‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 39 sur 226 · J. MONOD · texte numérisé non relu

J. MONOD

ADORATION, acte par lequel on rend a Dieu Thommage qui lui est dû. Le mot latin qui a passé dans notre langue {adoratio) parait dérivé de orf et 05 [oris) = bouche, la marque du plus profond respect dans l'antiquité consistant à rapprocher la main de la bouche, pour jeter un baiser. Job affirme « que son cœur ne s'est jamais laissé séduire jusqu'à adresser les baisers de sa bouche à de fausses divinités » (Job XXXI, 26-28). On lit dans un Psaume : « Baisez le fils (c'est-à-dire rendez-lui hommage), de peur qu'il ne s'irrite » (Ps. II, 12; cf. 1 Rois XIX, 18 ; Osée XIU, 2). L'adoration répond à un besoin de Tàme, indéfinissable, mais indestructible, celui de nous abaisser dans le sentiment de notre dépendance et de nos fautes en présence du Dieu souverain, notre juge, de célébrer ses perfections et ses bienfaits, de nous affranchir des liens terrestres pour entrer en communion avec Dieu et nous plonger dans la contemplation momentanée de sa grandeur infinie enfin de tout consacrer et de nous donner nous-mêmes à celui auquel tout appartient (Michée VI, 6). Les caractères essentiels de l'adoration sont la vénération et l'amour. Son contraire, c'est l'esprit profane. Elle est à la base de la religion et répond au besoin le plus intime et le plus nobh^ de rhomme ; le propre de l'homme c'est d'être capable d'adoration. Elle précède tout dogme, toute Eglise, tout culte, toute bonne œuvre. Dans les Psaumes, dont un grand nombre sont des cantiques d'adoration, la nature entière est fréquemment invitée à s'associer à l'adoration du psalmiste (Ps. CXLVIII, etc.). Esaïe décrit une scène d'adoration céleste à laquelle il assista dans une vision (Esaïe VI, l-ll; cf. Hébr. I, 6). La vie du ciel consiste, sans doute, dans une adoration active et parfaite (Apec. V, ii; VII, H, \^).—Dieu seul doit être adoré (Matth. IV, 10; Exode XX, 3 ; XXXIV, 14), et Dieu étant esprit, cette adoration doit être spirituelle (Jean IV, 23). Toute adoration qui n'a pas Dieu pour objet est un acte d'idolâtrie (voy. ce mot). L'idolâtrie était le plus grand crime religieux que pût commettre le peuple d'Israël, puisqu'il est la rupture même de l'alliance conclue entre Dieu et lui (Deut. XIÏI ; XIV, 2. Voyez encore l'adoration du veau d'or, Exode XXXII, 8; les constantes dénonciations des prophètes contre ce crime, Esaïe XLII, 17 ; Osée XIII, 2, etc.; la description pleine d'ironie de la fabrication des idoles, Esaïe XLIV, 8-20). Dans la troisième tentation de Jésus, celle où §e concentra tout l'effort du tentateur, Satan cherche à détourner sur lui-même, en échange des richesses du monde, l'adoration due à Dieu (Matth. IV, 8,9). ^\ Jésus-Christ est adoré, c'est parce que «Dieu est en lui» (2 Cor. V, 19; Matth. I, 23) ou parce que «le Père la souverainement élevé» (Phil. II, 9-11; Jean V, 23). Exemples d'adoration rendue à Jésus-Christ : les mages ( Matth. II, 2-11 ) ; un

