ANTIOCHE — ANTIPAPE
ment et pleinement, il est permis de transporter au Fils de Marie le nom et Tadoration qui appartiennent au Fils de Dieu, à la condition, toutefois, que Ton ne perde pas de vue le soin de distinguer Tune de Tautre. Le Logos divin, dit Théodore de Mopsueste, s'est choisi (ïi Xr^çe), pour s'unir avec liii par un mode mystérieux (rjvfj'^sv èouTd») dans la race d'Ahraham et de David, un homme parfait, semblable quant à la nature à ceux dont il descendait. Cet homme, en vertu de son union indissoluble avec la nature divine (x/ïop{T:c; zpcç tt^v 3uàv çuTtv (juvieia), a été élevé par le Logos au ciel où il est adoré avec lui. Il n'y a pas deux fils ou deux seigneurs; il n'y a qu'un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu uni à l'Homme^ésus, lequel, par suite de cette union, est devenu participant de la divinité et de la dignité du Fils de Dieu. L'école d'Antioche ne sur>'écut pas à la condamnation dont elle fut frappée, dans le jugement de ces deux plus illustres représentants, à l'occasion des controverses nestorienne et eutvchienne. Il faut descendre jusqu'au seizième siècle pour retrouver, dans l'exégèse de la christologie réformée, quelques-unes des idées qui caractérisèrent sa théologie. Dandiban.
ANTIOCHUS (les), rois de Syrie. Plusieurs de ces souverains ont été en relation avec le peuple d'Israël. — 1° Antiochus III, le Grand, successeur de son frère Séleucus II sur le trône de Svrie en 2^i avant Jésus- Christ, échoua dans une première guerre avec TEgypte, à laquelle il dut abandonner la Cœlésyrie, la Phénicie et la Palestine, mais re^gagna ces provinces dans une guerre avec Ptolémée V, Epiphanes. A la suite de ces victoires, les Juifs jouirent sous son règne, terminé en 187, d'une grande liberté. — 2® Antiochus IV, Epiphanes, second fils du précédent, occupa le trône en 175, entreprit quatre expéditions contre TEgypte pour maintenir la possession de la Cœlésyrie et de la Phénicie. Au retour de la seconde (170), il commit des violences sur les Juifs de Jérusalem et pilla le Temple; après la quatrième (108), il envoya un corps d'armée dévaster la même ville, entreprit d'imposer aux Juife la religion grecque, et substitua au culte juif celui de Jupiter, dans le Temple même. La révolte des Machabées s'ensuivit. Epiphanes mourut en 103 dans une expédition en Perse. Son nom est resté pour les Juife le symbole de l'exécration. — 3" Antiochus V, Eupator, lils et successeur <iu précédent (103-101 av. J.-C.)> poursuivit la guerre contre les révoltés juifs, etlivra bataille à Judas Machabée avec lequel il Unit par conclure la paix. — 4** Antiochus VI, Bec?, fils d'Alexandre Balas, emporta le trône sur Démétrius Nic^itor (l'to), et se concilia l'appui de Jonathan etdeSimon ; il fut tuépar Tryphon, qui convoitait la couronne (li3 av. J.-C.l. — r>° Antiochus VII, Sidétès, second fils de Démétrius !'% reprit le trôné à l'nsiirpateurTryphon (138), conclut un traité d'amitié avec le prince juif Simon , puis rompit avec lui, vint assiéger en personne Jérusalem, et fit avec JeanHyrcan une paix onéreuse. Il entreprit avec c^^ dernier une expédition cx)ntre les Parthes dansla(|uelle il perdit la vie (130 av.J.-C.).
ANTIPAPE. On donne ce nom à ceux qui prétendaient se faire reconnaître pour souverains pontifes, au préjudice crun pape élu légilinu'ment. Les auteurs comptent vingt-neuf antipapes.
ANTIPATER — ANTITRINIT AIRES 377
ANTIPATER. Voyez Ilévodcs (les).
ANTIPHONAIRE' Voyez AiUienne.
ANTITAGTES (avTtTa^csTOat, s'opposer) , nom roinmun à plusieurs sectes gnostiques c|ui eusei^naient le mépris de la loi morale dont Tauleur est le Démiurge. Dieu a créé le monde bon; le principe mauvais qui y a été introduit et qui réside dans la matière ne saurait être vaincu qu'en le forçant à épuiser tout son venin. Aussi, ces liéréti(jues prétendaient-ils anéantir le corps en se livrant à la débauche la plus effrénée. C'est ainsi qu'ils entendaient rentrer dans l'état d'iimocence d'où l'autorité malfaisante delà loi les avait tirés : c'est legnosticisme dans ses conséquences les plus exagérées. La nature violemment outragée par l'ascétisme, auquel d'ordinaire il aboutit, cherche à prendre sa revanche, et la pensée complaisante formule scientiiiciuement ces désirs malsains (voy. Clément d'Alexandrie, Strom,^ 111; Saint Auf^ustin, I/xres,, 18).
ANTITRINITAIRES , adversaires du dogme de la Trinité. Ce dof?mo enseigne (|ue Dieu existe en trois personnes distinctes, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, chacune possédant des attributs (jui la distinguent des deux autres, sans toutefois (|ue cette distinction détruise l'unité de la Divinité ou fasse tort à leur complète égalité. De ces trois personnes, le Fils s'est incarné pour notre salut et est devenu à la fois vraiment homme comme il est toujours vraiment Dieu, Telle «»st la notion de la Trinité consacrée par le symbole Quicumque, «pii , depuis le huitième siècle, passe pour le document oiticiel et déiinitif du dogme trinitaire dans li^s Eglises grecque, romaine, anglicane et protestante. On distingue le plus souvent, dans Thistoire du dogme, par ce nomd*a«/2Vri*nitaires les théologiens et les partis (|ui,au temps (li» la Réforme, poussèrent juscju'à la négation motivée de la Trinité la révolte contre le dogme traditionnel. Dans les pri^niers siècles du christianisme, le dogme de la Trinité était en voie de formation, n'avait pas encore reçu sa forme stéréotypée et pouvait être coiH'u de plusieurs manières. 11 nous faut renvoyer aux articles T/'inùé, ChristologiCjAy'ia/iisme etc., pour l'histoire des doctrines plus ou moins éloignées de celle ((ui finit par prévaloir dans l'Eglise. De môme dans les temps modernes, on désignai par le nom iV Unitaires (voir ce mot), des Eglises et des tendances, s<î rattachant en partie au Socinianisme dont nous parlons plus loin, mais en réalité trèsdistinctes de cette forme la plus systématisée de toutes celles que Tantitrinitarisme revêtit aux seizième et dix-septième siècles. Le présent article se borne donc aux anlitrinilaires de répo(|ut^ d(? la Réforme.
