ABLON
sujets réfonnés avaient profité de la faveur d'un prêche toléré au Louvre pour Madame, sa sœur. Enfin, en mai 1599, quand Madame, devenue duchesse de Bar, était partie pour la Lorraine, on avait transporté l'exercice à Grigny-sur-Seine, à cinq lieues de Paris (Josias Mercier, l'illustre savant huguenot, était seigneur des Bordes et de Grigny). Ce ne fut pas une petite affaire que la désignation d'un nouveau lieu d'exercice aux réformés. Après les grandes colères qu'avait soulevées la promulgation de FEdit de Nantes, vinrent les oppositions de détail et les chicanes de toutes sortes pour en entraver l'exécution. Dans ses lettres patentes, adressées au prévôt de Paris le 14 octobre 1599, il fallut que le roi déclarât que la haute justice du fief d'Ablon lui appartenait, et l'huissier à cheval du Ghâtelet, qui fut chargé d'en faire la publication à Ablon le 12 novembre suivant, dut le signifier expressément à Messieurs du chapitre de TEglise de Paris, moyens et bas justiciers de la seigneurie de Mons-sur-Orge et Ablon-sur-Seine {Arch. nat.j S. 656). L'installation du culte réformé à Ablon dut être et fort simple et très-prompte, mais les informations à ce sujet font défaut. On constate seulement, par une mention du Journal de l'Estoile, que, dès le dimanche 23 janvier 1600, « fust baptisé, au presche d'Ablon, un jeune homme, âgé de 25 à 26 ans, qui n'avoit pas encore esté baptisé, pour ce que son père et sa mère estoient anabaptistes. » Les Ephémérides de Gasaubon parlent du nouveau lieu de culte, pour la première fois, au 26 mars de cette année. Le 10 avril, Gasaubon s'y rend par un temps affreux de neige et de grêle : c'est à peine si le coche de terre peut accomplir le trajet. En mai, on le voit accompagner, à l'aller et au retour, les présidents Dufresne-Ganaye et de Galignon, notables personnages. Ges voyages donnaient souvent lieu à des manifestations malveillantes, à des rixes, qu'il fallait parfois réprimer, comme nous l'apprend l'Kstoile, au 4 6 juin 1601 et au 18 sept. 1605. Aller ainsi à près de cinq lieues pour assister au culte public, y aller soit à pied, soit par le coche de terre ou le coche d'eau du port Saint-Bernard, soit même, c^mme cela arrivait quelquefois à Gasaubon et aux siens, dans le carrosse de son honorable ami M. de Thou (6 janv. 1602), c'était toujours, comme il le dit bien lui-même, une véritable expédiiion. Gela devenait un péril quand il s'agissait d'y porter des enfants pour les y faire baptiser (11 déc. 1600). Que d'appréhensions, de péripéties de tout genre en s'emlwirquant pour cette odyssée d'un jour !... Aussi n'est-il pas étonnant que, dès 1601, les députés des Eglises aient présenté itérativement au roi un Gabier de plaintes et remontrances, où se lisait cet article : « Et pource que les habitans de la ville de Paris et environs, faisant profession et ayant Texercice de la R. P. R. au lieu d'Ablon, estans contraincts d'y faire porter leurs enfants pour estre baptisés, les exposent en apparent danger de mort, tant pour la longueur et incommodité du chemin que à cause des grandes froidures de Thyver et chaleurs de Tété (dont il est advenu que plusieurs desdits enfants, jusques au nombre de quarante, ont été Thyv^er passé misérablement esteints et suffoqués), et que d'ailleurs les hommes sexagénaires, femmes grosses, petits enfants, et les valétudinaires sont privés dudit