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lépreux (VIIÏ, 2); les disciples (XÏV, 33); une pécheresse (Lut VU, 36-50); la sœur de Lazare (Jean XIÏ, 4-8) ; Thomas (XX, ^\ les témoins de Tascension (Luc XXÏV, 52) ; Etienne (Actes VUy (fe). L'Eglise catholique-romaine adore V hostie, parce qu'elle croit à la présence réelle de Jésus-Christ dans les espèces de la sainte cène. Dans la cérémonie de la messe, le prêtre, après avoir consacré l'hostie, fléchit le genou devant elle, puis la présente au peuple (élévation) qui se prosterne à son tour (adoration). Celte adoration du Saint-Sacrement fut introduite dans l'Eglise par le pape Honorius 111, en i^il. Ainsi s'explique aussi la génuflexion du peuple dans les rues, quand passe le Saint-Sacrement. Les saints et particulièrement la Vierge sont aussi les objets de l'adoration des fidèles dans l'Eglise romaine. Néanmoins ses docteurs, depuis Thomas d'Aquin, distinguent cette adoration, appelée culte de dulie (honneurs divins), de celle rendue à Dieu, à laquelle est réservé le nom de culte de latrie (adoration proprement dite). On appelle culte d'hyperdulie les hommages rendus à la Viei^e. Celle-ci est l'objet d'une dévotion spéciale appelée « l'adoration perpétuelle, » pratiquée par certaines congrégations dont les membres se succèdent pour adresser à Marie des prières qui ne sont jamais interrompues. Les papes, après leur élection, reçoivent l'hommage des cardinaux dans une cérémonie appelée ladoration. L'adoration de la croix est une cérémonie qui se pratique dans l'Eglise romaine le vendredi saint. Les images et les reliques peuvent aussi devenir des sujets d'adoration (voy. ces mots). La forme de l'adoration varie suivant les époques et les pays. Son expression naturelle est la prière et le cantique, quelquefois un silence religieux, comnie chez les Quakers ( « Que toute créature, en ta sainte présence, s'impose le silence, et laisse agir ta voix ! » Corneille). Les signes de l'adoration sont tantôt le prosternement, comme chez les Orientaux, tantôt la génuflexion (Jésus : Luc XXII, •il; saint Paul: Actes XX, 36), tantôt les mains levées vers le ciel (Esaie I, 15; 1 Tim. U, 8). Moïse (Exode 111, 5) et Josué (Josué V, 15) ôtent leurs chaussures^ comme marque de respect devant Dieu. Jacob mourant adora Dieu, en s'appuyant sur son bâton (Hébr. XI, 21; Gen. XLVII, 31). Quelles que soient les formes, l'essentiel est qu'elles expriment des sentiments de l'âme. Il n'y a d'adoration réelle que s'il y a recueillement et componction intérieure. Dans un grand nombre d'Eglises, la place faite à Tadoration^ dans le culte, est manifestement insuflisante et bien difl'érente de celle que lui avait faite l'Eglise des premiers siècles. Cette place, il importe de la lui rendre et de trouver pour l'adoration chrétienne une forme vraie qui se tienne à égale distance du ritualisme catholique et de la froideur du puritanisme (voyez Tarticle Culte), J. Monod.

ADRAMELEGH [Adrammèlèk, 'A§pa[j.éXex], flls et meurtrier de Sennacbérib, roi d'Assyrie, que lui et son frère Saresser assassinèrent dans le temple de Nisroch (2 Rois XIX, 37 ; Esaïe XXXVII, 38), au retour de sa désastreuse expédition de Jérusalem. Adramélech ne put réussir à se faire proclamer roi et se réfugia en Arménie (Maspéro, Histoire anc. des peuples de tOrienty p. 422). — Nom d'une divinité

ADRAMÉLKGH — ADRETS 83

ai8]rrienne dont le culte fut apporté à Samarie par les habitants de flephanralm (g Rois XVII, 31). Voy. Samarie,

ADRAMITTE ['ASpapLûrcetov, 'ASpopLuntov, etc., aujourd'hui Endramft], port célèbre de Mysie, en Asie Mineure. C'est sur un vaisseau de cette ville que saint Paul fut emmené de Gésarée (icXotco 'A9pa|«>rn]v$, Actes XXYII, 2). C'est à tort que quelques savants ont voulu trouver dans ce passage la mention de la ville d'Adrumetum, dans la Byzacène, en Afrique (voir Shaw, Travels. Cf. Bûsching, Erdbe9dir.,\, i,9i).