I. />« prédécesseurs des Servel, La Réforipe a été déterminée esst»ntiellement par 1(îs besoins de la cons(*ience chrétienne (|ui st» sentait blessée par les abus de l'Eglise romaine, surtout à l'égard des niovens de salut. C'est pourquoi autant elle fut hardie, tranchant <lans le vif, en tout ce qui concernait les sacrenjents , la justification, les conditions du salut, autant elle se montra respectueuse et même; timorée vis-à-vis des doctrines consacrées par la tradition, qui n'avaient pas un rapport aussi direct avec la question du salut, et, comme il arrive d'ordinaire dans les révolutions, ses directeurs tendirent plutôt à exagérer qu'à I. 25
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restreindre les scrupules conservateurs de ce qui ne» touchait pas à ce qui était pour eux l'arche sainte. Cependant ils ne pouvaient empêcher leur rupture audacieuse avec l'autorité traditionnelle d'éveiller et, en un sens, de légitimer un esprit d'examen <iui devait ^'attaquer successivement à tous les éléments de renseignement séculaire de l'Eglise. Vhumanismc érudit et littéraire, qui avait fourni à la Réforme tant d'arguments et tant d'alliés, pouvait tout aussi liien, avec Erasme, reculer devant les conséquences d'une bataille définitive avec Rome que pousser avec les antitrinitaires à des réformes plus radicales encore que celles qui triomphaient à Wittemberg et à Genève. Dès les premières années de la Réforme, nous trouvons en effet, va et là, des individus impatients des limites où l'action des réformateurs voulait se renfermer et qui donnent parfois la main aux aft/iôapti'stes (v. ce mot), d'autres fois n'ont rien de commun avec ce parti de l'illumination et de la révolution sociale. Par exemple, nous devons signaler : l** Conrad in Gassejiy Wurtembergeois, exécuté à Bàle en 1529, pour crime de blasphème contre la divinité et la naissance miraculeuse de Jésus-Christ. — TL. Hetzer, deThurgovie, J, Denck^ de Nuremberg, y. KantZy de Worms, qui parcoururent l'Alsace v(»rs ir>2()-loii8 en prêchant cx)ntre la Trinité et la divinité du Christ. Hetzer, d'abord zélé disciple de Zwingle,puis passé à l'anabaptismc, ramené de cette danf^ereuse accointance par son ancien maître et par OEcolampade, s'était lié ensuite avec Térudit J. Dcnck, et avait travaillé avec lui à une version des prophètes hébreux, appréciée des savants, entre autres de Capiton, de Strasbourg, qui le reçut chez lui. Mais la couleur « judaisante» de cette version et certaines excentricités d'allure et de conduite forçèivnt les théologiens de Strasbourg à rompre avec les deux hébraïsants qui s'associèrent J. Kantz et répandirent une doctrine revenant en termes généraux à ceci : que Dieu est al)solument un; qu'il n'existe en Dieu aucune triplicité de personnes; que Jésus-Christ n'a pas préexisté personnellement à sa venue sur la terre; que son œuvre rédemptrice so résume dans l'exemple qu'il a laissé et la révélation de l'amour divin (ju'il a opérée. Denck insistait toutefois sur l'idée du Verbe éternel, éclairant tout homme, parole intérieure de Dieu dans nos âmes. Repousses d'Alsace, ils se rendirent, Hetzer à Conslanceoii il fut condamné à mort peu de temps après son arrivée (1528) sous l'inculpation d'immoralité, Denck à Bàle, où OEcolampade le protégea par estime pour son caractère et son savoir, mais où il mourut bientôt de la peste. — 3° Sêhasiien F?nnck, de Donauwœrth, en Souabe, idéaliste, <|ui ne voyait dans le Christ visible, (jue l'image et le symbole du Christ spirituel, invisible, (pii esftout en tout, qui pénètre la création, qui réside dans la coii- S(!ience humaine, qui révèle le» Créateur absolument un dont il dérive. — 4° Claudius de Savoie (Allobrox ou Sabandiis),<iui enseigna à Rerne, en lo3i, l'unité absolue de Dieu, combattit la préexistence personnelle du Fils et ramena le Saint-Esprit au rang des créatures. Après une vie errante et agitée, et bien «pi' il eut rétracté publicpiement ses opinions à Lausanne, en 1»j37, on le rétro ivcî, par la suite, en Allemagne, ^'efforçant de les répandre de nouveau. On ignore comment il ihiit. —
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K" J. Campanus, do Jiilicrs, qui, vers 1528, à W'ittomberg, se fait remarquer par son opposition au dogme trinilaire, pareourt longtemps TAUemagne centrale, retourne dans sa patrie, où il jouit quelque temps d'une grande popularité; mais ses prédictions concernant la fin prochaine du monde soulèvent contre lui le peuple des campagnes, et il meurt en prison, vers Ifw't, dans un état, paraît-il, de complète démence. Il avait consigné ses vues dans un écrit intitulé : /destitution et amélioration de t Ecriture sainte et divine, obscurcie depuis des siècles, avec la permission de Dieu, par des doctrines et des docteurs pernicieux (en allemand). Il existe encore de lui, aussi en allemand, un écrit intitulé : Contre tout le monde ^ d: après les apôtres. Il voulait, non pas une trinité, mais une dualité divine. Ce n'est pas un homme individuel, mais Adam et Eve dans leur dualité inséparable qui auraient été créés à rimage de Dieu. Le Fils est Télément féminin, par conséquent subordonné de la Divinité où le Père représente le principe masculin, actif et productif. Le Saint-Esprit n'est pas une personne, mais Tesprit commun au Père et au Fils et leur action à tous deux sur Thomme. — 6" D. Joris^ de Delft, né en 15()i, banni de sa patrie pour anabaptisme. Il fut évé(|ue anabaptiste à Delft, et, après avoir en vain cherché un refuge en Frise, il sr fixa, en 1544, à Bàle sous le pseudonyme de J. von Bruck et comme membre apparent de TEglise réformée. Un certain nombre de ses partisans Vy avaient, toutefois, rejoint et on ne sut (pii il était réellement qu'après sa mort (1556). En 1559, son corps fut déterré et brûlé après un procès en règle. Il repoussait comme contradictoires les doctrines de la Trinité et de Tincarnation du Fils-Dieu, disait-il, révélé à nous par le moyen de trois hommes spécialemeut choisis. Moïse, Jésus, Elie, ou bien Adam, Jésus et David. Mais aucun d'eux ne doit être identiiié avec le Christ de l'esprit, qui n'est autre que la volonté, la parole et la nature même de Dieu. La rédemption s'opère par l'incitation du modèle donné