DES
AARON I^Aharôn, "Aopct)';], frère ainédeMoïse et, par conséquent, fils a -Vnirâni et de Yokèbèd, de la Iribu de LéW (Nomb. XXVI,59). Nous ue sa\on<^ rien de sa jeunesse. La première fois qu'il est question de lui •Uii^ le Pentaleuque (Exode IV, 14), il semble qu'il avait déjà la répu- Ution d'être un homme habile à manier la parole. Il ne fut guère que l inlerprète, la « bouche » (Exode IV, 16) de son frère dont il subit le î»ui?sint ascendant. Nous le trouvons toujours à cùté de Moïse, dont il *^mten;iit le bras à la bataille de Rephidim contre les Amalécites E\ode XVII, 12). Une fois il est laissé à lui-même, et il autorise le p»'uple à- se faire un taureau d'or qui rappelait les idoles égyptiennes Exode XXXll, l-G). Dans une autre circonstance, cédant à rinlluence ïi** sa sœur Miryam, il cherche querelle à son frère parce qu'il a épousé mk* femme Kouchite (Nomb. Xll, 1 et ss.). Aaron parait donc avoir été don caractère faible et peu consistant. Il n'en fut pas moins, selon la tradition consacré prêtre en même temps que ses fils (Exode XXIX, i ft SN. : Nomb. VIll), et la prêtrise déclarée héréditaire dans sa famille. *>iupable, ainsi que Moïse, d'avoir douté de Jéhova aux eaux de Meribah Nomb. XX, (>-l2), il ne put traverser le Jourdain et entrer dans le pay< de Can;uin à la tête des Israélites. 11 mourut sur le mont Hôr, dans le vm^inage de Pétra, etMoïse revêtit Eleâzâr, son fils, du costume sacerdotal Nomb. XX, 28). — La femme d'Aaron s'appelait Elisabeth (Elichèba). Up> quatre fils qu'il eut d'elle, Nâdâb, Abihou, EleAzâr et Ithâmâr, les ^\i\ derniers seuls lui survécurent; les deux premiers étaient morts pr»ur avoir apporté devant Jéhova « un feu étranger » (Lév. X, 1,2). — Pour la critique de la vie d'Aaron, voir l'article Moïse.
ABADDON. Ce terme, qui vient du verbe hébreu 'àbad, «se perdre, » sisnifiait primitivement la destruction ; puis, dans la langue poétique, 3 est devenu le synonyme du séjour de la mort, duCheol (Job XXVI, 6;
2 ABADDON -- ABAISSEMENT
XXVIII, 22 ; Ps. LXXXVIII, 12; Prov. XV, 11). Dans TApocalypse enfin, on le retrouve appliqué à « Fange de Tabîme » (Apoc. IX, 11) qui commande aux armées des sauterelles infernales; son nom, 'A5aBc(li)v^ est rendu, en grec, par le mol *A:ïoXXu(ov , «le destructeur.»
ABAISSEMEirr du Christ {Status exiîianùionis). La dogmatique distingue un double état dans Texistence du Christ : Tétat d^abaissement et rélat d'élévation. Elle se fonde principalement sur Phil. II, 5-9, où la Vulgate traduit èxévoKjev psirexinanivU, Dans ce passage, saint Paul oppose Texistence terrestre du Christ, humble et misérable (|JLcpîTi 8o6Xou), à son passé et à son avenir glorieux. Son incarnation est dès lors considérée comme un abaissement volontaire nécessité par notre salut, riche en consolations et en encouragements pour ceux qui, comme lui, portent la forme du serviteur, en attendant la gloire future qui doit être manifestée. La Divinité étant toujours égale à elle-même ne peut être ni abaissée ni élevée ; c'est donc le fait de revêtir la nature humaine qui constitue rabaissement du Fils de Dieu. Ainsi raisonnent Calvin et les théologiens réformés : « Car, que veulent dire ces mots : « Il a esté. trouvé comme homme en figure, » sinon que pour un tems sa gloire divine n'a point relui, mais seulement la forme humaine en condition vile et basse » {Inst. chrest., II, 13, 2). Les théologiens luthériens qui admettaient la communication réciproque des propriétés des deux natures ne pouvaient sortir d'embarras cpi'en enseignant que la nature humaine du Christ, quoique participant de la majesté divine, vécut « presque toujoui's » dans un état de gloire cachée et, par conséquent, d'abaissement sur la terre : « ffxc humanx naturx majestas in statu humiliationis