ADRETS (le baron des), gentilhomme dauphinois dont le nom de fiunille était Beaumont (François de) et dont la trace, dans les sanglantes discordes du seizième siècle, est restée plus brûlante que pure. C'est l'un de ceux que les ennemis de la Réformation citent le plus volontiers, lorsqu'ils veulent faire croire que violences d'une part pour violences de l'autre, les deux partis se valaient et que les protestants n'ont rien à reprocher aux catholiques en fait de cruautés. Ce mensonge est fondé sur une complaisante confusion des faits de guerre avec les assassinats juridiques ou les coups d'Ëtat, pareils à celui de la Saini- Barthélemy, et sur l'oubli de la longanimité chrétienne avec laquelle les huguenots ont tout souffert dans le plus humble silence depuis 1523 jusqu'au 16 mars 1560. Et même en ce qui concerne les sévices repro^ cbés au baron des Adrets contre ses prisonnière de guerre, qu'il forçait à se précipiter du haut des remparts, et contre les places emportées d'assaut, il se défendait en répondant qu'il avait agi pour défendre les siens et qu'il n'avait fait <( la mauvaise guerre » que pour apprendre aux catholiques à ne pas la faire. L'historien d'Aubigné lui demandant un jour pourquoi « il avoit usé de cruautez mal convenables à sa grande valeur. Nid, dit-il, ne fait cruautezen les rendant : les premières s'appdlent cruautés; les secondes justice. » D'ailleurs jamais le baron des Adrets ne trahit la parole donnée au vaincu, à la grande différence du maréchal de Monluc et des autres capitaines pratiquant la doctrine des restrictions mentales. Des Adrets, né en 1513, avait longtemps servi dans les armées du roi, sous Lautrec et Brissac, principalement en Italie lorsqu'en 1558, au siège d'une petite place du Piémont, il eut un fioleni démêlé avec son chef immédiat, Charles d'Ailly. Les Guise protégeaient ce dernier et on lui donna tort. Alors il se jeta dans les rangs mililants du parti huguenot, sans qu'on sache bien sûrement s'il devint protestant en cette circonstance ou s^il ne l'était pas déjà. Pendant trois anSf à la tête de quelques milliers de religionnaires, il tint le Dauphinéy la Provence, le Lyonnais et le Languedoc sous la terreur qu'inspirait son épée : c'était un soldat merveilleux pour la décision ferme et promptei l'exactitude, la sobriété, l'étonnante célérité, avec le plus brillant courage. Mais sa gloire fut de courte durée. Son or^ueU chalooilleux se trouva blessé plusieurs fois, surtout lorsqu'au mois de juillel 156â le gouvernement de Lyon, dont il s'était emparé, fut donné par le prince de Condé à un autre chef, Soubise. Au commeneement de 1563 ses anciens compagnons d'armes l'arrêtèrent comme traître à leur cause et il n'échappa à un jugement que par le béné-

'S'ISIS^"- N^S «-«.te qui n'a jamais exLstéEusèbo

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^jl^nl Svement le-nom de 'A^piaveorai, Théodoret (Op., IV, p. 193)

a conclu qu'il s'agissait d'une secte particulière qu'il fait dériver de

s"mon le Magicien. — 2*» On désigne aussi sous ce nom une secte qui

tf *éieva en Hollande au milieu du seizième siècle. Elle se rattachait aux

doctrines anabaptistes, se recrutait surtout parmi les femmes, et, sous

le couvert de Tascétisme, favorisait des mœurs assez relâchées. Son

chef était Adrien Hamstédius, né à Dordrecht en 1521 et mort à Bruges

en 1581.

ADRIElf {Publtus y£liu8 Adriantis), empereur romain. D'origine espagnole et parent de Tempereur Trajan, il fut adopté par lui et lui succéda en 117. De son règne date la fin de Thistoire des Juifs de Palestine. Il voulut d'abord rebâtir Jérusalem et en faire une ville païenne. A cette prétention, ceux des Juifs qui avaient sun^écu au siège de la ville par Titus et qui étaient restés en Judée se soulevèrent une dernière fois^ sous la conduite de Bar-Goziba, api)elé aussi Bar- Cocheba (voy. cet article). Adrien, pour en finir avec ce malheureux peuple, envoya contre lui le général Julius Severus, qui, sans livrer une seule grande bataille, dévasta le pays et changea la Judée en désert. Jérusalem fut reprise et encore une fois rasée. Une ville nouvelle s'éleva sur ses ruines et fut appelée uiSlta (du nom de famille d'Adrien : iiilius). L'empereur ordonna de bâtir, sur l'emplacement de l'ancien sanctuaire un temple à Jupiter Gapitolin, et ^lia reçut le surnom de Capitolina, Il fut expressément interdit aux Juifs m(>me de s'approcher de la ville à une certaine dislance. La Revue historique, dirigée pai» MM. Monod et Fagniez, a publié dans sa troisième livraison (juillet-septembre 1876) un travail important de M. Renan, intitulé : Im Guerre des Juifs sous Adrien, dans lequel le savant auteur révoque en doute le siège et la destruction de Jérusalem sous cet empereur. Nous renvoyons le lecteur à cet article pour tous les détails de la lutte dont la Palestine fut alors le théâtre. — Adiien s'intéressait aux progrès de la science. Il avait aussi un profond amour de la justice, ce qui le rendit plutôt favorable qu'hostile au christianisme. Il s'opposa aux massacre.s des chrétiens par la populace et oixlonna de ne condamner ceux-ci que légalement. Aussi les Pères de l'Eglise ne Tonl-ils jamais rangé au nombre des empereurs persécuteurs du christianisme. A la fin de sa vie, il devint cruel et débauché. Il mourut à Baies le 10 juillet 138, après avoir adopté Antouin^ qui lui succéda.

£dm. Stapfjsr.

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