‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 147 sur 226 · ANTILLES · texte numérisé non relu

ANTILLES

100,346 mulâtres, contre 13,101 blancs), H y a grande place pour le travail dos missions. Aussi de nombreuses sociétés y sont à Toeuvre ; on y trouve des missionnaires moraves, wesleyens, baptistes anglais, presbytériens unis d'Ecosse, de la société de Londres, du la société américaine des Missions, baptistes de la Jamaïque, méthodistes libres unis, etc. Les catholiques ont également à la Jamaïque un évêché créé le iO janvier 1837. — 4* La grande Ile de Scunt-Domingue est la seule •des Antilles qui soit aujourd 'hui indépendante. La partie occidentale, autrefois française, forme la république de HaîtL La partie orientale, ancienne colonie espagnole, forme la République dominicaine ou de Saint-Domingue. La république de Haïti est peuplée de 372,000 ûmes. Les trois quarts sont nègres, le reste mulâtre; il n'y a pas plus de 600 blancs. La religion officielle e^t le catholicisme, dont le chef est Tarchevéque -de Port-au-Prince (érection du 16 septembre 1861). Quatre évéchés sufiragants ont été érigés en même temps aux Caves, au Cap Haïtien, aux Gonaïves et à Port-de-Paix ; mais ils n'ont jamais été occupés. Du reste, les habitants sont de fait, sinon en droit, retombés dans le pagaoisme et TEglise y est fort persécutée. Quelques missionnaires protestants, baptistes et wesleyens, cherchent à apporter TEvangile à ces nialheureux. La République dominicaine a une population de blancs et de mulâtres" (ju'on peut évaluer à 230,000 âmes. L'archevêque de &n-Domingo (évéclié le 13 août 1313, archevêché 1347) est le chef spirituel des catholiques, qui'forment à peu près toute la population. ^ o" Porto-Rico est une grande ile espagnole et catholique peuplée de «87,327 habitants, dont 329,994 blancs et 237,333 nègres hbres (l'esclavage ayant été aboli en 1873). L'ile forme un évêché catholique, celui de Porto-Rico, créé eu 1313. -^ 6** Les Antilles danoises (Saint- Thomas, Saint-Jean et Sainte-Croix) font partie du groupe des îles Vierges. La population, protestante en majorité, est de 37,700 habitants. Il y a quelques milliers de catholiques et trois paroisses anglicanes. — 7" Les autres iles Vierges sont anglaises, avec les îles voisines de Saint" Christophe^ Antigue, Nevis, la Barbade, Anguille^ Montserrat et la Domintt/ue, et peuplées de 120,131 habitants. Elles forment le diocèse anglican d'Antigue^ avex 2 archidiacres et 31 recteurs et pasteurs. Les catholiques, assez nombreux, ont un évêché au Roseau (Dominique), créé le 30 avril 1830. 11 y a dans ces iles des missionnaires moraves, "wesleyens, presbytériens unis et de la Société pour la propagation de rÉvangile. — 8'' L'île suédoise de Saint-Barthélémy a 2,898 habitants. La plupart sont protestants, quelques centaines catholiques; il y a un missionnaire wesleyen. — 9° La Guadeloupe est française. En y comprenant les petites iles qui en dépendent, la population était, en 1872, de 163,600 habitants, dont 120,000 liègres et (>()0 coolies. La population 4îst catholique. Le diocèse de la Basse-Terre, ciéé le 27 septembre 1830, possède un collège dio(îésain dirigé par les Pères du Saint-Esprit et da Saint-Cœur de Marie. 11 forme 2 archiprêtres, 11 doyennés, 43 paroisses avec 90 prêtres s^kuliers. Les Frères do l'instruction chrétienne -de Ploërmel dirigent 27 écoles communali» et 2 externats. Les Sœurs tustitutrices de Saint-Joseph de Cluny ont 1 pensionnat, 3 externats et

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21 écoles communales. L(^ sœiirs'hospitalièresde Saiut-Paul de Chartres dcsseryent 12 hôpitaux, hospices et infirmeries. U y a quelques protestants avec un missionnaire wesleyen dans la dépendance de Saint- Martin. — 10" I^ Martinique, autre grande ile française, est peuplée de 156,799 habitants (1872), dont environ 100,000 nègres et fiOO coolies. Elle forme révêché catholique de Saint-Pierre et Fort-de-France, érigé le 27 septembre 1850. Il renferme 2 collèges dirigés par les Pères du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, 9 doyennés, 39 paroisses, avec 73 prêtres séculiers. Les Frères de Tinstruction chrétienne de Ploërmel, les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, les sœure de Saint-Paul de Chartres et la congrégation des Filles de Notre-Dame de Délivrance y ont des établissements. — 11** Les îles anglaises de Sainte-Lucie^ Saint-Vincent^ la Barbade, la Grenade, les Grenadines, Tabago et la Trinité ont une population fortement mélangée de catholiques et de protestants (393J1() habitants en 1871). Les catholi(|ues dépendent du diocèse de Port-d'Espagne (Trinité), créé le 30 avril 1850. L'Eglise anglicane a 1 évé(|ue à la Barbade, avec 2 archidiacres et 85 recteurs et curés. Des missionnaires moraves, wesleyens et presbjlériens unis évangélisent la population noire de ces îles. — 12"^ Enfin, les Antilles hollandaises {Curaçao^ etc.) ont 39, 150 habitants, catholiques en majorité.