majore ex parte occultaia et quasi dissimulata fuitn {Foîtn, conc., VIII, 65). Une controverse assez vive s'engagea, en 1616, sur ce point, entre les théologiens souabes et les théologiens hessois. Les premiers soutinrent qu'en vertu de la commwiû caHo idiomatum, le Christ avait possédé la toute-présence et le gouver- i nement du ciel et de la terre, même dans son état d'abaissement et jusque dans sa mort. Ils distinguent entre la x-n^^Tiç, la possession des attribuls de Dieu, la XFO^ytç, l'usage, et la xp66i;, l'usage occulte. Les Hessois, de leur côté, insistaient sur la xivwaK;, c'est-à-dire le dépouillemei^^ (voy. l'article Kenosis), l'abstention complète de l'usage. Les théol^ giens saxons, à l'arbitrage desquels la décision fut soumise, donnèr^^-^^^ raison à ces derniers, mais en accordant toutefois à leurs collègues ^ Tubingue que, pour accomplir ses miracles, Jésus-Christ s'est seni ^^ la nature divine. — Les dogmatisles ont relevé deux éléments d^^^^ l'état d'abaissement : l'élément négatif (xévawtç) qui consiste daiis ï^^ dication de l'usage de la majesté divine, et l'élément positif (xaiceCvox^^J qui consiste dans le revêtement de la forme de serviteur. Ils ont, ^ plus, distingué jusqu'à sept degrés {gradus, modi, motnenla) dans l'abat-^*^ sèment du Christ : la conception, la naissance, l'éducation, la fréqu^ *' tation des hommes [sanctissima ipsius consuetudo cum variis, etiam co^^" temptissimis hominibus^plena molestiiSy incotnmodis^ periculis)^ lapassio^» la mort, l'ensevelissement; quelques-uns y ajoutent encore la circonc?^' sion et la fuite en Egypte.
ABANDON - ABAUZIT 3
IBiHDOH. Lorsqu'il est dit, dans rEcriture sainte, d'un individu ou f » peuple que Dieu Fabandonne, cela signifie que, pendant un temps pfais ou moins long, il lui retire le sentiment de sa présence, Tassuaoee de sa sollicitude paternelle, de sa protection bienveillante et de son secours efficace, pour le laisser tomber dans le malheur et dans h flûsère, en butte à ses convoitises ou en proie à ses ennemis. Cet akaodon s'applique aux incrédules, dans le but de les reprendre et de ks corriger (Deut. XXXI, 17 ; Jérém. II, 19; Osée IX, 12 ; 2 Cor. IV, 4 ; iTiiD. Il, '^)j aussi bien qu'aux croyants afin de les éprouver et de les dater à redoubler de fidélité, de vigilance et de zèle (S Chron. XXXII, »;JobXlIM4; Ps.LXIX,3i; LXXXVm,6).— L'abandon du Christ sur h croix (Maiih. XXVU, 46. Cf. Ps. XXII, 2) n'implique ni une séparation OMotielle avec le Père, ni un divorce momentané entre sa nature divine «tsa nature humaine, ni surtout Faction de la colère et de la malédictioD divines dont le Fils eût été Fobjet, alors qu*il accomplissait Tobéisfloce dans ce qu'elle avait de plus pénible. Vaincu par le double excès de la douleur physique causée par la crucifixion et de la douleur monte résultant de la réprobation dont il était la victime de la part des hommes, Jésus-Christ, en ce court et suprême instant de Fagonie, aa plus senti la puissance de Famour di\in : il ti'a vu que les signes de b colère, du châtiment et du jugement des hommes sous les effets desquels il succombait.
ABARDOnilKMElfT, terme de droit ecclésiastique qui désigne Facte par lequel une personne déjà condamnée par le tribunal ecclésiastique ed livrée entre les mains des juges laïques. Les canons ont fixé à trois le» cas où le criminel devait être livré au bras séculier : Fhérésie, quand il y a impénitence de la part du coupable ; le faux commis sur des lettres du pape ; la calomnie portée contre son propre évêque. — On se r«rt aussi de ce terme pour désigner la cession d'un bénéfice, soit fiprpsse, par acte public, lors d'un mariage, d'un vœu monastique ou iFuD autre motif dïncompatibilité; soit tacite, par la non-résidence ou ta non-desserte.
