‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 45 sur 157 · MILAN · texte numérisé non relu

MILAN

à s'établir sous. la protection des patriciens cléricaux. — 3. ixi Province, divisée ecdésiastiquemeiit en 6 régions, se compose de 66 vicariats forains, de 736 paroisses, avec 1638 prêtres officiants, 19 paroisses vieariales, sur une population de 1,107,075 âmes. Les plus importants vicariats forains sont ceux de : AJbbiategrasso, 3 paroisses, 11 prêtres, 11,400 âmes; Arzago, 12 paroisses, 13 prêtres. 7,400 âmes ; Gasorate, 8 paroisses,. 13 prêtres, 13^140 âmes; Cesano fioscone, 11 paroisses, 19 prêtres, 13,090 âmes ; Gorbetta, 16 paroisses, 38 prêtres, 31,075 âmes ; Gallarate, 2â paroisses, 49 prêtres, 32,661 âmes; Legnano, 8 paroisses, 32 prêtres, 17,778 âmes; Rbo, 5 paroisses, 31 prêtres, 11,910 âmes ; Rosate, 14 paroisses, 23 prêtres, 11,909 âmes; Bezozzo, 21 paroisses, 31 prêtres, 23,207 âmes; Luino, 21 paroisses, 27 prêtres, 13,982 âmes; Appiano, 21 paroisses, 38 prêtres, 31,650 âmes; Arcisate, 13 paroisses, 21 prêtres, 16,444 âmes ; Busto Arsizio, 15 paroisses, 58 prêtres, 37,970 âmes; Gamago, 13 paroisses, 27 prêtres, 14,328 âmes; Dairago, 15 paroisses, 31 prêtres, 26,900 âmes ; Nerviano, 8 paroisses, 16 prêtres, 16,400 âmes; Yarese, 29 paroisses, 62 prêtres, 32,893 âmes ; Besana, 16 paroisses, 28 prêtres, 13,531 âmes ; BoUate, 9 paroisses, 20 prêtres, 19,290 âmes ; Bruzzano, 12 paroisses, 25 prêtres, 19^560 âmes ; Gantù, 10 paroisses, 23 prêtres, 15.250 âmes ; Desio, 14 paroisses, 37 prêtres, 34,935 âmes; Mariano, 10 paroisses, 24 prêtres, 13,750 âmes ; Monza, 9 paroisses, 74 prêtres, 52,119 âmes ; Sevezo, 14 paroisses, 32 prêtres, 22,525 âmes ; Brivio, 12 paroisses, 38 prêtres, 16,302 âmes; Incino, 30 paroisses, 65 prêtres, 32,428 âmes; Lecco, 13 paroisses, 36 prêtres, 20,693 âmes ; Missaglia, 17 paroisses, 34 prêtres, 17,561 âmes ; Oggiono, 10 paroisses, 20 prêtres, 12,924 âmes ; Olginate, 7 paroisses, 21 prêtres, 12,036 âmes; Primaluna, 16 paroisses, 31 prêtres, 12,420 âmes; Ghignolo Po, 6 paroisses, 11 prêtres, 10,470 âmes ; Giuliano, 10 paroisses, 19 prêtres, 10,540 âmes ; Gorgonzola, 15 paroisses, 39 prêtres, 28,235 âmes ; Segrate, 9 paroisses, 17 prêtres, 12,003 âmes ; Treviglio, 5 paroisses, 27 prêtres, 19,389 âmes ; Trezzo sur TAdda, 9 paroisses, 40 prêtres, 19,401 âmes ; Yimercate, 22 paroisses, 65 prêtres, 39,335 âmes. La juridiction helvétique comprend les vallées Riviera, Leventina, diBlenio, Gapriasca et le Vicariat de Brissago, c'est-à-dire 54 paroisses avec 84 prêtres officiants sur 35,231 âmes. — La religion protestante évangélique est représentée à Milan par 3 Eglises importantes et relativement nombreuses et par 4 œuvres d'évangélisation et de propagande de comités étrangers. Ges trois Eglises sont : 1^ l'Eglise de la colonie franco-allemande avec un nombre indéterminé et très variable de membres ; 2'' TEglise évangélique vaudoise (du Piémont) composée de 200 membres, la plupart sortis du catholicisme romain ; 3^ TEglise chrétienne libre composée de 200 membres, tous sortis du catholicisme. Les quatre autres dénominations qui travaillent à Fœuvre de Févangélisation à Milan ne peuvent, à cause .du petit nombre de leurs adhérents, être appelées Eglises ; ce sont : la méthodiste wesleyenne avec une trentaine d'adhérents, la mélhodiste épiscopale avec une dixaine, la baptiste étroite avec une vingtaine.