par le Christ terrestre en qui le Christ de l'esprit habita pour nous laisser un type de la vraie vie spirituelle. Ce (pie Jésus et les apôtres ont fondé n'est, toutefois, qu'un fragment, (pi'une ébauche de l'édifice qui doit être achevé. Bientôt viendra un nouveau Christ-David, un homme de Dieu, qui portera à sa perfection l'œuvre commencée et longtemps gâtée par les hommes. On a mainte fois soupçonné Joris, (pii ne pécha jamais par excès de modestie, d'avoir cru, sans oser le dire ouvertement, (ju'il pouvait bien être cet homme prédestiné. A cette attente d'une transformation prochaine et radicale <h»s choses s'associaient des vues révolutionnaires tout à la fois très-ascétiques et très-lic^ncieuses. Au fond, le vieil anabaptiste était resté fidèle» au type de sa secte. Il a laissé de nombreux traités en langue hollandaise, dont le plus remarquable est intitulé : Livre miraculeux (Wonderbork). — Si, dans ce groupe d'antitrinitaires allemands ou néerlandais, nous avons à constater l'influence fréquente de la vieille mystique germanique, nous allons voir le rationalisme critique prévaloir dans les doctrines et les partis originaires de l'Europe méridionale, où V humanisme ini\e principal ferment du mouvement réformateur. Parmi les protestants italiens réfugiés en Suisse, on dis-
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tingue : 1® Francesco le Calabrais^ Titiano et surtout Camillus Renatus^ originaire de Sicile, en Suisse depuis 1542, qui s'accordent dans une doctrine d'un subjectivisrae complet, annulant Tincarnation objective du Fils et ramenant à la persuasion intérieure du salut le rapport normal de riiomme avec Dieu. — ^Bernardin OcAmo, ex-franciscain, natif de Sienne, réfugié à Genève en 1542. Après une vie errante en Allemagne et en Angleterre (sous la reine Marie), toujours fuyant devant la persécution, il s'établit à Zurich comme professeur de langue italienne et se lia d'amitié avec son compatriote, L. Socin, dont nous parlons plus bas. Ses vues sont exposées dans son Catéchisme (15()1) et surtout dans ses Dialogues (1563), où il attaque le dogme de la Trinité par des arguments scripturaires, en même temps qu'il lui enlève les appuis que la théologie scolastique lui fournissait en faisant de ce dogme une sorte de corollaire de l'incarnation et de la rédemption. Grand partisan de l'inspiration individuelle, il admettait que dans certains cas, par exemple la polygamie , l'inspiré devait écouter ses directions plutôt que les préceptes de la parole écrite, et prétendait le prouver par des exemples bibliques. Banni de Zurich, il recommença sa vie errante à travers l'Allemagne et la Pologne, et, chassé encore de ce dernierpays, ii mourut en 156'i à Schlachau en Bohême. — 3** Mattheo Gribaldo, Piémontais, établi près de Genève sur le territoire bernois. Selon lui l'unité divine du Père et du Fils n'était autre chose que la participa* tion à la même nature divine abstraite, comme l'apostolat commun de Paul et d'Apollos, disait-il, forme l'unité de ces deux personnes. Mort en prison à Berne, en 1566. — 4** Jean-Paul Alciati, aussi piémontais, réfugié à Genève, enseigna l'infériorité du Fils. Comme l'Eglise italienne semblait incliner vers Tadoption de ces idées antitrinitaires, Calvin provoqua une conférence (1558), où la question fut publiquement discutée, et qui aboutit à la rédaction d'une confession de foi orthodoxe que tous les membres s'engagèrent à maintenir. Alciati se retira d'abord à Zurich, puis en Pologne. Mort à Dantzigen 1565. — 5" Valentin Gentêlès, de Cosenza en Calabre, avait signé cette confession avec répugnance et se crut forc^*, en conscience, de spécifier ses vraies opinions. Gentélès, au fond, revenait à l'arianisme ; pou^ lui. Dieu le Père était essentiato)', le xjtsôssç, Fils essentiattis et Dieu sous-ordre ; puis, il niait la dualité des natures dans le Fils incamé voulait que le Fils se fût fait chair au sens absolu de ce mot. Menai de la peine du feu, Gentélès prit peur, se rétracta et fut constitué pii " sonnier sur parole dans Genève ; mais il crut pouvoir enfreindre cer* engagement, passa par Lyon, Grenoble, revint en Suisse, où ilf»* arrêté par l'autorité bernoise, obtint avec peine sa mise en libert^^ se rendit en Pologne, et enfin retourna se lixer auprès de son ami Grmbaldo. C'est là qu'il fut repris par le gouvernement bernois. Transporta à Berne, jugé et décapite le 10 septembre 1556 comme blasphémateur' et parjure. — 6" Fr, Stancaro, de Mantoue, réfugié aussi en SuissA puis après une vie agitéxî en Pologne, où il mourut en 1574, cherchi surtout à écarter de l'essence divine tout ce cjui, dans l'œuvre deb rédemption, pouvait en compromettre l'immutabilité. Son antitriiii-
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tarisine se résout en fin décompte dans un nestorianisme très-accentué. — En Pologne, où nous voyons les antilrinitaires cliercher si souvent leur refuge, tout un parti imbu de leurs tendances s'était formé à la cour et dans la noblesse, alors et pour le temps, très-instruite. Nous trouvons, parmi les théologiens antitrinitaires de ce pays, Pierre Goîietûa (Goiiiadzki), pasteur à Wengrow, dont les idées oilrent une grande analogie avec celles de Servet (voy. plus loin); Grégoire Pauli, pasteur près de Cracovie ; Statorius et son disciple Bemigius Chelimki,eic, Il s'ensuivit un schisme parmi les protestants polonais qui devint déilnilif en 1565. Les antitrinitaires se divisèrent eux-mêmes en partisans et adversaires de la préexistence de Jésus-Christ. Franz /Javidis^cï ovi^me saxonne, poussa jusqu'au bout les consé(|uences des prémisses posées en contestant la légitimité de Tadoration du Christ, non pas comme Tancienne théologie réformé(; quatenus mediatur , mais quatenut h/mo <lo68). L'histoire de rantitrinitarisme polonais se confond depuis lors avec celle du socinianisme, dont il nous reste à décrire les fluctrines. Cependant il nous faut revenir sur nos pas pour résumer avec un peu plus de détail Tliistoire de Servet, qui, le premier, organisa les idées antitrinitaires en un système complet, et qui dut, à sa mort sur le bûcher, une réputation que sa théologie obsciu'e et embrouillée ne lui aurait probablement pas procurée.
