AMENDES
qui, pour chaque péché, exigeait une réparation spéciale ; puis peu à peu dans les siècles suivants, par un développement tout naturel, l'arbitraire laissé au prêtre pour la détermination des peines se trouva limité et remplacé par une législation traditionnelle, par un vrai code pénal {liàri pcenitentialesy^ neuvième siècle). Mais dans le droit des Germains, des Francs saliens, par exemple, tous les crimes et les délits contre les personnes et les propriétés se réparaient au moyen de compensations en argent soigneusement réglées {ivehrgeld) : ce principe ne pouvait régner dans la vie civile sans pénétrer dans la discipline ecclésiastique. D'ailleurs puisque, en vertu du même principe barbare, la peine, la réparation est quelque chose d'extérieur, de matériel, on peut évidemment substituer une peine à une autre peine, troquer un niode de réparation contre un autre. Tout péché est coté, il a son taux, et le pécheur a le droit de le racheter, à son choix, de diverses manières qui sont équivalentes, par des privations qu'il s'impose, par des prestations qu'il promet d'accomplir, et enfin, ce qui est le plus simple, par un don en argent. Tel est le principe qui règne à peu près sans partage dès le onzième siècle. Le confesseur a-t-il ordonne un jeûne pendant un temps déterminé ? Ce jeûne se rachète (redimere est le terme technique) au moyen d'une somme également déterminée. A-t-on fait le vœu d'un pèlerinage périlleux et lointain? A-t-on pris la croix? On se fait relever de ce vœu moyennant une somme à débattre. Toute pénitence s'estime en sous et deniers, toute pénitence se laisse transformer en amende pécuniaire. L'amende qui, tantùt a son taiif réglé à l'avance et tantôt est arbitraire, est le dernier mot de la discipline catholique. L'austère Pierre Daniiani, lui qui ne quittait jamais les cilices ni les chaînes de fer (t 1072), n'hésite pas à voir dans ce système une juste apphcation de l'Ecriture : Divitix liominis y^edemptio ejus (Prov. Xlll, 8). Gomme c'est par indulgence que l'Eglise permet le choix entre les divers modes de pénitence, l'amende ne tarda pas à prendre aussi ce nom iV indulgence, que Tetzel devait rendre si fameux lorsqu'il mit en vente « pour un quart de florin, ainsi qu'il s'exprime dans ses affiches, des papiers qui conduisent saine et sauve l'àme divine et immortelle vers sa patrie céleste. » En établissant ce système de compensations ou d'amendes, l'Eglise cessait en réalité d'être chrétienne puisque le christianisme repose tout entier sur l'idée que, le péché venant du dedans, la seule réparation possible consiste dans la transformation du cœur. En outre les amendes, payées soit en argent, soit en donation de terres, soit en cession de droits féodaux, soit en fondations d'églises, de chapelles et de couvents, profilent presque toutes à l'EgUse, rarement aux pauvres; l'EgHse se place donc dans celte situation profondément immorale de vi\Te du produit des péchés. — Au sein du protestantisme, les amendes ont été généralement abolies dès le seizième siècle. Là où on les a conservées plus ou moins longtemps (dans certaines parties de l'Eglise luthérienne), elles n'ont jamais eu que le caractère d'une pénalité sociale ; on les infligeait non pour des péchés mais pour des délits commis envers l'Eglise, ainsi pour le scandale public causé par le travail du dimanche ou pour des