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la plymouthiste avec une vingtaine également. — Sources : Milaiw saero ossia stato del clero délia cUtà e diocesi di MilanOj per Vanno 1879 e 1880 ; Milano, 4879, 1880; Annuario Evangelico ad uso dti ministri e deintembrideUe chUse Evangeliche d'Italia, Torino, 1880.

P. Long.

ULET, MiXyitoç, ville de TAsie Mineure, non loin d^Ephèse, où Tapôtre Paul aborda dans la traversée racontée Actes XX, 15 ss. (cf. 2 Tim. lY, âO). Elle était la capitale de l'Ionie (Pline, 5, 31), avec quatre ports (Strabon, 14, 635), mère de beaucoup de colonies et patrie •d*un grand nombre d*hommes célèbres. Les habitants de Milet avaient une mauvaise réputation à cause de leur luxe et de leurs débauches. Elle devint un siège épiscopal de la province de Carie, sous la métropôle d*Aphrodisiade, au diocèse d'Asie. On en connaît douze évêques, dont le premier, Gésaire, est mentionné dans les Actes de saint Thyrse et de ses compagnons, qui souffrirent le martyre sous Décius, vers le milieu du troisième siècle. Sur remplacement de Tancienne ville, s* élève aujourd'hui la bourgade insignifiante de Palat ou Palatscha.

HILL (John), savant théologien anglais, néàShap(Westmoreland), en 1645, mort à Oxford, le 23 juin 1707. Ce qui a illustré «on nom, c'est la belle édition du Nouveau-Testament grec à la préparation de laquelle il consacra sa vie. Le texte qui sert de base à cette édition est celui de Robert Estienne, de 1550. Mill le coUationna sur plus de cent vingt manuscrits et recueillit trente mille variantes. Au haut de chaque page est le texte original avec les parallèles des autres livres de l'Ecriture, les scholies et les notes explicatives tirées des anciens Pères. Au centre, se trouvent sur deux colonnes, les variantes, accompagnées des notes de l'auteur. Au bas, sont consignées des remarques sur l'état du texte sacré dans tous les âges de l'Eglise. Le tout est précédé de savants prolégomènes. Les trente mille variantes de Mill épouvantèrent un certain nombre de théologiens qui craignirent de voir l'autorité de la révélation ébranlée dans les esprits. Le docteur Whitby, entre autres, se plaignit amèrement de ce qu'en admettant la corruption du texte, il avait donné gain de cause aux papistes, aux sociniens et aux incrédules. Wettstcin a inséré un abrégé de cet Examen de Whitby dans l'édition du Nouveau Testament de îiill, qu'il publia à Amsterdam en 1735. Mill était, depuis 1685, principal du collège de Saint-Edmond à Oxford. Il mourut peu de jours après avoir imprimé son magnifique ouvrage.

MILLÉNAIRES. Voyez Cinliasme,

MILKER (Joseph), historien anglais, né le 2 janvier 1744, près de Leeds, mort le 15 novembre 1797, à Hull. Ce fut à l'école de Leeds qu'il fit ses premières études, puis il devint boursier de l'université -de Cambridge et embrassa Tétat ecclésiastique. Tout en remplissant ses fonctions pastorales, il s'occupait d'enseignement, et devint, plus tard, supérieur du collège de Hull. Il se fit tout d'abord connaître par an poème latin : Davideis, On a de lui : Considérations sur Cexposè du christianisme de Gibbon, 1781, in-8'; Histoire de VEglise du Christ, liOndrcs, 1812, 2 vol. in-8'', ouvrage estimé, traduit en français; Ser-

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mons pratiques f 1801, 2 vol. Une édition complète de ses œuvres a paru en 1820.