IBARIM, propi*ement bar ou hàré ha'abàrim, «les monts du passage ?i> peut-être aussi «du gué?» étaient situés en face de Jéricho, de Fautre côté du Jourdain. Ils sont mentionnés parmi les étapes du praple hébreu (Nomb. XXXIH, 47) et dans le récit de la mort de Moise (voy. Néba), Ils avaient pour sommet principal le mont Nébo. Sorant Winer, cette chaîne s'étendait jusqu'au sud de la mer Morte où Foo rencontre des montagnes appelées 'iyyé ha'abàrim, à Fentrée dn pays de Moab(Nomb. XXI, 11; XXXUI, 44); mais cette hypothèse, qui a été adoptée par Menke dans son atlas, est contestable ; deux groupes de montagnes différents ont fort bien pu porter un nom de ce
ABADZIT (Firmin), savant genevois [1679-1767], était né à Uzès
d'âne famille huguenote. Au moment de la révocation de Fédit de
Xtotes, sa mère, femme distinguée, réussit, au travers de beaucoup de
péripéties, ài*arracher aux mains de Févéque et à le faire fuir en 1680
iGenève, oîi elle le rejoignit. Après des études fortes et variées, Abauzit
i ABAUZIT
voyagea en 1698 en Hollande et en Anglel^ri*e, et s'y lia avec sieurs savants, notamment Bayle et Newton. De retom* à Genève, il i fonça dans la vie de cabinet, sans vouloir s'asti'eindre à aucune fon< obligatoire.Voué au développement de la Bibliothèque publique, quii été organisée en 1702, il en fut nommé bibliothécaire honoraire, lard, en 1727, la République lui accorda la bourgeoisie gratis. Saloï vie s'écoula dans le célibat, le travail assidu, la paix. Visité par tou j>assants distingués, consulté par les savants du pays et de Fétrai en cx)rrespondance suivie avec quelques-uns des plus grands, estin aimé de tous, Al)auzit était un sage au jugement de ses contei rains. C'est ainsi que Rousseau Ta dépeint dans une note de la Noi Iféloïse (5« P., letlre I) qui l'a immortalisé. Il l'appelle « un philosophe, le seul qu'il ait connu, » et le compare à Socrate Gaton. Simplicité antique, grande modestie, bienveillance exquise, pire sur lui-même, piété, Abauzit a en effet tous les traits d'un sage* tien. Comme savant, il eût pu aspirer à une grande œnommée. 11 également versé dans les sciences exactes et les sciences historii mathématiques, physique, astronomie, géographie, histoire, archéol numismatique, langues anciennes, théologie, enfin, il a tout al avec tiilent, c^r il avait à un haut degré les qualités de lesprit se tique, une étonnante mémoire, une grande curiosité, unepeUvSée ] trante et précise. Mtiis cette facilité, cette curiosité luifui'ent un ] Il dispersa ses recherches, émietta ses travaux. Et d'autre part s« sion pour l'indépendance, sii prudence, son manque d'ambition l'c chèrent d'entreprendre et de produire une œuvTe étendue et dui 11 eut le tort de travailler en amateur. Aussi ne publia-t-il rien ; ques écrits confiés à ses amis virent le jour de son vivant. Ap; mort, une partie de ses manuscrits furent détruits, d'autres laisse Bibliothèque publique, d'autres enfin fuirent recueillis dans deu lions de ses Éfe'wtvr.ç, l'une à Genève en 1770, l'autre à Londres et terdam, 1770-1773, en deux volumes chacune. Le second est occuj des dissertations scientitiques diverses, le premier par des fragme: théologie, dont le choix est plus varié et plus hardi dans l'éditi Londres. C'est là que nous allons trouver le théologien. Abauzit i tient à ce qu'il appelle les théologiem modérés par op{)osition au: des. C'était la tendance dominante à Genève et ailleurs, au comn ment du dix-huitième siècle. H abandonnait doucement la dogm; traditionnelle, pour se borner à la Bible, interprétée selon la me critique q\ raisonnable. En dogmatique, il était unitaire. La plupa des fragments exégétiques du volume sont consacrés à la discussi jKissages favoris du trinitarisme. Christ est l'envoyé de Dieu, q eu qu'une préexistence idéale, c'est le docteur et le mailyr p En apologétique, Abauzit maintient la dualité de la religion relie et de la religion révélée, celle-ci venant confirmer et popu l'autre par des miracles. Dans la controverse, le savant réfugié, s'est jamais un peu échauffé que contre les jésuites, eût pu é maître : ^Lettre à une dame de Dijon sur les dogmes de r Eglise n est un petit chef-d'œuvre de polémique incisive et pourtant cou
ABAUZIT — ABBADIE 5
Bais c'est surfout dans la critique, qu'Abauzit excelle. Qu'on lise Ifr morceaux sur Daniel et l'Apocalypse. Il donne de ces deux lifres rinterprétation tirée des faits contemporains. Quant à TApoca- JjrjKe, dans son Discours, il en discute la canonicité, en passant en revue lés témoins pour et contre dans les premiers siècles, et soumettant IVrwet conciles à un jugement très-mordant ; dans son Essai, il donne de la vision une explication ingénieuse, la rapportant tout entière a lidestruction de Jérusalem et de la nation juive par les Romains, mais iaas iiiM>rder le problème du nombre 660. En résumé, Abauzit avait l'éioffe d'un théologien et surtout d'un critique, et Ton peut regretter fill n'ait pas voulu ajouter un grand nom de plus à la théologie protestante de langue franv<iise. — Sources : les deux éditions des OEums d'Abauzit, de Genève et de Londres, avec les Eloges de Végobre H Bérenger; Senebier, Histoire littéraire de Genève, tome III; \si France inttiUmte, 2« éA,,\^^ vol., p. 2. Manuscrits à la Bibliothèque de Genève.