E. Vauchkb.

ANTINOMISME, théorie contraire au principe delà loi. Jésus avaitdéclaré que la loi religieuse, morale et rituelle, sous laquelle les Juifs vi\aient, était imparfaite (Matth. V, 17, 20) et devait être accomplie. A Tobservance littérale et servile de ses nombreuses prescriptions, il préférait rintention droite, pieuse, humaine comme principe de conduite, Tamour actif de Dieu et du prochain comme mobile directeur de la vie (Marc Xil, 28-34). L*apôtre Paul lit de Tantithèse de la loi et de hfm le fondement même de son enseignement chrétien. Il démontra que la loi indi(|uebien ce qui doit être fait, mais(ia'ellenc procure aucuneforce ]M)ur le faire et sert plutôt de miroir où nous pouvons contempler notre laideur morale <f u'elU» ne contribue à nous améliorer. Au contraire, lafoi, en nous unissant de cœur et d'âme avec ie Christ, au point que notrcvie se fond av(^. la sienne, noiisconmiMniqueun nouveau principe de viequi détermine nos sentiments <'t nos actes dans le sens de la pureté, de la coniianc(^ (»n Dieu et de la charité. Dès lors, notre obéissance est voulue, joyeuse et libre, se distinguant ainsi de la soumission timorée à des orch'es (piOn exécute par crainte, c'est-à-dire mal ou pas du tout, ou bi(»n avec les(|uels on rus(\ observant leur lettre, mais en trahissant leur esprit «par exemple, celui (jui fait Taumône par calcul et non par miséricoj<le, I (]or. XIll, \\). Il n'entrait, toutefois, dans lidéc ni de Jésus ni (le Paul de condannuM* la loi comme mauvaise et pernicieuse en elle-inênie ; ils \{\ sui)or(lonnaient seulement à un principe supérieur. Mais, dans sa polémi(|ue contre les partisans obstinés ai. .a loi juive, Paul put se sei'vir ti'expn^ssions (par exemple, Rom. IV, 15; V. 20), dont on abii^a pour rabaisser la loi au rang des chost^s mauvaises, infernales, «pTil y avait du mérite à nier, à combattre, on prenant le contre-pied de ce qu'elle ordonnait. De là, un antinomisiue

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ilonl on trouve déjà peut-être queltfuos traces dans l'AjïOcalypse (II, 14, 20). Ce fut surtout dans les sociétés gnostiques (voy. Tartidc Gnosticùme) que cette exagération de la doctrine paulinienne prévalut et donna lieu à des théories qui tendaient à absoudre rimnioi'aiité cliez les pneumatiques ou hommes de Tesprit. Mais le gnosticisme fut vaincu par Tancien catholicisme, ({ui, de plus en plus, s'écarta du principe évangélique de la subordination de la loi à la foi et à la grâce divine, et finit, dans le catholicisme complet, par faire dépendre entièrement le salut des âmes de l'observation des préceptes, des rites, des œuvres extérieures, indépendamment du sentiment, de T intention, de la conversion intérieure et réelle. On sait que cet ef'gisme , ou doctrine du salut par raccomplissement niéc^ni<|ue des œuvn»s, engendra la doctrine des Indulgences, d'après la<|u(dle TEglise peut reporter le mérite des œuvres surérogatoires sur les pécheurs qui consentent à acheter ie ciel à certaines conditions, et que l'application scandaleuse do celle théorie fut le point de départ de la Réforme du seizième siècUî. Les réformateurs revinrent à l'enseignement évangélique en opposant la justification par la foi au salut par les œuvres. Mais c'était toujours dans l'idée que la foi, moyennant la grâce de Dieu, inspirait au vrai chrétien le désir et lui procurait la forc^î du bien. Mais, dans les emportements de la polémi(|ue, il arriva parfois à Luther de dépasser ses propres sentiments, en appelant, par exemple, la loi a une parole de perdition et de malédiction », en disant qu'il n'y a plus de « commandement de contrainte, et (pi'un peuple qu'on veut encore effrayer ou contraindre au nom de la loi ne mérite plus le nom d'un peuple chrétien ». Parmi ses premiers partisîins, il y eut des tliéologiens ([ui, tels qu'Agric^la d'Eisleben, érigèrent (»n théorie dogmati(|ue ces expressions hypiM'boliques et qui ouvrirent un feu nourri d'attaques violentes contre» Luther et Melanchthon, parce (pi'ils rendaient à la loi, au commandtMuent divin, sa plac<î légitime dans la vie chrétienne. Agricola ne voulait entendre parler (|ue de la foi pure et simple, indépendamment de toute condition morale, conmie fondement du salut. Une conférence qui eut lieu à Torgau, en io27, entre Melanchthon et Agricola, apaisa i)our un t(*mps celle guerre intestine. On s'accorda à reconnaître (jue la repentance est comprise dans la foi, entendue dans son sens général. Luther s'était catégoriquement prononcé en faveur de Melanchthon. Mais, en l;>n, Agricola renouvela cette controverse à WiltemlK»rg et poussa son point de vue jusqu'au paradoxe : « Es-tu débauché, adultèn», garnement, en un mot pécheur? Si tu crois, tu es sur le chemin du salut... Tous ceux qwi ont commerce avec Moïse doivent aller au diable, à la i>otence, avec Moïse. » Luther, directement attaqué, répondit que la loi était légitime en son temps et ù sa place; «pfelle servait à éclairer, à effrayer la conscience, et <[u'alors l'Evangile apportait la parole de grâciî et de régénération. La dispute s'envenima, et Luther ne ménagea pas les gros mots à son adversaire. L'affaire allait être portée devant la justice électorale, quand J'appel ci'Agricola, (îomme prédicateur à Berlin, lui donna une autre touriHin? (ioiO). Déférant aux conseils de l'électeur de Brandebourg, Agi*i-