HILTIADE, écrivain ecclésiastique de la fin du second siècle. On ignore sa patrie, bien qu^il semble avoir écrit en Occident etpeut-ôtre à Rome, et les titres seuls de ses ouvrages nous sont parvenus. Eusèbe {H. E., Y, 17) les jugeait dignes d'une attention particulière. Il a été beaucoup loué au commencement du troisième siècle. Il avait écrit: 1° un traité i:6p\ tou {a^ SeTv icpoç^T^iv Iv lxffTa«i XaXelv, dirigé contre les montanistes qui lui répondirent; 2'' une apologie «poç Totk xoquxoliç ap-xovra;, c'est-à-dire, d'après Valois, aux gouverneurs des provinces, mais plus vraisemblablement aux maîtres du monde, Marc Aurèle et Commode (ce dernier associé à l'empire en 176 ; v. Lampride, 12) ; S" un traité Aux Grecs sur la vérité; 4° un autre Aux Juifs. Un ancien auteur anonyme, cité par Eusèbe {ff. E., V, 28), remarque qu'il a proclamé la divinité de Jésus-Gbrist. Le même auteur et Tertullien, qui l'appelle ecclesiarum sophisla^ « éloquent et subtil champion des églises )) {Adv. Valentînianos^ 5), le mettent à côté de Justin, qui s'adressa comme lui aux empereurs, aux Grecs et aux Juifs. — Bibliographie : Voyez, outre Eusèbe et Tertullien, déjà cités, Jérôme, Episi, ad Magnum et Devins ilL, ch. xxxix; Derling, DeMiltiade, Helmsta^dt,

IDLTIÂDE (MilUades^ Melchiades)^ africain, parait-il, fut pape entre Eusèbe et Silvestre, du 2 juillet 310 au 10 ou 11 janvier 314 (Lipsius). Avant lui, le siège de Rome avait été vacant dix mois. Les premiers édits de tolérance et le concile tenu au Latran le 2 octobre 313 au sujet du donatisme (voyez Optât de Milève, édition du Pin, les collections de Conciles et Hefele, I), ont marqué son règne. On sait par saint Augustin {Brevic. colL c. Donal.^ éd. des Bénéd., XI, 574) que Maxence l'autorisa à recouvrer les biens de l'Eglise qui avaient été confisqués pendant la persécution ; les catacombes étaient au nombre de ces lieux sacrés. Les donatistes tirèrent parti de cette circonstance pour accuser Miltiade d'avoir « trahi. » Le Liber PorUificalis nous dit qu'il interdit le jeûne du dimanche et du jeudi, que de son temps le manichéisme se répandit dans Rome et qu'il ordonna que l'oblation consacrée, le fermentum, fût envoyée aux Eglises par l'évèqut. Miltiade fut enterré au cimetière de Galliste, in crypta (?). M. de Rossi espère avoir trouvé la place de son tombeau {R. SoU., II, 189; cf. Northcose-AUard). Il est le premier pape qui ait vécu et qui soit mort en paix. — Voyez Tillemont, t. V, et Constant.

MILTITZ (Charles), prélat allemand, né enMisnie, mort Tan 1529, devint chanoine de Mayence, de Trêves et de Meissen, camérier de Léon X, et fut envoyé, en 1518, en Allemagne, avec la qualité de nonce, pour apaiser la querelle que Luther venait de soulever à propos des indulgences. Le pape comptait beaucoup sur l'habileté et la douceur de Miltitz pour décider le réformateur à garder le silence. On sait à quel point il se trompait. Miltitz a laissé des Mémoires et des Lettres qui sont disséminés dans plusieurs recueils, tels que la Reformatiom-Eislorie de Cyprian, les Nachrichten de Riederer, etc., etc.

