a élevé à 29 degrés 1/2 après un grand exercice qui avait excité une transpiration abondante : l'urine qui s'évacuait après le dîner , ou l'urine crue , n'avait que 28 degrés de chaleur , et un degré de moins lorsqu'il avait bu du vin blanc.
Ces mêmes expériences ont été répétées sur des enfants , des adultes et des vieillards. Chez les enfants de trois à sept ans , l'urine du malin donne 28 degrés i/2 ; chez les adultes, 29 degrés 1/2; chez les vieillards de soixante à soixantedix ans , 29 degrés. J'ai souvent remarqué une diminution d'un à deux degrés de chaleur pour l'urine qui sortait dans le temps de la digestion , après la boisson de vin. La chaleur du rectum est presque toujours supérieure à celle de l'urine rendue le malin. Dans les enfants , elle est de 29 degrés ; dans les adultes , elle ne passe point 30 degrés ; dans les vieillards, elle va à 29 degrés 3/5.— L'urine des femmes est d'une;tcmpérature peu inférieure à celle des hommes ; et il y a heaucoup de rapport entre la chaleur du vagin, près du col de la matrice, et celle du rectum. Le thermomètre marque également 29 degrés 1/2 ou 30 degrés , suivant l'âge et le tempérament. La chaleur u'est pas plus grande pendant les règles.
Mais on a observé que le thermomètre ; introduit dans le vagin de quelques femmes de dix à trente ans , iniméiliatemcnt après le coït, montait de 32 à 33 degrés; tandis que, dans l'état habituel, la chaleur du vagin ne passait point 30 degrés : à d'autres femmes la chaleur de ce conduit était seulement de 30 degrés après le coït , même dans le temps de leursrègles.
Les sujets d'un tempérament sanguin et les bilieux ont l'urine d'un demidegré de chaleur supérieure à celle que vendent les phiegmatiques. L'urine pâle , blanchâtre , est d'un quart de degré , et quelquefois d'un demi-degré moins chaude que l'urine très-cilrine , d'un rouge orangé.— L'état pathologique présente peu de différences. L'urine d'un adulte attaqué d'une dysurie inflammatoire avec fièvre , et qui éprouvait une sensation de chaleur brûlante pendant le passage de ce liquide dans l'urètre , n'a élevé le mercure qu'à 30 degrés. Celle d'un calculeux âgé de soixante-dix ans , qui était sanguinolente et retenue dans la vessie depuis trentesix heures , a marqué 30 degrés. L'urine d'une femme qui avait une fièvre de suppuration à la suite de l'amputation d'un lipome situé à l'épaule, et qui avait deux pieds de circonférence , a porté le mercure à près de 30 degrés ; le thermomètre , mis entre la plaie et un lambeau des téguments que j'avais formé pendant cette opération , a marqué 29 degrés , et , placé sur la peau saine au milieu du dos , il a été à 28 degrés. J'ai introduit dans la vessie d'une femme qui avait une incontinence d'urine le cylindre du thermomètre jusqu'à près de trois pouces de profondeur , et le mercure ne s'est élevé qu'à 30 degrés. Enfin j'ai remarqué 29 degrés 1/2 de chaleur à l'urine d'un homme qui prenait le matin un bain de vapeurs dans une éiuve chaude de 40 degrés, lequel suait abondamment et dont le pouls battait cent trente fois en une minute. M. Fordyce , médecin anglais , a éprouvé que , dans une étuve humide , dont la chaleur était de 39 degrés 1/2, et oii il est resté quinze minutes , le thermomètre tenu dans ses mains , puis dans sa bouche , n'excédait point 27 degrés , et il a remarqué que son urine avait la même chaleur : ce qui appuie cette vérité que l'homme , placé dans des degrés de chaleur supérieure à sa chaleur naturelle , y subsiste sans que
DIS .MALADIE.-. 6:9
celle clialeiir nalurtlle soit sens.bUmciU aiinnu'iiU'c (l).
L'ui inc conserve plus long-lcmiis sa clwlenrquc le sang; elle csl ausiii pliis dense que lui , et a plus de eonsislunce que l'eau. Mais son poids n'est point égal dans tous les temps. L'urine de la
(1) M. Tillet rapporle (Ncm. de l'Acnd. -des sciences, alin. 1784) qu'une servante de boulanger se tenait dans le four tout •le temps de son service , qui consistait à le balayer, à ranger le bois et le pain pour la cuisson , souvent par une eliaieur excessive , avec la seule prôcnuiion d'en lenir la porte ouverte. Trois aulrw (illes faisaient le même office. Ayant -voulu savoir à quel degré exactement pouvait aller la cbaleur que ces filles supporl.Tient ainsi, on remarqua qu'elles restaient dans le four quatorze et quinze minuies lorsqu'il était échauffé jusqu'à ce que le tbermomètre à mercure marquât 106 degrés; qu'elles y restaient dix minuïes lorsque le thermomèire était à 110, et cinq minutes s'il était à l'iS. Ainsi ces iilles supportaient une chaleur de 53 degrés au-dessus de l'eau bouillante , et de 86 au-dessus de la clialeur naturelle du .corps. Au sortir du four ainsi échauffé , elles n'avaient que le visage rouge , comme on l'a quelquefois dans l'été , et lleur respiraiion n'était :point p-écipiiée. — Depuis M. Tillet , MM. Blagden , Foi-dyce et Banks ont fait des expériences qui prouvent que l'iiommc.peul soutenir, dans une almospbére sèche , sans incommodité sensible , une chaleur de 8G degrés au-dessus de la chaleur naturelle de son corps, qu'il y subsiste pendant un 'temps assez long sans que celle chaleur "naturelle sort sensiblement augmentée , 'puisqu'elle ne monte pas à un degré de plus; que la respiration n'y devient ni prompte ni laborieuse , et que cependant le pouls s'accélère d'ime manière remarquable : puisque, dans une clialeur de 79 degrés 5/9, il parut battre 92 à 100 •fois dans une minute, et que, dans une autre chaleur de 101 degrés 3/9, il ballii 144 fois. Ils ont observe qu'à la chaleur humide, ou lorsqu'on est dans une étuvo ou chambre bien close., éeliaulTée par des tuyaux de chaleur, et où l'on verse de l'eau bouillante, la chaleur naturelle de l'homme, laquelle était de 29 degrés 8/9, n'est montée qu'à 30 degrés 2/9 ; que les veines extérieures grossirent ■beaucoup , cl la surface du corps devint fort rouge , avec une vive sensation de chaleur; que la respiration n'a pas été affectée, quoique, dans l'inspiration,
Chopai I.
.voîF.s i!Ri.\Ainr..<;. i/ nuit est jdîis pes.iiilc (pie relie ilu jour, l;i(|uelle est plus diar/jee d eau , (sl plus claire ou moins colorée. La dill'érence du poids de l'urine rendue par le même honiiue dans le cours delà journée a'u quelquefois de 20 à 21 ^ra'ms sur 8 à 10 onces de ce liquide. — L'odeur de
l'air excit.ât., en passant par les narines,, un sentiment douloureux d'ardeur et de cuisson. L'air expiré immédiatement après paraissait froid, et, étant soufflé sur le iliermomélre, faisait baisser le mercure. Le pouls , dans une expérience ou la chaleur humide était à 59 degrés 1/9 , battait 145 fois en une minute, e'cslà-dire qite la vitesse élail plus que doublée. Enlin dans l'éluve humide le corps ruisselait d'eau de tous côtés ; tandis que dans l'étuve sèche un seul homme sua abondamment, et les autres n'eurent que de la moilem". D'après ces faits, on supporte un bien plus grand degré de chaleur dans l'éluve sèche que dans l'étnve humide. Cependant l'ctuve humide, quoique moins chaude, augmcnle la chaleur naturelle du corps plus sensiblement que ne le fait l'éluve sèche. C'est peut-être parce que l'homme inonde de l'eau qui ruisselle sur son corps dans l'étuve humide se trouve réellemenl commo plongé dans un fluide plus dense que n'est l'air, et dont la clialeur, quoique moindre, est plus insupporiable. Au contraire, dans l'éluve sèche le coi'ps n'est plongé que dans l'air; et quand la sueur survient , elle soulage en produisant deux effets; celui d'une véritable évaporalion, qui esl de modérer la chaleur, et celui d'humecior el de déicndrc la fibre sécliée cl crispée par la elialeiu' ardente de l'air qui la brûle. Ces physiciens ont aussi observé dan.5 les mêmes expériences que , quoiqu'ils sortissent rapidement de ces éluves pour entrer dans un air froid , au mois de janvier, les effets de la chaleur excessive Siu- lo pouls et sur la peau se sont souleniis encore long-temps , que \f jioiils ne s'est ralenti que par degrés et n'a élé rétabli dans sa mesure natitrelle qu'au bout de deux heures de temps; enfin qu'aucun d'eux ne fut incommodé de ce passage subit , qui , dans une chaleur modérée , produit souvent des effets dangereux. On conçoit, d'après ces faits, pourquoi les Russes ne se irouvent pas mal de l'usage où plusieurs d'entre eux sont d'entrer dans l'eau froide ou de se plonger dans la neige au sortir de leurs éluves, dans lesquelles ils éprouvent utio chaleur égalo et supérieure à celle de l'éluve huinido des physiciens anglais.
Tn-Al vé
l'iuiiic est parliculiùrc à celle liumeur; on lie lient guère la ilrcrirc. Elle est douce et iippiocUe de l'odetir alcaline lorsqu'elle est saine et nouvellement rendue j mais au bout de quelques heures on sent distinctement se développer une odeur l'orle , acre , animoniacale. Le principe odorant est le jiroduit de la vie; il se forme par raclioi) des vaisseaux du corps. L'odeur mineuse de la transpiration des sujets alTticlcs de rétention d'urine montre que ce principe ne dépend point du séjour et de la corruption de celle humeur; il se développe seulement et acquiert plus d'nclivilé par le séjour tt la tcnil;ince à la ptilréfaclion. L'oileur de l'urine est moins forte dans les jeunes gens ([ue dans les aduUes et les vieillards. Clifz lis sujets flegmatiques elle est faible; elle jirend plus d'aclivilé cliez les sanguins et encore plus chez les bilieux. Dans les climals chauds et en été l'urine est pl;is odorante que dans les pays froids et en hiver.
Beaucoup de substances communiquent à l'urine une odeur particulière.
L'urine de ceux qui ont respiré , touché ou pris intérieurement de la tércbenlhine ou des huiles essentielles , a l'odeur de violetle ; les asperges lui donnent une odeur très-félide , comme celle de poisson pourri. Ce degré de volatilité trcs- (jr.ind, celle fétidité forle, qui n'est point l'odeur propre de l'aspeige mais qu'elle prend dans noire corps , prouve que les combinaisons de l'animalisalion agissent sur la partie aroinuli()ue des aliments. Quelquefois les sujets dont l'estomac est faible rendent de l'urine qui relient l'odeur des aliments qu'ils ont pris : le bouillon , l'ail , les ognons , le pain, tous les vi'gélaux donnent à l'urine une otlci'.r qui fait reconnaître ces substances. Il un est de même de quelques boissons. Bartholin, qui avait une disposition à la iiierre , ajant bu abondamment du vin du Uhin , eut un tlux eices-if d'urine, qui avait lanl de ressemblance avec celte liqueur qu'on aurait pu la prendre pour ce vin. Dans les maladies bilieuses, inflamnialoires , l'urine devient fétide ; sa féliilité est plus forte lorsqu'tdie a séjourné long-temps dans la vessie. La chaleur accélère beaucoup le développement de l'oJeur urincusc , comme on le remarque au lit des enfants ou des personnes inOrmes qui ne iieuvent retenir leur urine. L'odeur putride est^ moms prompte à se niaiiifislir loisque l'nir est Iroi'.l cl sic. \uu si'uleincnl les T'^'^'C'
odoranles des aliments prennent la voie des urines, mais beaucoup de substances, même le fer , suivent celle route. Lorry a observé ce phénomène sur le célèbre Buffon. Il lui fit prendre des eaux trèsferrugineuses. Voulant s'assurer si des tracts de fer se démontreraient dans les urines de ce naturaliste, il les essaya avec l'infusion de noix de galle, et continua constamment ses essais , malgré le peu de succès qu'ils avaient. Enfin le trentième jour ce médecin vit sensiblement la précipilation du fer s'opérer par la combinaison de l'acide gallique , et l'effet continua d'avoir lieu les jours suivants. Le sang conlenant de l'oxyde de fer , il n'est pas étonnant que cet oxyde s'introduise dans les voies urinaires.
L'urine , considérée relativement à sa nature et à ses propriétés , présente les phénomènes suivants : elle se mêle facilement à l'eau , surtout si elle est claire et peu chargée du principe colorant; elle est immiscible aux huiles, elle rougit la teinture de tournesol. Les acides n'ont aucune action sur l'urine fraîche ; mais ils détruisent promplement l'odeur de l'urine pourrie , et celle des sédiments qu'elle forme dans cet état. Les alcalis fixes secs , comme la potasse , la soude , décomposent sur-le-champ les sels contenus dans l'urine. L'eau de chaux, versée sur l'urine fraîche , la trouble , fournit un précipilé blanchâtre dont on peut retirer du phosphore, et développe une odeur ammoniacale que cette eau produit en décomposant le phosphate ammoniacal. Milgré ce précipité et le développement ile celte Oileur désagréable , l'urine conserve une parlie de sa couleur ambrée ou jaune. Si l'on verse ensuite de l'acide sulfuri(|ue sur celte même urine , il survient une effervescence , il se forme encore un précipilé ; puis, si l'on ajoute de l'alcali ciustique, l'urine reprend peu à peu sa couleur, son odeur et sa clarté.
L'urine exposée à l'air s'altère d'autant plus prou)plemeiit que l'atmosphère est plus chaude. Les allérati ins spontanées qu'elle subit peuvent se partager en trois temps: l» celui des dépôts qui se forment par le sim|)le refroidissement de celte humeur; 2" celui de la décomposition ; 30 celui de la putréfaction complète. Considérons les changemcnls que l'urine éprouve dans ces Iroi-s temps. — Boerhaave , cherchant les éléments des concrétions urinaires dans l'urine inèinc, a donné les prcinicics connaissances
DÈS MALADIES DE
exactes sur les altérations que cette hutneur éprouve pendant et après son refroidissement. 11 prit l'urine d'un homme sain et dans la famille duquel il n'y avait point eu de calculeux. Il mit ce liquide , rendu le matin , douze heures après le repas et un sommeil tranquille , dans un vase de verre cylindrique d'un demi-pouce de diamètre. Celle urine était encore chaude, d'une couleur cilrine , bien transparente et bien homogène. Le microscope ne lui fit rien voir d'étranger sur le fond, sur les parois du vase , ni dans aucun point de la liqueur. 11 laissa celle urine à l'air, dont la lempératiiru était à 72 degrés du thermomètre de Fahrenheit et à l7 degrés et 1/2 du Ihermomèire français. Il couvrit seulement d'un papier l'orifice du vase, afin d'empêcher lu poussière almosphérique de toucher l'urine. Huit minutes après, cette humeur refroidie devint louche.
Boerhaave aperçut au microscope une grande quaiUilé de corpuscules cotonneux ou floconneux agiles du haut en bas; bientôt il vit à l'œil nu des siries semblables h celles qui se forment dans le mélange de l'alcool avec l'eau: il observa que ces stries ou la matière qui obscurcissait la transparence de l'urine et qui se condensait se rassemblaient en un nuage blanc , qui , occupant d'abord tout le diamètre du vase , se resserrait peu à peu vers son axe ; c'est ce que les anciens avaient appelé c'neorème , sutpensum. Ce nuage diminua encore peu à peu de volume , s'épaissit , devint plus dense , s'abatlit ou se précipita au fond du vase , en formant un dépôt que l'on nomme le sédiment de l'urine. Ce dépôt, vu au microscope, offrit a Boerhaave de jietils cristaux plats , brillants ; il y en avait de semblables sur les parois du vase de verre : d'a))ord blancs , ils passèrent au rouge en une demi-heure, et après deux heures ils avaient pris lu couleur du sable rou;^e qu'on voit sur les parois des puis de chambre. Ces pelils cristaux restèrent (juclque teuips arrêtés sur le sédiment ; mais , devenus plus gros , il s'en préciiiila beaucoup au fond du vase. A celte époque il y eu avait aussi à la surface de l'urine qui se déposaient h la moindre secousse impriniée au vase. Toutes ces molécules cristallines croissaient de telle manière , qu'après vingt-quatre heures elles avaient acquis la grosseur des graines de moutarde.
Leur figure était rhomboïdale. Il y en avait d'autres mêlées avec elles, qui
Voies uRiiïAiRis. 19
étaient des parallélipipèdes , plus rouges et plus grandes que les premières. On y voyait aussi quelques cristaux cubiques, mais très-peu nombreux. Jamais , dans ces expériences , Boerhaave n'a aperçu des cristaux aussi f^ros parmi le dépôt que ceux qui reposaient sur les cô és et au fond du vase. Ce sont ces cristaux que ce physicien a regardés comme les rudiments du calcul ( Fan Swietcn Comment, in Jplior. t. v, p. 18 3).