A. Bouvier.
ABBADIE (Jacques), né àNay (Béarn) en 1654, mort à Mary-le-Bono jrès Londres le 6 octobre 1727, fut pasteur de l'Eglise française de Berlin de 1680 à 1688, puis pasteur français à Londres jusqu'en 10819, enfin doyen de Killalow en Irlande jusqu'à sa mort. C'est surtout fomme apologiste et comme moraliste, c'est-à-dire par ses traités «or la Vériié de la religion chrétienne et sur YArt de se connaître mi'Wiême qu'Abbadie s'est élevé au rang éminent qu'il occupe parmi les théologiens réformés de langue française. Le Traité de la vérité de la TfUgitm chrétienne parut en 1684 en deux volumes correspondant aux dnix parties de la démonstration que l'auteur y donnait du chrislia- Qi>me. La 2* édition (1688) est augmentée de quelques chapitres ; ce sont , dans la première partie, les chapitres IX, XIX et XX de la troisième ^ertion, dans la deuxième partie, les chapitres l-Vl de la troisième secti»>n. Le li\Te s'ouvre (après l'épître dédicaloire) par une préface dans bquelle Tauteur expose son objet et son plan. « La religion chrétienne, (W-iL se fait sentir aussitôt qu'elle se fait connaître, » elle agit sur le «vur en même temps qu'elle éclaire l'intelligence, et son action sur le «THir est sii meilleure preuve pour ceux qui en ont fait l'expérience. <>tte preuve de sentiment ne peut que s'affaiblir en s'expriniant. Toutefois, comme il ne faut pas laisser l'incrédulité triompher du silence des chrétiens, l'auteur, en exposant les preuves qui s'adressent à l'intel- IspMice, essayera aussi de faire sentir aux incrédules la vérité du christianisme, îl emploiera pour cela successivement deux méthodes : par la prHnière il descendra de cette proposition : « 11 y a un Dieu » à cette au- Irp: « Jésus fils de Marie, est le Messie promis, » par la seconde, de ce fait évident : « 11 y a aujourd'hui des chrétiens dans le monde, » il remontera à cette première proposition : « Il y a un Dieu qui s'est révélé |ar lEvangile. >» — Le point de vue de l'auteur est le point de vue intellectualiste. Le christianisme étant conçu connue une doctrine révélée, ïwxinciher cette doctrine avec la raison en est la preuve interne, établir U réalité des miracles par lesquels la révélation se légitime, en est la preuve historique. Le problème de l'apologétique est alors de présenter
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ces deux preuves de telle sorte qu*elles se fassent équilibre et se soutiennent mutuellement. C'est ce problème qu'a admirablement résolu Abbadie en employant successivement pour démontrer le christianisme deux méthodes inverses: celle de la première partie qui consiste à faire succéder à la preuve interne la preuve historique, et celle de la seconde, qui va de la preuve historique à la preuve interne; plan ingénieux et compréhensif, qui lui a permis de présenter deux fois les mêmes arguments sans se répéter et de manière à ce que la seconde démonstration vienne confirmer et compléter la première. Ajoutons que les considérations historiques de la seconde piuiie conspr\'ent aujourd'hui toute leur valeur. (Voyez en particulier les chapitres où Abbadie établit la bonne foi des apôtres, Timpossibilité d*inventer une personnalité telle que celle de Jésus-Christ, la valeur et la portée du témoignage de saint Paul, etc.) — Mais nous avons dit que c'est la conception intellectualiste qui domine dans cet ouvrage, conception qui avait déjà marqué de son empreinte les premiers essais de systématisation de la pensée protestante. Abbadie paraît avoir beaucoup lu et médité Descartes et, sans avoir implicitement adopté toutes ses opinions, il s'était pénétré de son esprit et épris de sa méthode. C'est bien Descartes qu'il avait devant les yeux, quand dans sa préface il aimonçait l'intention de « confondre par les principes de la raison les faux partisans de la raison hunifiine » et pour cela de « n'employer que les preuves qui persuadent et de ne les presser qu'à mesure qu'elles nous persuadent. » C'est encore Descartes qu'il imitait, quand, en commençant la seconde partie, il disait : « Nous voulons bien pour quelque temps douter de tout avec eux (les incrédules) et nous élevant par degrés à la connaissance des faits qui établissent le christianisme, ne recevoir les vérités qu'à mesure qu'elles nous paraîtront évidentes. » Or si Descaries avait fait une distinction entre les vérités de foi et les vérités déraison, ce n'est pas qu'il les regardât comme étrangères les unes aux autres. C'est au contraire parce que, croyant la raison capable de s'élever par ses propres forces à certaines vérités