II. Michel Servet naquit en ioOOou loil àVillanuevaen Aragon (d'où le nom de Villeneuve, sous lequel il se lit coimaitre en France), étudia le droit à Toulouse, où il apprit à connaître la Bible et la lut avec ardeur, en compagnie de ((uelques condisciples. 11 parait avoir ensuite voyagé en Italie et en Allemagne, connue attaché à la suite de Tempereur Charles- Quînt (il règne phis d'une variante dans ses propres déclarations sur cette partie de sa vie). En 1530, on le voit fixé à Bâle, où il s'occupa de th<k>logie et surtout de spéciilation religieuse. Déjà ses vues, inconciliables avec le dogme de la Trinité, lui attirèrent les remontrances d'CCc^ilampade, ce qui ne rempécha pas de publier son traité intitulé : De Trùiùatis errorihus libri VU (1531), qui causa un grand scandale en Allemagne et en Suisse. L'édition fut autant que possible saisie à B&le et anéantie. Lui-mémo dut se rétracter dans Touvrage qu'il fit paraître Tannée d'après, Dialogorum de Trinitate libri IL De jmlitia regni Christi capitula IV, Mais il ne condamna son premier traité que firfê forma^ comme prématuré, et, (piant au fond, il développa bien plus qu'il ne retira st^s principales thèses. Sans qu'on en puisse clairement deviner la cause, ce second écrit eut peu de retentissement. Servet se rendit alors à Paris sous le nom de Villeneuve, s'adonna à la médecine, aux mathématiques et à l'étude du néo-platonisme. C'est là qu'il aurait fait la connaissance de Calvin, <[ui aurait dès lors conçu de l'antipatliie contre lui. Kn 153'it il passe à Orléans, puis va se iixer à Lyon où il exercxî la profession de correcteur d'épreuves et édite (juelques travaux scientili(jues, tels (|ue la Gi'ographie de Ptolémée revue et annotée d'après Pirkeimer. En 1537, on le retrouve à Paris , enseignant les matliématiques, s'occupant toujours de médecine, publiant son traité des sirops, Siruporum Ratio (1537), et joignant à des divina-
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lions étonnantes (celle par exemple de la circulation du sang, comp. Christ. Restù,, p. 50 ss.), des superstitions astrologiques, partagées, il est vrai, par bien d'autres esprits émincnts du même temps. Mais la Faculté de médecine , irritée par le ton acerbe de sa polémique, le dénonça au Parlement. Il perdit sou procès, el, en 15i]8, il (juitta Paris, non toutefois sans y avoir acquis le diplôme de docteur. Il visita aloi-s plusieurs localités du midi, Avignon, Gharlieu, séjourna encore cjuelquetempsàLyon,etenl540se rendit àVienne en Dauphiné, où rappelait Tun de ses anciens auditeurs de Paris, Tarchevéque Palmier. C'est là qu'il passa douze ans de tranquillité matérielle, médecin recherché, favori de rarchevê([ue et du clergé. Néanmoins il continuait ses études érudites, il faisait paraître à Lyon une édition nouv(îlle de la version latine de la Bible, de Santés Pagninus (lo42), avec ([uehiues notes de lui où Ton remarque la tendance à rapporter à des événements contemporains des prophètes, les prédictions ordinairement expli([ut!es par leur rapport avec Thistoire évangélicpie. Il correspondait avec Viret et avec Calvin, et leur exposait ses idées. Bientôt Calvin se fâcha et le ton avec lequel Servet censurait la réfornu? genevoise n'était p<âs de nature à Tapaiser. Des 1546, Calvin U; considérait comme très-dangereux pour TEglise. Servet lui offrait de venir conférer avec lui à Genève. Calvin ne voulait pas le prendre au mot. Si venerit, écrivait-il à Farel, modo valeat mea autoritas, vivum exilée nunquam patiar. Enfin il se décida àpubher ^Christianisnii Restiiulio (1553) avec ces initiales M. S. V. (734 pages in-8"). Il combat le dogme de la Trinité comme aboutissant au trithéisme, comme constituant un «cerbère tricéphale»; il n'admet qu'une triplicité de révélation. Dieu est la substance infinie de toutes choses et de toutes formes, Substaniiie pelayus infinitum onr nia essentians... ipsa rerum universitas, en lui-même purement incompréhensible. Mais il a voulu se révéler, et il s'est révélé sous trois modes, la parole^ le Christ et Vesprit. La parole ou le Verbe est le monde idéal, la lumière incréée, omnium imagines,,, in sapietitia ipsa^ ut in arche typo mutido vere lucentes,.. In luce omnia consistvntj l'homme et le Christ futur y compris. Pour que ce Chribt prévu, prédéterminé, apparut, le monde et son histoire étaient nécessaires. C*esl ainsi que le monde a été fait par (/?e7') le Christ et en vue de sa venue en chair. Mais comme de toute parole provient un souffle, de même, du Verbe créateur émane Vesprit , l'àme du monde , (jui anime aussi les hommes et fait leur respiration. Cet esprit procédant par des productions encore imparfaites (Adam , la loi , les prophètes , les figures de l'ancienne alliance), a trouvé sa parfaite expression en l'homme Jésus, dans la naissance duquel la substance du Verbe ou de la Lumière incréée a tenu lieu de la semence paternelle. Les vrais éléments supérieurs, le feu, l'air et l'eau (selon une théorie de la génémtion particulière à Servet), se sont unis à la matière terrestre dans le sein d'une Vierge; d'où suit que la nature corporelle du Christ est aussi divine iiue son àme. Caro ipsa Christiy qualis erat in sepuicro, formamsubstentialemhabuit divinam,.. Habet caro nia in se substantiam vere divinam de cœlo. Grâce à cette incarnation ou