L'urine de tous les hommes présente ces phénomènes ; mais chez les uns ht séparation du dépôt est quelquefois accomplie en moins de deux heures , chez d'autres elle est plus tardive : alors l'urine resie claire, nelle et limpide. Quant au sédiment qui se porte au fond du vase, il est d'une nature saline , muqueuse et albumineuse. Il est uniforme , un peu blanchâtre, demi - transparent et seurblable à une gelée légère par son égalité, ])ar sa conlinuilé et sa consistance. Il se remarque toutes les fois que l'urine est parfaite et bien cuite. Après la séparalion (le ce sédiment , l'urine est quelquefois un jour ou deux sans pi'ésenler de nouveaux phénomènes ; son odeur s'allère, s'exalte: niais tôt ou lard , et souvent même immédiatement après ce sédiment , il se forme à la surface de l'urine une pellicule composée de parties salines unies ensemble par un lien niucilagineux ; quelquefois , à la place de celle pellicule, on n'aperçoit qu'une substance qui semble être huileuse plutôt que saline, qui forme une couche légère, presque sans épaisseur, qu'il est impossible de recueillir , et qui , vue de côlé , présente les couleurs de l'iris. En même temps les parois du vase se couvrent d'un dépôt salin ou de cristaux de matières salines , de forme et de couleurs différentes , et dont la substance est dure et grenue. Ces cristaux, qui se forment pendant le refroidissement de l'urine, produisent, en se réunissant, des sables ou des graviers qui prennent une couleur rouge ou grisâtre, une forme et un volume assez varit's : on en a vu de forme octaèdre et de la grosseur d'un grain de blé. Leur couleur est (|Uulquefois d'un rouge brique , de pierrehyacinthe , de grenat , quelquefois aussi d'une teinte jaunâtre , pâle et presque blanche. Souvent ces variétés de couleur se trouvent réunies dans la même urine ; mais alors les cristaux roures plus gros et plus pesants que les antres \ se séparent les premiers et viennent se
tRAl<rÉ
ramasser au fond du vase : les crîslaux pâles se séparent ensuite , niais , plus divisés , plus léf;crs et moins gros , ils s'arrêtent aisément sur les parois du vase ; ils y adhèrent fortement , et forment une incrustation diflicile à délaclier.
La matière colorante de ces cristaux, de ces sables, leur est-elle inhérente?
Exposés à l'air, ils perdent leur couleur; ils se décolorent aussi par des lolions répétées et deviennent grisâtres. Ceux de couleur de rttbis , de pierre-hyacinthe résistent davantage à leur décoloration.
L'acide sulfurique les rend moins rouges, les fait pâlir et ne produit aucune effervescence. La solution de potasse dans Teau les dissout ; et si l'on y verse ensuite de l'acide sulfurique étendu d'eau , il se forme un précipité blanchâtre qui a de la consistance , ou dont lu substance est très- rapprochée. Comme la matière colorante de ces cristaux reste dans la dissolution de sulfate de potasse, elle ne leur est donc pas inhérente.
Quelle est la nature de celte malière , nous l'ignorons. — La nature des cristaux , des sables est la même que celle du calcul urinaire. Ces cristaux, qui sont les rudiments de celle espèce de calcul, sont formés entièrement, ou pour la plus grande partie, d'acide urique. Concrets, durs, ils se broient moins aisément que les concrélions formées de phosphate calcaire. Mis en poudre et délayés dans une petite quantité d'eau distillée, ils i-ougissent un peu le papier bleu. L'acide sulfurique n'y produit aucune effervescence. La dissolution de potasse dans l'eau les dissout. L'alcool n'y manifeste aucun effet, ne change pas même la couleur de ceux qui sont rouges. Mis sur un charbon allumé, ils donnent une fumée blanche et noircissent; s'ils étaient formés de phosphate calcaire, ils blanchiraient. L'acide murialiqtie ne les dissout point ; mais cet acide oxygéné agissant sur eux , perd son odeur, enlève leur couleur, et les dissout en petite quantité : c'est une preuve que l'acide iirique de ces cristaux absorbe l'oxygène de l'acide muriatique et passe à un autre état. Toutes ces épreuves annoncent bien que les cristaux ou sables urinaires sont formés d'un acide particulier, qu'on nomme acide urique, lilhique ou lithia-
Quelle est^ a nature de l'acide urujue? C'est un sel concret, cristallin, particulier, découvert par Schéele et Bergman,
et dont l'exlsteiicc m'a été démontrée par le célèbre Fourcroy. Cet acide est composé d'azote, d'hydrogène, d'oxy- {?ènc et d'une grande ((uanlité de carbone : on n'a pas encore déterminé la proportion de ces principes (l) ; on ne connaît pas non plus le lieu ni l'organe où cet .-icide se forme , ni la cause de sa séparation de l'urine dans les sujets calculeux : on sait seulement qu'il se trouve tout formé dans l'urine, qu'il tend toujours à s'en séparer, qu'il s'en sépare par le seul effet du refroidissement lorsqu'elle est sortie du corps , et qu'il se dépose sous la forme de cristaux , de sables et même de graviers. — Les propriétés de l'acide urique sont : I» d'être peu soluble dans l'eau , et beaucoup moins dans celle qui est froide que dans l'eau chaude; 2" d'être dissoluble par l'acide nitrique, dont il absorbe une partie de l'oxygène ; 8° de s'unir aux terres, aux alcalis, aux oxydes métalliques.
Lorsque l'acide urique est dissous par l'acide nitrique, il forme une masse rouge, déliquescente , dont il ne faut qu'une Irès-petile portion pour donner une couleur rose à une très -grande quantité d'eau. Celle dissolution tache la peau , les os et même le verre, comme la dissolution nilreuse. Si l'acide urique est uni aux terres , aux alcalis, il forme des sels neutres particuliers que l'on nomme urates de chaux, d'ammoniaque, de potasse, de soude; de même que l'union de l'acide phos]ihorique avec ces substances produit les sels connus sous les noms de phosphates calcaire, ammoniacal, etc., suivant la combinaison de l'acide phosphorique avec la chaux , l'ammoniaque, etc. Mais l'acide urique préfère dans ses attractions les alcalis aux terres, et il cède ses bases, qui le mettent dans l'état de sel neutre, aux acides les plus faibles, aux acides végétaux et même à l'acide carbonique ; ce qui est la cause de l'indissolubilité de la pierre urinaire dans les carbonates alcalins, ou les alcalis saturés d'acide carbonique. Ce dernier ca-
(1) Suiv.^nt M, Btirard de Montpellier, l'acide urique est composé, sur cent parlies en poudre, de :
Azote 59,1G
Carbone. . • • 53,61 Oxygène. . . . l.S,89 Hydrogène. . . S.54 100,00 - • S.
DES MALADIES DES
ractère, cette indissolubilité est parliculière à l'acide urique, qui est peut-ôti-e aussi le plus faible de tous les acides connus, et qui ne dégage môme point l'acide carbonique de ses bases. D'après cela, les carbonates alcalins n'ont aucune action sur la pierre urinaire, et ne se combinent point avec l'acide urique, parce que l'acide carbonique a plus d'attraction avec la potasse ou la soude que n'en a l'acide urique (Ij.
Après avoir exposé les phénomènes que présente le premier temps de l'altération de l'urine, considérons ceux du second temps ou de la décomposiliou spontanée de ce liquide. Ces phénomènes se réduisent à des altérations qui frappent l'odorat, et à celles qu'oflVe la couleur de l'urine. — Pendant sa décomposition, l'urine aune odeur plus exaltée, qui prend une voialilité et une âcreté assez fortes, sans cependant rieu perdre de son caractère. Cette odeur devient aigre, semblable à celle d'une colle qui se gàle , ou à celle de la partie caséeuse du lait lorsqu'elle commence à s'aigrir. Mais celte odeur acescentc n'existe pas dans toutes les urines. Elle commence plus lôt, dure plus long-temps et paraît plus décidée dans les urines les plus pâles, les plus mucilagineuscs et les moins cuites. Il semble que cette espèce d'altération appartient plus particulièrement à l'urine de la boisson ou du chyle. Ensuite l'urine passe à l'ammoniaque, et répand une odeur très-pénétrante qui approche quelquefois de la vivacité de l'eau de luce. Celte odeur annonce la putréfaction commençante de 1' urine; elle produit quelquefois un mal de tûtc subit, suivi de nausées, de défaillances : accidents qui se dissipent très-promptemenl, si Ton reçoit la va-:
peur de l'acide sulfureux (2). — La cou-
(1) Ceci n'est pas parfailcmcnl exact.
J'ai expérimenié moi-même que les graviers d'acide urique se dissolvcnl à la longue dans une eau chargée de bicarbonale de soude , noiamment dans l'eau de Vichy ot dans celle de Saint- Alban. S.
(2) La tendance de l'urine à la putréfaction est plus ou moins grande, suivant l'iitat des fonctions digostives , la nature des substances ingérées et les condiiions dans lesquelles se trouve la membrane muqueuse de la vessie et du reste de l'appareil urinaire. Une donnée qu'il ne faut pas perdre de vue aujourd'hui
VOIES DRINAIRES. '■
leur de l'urine , pendant sa décomposition, devient plus forte, plus rouge, plus foncée, soit que celte humeur ait été exposée à l'air libre, soit que le vase ait été couvert ou hermétiquement scellé ; puis celle couleur se précipite, se condense dans la partie la plus voisine du sédiment muqueux, lequel, avec la matière saline, est déjà un peu putréfié.
Enfin la pellicule delà surface de l'urine se couvre de moisissures, s'épaissit, s'amollit , et prend la forme et la mollesse des membranes sans en avoir la ténacité et la résistance. Ainsi , dans le temps de la décomposition de l'urine, il se manifeste ou se dépose une partie colorante qui se sépare du resle de celte humeur, et un corps muqueux décomposé et mêlé avec une matière saline non colorée.
Dans le troisième temps la putréfaction devient parfaite, et c'est surtout le sédiment muqueux et la partie aqueuse de l'urine qui l'éprouvent. L'odeur alcaline se dissipe et il lui en succède une aulre moins piquante , mais plus désag-réable par sa fadeur et plus nauséabonde. Celte odeur a encore la propriété d'adhérer long temps aux corps qui en ont une fois reçu l'impression, surtout aux substances animales et végétales; elle tient aux mains, de même que l'odeur des cadavres putréfiés qu'on ouvre et dont on touche les viscères.
Mais l'urine crue el séreuse ne se putréfie pas si vite que celle de la coction ; elle se couvre de moisissures comme les sucs des végétaux et les dissolutions de gelée animale. Il y a certaines urines qui deviennent très-aciJes avant de passer à la décomposition putride. L'urine putréfiée pendant un an et plus, mise en cvaporalion , donne du sel fusible ou du phosphate ammoniacil et du phosphate de soude, de même que l'urine fraîche; alors elle contient beaucoup plus d'acide pliospiiorique à nu, et fait effervescence avec le carbonate ammoniacal : la putréfaction a volatilisé une partie de l'ammoniaque. Lorsqu'on évapore celleurine, le sel déposé sur les parois de la bassine est fortement acide ; et, pour en avoir
que l'on fait un si grand usage d'e.iu de Vichy, c'est qu'il suffit ordinairement d'une bouteille de celle eau prise en boisson pour rendre les urines alcalines, et que dés lors elles c.\halcnl une odeur des plus l'uilidcs, S.
TRAITÉ
une iiliis grande quanlitc', il faut ajouter du carbonate ammoniacal jusqu'à ce que l'L'ffbr'vescence cesse et que la saliir.ilion tti! l'aciile soit complète. — Tels sout les lihcnoiuènes que présente l'analyse naturelle de l'urine. Les produits qui en résultent apparliennent entièrement à celle luinu'ur ; ils n'éprouvent d'auîre action que celle ilu mouvement spontané : les clianKcments que ce liquide y subit ne se t'ont pas rapiilemenl ; on est le maître d'eu suivre la marche et les progrès, et de comparer leurs différentes périodes. IMais il faut aussi soumeltre l'urine à l'analyse chimique pour séparer cl obtenir les diverses matières qui la composent, pour en apprécier la nature et les comparer avec celles que donne l'analyse naturelle.
L'urine fraîche distillée au Ijain-niarie donne une giande quantité d'eau ou de phlcg^me, qui n'est ni acide, ni alcalin, niais qui se pourrit promplcnicnl. Comme ce phlegme ne conlient rien de particulier, on évapore ordinairenient l'urine à feu nu. — L'urine la plus fraîche exhale quand on la fait évaporer à une chaleur, un peu forte, une odeur d'ammoniaque qui païaît être due à la décomposition du phosphate d'ammoniaque, dont les principes ne tiennent qu'avec une attraction très- faible. L'eau , qui fait plus des sept huitièmes de celle humeur, se dissipe. L'urine devient plus acide; et il faut plus d'ammoniaque pour la saturer ou pour lui enlever l'excès d'acide phosphorique, qu'avant d'avoir été exposée à la chaleur. Mais , outre l'ammoniaque qui se sépare de l'urine par la chaleur, une petite [lortion d'acide phosphorique .se dégage aussi; car on n'obtient pas une aussi grande quantité de précipité par l'eau de chaux, d'une livre d'urine aux trois quarts évaporée , que de celle qui ne l'a pus encore été (1). Plus l'urine
(1) Fourcroy a vérifié ce fait d'une nuire r^ianière. En dislillanl l'urine dans des vases l'ormés , il a conslammenl obtenu dans le récipient une petite quantité de phospluilc d'ammoniaque avec cxcf-s d'alcali : la présence de cette ammoniaque :\ été jugée et par l'odeur et par les papiers de violette qui ont verdi ; et l'a- (;ido pliosplioriquc' a été prouvé par l'eau de chaux (jui a formé du phosphate calcaire dans le produit. — Lorstju'on abandonne pcudanl plusieurs jours au contact de l'air uno certaine quantité d'urine
s'évapore , plus elle prend une couleur brune : il s'en sépare une matière pulvérulente, qui est un mélange de phosphate calcaire cl d'acide uriqiie. Ce sel est de la même nature que la base des os et la matière du calcul de la vessie. Lorsque l'urine a acquis la consistance d'un sirop clair, on la filtre, on la met dans nu lieu frais; il s'y dépose, au bout de quelque temps, des cristaux salins qui sont composés : 1° de murialc de soude ou sel commun ; -2° de deux sels natifs de l'urine, connus sous les noms de phosphate ammoniacal et de phosphate de soude (l);
évaporée , environ jusqu'à la moitié do son volume, au bout de ce temps eilo offre à sa surface une pellicule verte , bleuâtre, qui est indissoluble dans l'eau, mais qui la rend laiteuse lorsqu'on l'y agile pendant quelque temps. Celle urine, qui éiait forlenieiil acide immédiatement après son évaporalion , devient ammoniacale , répand une mauvaise odeur et dépose une assez grande quantité de malière jaunâtre. — Ces faits prouvent que , pour connaître la quantiié d'ammoniaque et d'acide phosphorique que contient l'urine, il ne faut pas la faire évaporer dans des vaisseaux ouverts , puisqu'il se dégage toujours une portion de l'une ou de l'autre de ces matières. La meilleure méthode est de verser dans l'urine fraîche de l'eau de chaux pour connaître l'acide phosphorique , et de l'acide muriatique pour juger de l'ammoniaque. Par la quantité de phosphate de chaux , on détermine celle de l'acido phosphorique ; ensuite, en faisant évaporer la liqueur, la proportion de muriate d'ammoniaque qu'on en obtient, et qu'il est aisé (le séparer de celui de soude par le moyen de l'alcool, indique exactement la quaniité d'ammoniaque.
(1) Ces deux matières salines forment le sel fusible entier extrait de l'urine. Elles paraissent combinées intin.ement ; il est très-difficile de les obtenir à part complètement. Ce sel fusible ou le pbospbaïc triple de soude cl d'ammoniaquo s'cfllcnrit à l'air; il verdit les papiers do violettes. Celte proprièié est très-singulière, car l'urine en s évaporanl perd de l'ammoniaque sans perdre en mémo proportion de l'acide phosphorique; par conséquent elle reste acide, et cependant les sels qu'on en obtient verdissent les violettes au lieu de les rougir. Une antre observation aussi digne do remarque, c'est que le sel d'urine composé de phosphate d'ammoniaque et de phosphate de soude , exposé peudani long-temps ù
DES MALADIES DES VOIES UniNAinES.