reUgieuses, telles que l'existence de Dieu et la spiritualité de l'Ame, il espérait, en démontrant ces vérités par des arguments rationnels, fournir une base solide à la défense de la religion. Tel est le point de vue auquel s'est placé Abbadie. Mais il n'a pas comme Descartes limité aux deux aflirmations de l'existence de Dieu et de la spiritualité de l'àme le contenu de la raison, il y a ajouté la loi morale : importante addition, qui a imprimé à son apologie un caractère par où elle rentre dans le grand courant de la théologie réformée. Ce qu'il nous importe ici de remarquer c'est que l'addition dont nous parlons n'a rien changé essentiellement au point de vue intellectualiste d'Abbadie. Cette loi morale, en eftot, il la conçoit comme un ensemble de vérités faites pour régler la vie pratique. 11 ne descend pas jusqu'au principe, jusqu'au fait moral lui-même, jusqu'à ce « tu dois » de la conscience individuelle que Kant devait si bien appeler « l'impératif catégorique. » La preuve morale, pour Abbadie, consiste donc non dans la réponse apportée par l'Kvangile aux besoins de pardon et d'affranchissement, mais dans l'accoitl de la raison et de
la doctrine révélée, sur les vérités essentielles de 1 ordre religieux et moral. Abbadie, il est vrai, sait fort bien que la religion révélée venant réparer le désordre introduit par le péché dans la nature humaine, contredira la raison obscurcie par les passions. Les mystères de la doctrine chrétienne sont destinés à humilier l'esprit, comme les préceptes sévères de la morale chrétienne à mortifier la chair, et d'ailleurs la contradiction n'est pas seulement entre TEvangile et la nature, elle est dans l'homme lui-même entre les passions et la raison, entre le sens commun et la raison. Celle-ci, dans ses intuitions les plus hautes, soutient donc contre l'homme pécheur la même guerre que soutient aussi la religion chrétienne, et l'accord éclate dans la contradiction même qu'on avait signalée. Ici Abbadie rejoint un autre grand écrivain de son temps, à qui revient l'honneur d'avoir le premier mis en lumière, dans une intention apologétique, les contradictions intérieures de la nature humaine. Nous avons nommé Pascal. L'auteur du Trctùé de la vérité de la religion chrétienne a certainement connu et largement mis à contribution les Pensées. Mais il ne faut pas chercher chez lui ce sentiment profond du déchirement de la conscience et des contradictions de la raison qui caractérise Pascal. Il ne lui emprunte que Vidée àe ces contradictions et de ces déchirements et il la met bien posément en œuvre dans le cours de son argumentation. Il doit aussi beaucoup à La Rochefoucault dans le tableau qu'il trace des vertus humaines pour les oppo* ser à celles qu'enfante la religion chrétienne. Gomme l'auteur des Maximes, il montre l'amour-^opre, sous ses deux formes essentielles, la volupté et l'orgueil, donnant naissance k tous nos vices et toutes nos vertus <f se perdant dans Tintérêt comme les fleuves dans la mer. » Mais après avoir dit que la religion chrétienne ordonne, comme remède à Tamour-propre, l'amour de Dieu, il montre mal comment elle nous inspire cet amour et il semble faire consister tous les motifs de cette morale évangélique dans la considération des promesses et des menaces contenues dans la Bible, ainsi que des bienfaits de Dieu, entre lesquels figure à son rang TœmTe de Jésus-Christ. On voit que la preuve ne change pas un seul instant de nature dans tous les développements qu'elle reçoit, et que l'Evangile est partout, dans cet ouvrage, présenté comme un supplément de lumières venant s'ajouter à celles de la raison, comme un enseignement révélé venant rétablir les principes de la religion naturelle. — Et cependant, il y a dans cette apologie tout un courant de pensées, par où elle échappe à l'intellectualisme pur et relève du principe individualiste et moral de la Réforme. Abbadie n^apu montrer que la religion révélée était venue rétablir l'ordre de la nature et replacer l'homme dans la voie de sa destination véritable, sans être conduit à envisager plus ou moins la révélation comme une divine histoire et la religion comme un rapport spirituel et vivant entre Thomme et Dieu. De là à faire de Jésus-Christ le centre de la religion objective et à ramener toute la religion subjective à l'acte par lequel l'âme saisit Jésus-Christ comme son Sauveur, il n'y a qu'un pas. Ce pas notre auteur ne l'a pas franchi. Mais le mouvement d'idées qui devait y aboutbr, est très-sensible dans plusieurs chapitres du Imité de la vétnté de la religion chrétienne.