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plutôt à cette sarcogenèse, Tesprit, troisième mode révélateur de Dieu, s'est trouvé pour ainsi dire affi'anehi de tout ce qui le limitait et Tobscurcissait. Il nous vient du Christ, délivré depuis la résurrection de tout ce qui pouvait encore, même en Jésus vivant de la chair terrestre, troubler sa pensée. Spiriltis sanclus est l'pse oris Christi halitus.' Il implante dans riiomme la nature divine et la vraie immortalité. Au chapitre de la sotériologie, Servet est beaucoup moins spéculatif et original. Il reste dans le vague ou bien il émet des théories arbitraires, celle par exemple d'après laquelle le péché mortel n'est imputable qu'après l'âge de vingt ans. Il se prononce fortement contre le baptême des enfants, flfe^es/an^a aborninatio. On ne doit recevoir le baptême qu'à trente ans, à l'exemple de Jésus. Les bonnes œuvres, le jeûne, la prière, l'aumône, la (confession volontaire procurent un degré supérieur de sainteté, épargnent ou adoucissent les feux du purgatoire ((jue ScM'vet voulait maintenir). Ce livre fit scandale. Un gentilhomme français, réfugié à (ienève, Guillaume de Trie, se défendit contre les reproches d'un sien parent de Lyon, demeuré catholique, en déclarant qu'on ne souffrirait pas à Genève des écrits blasphématoires, comme celui qu'un certain Villeneuve ou Servet avaitpubliéà Vienne, en terre épiscopale. Cela prouve qu'à Genève, on avait reconnu l'auteur, malgn'' ses piécautions. On procéda contre Servet, il y eut visite domiciliaire et comme on ne trouvait pas de preuves formelles, de Trie obtint, non sans peine, de Calvin, communication de vingt-quatre lettres de Servet et de quelques autres pièces accusatrices. Servet fut déféré à rin([uisition de Lyon et n^î dut (fu'à de puissantes protections et à l'argent de pouvoir s'échapper de sa prison. Son procès n'en fut pas moins continué, et le 17 juin 1553 il fut condamné au supplice du feu. Il fut en effet brûlé en efligie à Lyon par la justice inquisitoriale. Servet voulut se rendre alors en Italie, à Naples, où il comptait exercer la médecine. Pour cela, il se rendit à Genève, où il commit l'inconcevable imprudence di^ rester tout un mois dans une auberge. Mais à la fin, il fut reconnu, dénoncé, et Calvin le. fit arrêter. L'acte d'accusation, rédigé par Calvin, contenait trente-huit articles concernant ses antécédents et ses doctrines. Sa contenance fut hardie et il trouva un appui dans Philippe Berthelier, chef du parti libertin (voy. ce mot) de Genève. Calvin crut alors qu'il devait intervenir dans le procès. L'attitude de Servet n'en devint que plus audacieuse. Il se modéra toutefois en voyant que son affaii'c prenait une mauvaise tournure. On lui accorda une discussion avec Calvin devant le Conseil ; mais là, Servet changea son système de défense, contesta la compétence du tribunal et de l'Eglise de Genève et en appela au jugement d'autres Eglises^ Tout(*fois, il demanda avec instance qu'on ne le livrât pas à la justice inquisitoriale de Valence, qui réclamait son extradition. Le duel entre lui et Calvin reprit sa première animosité. Le parti libcrtiriy hostile à Calvin, s'agitait en sa faveur, et Servet, dans ses remontrances, accusait violemment son redoutable adversaire, qui, de son côté, ne le ménageait pas, allait juscpi'à exprimer le vœu que Calvin fût banni de G(Miève et qu'on prit sur son avoir de quoi l'indemniser, lui Servet, de
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tout ce qu'il avail pcM'du. En orlohiv, arrivorenl les préavis des Eglises suisses, tous (iéfavorables à Servet. Celui de Jierne, surtout, poussait aux mesures de ri^nieur. Après délibération, Calvin et ses collègues m* prononcèrent pour la peine de mort, mais en émettant le vœu que la supplice du feu lui fût épargné, en tant (ju^a^rj^ravation cruelle et inutile. Les efforts tentés par le syndic Perrin, adversaire de Calvin» en faveur du malheureux Espagnol furent vains, et, conformément à Fa loi impériale, il fut condamné à mourir sur le Inicher. Bien (pi'accablé et demandant grâce, bien qu(» visité par Farel et Calvin sur sa demande, il persista dans ses convictions, et le i7 octobre ir>r5*i il subit son terrible supplice, peut-tHre le plus funeste des démentis que la Réforme se soit infligés à elk'-méme. Avec lui mourut sa doctrine en tant que dogmatique organisée et systématisée, (^e mélange de vues spéculatives, panthéistes, matérialistes, critiques et catholicpies ne pouvait gagner beaucoup d'adhérents; à peine Irouve-l-on parmi les antitrinitaires de marque un ou deux partisans des idées de Servet. Mais sa criti<iue négative^ du dognje Irinitaire devait se retrouver IVientot. dégagée de son entoiu'age méta])hysi(|ue, sous la j)lunn» de théologiens de sens plus rassis et plus sobre. Nous voulons parler des Sociniens.