3» lie sdlûnilc ou de sulfate de cliaux. On obtient plusieurs levées de ces cristaux par des évaporalions et des crislallisalious réitérées : dans ces évaporalions successives il se cristallise une certaine quantité de murinte de soude et de niurialc de potasse. Quand l'urine ne donne plus de matières salines, elle est dans l'état d'un liquide brun très-épais, d'une espèce d'eau-nière. Si on l'évaporé jusqu'à consistance d'extrait mou, et si l'on Iraile ce résidu par l'alcool , une portion se dissout dans ce menstrue, et c'est une matière savonneuse; une autre reste sans s'y dissoudre, et c'est une matière gélatineuse. La quantité de ces deux mntici cs que forme l'extrait d'urine, ou l'urine évaporée, est depuis une once jusqu'à plus d'une once et demie sur une pinte de cette humeur cuite, ou delà coction , et d'un, de deux ou trois gros sur une pinte de celle qui est crue. La substance savonneuse de cet extrait est comme saline et susccplible de cristalli- .sation. Elle se dessèclie difficilement, et, dans cet état, elle attire l'humidilé de l'air. Elle donne à la cornue plus de moitié de son poids de carbonate ammoniacal, peu d'huile et de muriale ammoniacal. Elle est d'une nature alcaline; son résidu verdit le sirop de violettes. La substance gélatineuse est soluble dans l'eau , et non dans l'alcool ; elle se dessèche facilement au bain-marie, comme les extraits des plantes : elle est brune, moins déliquesccnle que la première; elle donne à la distillation tous les produits des matières animales. Telles sont les propriétés caraclérisliques de ces deux substances. Mais, au lieu de séparer par l'alcool cet extrait d'urine en deux matières distinctes ; si on le distille en entier à feu nu, il fournit beaucoup de carbonate ammoniacal , une huile animale Irèi-fétide, du muriale ammoniacal et un peu de ])hosphore. Son charbon contient quelques parties de n)uriate de soude.
D'après ces analyses, l'urine est de toutes les humeurs animales la plus singulière et la plus composée. C'est une
1 air, passe enllèremcnt à l'ûiat de phosph.iie de soude, qui verdii loujours les papiers de violotics : le pliospliàle d'amrnoiiiaquo parail donc s'circ enlu-ircmcnt volatilisé à la chaleur simple do Tatniospln-Tc (/o^rcioy. Annales do Qhhnie , t. VII , p. 18.5). '
espèce de lessive plus ou moini cliargée (le sels qui sont la base acide du calcul urinairc , et les combinaisons de l'acide phosphorique aveç l'ammoniaque , la soude et la chaux; ou c'est un liquide formé d'eau, d'acide urique libre, souvent d'acide phosphorique également à nu flj, de muriale de soude, de phosphate de chaux, de soude et d'ammoniaque , et d'une matière cxtractive colorante , ou qui donne la couleur à l'urine (2). De ces substances, les unes sont des
(1) D'autres acides ont été découverts dans l'urine humaine. Schéelc a trouvé, dans celle des enfants, des traces de l'acide benzoïqueel quelquefois de l'acide maliquc. RI. Fourcroy a reconnu dans celle des adultes la présence de l'acide sull'urique par le moyeu du muriatc do baryte.
(2) Suivant M. TSerzélius, l'urine, à l'étal sain, contient sur 1,000 parties :
Eau 933,00
Urée 30,10
Acide litliique ou urique. . . . 1,00 Acide laciiquc pur, lactnto
d'ammoniaque et matières animales inséparables. . . . 17,1 i
Mucus de la vessie 0,32
Sulfate de potasse 3,71
— de soude 3,16
Pliospliale de soude 2,94
— d'ammoniaque. . . 1,03 Muriale de soude //,/i3
— d'ammoniaque. . . . 1,30 Phosphates terreux avec quelquelques parcelles do lluato
de chaux 1 00
Silice 0,'05
Total. . , ,T7000,00
L'urine, examinée par d'autres cliimisles, et dans des coiidiiî6ns diverses, a présenté différents autres principes.
"N'auqueliu y a trouvé de l'acide phosphorique; M. Tiiénard. de l'acide citrique; M. Vogcl, de l'acide carbonique; M. C/ievreul, de l'acide rosaciqiie; Schéele, de l'acide beuz()ï()tic ; Fourcroy, de ralbumine; M. Orlila, la nui'.iérc résineuse de la bile; Proust, de l'iiydrochloratc de potasse; M. Julia de Fontenelle, de l'iiydrocyanale de fer; M. Braconuot, deux matières colorantes : la mélanourine et la cyanourinc. Plusieurs analystes y ont reconnu la présence du soufre, de la gélatine, do la fibrine, do la matière casèeuse, des globules rouges du sang, des acides nitrique, purpuri(juo, oxalique, lluori<|U(! cl xantbique; du 1 oxyde cyslique, etc. J'ai constaté mot".
sels sciiil)lal)lrs îi ceux des miiicnmx, comme li; murialc de soude, qui vien-
mèmc, avec M. Vauquclin , l'exislcrice d'un septième de sucre dans l'urine (J'une fcujmc diabéli(|uo. — Une urine violacée que j'ai recueillie, avec M. Ilusson, dans le cours d'un choléra chronique, a prùsenlcà l'analyse, failc par M. Chevallier, une matière animale parliculièro , do couleur viololte. — La mulliplicilé et la Variété des éléments de l'urine se conçoivent sans peine, quand on rédécliil au but de la sécrétion rénale, quand 0:1 considère que c'est là le principal moyen de dépiM-alion du corps. — Selon M. Proust l'acide urique n'est point à l'élat libre dans l'uriue, mais bien à l'étal de combinaison avec l'ammoniaque. Ce médecin se fonde principalement sur ce que , d'après sa propre expérience, une partie d'acide urique exifje, pour se dissoudre, 10,000 parties d'eau à 60 degrés, tandis que l'urale d'ammoniaque n'en demande q.ue 450 pariies. Une autre raison, c'est q,ue l'addition d'un acide quelconque dans l'urine amène la précipitation immédiale de l'acide urique. — Dans un mémoire lu à l'Académie royale de médecine le 10 juillet 1859, et inséré dans le tome viu du Fascicule de la compagnie, M. le professeur Lecanu conclut de ses analyses comparatives, au nombre de ccnl-vingt, faites sur les urines de seize individus sains de sexe et d'âge dlirérenls : 1° que l'urée est sécrétée en quantités égales, pendant des temps égaux, par un même individu; 2° que l'acide urique est également sécrété en quantités égales, pendant des temps égaux, par un même individu; 0° que l'urée cl l'acide urique sont sécrétés en quantités variables ]iendant des temps égaux par des individus différents; 4» que les quantités variables d'urée que des individus différents sécrètent pendant des temps égaux sont en rapport avec le sexe et l'âge de ces individus, plus fortes chez lus hommes dans la force de l'âge que ciiez les femmes également dans la force de l'ûgc, plus fories chez ccMcs-ci que chez les vieillards cl que chez les enfants; 5° que l'ensemble des matériaux de l'urine, fixes et indécomposables par la chaleur, à savoir : les phosphates terreux , le chlorure de sodium, les sulfates et les phosphates alcalins, sont sécrétés en quantités variables, sans aucun rapport avec le sexe et l'âge, par des individus différcnls ; en quantités non moins variables , par un même individu, peiidanl des tcnqjs
égaux.
ncnt des aliiucnU et qui paniisscnl n'avoir soufï'crt aucune altération d'autres sont des niaiières analofjues aux principes exlraclifs des végétaux, comme la matière coloranlc de l'urine. Enfin il eu est qui paraissent particulières à l'urine, ou du moins qu'on n'a point encore trouvées en quanlilc aussi uolahle dans d'aulrcs. substances animales que dans ce liquide, comme l'acide urique, les phosphates alcalins. Cependant l'urine n'est point, comme on l'a cru, une liqueur alcaline. Elle contient toujours dans l'élat de santé un excès d'acide phosphorique libre. C'est h cet acide qu'elle doit son acldilé constante (I) , qui est beaucoup
(1) Les expériences que j'ai faites sur l'uriflc de différents sujets, tant sains que malades, confirment l'existence de son acidiié dans l'état de santé. J'ai vu constamment que, récemment sortie de la vessie de sujets de tout âge, l'urine rougissait promplement le papier Lieu ou teint avec le tournesol, qu'elle n'altérait point la couleur du papier teint avec les {leurs de violettes; ce qui démontre sou acidité. Mais au bout de vingt à trente heures, plus tard en hiver qu'en été, l'alcalescence développée de l'urine a fait verdir le papier violet, et le papier bleu n'a pas changé de couleur. J'ai fait les mêmes épreuves sur l'urine de plusieurs hydropiques; l'acidité de leurs urines a toujours été bien apparente, quoiqu'elles fussent épaisses, briquetées et odorantes. Elle se manifeste aussi dans l'urine récente des sujets allaqués d'ictére ou de jaunisse. — Parmi les goutteux il y en a dont l'urine reste constamment acide avant comme pendant l'accès de goutte.
L'urine des calculeux dont la vessie est saine, donne évidemment les caractères d'acidité. Mais celle qui est blanchâtre, Irès-odoranle, glaireuse, qui dépose un sédiment muqueux, est ordinairement alcaline et annonce l'irritation ou une affection catarrhale de la vessie. En octobre 1790 il y avait à l'hospice du Collège de chirurgie deux calculeux, dont l'un était âgé de sept ans et l'autre du vingl-quaire. L'urine récente de ces deux sujeis était manifestement alcaline. Celle de l'enfant était légèrement blanchâtre, ne déposait presque point de nuicosilé, et avait une odeur d'ammoniaque beaucoup moins forte que celle du jeuno homme, qui était exirémeracnt glaireuse.
Fourcroy et Vauquclin , son élève, ont réitéré â cet hospice les expériences que j'avais faites pour connaître la nalufo do l'urine de ces sujets, ei oui cou-
DES MALADIES OÈS
trop foi'le, et qui se manifcsle Irop sensiblciiu'iit sur les papiers bleus, sur la ti'iutiirc de lournesol, pour l'allribuer a l'aciilii uri(iuc. — La i)ropoi tiou de l'acide phosphorique dans l'ui iiic varie sulvanl l'clat de la Iranspir.Uion cl lu tempéralure de l'attiiosphère. Des observations suivies suc l'inlensilé de cet acide dans l'urine, et comparées à sa qnanlilé, à l'élat de la Iranspiralion , et aux phénomènes méléoroloiîiqucs. de l'atmosphère , faites en même temps sur plusieurs hommes à la l'ois, doivent conduire à 4cs résultats utiles (1). M. JJcrlholel, à
lirmo son clat d'alcalcscence. De trois calculcux que j'ai vu lailicr à la Cbaril6 dans ce même mois, un enfant, dont lu pierre ôiail murale et de la grosseur d'ua marron, avait l'urine acide; celle d'un adulte, qui avait une pierre du volume d'uii œul' (le dinde et de la. forme de la vessie, t';laii alcaline, de même que celle d'un viçiillard qui avait une petite pierre oblongue et très-friable- Tous les calculeux dont l'urine était alcaline , souffraient de la vessie : principalement en urinant. J'ai observé que l'urine de l'enfant caieuleux de l'hospice du Collège do chirurgie redevenait acide, lorsqu'il avait élé plusieurs jours sans se plaindre de douleurs à la région de la vessie, et de difficulté d'uriner 11 est probable que c'est le mucus vésical abondant et mêlé dans l'urine, qui, cliargé d'ammoniaque, la rend alcaline, il serait utile de faire de nouvelles expériences pour s'en a,ssurer, pour juger de l'état de la vessie des caieuleux , qui parail plus irritée et plus douloureuse quand l'urine est alcaline, que lorsqu'elle est acide, et pour apprécier les espèces de diurétiques convenables dans ces cas, et surtout quand l'opération de la taille est contre-indiquée.
(I) L'humeur de la Iranspiralion a une analogie remarquable avec l'urine : elle est plus ou moins acide; elle rougit les couleurs bloues, et dans quelques cas elle fait effervescence aNcc les cnrbonales alcalins, lîllc a ce caraciérc d acidilé trés-raarqué chez plusicui's hommes aux endroits de la peau où la transpiration esl la plus abondante, surtout aux aisselles, à la région épigasiriqitc, au pli des cuisses. S'il s'exhale un acide en vapeur par la peau, il est vraisemblable que ce Iluide, porié sur les membranes, dans 11! cas où la transpiration est supprimée, y agace les nerfs, ei produit les douleurs (pii n;iisscnt ordinairement de cctto suppression , ainsi quo les maux
VOIES UnlNAlIiES. ■^«' qui l'on doit les connaissances exactes de cet acide de l'urine, a remarqué que les urines de ceux qui sont sujets à la goutte, aux rhumatismes, conlicnnent habiluellement beaucoup moins d'acide phosphorique que celles des sujets qui jouissent d'une bonne santé. L'acidité de leurs urines diminue encore vers le temps de l'attaque de la goutte, et augmente au contraire pendant l'accès et vers sa fin ; alors elle se trouve à un degré à peu près semblable à celui qui se remarque dans les urines des sujets bien portants: puis elle reprend peu ii peu son état habiluel(l). Voicil'observation que B'I. Bertholel a faite sur le duc d'Orléans , qui était très-sujet à la goutte et qui en est mort à la fin de l'année 1785. Il a observe que, lorsque ce prince avait une attaque de douleur goutteuse, ses urines étaient bien moins acides, et rougissaient bien moins le papier bleu dans le commencement du paroxysme que vers lu fin ; et qu'à mesure que la douleur s'apaisait les urines reprenaient leur acidité, et devenaient même après l'attaque plus acides que dans l'état de santé ordinaire du prince. Ce médecin parvint, au bout de plusieurs mois d'essais, à si
qui en sont la suite. Cette irritation continuelle fait naître l'inflanimalion , le transport des humeurs dans le lieu irrité, la rougeur, la chaleur, le mouvement fébrile même. Tous ces symptômes, ne cessent que lorsque l'hunieur acide, fondue, atténuée et absorbée , est rapporléc à la peau ou évacuée par d'autres émonctoires. Quelques faits viennent à.
l'appui de cette théorie. Dans la miliaire, soit accidentelle, soit épidémique, uno odeur d'aigre bien manifeste annonce l'éruption et l'accompagne. C'est peutêtre à une odeur analogue, mais modifiée d'une autre manière, que l'on a su reconnaître la présence de la pelite vérole, avant que l'éruption fût commencée. La présence de l'acide de la peau dans les maladies des enfanis, dans celles lies femmes accouchées et des nourrices, cl quelquefois même dans celles des tilles, ne peut être révoquée en doule. Enfin, dans un grand nombre de sueurs criliques à la fin des maladies, on reconnaît que ces sueurs sont plus ou moins acides.
(1) M. Félix Pascal fait remarquer à ce sujet que les concrétions goutteuses des arliculalions , etc., nommées lufs, topluis, sont formées en grande partie U'urale de soude. S.
bien distinguer le deçrd d'acidild de l'urine du prince, qu'il pouvait prédire plusieurs jours d'nvaiice l'accès de goutte, par la diminution progressive de celle acidilé , et ani\oncer de même la fin de l'accès par l'augmenlalion également progressive de ce caraclère salin.
W'y a-t-il pas dans ce cas un rapport direct entre l'état de l'urine et ce qu'on nomme la douleur goutteuse? N'est il pas plus que vraisemblable que, chez les personnes sujettes à la goulle, l'acide phosphorique ne s'évacue pas aussi bien par les urines que chez les personnes saines; qu'étant retenu dans le corps, il se porte sur les articulations et y fait naître la douleur ainsi que les autres symptômes arthritiques? Des ob-ervations multipliées sur cet objet pourraient apprendre que l'humeur goutteuse n'est que l'ucide phosphorique retenu dans le tissu cellulaire, dans les vnisseaux lympalhiques, ne sortant plus, comme il le devrait, par l'urine, et peut-être aussi par la peau , et se portant sur les ligaments articulaires et môme sur les os qu'il ramollit et dissout en partie. Cet acide, se trouvant combiné avec une partie plus ou moins grande de terre calcaire cl de substance animale, forme ans articulations ces dépôls de goutte qu'on a regardés comme de la craie ou du carbonate calcaire, et qui sont des concrétions topbacées, soyeuses et de la nature du phosphule calcaire. Ainsi l'examen de l'urine présenîe des phénomènes dont on peut tirer des avantages dans la pratique.
Les fonctions des voies urinaires sont d'une grande importance pour l'économie animale (l). La sécrétion de l'urine purifie le sang des matières cxcrémenliticlles, dont l'excès ou la surabondance nuirait à la santé. Elle emporte une grande partie de la sérosité fournie par les boissons, les aliments et contenue dans la masse du sang; elle entraîne des sels de dilTércnle nalure qui, retenus, rendent les humeurs Acres, agacent les parties sensibles et causent diverses maladies. Elle enlève aussi l'excès du phosphate calcaire qui se sépare des parties
solides du corps, qui esfplus abondant chez les vieillards qu'à lout auire âge, parce que leurs parties dures s'usent peu à peu sans se réparer, et qui se manifeste surtout dans les goutteux et dans les sujets dont les os s'amollissent. H semble même que la voie de l'urine soit la jdus facile et la plus prompte pour l'expulsion de cette matière osseuse. Cette fonction sert encore à porter au dehors les particules hétérogènes absorbées par les porosités de la peau, des poumons, ou qui se trouvent dans les aliments; du moins cela paraît probable par les qualités des urines qui ont une odeur de violette si l'on est resté dans une cliam- ])re nouvellement vernissée à riuiile volatile de térébenthine, ou si l'on a touché ou pris de cette huile : ce qui ne peut arriver sans que les particules de ce vernis ne soient portées dans le torrent de la circulation par les pores de la peau et par les voies de la reppiralion. Il en est de même lorsqu'on mange des asperges, l'urine a une odeur alcaline putride particulière. Enfin la sécrétion de l'urine favorise les crises dont la nature se sert pour se débarrasser des principes morbifiques qui l'accablent , comme dans les maladies inflammaloires. — ftl.iis on ne cesse pas de se bien porter quand l'urine ne se sépare pas en grande quantité, ])arce que d'autres sécrétions peuvent suppléer en partie à celle de cette humeur. Ainsi la transpiration abondante évacue le juMncipe aqueux et acre, la salivation emporte le principe muqueut et beaucoup de sérosité , le dévoiemcnt produit le même effet. Riais aucune sécrétion n'entraîne autant de principes salins que celle de l'urine, ce qui fa t qu'aucune ne peut cnlicrement lui suppléer (!)•
(1) Le fait seul de rcxistcncc de l'appareil urinairo dans les quatre classes d'animaux vcrlébrés (u)auunil'ùrcs , oi- Bcaux, reptiles : poissons), sulïirait pour njonlrcr l'iniporlancc do ses l'onoiions.