Nous signalerons en particulier, dans la II« partie, sect. Il, lechapitn la divinité du Nouveau Testament. — En passant de ce premier g ouvrage d'Abbadie à ceux qui lui ont succédé, on éprouve une dé tion pénible. L'intellectualisme a deux issues opposées mais presque lement funestes : le rationalisme et un supranaturalisme sec et a L'auteur du Traité de la vérité de la religion chrétienne ne pouvait ser dans le rationalisme, mais s<i pensée religieuse parait s'tMi-e de en plus stérilisée en s'accentuant davantage dans le sens du supi*ai i*alisme. Le Traité de la divinité de Jésus-Christ publié en 1689 ma sous ce rapport un progrès déplorable. Ce nouveau traité fut d j>ar Abbadie comme le troisième volume de c^lui que nous ve d'étudier. On comprend en effet qu' Abbadie ait senti que son apo du christianisme n'était pas achevée tant qu'il n*avait pas traité la < tion de la personne même de Jésus-Christ, et Ton entrevoit comm aurait pu la résoudre, s*il fût demeuré fidèle à la méthode histoi et morale de sa seconde piirtie. Le Traité de la divinité de Jésus-C n'est qu'un insipide corollaire de la démonstration contenue dan deux volumes du Traité de la vérité. « Les ventés essentielles du i tianisme, dit Abbadie en commenç^mt, sont tellement enchai qu'elles ressemblent à cet égai*d aux principes de la géométrie, do uns sentent comme de degi*és pour descendre à la connaissance de très! » Descendre^ par voie de déduction, à la connaissance de la di (lu Sauveur !... Encore Abbadie ne pro^»de-t-il pas à cette dédu directement, mais indirectement, par iff méthode appelée en lo »< preuve par l'absurde. » Jésus-Christ est Dieu, de même es avec le Père, ou bien il faut avouer : 1" que la religion mahométai préférable à la religion chrétienne et que Jésus-Christ est inféri Mahomet; ^ que le sanhédrin a été juste en faisant mourir Jésus e les Juifs ont eu raison de le rejeter ; 3° que Jésus-Christ et les aj nous ont trompés; 4° qu'il n'y a aucun rapport entre TAncien Nouveau Testament ; 5° enfin que la religion n'est qu'un leurre ( comédie ! Et chacun de ces points est compendieusemenl étab un procédé invariable : ce sont des citations indistinctement tiré Psaumes et des prophètes, des évangiles et des épîtres pour prouva Jésus-Christa été annoncé, s'est donné lui-même et a été considéré] apôtres comme Dieu, de même essence avec le Père! L'histoire remplacée par le syllogisme et l'analyse morale a fait place k 1; aride exégèse. — Abbadie redevient un véritable apologist^^, de: remet le pied sur le terrain moral ; l'auteur do VArt de se cannait mêmey bien que supérieur sans nul doute à celui du Traité de k nité, reste encore fort en dessous de l'auteur du Traité de la véri ouvrage, écrit dans les années 101» 1-02 en Angleterre « au mili bruit des armes, » est, dafts la pensée d'Abbadie, la première d'une nouvelle démonstration de la vérité du christianisme, ma réalité, il ne fait que reproduire les arguments insuffisants que venons d'analyser. Quant à son système de morale, il n'en expos< ce livre que la moitié : « La morale, dit-il, étant à notre âme ce médecine est à notre corps et ayant pour but de nous guérir (
mâLidies spirituelles, elle doit s'appliquer principalement à deux cho- #< : premièrement à connaître le mal et ensuite à cherctier des remèdes qui peuvent nous en procurer la guérison. Ces deux desseins partagent la morale; mais ils sont trop vastes et nous mèneraient trop loÏD. Nous nous bornerons donc au premier, en attendant que la Proviàence nous donne les moyens de travailler sur Tautre. » Glest donc le mal dont nous souffrons, ou notre corruption qu'Abbadie veut mettre à découvert. Pour cela il devra montrer tout d'abord ce queThomme devrait être et ensuite ce qu'il est en réalité. Dans la première section l'auteur s'attache à relever Texcellence et la noblesse de l'homme en tant qu'être immortel, fait pour connaître Dieu et Taimer et trouver en Lui tout son l>onheur; dans la seconde, il foit voir que la corruption de rhomme consiste en ce que, étant immortel, il vit comme s'il avait sa fin dans cette existence terrestre, et ayant Dieu pour bien suprême il s'attache aux biens périssables de la vie présente. L'homme, d'après Abbadie, a pour mobile unique et fondamental Tamour de soi : car la recherche du bonheur, que chacun reconnaît éti*e le fond de toutes nos inclinations, n'est pas autre chose que l'amour de nous-mêmes. Seulement cet amour de nous-mêmes revêt