HILTON (John), le plus grand poète épique de la Grande-Bretagne, aussi remarquable par son courage civique et la fermeté de ses convictions que par Téclat de son .génie, naquit à Londres, le 9 décembre 1608, d'une riche famille de la « gentry » qui possédait, sur les bords de la Tamise, le manoir de Milton dans TOxfordshire. Son père, qui avait été déshérité pour avoir embrassé les doctrines de la Réforme, était venu à Londres, où il exerçait les fonctions de notaire. Le futur chantre du Paradis Perdu fut donc élevé dans un milieu strictement puritain, dont la musique seule adoucissait l'austérité et se tourna de bonne heure avec un plein succès vers Tétude de Tantiquité classique, à Técole de Saint-Paul d'abord, puis à Cambridge au collège* de Ghristchurch (1624), où il écrivit ses premiers essais poétiques soit en latin, soit dans sa langue maternelle {Hymne de la Nativité). Déjà passionné pour la liberté religieuse à la défense de laquelle il consacra son existence, il refusa malgré les sollicitations de son père d'étudier la théologie, parce qu'il lui répugnait de s'asservir aux trente-neul articles de l'Eglise anglicane. L'élévation de ses pensées, la pureté de ses mœurs, Theureux équilibre de ses facultés lui permirent dès cette époque, de Vérifier sur lui-même la justesse]d'une parole qu'il prononça dans son âge mûr. « La jeunesse annonce l'homme comme l'aurore, le jour. » Après avoirpris en 1628, à Cambridge, le grade de bachelier et en 1632 celui de maître-èsarts, Milton revint près de son père, qui était pour lors fixé à Houton dans l'un des sites les plus agréables du Buckinghamshire ; il y passa cinq années d'un bonheur paisible, pendant lesquelles les exercices corporels et les plaisirs de la chasse alternèrent pour lui avec l'étude et la méditation. Parmi les poètes du règne d'Elisabeth, il se laissa moins guider par Shakespeare, bien qu'il reconnût toute l'étendue de son génie et déclarât que devant une semblable grandeur il se senUit changé en pierre par l'intensité même de l'admiratioa,que par Ben-Johnson, pour la forme tout au moins, puisque pour les pensées maîtresses il avait complètement rompu dans son Camus avec le cadre habituel de ces sortes de divertissements, et célébrait le triomphe de la chasteté sur le dieu des festins et son cortège d'esprits nocturnes. A la même période appartiennent YArcadie, le Lycidas, une touchante élégie, qui lui fat dictée par la mort de l'un de ses amis, enfin les deux poèmes de l'^/Ze^o et du Ptnseroso (1635), où aux beautés de la nature, aux charmes de la forêt, aux fêtes champêtres et même aux joies plus intimes du foyer domestique, il oppose la félicité supérieure du penseur solitaire qui oublie les vanités mondaines dans le feu de ses recherches et s'élève par son commerce toujours plus approfondi avec les chefs-d'œuvre de l'esprit humain jusqu'aux plus hauts sommets de la vision prophétique. — Milton était donc déjà célèbre lorsqu'en 1638, à la suite de la mort de sa mère et [pour rétablir sa santé sérieusement altérée, il entreprit un voyage sur le continent : à Paris où il fréquenta assidûment Hugo Grotius ; en Italie où il résida pendant deux années, fêté par les académies, nourrissant déjà en lui le généreux dessein

