MILTON — MINUCIUS
Stem (1876). Relativement à divers points spéciaux, on consultera svec fruit Ghanning, Milton envisagé comme unitatre ; Schmidt, Les Poèmes dramnliques de M'dton (1864) ; Liebert, Milton, études pour V histoire de V esprit anglais (1860). B. Strcehlin.
UNÈDBS, minores, nom dbnné à quatre ordres ecclésiastiques, qui sont: l'acolyte, Texorciste, le lecteur et le portier. On les appelle mineurs ou moindres, parce que leurs fonctions ne sont ni aussi élevées, ni aussi importantes que celles des ordres majeurs, et qu'ils ont été institués comme pour servir d'épreuve avant d'être admi& aux ordres sacrés ou majeurs, dont ils sont comme les degrés, selon les termes du concile de Trente (sess. XXIII, can. 2).
MHISURS (Frères), nom donné aux Cordeliers et aux Franciscains (voy. ces articles).
MINIMES, minimi fratres, ordre religieux institué par saint François dePaule, qui par humilité leur donna ce nom. Outre les trois vœux monastiques, les minimes en font un quatrième, celui d'observer un carême perpétuel, c'est-à-dire de s'abstenir de tous les aliments dont on ne se permettait pas autrefois l'usage en carême. Cet ordre fut confirmé par Sixte lY en 1474 et par Jules II en 1507. Les minimes de Niégeon, près deChaillot, étaient appelés Bons-Hommes, soit parce que Louis XI appelait 6on/iomme saint François de Paule, soit parce que les minimes furent d'abord établis au bois de Yincennes, dans un monastère de religieux de l'ordre de Grammont, que l'on nommait Bons- Hommes. Il y avait aussi des religieuses du même ordre, établies en 1492 en Espagne et dont quelques-unes passèrent en France, ainsi qu'un tiers-ordre de personnes séculières de l'un et de l'autre sexe qui suivaient une règle donnée par saint François de Pàule, mais n'étaient pas astreintes à la vie commune. Elle fut sanctionnée par Alexandre VI en 1502. — Voyez Louis Doni d'Attichy, ffist. gêner, de l'ordre des Minimes; Hélyot, Hist, des ordres monast., t. Vil ; Gaet. Moroni, Diction., XLV, p. 167 ss.
MINISTÈRE (Saint). Voyez Sacerdoce.
HmnCinS (FéUx), apologiste latin bien connu, florissait suivant les uns à la fin du second siècle et suivant les autres dont l'opinion nous semble préférable, au commencement du troisième. Probablement originaire d'Afrique, il occupait au barreau de Rome un rang distingué. Nous possédons son Octavius, dialogue de médiocre étendue entre le païen Gécilius Natalis et le chrétien Octavius Januarius qui réussit à convaincre son interlocuteur. On lui attribuait encore (peut-être d'après un passage du § 36 de YOctavius) un livre contre les astrologues intitulé De fato, mais où saint Jérôme ne reconnaissait pas son style (Hier., De viris ill., § 58). On ne sait rien de plus sur Minucius. Lactance {Div. inst., V, 1) regrette qu'il ne se soit pas entièrement consacré à la défense de la vérité. — L'Octavius nous a été conservé dans deux manuscrits dont le second [Bruxellensis) mérite à peine d'être mentionné, car il n'est, comme on Ta reconnu depuis longtemps, qu'une copie du premier. Celui-ci, le Pariêinus (en parchemin, du neuvième siècle, envoyé de Rome à
François I""), contient à la suite des sept livres d'Arnobe contre les nalionsnoive dialogue transcrit comme le huitième (oc/avuf) livre de cet auteur, par une méprise dont l'occasion fut due à son titre. Cette grave erreur ne fut pas remarquée par Faustus Sabseus de Bresciaqui, en imprimant le premier le contenu du manuscrit (Rome, 1543), crut n'imprimer que les œuvres d'Arnobe. Mais quelques années après, Adrian der Jonghe signala la confusion dans ses Animculvma, F. Baudouin, qui seinble être arrivé de son côté au même résultat, publia un peu plus tard (Heidelberg, 1560), avec une dissertatioa remarquable, la première édition de YOctaviits où cet ouvrage soit restitué à son auteur. — 1. Caractère de Vouvrage. Notre dialogue se rattache à la littérature africaine. Il faut le placer avec les œuvres de cette série d'avocats et de professeurs de rhétorique qui va sans s'interrompre de Tertullien à saint Augustin. En effet, outre les allusions à l'Afrique et les expressions africaines mêlées à l'élégance du langage, VOctaviits soutient avec Y Apologétique de Tertullien et avec le traité de Cyprien sur la vanité des .idoles des rapports qui ne peuvent souvent s'expliquer que par l'imitation (nous ne cherchons pas maintenant qui a été l'imitateur) ou même, pour le dernier de ces ouvrages, par une transcription pure et simple. Au point de vue du sujet, YOctavius se classe parmi les apologies qui ne s'adressaient plus au gouvernement, de qui on désespérait d'obtenir justice, mais à l'opinion publique. On peut aller plus loin et y voir une