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cola publia une espèce de rétractation, reconnai^^sant qu^en effet la loi devait servir è la manifestation du péché, par conséquent à faire naître la rcpentance dans le cœur du coupable, et il se réconcilia avec Luther. Après la mort du grand réformateur, Fun de ses plus ardents partisans, Flacius, publia une édition nouvelle du dernier et du plus violent des écrits de Luther contre Agricola, en y joiprnant une préface qui contenait certaines paroles très-acerbes que peu de temps avant sa iiort Luther aurait énoncées devant plusieurs témoins au sujet du préficatcur de Berlin. Âgricola se tut, mais, en 1562, un sermon qu'il fit sur Luc VII, 37-49 {La Pécheresse aux pieds de Jésus) ranima la controverse et donna lieu à des traités pro et contra aussi injurieux que scolastiques. Agiûcola mourut en 15()6. Mais il avait trouvé des soutiens parmi les luthériens d'Allemaj^ne, entre autres Amsdorf, disciple et ami de Luther, qui allait jusqu'à dire que « les bonnes œuvres sont nuisibles au salut », et le prédicateur Otto, de Nordhausen, qui prétendait que ce que le chrétien avait de mieux à faire, c'était d'ignorer la loi, que la prédication évang:éli((ue n'en devait pas parler, etc. La Formule de concorde (ioll) condamna les antinomieus, adversarii legis^ qvd prxdicationein legis ex ecclesia explodunt, et affirtnant non ex iege,, sed ex solo Evangdio peccata arguenda et contritionem docendam ewe. Depuis lors, l'antinonisme disparait de la scène théolo^ique proprement dite. Cependant, on le voit de temps à autre reparaître au sein de sectes obscures, par exemple, chez (pudiques baptistes anglais en 1689, ou dans les partis ultra-mystiques, tels que celui du quiétisme (Madame (îuyon). Soit qu'on rabais5(^ trop l'idée de la loi en tant qu'élément indispensable du développement social ou moral, soit qu'on Taimulle en s'abandonnant, sans réserve, aux voluptés du mysticisme^ ou risque toujours de fournir des prétextes oi un semblant de justification à la licence des mœurs. On a pu même voir, en Europe et en Amérique, de scandaleuses consé([uences de ce dénigrement s'étaler avec un véritable cynisme dans quelques convenlicules où une exaltation religieuse mal dirigée aboutissait à l'oubli des règles élémentaires de la morale. Mais de telles extravagances sont du ressort de la médecine et de la police plus (juo de la théologie. — Pour bien comprendn^ la controverse antinomist(.' et sa véritable portée, il ne faut pas s'arr^ ter au fait qu'à l'origine il s^agissait uni((uement de la loi mosaïque dans ses rap[)Orts avec l'Evangile. Les principes, mis en regîmi Vm de l'autre, vont plus loin i\ue ces rapports historiques, et la loi mosaïque peut, sans modifier essentiellement la nature du conflit, se changer en loi morale abstraite. Il reste toujours à se demandersi, noù pas au point de vue social (fui se borne à lixer les relations intéressant l'ordre régulier de la société, mais au point de vue de la religion et de la morale individuelles qui ont des prétentions plus hautes, le précepte pur et simple, Vimpératif suffit pour amener l'homme à la sanctification et le régénérer quand il est corrompu. Nous pensons que l'expérience' coniirme la thèse évangéli(|ue d'après laquelle riioninie a besoin d'un mobile intérieur qui lui fasse prendre le mal en horreur et limer fortement le bien. C'est alors (ju'il accomplit avec aisance d

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avec joie ce que la loi ordonnait sans doute, mais ne pouvait obtenir de sa faiblesse et de ses répugnances. D'une part, les prédicateurs de TEvangile, en développant cette profonde vérité philosophique et religieuse, doivent prendre garde à ne pas favoriser Tantinomisme en décriant la loi qui [pourtant subsiste avec ses exigences imprescriptibles. D'autre part, la libre pensée philosophique devrait se rendre mieux compte qu'elle ne le fait la plupart du temps de tout co qu'il y a de fondé dans cette dialectique du sentiment chrétien qui part de la loi pour se réfugier dans la foi, mais atin de revenir mieux armé, plus coniiant, dans la grande lutte morale nécessaire à l'accomplissement de la loi. Sans doute il faut connaître le bien, mais pour le faire, il faut l'aimer, cl la loi pjir elle-même n'inspire pas l'amour. A. Rkvillk.

ANTIOCHE. Au moment où cette ville prend un rôle dans Thistoirt^ du christianisme, c'était une grande cité, la troisième de l'empirer romain (Rome et Alexandrie étaient les deux premières), et comptait plus de 500,000 habitants (Jos. B. J. Ill, 2, 4, Comp. Strab. XVI, 2, 5). Fondée l'an 300 avant Jésus-Christ par Séleucus, Tun des généraux d'Alexandre, qui l'avait baptisée» du nom de son père, agrandie et embellie par ses successeurs, et surtout par Antiochus Épiphanes, elle était restée la capitale du ropume des Séleucides jusqu'au moment de la cx)nquéte romaine et avait atteint déjà à cette épo(]ue le plus haut degré de splendeur. Le site d'Antioche avait d'ailleurs été bien choisi; c'est un des plus agn'ables et des plus pittoresques du monde. Bâtie sur les bords de l'Oronte, à l'endroit où viennent finir bnis({uement les embranchements du mont Casius, elle était en communication avec la mer par une large route et par le fleuve lui-même que pouvaient remonter les plus grands vaisseaux. Le mur d'enceinte, gravissant des rochers à pic, formait, sur la croupe onduleuse des monts pres(|ue surplombant sur la ville, une couronne dentelée d'un merveilleux effet. Ces remparts, détruits une [)remière fois, reconstruits par Justinien, subsistent, en partie, encore aujourd'hui. Us enfermaient une étendue immense, où l'on voyait des collines de sept cents pieds de haut, des vallons profonds, des torrents, des cascades, et au milieu de tout cela, des jardins délicieux, de fraîches retraites, des bois de myrtes, de lauriers, de platanes, avec d<;s pelouses couvertes des plus fines fleurs et du plus frais gazon. Les arts de la civilisation avaient rivalisé avec la nature pour faire d'Antioche l'une dos plus belles villes du monde. Siîs palais, ses bains, ses théâtres, ses temples, étaient innombrables. Une savante symétrie avait aligné les rues. Des statues admirables ornaient las carrefours; un superbe Corso de trente-six stades de longueur, formant deux galeries couvertes soutenues par des colonnes avec une large avenue au milieu, traversait la ville d'un bout à l'autre. En un mol, il y avait tout ce qui pouvait plaire au goût des Grecs de la décadence et à l'imagination féerique de l'Asie, à ceux qui cherchaient la richesse et à ceux qui demandaient des plaisirs. Aussi, rien de plus étrange, de plus bizarrement mêlé, que l'immense population qui s'agitait dans les quatre paities de la ville et dans ses faubourgs. C'était comme un

