ALEXANDRE IV — ALEXANDRE VI
dans des luttes incessantes contre Manfred, roi de Sicile, auquel il essaya en vain d arracher son royaume, et les Romains, dont le grand Brancaleone, sénateur et capitaine du peuple, était le chef redouté. Le tribun mourut en 1258, et sa tête fut placée en trophée sur une colonne de marbre. Pendant ces guerres, la détresse des populations fit surgir la redoutable manifestation des flagellants qui, vers iâ60, malgré le pape et les princes, parlent aux portes de Rome. Associé aux Gibelins, Manfred s'allie aux villes d'Italie, et le faible Alexandre IV meurt dans rabattement à Viterbe, le 25 mai 1261, après un long exil à Anagni. — Voy. sa vie par Bernard Guy, Muratori, Scr.y m, 1, p. 502 s., et Bouquet XXI, 698; Raynaldi contin. Baron. «. a., 1254; Gregorovius, V, 301, ss.; Raumer, Hokenst., III, 324 ss.;
IV, 216 ss. (3« édit.); Hefele, VI, 7, trad. fr., Vlll, 426 ss.; Papencordt, p. 307 ss.
ALEXANDRE T, pape (1409-1410). Le concile de Pise avait, le 5 juin 1409, excommunié et déposé Benoit Xlil et Grégoire XII ; Balthazar Gossa, qui se réservait pour de meilleurs temps, fit élire un vieillard de soixante et dix ans, homme « de mœurs pures et de volonté faible. » Pietro Filargo (ou Philargi), franciscain, archevêque de Milan et cardinal, était natif de Candie; il avait été mendiant et était sans neveux. Benoit XIII, le pape de Perpignan, était reconnu à Naples, en Frioul, en Hongrie, en Bavière, le roi des Romains était pour lui, Grégoire XII n'avait, dans son obédience, que TAragon et TEcosse. Alexandre oppose au roi de Naples Louis d Anjou, accouru à Pise. Balth. Gossa et Louis d'Anjou, alliés aux Orsini, assiègent Rome, et Malatesta, leur général, s'empare de la ville soulevée aux cris de : Viva lo popolo e la chtesa l Alexandre mourut avant d'avoir eu le temps de se rendre, de Bologne où Gossa le retenait, à Rome où l'appelait le peuple. Le bruit public accusa B. Gossa, son successeur, de sa mort. 11 n'avait rien fait . pour la réforme de l'Eglise <( dans son chef et dans ses membres, » qu'il avait juré d'accomplir. — Sa biographie, par Thierry de Niem, se trouve dans le traité De sckismate, liô. 111, éd. Basil, 1566, p. 181 ss.
V. Platina(f 1481), Vita Alex, V, dans ses VitxPontif,; Gregorovius, V, p. 301 ss.; Papencordt, p. 459 ss.; Hefele, VI, 892,VII, 1 ss., trad. fr.» X, p. 291 ss.
ALEXANDRE VI. Roderigo Lanzol ou Lenzuoli, fils d'un modeste gentilhomme, Jofré, et d'Isabelle Borgia, sœur de Galixte III, naquit à Xativa, près de Valence, en 1431 ; il prit le nom de famille de sa mère et arriva immédiatement aux plus hautes positions dans l'Eglise par la protection de son oncle. Evoque de Valence, cardinal, \ice-chanceher de l'Eglise, légat du pape en Espagne, il eut occasion, jeune encore, de faire apprécier son habileté, d'étudier l'administration, de connaître les ressources financières des Etats pontificaux et surtout de s'enrichir. A la mort d^Innocenl Vlll, Roderigo, qui avait été candidat une première fois en 1484, réussit à se faire élire en achetant les suffrages de tous les cardinaux, sauf cinq qui refusèrent de vendre la tiare aux enckèreê (11 août 1492). Le nouveau pape, malgré le mystère dont il avait enveloppé sa vie privée, avait une réputation détestable; ses premiers
actes justifièrent les craintes que son élection avait fait naître. Il comble sa famille de biens et d'honneur:^, accorde la pourpre à un de ses neveux, Tarchevêché de Valence à son fils César; dès Tannée suivante, César est créé cardinal avec le frère de la maîtresse du pape. Il était évident pour tous qu'Alexandre VI, dominé par ses passions, n^avait qu'une pensée, c^était de fonder une nouvelle dynastie au profit de sa famille au cœur de Tltalie divisée, et que, pour arriver à son but, il ne reculerait devant aucun crime. Quoi qu'on ait dit, Alexandre VI n'est qu'un médiocre politique et ne possède tle ce que ses contemporains appellent la virtu que la sceieratezza ; il n'a souci ni des intérêts du saint-siége ni de l'indépendance de l'Italie ; il hésite entre l'Espagne et la France, entre Milan et Naples, alore que Charles VIII franchit les Alpes, sous prétexte d'aller combattre les Turcs ; il ne sait à quel parti s'arrêter. Le roi de France, après de longues négociations, promet de respecter les droits du pape et entre dans Rome en maître, et en ennemi plutôt qu'en allié. Il y demeure plus d'un mois, sollicité par les cardinaux ennemis d'Alexandre VI de convoquer un concile, de réformer l'Eglise, de déposer le pape ; il était plus d'une fois près de céder à ces conseils, et, s'il Teût fait, « toutes gens de cognoissancc et de raison l'eussent tenu, comme dit Comines, à une bonne grande et très-saincte besogne » (liv. VII, ch. i2). Alexandre VI, effrayé surtout par la menace du concile, se résigne à traiter, à livrer plusieurs forteresses à Charles VIII et à lui remettre pour six mois le sultan Djem; il s'engage, en outre, à ne plus être contraire au roi et à lui accorder l'investiture