réponse à un discours que Fronton de Cirta (il s'agit probablement du précepteur de Marc Aurèle), avait composé contre les chrétiens. C'est Minucius qui nous fait connaître l'existence de cet écrit et il le mentionne à deux reprises, mais il n'est question dans ces deux endroits que d'un seul et môme point. On ignore donc jusqu'où s'étendaient les attaques de Fronton, et l'idée qu'elles sont reproduites dans le discours du païen Gécilius, si ingénieuse qu'elle soit, n'est qu'une conjecture. — Notre auteur s'adresse aux hommes que la culture et la distinction de l'esprit mettent au-dessus des passions sectaires et qu'il suffit d'éclairer. Il veut leur prouver que la religion chrétienne est victime d'accusations calomnieuses et qu'elle est aussi raisonnable que les systèmes philosophiques : il veut en même temps les convaincre de l'existence d'un Dieu unique. Là se borne son ambition, et c'est un des traits caractéristiques les plus curieux de son ouvrage. Il déblaie les abords du temple sans en ouvrir la porte. Ne cherchez pas chez lui une exposition du christianisme ; son silence sur tout ce qui concerne Jésus-Christ est saisissant, même après qu'on vient de lire les plus discrets des apologistes, qui parlent du moins du Verbe et citent les prophètes. On peut dire à sa décharge qu'il a voulu se conformer à l'ordre d'initiation des prosélytes auxquels on enseignait en premier lieu l'existence et l'unité de Dieu. A fallait en effet du temps et des soins pour faire pénétrer cette vérité primordiale dans des âmes presque corrompues par la vie et les superstitions païennes. Ce n'est pas sans raison que Pothin dit au gou* verneur de Lyon et Théophile à son ami Antholycus qu'ils connaî-
iront Diea quand ils en seront dignes. D'ailleurs Tignorance de Dieu en elle-môme était considérée comme punissable et sa connaissance comme salutaire {Oct. , § 35 et de nombreux passages des Pères). Minucias pouvait donc penser que son œuvre missionnaire, même arrêtée à ce point, était réelle et utile. Nous ne croyons pas qu'il ait été retenu par la discipline du secret, car (pour ne pas rappeler Justin, d'une période trop antérieure) elle n'a pas empêché Tertullien de développer magnifiquement dans son Apologétiqie la mission de Jésus- Christ, et d'y faire le tableau de la première partie du culte et celui des agapes. La réserve de Minucius est en très grande partie due à la crainte de choquer les beaux esprits auxquels il s'adresse et d'affaiblir l'impression que devait produire chez eux sa démonstration générale de la conformité du christianisme avec la raison. Pour ne pas les faire sourire il leur cache la folie de la croix, tout en laissant entrevoir la nécessité d'une instruction plus complète (§ 40). — C'est sans doute, le même souci de la prudence et du bon ton qui lui fait omettre certains points sur lesquels- Tertullien insiste avec énergie, la haine aveugle des païens pour les chrétiens, l'opinion qu'ils sont la cause des maux de l'empire, le reproche qu'on leur faisait de ne pas sacrifier aux empereurs et de ne pas faire des vœux pour eux, la discussion des lois injustemeqt dirigées contre les chrétiens. Cette omission, remarquée pour la première fois par Baudouin, est d'autant plus sensible qu'à l'exception de ces points trop délicats, la réfutation de Minucius est très complète et qu'il semble avoir voulu réunir les calomnies répandues contre.les chrétiens pour les mieux détruire. — Pour faire son œuvre de lumière et d'apaisement il laisse de côté la forme de l'attaque directe aux nations 'qu'emploient Tatien, Tertullien et Arnobe : il choisit celle du dialogue, moins personnelle, familière aux philosophes, illustrée par Platon et par Cicéron, renouvelée avec bonheur par l'auteur du Dialogue des orateurs et chez les chrétiens même par Justin. Il la met en œuvre avec art et tout d'abord avec une modestie exquise, puisqu'il ne parait que pour s'effacer devant les interlocuteurs et que, bien que choisi pour juge il fait en sorte de n'avoir pas à prononcer la sentence. Après avoir gagné le cœur par la peinture de son amitié et de ses regrets pour Octavius, il s'étudie à charmer l'esprit par la description si connue de la promenade à Ostie, où tant de détails heureux sont mis en relief avec la mignardise des époques de décadence; par des imitations d'auteurs classiques aussi ingénieuses que nombreuses, et fondues dans son style avec une habileté qui ne se dément même pas dans les passages émouvants où l'on croirait à première vue que la parole lui a jailli du fond de l'âme (§ 37) ; enfin par l'ordre des idées et le bonheur constant de transitions. — Nous ne croyons pas qu'il ait poussé l'art jusqu'à imaginer ses personnages; on sent dans son récit la vérité du souvenir; pourtant nous n'affirmerons pas qu'il ait donné leurs noms véritables.On a cru retrouver, soit en Afrique soit à Rome, dans la liste des membres d'un des conciles de Garthage tenus parCyprien, dans la vie de ce Père par Pontius, dans l'histoire d'Eusèbe (V, 28),