raccouiï-i dis doux pafiranismes de rOrieiil et de rOccident. En haui, le monde romain ofliciel et une aristocratie d'orijçine {j^rec^pie i]il* avait superpost* la philosophie épicurienne et la mythologie de la Grèce sur les coutumes et les religions orgiostiques de la Syrie; en bas, une populace sans nom, sans patrie, insouciante, émeutière, avilie et livrée à toutes sortes de superstitions et de métiers infâmes. C'était le paradis des magiciens, des mimes, des charlatans et des imposteurs de toute nature et de tout étage. Le luxe était inouï; les mœurs, «Fune licence eiïrénée. I-.es vices de deux mondes s'exagérai<»nt en s'y mêlant ol faisaient d'Anti<Xîlie la s^Mitine de rempire romain. — Des l'origine, les Juifs, attirés par le conunerce et les ordonnances libérales du fondateur de la dvnastie des Séleucides, v formèrent une colonie nombreuse, possédant les mêmes droits que les Grecs et ayant un ethnanpie particulier (Jos. Ant, XII, 3, I: XIV, 14, ^\ B, J, 11, 18, 5; Ctm/ra Apinn, 11, \, Omip. avec Act. VI, 5). l ne Eglise chrétienne s'y forma de bonne heure, recrutée parmi les Juifs et surtout parmi les prosélytes païens (Act. XI, 10, ^, it)). In esprit tout diflérent de celui (pii régnait dans TEglise de Jérusalem, s'y manifesta dès le principe. Les Juifs et les païens se fondirent ici pour la première fois <lans une même communauté. Le christianisme prit une claire conscience» de sa mission universelle. C'est là (ju'il se st'-pare nettement du judaïsme avec lequel on le confondait au début, et n^^oit son nom propre et distinct, le nom cpiil a gardé dans l'histoire (voy. art. CImHiens). Aussi, dans cet âge primitif, Antioche rivalis<i avec Jérusalem. C'est la ville de Paul comme» a^le-ci e^st le point d'appui d(»s Douze. C'est le foyer des grandes missions dans le monde grec et romain. Et, après la ruine des Eglises de Judée, elle fut la première métropole? de? TEglise ehrétienne. Dans la formation de la hiérarchie e?c^»lésiastique, ses évée|ui»s, e'»leveîs à la dignité de patriarches, prirent rang à côté de ceux d'Alexandrie, de Kome et de CiOnstantinople. Plusieurs concilcîs e)u synoeles s'y réunii-ent ; un premier contre les novatiens, en 452; trois autres au sujet des luttes soulevée»s par Paul de Samosate», évé;e|ue; ele émette Eglise, ejui fut dépe)sé en 469 ; un grand nombre enlin, durant le»s disputes des ariens et des monophysitcs. Antioche demna son nom alors à une école importante et e)riginale d'exégèse et de théole)gieî (voir plus loin). — Détruite par les Perses au milieu du sixième siècle, e»lle fut rebâtie par JustinieMi,maisacheva de peM^ dre son importane*e religieîuse» après l'invasion musulmane. Les croisés deGodefroi de Bouillon s'en emparèrent en 1098; et elle devint un instant le centre d'une principauté féodale attribuée à Boemond de Tarente. Elle ne tarda pas à être reprise par les musulmans, et fut enlin saccagée et détruite par Tarméie du sultan d'Egypte Bibors en 1409. Aujourd'hui, sur l'immense emplacement de l'ancienne cité, entre des ruines granelioses, s'élève une petite ville de 7,000 habitants qui porte encore le nom d'Antakich. — Pour l'histoire d'Antioche, les documents sont nombreux dans l'antiquité. Aux notices de Pline, de Strabon,de Josèphe,de Pausanias, il faut joindre V Antiochichtu deLibanius, les Homélies deChrysosu^me, la très-curieuse description du chro

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Qographc byzantin Malala, etc. Au moyen à^e, on a la Tabula Syrise d'Albufeda et (|uclques indications dans les autres géographes arabes. Dans les temps modernes, Cellarius, Notitia orbis antiqui; Pococke, Beschreibung des JUorgenlafidSy Er\,, in l; Otfried Mûller, AntiquiL AntiochenaSy Gœll., 1839; Renan, les Apôtres, p. 215-242, etc. A. Sabatibr.

ANTIOGHE DE CARIE, située au bord du lleuve Méandre (Strabon, Xm, 4, lo; Pline, Hist. NaL, V, 29), siège d'un évêché où plusieurs synodes furent tenus en 367 et 378, à propos des disputes ariennes.

ANTIOCHE DE PISIDIE (-poç Tij Trwtoia) ou Antioclie-Gésarée(Act.XIlI, 14-00; 2 Tim. III, il; Strabon,Xll,7,14; Pline, H. N., V, 24,)villeim. portante dans le Taurus, visitée par Paul, dans son premier voyage missionnaire. L'Eglise d'Antiocbe de Pisidie, comme celle de Lystre, d'Iconie et de Derbe doit être comptée parmi les Eglises de la Galatie à qui Tapôtrc adressa son épitre aux Galates (voir Waddington, Explication des inscriptions de Lebas, tome III, p. 337 et 349 ; Perrot, Exploration de la Galatie, p. 194 et ss. ; Renan, Saint Paul, p. 48).

