Î38 AMEN — AMENDES
(Néh. Vlîl, 6), comme aussi dans les réunions de culte de l'Eglise apostolique (i Cor. XIV, 16), les fidèles avaient Thabitude de marquer leur accord avec le contenu de la prière que le rabbin ou le pasteur avait prononcée, en répétant en haute voix : Amen^ amen. Cette coutume s'introduisit et se fixa dans les liturgies de TEglise grecque et de l'Eglise latine. Elle ne peut se légitimer qu'à la condition d'être, dans le culte, l'expression du sentiment libre et spontané de la communauté.
AMENDES. Ce mot qui provient, par corruption, du latin emendare^ Signifie proprement ce qui enlève la faute [mendum), et, par conséquent, au sens religieux, ce qui efface sinon le péché, du moins la coulpe, — une réparation, une expiation. On distingue V amende honorable et Vamende pécuniaire. La première consiste dans le sacrifice de l'honneur, dans l'aveu public et humiliant imposé au coupable : c'est ainsi que, dans l'ancienne Eglise, ceux qui avaient renié leur foi pendant les persécutions (les lapsi) ne pouvaient être relevés de rexcommunication qu'en confessant leur faiblesse devant l'assemblée des fidèles. Théodose I«r à Milan, 390, Louis le Débonnaire à Attigny, 822, et à Soissons, 833, Henri IV d'Allemagne à Canossa, 1077, Haimond Vil de Toulouse à Notre-Dame de Paris, 4229, nous fournissent d'autres exemples de ce genre de pénitence. De l'Eglise, Tamende honorable passa dans la législation civile mais en ronsonant, du moins sous sa forme la plus solennelle, un certain raraclère religieux. Le condamné était conduit par le bourreau sur la place publique, généralement au parvis d'une église, tête nue, pieds déchaux, tenant en main un cierge de cire jaune, ayant devant et derrière un écriteau qui mentionnait le crime k expier. En France, cette peine (abolie en 1791) frappait entre autres les blasphémateurs, et elle fut subie en 1766 par le chevaher de la Barre, à qui on trancha ensuite la tote; son écriteau portait ces mots : « impie, blasphémateur et sacrilège, exécrable et abominable. » L'inscription tenant lieu de la confession repentante du condamné, cette peiniî n'avait plus aucune valeur morale et n'était qu'une torture. Le nom d'amende honorable s'applique encore à une prière liturgique dans laquelle le prêtre, en son nom et au nom des fi<lèles, demande pardon à Dieu des injures faites à sa majesté par ceux qui la blasphèment. En 186i, à propos de la publication de la Vie de Jésus de M. Renan, l'évêque de Marseille jugea à propos de donner à ce genre d'amende honorable une solennité inaccoutumée. — Si l'amende honorable est d'origine ecclésiastique, l'amende pécuniaire remonte à la législation civile et païenne. L'Eglise ancienne m\ la connut point, car on ne saurait citer ici les amendes inlligées aux donatistes par l'empereur Honorius après que saint Augustin eut invoqué le bras séculier contre ces sectaires quelque peu socialistes. Il fallut une longue période de décadence pour que l'argent fût admis à jouer un rôle dans la discipline chrétienne. Outre une lente dégénérescence du principe évangélique, il fallut une inlluence étrangère presque irrésistible. D'une part, dès le quatrième siècle, en partie, grâce à l'enseignement de l'évoque d'Hippone, on arriva à une notion grossière de la pénitence