de Naples, sauf réserve des droits d'autrui (janv. 1495). Deux mois après, le pape décida la grande Ligue entre Venise, Ludovic, l'Espagne et l'Empire, et s'enhardit jusqu'à publier un monitoire par lequel il somme Charles Vllï de poser les armes sous peine d'excommunication. — L'échec et la retraite des Français permettent à Alexandre VI de s'occuper des affaires intérieures de ses Etats et de commencer contre les barons maîtres du patrimoine de Saint-Pierre, de la campagne de Rome, des marches de la Romagne, cette guerre d'extermination qui a rendu exécrable le nom des Borgia. Louis Xlï, dès son avènement, recherche l'appui du pape ; César qui, dans l'intervalle, avait renoncé à Tétat ecclésiastique pour lequel il n'avait pas de goût et s'était fail relever de ses vœux, se rend en personne « la cour de France pour y porter les bulles de dissolution du mariage de Jeanne et une promesse d'alliance, et reçoit pour prix des complaisances de son père, le duché de Valentinois et la main de Charlotte, sœur de Jean d'Albret. Les Français se rendent maîtres de Milan et aussitôt Alexandre déclare tous les vassaux de l'Eglise dans la Romagne et dans les Marches, déchus de leurs droits, sous le prétexte qu'ils n'avaient pas payé leurs redevances, et une armée de 8,000 hommes fournie en partie par Louis XII et payée par le pape entre en campagne. Imola, Sinigaglia, Faenza tombent au pouvoir de César, qui est proclamé duc de la Romagne (1500-1501). Les Colonna, les Savelli sont dépouillés de leure biens ; la trahison livTC Urbino et Camerino aux Borgia, la Toscane elle-même est menacée. Louis XII, effrayé de l'ambition de César,
aiTéte sa marche victorieuse, prèle Toreille aux plaintes des ennemis d'Alexandre VI; mais César réussit à gagner George d'Amboise en lui promettant la tiare et à rassurer le roi par des protestations de dévouement. La conjuration des barons et des condottieri allait tout compromettre; déjà l'armée de César avait été battue, et lui-même, enfermé dans Imola, semblait perdu lorsque l'intervention énergique de Louis XII force les conjurés à poser les armes. Les condottieri, trop confiants, signent des traités séparés avec César, qui se débarrasse de ses ennemis par le poison ou par le glaive (c'est ce qu'on appelle la tragédie de Sinigaglia), tandis qu'Alexandre VI fait mourir à Rome ou jeter en prison tous ceux que son fils lui a désignés. A ce moment, Rome et le pape lui-mome tremblent devant César aux mains duquel le domaine du saint-siége, conquis et soumis presque tout entier allait passer avec le titre de roi de la Romagne et des Marches ; les Borgîa se disposaient à abandonner Louis XII vaincu pour s'unir à TEspagne victorieuse, lorsqu'un accident bien commun sous le règne d'Alexandre VI ruina tous leurs projets. Le pape mourut empoisonné par le cardinal Adrien; César faillit mourir (dépêche de l'ambassadeur de Venise, en désaccord avec le Diarium de Burchard), et le conclave, pendant la maladie de ce dernier, eut le courage de choisir un pape qui n'était pas du parti des Borgia. « J'avais tout prévu, disait le fils d'Alexandre VI à Machiavel, sauf le cas où je serais malade à la mort de mon père » [Prince^ ch. Vil). — Nous n'avons pas à nous occuper des crimes domestiques qui ont épouvanté Rome sous le pontificat d'Alexandre VI, ni des meurtres ordonnés par César pour faire disparaître ceux qui mettaient obstacle à son ambition ou dont la fortune tentait sa cupidité ; qu'il suffise de dire que piu'fois Alexandre fut le complice de son fils et que toujours il le laissa faire ou lui pardonna. De toutes les accusations portées contre Alexandre VI, une seule peutêtre a été inventée par la calomnie : des poiîtes et après eux des chroniqueurs malveillants ont parlé en termes peu voilés des rapports incestueux qui auraient existé entre Lucrèce et son père et de la jalousie de César; on sait aujourd'hui qu'il n'en est rien (Roscoë, Vie de Léon JT, et Gregorovius, Luci'hce Borgia) et que Lucrèce ne mérite pas l'horrible réputation qu'on lui a foite. — Alexandre VI, qui avait été pendant plus de trente ans vice-chancelier de l'Eglise, avait étudié à fond l'administration financière et connaissait mieux que personne les ressources et les procédés de la curie : devenu pape, il tira des bénéfices, des grâces, des indulgences, des sommes considérables; il vendit toutes les charges et toutes les dignités, prit des annates doubles, se résen'a deux ou trois dîmes. Occupé comme il était d'intrigues politiques, du soin d'établir sa famille, il n'a guère marqué dans l'histoire des dogmes et de la constitution de l'Eglise; il convient toutefois de citer deux ouvrages publiés avant exaltation [Glossm^ Rodeinci Portuensis Episcopi in régulas Cancellariae et constitufiones Innoc, VIII de beneficiis^ Romse, 4487; et Clypeus defensionis fidei, S. R. E. Argent.), et de rappeler que le premier d'entre les papes il a déclaré officiellement qu'il pouvait délivrer du purgatoire, qu'il a étendu et renouvelé I. 11