IIF. Jj*s Soritnrm. Lelio Socini ou Sociu nacjuit à Sienne, en 1323, d'rme famille de juristes. U <piitta Ihalie en ir>'*7,déjà gagné aux. idées protestantes, voyagea beaucoup, se lia avec Melanchthon et se lixa définitivement à Zurich. Erudit, très-curieux de vérité religieuse et d'un tour rFesprit plus criticpie et rationaliste que mystiepie, il correspondait avec beaucoup de théologiens n^nommés, entre autres avec C*alvin, et leur exposiiit ses doutes sur certains points de doctrine, tels que la n'surrection de la chair, la prédestination, la personnalité du Saint- Esprit et la divinité du Christ, ('alvin finit par s'irriter de ces hardies- S(»s; Bullinger l'exhorta à plus dt» réserve. Son caractère, très-doux et très-estimé, s(»s vertus [)rivées le protégèrent contre l'intolérance Ihéologique. Lui-même, d'ailleurs, avait peu de goût pour les grands éclats. Des malheurs domesti<]ues,les j)ersécutions dont sa famille fut victime en Italie, la confiscation de ses biens patrimoniaux ordonnée par Ibiquisilion assombrirent la fin de sa vie. qui se termina prématurément en irs()2. Mais il put laisser à son uevtMi, Fauste Socin, ses manuscrits où il avait accumulé ses notes érudites et tâché de svstématiscr ses idées. Fauste Socin, né â Sienne en 13^9, allié par sa n)ère aux Pic^oiomini, se voua comme son oiuîle à Tétude du droit, puis à la théologie. En 1330, la persécution' l'envoya à Lyon, où il séjourna trois ans, puis à Zurich. Il correspondait depuis plusieurs années avec son oncle, qui voyait en lui un successeur capable de répandre ses idées avec succès. 11 s'imprégnait encore plus de ses idées en lisant ses manuscrits. Toutefois, de 13(>2 à 1374, il resta à la cour de François de Médicis dans les charges et leshonneurs, jusipràcecpie, nej)ouvant supporter plus longtenq)s cette existence incompatible avec ses études favorites et ses convictions, il allât siî fixer â Râle, où il vécut obscurément, tout occupé d'élaborer son système dtî doctrines. (]'est alors (1378) qu'il reçut du médecin Rlandrata {Gemujo, /Jinndrnfn^ né à Saluées 1313. médecin de
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h cour de Pologne sous Sigisiiiond 1% puis de la veuve du prince de rraiisylvanîe, Jean Zapolya ; il était ensuite retourné à Genève, avait pris part au mouvement antitrinitaire qui se termina par le départd'Al- (iali, s'était enfui avec ce dernit»r, et, après avoir joué un rôle important parmi les antitrinitaires de Pologne, était revenu en Transylvanie en qualité de médecin du prince Jean Sigismond, 1503), Tuivitation de le rejoindre pour combattre les vues plus radicales de Davidis (voir plus haut). En 1^)79, il quitta la Transylvanie et se rendit en Pologne, où son oncle avait séjourné deux fois et laissé une excellente réputation. Il ne tarda pas à y devenir le chef du parti antitrinitaire et, jusqu'à sa mort (IHCH), il travailla à l'organisation de ce parti en Ëglise constiluée. n contribua, par son influence et ses écrits, à la dégager des excentricités anabaptistes qui s'y étaient glissées. Plus d'une fois il dut supporter les mauvais traitements des catholiques fanatisés. En 1594, des militaires, en 1598, malgré vson état de maladie, des étudiants de Craoovîe osèrent contre lui d'une odieuse brutalité. Ses papiers et ses livres furent brûlés sur la place publi(|ue. Il persévéra toutefois jus(|u'à sa tin et put même en mourant se féliciter d'avoir fondé V£(/iisr fks f?*ércs p'JonaiSj plus connue sous le nom iïL'glàp snciniemip de Pologne, Ses rtTÎts forment les deux premières sources de la Bibliotheca Fratruiu hdi*nurumj Amsterdam, KwC, 8 tomes. En mourant, il laissa inachevé ^ rnt^rhisfne de Rakow ou Catcrhisme sorinien qui fut terminé par quelques uns de ses disciples ( l(H)o en polonais, 1(>08 en all(»mand, leOU en latin, éditions latines plus récentes de 16(^5, 1080, 1(584) et qui passe pour le résimié ofliciel de la doctrine socinienne. — Quand F. îwin mourut, il v avait en Poloii:ne un nombre considérable de commuiiautés sociniennes, composées surtout i\v membres de la noblesse, haknw était leur centre universitaire et comptait les étudiants par milliers. Parmi les socinienséminents desseixièuuMît dix-septième siècles :ioiis devons citer Valenlin Sr/nnalz, de Gotha, niort en 1022; ./. IW- *^/, longtemps secrétaire de Socin, mort en iiWH; Christophe Ostorndt, nuirt en 1611; surtout et au premier rang, Jean Crell (Crellius) né en lolK), à Helmerschein, en Franconie, professeur à Rakow depuis 1613, puis pasteur au même lieu de 1()21 à 1631, année de sa mort. Il a Lv^uroup écrit. Ses œuvrtvs forment les tomes 111 et IV de la liiblioth, Fmlr, P(don.A)\\ peut encore citer Jouas Schlichting de Bukovitz (1592l*>16 u auteur de comm(»ntaires sur le Nouveau Testament, André Wisfwr<j/A, descendant des Sociusdu côté maternel (1()08-1678), iVawiwe/Crc//, petit-tils de Jean, mort en 1747 à Amsterdam, Daniel Ziricker, auteur de y Irenicum Irenicorum^ recherche des conditions de la paix entiv toutes les confessions chréti(»nnes, (pii lit grand bruit , mort à Amsterdam en 1678, etc. En général, on peut dire <|ue le socinianisme compta peu d'bommes supérieurs par Téclat du talent et de la renommée, mais en revanche un très-grand nombre de partisans érudits, de mérite rnel. bien (|u'obscur. Ce fut une théologie bourgeoise et dont Faction fni bien plus sensible comme ferment gagnant invisiblement beaucoup dfk thtVilogiens et de j)asteurs dans les grandes Eglises constituées ([ue sous la forme d'Eglise distincte. Au dix-septième siècle, les dépositions