(!) Par celle voie seule semble être portée au dehors l'iirdc, ce principe conslituanl de l'urine, que nous avons dil y être en si grande proportion. Kn cflcl , celle substance manifeste sa présence clans le sang des animaux auxquels ou a enlevé les reins; et jusiiu'à iiriiseni il a été impossible do la saisir dans le sang des animaux munis de ces organes, ou niùmc d'un seul d'entre eux. C'est un fait que M.W. Prévost cl Dumas, à Gcnùvc, Vauquelin cl moi, h Paris, avons observe plusieurs fois. Il prouve que les reins no font pas l'urine, comme on l'a cru long-temps, mais bien 1> si''parcnt du sang, — Je me suis assuré d'ailleurs
DES MALADIES DES
Les usages de l'excrélion tie l'urine rdsullcnt de ceux de sa sécri!lion. Celte humeur est dcposce d;ins la vessie, et y séjourne quelque icnips pour nous soustraire aux inconvénienls de son écoulement continuel. Elle doit être expulsée au dehors comme partie inutile et nuisible à la siinlé. Si elle est retenue, elle cause dill'ércnls désordres qu'il est importiiut de connaître pour les prévenir cl les coinbullrc.
des fonctions des voies urinaines dass l'État de maladie.
Les fonctions des voies urinaires sont, dans l'état de maladie, lorsque la sécrétion el l'excrétion de l'urine sont lésées. Nous traiterons séparément des vices de ces deux fonctions.
Bes vices de là sccrc'lion de. V urine. — Les vices de la sécrétion de l'urine consistent dans l'augmentation , la diminution , la suppression de celle humeur et dans le cliangement de ses qualilcs naturelles. — La sécrclion augmentée de l'urine est une maladie lorsqu'elle produit une abondance contre nature de celte humeur avec des accidents. Ses causes agissentspécialemenl sur les reins, et sont l'usage immodéré des diurétiques , ràcrelc des boissons et des aliinenls, la su])pression de quelques év;icualions, la répercussion d'humeurs dar- Ireuses, p?oriques , etc., l'irritation des reins par des corps étrangers. On connaît fiicilement ce vice ; les symptômes tt la cure sont les mômes que dans le diabètes.
Du diabètes. — Le diabètes est un écoulement immodéré de l'urine qui est
que l'injection d'une cerlainc quanliié d'urine dans les veines d'un animal, de deux onces, par exemple, pour un chien de moyenne laillc, délerminc une mon itnmédialc, landis que l'injcclion d'une égale quanliié d'une forle solui ion d'urée ne produit d'aulro ehnngemcnl qu'une aui,'nieuialion d'nclivilû dans la séeré.lion urinaire. Ceci semble annoncer que ce n'esl pas à l'aceumulalion de l'urée dans )o sang, mais bien à la prévcnec dans récoriomie de quelque aulre principe do l'urine, peul-èire do l'.icidc uritjue , qu'esi due la niorl des animaux prives lies reins (Traité des réicnlions d'urine, par i\-S. Ségalus. Paris, 1828),
disproportionnée avec la quantité de la boisson. Le mot diabètes est emprunté du grec et tiré de l'hydraulique; il fait allusion à un siphon oii les liquides coulent sans s'arrêter : il vient de ^taêatvw, permenrc, jtasser vite. Les Latins ont appelé celle maladie pmfluvium urinœ , nimia urinœ pro/usio, diarritœa urinosa et hydrops ad nmtulum., parce qu'elle met les malades dans le cas de remplir souvent les vases destinés à recevoir l'urine : elle est accompagnée de soif, ce qui lui a fait donner le nom de dipsacus (ij. L'urine des diabétiques est ordinairement mêlée d'une partie de chyle ou de la lymphe, d'oîi vient l'amaigrissement du corps (2) ; et souvent il y a une fièvre qui hâte le marasme et la consomption. — Le diabètes n'est point une maladie commune; Galien dit qu'il ne l'a observée que deux fois (3). Cette maladie est moins rare en Angleterre et en Hollande qu'en France. Les jeunes gens y sont moins sujets que les adultes et les vieillards. — Le siège de ce mal est dans les reins, qu'on trouve quelquefois d'ua volume ordinaire, d'autres fois très-luméfics , mais toujours plus pâles, plus mous que dans l'état naturel ; il peut être complique d'aiïeclions du foie, du pancréas, etc. A l'ouverture du corps d'un homme de trente-quatre ans, mort du iliabètcs, on a trouvé le foie altéré, d'une couleur cendrée à l'extérieur et d'une consistance molle, semblable à de la pâte : ce viscère était parfaitement libre
(1) Celle maladie est appelée encore polijura, poti/ijnriu, de 7ro)iù(7, beaucoup, et do Gvpov, urine; pluliisurie sucrée, do fSto), je sèche : diabètes anglicus , vel mcU'ilus. S.
(2} Pour expliquer l'amaigrissement auquel donne lieu le diabèles, il n'est pas nécessaire de supposer, comme lo l'ail ici Clioparl, le passage d'une partie du cliylc ou de la lymphe dans les urines; toute grande déperdition, fût-elle simplemenl aqueuse, amène le même résultai : c'est, par exemple, un cffel connu des transpirations abondantes cl souvent répétées. S.
(3) J'ai vu deux femmes alleinles do diabètes sueré. L'une d'elles recevait les soins de M.Assclin, à l'IIÔicl-Dieu. C'était pour la seconde l'ois seulement que ce pralieion observait l'an'eeliou dont il s'agit, cl cependant il y avait treutc-si.\ ans qu'il était médecin d'bônilal, S.
de tumeurs squirrhcuscs el sli-.ilomatcuscs ; le pancii!a.s était plein de calculs blancs, et qui n'excédaient point le volume d'un poids; les reins avaient leur volume ordinaire, niais ils paraissaient plus pâli'S el plus mous qu'ils n'ont coutume d'être: leur ouvui'lurc ne fit découvrir rien de contre nature : les autres viscères du ventre et ceux de la poitrine Jiarurent parfaitement sains. — Wead a désigné le foie comme le siège du diabètes; il dit avoir toujours rencontré dans ce cas une collection sléalomateuse à laquelle il attribuait la sécrétion vicieuse de la bile et un défaut de matières salines pour mêler et assimiler les humeurs. Mais de vingt exemples que Cullen a vus, il n'y en a pas un dans lequel il ait observé aucune aftection évidente du foie. D'autres auteurs assurent que, quoit que l'on ait quelquefois trouvé le foie affecté, il n'est pas onlinaire qu'il le soit. Ilomc rapporte , dans ses expériences cliniques, que, dans plusieurs diabétiques, il a trouvé le foie dans l'état naturel ; ainsi le diabètes ne dépend point d'une affection du foie. Cette maladie a pour cause immédiate l'atonie et le relâchement des conduits sécréteurs de l'urine : ces conduits n'e\erçant point leur action propre à modifier la sérosité du sang qui les pénètre , à séparer les humeurs nutritives , comme la matière sucrée, la lymphe et la gelée animale, de la juirtie séreuse qui doit être convertie en urine, et rejetce au dehors, ils donnent jiassage indistinctement à ces humeurs nutritives, déviées et portées en plus ou moins grande quantité aux reins (1). Les causes éloignées ou occasionnelles du diabètes sont l'inlcmpéranee dans la boisson, l'excès des liqueurs fermcntées, du cidre, de la bière, du vin , etc.
Schmid a vu un homme de quarante ans , fort et vigoureux, qui, se trouvant très échautfé par l'usage excessif qu'il avait fait d'aromates et de vins violents, prit le parti, pour se rafraîchir, de boire beaucoup de petite bière de froment.
Cet homme s'aperçut, dans la suite, que la quantité d'urine qu'il rendait pendant la nuit était quatre fois plus considérable
\\) L'explication que donne ici Choparl ne satisfait pas l'esprit, il s'en faut de beaucoup; pour nous, lu cause immédiate du diabètes est encore inconnue.
que celle de lu bière qu'il avait bue, et que son urine avait lu même couleur et la même oJeiir que la bière. Quoiqu'il mangeât avec appétit, il devint trèsmaigre ; il se plaignait d'une grande soif, de sécheresse de la bouche, de douleurs continues dans les reins et d'ardeur dans les viscères du ventre. Il jirit de la teinture de mars, de cachou et de corail, avec quelques lénitifs, et tous les soirs un bol composé d'ivoire briilé, de safran de mars, et d'un ou deux grains de laudanum. Après avoir fait usage de ces remèdes pendant un mois , il fut parfaitement guéri {È'pheni. curios. nnlur. an.
1G83, obscrv. t22j. Un homme, suivant le rapport de Wiliis, a eu un diabètes incurable, après avoir pris, pendant vingt jours, du vin du Rhin pour boisson ordinaire [Oper. t. ii, p. 67). — L'abus des diurétiques, l'usage inconsidéré des eaux minérales, disposent aussi au diabètes, de même que les exercices violents, les veilles immodérées, les excès de Vénus, les douleurs de la dentition, ainsi que Wilt et Tissol l'ont observé chez ])Uisieurs enfants; la métastase de l'Iiumeur goutteuse, d'après les remarques de Sydendam ; la fièvre maligne de longue durée, et qui dégénère en lièvre lente; la faiblesse qui succède aux fièvres intermittentes, aux aftcctions néphrétiques; enfin une irritation quelconque, qui attire les humeurs aux reins, comme la présence des calculs dans les
Baillou dit qu'un homme de cinquante ans sujet à la néphrite, et qui rendait par intervalles de pelites pierres par la verge, mourut à la suite d'un diabètes qui était avec fièvre, chaleur, soif, excrétion très-abondante d'urine et consomption du corps. On lui trouva au rein gauche plusieurs calculs anguleux, dont un était fixé au commencement de l'uretère; le rein droit était petit, alïaissc et sans pierres. Baillou cite un autre fait relatif à une veuve sujette à la néphrite. Après plusieurs accès, elle eut à riiypochondre gauche une tumeur dure, que les uns prenaient pour une tuméfaction de lu rate et d'autres pour celle des reins, et elle mourut di,d)éliquc : le rein gauche de celte femme était excessivement gros et contenait une pelitc pierre; le rein droit était si petit, si amaigri, qu'à peine put -on le reconnaître (ii>V/. el il'/', lil). 11, p. 183). — Les caractères de cette maladie se tirent : 1" de la quantité cl de la ualurc des mi-
DÈS MALADIES DES
ncs • 2" des accidents qu'éprouve le mal ide Nous avons dit que la rinanlilé d'urine qu'on rend dans l'clat de santé s'étend environ à la moitié de la totalité des liquides et même des solides qu'on a pris ; l'autre partie de la boisson se dissipe par la transpiration , et fournit aux différentes excrétions aqueuses : mais, dans le diabètes, l'urine est en plus grande quantité; sa sécrétion et son excrétion sont considérables. Les diabétiques rendent ordinairement tous les jours 10, 12 , 16 ou 20 livres d'urine ; il est peu d'exemples où cette quantité ait été plus grande. Dodonéus rapporte qu'un diabétique rendait, en un jour, 40 livres d'urine, et qu'il prenait la même quantité de boisson [Remb. Dodonœi obs.
mcd. cap. 42, p. 74). Morgagni parle de deux filles dont l'une a rendu 3,674 livres d'urine dans l'espace de 94 jours, ce qui équivaut à 39 livres par jour; et l'autre en a rendu 4,171 en 97 jours, ou 43 livres par jour : cependant elles buvaient peu et avaient en horreur la boisson, comme dans l'hydropliobie {De sedib. epist. 4 1 , art. 1 6). M. Baumes assure ( Journal de médecine de Paris , t. LVt, p. 133) qu'il a mesuré la quantité d'urine d'un diabétique âgé de vingtdeux ans ; elle se porta à IGà livres dans l'espace de 24 heures, tandis que la mesure des liquides que buvait ce malade pouvait à peine être portée à celle de 30 pintes. Ce fait est invraisemblable.
L'urine des diabétiques est presque toujours claire et limpide : elle parait d'abord sans couleur; niais, considérée dans un certain point de vue , elle est d'une couleur de paille ou citrine-pâle , et, h cet cg:ird, on a eu raison de la comparer à une solution de miel dans une très-grande proportion d'eau : elle a une odeur d'urine récente, telle que la rend ordinairement un homme tranquille qui a beaucoup bu; sa saveur e^t douceâtre, mielleuse, et laisse un goût légèrement sucré et urincux. Mise dans un lieu chaud, elle p isse à l'aigre ; elle fermente, et, de même que le sucre-, elle produit par la fermentation un alcool.
Durant l'évaporation , elle donne une légère odeur urinense. Si l'on y verse de l'acide sulfuriqiie, il ne produit point de cliangemcnl; les alcalis n'y développent pas une oilcur piquante. — D'après l'analyse de l'urine de plusieurs diabétiques , il paraît que celle humeur contient une grande quantité de matière extraclo-sucrcc, de lu nature du sucre com-
VOIES OniNAlRES.
mun ou de celle du chyle, du lait (l) ; que cette matière nutritive est étendue dans beaucoup d'eau qui lui sert de véhicule; qu'il n'y a point d'acide phosphoriquc ni de matière saline, ou que leur quantité est extrêmement petite ; enfin qu'il y a très-peu de la matière excrémentitielle sous dilTérentes formes salines, qui est le résultat et comme le rebut de la nutrition : d'où il résulte que la substance nutritive contenue dans le sang des diabétiques s'échappe en grande partie par les reins , sans avoir été employée aux différents usages auxquels elle est destinée.
Yoiei la marche et les symptômes du diabètes. Cette maladie vient lentement : elle est quelquefois précédée de douleurs vagues dans tout le corps, tantôt avec stupeur et un sentiment de fourmillement , tantôt avec des spasmes fréquents, des soubresauts des tendons; d'autres fois elle n'est précédée d'aucune autre affection. Le malade urine plus fréquemment et plus abondamment que dans l'état naturel ; il éprouve une soif extraordinaire, une grande sécheresse de la bouche et de la gorge ; son appétit est modéré, quelquefois vorace; son embonpoint et ses forces diminuent, son ventre est souvent constipé; quelquefois son urine s'écoule involontairement, surtout pendant le sommeil : d'autres fois ctt écoulement involonlairc se fait le jour et la nuit ; le diabètes est alors compliqué d'incontinence parfaite d'urine, et 1 on peut se méprendre sur ces deux mal:idi<!s ou ne regarder le diabètes que comme une incontinence d'urine. i\lais l'abondance de cette humeur, sa nature douceâtre , la soif ardente, la maigreur, la perle des forces, l'émission vo'lonlaire de l'urine, aymplômes qui ne se remarquent point dans l'incontinence qui est produite par le relâchement du col de la vessie, et où l'écoulement de l'urine est involontaire el ne ,j)eul êtie
(1) J'ai fait, avec le célèbre Vanqiiolih, l'analyse de l'urine d'une femme diabétique dont j'ai parlé. Ce liijuidc contenail, sur sept parties d'eau, une paniè de sucre analogue au sucre do raisin^ L'urée, l'acide urique, cl les sels qui se trouvent ordinairement dans l'urine normale, avaient disparu. On n'y retrouvait ni la couleur, ni l'odeur, ni la saveur habituelles de ce fluide; on eût dit de l'eau miellée. s.
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suspendu comme dans le diahèics , éloigneront de l'erreur. Si le diabètes continue ses progrès, la Iranspirnlion cesse; la peau reste sèche , les mains et les pieds sont brûlants, l'amaigrissement graduel augmente, les forces toii:bent, l'appétit ou la vorncilé s'alTaiblit, la soif est continuelle , la salive visqueuse et âcre , le pouls plus fréquent; quelquefois le ventre grossit et se remplit d'eau. Enfin, quand la maladie devient funeste, elle finit ordinairement par la fièvre hectique, par l'enflure des exlrcmilés (1), par une vive ardeur aux lombes et dans les voies alimentaires, et par des mouvements convulsifs.