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de doter sa patrie d'un poème épique, recueillant de la bouche du mar^ quis Manso les novissimaverba du Tasse, visitant Galilée, ne dissimulant pas, à Rome même, la haine que lui inspiraient la compagnie de Jésus et le tribunal dusaint-ofûce. Le désir de puiser directement à la source du beau, et de se pénétrer sur les Ueux mêmes de Tidéal hellénique le poussait à traverser en Grèce, lors qu'éclata le conflit entre Charles P' et le long-parlement ; aussitôt qu'il en fut informé, il n'hésita pas à sacrifier les rêves de l'artiste aux devoirs du patriote. Il n'était point cependant animé par l'ambition de s'occuper des affaires publiques, puisqu'il demeura longtemps à Londres, dans la retraite, partagé entre ses travaux littéraires et l'éducation de quelques jeunes gens ; mais les dangers que faisafent courir à l'idée protestante l'intolérance et la hauteur de l'archevêque.Laud et de ses collègues de la haute Eglise, plus encore que les tentatives de prosélytisme romain favorisées par la famille royale, le déterminèrent enfin à prendre la plume. — Dans la même année 1641, parurent, coup sur coup, cinq brochures toutes distinguées par la môme vigueur d'argumentation et la même verve de langage : 1** De la Réformalion en Angleterre et des causes qui se sont opposées à son entière réalisation ; ^ De la prélature en réponse à Vévêque Hall [prèlatical episcopacy) ; 3^ De l'organisation et du régime ecelésiastique {reason of church)^ en réponse à V archevêque Usher ; enfin deux traités pour soutenir quelques-uns de ses collègues presbytériens, qui avaient écrit contre leur adversaire Hall, sous le pseudonyme collectif de Smectymnuus: 4^ les Remarques sur la défense du Remontrant Qt 5° V Apologie de Smectymnuus. En véritable fils des puritains, Mil Ion prétendit rendre au christianisme sa saveur et sa force d'attraction premières, par un complet retour à l'idéal apostolique : abolition de l'épiscopat, libre élection par les communautés religieuses de leurs conducteurs spirituels, suppression des prébendes et de la juridiction ecclésiastiques. Les mômes théories radicales avaient déjà été émises une génération auparavant par Knox et les proscrits qui avaient trouvé un refuge à Genève pendant la persécution de Marie Tudor, mais elles furent développées par l'auteur de la Réformation en Angleterre avec une ampleur de pensées, une générosité de sentiments, une richesse d'images véritablement merveilleuses. Aussi à côté de l'immortel poète nous plaisons-nous à célébrer aujourd'hui en Milton le prosateur hardi et viril, des écrits duquel en dépit des excès de langage et des aridités scolastiques se dégagent avec une lumineuse clarté deux des principaux axiomes formulés par le protestantisme : <( La foi personnelle est le fondement indispensable du salut. La grandeur politique d'une nation résulte en dernier ressort de sa pureté morale. » — La liberté de conscience était pour lui un besoin si impérieux, qu'il n'hésita pas à la réclamer de Cromwell triomphant^ et à se détacher de ses anciens amis les presbytériens, lorsque ceuxci, après avoir pris possession du pouvoir, se rendirent coupables des mêmes abus hiérarchiques que naguères encore ils reprochaient si amèrement aux épiscopaux. En 1659, après la mort du Protecteur,