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de pasteurs et de professeurs sous T inculpation de socinianismc sont {r6(iuentes, et elles sont loin d'avoir atteint tous ceux dont les opinions auraientpu motiver ces mesures rigoureuses. En Pologne, lesocinianisme, quelque temps si florissant, succomba sous la réaction inaugurée par Sigismond III, le roi jésuite. La populace, fanatisée par les excitations des disciples de Loyola, démolit à Lublin et à Rakow, les temples sociniens (1627). Un crucifix lapidé par (luehiues étourdis de Bakow servit de prétexte, bien qu'ils eussent été punis et chassés de Tuniversité, à une série de manœuvres qui aboutit à la suppression de cette célèbre école (1638). Les sociniens furent exclus du bénéfice de « TAcle de tolérance». Tune des bases de TEtat polonais, par la raison <|u'ils étaient, non e?i (kdans, mais en dehoi^s de la religion. Us furent exclus aussi de la conférence religieuse de Tborn en lOiO, et sous Jean Casimir (roi depuis 1648) le socinianisme fut mis au ban de TEtat. Les é^lits de 1658 et de 1661 renforcèrent (encore les mesures prises contre ses partisans, et ceux qui ne voulurent pas se soumettre durent s'expatrier. Ce fut ensuite le tour des autres protestants polonais. En Allemagne, il y eut , particulièrement à AUorf , plusieurs mouvements sociniens et, avec la permission de Télecteur Charles-Louis, une Eglise socinienne s'organisa. à Mannheim. Mais bientôt le prosélytisme des sociniens parut dangereux, le droit d'établissement leur fut retiré en 1666, et <it ils durent se disperser. Quelcpies communautés sociniennes s'organisèrent ensuite sous la tolérance du gouvernement de Brandebourg dans quelques locahtés peu connues, Lyck,Rhein,Jolianiiisbourg. mais n'y purent mener qu'une existence précaire, et elles s'éteignirent peu à peu, d'autant plus facilenient que les transformations intérieures des Eglises protestantes rendirent de plus en plus leur schisme inutile. 11 en fut de même dans les Pays-Bas où , malgré les édits rendus à plusieurs reprises contre la propagation des écrits sociniens, les idées sociniennes se répandirent beaucoup, s(î rattachant souvent à l'arininianisme et au baptisme, mais sans former une conmumion distincte, n pénétra aussi en Angleterre et en Améritjue où il prépara les voies aux ïlglises ipii se formèrent dans ces deux contrées sous le nom &" Unitaires, En général on peut dire (|ue l'ancien socinianisme a sombré, en tant que système suiyenm's, sous les évolutions modernes de la pensée religieuse, mais cpie beaucoup de ses idées (ît de ses criti([ues se retrouvent de nos jours dans r fw/Vrtm?//^» anglo-américain et dans les vues connnunes à la tendance comme sous le nom de pi^oteslanlisme lihêraL II faut toutefois faire exception pour ce qui concerne la Transylvanieoù le socinianisme dutàrinfluencc de Blandradade pouvoir s'organiser paisiblement ulepuis 1571) et où, bien (pie diminué en nombre, comme tout le protestantisme hongrois à la suite des persécutions terribles dirigées par les jésuites et souteimes par l'intolérance des Habsbourg, supprimé sous Charles VI, reconstitué sous Joseph II (1782), il compte encore 50,000 adhérents, organisés par consistoires sous la surintendance d'un évéque. Leur centre le phis important est àClausenbourg, etilssont en relations suiviesavec les unitaires d'Angleterre et d'Améri(pie. —Pour apprécier utilement le socinianisme , il faut le comprendre au point de vue do
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son temps. (Test en deux mots un rationalisme supranaturaliste. 11 cherche surtout à ramener les doctrines chrétiennes à des conce[>lions conformes aux exigences de la raison , mais en même temps, il croit à une révélation surnaturelle contenue dans la Bible, étavée sur le miracle et rinspiration divine des livres saints, et par conséquent il s'ingénie à interpréter rKcriture sainte de manière (juc ses enseignemiîuts soient toujours et en tout d'accord avec la raison. Or, cette raison n'étant autre que la raison socinienne, il en résuhe nécessairement un grand arbitraire dans son exégèse, ([ui pourtant surplus d'un point a devancé les résultats de la critique moderne. D'après le socinianisme , la religion chrélieiuie est la voie révélée par Dieu pour obtenir le salut. Jésus est le révélateur, parce qu'il a prouvé son autorité par ses miracles, et i[u'il a pu nous révéler la vie éternelle ainsi c[ue la rémunération qui nous attend; d'autre part, il a aboli les préceptes et cérémonies du mosaïsme, conservé et complété les lois morales. L'homme par luimême n'a aucune connaissance de Dieu, il ne peut l'obtenir (]ue par révélati(ni extérieure. C'est la Bible et à proprement parler le Nouveau Testament (|ui la lui fournit (l'Ancien n'a guère de valeur qu'au point de vue liistoricpie, et est subordonné au Nouveau). Les livres (jui le cx)niposent ont été écrits par des hommes divino spiriiu ùupuisi coque dictante, du moins (juant aux doctrines. La raison est l'organe par lequel nous devons en démêler le vrai sens, puisqu'elle nous a été donnée pour discerner le vrai du faux et que le sens réel de l'enseignement révélé ne peut lui être contraire. Par conséquent, tous les dogmes contraires à la raison doivent d'avance être considérés comme non-scrii>turaires. Dieu s'est révélé dans son unité, sa justice, sa sagesse et sa puissance. H sait tout ce ([ui peut être su (omnia sciùilia), et, par consc*quent, il ignore les actes procédant du libre arbitre humain jus(|u'au moment où ils sont accomplis; mais dans sa sagesse et sa toutt^puissance il maintient sa volonté, réalise son plan de justice, châtie la transgrcîssion et n'en reste pas moins le Maître souverain. Sa justice et sa bonté ne sont jamais en conflit. C'est aussi bien par misériœrdeijue par justice (ju'il punit et récompense. La doctrine de la Trinité est contraire à la raison ; 1** parce ([u'elle enseigne Texistence de trois personnes divines sans pouvoir rétablir d'une manière acceptable l'unité de Dieu qu'elle nie, et (|ue, dans les vains efforts de la théologie traditionnelle pour échapper à cette conséquence, elle tombe fatalement ou dans le trithéisme ou dans le modalisme (réduction des personnes divines à de simples //io<// existendi); 2** parce qu'en attribuant à chaque personne divine des propriétés distinctes , elle introduit l'imperfection dans la nature <livine, puis([ue les propriétés distinctes de l'une manquent aux deux autres; li* parce que l'idée génération est inapplicable à l'Ltre divin et suppose la profonde subordination de l'être engendré qui ne tire pas son existence de lui-même; 4° parce qu'au chapitre de l'incarnation du Fils, vrai homme et vrai Dieu, elle aboutit à stipuler l'existence d'une seule personne ayant deux natures, personnelles toutes les deux, de sorte ({ue le Christ est à la fois infini et fini, parfait et imparfait, impassible et soutirant, impeccable et tenté, prié et priant, etc.