M. Dobson a vu, dans quelques cas, le diabètes produire une consomption très- rapide et se terminer d'une manière funeste en moins de cinq semaines. Dans d'autres cas, le diabètes est devenu une maladie chronique. Ancien ou compliqué de vices du foie , il est inguérissable (2). Cullen dit qu'on obtient Virement la guérison de celle maladie. Dans lous les cas qu'il a vus , et dans divers autres qui lui ont été coniinuniqui's , on n'a jamais guéri de diabélique en Ecosse, quoiqu'on ait soigneusement employé les remèdes recomtn.indcs par les au'eur.s.
Cependant plusieurs fait'! attestent la guérison de celle maladie lorsqu'elle est récente. — L'indication eu "ative du diabètes consiste à diminuer la dilalalion contre nature et le relâchement des vaisseaux urinaires des reins, à détourner la matière chyleuse et lymphatique qui s'y porte en abondance, a rappeler la trans-
(1) Il est remarquable que, malgré la diminulion générale des sécrélions observée dans celle maladie, diminulion qui a été parfois au point d'amener lo desséchemcnl d'anciens ulcères, de la sérosité s'épanche ainsi dans le lissu cellulaire et dans le pcriioine. C'est à noire sens une preuve que celle angnienlaiiou excessive de la quaniiié des urines n'a pas seulement sa cause dans les reins; que les conditions dans lesquelles se trouvent le sang doivent avoir une influence nouvelle. S. ,
(2) Ce n'est point là notre opinion.
Les recherches de Diqinylren, de M. Tlicnard et de plusieurs autres observaicurs, tant médecins que chimisics, autorisent aujourd'hui à penser que le diahéles n'est incurable à aucune do ses périodes, dût la digestion ûlrc profondément altérée. S.
piralion cl les autres excrétions, k tenir le ventre libre , à exciter la digestion parfaite des aliments, et à ôter les corps étrangers qui peuvent se trouver dans les organes urinaires et qui compliquent cl entretiennent l'état diabélique. On remplit les premières indications en prescrivant pour boisson ordinaire l'eau d'orge ou de riz, l'eau seconde de chaux mêlée avec un tiers de lait; d'autres fois une infusion Ihéiformc de sauge ou de menthe, l'eau rendue légèrement acide au moyen de l'acide suUurique. Les aliments seront des végéltiux mucilagineux, du riz, du sagou, du vermicelle au lait ])lus souvent qu'au bouillon, des œufs, du poisson. Le malade fera un exercice modéré, s'exposera au soleil , évitera le froid, portera de la flanelle sur sa peau , qu'il fera frotter tous les soirs; il se baignera suivant ses forces; il prendra lous les jours six à huit grains de rhubarbe jusqu'à ce que le ventre soit relâché. Si le diabètes ne diminue point, on donnera trois fois par jour un verre de petit-lait avec huit ou dix grains d'alun, le vin de quinquina ou le quinquina en poudre à la d'osé d'un gros sur un verre de vin de Borde. lux. Enfin on ])eut appliquer sur la région des lombes iin large emplâtre de tlicriaqueou de bétoinc, ou d'autres topiques fortifiants.
Wau Swielcn a guéri un jardinier diabétique en employant le régime sec, en excitant la transpiration , et eu appliquant .«ur la région des reins une flanelle Irempée dans l'oxycral [Cominint.
in Aphor. I. ii, p. 251). — VVillis rapporte la cure d'un diabètes confirmé dont un comte, dans la vigueur de l'âge et d'un tempérament sanguin, était affecté.
L'urine de cj malade était limpide, douceâtre et comme miellée. Il avait la soif ardente, la fièvre hectique, la langueur d'isprit, l'abattement des forces, et son corps tombait dans le marasme. On lui lit prendre trois fois par jour G onces de la composition suivante : prenez 8 poignées de sommités de cyprès, 2 livres de blanci d'œul's battus, une i/2 once de cannelle; versez 8 livres de lait frais et distillez. On lui donna aussi deux fois par jour, dans 3 ou 4 onces d'eau distillée, I gros d'une poudre composée de pomme arabique et adragant ; de chaque C gros, et de sucre G onces. Pendant 7 ii 9 joins il prit le matin 15 grains de rhubarbe en poudre el G grains de cannelle, et tous les soiis une potion faite avec 3 onces d'eau de mélisse , 2 gros de cannelle or-
DES MALADIES DES
gie el une 1/2 once de sirop de pavois. Il vécut de liiit, de pain el d'orge. Par l'usnge de ces remèdes, il se trouva mieux et fut presque guéri dans l'espace d'un mois. Au commencement de sa convalescence, son urine ne surpassa pas de beaucoup sa boisson, puis sa quantité diminua et devint dans l'élat naturel. Il recouvra entièrement ses forces et reprit son régime ancien. Après avoir long-temps joui d'une bonne santé, 11 coinraença à sentir des douleurs dans le système "nerveux; il eut de la torpeur, d'u vertige , des spasmes dans les membics ; des soubresauts dans les tendons, cl sentit comme des vents qui couraient cà et là en différentes parties du corps ; l'urine devint plus abondante et le diabètes reparut : on lui conseilla les mêmes remèdesquiavaient réussi. En peu de jours la maladie diminua. On lui fit boire trois fois par jour 5 à G onces d'eau de chaux. Il rendit bientôt une moindre quantité d'urine qui devint d'une bonne nalure, el il guérit parfailement {Oper. I. II, p. G9).
M. Wernera fait insérer dans le Journal de médecine de Lo'idres , vol. xi , part, m, an 1790, la relation de la cure d'un diabètes dont un Juif de vingt-deux lins était .affecté. Les symptômes de celle maladie étaient le pouls vif et petit , la peau sèche et ardente, la langue blanche et sèche, la pâleur du visage, l'amaigrissement, la conslipaliou, la soif, la sécheresse de la bouche et de la gorge , la sensation d'une clialeur brûlante qui s'étendait de l'estomac à la gorge , la fréquence de l'éjection de l'urine , dont la quantité était de dix |)intes en vingtquatre heures, et environ du double de Ja boisson ordinaire. Celle urine élail d'une couleur blanchâtre, de la consistance du lait. Elle avait une odeur particulière, qui, sans être désagréable, ne resscmbl.iil point à celle de l'urine: elle était un peu salée au goût. Le malade n'épro'ivait aucune dilliculté d'uriner; il se plaignait seulement de beaucoup de douleur et de faiblesse des reins. Comme il était conslipé, M. Wcrncr lui donna d'abord de la rhubarbe et de la crème de tartre qui lui procurèrent trois ou quatre selles copieuses; il lui fit prendre des liains de jambes, l'engagea ii se vêtir pendant le jour et à se couvrir durant la nuit plus qu'il n'avait coutume de le f.iire: il lui conseill.i aussi la poudre de Dower à la dose d'un scrupule jiar jour, et deux fois dans la jounice quelques
VOlEi! tiniNAtRES. 3l
goulles de teinture de cantharides. La boisson ordinaire était un mélange de lait et d'eau de chaux. Durant les dix premiers jours de ce traitement, il y eut peu de changement dans la maladie; l'urine était seulement plus ténue, plus claire et en moindre quantité. Sa peau restait toujours sèche et chaude, on y remarquait quelquefois un peu de moiteur pendant la nuit. Alors, il prit des bains chauds tous les deux ou trois jours; et deux fois par jour, puis trois fois, un scrupule de la poudre de Dower, et autant de celle de rhubarbe. Il laissa l'usage de la teinture de cantharides , et continua la boisson de lait et d'eau de chaux. Sa peau devint moite par degrés, ses selles furent plus régulières; en même temps la quantité de son urine diminua, elle reprit peu à peu sa clarté, sa ténuité et son odeur naturelle. Enfin, au bout d'environ cinq semaines, ce diabétique fut guéri.
Dupuytren et ftl. Thénard ont considéié le diabètes comme consistant essentiellement dans un défaut d'animalisation des substances soumises à la digestion , el , parlant de ce principe. Ils ont pensé que le remède le plus ellicace contre celle maladie devait être un régime exclusivement animal. Ils ont en conséquence mis des diabétiques à l'usage de bons bouillons de bœuf et de mouton; de la chair de ces animaux ; de viandes faisandées et rances; du lard, des boudins de sang et de graisse. Ils leur ont donné pour boisson , dans les repas, du vin pur et généreux , et, dans les intervalles des repas, des vins trempé d'eau, pour étanchcr la soif; et ils ont eu le bonheur d'obtenir la guérisoii. Le pain de froment est le seul aliment végétal qu'ils permettent.
MiM. Nicolas et Guendeville ont associé à ce régime l'emploi de quelques médicaments. Ils administrent deux grains d'extrait muqueux d'opium unis à du quinquina rouge, trois fois dans la journée ; deux gros de phosphate de soude dans une pinle de petit-lait: pour combattre la conslipat'on , ils donnent pour boisson de l'eau pure avec addilion de six à huit gouttes d'ammoniaque par verre, ou de trente à quarante goulles d'acide phosphoriquc par bouteille. Ils recommandent en même temps des frictions sur tout le corps avec une substance animale grasse. Ce traitement a été également couronné de succès.
Si le diabèlcs csl avec inconlincnce
32 TRAITE
d'urine, oîi peiil faire cesser celle complicutioii en appliqiianl sur la rrijion ilii sacruiTi un empliilrc vésicaloire. Le docleur Folliergill a communi(]ut'i à la Société des médecins de Loniires une observation qui montre les bons effets de ce topique dans celte circonstance.
Unliomnie, âgé de quarante-quatre ans, avait depuis cinq mois un tliabèles compliqué d'inoonlincnce d'urine, sans qu'on pût en assigner la cause. Il rendait involontairement, et surtout en dormant, une quantité considérable d'urine douceâtre. Il avait une grande soif, la peau sèche, la chaleur hectique, l'aniaigrissemcnt général du corps , la perle totale de l'appLlit, et le pouls fréquent. Il prit du quinquina et d'autres remèdes sans succès. M. Folhcrgill entreprit le traitement de l'incontinence d'urinejil fit appliquer sur la région des vertèbres lombaires et du sacrum un large emplâtre vésicaloire , dont on enlrelinl l'effet pendant six ou sept jours. Il conseilla en même temps au malade de ne prendre qu'un peu de rhubarbe avec quelques grains de mercure doux, seulement pour remédier à la constipation. La semaine suivante, les urines ne sortirent plus involontairement. Mais le vésicaloire, qui avait excilé une suppuration abondante depuis ce temps, n'avait encore produit aucun cfi&t pour la cure du diabètes; car le malade rendait six ou sept pintes d'urine en vingt-i|ualre heures, quoique sa boisson n'excédât point deux i)inles. M. Folhergill insista sur les laxatifs et les sudorifiquc>. 11 fit prendre plu-^icurs jours de suite un demi-gros de rhubarbe €n poudre pour lâcher le venlre ; puis •il y l'anli moine diaplio;étique
avec la poudre, de racine de tormcntille et la teinture de roses. Comme la i)cau restait sèche, il conseilla des bains chauds qui produisirent une sueur modérée. Il avait tenté sans aucun avant;ige le petitlait aluminé , suivant le précepte de Mead. La boisson orJinaire l'ut l'eau de chaux. Par ce traiicmcnt, tous les svmptomes du diabètes diminuèrent, les urines revinrent en quantité égale à la boisson, sans aucun retcur d'incontinence depuis le vésicaloire; les forces , l'appétit et la transpiration se rclabliront par degrés, et cet homme lut parfailemeut guéri dans l'espace de deux mois (Médical ObsejvaLions, t. m)-
Quand le diabèles et l'inconlinencc d'urine dépendent d'une pierre dans 1.»
vessie, il faut en faire l'exIracUon. J ai
taillé un enfant âgé de qiialre .ms qui avait ces maladies. Il fut attaqué tout à coup d'une rétention d'urine avec des douleurs aiguës. Celle altaquc subite, dans un â;,'c aussi jeune, me fit penser qu'il avait une pierre dans l'urèlie ou dans le col de la vessie. Je le sondai facilement, sans éprouver la résistance d'nti corps dur, et il sortit beaucoup d'urine retenue. Queliiucs recherches que je lisse avec la sonde, il me fut impossible de sentir aucun corps étranger dans la vessie. L'enfant soulagé garda le lit, et n'eut aucune difficulté d'uriner pendant trois mois. Alors il se plaignit encore de celle inconimodilé, et il portait souvent la main à la verge. Ce symptôme soutenait l'opinion de la présence d'une pierre dans les voies urinaires. Je le sondai, et je ne sentis point de pierre. Il prit des bains et bul de l'eau de chiendent et de graine de liji. La difficulté d'uriner fut moins Créquente; mais il commença à rendre ses urines invoioQlairemcnl cl en grande abondance. Il était tourmenté d'une soif ardente , bu'vail beaucoup , et urinait la nuit et le jour beaucoup plus qu'il ne buvait; il maigrissait, perdait ses forces et son ap- ,pétit. Enfin son venlre grossit et devint très-dur. On consulta dili'érenis maîtres de l'art, tous jugèrent que la maladie dépendait d'urne pierre. Il fut sondé à différentes reprises et ])ar plusieurs habiles chirurgiens, qui ne sentirent point de pierre. Les symptômes du diabètes Hvcc incontinence d'urine, cl surtout la dureté du ventre avec constipation , lénesmc et chute d'une partie du rectum.^ déterminèrent à le purger plusieurs fois et à lui faire boire de l'eau de chaux avec du lait. En quinze jours de temps, l'enfant se trouva mieux , l'évacuation excessive des urines diminua, il n'eut plus de lénesme en allant à la selle, et il commença ii reprendre des forces. On continua le même régime pendant trois mois, et la guérison parut parfaite: c'était l'été. Mais à l'automne de nouvelles douleurs pour uriner se firent ressentir. Il fallut le sonder pour donner issue aux urines. Je fis encore de nouvelles recherches pour trouver la pierre, et elles furent sans succès. L'enfant prit des bains, des bols de savon , des purgatifs doux, et se trouva bien pendant l liiver. Au printemps, les douleurs pour uriner et les symptômes du diabètes se rcno\ivelèrcnl. Un recommença l'us-igc (Ki lait, mais il ne passn point. Comme l'enfant
DES MALADIES DES VOIES CUlNAinES.
se plaignait de vives douleurs d.ins Ja vessie et à la verge, je proposai uux parents de le laisser sonder. A |)eine la sonde fut-elle entrée dans la vessie que je sentis un corps dur. Le bruit qui résulta du ehoc de la sonde contre ce corps, ne me laissa aucun doute sur la présence d'une pierre dans la vessie.
Les parents ayant consenti à laisser tailler l'enfant , j'ai fait celte o|)ération avec un couleau droit en présence de M. Desault. La pierre a été fnciie à extraire; elle était grisâtre , du volume et de la forme d'une grosse olive, et d'un pouce de longueur. La plaie s'est cicatrisée en peu de jours. Depuis ce temps, l'enfant jouit d'une bonne santé ; il est dans sa quinzième année.
De la suppression cf urine. — La diminution de la sécrétion de l'urine est une maladie lorsqu'il se sépare, dans un temps donné, une moindre quantité de ce liquide qu'il ne doit s'en séparer , et lorsque cette sécrétion vicieuse est accompagnée d'accidents. Comme cet état précède ordinairement celui de la cessation ou de la suppression de celle fonction , et comme les causes sont à peu près les mômes dans ces deux cas , nous en traiterons en même temps. — On nomme suppression d'urine, ischurie rénale, le vice de la sécrétion de celle humeur, par lequel elle se sépare difficilement, en moindre quantité, dans un temps dounc, ou ne se filtre point du tout. On .le sert souvent du terme suppression pour exprimer la rétention de l'urine ; car, dès qu'on ne peut uriner , on dit communément qu'il y a suppression d'urine. Mais l'urine peut seulement être retenue, sans que sa sécrétion discontinue de s'opérer. Cette erreur dans l'usage des mots est préjudiciable lorsqu'on se méprend sur la nature et le siège du mal, si, au lieu de sonder, dans le cas de rétention d'urine, dans la vessie, on croit devoir s'en dispenser, regardant mal à propos la suppression du cours de 1 urine comme un défaut de sa sécrétion par les reins. Cette erreur a eu lieu un tres-grand nombre de fois. Les praticiens en ont vu beaucoup d'exemples. J'ai été appelé pour secourir des malades qui n avaient point uriné depuis plusieurs jours , auxquels on faisait prendre des diureliques actifs, des gouttes de teinture de canll.u,-i,ics pour faire couler 1 urine dont on croyait la sécrétion supprimée; tandis que ce liquide était retenu dans la vessie, qui formait une Choparl,
tumeur au-dessus du pubis. La suppression et la réienlion de l'urine ont des signes si caraclérisliqucs, qu'il est facile de hs distinguer l'une de l'autre (1).
La suj)pression d'urine a des degrés dilïéienls selon qu'un seul rein est affecté, ou qu'ils le sont tous deux; et selon les causes qtii la produisent. Lés urines peuvent n'être supprimées qu'eu partie, et plus ou moins, dans l'inUammation du ventre, dans celle de l'un ou de l'autre rein, dans les alTcctions du loie, dans la colique néphrétique, dans celle des intestins, dans l'iiydropisie.