avec lequel il s'était trouvé en. pleine communion d'idées religieuses, parut un de ses plus véhéments pamphlets ; Dés nwyens les plus propres à expulser de V Eglise les mercenaires, oii il accable le système du patronat de ses plus bi^ûlants sarcasmes, et s'appuie sur la doctrine du sacerdoce universel pour demander qu'à l'avenir toute distinction soit abolie entre le pasteur et le laïque croyant. La cause de la séparation peut également revendiquer Milton au nombre de ses premiers et plus énergiques défenseurs. Il attribuait en effet, à la confusion des pouvoirs, les troubles qui déchiraient sa patrie et avait coutume de dire que « l'Eglise était trop digne et trop vénérable, pour ramper comme un lierre, autour du tronc de TEtat. » Cette indépendance de pensée, qui était pour lui une seconde nature, il l'accordait généreusement à toutes les sectes religieuses et philosophiques, même à celles auxquelles les plus avancés parmi ses contemporains imprimaient le stigmate de Thérésie et dont ils condamnaient les adeptes à des peines .infamantes, comme dangereux pour le maintien de l'ordre social : les athées, les sociniens. L'Eglise romaine seule se voyait exclue de cette universelle tolérance comme suspecte de poursuivre sous le manteau de la religion la réalisation de ses visées despotiques ; le fidèle puritain la repoussait avec horreur, comme la prostituée de l'Apocalypse. — Les spéculations théologiques de Milton jaillirent toujours, comme d'une source fraîche etabondante, de ce verset de l'épître aux Corinthiens, dont il tira jusqu'à sa mort les conséquences les plus audacieuses et les plus inattendues : << Là où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté. » Ses forces suprêmes furent en effet employées à l'élaboration d'une Dog~ malique chrétienne, d'où s'inspirant uniquement de la vérité subjective, il ne craignit pas de rejeter, comme contraires aux saintes Ecritures, quelques-unes des croyances fondamentales de l'orthodoxie : la Trinité, la Prédestination. Le manuscrit ne fut publié qu'au commencement de notre siècle, mais le scandale produit n'en fut pas moins grand, parmi les défenseurs de l'Eglise établie, qui se refusaient à admettre l'existence de l'arianisme, del'arminianismeet autres hérésies aussi pernicieuses chez le poète du Paradis Perdu, tandis que les unitaires saluaient avec une joyeuse surprise, un de leurs plus éloquents précurseurs dans celui qui avait passé jusqu'alors pour un rigide calviniste. Milton fut .amené par les vicissitudes de sa vie privée à l'examen de l'une des questions qui le préoccupèrent avec la plus douloureuse vivacité. — Marié en 1643, avec Mary Powell, la fille d'un opulent cavalier de l'Oxfordshire, il vit son épouse quitter, au bout d'un mois, le foyer domestique, à cause de Téloignement que lui inspiraient ses croyances politiques et religieuses. Lorsque toutes ses tentatives de réconciliation eurent échoué, ses griefs se produisirent devant le Parlement sous la forme d'un TraUé sur la doctrine et la discipline du divorce, bientôt suivi par le Tetrachodon ou commentaire sur les quatre passages les plus importants de F Ecriture en celle matière et le Kolasterionenvue de nettoyer les écuries d^Augias {iOiS-îQtë). Au lieu de s'en remettre comme dans la législation actuelle au verdict des

tribunaux, il aurait fallu en revenir aux prescriptions judaïques et laisser l'époux seul juge de la convenance du divorce. A cette argumentation bizarre qu'excusaient toutefois de cuisants chagrins (nul n'a décrit en termes plus pathétiques le bonheur goûté dans le mariage), nous préférons les vues émises dans le Traité sur l' éducation^ dédié à l'allemand Samuel Hartlieb (1644) et où au prédantisme des universités anglaises est opposée la véritable marche à sui\Te dans les études classiques. La même année également parut le plus magnifique de ses écrits en prose, la Défense de la liberté de la presse ou Areopagetica d'où entre maint splendide passage nous nous bornons à extraire le suivant : a Celui qui tue un homme n« fait que tuer un être raisonnable, tandis que celui qui anéantit un livre anéantit la raison elle-même ; il se peut en effet qu'une vérité une fois supprimée ne reparaisse jamais dans le cours de l'histoire. » Les généreuses semences jetées par Milton portèrent tout leur fruit pendant les grandes luttes parlementaires qui remplirent le règne de Georges III; en France V Areopagetica fut traduit un peu avant la Révolution, en 1785, par Mirabeau et l'illustre tribun ajoutait dans sa préface que la grandeur de l'Angleterre reposait moins encore sur sa constitution que sur ce respect de l'opinion publique dont Milton avait été l'un des premiers et des plus vaillants défenseurs. — Après ce grand effort de production s'écoulèrent dans la méditation et la retraite quatre années toutes occupées par la composition de son Histoire d'Angleterre sous les AnghSaxons (1645-1649), et auxquelles succédèrent les jours de son activité publique. Les indépendants, lorsqu'ils eurent pris possession du pouvoir, nommèrent Milton secrétaire d'Etat, un poste qu'il revêtît pendant toute la durée de la République et dont il s'acquitta avec une supériorité marquée. Tous ses efforts tendirent au triomphe de la politique grandiose inaugurée par Cromwell qui voulait réunir en un seul faisceau les forces éparses du protestantisme, pour faire échec au despotisme des Habsbourg. Aujourd'hui encore nous aimons à relire ses Lettres : Litterx Pseudo senatus Anglicani, dont le latin classique rehausse la virilité de pensée et où tantôt il exhorte l'électeur de Brandebourg à se réconcilier avec la Suède, les luthériens et les calvinistes,à mettre un terme à leurs luttes fratricides, tantôt il se vante d'avoir arraché au roi d'Espagne ses deux yeux : le tribunal de l'Inquisition et le monopole des Indes : joignons-y le sonnet qu'il adressa à toutes les puissances de l'Europe en faveur des vaudois persécutés et nous aurons une idée exacte de son rôle sous le gouvernement du Protecteur. A l'intérieur ses actes témoignèrent de la même énergie quelque peu sauvage. Les Cavaliers avaient profité de la sentence capitale prononcée contre Charles I" par le Parlement pour faire appel à la compassion publique et noyer les fautes de leur monarque dans l'auréole de son martyre. Un livre anonyme, en réalité composé par l'évoque d'Exeter, mais attribué grâce à une fraude pieuse à Charles I" lui-môme, dépeignit ses souffrances, exalta sa résignation suprême, et fut répandu par les royalistes en telle abondance qu'il atteignit rapidement sa quarante-septième édition.