ANTIOCHE (Ecole d'). L'école d'Antioche a été moins étudiée, aussi est-elle moins bien connue que Técole d'Alexandrie. Et cependant son importance, pour être moindre à certains égards que celle de sa célèbre rivale, est considémble. On peut même affirmer sans exagération que, aussi longtemps que nous n'en posséderons pas une histoin», exacte et complète, notre connaissance du mouvement des idées religieuses de théologiques au sein de l'ancienne Eglise, restera nécessairement insuffisante. C'est ce que Munter, le premier, a eu le mérite de comprendre et de chercher à mettre en lumière en esc{uissant les destinées de l'école d'Antioche, en énumérant les travaux de ses principaux docteurs et en signalant les caractères distinctifs de leur théologie {Ueber die Antiochenische Schule, von D. F. Munter, Archiv fur alte undneue Kirchengeschichte, von Stœudlin u. Tzchirner, 1813, B. L H. 1). Malheureusement, l'exemple du savant évêque danois n'a pas été ou a été peu suivi jusqu'à ce jour, et, malgré la publication d'un certain nombre de monographies intéressantes, la lacune (]ue nous avons indiquée n'a pas été comblée. En attendant ({u'elle le soit, nous devons nous borner à soumettre à nos lecteurs (iuol(]ues-uns des points les plus essentiels ou les plus discutés de cet important sujet. Et d'abord, quelle signihcation précise convient-il d'attacher à cette dénomination iï école d'Antioche? Est-il possible d'entendre par là, eu prenant le mot dans son sens propre, une institution régulièrement organisée d'enseignement religieux et théologi(iue, une sorte de séminaire (|ui aurait été fondé vers la fin du troisième siècle, dans la capitale de la Syrie, sur le modèle de l'établissement ({ui florissait déjà à Alexandrie? Des présomptions, qui ne sont pas sans force, piîuvent être alléguées en faveur de cette manière de voir. Par ses origines, l'école d'Antioche se rettache à une époque du développement extérieur et spirituel de l'Eglise où le besoin de fondations de ce genre se faisait vivement sentir. Est-il probable qu'une Eglise, aussi considérable (|ue celle d'Antioche par sa position, par son

antiquité, par la science et !a renommée de plusieurs de ses évéques, ait négligé de se pourvoir d'un moyen aussi précieux de progrès intérieur et d'influence au dehors? D'un autre côté, on peut se demander si des considérations de ce genre sont suffisantes pour prévaloir cx)ntre ral)sence de témoignages directs et positifs. L'histoire, qui nous a l^ué la liste ininterrompue des maitivs de i'écx)le d'Alexandrie, ne nous a rien transmis de pareil, relativement à Antioche. Bien plus, nulle part elle ne fait mention d'une école théologique qui aurait fleuri dans cette dernière ville. Le seul fait que nos renseignements nous permettent d'affirmer, c'est que, panni les personnages considérables par leur foi ou par leur scien(re qui résidèrent à divers titres dans l'Eglise d'Antioche, quelques-uns appliquèrent leur savoir au développement de l'instruction théologique au sein de son clergé. Si Eusobe ne mentionne pas expressément un enseignement du presbytre Dorothée^ dont il vante d'ailleurs la science et particulièrement la connaissan«» de la langue hébraïque {H, E., Vil, 32), il nous informe par contre qu(? le martyr Lucien ouvrit à Antioche une (Vole (//. ^.,V1II,!!; IX, 6); il compta parmi ses disciples, Eusèbe de Nicomédie, Maris de Chalet doine, Théognis de Nicée, Nous savons aussi que, vers le milieu du quatrième siècle, Flavien, d'abord presbytre et plus tard évèque d'Antioche, s'appliqua à l'instruction des anciens de son Eglise et fut un des maîtres de Diodore de Tarse. Celui-ci, à son tour, n'étant encore que presbytre dans la même ville, donna à de jeunes ecclésiastiques, jus({u'au moment où il devint évêque de Tai'se (378), un enseignement destiné à le^ préparer au service de l'Eglise. Rappelé i Antioche pour y nîmplir les fonctions de répiscx)pat, il eut pour disciples, Théodore de Mopsueste et Chrysostôme. On a lieu de croire que, vers la même époque, Théo<lore de Mopsueste, qui avait déjà re^'u l'enseignement de Flavien et de Diodore de Tarst», assista aux leç'ons de l'archimandrite Cartérius dans un couvent d'Antioche ou des environs. Enfin, il est fort probable que le même Théodore, qni fut presbytre d'Antioche avant d'être évêque de Moi>su('iste (392), appliqua ses vastes connaissances à l'enseignement; le fait que Nestorius fut sou disciple, semble nous autoriser à admettre qu'il enseigna dans la capitale de la Syrie. Tels soTit l(?s faits auxquels s'arrêtent les informations que nous possédons. Avons-nous le droit d'aller au delà et de transformer ces anivres qu'elles nous présentent comme tout individuelles, inspirées par l'initiative privée cl à quelqui^ égards indépendantes les unes des autres, en une institution ptirmanente, officielle, dont les docteurs cit^'^s auraient été en qudqne .sorte les fonctionnaires autorisés? Nous ne le pensons point, parce qw le silence de l'histoire sur c^ point ne saurait être interprété oomiiK^ un accident et qu'il s'expli([ue par les circonstances spéciales dans le,squelles se trouva l'Egliscî d'Antioche. 1^ création et le développement d'un établissement tel que l'ckole d'Alexandrie so comprennent au sein de la tranquillité intérieure dont nous voyons jouir cette ville jusqu'au grand éclat des controvei*ses trinitaii'es ; mais il est dîffficile de se représenter une fondation de ce genre naissant cl