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Octavius Januarius et Gécilius Natalis; mais est-il vraisemblable que Minucius, qui écrivait pour être lu des païens, leur ait livré les noms de ses amis ? Le travail de Tart et celui de la prudence ont certainement altéré l'expression de ses souvenirs personnels, dans une proportion qu'il est difficile de déterminer. — 2. Analyse de l'ouvrage. Le païen Gécilius, chargé des fonctions d'accusateur du christianisme, dont il s'acquitte en conscience, est le type de ces croyants des temps troublés qui se défient de la raison et lui substituent l'autorité du témoignage sans s'apercevoir de leur inconséquence. D'après lui, l'immensité de l'univers écrase l'intelligence de l'homme, le désordre physique et moral rend l'existence d'un Dieu inconcevable, et cependant chaque peuple a sa religion. Les Romains les ont admises toutes : telle est même la cause de leur grandeur, car l'histoire nous montre que leur prospérité s'est accrue en raison de leur piété. Aujourd'hui encore la divination et les songes manifestent la protection céleste. Le mieux est donc de se résigner à ignorer la nature des dieux et de se reposer dans la soumission à la tradition. Puisqu'il en est ainsi, quoi de plus irritant que l'insolence des chrétiens, petites gens qui dogmatisent sur le majestueux ensemble de l'univers? Quoi de plus dangereux que leurs efforts pour détruire une religion si antique et si salutaire? Alors Gécilius les peint complotant dans la nuit, développant sur toute l'étendue de la terre leur affiliation mystérieuse; se reconnaissant à des signes particuliers ; s' aimant avant de se connaître; adorant une tête d'âne, les parties viriles de leur prêtre, et dans un criminel crucifié le symbole du châtiment qu'ils méritent. II continue en reproduisant avec des détails qu'on ne trouve pas ailleurs les calomnies populaires sur regorgement des enfants et le repas suivi de débauches incestueuses pour le récit duquel il s'appuie sur le témoignage de Fronton. Ge qui lui prouve que tout cela est vrai* c'est le mystère dont les chrétiens s'enveloppent. Il termine en se moquant de leur Dieu solitaire et invisible et cependant partout présent, qui court çà et là pour faire leurs affaires et qui n'est pas assez puissant pour les délivrer des supplices; en raillant leur croyance à l'incendie final de ce monde, à la résurrection, à l'élection, leur éloignement singulier pour les plaisirs des autres hommes. S'ils aiment tant la philosophie, qu'ils imitent celle de Socrate et de beaucoup d'autres qui ont cru Dieu chose si grande qu'ils n'ont jamais voulu se prononcer sur ce qu'il est. — Octavius se fait le défenseur de la raison dont, comme Justin, il unit la cause à celle du christianisme. Après avoir relevé les contradictions de Gécilius sur l'existence des dieux, il annonce qu'il le tirera des incertitudes qu'engendre l'ignorance, en recourant uniquement à la force de la vérité. Gécilius s'est étonné de voir des pauvres, dépourvus d'instruction, disputer des choses célestes; mais la raison a été donnée en partage à tous les hommes ; les philosophes et les inventeurs des arts sont sortis du peuple, tandis que les riches demeurent enchaînés aux biens de la terre. Tenu de rechercher sa nature et son origine, l'homme ne le peut qu'en étendant son examen à l'univers, car tout
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s'enchaîne; si bien qu'il est impossible de connaître Thumanité si Ton ignore la divinité. Ici Octavius développe la preuve de l'existence de Dieu par Tordre du monde, familière aux apologistes, et qu'il orne d'une multitude de réminiscences classiques. De l'unité de ce Dieu, prouvée par la Providence, il passe à sa nature, qu'il déclare infinie et incompréhensible à l'homme, en insistant sur ce point, conformément à l'esprit du temps. C'est ce vrai Dieu que le vulgaire reconnaît par les exclamations involontaires qui, dans certaines circonstances, jaillissent du fond de l'âme. Les poètes l'ont célébré; il a été proclamé par une longue succession de philosophes, dont Ténumération est couronnée par le nom de Platon que, comme Justin, Minucius met de beaucoup avant les autres, à la différence de TertuUien dont les préférences allaient au stoïcisme. Platon a eu de Dieu une idée plus claire que les autres et