un caractère bien différent selon que nous BOUS considéi'ons comme des êtres dont toute la destinée est enfermée dans cette \ie, ou, au contraire, comni(î des êtres appelés à vivre étei^ fiellement. Dans ce second cas l'amour de soi est légitime, il est la ^osrce de toutes les vertus. Dans le premier cas, il change de nom, !»'appeUe l'amour^propre et devient la racine de tous les vices. Toute la doctrine morale de VArt de se connaître est résumée dans ces quelque> lignt^s. Il est difficile peut-être de faire exactement le départ du \rdi et du faux dans cette doctrine. On ne peut méconnaître en effet que laniour de nous-mêmes ne soil un fait fondamental de notre nature: toute doctrine morale qui prétend le supprimer est par cela même condamnée comme inhumaine. D'autre pari, il n'est pas moins certain que la notion vraie du devoir implique le désintéressement et que toute dœtrine qui tend à le réduire à Tintérêt bien entendu est par cela même condamnée comme immorale. Entre ces deux principes opposés qui nou^ sollicitent : le devoir et le bonheur, où est la conciliation ? Ahbadie répond : elle est dans l'amour pour Dieu. Cela est vrai, mais il &ut ^'entendre. L'amour pour Dieu est, en effet, le suprême devoir et Ir» Uinheur parfiiit. Mais si, dans cet amour, vous nous présentez le bonheur conune but et le devoir comme moyen, alors nous sentons que l'oi"di*e e^t renvei^sé et la conscience prolesle. Faites du bonheur au a^ntraire le moyen, et du devoir le but; concevez (par hypothèse) que rhomme aime Dieu d'abord pai' besoin (sous l'impression toute vive *\e l'amour de Dieu pour lui), et qu'il en vienne ensuite à l'aimer par ile^oir, c'est-à-ilire par le don libre et entier de lui-même, alors sans doute il y a un moment dans la vie morale où il semble que la loi alv diqnt\ mais c'est un moment de Iransilion, et l'instant d'après, la loi refiarait dans toute son inviolable majesté. Le lorl d'Abbadie, c'est tfavoir fait de ce moment transitoire un état détinilif. Non pas qu'il . ail pu&ilivenient nié le devoir. Mais il n'en a pas établi distinctement
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ridée. Abbadie ne veut pas que rhomme soit égoïste, puisqu'il fait de régoïsme Tessence même du désordre moral, et il sait bien qu'il n'y a pas d'autre moyen de détruire Tégoïsme que de le remplacer par l'amour pour Dieu. Mîiis cet îimour pour Dieu,- il n'en montre pas distinctement les deux moments successifs : celui oii il est la satisfaction entière et définitive de l'amour de soi, o\ celui où il est la destruction de c^t amour de soi dans ce qu'iladepei'sonnel et d'exclusif. Il dit, avec un bonheur d'expression qu'il doit en partie à La Uochefoucault : « L'amour de Dieu est le bon sens de l'amour de soi ; » mais il n'ajoute pas qu'une fois tourné dans ce bon sens, l'amour de soi cesse d'être et devient Tamour des autres; et que c'est là l'ordre vrai, absolu, définitif, le premier moment de cet amour n'étant que h» passage du désordre à roixire. Reconnaissons d'ailleurs que ce problème de laniour est l'écueil même de la conception intellectualiste de l'Evangile. La philosophie de l'idée avait beau faire, elle ne pouvait ni rendre compte de l'amour, ni lui faire 8a véritable place dans le système de la pensée et de la vie chrétiennes. Ce qui manquait à Abbadie comme à toute la théologie de son temps pour arriver à comprendre parfaitement l'homme et l'Kvangile, c'est la notion précise et vraie du devoir. — Abbadie comme prédicateur est encore avant tout et constamment un apologiste. Ses sermons sont pleins de vues historiques et morales dune justesse et parfois d'une profondeur remarquables. Car il ne faut pas l'oublier : si Abbadie n'a su complètement ni mdiser l'apologétique historique, ni systématiser la morale chrétienne, il a eu, dans ces deux branches de la théologie, des aperçus féconds qui expliquent l'impr-ession produite par ses ouvrages sur ses contemporains et qui lui assurent un rang éminent parmi les penseurs de tous les temps. Or, on «ùt que c'est dans le sermon surtout que les hommes d'une vraie [K)rlée aiment à semer leurs aperçus les plus hardis et leurs pensées les plus intimes. Malheureusement nous n'avons que onze à douze semions d Abbadie, et c'est évidemment uno bien minime partie de ses travaux comme prédicateur. Quant à la forme de ses sermons, [on peut leur reprocher l'abus des divisions, l'emphase, un ton trop constamment solennel, des fautes