surtout se maintenant au milieu des luttes dogmatiques qui, à partir de la seconde moitié du troisième siècle, troublèrent si profondément et presque sans interruption TËglise d'Antioclie. On sait (|ue ce lut dans la capitale de la Syrie que se réunirent les trois synodes qui jugèrent et condamnèrent Thérésie de Paul de Samosate (269), et un peu plus tard quelques-unes des assemblées où la question arienne fut débattue avec le plus de violence; on sait enfin quel fut le rôle de TEglise d'Antioche dans les controverses nestorienues et eutychiennes. Mais, si les données précises de riiistoire ne doivent pas être dépassées, il n'importe pas moins de n'en pas diminuer la réelle portée. Or, ce dont elles témoignent avec une évidence incontestable, c'est que, à une certaine époiiue et pendant longtemps, Antioche fut le centre et comme la capitale intellectuelle d'un mouvement théologique considérable. Bien plus, en rattachant les uns aux autres, par le lien spirituel de maître à disciple, les représentants les plus célèbres de c^ mouvement, elles nous obUgent à attribuer à ceux-ci des. principes communs, une th(H)logie empreinte d un même esprit, en d'autres termes, à af limier l'existence d'une école d' Antioche dans le sens large et ligure du terme. Au fond, ce fait n'a été nié par personne. Personne n'a contesté que, à un certain moment, il n'y ait eu en Syrie une école théologique originale, à laquelle ses caractères propres et son im[X)rtance aient mérité une place entre la théologie pratique et réaliste de l'Ocx^ident et la théologie spéculative et idéaliste des Alexandrins. Seulement queli(ues historiens ont éprouvé des scrupules à la désigner par une dénomination (|ui n'en fait pas assez ressortir, suivant eux, la tendance distinctive et l'extension géographique. Gieseler, par exemple, lui a préféré le terme à" Ecole syrienne kistoricù'exégéliqiœ (Airch. Gesch,, I, 2, p. 34, 4'^ édit.). Toutefois, on a généralement passé outre sur ces scrupules, et la désignation traditionnelle a été maintenue. Nous croyons, pour notre part, que celle-ci est suffisamment jiistiilée par l'histoire. — On a c|uelquefois désigné Origènc, sinon comme le fondateur de récx)le d'Antiodie, du moins comme le père spirituel de sa théologie. 11 est certain que l'œuvre du célèbre docteur d Alexandrie renferme les germes, les linéaments généraux et pn'^uite même, dans certains domaines, les premiers modèles de la théologie de notre école. Mais l'aftirmation que nous avons en vue a besoin d'être précisée; car, formulée en ces termes généraux, elle dit trop ou trop i>eu. Trop, si l'on oublie que la personnalité d'Origène t^t de celles qui font époque dans l'histoire, de telle sorte que parmi les écoles des siècles suivants, il n'en est pas une, même parmi les plus opposéi*s, qui ne puisse légitimement, à un certain degré, stt réclamer de lui, et que, eu ])articulier, l'influence qu'il exerça sur la nouvelle école d'Alexandrie, fut pour le moins égale à celle qui lui est attribuée sur l'école d' Antioche. Trop peu, si ou se laisse entraîner par le désir de signaler les antécédents de cette dernière juscju'à en méconnaître l'originalité réelle et profonde ; trop peu encore si Ton borne à ses débuts, au lieu de l'étendre au développement tout entier de sa théologie, l'action des idées de son

illustre prédécesseur. On peut s;ms doute être tenté d'iatribuer à Origène la gloire d'avoir fondé h science exégétique, lorsqu'on se rappelle son étude et sa connaissance des langues originales de rÊcrilure, ses importants tnivaux critiques, le soin avec lequel il s'appliqua à établir le sens grammatical et historique du texte sacré (Ernesti, Opuscula philologina nnliva, Ih Orûjam^ interpretatianis h'broi*um S, S. grnmmaticx aucto7*n). Mais on n'en est pas moins obligé de constater qu'il compromit gravement les résultats de son œuvre réformatrice et contribua plus que personne à maintenir au sein de l'Eglise les plus fâcheuses pratiques du passé, en reconnaissant k certains écrits une autorité dont les avaient indûment revêtu des préo<*cupations religieuses ou dogmatiques, en réduisant outre mesure le rôle de l'Ecriture dans la construction du dogme, enfin et surtout en élevant Tinterprétation allégoricpie à la hauteur d'un principe et d'une théorie herméneutique. La nouvelle école d'Alexandrie et l'école d'Antioche se partagèrent sa succession. La première fut une école dogmatique ; elle s'appropria la tendance spéculative et mystique du maître. L'école d'Antioche fut avant tout ime école exégétique et critique, et son originalité propre, aussi bien ([ue son hoimeur le plus incontestable, fut d'entrer et de marcher avec résolution dans la voie nouvelle ouverte par Origene. C'est chez elle qu'on vit, ])oin* la première fois, l'intérêt pour Tétude de l'Ecriture l'emi^rter sur Tattrait de la spéculation religieuse. Si les renseignements de l'histoire, relatifs aux deux pnîsbytres (|ui passent généralement pour les fondateurs de notre écoh», sont malheureusement très-incomplets, ils nous fournissent cependant sur leurs études et sur leurs travaux, quelques informations précieuses à recueillir. Eusèbe nous dit de Doroûiée (f vers 290) qu'il s'était adonné à l'étude de la langue hébrdï(|ue et qu'il était très-versé dans les lettres sacrées (//. E., Vil, 32). Jérôme vante les travaux de Lucien (f 311) sur les livres saints, et il mentionne le fait que de son temps encore il existait des exemplaires des Ecritures appelés hirianoa (Catal. script, eccles,), L(»s deux hommes que nous venons de nommer s'occupèrent-ils île travaux exégétiques proprement dits'? Fondèrent-ils la méthode d'interprétation qui fui pratiquée et développée par leurs successeurs? C'est ce que nos documents ne nous disent pas. Ei'nesti a cru pouvoir attribuer ce dernier honneur à Eusèbe d'Emèse (Opmc. Iheolog,), et Munter à uii contemporain d'Eust^be, un peu plus âgé que lui, Théodore d'Héraclée (/. c, p. 1*1) (|ui suivant le témoignage de Jérôme , écrivit plusieurs commentaires dans lesquels il s'attacha de préférence à l'interprétation historique. Quant à Eusèbe d'Emèse, que son long séjour à Antioche nous autorise à rattacher à notre école , nous savons que, dans son explication des prophètes, il repoussa absolument r interprétation allégorique et s'en tint au sens historique, ne apportant au (Christ que celles des prophéties où il est questioH directement et exclusivement du Messie — Mais, pour apprendre à connaître aussi complètement du moins que cela nous est possible aujourd'hui, les (caractères de la nouvelle exégèse, il faut arriver à