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Cette doctrine if est pas moins contraire à TÉcriture, qui insiste partout sur l'unité rigoureuse de Dieu. Les trois termes de la trilogie chrétienne, Père, Fils, Saint-Esprit, correspondent à trois éléments essentiels de la dispensation chrétienne, mais non à la métaphysique trinitaire. Le passage des trois témoins (1 Jean V, 7) nVst pas autlienti(jeie, et cjuand il est dit que le Père et le Fils sontt/w, cette expression ne doit s'entendre que de leur accord en volonté, en intention et en action. De même, les passages du quatrième Evangile et des épîtres, qui semblent attribuer au Fils Tœuvre de la création, impliquent simplement qu'il est Fauteur de la dispensation chrétienne et de Tordre de choses (ju'elle inaugun». Du reste, plusieurs sociniens inclinèrent à admettre Fexistence d'une matière informe, préexistant à la création, parce que Fidée d'une création de nihilo leur paraissait contradictoire. L'homme a été créé à Fimage de Dieu, c'est-à-<lire souverain des créatures antérieures à lui en vertu de son esprit et de sa raison. Il est mortel de nature; Fimmortalité est un don qui lui est communiquédu dehors {tm^bre de vie). Il naquit ignorant et innocent, non parfait comme le prétend le dogme traditionnel des origines. La justice est une pcrfectio voluntaria, non iiaturalis. Il pécha librement, parce qu'il était ignorant et plus sensuel que raisonnable (le socinianisme ne parait pas s'être aperçu (ju'il revenait ainsi au déterminisme qu'il c-ombattait si vivement). Mais cette première faute n'a enlevé à Adam et à sa postérité ni la libei^té de choix ni l'imputation purement individuelle des transgressions ultérieures. L'imputation du premier péché à ceux qui ne Font pas commis est contraire à la raison, à la justice divine et à l'Ecriture bien interprétée. Toutefois, l'homme privé des fruits de l'arbre de vie retomba dans sa mortalité naturelle, et la mauvaise habitude du péché engendra une dépravation ([ui devint héréditaire. Le Christ a reçu de Dieu le pouvoir de nous donner autant et plus que ce (jue le péché nous fait perdre. Il est en lui-même pwnis hoîno, mais au-dessus de tous les autres hommes par les qualités superéminentes dont il est en possession. C'est en ce sens qu'il est Fils unique, Parok ou plus précisément porteur de la parole de Dieu. Avant de commencer son ministère de salut, il a été transporté miraculeusement au ciel (Jean III, 13, 31 et passages analogues) pour recevoir la communication de la vérité éternelle. Enfant du miracle, né d'une vierge (sur ce point, toutefois, il y eut dissidence dans l'école socinienne, dont une partie rejeta la naissance miraculeuse et révo(|ua en doute l'authenticité de Matth. I et II), il s'éleva par sa complète obéissance jusqu'à la sainteté parfaite et à la ressemblance avec Dieu. C'est pourcjuoi Dieu lui soumit toutes choses; il a reçu plein pouvoir sur la création, et, en ce sens, il a droit aux honneurs divins (sur ce point encore les sociniens les plus décidés, à l'exemple deDavidis, se séparèrent de Socin), mais toujours m Z>ei;}a^m (//omw. Il a donc réalisé la volonté de Dieu, (jui était (jue Fimmortalité nous fût accordée et que ses conditions nous fussent enseignées. Par là, il est notre sauveur. Il nous a révélé cette vérité divine et nous communi([ue ce don précieux du ciel où il rè^ne depuis son ascension. Ses conmiandements nous indiquent
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la voie à suivre pour Tobtenir; ses promesses nous fournissent le mobile qui doit nous exciter à les remplir. 11 n'a ordonné qu'un rite, la Sainte-Cène, simple mémorial de sa mort. Le baptême des enfants, en tant que vieille coutume, n'est pas absolument condamnable, mais il n'a ni efficacité ni légitimité scripturaire. La mort de Jésus est, avec sa sainteté et ses miracles, la preuve de la vérité de sa doctrine. Elle agit sur nous c^mme exemple et lui confère le droit d'exiger de nous la même soumission dans l'épreuve. Elle était, d'ailleurs, indispensable à sa résurrection, qui nous a démontré la réalité de la vie future et qui est ainsi caput et tanqiiam fundamentuin totius fidei et salutis nostra*. Par conséquent, le socinianisme rejette l'idée de la mort du Christ comme opérant un changement dans les dispositions divines et conciliant en Dieu la justice et l'amour ; il trouve cette idée irrationnelle, antibiblique et dangereuse. La mort du Christ est de sa part un acte de dévouement nécessaire à notre salut (dans le sens précité) ; c'est pourquoi le Nouveau Testament lui reconnaît une si haute importance. Le corps actuel n'est pas destiné à la vie future. Nous recevrons des corps spirituels (I Cor. XV) dans lesquels nous jouirons de la vie éternelle. Les impies et les méchants seront, au contraire, la proie de la destruction et du néant. Conformément à l'ensemble du système, le Saint- Esprit n'est pas une personne divine, mais l'influence par laquelle Dieu éclaire et soutient les hommes disposés à l'obéissance en scellant en eux l'assurance de sa fidélité, de sa puissance et de son amour. Nous nous abstenons de tout commentaire sur ce svstème à la fois si original et si prosaïque, si rationaliste et si peu philosophique, si hardi et si mesquin, mais où se trouvent les germes de tant d'idées et d<» critiques devenues depuis aussi puissantes que largement répandues. — Sources : outre la Biblwtheca Fratrum Polonorum et le Catéchisme déjà mentionnés, il faut citer Fock, f)er Socùnanismus nach setnem historùchen Vei'lauf und nach seinem Lehrbegri/f, Kiel, 1847 ; F. Trechsel, Oie protestant. Antilrinitarier vor F. Socim, Heidelberg, 1839 et 1844; A. Réville, Histoire du doqme de la Divinité de y.-C, 2*' édition, p. 138 ss., 1876; les chapitres correspondants des histoires du dogme ou de TEglise dans Gieseler , Hase , Hagenbach , Baur, Dreicinigkeit und Menschwerdung Gottes, vol. 111, 46-183, 1843; Geschichte der christL Kirche^ vol. IV, 449-463, 1863; Bayle, Dictionnaire^ I, art. Blandrata. — Sur Servet, Dorner, Entwickelungsgesch. der Lehre v, d, Person Christi, vol. IL p. 649 ss.; Trechsel, M. Servet und seine Vorgxngcry Heidelberg, 1839; Billet, Relation du procès criminel intenté à Genèvr en 1553 contre M, Servet d'après les documents originaux^ Genève, 1844; Dictionnaire de Chauftepié; E. Saisset, Rev. des D. Mondes^ 1848.
A. Rkville.
ANTITYPE. Voyez Type.
ANTOINE (Saint) naijuit au village de Coma, sur les confins de la Thébaide. Vers 270 il entendit dans une église la lecture de la péricope du jeune homme riche, au(|uel Jésus-Christ dit de vendre ce qu'il possède et de le suivre (Luc XVIII, 22). Prenant cette parole à la lettre, Antoine, qui était jeune et riche, vendit ses biens et en distribua le pro-