de goût et des phrases enflées outre mesure d'épithètes accumulées et d'énumérations. Mêmes défauts dans les Panêffipùques^ sans les qualités de fond qui relèvent les Sennom, — On ne s'étonnera pas que nous reconnaissions î^ Abbadie comme polémiste un mérite hors ligne. Une dialectique serrée, une connaissance approfondie des Kcrilui-es, une exégèse toujoiu-s saine et solide, un style nerveux, une parfaite convenance d'expi^ession : telles sont, avec un sérieux i\u\ n'exclut pas à l'occasion un certain enjouement, les qualités qui distinguent l'auteur des Jiéflexions sur la présence du corps de Christ dans VEvcharistie, On les retrouve, unies à une grande mais un peu confuse érudition, dans le dernier important ouvrage de notre auteur : le Triomphe de la Providence et de la relig ion, iyoL in-12, Amst., 1723. Mais peut-être les pages les plus éloquentes qui soient sorties de sa plume dans ce genre d'écrits, sont-elles quelques-unes des premières du volume intitulé : Défense de la nation britannique, in-12, La Haye, 1093. — Sources à consulter: La France protestante , art. Abbadie^ \^el
ABBADIE - ABBÉ i l
2« éditions. Essai sur la vie et les ouvrages d'Abbadie^ placé en tète d'une édition en 3 vol. de ses Sermons et panégyriques, Amst., 1760. Viguié, Bistoire de r apologétique réformée, J. db Visme.
ABBATE [abbaleia, abteta, abbatia) ou monastère de religieux ou de religieuses régi par un abbé ou une abbesse. On distinguait entre les abbayes royales, fondées et dotées par les rois, qui devaient rendre compte de l'administration de leur temporel aux officiers du roi, et entre les abbayes épiscopales qui n'étaient comptables qu'aux évoques. Les abbayes furent supprimées en France en 17tK), et leurs bAtiments aussi bien que leurs revenus réunis au domaine de l'Etat; mais les catholiques, profitant de la liberté d'association dont l'Etat les a laissés jouir, ont reproduit avec autant de fidélité que les t^ndanc^s nouvelles de la hiérarchie l'ont permis, l'ancienne organisation des abbayes dont Solesmes est aujourd'hui un intéressant spécimen (voy. Moines),
ABBÉ, ABBESSE. Le mot abbé, dérivé du syriaque, signifie père et rappelle la nature de l'autorité que les porteurs de ce titre doivent exercer sur leurs subordonnés. A l'origine, ce titre était étendu à tous les solitaires qui, par leurs vertus et leur vie ascétique, avaient droit à la vénération des fidèles. A partir du cinquième siècle, il fut restreint aux supérieurs des monastères. Aujourd'hui, dans plusieurs pays, et notamment en Franco, il est donné, comme un titre d'honneur, à tous ceux qui portent l'habit ecclésiastique. L'élection des supérieurs de monastères présentait de grandes variations : les uns étaient désignés par tous ceux qui avaient droit de suffrage dîins l'enceinte d'un monastère, les autres par un chapitre provincial ou une autre autorité supérieure : l'élection avait lieu soit à terme, soit à vie. Les abbés étaient tenus de faire confirmer leur élection dans un délai de trois mois par révéque ou par le pape : ils recevaient alors la bénédiction. Pour être élu abbé, il fallait avoir ^ingt-cinq ans, être né d'un mariage légitime, être instruit et capable d'instruire, observer la règle et se montrer zélé pour la faire observer. La plupart de ces règles subsistent encore, mais avec les modifications qu'amena inévitablement la concentration des pouvoirs entre les mains d'un chef unique. De fait, l'évêque n'a plus aujourd'hui qu'un pouvoir purement nominal sur les abbés réguliers qui, en réalité, dépendent de Home. Les canons de l'Eglise placent les abbés immédiatement après les évéquffs; certains d'entre eux siègent dans les conciles œcuméniques, ont le droit de porter la mitre et le bâton pastoral et exercent une juridiction quasi épiscopale. On distinguait entre les abl)és réguliers, astreints à résider dans leurs monastères et à porter l'habit de leur ordre, et entre les abbés séculiers qui, tonsurés ou non tonsurés, jouissant d'une partie ou de la totalité des revenus attachés à leurs bénéfices, investis ou privés du droit de juridiction épiscopale, se faisaient remplacer par des vicaires dans le gouvernement de leurs monastères. C'est aussi à cette catégorie qu'appartiennent les abbés de cour, si nombreux au siècle dernier, qui n'ét<iient autres que des cadets de famille, en expectative d'une abbaye qu'ils ne possédaient pas encore ou qui jouissaient de ses revenus, sans être jamais entrés même