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Diodore de Tarse (7 394), et à Théodore de Mopsueste (7 428). Ces deux docteurs peuvent en être considérés comme les représentants classiques, soit à cause de la rigueur et du développement avec lesquels ils rappliquèrent dans leurs nombreux commentaires, soit parce que les premiers ils en exposèrent la théorie dans des écrits spéciaux. Les témoignages de Tantitiuité sont unanimes à aftirmer qu'ils s'attachèrent , dans leur interprétation de TEcriture, à iixer le sens du texte sacré au moyen de la philologie {'y/uo-ztù^px^ixxzi) et de rhistoire (xori tyîv ÎTiopix^) et s'abstinrent avec le plus grand soin de toute explication allégorique (Socrat., H. E.^ Vl, 3.; Sozom., H. E, Vlll, 2 ; Photius, Bibl. cod. 38). A Texception de quelques fragments dont Timportance est à peu près nulle, et Tauthenticité douteuse , il ne nous reste de Diodore de Tarse (jue le titre de Touvrage qu'il écrivit pour définir sa méthode exégétique, la caractériser nettement en face de la méthode opposée et la justifier des attaques auxquelles elle commençait a être exiK)sée.Ce titre: ti^ Bia^spoc Os(i>p{a; xal àXXT;Ycpiaç, peut paraître étrange et même obscur, mais nous pensons qu'il s'explique par la terminologie de l'époque (Socrat., ibidem: Sozom., ib.; Greg. Naz.,//owe/.,42). Ernesti a montré que Diodore désignait par le mot àXAY;Y;pla tous les passages de l'Ecriture où l'Esprit divin annonce typiquement les actes et les faits de la vie de Jésus, et par le mot Osoipia T interprétation dans laquelle l'esprit humain se donne libre carrière pour explicjuer les choses visibles par les invisibles. Il parait donc ((ue Diodore ne poussait pas l'application de ses princip<^s herméneuti((ues au point de renfermer l'idée religieuse dans la lettre pure ou de refuser à certains noms, à certains personnages et à certains faits de l'Ancien Testament un caractère typique. Il aurait cru, sans doute en le faisant, briser entre les deux alliances un lien qu'il prétendait maintenir. A côté de passages qui sont des prophéties proprement dites, qui se rapportent exclusivement et directement au Christ, et qui doivent être expliqués littéralement et historiquement, il en admettait d'autres beaucoup plus nombreux <|ui ne doivent s'entendre de la personne du Sauveur que dans un sens mystique quoique réel. Mais il voulait qu'on distinguât nettement les uns des autres et (ju'on ne confondît pas le sens immédiat du texte <(ni s'impose à Tinterprète scientifique avec les images et les réflexions tjue le sentiment religieux inspire au lecteur chrétien. Ces principes furent-ils ceux de Théodore de Mopsuest(î? L'affirmative sembh^ avoir en sii faveur le fait dûment établi <fue ce docteur fut le disciple et le (continuateur de Diodore. Il est vrai (jue ([uel([ues-uns de. ses adversaires l'accusèrent d'avoir nié entre les deux testaments tout rapport prophétitjue. Mais nous sommes en état, au moyen des fragments de ses commentaires qui nous sont parveinis, de nous convaincre de la fausseté de cette accusation, la(|uelle d'ailleurs se trouve démentie par le témoignage peu suspect de Léontius, deBysanze (Canisius, Lertinnes anliquœ^ toni. l, p. 577 ss.). En outre, tout en rejetant Tidéi» que les prophètes, et même W Logos auquel il attribue leur inspiration, aient eu en vue autre chose que le sens histori(iue do