Mais si la maladie augmente d'intensité, les urines se suppriment lolalemenll'affection d'un rein communique un tel trouble dans les fonctions de l'autre rein, que les urines ne s'en séparent point.
On s'en est assuré par l'ouverture des cadavres de sujets qui s'étaient plaints
(1) L'on peut cependant se méprcncli-G sur la suppression d'urine lorsque ce liquide est retenu dans les uretères par la présence de pierres ou de niaiières épaisses qui obsirueni leur cavité et einpècbcnl son cours dans la vessie. Alors, la sonde introduite dans ce viscère faisant connaître que l'urine n'y est point retenue , on a lieu de penser qu'il y a suppression de celte liumeur ou défaut, do la sécrétion dans les reins, quoiqu'elle soit seulement retenue dans les uretères. Mais la douleur gravalive dans le trajet de ces conduits, la tumèfaclion des parois du ventre aux côiôs des lombes, l'éjection de peliies pierres qui a précédé celle maladie , doivent faire soupçonner la rétention de l'urine dans les uretères et dans les reins. Ces sympiômes et le défaut d'urine dans la vessie indiquent les diurétiques, les bains, etc. Ce cas est très-rare. Il peut aussi tromper ceux qui, appelés par des calculcux qui ont rendu plusieurs pierres par l'urèlre et qui n urinent point , attribueraient , sans une considération bien attentive des symptômes , le défaut d'urine dans la vessie a sa réienlion dans les urelèreS par des pierres qu'ils croiraient y être arrêtées. Willis rapporte à ce sujet qu un évcque calculeux depuis lon-^temps mourut î\ la suite d'une suppression d'urine. On présumait que celte suppression dépendait de pierres ou de matières sablonneuses qui bouchnieiit les uretères , mais l'ouverture du cadarre apprit qu'il n'y avait aucune obsiruciion dans ces conduits ni aucun obstacle au cours de 1 urine {OpcY, t. „ p.
de douleurs à la rt^glondc l'un des rcius, où l'on a trouvé des pierres ; desquels les urines ont été lolalement supprimées plusieurs jours, et qui avaient l'autre rein parfaitement sain (l), La suppression d'urhic est totale et prompte dans les maladies qui afl'ectenl en même temps les deux reins. Ces maladies peuvent être la pléthore sanguine, dans les sujets ro- Lustes qui font de longs voyages, des exercices pénibles; les calculs, les vers, des ulcères, la répercussion ou la métastase d'une humeur darlreuse , psorique , goutteuse; et enfin le spasme ou la conslriction nerveuse. — Les symptômes de ces maladies ne peuvent servir au diagnostic de la suppression d'urine. Car la douleur aux lombes qui s'étend vers la vessie et les aines , est le symptôme ordinaire des maladies des reins : elle annonce le siège du mal sans en faire connaître les effets. Ce qui caractérise la suppression d'urine, c'est que le malade qui rend moins d'urine depuis quelques jours, ou qui n'en rend point du tout, a la région hypogastrique molle , la vessie flasque, affaissée, ce qu'on connaît par le doigt introduit dans l'anus et par la niain appliquée sur le pubis; c'est lorsqu'il n'a point envie d'uriner et ne fait aucun effort pour cette excrétion. On s'en assure encore davantage par la sonde qu'on introduit dans la vessie, et d'oîi il ne sort point d'urine ; ou, s'il en sort, ce n'est qu'une partie de celle qui est restée dans ce viscère, depuis la suppression de cette humeur, etquin'a pu être expulsée: cette urine peut même, par son séjour , devenir acrimonieuse , causer des cuissons, des envies d'uriner sans que le malade puisse en procurer la sortie.
J'ai été mandé pour sonder un septuagénaire goutteux qui souffrait dans la région des reins, et qui n'avait pas uriné depuis trois jours. Comme il buvait beaucoup, on pensa que les urines étaient retenues dans la vessie; cependant la région hypogastrique n'était ni tendue ni douloureuse. Je le sondai avec facilité. Il sortit environ deux cuillerées
(1) J'estime que le contraire a lieu pour le moins aussi souvcnl. La lésion d'un des reins, quelle que soit d'ailleurs sa nauire , quel que soit son degré, peut coïncider avec l'exercice régulier des fonctions do l'autre rein. C'est un fait démontré par do nombreuses autopsies.
d'urine rongeâire et fétide; et le malade ne ressentit plus le besoin d'uriner :
j'assurai qu'il n'avait ])as de rétention d'urine, et qu'il fallait employer les moyens propres à en rétablir la sécrétion qui paraissait être sus|)endue par une humeur de goutte portée sur les reins.
On ne fut point satisfait; et le lendemain on appela un autre chirurgien, qui, après avoir sondé le malade, et ne voyant point d'urine s'écouler de la sonde, confirma le jugement que j'avais porté. On insista sur l'usage des boissons adoucissantes et nitrées ; on appliqua de la moutarde aux pieds, et ce ne fut que le sixième jour que les urines commencèrent à se filtrer et à sortir. — Les accidents qui se joignent à la suppression d'urine , varient suivant ses causes. Si elle dépend de l'inflammation des reins, les symptômes de la néphrite la font connaître ; il y a douleur aiguë , pongitive et ardente aux lombes: la douleur se communique aux parties voisines, s'étend à la vessie, au pubis, aux aines, aux parties génitales avec rétraction de l'un OJ de l'autre testicule, et augmente par la toux et par les mouvements du corps. Elle" est souvent continue, quelquefois périodique , avec stupeur aux cuisses; elle est toujours accompagnée d'une fièvre aiguë qui a des retours irrcguliers. Le malade a de la peine à redresser son corps, à se tourner, à marcher, et reste couché sur le dos ou sur le côté malade. ]1 a la langue sèche, du dégoiit, des nausées ; il se plaint de froid aux extrémités, surtout aux pieds; il vou.it; son ventre est constipé, gonflé d'air ou de vents; ses urines sont séreuses, rovigeâtres, sortent difficilement, avec ténesme et ardeur, en petite quantité, et enfin se suppriment.
Celle espèce d'ischnrie rénale est rare et liès-diingereuse. On la traite par les antiphlogistiques , par les saignées fréquemment répétées dans le premier temps, i)ar les bains , l'application de catiiplasines de riz ou de plantes émollienles sur les lombes dans l'intervalle des bains; par des boissons adoucissantes, l'eau de poulet éniulsionnée , l'eau d'orgeat ou de gomme arabique, le petit-lait clarifié et nilré légèrement , par des lavements de graine de lin et de lètes de pavots. La suppression d'urinequi dépend d'une anéction rhumatismale, goulleuse ou darlreuse, et qui ne ci'de point aux remèdes généraux, cxipe l'appliciition des irritants, des vésicatoircs. M. Ray-
moud de Marseille a communiqué à la Société des médecins de Londres plusieurs observations sur les bons effets des vésicatoires canlharidés et posés à la région des reins, dans des cas de suppression d'urine. Celle société lésa consignées dans le tome v des Médical Obscivalions and inquirics. Yoici un de ces faits : il concerne un homme de cinquante-cinq ans, d'un tempérament sanguin et bilieux, sujet à la goutle depuis plusieurs années. Après un frisson suivi d'une douleur aiguë à la région du rein droit, il rendit de l'urine sanguinolente; il eut de la fièvre. Le lendemain il urina peu. La région hypog.istrique resta soupie comme dans l'état de santé. Le sixième jour, la suppression d'urine fut complète ; il survint des nausées, suivies quelquefois de vomissement. La chaleur du corps était considérable, le pouls plein , fort et fréquent : le malade avait été saignée sept fois. On lui donna un émétique qui produisit un effet ordinaire. Le septième jour, il vomit des matières qui avaient une odeur urineusc; il fut encore snigné. On lui lit prendre une potion purgative qui procura une évacuation abondante. Il continua l'usage des diurétiques , mais sans en retirer aucun bien. On lui mit un vésicaloire à chaque jambe. Le neuvième jour, le malade eut Je hoquet, le coma, des anxiétés et quelquefois du délire. Dans la soirée, on couvrit la région des reins d'un vésicaloire chargé de cantharides avec un peu de vinaigre. Pendant la nuit, le pouls s'amollit et fut moins vif; la douleur des reins s'apaisa : l'urine commença à sortir en petite quantité, et les jours suivants elle coula avec abondance.
Celte urine élait rouge et mêlée de caillots de sang. La fièvre et les douleurs se dissipèrent, et le malade recouvra la santé en peu de temps.
Si la suppression d'urine vient de calculs, la douleur aux lombes est vive, permanente, gi avalive ou aiguë, et moindre quand on se couche sur la partie affectée. Elle est aussi avec rétraction du testicule; et tous les symptômes indiqués ci-dessus se déclarent , mais avec moins d intensité. L'urine est quelquefois .sanguinolente , souvent muqueuse et remplie de filaments , de sables ou de praviers et se supprime. On juge mTeux de cette cause de l'inflammalion lorsque le malade a rendu des graviers et qu'il est né de parents calculeux. Le Irai lement est le même que dans le cas pré-
cèdent. Lorsque la sécrétion de l'urine est réiahlie, que les accidents sont cessés, on emploie les savonneux , les li- Ihontriptiqucs. S'il survient des abcès, des ulcères aux reins, il faut un traitement particulier, qui sera décrit dans le cliMpilre des maladies des reins causées par les pierres urinaires. Si la suppression d'urine avec pierres dans les reins continue , et devient compliquée d'anasarque, on peut employer les apéritifs et les diurétiques actifs, et même les vésicatoires aux lombes ; comme l'a conseillé M. Raymond à un homme de soixante ans , d'une forte conslilulion et d'un tempérament sanguin, qui avait une suppression rénale d'urine, à la suite d'une colique néphrilique. Des chirurgiens avaient sondé ce malade, sans donner issue à une goutle d'urine. On le saigna. On lui tint le ventre libre. L'abdomen était tuméfié et un peu dur. Tout le corps s'œdématia. Il y eut un peu de coma et quelques vomissements. On lui appliqua un large vésicaloire à la région des reins , et on lui donna toutes les quatre heures une cuillerée d'une potion ainsi composée : quatre onces de cétérach (espèce d'un genre de fougère), un gros de suc de scille, une demi-once de vin émélique, un gros de sel de glauber; à laquelle on ajouta du suc de cloportes! Ce remède excita quelques vomissements; mais , dans l'espace de vingt-six heures, il y eut un écoulement très-copieux d'urine. La première urine était rousse et entraîna deux calculs de la grosseur d'un petit pois ; le reste de l'urine fut d'une bonne qualité : l'œdématie se dissipa par degrés, le coma disparut; la fièvre diminua , et vingt-quatre heures après le malade fut très-bien {Médical Obsei v.
t. 5 ; Jppejuiix, p. 13.J ' Avant d'avoir recours aux vésicatoires, moyen très-douloureux, surtout pendant la suppuration, on doit tenter l'effet des apéritifs. M. Leautaud , maître en chirurgie à Arles , les a employés avec succès pour un jeune homme de trente et un ans , qui n'avait pas rendu d'urine depuis cinq jours ; sa vessie élait vide. II semait un grand poids aux reins , mais sans douleur. On lui donna différents diurétiques, qui n'excitèrent point le cours des urines; il prit aussi des laxa- ' tifs, qui procurèrent des selles abondantes : cependant il devint œdématié et si oppressé qu'il ne pouvait plus rester couché ; il eut du délire , des vomissements fréquents. Alors ou lui fit avaler trois
TRAITÉ
onces de èuc de persil , où l'on avait t'crasé trente cloportes et mêlé un demigros d'iuiiie de Itirébenlhiiie avec un gros de liliuiu de Paracelse. Ce remède agit d'une manière si marquée sur les reins, que peu de temps après le malade commença à rendre des urines avec des graviers. Elles coulèrent ensuile avec abondance, et entraînèrent un grand nombre de petites pierres. Dans l'espace de trois mois il m rendit environ six cents dont quelqnes-unes étaient de la grosseur d'un petit pois. Peut-être, dans ce cas, les pierres arrêtées dans les uretères ou les bassinets des reins, empêchaient-elles seulement le cours de l'urine vers la vessie. Il est difficile, en pareille circonstance , de distinguer la suppression de l'urine , de sa rétention dans les conduits et dans la substance des reins.
Les observateurs fournissent des faits de suppression d'urine suivie de leucopUlegmasie. On en trouve dans les OEuvres de Scbenkius {lii>. 3, page 440).
L'ascite et d'autres espèces d'bydropisies sont ordinairement avec diminution des urines , et quelquefois avec leur suppression. Lorsque celle suppression précède ces maladies , elles peuvent dépendre essentiellement du défaut de sécrétion de l'urine , et du reflux de la sérosité qui devait être séparée par les reins. Celte sérosité s'épanche dans le tissu cellulaire, dans les cavités du corps, Ou se porte sur ditréreuts organes extérieurs, ou sur des viscères. Ou doit alors rechercher et tâcher de combattre le vice des reins qui cause la suppression de l'urine. Il sera moins difficile de le connaître quand il aura paru des symptômes d'affections aux voies uriilaires avant rhydropisie.comme dans le cas suivant rapporté par Schen- Itius. — Un homihe urina du sang après avoir été en voiture , au mois de juillet, dans des chemins raboteux. Il négligea cet accident; son corps maigrit et tomba dans le marasme. Il commença par rendre moins d'urine, et devint enflé. Enfin, les urines se supprimèrent; il n'y en avait point dans la vessie. Huit jours après cette suppression llmourul. On jugea que la cause de la maladie était dans les reins , et l'ouverture du cadavre apprit que le rein droit avait perdu sa ' couleur naturelle ; sa chair était blanchâtre : le rein gauche parut en meilleur état. La vessie était vide, le foie mollasse et comme putride dans la partie voisine du rein,
^es symptômes dii spaîinç anao»c§ot
la cause de la suppression d'urine dans les hypochondriaqiies , dans les femmes vaporeuses , hystériques. Cette suppression peut subsister plusieurs jours , et môme long temps , sans perte delà vie; elle est ordinairement suppléée par une autre évacuation séreuse , par la diarrhée , par des sueurs abondantes , etc. — < Marcellus Donatus rapporte l'histoire d'une religieuse dont l'urine se supprima pendant six mois, et qui eut de temps en temps la diarrhée ; mais le flux de l'urine s'élanl réiabli , le ventre se resserra. (Ifisl. mcd. mirab. lib. 4, cap. 27). — Voici un exemple qui montre que la transpiration cutanée peut suppléer au défaut de la sécrétion de l'urine. Une fille âgée de dix-huit ans, d'un tempérament bilieux et très-ardent, fut attaquée, à l'arrivée de ses règles et à leur retour, d'accidents hystériques si violents qu'on les prenait souvent pour des vapeurs épileptiques. Elle resta huit mois dans cet état, avec des alternatives d'accès d'hystérie ; son ventre fut toujours tendu.
A ces symptômes, il s'en joignit un autre plus extraordinaire ; ce fut une suppression totale d'urine et de selles , qui dura trois mois ; elle transpirait abondamment. Comme on doutait de la réalité de celle suppression , on garda la fille à vue; on lui donna à boire et à manger pendant huit jours, et l'on observa qu'elle n'avait point uriné ni été à la selle. Elle prit des bains tièJcs pendant un mois ; alors elle rendit une quantité d'excréments Irèsfélide.s, avec des vers et des grumeaux de sang , sans urine. Elle continua de faire usage des mêmes bains pendant deux mois entiers , sans effet ; elle prit même deux lavements par jour , sans en rendre aucun : sa boisson fut l'eau de poulet. Elle lit usage d'apozèmes laxatifs et rafraîchissants, de potions huileuses, et elle ne se nourrit que d'aliments les plus humectants. Comme on était en été, et qlie la transpiration pouvait mettre obstacle il la sécrétion de l'urine, ou lui fit prendre des bains froids; pour lors la malade recommença à aller à la selle, et elle urina. On continua ces bains pendant deux mois ; ils excitèrent davantage le flux de l'urine, et le rétablirent insensiblement dans son état naturel. Cette fille restait dix heures par jour dans le bain, et, pour le rendre plus froid, on y jetait de temps en temps de la glace; par ce moyen , elle fut parfaitement guérie. Ce fait se trouve dans le tome ly du Joui^nal (ia mçdçcinc di Faris, Vu autre
DKS MALADIES DEâ
exemple plus singulier de suppression d'urine quia été suppléée par des sueurs est rapporté daus le tome x du même journal- Une femme âg:ée d'environ cinquanle ans eut une suppression totale et subite des urines et des matières fécales. Les catiiarliques, pris en lavements et par la bouche , et les diurétiques ne procurèrent d'autre évacuation qne des sueurs abondantes. La malade , abandonnée à la nature, resta pendant sept ans sans fièvre, sans douleur et presque sans incommodité, ne rendant rien ni par les selles ni par les voies urinaires. Le défaut de ces excrétions était suppléé par des sueurs très-copieuses et d'une félitlilé insupportable. Les sueurs n'étaient pas continues; elles revenaient irrégulièrement, lanlôt de deux en deux jours, tantôt de trois eu trois , et elles ruisselaient de toutes les parties du corps. Pendant ce temps, cette femme mangea avec appétit de toute espèce d'aliments : elle avait un visage assez vermeil, elle élait même grasse; la faiblesse seule de son corps , occasionnée par des sueurs si fortes , la retenait au lit. Dès qu'elle sentait l'instant des sueurs s'approcher , elle quittait son lit, pour ne pas le salir, et se jetait sur de la paille préparée exprès, et qui se pourrissait promptement. Enfin , contre toute espérance , le ventre commença à s'ouvrir spontanément, et l'urine à couler.