MillOQ qui, au nom du droit naturel, avait déjà justifié la décision du Parlement dans son Râle des Rois ei des Magistrats {Tenure of Kingsand Magistrales y 1643), répondit à VEikon Basilike par son Eikonoklastes (1650), et déclara que les vertus privées de Charles I" ne pouvaient aucunement excuser son despotisme, sa cruauté, ses nombreux parjures. La lutte fut désormais engagée dans toute l'Europe entre les apôtres de la République et les défenseurs du droit divin. A la Defensio Regia composée à la demande des Stuarts par le docte Saumaise, Milton opposa sa Defensio pro Populo Anglicano{i6D3), oh il exposa Fidéal politique des puritains dans des pages d'une austère et sombre éloquence. Si les exemples tirés de rUistoire et la con* ception judaïque de la vengeance sont tombés dans un juste oubli, la pensée maîtresse du livre est aujourd'hui devenue le commun patrimoine de tous les peuples libres : « L'existence d'un Etat dépend de la volonté de Dieu, mais le choix de ses formes organiques est remis entre les mains des hommes. Il y a plus d*élémenls divins chez un peuple qui dépose un monarque inique qu^ chez un roi qui opprime injustement son peuple. » Les immenses travaux auquels s*était livré Milton pour laver la République anglaise des injures et des calomnies de ses adversaires amenèrent sa complète cécité, mais en fidèle disciple de l'antiquité, il se consola de cette infortune par le sentiment du devoir accompli, « par la conscience, » écrivait-il à son ami Cyriac Skinner, « de les avoir perdus par des excès de fatigue pour la défense de cette liberté, ma noble tâche dont toute l'Europe a retenti... Il m'a échu pour mission, écrivait-il autre part, de répandre de ma patrie chez les autres peuples une plante plus généreuse que celle semée en Grèce par Triptolème, une libre et virile morale dans les villes, les empires, les nations. » — Avec la restauration des Stuarts, des calamités de tout genre fondirent sur l'ex-secrétaire d'Etat. La Defensio pro Populo Anglicano, qui avait été déjà trûlée sur les places publiques de Paris et de Toulouse, fut lacérée à Londres par la main du bourreau (16 juin 1660), et l'active intervention d'amis influents préserva seule d'une dure captivité l'auteur contre lequel avait été déjà lancé un mandat d'arrestation. Sa maison avait été détruite parle grand incendie de.Londres, sa fortune gravement altérée par les guerres . civiles. Milton se voyait donc condamné à vivre seul, pauvre, infirme, et à contempler la ruine des institutions qui lui étaient le plus chères. « Mon amour filial pour mon pays, » s'écria-t-il dans un accès de tristesse, « a fini par me laisser sans patrie ; je m'éveille et le jour ramène pour moi la nuit. » Ses filles aînées et sa troisième épouse, Elisabèth'MinshfuU, le repoussaient par leur sécheresse et leur froideur ; seule, sa dernière fille Deborah, par la lecture des poètes anciens et les accords de la harpe, apportait quelque adoucissement à ses maux (tableau de Munkacsy, exposition universelle de 1878). L'excès des souffrances matérielles coïncida toutefois chez Hilton avec le complet épanouissement de ses facultés poétiques, les scèaes du monde idéal se déroulèrent devant son esprit dans toute leur