la prophétie, Tiiéodore ne son};i»ait, pas plus que s<>n inaiti'c, à refuser à un certain nombre de passaj^es de TAncien Testament une signiiR*a-tion typique. Ce qui est possible (»t même probable, c'est (pie la polémique de Théodore fut plus vive et plus amère que ne Tavait rté. c«»lle de ses prédéeess(mrs. Recommand(*e par l'exemple d'Orifj^îue, et puisamment favoris*V» par les circonstances de r<»poque, Tinterprétation allégorique n'était pas seulement restée la méthode favorite des nouveaux Alexandrins. Elle était devenue de plus en plus la méihode dominante et en quelque sorte rherméneutique n*connue par TK^clise. Un conflit ne pouvait man<juer (ré<later entre les deux exégèses opposées. Rien ne nous est paveuu du Vwiv (Advrrstts nllrgtn'icos on dr alhgnrtaet kisit}rta) (|ue Th(»odoro composa pour défendre les principes de son école. Mais ses commentaires témoignent qu'il rendit amplement sarcasmes pour sarcasmes et injures pour injures. Si les Antiochiens étaient accusés de ne pas savoir s'élever de la (urpilndu Utiorœ ad drcnretn intettigenti» spiritalis (llieronym., ad Amns, i), Théodore traita lésai légoristes de conteurs de fables, de radoteurs, de mauvais plaisants et de fous. A vrai dire, Tœuvn» propre de l'école d'Anlioche finit avec Théodore de Mopsueste. Après lui, Jean Chysostôme, son ami et son contemporain, et Théodoret son disciple, cherchèrent une voie intermédiaire entre les deux c^mps opposés. Mais conmie dans cette entreprise ils se laissèrent déterminer bien moins par dt»s vues scientifiques que par des influences de diverse nature, il est diflicih» de n»connaîlre chez eux une méthode an'étée. Bien plus, il leur arriva parfois d'énoncer des principes opposés à ceux de l'école à laipielle ils appartenaient (Ghysost. In Ps., 40). — L'école (rAntioche étant avant tout une école de critique et d'exégèse, c'est dans le domaine des études scripturairès qu'il convient de chercher la manifestation, à la fois la plus fidèle, la plus complète et la plus caractéristique de l'esprit dont elle fut animée. Quant aux idées christologiques des Antiochiens, pour être bien comprises et appréciées, elles ne doivent pas être détachées du tableau général des débats aux(piels elles donnèrent li(;u. Toutefois, nous ne saurions nous dispenser d'indicpier, en(]uelquesmots, le lien intérieur qui nous parait rattacher leurs conceptions dogmatiqut^ à leurs principes herméneuti(pies. A cet égard, il est im fait qui donne déjà i réfhVJiir : c'est celui du parallélisme remarcpiable (pii apparaît entre l(îs rapports de Técole (rAntioche vis-à-vis d'Origène et des Alexandrins sur les deux terrains de l'exégèse et delà dogmatique, rapports à la fois de dépendance et de réaction vis-à-vis du premier, rapports d'opposition vis-à-vis des seconds. On discerne, (»n effet, dans la doctrine christologi(|ue d'Origène, deux courants qu'il s<»mble difficile de réunir dans un lit comiuun. On le voit d' un côté affi mer contre ledocétisme guosti(iu(ï la réelle humanité de Jésus en distinguant nettement ciîtte humanité de la nature divine du Logos, en lui attribuant un priucip(î psychique, semblable par son essence à celui des autres hommes, en en faisiint le siège exclusif des affections du corps et des seibtimenls de l'àme. D'un autre coté, entraîné par le désir d'exalter la personne du Sauveur, il se montre disposé à admettre une pénétration

de Mm humaiiitc par la nature divine, une communication dos attributs du Logos à son àme et à son corps, au point de lui accorder le pouvoir de chaup;er son apparence extérieure ; il semble justifier ainsi I accusation de docétisme que portèrent en effet contre lui Jérôme et Gennadius. Or, de ces deux tendances opposées. Tune fut suivie et dérdoppée par les Alexandrins, Tauti^e par les Antioehiens. 1^ parap fut-il arbiti'aire? Non, sans doute ; il est impossible de ne pas pressentir que chacune des deux écoles s'appropria des idées du maître, «Des qui répondaient le mieux à ses propres aspirations. Un examen ^kpie peu attentif ne tarde pas à confirmer cette présomption. Si les tliéologiens d'Alexandrie avaient préconisé T interprétation iDégorique, c'est que, répudiant de s'arrêter aux conditions humaines de h révélation, ils s'étaient attachés avec une prédilection exclusive à son origine divine, à Tesprit qui en avait inspiré les pa^es sacrées: h Fsuole de Dieu, l'Ecriture avait, à leurs yeux, tous les attributs de la divinité, 1** unité sublime, la profondeur infinie; les ressources inépuisables de l^allégorisme suffisaient à peine à découvrir toutes les ricliesses des textes mystiques. Au contrains c'est parceque, sans voir TinspiratioQ des livres sacrés, ils y distinguaient l'élément humain derélément divio et voulaient conserver au premier toute sa valeur et toute sa réalité, que les Antiochiens professaient la nécessité, pour comprendre rScriUire, d'en étudier avec soin le sens grammatical et historique et Usaient de ce travail le premier devoir de Texégète. Au fond de ces deux méthodes, il y avait, on le voit, deux conceptions différentes, H, en une certaine mesure, opposées des rapports de Dieu et de riioiiUDe. Mais la question des rappoils de Dieu et de Thomme t^ la question fondamentale, celle de l'essence même du christianisme comme de toute religion. Il était, par conséquent, iiiévlable que la divergence des deux écoles apparût sur d'autn^s domaines encore que celui des études scri[)turaires, et particulièrement «pie le jour où l'Eglise abordei*ait le problème christologique, chacone d*ellcs fût cx)nduite à en formuler une solution conforme à ses principes herméneutiques. Et, en effet, tandis que les Alexandrins lAthanase et les trois Cappadociens) attribuaient à la personne du Qirist une seule nature, la nature divine du Logos (jaiov çu^iv tsj OscO 'kSTfTj 9E7apb£0{j[ivrjv), et réduisaient son humanité à une simple formedont le LfOgos s'était enveloppé pour manifester son être (vfzipv^zz7iç -=5 A5-fsu), les docteurs d'Anlioclie, Diodore de Tars<î et Théodore de Mopsueste, protestèrent centre celte négation de la vraie humanité de Jésus et proclamèrent la dualité (essentielle de sou être, en statuant entre la nature divine et la nature, humaine une union (^uvàsEia) qui, si intime et profonde qu'elle fût, laissait à chacune d'elles sa parfaite réalité. Diodore de Tai'se enseignait (fue, s'il ne saurait être (piestion de deux fils, il ne fallait pas assigner les mêmes attributs au Logos et à riiomme Jésus. Ce que Marie a enfanté, (;e n'est pas le Logos, mais un homme semblable à nous en toutes chos(^s, quoiipie beaucoup plus «fxceilent que nous. Le Logos ayant liabité chez les honnnes une fois î*ulenient pour uji temps annoncé dans les prophètes, mais consliun-

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