Les sueurs cessèrent alors, et la malade recouvra sa sanlé et en jouit pendant six à sept ans. Elle mourut d'une maladie qui n'avait point de rapport à son incommodité passée.
Ces faits montrent qu'une suppression totale d'urine peut subsister plusieurs années sans causer la mort; pourvu que le défaut de l'excrétion de celle humeur soit suppléé par une aulre évacuation d'une nature à peu près semblable, comme une sueur abondante : dans les autres cas il survient des accidents fâcheux, dépendant de la maladie des deux reins qui cause la suppression de l'urine , et il est rare que les malades survivent plus de douze à quinze jours sans que la sécrétion de cette humeur ne soit rétablie.
Les accidents et la connaissance de la cause de la suppression de l'urine indiquent le traitement qui convient pour exciter les reins à reprendre leurs fonctions , et à faire couler l'urine dans la vessie. D'après les observations précédentes, il sera facile d'apprécier les moyens curatifâ convenables dans les diaërentes
VOIES tIRINAIRES. 37
circonstances. Lorsqu'ils n'ont pas de succès , la désorg-anisalion des reins ou leur état de squirriiosité peut en être la cause; comme dans le cas suivant , communiqué par Alphonse Kohnias dans les Éphémérides des curieux de la nature {Jn. 1078 et 1G79).
Un marchand d'Ulm, âgé de cinquante ans , eut une suppression d'urine. On le sonda, il ne sortit aucune gouUe d'urine de la sonde ; la vessie était vide , la région hypogastrique n'était ni gonflée ni tendue. Le malade se plaignait seulement d'une douleur gravative à la région du rein gauche. Ou mit en usage différents diurétiques , ils furent sans succès. Le ventre était tenu libre au moyen de lavements purgatifs, mais il ne sortait pas une seule goutte d'urine. Cet homme eut des nausées , des vomissements de matières glaireuses , épaisses et tenaces comme la glu. Son corps et sa bouche exhalaient une odeur assez forte d'urine. Enfin, il mourut le dix-septième jour de sa suppression d'urine sans avoir éprouvé de grandes douleurs. On fit l'ouverture de son ventre : on trouva , au lieu dii rein droit , un corps squirrheux d'une dureté tendineuse et de la grosseur d'un pelit œuf de poule. Ce corps contenait quelques grumeaux de sang et des vésicules aqueuses. L'uretère de ce rein était grêle comme un fil. Le rein gauche parut trois fois plus gros que dans l'état naturel : sa chair était flasque et comme infiltrée par une matière glaireuse ; son uretère était rempli de cette même matière , si épaisse qu'elle en obstruait la cavité. La vessie en contenait une petite quantité sans urine. — Ce fait marque que le rein droit, étant squirrheux, ne pouvait exercer ses fonctions. Mais il est probable que le rein gauche , flasque et très-gonflé, séparait une certaine quantité d'urine qui , ne pouvant passer dans l'uretère obstrué par une humeur épaissie , avait reflué dans la masse générale des humeurs , et avait donné une odeur urineuse à la salive ou à la bouche de ce marchand. Morgagni rapporte plusieurs exemples de reflux de l'urine retenue dans les conduits urinaires et portée vers les autres excrétions aqueuses, auxquelles elle avait communiqué l'odeur et la saveur qui lui sont propres. Entre ces faits il cite celui que rapporte iVLilpighi à l'égard de son précepteur dont il ouvrit le cadavre , oii il trouva un des reins et son urelère excessivement dilatés par l'urine reteuue à cause d'une pierre ar-
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rèlée h l'exlrifmité inférieure de ce conduit. La salive do ce calculeux avait l'odeur et la saveur de l'urine , sa peau exhalait la même odeur. La sujipression ou la rétention de l'urine dura plusieurs jours et devint mortelle ( De sccUb.
Ji'pif. 4 I , arl. 36).
Vet vices de l'urine. — Différentes maladies du corps , et particulièrement celles des voies urinaires, changent les qualités naturelles de l'urine. Ses allérations morbifi(|ues sont relatives à sa quantité, à sa couleur, à sa coiisislance, et aux matières qui s'y mêlent et qui se déposent. — l.e vice relatif à la quantité de l'urine consiste en ce qu'on en rend bien moins que dans l'état naturel, ou en ce qu'elle excède de beaucoup la mesure de ce qu'on a bu. L'urine est en moindre quantité qu'elle ne doit être, lorsque la sérosité du sang est détournée des organes urinaires, et se porte à d'autres parlies du corps, comme dans l'hydropisie ; lorsque le sang: a trop de consistance et de parties rouges, quand d'autres excrétions aqueuses ou muqueuses sont abondantes et suppléent à la diminution de l'urine ; lorsque les voies urinaires sont affectées , que les principes rauqueux et salins de l'urine surabondent dans sa sérosité, dans l'eau qui leur sert de véhicule, et rend cette humeur épaisse et visqueuse. Sa quantité est excessive dans le diabètes après l'usage immodéré des diurétiques , du vin blanc , etc. — Mais la quantité trop petite ou trop grande de l'urine n'est pas toujours uii vice, ni un signe défavorable de maladie. Tel homme ne rend habituellement que très-peu d'urine, tandis qu'un autre est accoutumé à en donner beaucoup; et tous deux jouissent d'une bonne santé. Pendant le cours d'une fièvre, l'urine est quelquefois eu petite quantité ; puis devenant très-abondante, elle rend la maladie plus prompte à la.guérison. Pour déterminer en général les vices de l'urine , il faut s'instruire de son état naturel pendant la santé , et avoir égard aux changements qu'elle peut éprouver par les maladies.
11 n'yai)resque pointde couleurs qu'on n'ait quelquefois observées dans l'urine, et qui n'aient porté à la regarder comme viciée. Au-dessous de la citrine, qui est la couleur la plus naturelle, on compte l'urine blanche, cristalline, laiteuse, grisâtre, bleuâtre ou imitant la corne transparente; celle qui ressemble à une légère teinture de poix, à l'osier, etc. Lorsque la couleumulurellc se renforce,
est plus saturée, l'urine devient d'un jaune foncé, safranée , verte, brune, noire, rougeâtre, ou rouge. L'urine blanche, de couleur de petit-lait, se remarque chez les enfants dans la dentition , les femmes sujettes aux flueurs blanches, ceux qui ont un catarrhe dans la vessie, un ulcère aux reins, un métastase de pus des viscères du ventre, de la poitrine , sur les organes urinaires. L'urine d'un jaune foncé , safranée , rousse, rougeâtre est ordinaire chez les bilieux; dans les fièvres intermittentes, dans la jaunisse. Elle est brunâtre ou semblable à de la lessive dans la leucophlcgraasie. C'est l'abondance de la bile et des matières salines qui donne ces couleurs. C'est aussi la bile qui rend l'urine érugineuse , plombée, verdâtre, verte , poracée, ou semblai)le au suc de poireau. J'ai vu des eni'ans, attaqués de convulsions causées par la dentition, rendre de l'urine verdâtre et mourir. Cette espèce d'urine s'observe rarement chez les adultes. Willis dit qu'il n'a jamais vu d'urine verte. Rhodius en cite un exemple à l'égard d'un homme qui avait les viscères du ventre teints d'une bile érugineuse , et où l'on trouva un abcès dans le foie (Cent. 3, Oùs. 2j. Borrichius rapporte dans les Actes de Copenhague [an.
1679, obs. 38) qu'une femme grosse de six mois, qu'il traitait pour une fièvre tierce, rendit pendant quelques jours des urines toutes vertes et qui déposaient un sédiment grisâtre. Il ne remarqua rien, ni dans son visage, ni dans ses yeux, qui annonçât une jaunisse. Les absorbants firent bientôt disparaître cette couleur des urines.
L'urine noire est quelquefois précédée, chez les hypochondriaques, de celle qui est verdâtre ; elle se remarque aussi dans quelques fièvres malignes, dans la petite-vérole confluentc et putride, dans la peste, dans le scorbut de mauvais caractère. Des sujets en ont rendu qui étaient noires comme de l'encre. Borrichius a vu deux malades dont les urines déposaient un sédiment très-noir, et la femme d'un boulanger qui, depuis trois mois, rendait tous les jours des urines noires comme de l'encre, et qui était dans un état d'épuisement considérable [Act.
(le Copcnh.an. lG70,oiJ. 70(1)). Sauva-
(1) Un pliûnomùne beaucoup plus rare, dit le même auteur, c'est de voir un malade rendre par la voie des sueurs une
DES MALADIES DES
irps fait mcnllon d'un hypoclioiulriuqne, allaqué d'une dysenterie maligne, qui
hutneur noire comme de l'encre. Il rapporlG que la femme du consul de Copcn)ingue , après avoir essuyé une lu'-vre péléchialc, était tombée dans la phlliisie. Elle avait rendu pendant plusieurs semaines , par les cirets de la toux , une grande quantité de cracliats purulents.
Son pouls était petit, vite et quelquefois intermittent. Sa respiration était fréquente. Une fièvre lente et putride l'avait réduite à un état de maigreur et de consomption. De temps à autre il lui prenait tout à coup des saignemenis de nez jusqu'à perdre une livre entière de sang. Mais ce qui surprit le pliiS; c'est que , dans le temps que la malade commença de se trouver un peu mieux , il lui prittousles matins, pendant plusieurs jours de suite, des sueurs spontanées si noires que ses draps et tout son linge en étaient teints , surtout ses bonnets, dont elle avait soin de changer tous les soirs, et qu'elle trouvait le matin ausji noirs que si on les eût trempés dans l'encre. Elle fut fort alarmée de ces sueurs ; mais on lui (lit que c'était une évacuation critique qui ne pouvait manquer de lui être salutaire. Effectivement elle s'en trouva soulagée, et depuis ce temps elle alla de mieux en mieux. — Ces sucm's noires étaient du sang mêlé avec l'Iuimcur de la transpiration , qui s'échappaient par les pores de la peau. On a des observalions de sueurs sanguinolentes , mais il n'en est peut-être pas qui présente lui phénomène semblable à celui-ci. Une l'cmme âgée de trente ans , après un long chagrin , tomba dans une alfection nerveuse et une mélancolie qui affectèrent particu'ièrcment l'estomac et altérèrent la digestion. Quelques mois de ces souffrances , dont elle rapporl;iit le siège et le foyer principal à la région épigaslrique, produisirent une maigreur extrême.
11 se joignit une petite fièvre à ces premiers accidents, la peau se décolora , et une pâlcm- livide remplaça le ton animé de, ses premières couleurs. Cet état durait depuis plusieurs semaines , lorsqu'on amena cette femme à l'ilôtel-nieu de Paris. Elle fui prise de tremblements convulsifs et de faiblesse à son arrivée à l'hôpital. Voici ce qu'on observa pendant plusieurs jours. Le pouls était petit, faible, assez fréquent, et fuyait souvent sous le doigt; le ton de la peau était d'un blanc livide, les lèvres étaient décolorées, la langue était blanche et assez humide, la faiblesse extrême , la voix presque élcinlo et peu longue , l'ouïe
VÔIES nnlNAltlES. oJ rendit , pendant quelques jours, des urints noires comme du café brûle, avec
dure : des «inlements dans les oreilles. Tout annonçait unelangueuret une inertie dues à la décomposition des liquides.
Quelques jours après son arrivée à l'IiôpitaT, un tremblement convulsif, une défaillance et d'autres accidents semblables à ceux qu'elle avait déjà éprouvés bien des fois furent suivis de la sorte do gouttes de sang par le bord des paupières , par les narines et par les oreilles. Une infirmière qui l'assistait fat fort étonnée , en essuyant les gouttes de sang sur son visage, de voir le linge marqué de taches d'un beau bleu. Elle communiqua ce fait à un chirurgien de garde, qui s'en assura par lui-même et vint en faire part à M. l'ourcroy. Ce célèbre chimiste se rendit à l'Ilôtel-Dieu , et il essuya lui-même des gouttes de sang qui suintaient du bord des paupières. Le linge imprégné de ce liquide , qui ptiraissait brun tant qu'il était coulant et en masse, prit , en se séchant à l'air sous ses yeux, une couleur bleiic très-belle , mais qui n'était pas entièrement foncée. Ces empreintes restèrent sans altération à l'air pendant plusieurs jours ; mais au bout de quelques semaines elles passaient à un vert sale et enfin au jaune. Les at;ides n'avaient aucune action sur la matière colorante qui les formait, et qui ne passait point au rouge. Les alcalis la dissolvaieni , et la faisaientpresquc entièrement disparaître ; ils laissaient sur le linge une légère tache jaune ou de rouille.
Ces propriétés pouvaient faire soupçonner que la matière colorante dont il s'agit était analogue au bleu de Pi'usse ou prussiale de fer. La petite quantité de sang que la malade rendait dans ses crises n'a pas permis à M. Fourcroy d'en recueillir assez pour l'examiner avec plus do précision. Ce symptôme singulier n'a duré que quelques jours ; et , d'après l'eïlime des linges employés à essuyer le visage de la malade , il n'est sorti que quelques gros de sang pendant ces crises. Si les essais d'expériences rapportés cidessus pouvaient suffire pour déterminer d'une manière certaine que le sang dont il est ici question contenait un véritable prussiaie do for ou bleu de Prusse , on ne serait point étonné que ce composé , dont tous les matériaux existent à la vérité dans un autre ordre dans le sang , eût pu se former au milieu de ce liquide altéré par l'effet d'une longue maladie. La présence de l'azote est démontrée dans les matières animales, il v est même contenu en grande quantité ;"i'liy«
TBAITK
tics cléjerlinns de In môme couleur, égaleinenl félidés, cl qui mourut en j)eu de temps. 11 rapporte plusieurs l'uils à peu près de la même nature. Il cite l'observation de Valesius sur un lionime dont
lu raie s'enflait pendant l'automne avec beaucoup de douleurs, qui avait alors un ictère noir, et qui n'était délivré de ces symptômes qu'après avoir rendu , pcn-
drogène et le carbone sont aussi en grande abondance dans ces maiières :
l'oxyde de l'or se inoiiirc assez facilement dans le sang pour avoir 616 regardé comme sa maiiérc coloranle. Il y a donc tous les principes nécessaires à la composition du prussiale de fer. Mais comniCMl et par quel m6canisnio l'ordre de leurs proportions et de leurs affinités al-il été cbangé ? C'est un problème à résoudre. Quels organes fournissent à la peau la sueur de sang? Y a-t-il des vaisseaux sudorifiM'cs qui exhalent directement à i'épidcrme, qui versent à travers les porosités de celle membrane le sang ou l'humeur séreuse qui forme la sueur? I.c fait suivant , qui s'est passé sous nos yeux à l'hospice du Collégo de chirurgie, en 1 787, auiorisc à l'cconnaitre l'existence de ces vaisseaux blancs , séreux , continus aux arlérioles, et qui sont les flerniéres ramilicalions des artères. — Une (iMe âgée «le dix-liuit ans avait depuis seize mois une sueur de sang à la suite d'un coup de poing qu'elle reçut dans le dos dans un temps où elle avait ses règles ; lesquelles fuient tout à coup supprimées, et dont la suppression subsista pendant quatre mois. Quoique son visage fût décoloré, celle fille était d'un lempérament sanguin. EUe avait été réglée dès l'âge de douze ans sans qu'il y eût aucune altération dans les périodes suivantes de celle excrétion. Mais, à l'époque du coup de poing , il sortit presque tous les jours de toutes les parties du corps , même de la partie chevelue de la tète , dos goutles de snng dont le suinlcment durait trois , quatre et cinq heures, puis s'arrêtait et recommençait.