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ma^fioence, et il put avec une légitime fierté se comparer an rossignol qui a besoin de la nuit pour ses plus harmonieux concerts. L'œuvre de sa vie entière, Tépopée en douze chants du Paradis perdu, fut définitivement achevée en 1665. Nous renvoyons pour son analyse détaillée au. chapitre que lui a consacré M. Taine, dans son ffistaire de la Littérature anglaise.Nous nous contenterons de rappeler les principales beautés de l'épopée qui occupe dans Thistoiredela Eéformation la même place que la Divine Comédie dans celle du moyen âge : conception grandiose de Tensemble, hymne du poète aveugle à la lumière» description du paradis et des premières amours d'Adam et d'Eve, apparition du Fils de Dieu à la tète des célestes cohortes, vol de Satan à travers les abîmes et magnificence rhétorique de ses discours. Le Paradis perdu, malgré ses qualités de premier ordre, trouva difficilement un éditeur, si bien que Milton reçut pour tout honoraire le chiff're de cinq livres sterling. Après sa mort, en 1680, ses droits d'auteur furent achetés, à sa \e\xye, pour la somme totale de huit livres, par le libraire Samuel Simmons. Il fallut attendre jusqu'au dix-huitième siècle pour que les An^ais^ sur le conseil d'Addison, célébrassent dans le poète puritain une de leurs gloires nationales. En Allemagne, Klopstock fut incité par la lecture du Paradis perdu à la composition de sa Messiade^ et Lessing, dans la lutte qu'il soutenait contre la littérature française, ne lui marchanda pas les témoignages de son admiration. Tout autre fut l'œuvre de la vieillesse de Milton, le Paradis reconquit ou la Victoire du Christ y après la Tentation sur le prince des ténttres : les dissertations théologiques, par leur surabondance et leur pédantisme, lui ont ravi toute chaleur comme toute grâce littéraires (1671). Le poète rassembla, une dernière fois, ses forces pour un drame, Samson Agonistes, artistiquement la plus parfaite de ses créations, et dont le manque de mouvement est compensé par des efi*usions lyriques d'un sublime désespoir (1671). Hsendel y puisa le thème de son admirable oratorio. Milton lui même mourut à Bunhill, près de Londres, le 8 novembre 1674 ; ses restes, après avoir été déposés dans l'église de Saint-Gilles, furent transportés, en 1737, dans l'abbaye de Wesminster. — Sources: Les œuvres poétiques de Milton ont été successivement éditées dans notre siècle par Hawkins (Londres, i824, 4 vol.), Mitford (1873, 2 vol.), Masson (1874, 2 vol.). 11 convient, en outre, de consulter les commentaires de Bentley, Newton, Peace, Th. Warton ; quant aux écrits en prose ils furent réunis d'abord par Fletcher (1833), et ensuite par Bohn (Standard Library, 5 vol., 1852). Parmi les biographies nous mentionnerons, d'après l'ordre des dates, le fameux pamphlet du docteur Johnson dans ses Vies des Poètes, le non moins célèbre essai de Macaulay {Revue d'Edimbourg, 1825), celui de Treitschke dans les Annales prussiennes (1860), les ouvrages de Keightley (1859), d'Edward Philipps (1694), de Hunter (1850), le Milton, patriote et poète, d'Edward Paxton Uood, le livre publié sous le môme titre par Maurice Carrière (1871), le Milton et son lemp*^ d'Alfred

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