Celle lille avait éié saignée plusieurs fois du bras et du pied : ces saignées l'avaient soulagée pendant quelques mois ; les règles avaient reparu quatre mois après leur suppression, et s'étaient manifestées tous les deux ou trois jours jusqu'à la lin do juillet 1787 qu'elles cessèrent de couler. Pendant les règles , l'écoulement do sang par la peau était en moindre quantité. On avait fait prendre à celle iille des bains chauds qui avaient augmenté la sueur de sang. Voici les phénoménrs que nous avons observés pendant son séjour à l'hospice , depuis le i>" août de celle aimée 1787 jusqu'à la fin d'octobre qu'elle en est sorlic. Quelquefois
le sang ne transsudait que des jambes, d'autres fois des bras ; dans d'autres temps il sortait de toute la surface du corps, excepté du dos : mais le plus souvani il s'échappait par les extrémités des doigts , des orteils , à la racine des ongles, par la peau des mamelles, près de leur aréole; par les paupières, le front , les joues. Nous avons remarqué qu'à ch.-Hjue endroit d'où le sang s'écoulait il paraissait à l'épiderme un petit point rouge qui s'élevait par degrés, augmentait de volume et formait une goutte à Jlaquelle succédaient d'autres gouttes qui produisaient un llux pendant quelques minutes. Mais autour de ce point il n'y avait ni tuche rouge circulaire, comme dans les piqûres de mouches , ni ecchymoses, ni aucun signe d'exiravasation de sang sous l'épiderme, comme dans les sugillalions ; de sorte qu'il nous a paru que les vaisseaux qui fournissaient le sang s'ouvraient direclcmcnt à la porosité de l'épitlerme, d'où il s'écoulait. Celle fille a été saignée du bras le 51 août au malin , un mois après la nouvelle suppression de ses règles; et le soir elles ont reparu et ont coulé pendant plusieurs jours de même que la sueur de sang, qui s'est manifestée en difierentes parties du corps et qui a subsisté depuis le l'f septembre jusqu'au 8. Le 18 elle a eu au sein gaucho une ampoule large avec issue de sang , le lendemain il en a paru une semblable à l'ombilic; puis elle est tombée trois jours de suite dans un assoupissement léthargique qui durait de quatre à cinq heures. Cet accident lui était déjà arrivé cinq ou six fois l'année précédente. Plusieurs saignées du bras el du pied l'ont encore soulagée. F.lle a pris des bains froids; la sueur de sang a beaucoup diminué- Il lui est survenu deux ou trois accès de vomissement de sang en dilTérenls temps. Enfin le 8 octobre il n'a plus paru de sang à la peau ; mais celle fille a eu un dévoiement considérable rougeàire qui a continué sans interruption jusqu'à la fin de ce mois , qu'elle a quitté l'hospice. Deux mois après, et de retour dans son pays, son dévoiement a cessé , la sueur de sang a reparu quelque temps; mais après beaucoup d'exercices de corps, après s'èiro livrée à la danse , celle fille n'a plus été sujette à celte incommodité et ■ a joui d'une bonne santé.
DES MALADIES DI
liant quelques jours, des urines noires comme de l'encre {Nos. i. m, p. Vi).
liippocrale a observé que les urines noires sont quelquefois bonnes, surtout dans les personnes mélancoliques, spléniques, après la suppression des liciuorroïdes, des règles. Galien dit avoir connu une femme qui avait été très- soulagée par l'évacuation de semblables urines.
Mais, en général, les uiiiies noirâtres, fétides, qui ne sont accompagnées d'aucun signe critiiue, qui se rencontrent avec des symptômes graves , fournissent un pronostic de mort. Lorsque les urines sont elles-mêmes la matière de l'excrélion critique, les malades éprouvent un soulagement dans les symptômes et l'intensité de leurs affections. Il est ditlicilede démêler la vraie cause de cette couleur de l'urine : souvent c'est l'alrabile ou une bile visqueuse, épai.ssc, noirâtre, qui la produit; d'autres fois elle provient du sang dissous et putride. Il ne faut pas confondre l'urine noire qui dépend d'une affection hypochondriaque ou d'une maladie interne, putride, etc., avec celle que rendent certains calculeux. J'ai observé que des calculeux qui avaient été en voiture ou qui axaient marché long-temps, rendaient quelquefois de l'urine brune , et même noire, et que, peu de temps après la sortie de celle urine, ils pissaient le sang. Cela arrive surtout a ceux dont les vaisseaux de la vessie, dilatés, variqueux ou gonflés de sang, se rompent par la pression île la pierre agitée pendant l'exercice du corps.
La couleur rouge de l'urine présente différentes nuances; on dislingue celle d'un rouge clair comme l'écarlalp, d'un rouge pourpre comme le er.unoisi, d'un rouge igné, d'un rouge semblable à la lavure de chair, d'un rouge de bière, d'un rouge obscur et brunâtre comme le sang, ou enfin l'urine rougeâlre, trouble et briquetée. De ces divers degrés de couleur rouge de l'urine , les derniers sont les plus fréquents et s'observent dans i'hydropisie de poitrine, dans l'ascite, dans les fièvres intermittentes, dans les maladies du foie, de la rate, dans les crises des maladies aiguës. Les premiers degrés annoncent de la chaleur, de l'ardeur, et se remarquent dans des affections inflammatoires. Si l'urine est d'un rouge sanguin, cette couleur peut dépendre du sang pur mêlé avec ce liquide. Les calculeui, les cavaliers, ceux qui montent un cheval pesant, qui courent long temps la poste, qui sont d'une con-
VOIES nRTNAIRES. il
stitiilion sanguine , qui ont des vaisseaux variqueux dans les voies urinaires, enfin ceux qui ont un fongus ou des corps étrangers dans la vessie, pissent quelquefois le sang ou rendent de l'urine sanguinolente, qui est d'un rouge plus ou moins fonce suivant la quantité et la qualité du sang, Lorsque le sang est peu abondant dans l'urine, (t lorsqu'il est très fluide, dissous, on peut confondre l'urine sanguinolente avec celle dont la rougeur dépend de la trop petite quantité d'eau qu'elle contient , el du mélange d'une niiilière colorante rouge ou briquetée. Pour éviter celle erreur (l) , il faut
(1) Roux, professeur de chimie aux écoles de médecine de Paris, racontait , dans ses cours, un fait singulier sur la rougeur des urines. Un liomnic âgé d'environ trente-cinq ans , mélancolique et très-inquiet de voir que les urines qu'il rendait le matin étaient rouges comme du sang , pria ce médecin de venir le voir. Il était p.île , amaigri , abattu; cependant il ne se plaignait d'aucune douleur clans le ventre ni dans les voies urinaires. Roux vil que les urines étaient uniformément d'un rouge de sang étendu d'eau; mais ne trouvant point de caillots ou de grumeaux sanguins au fond du vase où l'urine était déposée, il présuma que la couleur rouge ne dépendait point du sang. Après diverses questions sur l'état habituel de cet homme, sur sa manière de vivre , sur les aliments dont il faisait usage , il l'engagea à ne pas s'inquiéter el à suivre son même régime. Peu de jours après , Roux vint le revoir, trouva les urines de la même couleur ; mais cet homme le prévint que , réfléchissant aux questions qu'il lui avait faites sur ses aliments, il avait omis de lui dire qu'il mangeait tous les soirs une salade de betteraves rouges. Ce rapport suffit pour éclairer ce médecin sur la cause de la rougeur des urines. Il lui conseilla de manger des betteraves blanches au lieu de rouges , et lui annonça que ses urines changeraient de couleur.
En effet le surlendemain elles furent jaunâtres el continuèrent d'avoir une couleur ciirinc foncée. — Ce fait appuie les remarques de quelques auteurs sur la couleur que prennent les urines, suivant celle dus aliments ou de certaines substances prises intérieurement. IMatthiolo atteste qu'après avoir mangé du fruil do l'opidilin ou do la raquette , qui contient uii suc rouge, l'urine esl teinte de la même couleur: //Y/. 2 , in Dioacor. , cap. 1-13. Boyle u observé qu'une grande dose
TRAITÉ
laisser îi l'urine le temps de dc'poser : si elle codlienl du sani;, il se raiiinssera en grumeaux, en filaments noirâtres qui, par l-'aijitation , ne peuvent se dissoudre dans l'urine, au lieu que les sédiments d'une autre nature se remêleront avec le resle de l'urine , cxceplc les cristaux et les sables durcis et formés pendant le refroidissement de ce liquide. On peut aussi filtrer à travers un linge blanc l'urine sur la rougeur de laquelle on a des doutes ; le sang se fera reconnaître par la couleus rouge qui s'imprimera à ce linge , tandis que les autres matières qui peuvent rougir l'urine n'altéreront pas ia blancheur du filtre. Ce moyen convient surtout (|uand le sang est très-fluide, désorganisé , comme danb les scorbutiques : ce sang déposé ne se prend point en masse , ne forme point ou presque point de grumeaux , parce que sa partie fibreuse est en dissolution trop grande, et que son i)rincipe albumineux est Irèsaltéré. L'urine est d'une consistance viciée, ou coiilre nature, lorsqu'elle n'est pas limpide, ténue, Irès-liquide, ouquand
de rhubarbe donnait souvent ;i l'urino sa couleur safraiiio : Tract, de specif. remed. On a remarqué que l'usage de la décoction do la racine de palicnce sauvage produisait le même effet et que la boisson de celle de bardane rendait l'urine verdâtre ou d'une couleur verte presque semblable h celle de la décoction de la racine de cette plante. Des observateurs ont vu l'urine noirâire après l'usage de la casse. Ce phénomène est rare; Lien des personnes ont pris la casse à grande dose sans qu'elle teignît leur urine. Mercurialis a éprouvé que le vin cuit , donné en lavement, rendait l'urine noire, lib. \, De excrcmen., cap. G.' On lit dans les Epliémérides des curieux de la nature, décad. 2, ami. 1687^ qu'un homme d'environ soixanle ans, ayant pris plusieurs fois , le soir en se couchant , du rob ou extrait de baies de sureau mêlé de son urine , pour se garantir, disail-il, d'une lièvre épidémique qui régnait dans Son pays , rendit des urines noires, et vint, tout alarmé, consuller George Sommer. Ce médecin le rassura bientôt en lui exposant que ce symptôme ét:iit l'effet du remède qu'il avait pris et qu'il n'aurait pas de suites. I^n effet dès le même jour l'urine reprit sa couleur naturelle. Ces phénomènes se remarquent principalement chez les sujets d'une constiiulion nerveuse, dont l'estomac est fiiblc et la digestion lente, pénible.
clic paraît trouble , épaisse, visqueuse , filandreuse ou prise en gelée; pres<[ue toutes les urines viciées , celles qui sont briquctées, rougcàires, glaireuses, sanguinolentes, ont plus de consistance que celles qui sont saines. On trouvera dans le cours de cet ouvrage plusieurs exemples de consistance vicieuse de l'urine.
Nous rapporterons seulement ici deux faits qui ont fixé notre allcnlion.
Un homme de soixante-cinq ans, sujet à des catarrhes de poitrine, rendait fréquemment des urines troubles, blancliàlres et qui déposaient une matière visqueuse. En septembre )78l il s'enrhuma, il eut de la fièvre et de la difllcullé de respirer. Ces symplômes et une diiiileur fixe au cô:é droit de la poitrine me déterminèrent à le saigner. Il prit des remèdes convenables ii son état, et guérit dans l'espace de trois semaines. Au commencement de celte maladie, ses urines furent plus épaisses et en moindre quantité; il les rendit même avec lenteur et dilïiculté. iMais un phénomène qu elles offrirent, c'est que, refroidies, elles se condensèrent en une masse qui avait à peu près la consistance de la gelée de viande. Celle gelée d'urine, mise sur le feu, devint bienlôl liquide, et, pendant l'éhullition , une petite partie se coasula en flocons albumineux. 11 est très probable que cette urine conlennit beaucoup de substance gélatineuse Irès-rapprochée ou dans, une petite quantité d'eau. Les boissons abondantes donl le malade fit usage, et la diminulion de sa transpiration, rendirent ses urines plus lifjiiidcs et moins visqueuses. Une personne digne de foi m'a assuré avoir observé ce même phénomène d.ms l'urine d'un homme très-piluileux, et qui n'était soulagé de la difficulté qu'il éprouvait h rendre ses urines glaireuses que par l'usage d'une légère infusion d'environ trente grains de café cru dans une pinte d'eau bouillante.
Le fait suivant présente plusieurs objets dignes de remarq-iC sur la consistance et la niilure de l'urine. Un jeune homme de vingt-quiitre ans, d'une constitution très-nerveuse et fort irritable, a été reçu en septembre 1790 à l'hospice du Collège de ciiirurgie, pour être traité d'une pierre située dans la vessie. Il était Irès-dilhcile à sondera cause d'une fausse route qu'on avait faite ii l'urètre. Eu le sondant, il éprouvait un spasme, nu tremblement dans les membres et une coulraclion violente dans l 'S muscles du
périnc^e et du ventre. Assuré de l'existence de la pierre, je lui fis prendre les Ijainset (!es boissons adoucissantes, pour ]c disposer à l'opération de la taille. Mal^^ré leur us.igc, la sensibilité trop vive ne diminua point. Son ventre était a|)lati et même rentré en dedans, surtout vers la région liypogaslrique. Depuis longtemps il urinait avec difficulté et douleur; ses urines étaient blancliàlres , épaisses , et déposaient un sédiment trèsvisqueux. 11 eut la fièvre, le dévoiement. Lorsque ces accidents furent dissipés, n'éprouvant presque plus de douleurs en urinant, il se retira dans son pays. J'ai fait pendant plusieurs jours, en présence des élèves de l'hospice, quelques expériences sur lesurines de ce jeunehomme.
Tant que l'urine conservait sa chaleur naturelle, elle était liquide, blanchâtre, un peu trouble; elle ne paraissait poiut chargée de glaires et ne filait point. Eu se refroitlissant , il se formait promptenient un amas de glaires ou de mucosité filandreuse, grisâtre, qui se déposait en partie au fond du vase, et dont une autre iiartie assez abondante rest.iit môlée et cependant distincte dans la sérosité liquide. La quantité de celte substance glaireuse allait souvent à plus d'un tiers de la totalité de l'urine. Eu jetant hors du vase toute l'urine conservée plusieurs heures, elle tombait en filant:
comme une forte solution de gomme ou de colle. L'urine chaude ou réceminenl sortie de l'urètre avait une odeur d'ammoniaque, qui était bien plus marquée au bout de cinq à six heures. L'alcool hâtait la formation de la substance glaireuse; et versé seulement sur cette substance déposée, il l'épaississail , lui donnait plus de consistance. L'acide sulfurique versé sur l'urine encore chaude, la troublait, lui causait beaucoup de chaleu^r sans faire elTervescence : mais lorsqu'elle était refroidie cl devenue glaireuse, ce même acide produisait une effervescence notable (i). Cette effcrves-
DES MALADIES DES VOIES DHINAIRES. 43 cence était faible, lorsque l'acide n'élait verié que sur l'eau séparée du dépôt; et elle se remarquait sensiblement, s'il agissait sur le sédiment qu'il coagulait en llocons. L'alcali fixe de potasse troublait seulement toute l'urine, en y excitant un peu de chaleur, et il a paru ne pas plus agir sur la sérosité que sur le dépôt : mais en y versant ensuite de l'acide sulfurique, il s'est fait une grande effervescence très-écumeuse ; la liqueur s'est éclaircie, et n'est plus devenue glaireuse ou filandreu'C. L'urine toute récente chaude, mise sur le feu, n'a point pris de consistance ; elle a développé l'odeur de l'ammoniaque et a formé, dans les premiers temps de l'ébullilion , beaucoup d'écume semblable à celle de l'eau de savon. L'urine qui était reposée, refroidie et trèsglaireuse , mise sur le feu, a pareillement exhalé une odeur forte d'ammoniaque, a donné beaucoup d'écume en commençant à bouillir; d'alcaline qu'elle était elle est devenue acide (1), de même
(I) L'effervescence survenue par l'union de l'acide sulfurique à l'urine refroidie parait être due à l'acide carbonique que l'ammoniaque de cette liumeur
a^^it absorb. do l'itmospb.re dc:;.i;-Ô dd lé
sui un alcali pur ne produit point d'ef- — ■
lervescence ; clic se manifcsie au contraire lorsque l'alcali conlicnt do l'acide carbonique. Cet acide, chassé par l'acide sulfurique, produit rcffervesccnce en se
réduisant en gaz au moyen du calorique conicnu dans l'acide sulfurique et dans l'ammoniaque , et qui , se dégageant de ces substances pendant leur union , met l'acide carbonique dans l'étal de gaz.
(l ) Ce passage de l'alcalescence de l'urine à l'acidiié, quand on la fait évaporer sur le feu , m'a porté à faire la mémo expérience avec M. Vauqiielin , en novembre 1790, sur l'urine d'un calculeux du môme hospice, âgé de soixante et dix ans , laquelle était fortement alcaline d'après son odeur et l'épreuve des papiers teints. Nous avons mis sur le feu, dans une casserole de fer-blanc ronde et de six pouces et demi de diamètre , huit onces d'urine que ce calculeux venait do rendre. Dans le commencement de l'ébullition , il s'est élevé beaucoup d'écume ; l'odeur alcaline a pris plus de force ; puis l'urine n'a plus fourni d'écume ; elle a acquis plus de couleur A mesure qu'elle se concentrait ; elle a commencé à rougir le papier de tournesol au bout de douze minutes; à ce temps elle verdissait encore un peu le papier de violettes; mais à treize minutes elle a rougi sensiblement le papier bleu, et à vingt minutes elle était au plus haut il ne restait qu'cnviine épaisse , brune , qui était comme du caramel , et tréspiquanle au goût. Ce pass.ige de l'état alcalin de celle urine à celui d'acide dépend : io de la volatilisation de l'animoniaque qui est libre dans ce liquide; 2° de