presque entièrement divine (§ 19). Ainsi, il faut ou que les chrétiens soient philosophes ou que les philosophes aient été chrétiens. D'où vient donc la croyance aux faux dieux? De l'amour des peuples pour leurs rois, dont ils ont divinisé la mémoire (c'est la thèse évhémériste de tous les apologistes). Ici abondent les détails curieux sur les difî'érentcs mythologies. On fait apprendre ces fables aux enfants, surtout dans Homère que Platon chassait avec raison de sa république. Octavius se moque des idoles dans des termes presque identiques à ceux de TcrtuUien dans son Apologétique. Mais les dieux ont donné l'empire aux Romains. S'agit-il des dieux des autres nations, lesquels n'ont pas su se protéger euxmôraes?ou des dieux du Latium, si obscurs et si mal famés? Avant les Romains, l'empire n'a-t-il pas été possédé par les Assyriens, les Mèdes, les Perses, et encore par les Grecs et les Egyptiens, lesquels n'avaient ni frères arvales, ni prêtres saliens, ni augures? Quant aux auspices, dont on veut que l'observation ait causé la prospérité de Rome, et la négligence ses malheurs ; sans s'arrêter aux exceptions à cette prétendue loi qui sont si nombreuses, les faits qui lui sont favorables s'expliquent par la fourberie, le hasard, et surtout l'action des démons qu'atteste le témoignage de Platon dans le Banquet. Ce sont eux qui, par haine pour les chrétiens qui les exorci* sent, poussent les païens à condamner ceux-ci sans les entendre. Comme tout le monde, Octavius a été autrefois possédé des démons; sous leur influence il croyait aux monstruosités dont on accuse les chrétiens; quand il en défendait dans un procès, il les faisait, par une compassion cruelle, mettre à la torture pour les forcer à renier leur foi, afin qu'ils fussent renvoyés ensuite comme innocents. Sans les démons, il eût au contraire obligé les chrétiens à confesser leurs prétendus crimes. Ce sont les démons qui ont propagé contre eux tant de calomnies. Ici, avec des développements qui ressemblent d'une manière frappante à ceux de Tertullien sur le même sujet, Octavius renvoie aux païens les accusations de culte monstrueux, de repas d'enfants, de débauches incestueuses. II leur oppose le tableau de la vie innocente et pure de ses frères. Il justifie, sans s*arr6ter longtemps à chaque grief, mais en les passant en revue avec
une abondance qui défie l'analyse, la conduite et la doctrine des chrétiens. On retrouvera presque tous les détails de cette partie très intéressante de son plaidoyer dans Justin et dans Tertullien. Je ne relèTerai que la réfutation du reproche de craindre la privation de sépulture et le passage imité de Senèque sur la constance des martyrs, parce qu'on y a vu une allusion à la persécution de Lyon en 177. Octavius termine en opposant au doute des philosophes vanté en dernier lieu par Gécilius la certitude du chrétien qui vit déjà dans le sein de Dieu et jouit d'avance de l'avenir. Il conclut par une parole de paix : la vraie religion a fait son apparition sur la terre ; il ne reste plus qu'à y adhérer et à s'en réjouir. Gécilius, comme on devait s'y attendre, se déclare vaincu ou plutôt rendu vainqueur par ce beau discours et ne laisse pas à Minucius le temps de prononcer la sentence. — 3. Date de Vouvrage et conclusion. On n'est pas d'accord sur la date de ce dialogue. Il ne contient aucun détail qui la fixe sûrement; à force de réserve etd'impersonnalité, il glisse pour ainsi dire entre les mains. Jusqu'à présent on le plaçait plus souvent dans la première moitié du troisième siècle, entre Tertullien et saint Cyprien. On aime mieux admettre aujourd'hui, en renouvelant l'opinion du savant ministre Blondel (Apologia pro sententia ffîeronymi, etc., 1646), qu'il fut composé à la fin du règne de Marc-Aurèle (Keim, Aube). Ce ne peut être comme une conséquence de l'opinion qu'il serait une réponse à l'écrit de Fronton, car le même raisonnement ferait d'Origène un contemporain de Celse. Les bonnes dispositions de Minucius pour les philosophes, et surtout pour Platon, lui donnent de l'affinité avec les apologistes du second siècle, mais l'injure inattendue qu'il fait à Socrate en le traitant de boufibn glorieux du témoignage d'un démon (§ 38), et la manière à peu près pareille dont il traite Platon dans un autre endroit (§ 34), sont tout à fait conformes à la réaction contre les philosophes qui eut lieu en Occident au commencement du troisième siècle à l'occasion du gnosticisme et en particulier à la façon dont Tertullien traite Socrate. On allègue les allusions aux persécutions comme un souvenir tout vibrant des scènes de Lyon. Mais outre que ce souvenir se concilierait mal avec la laborieuse préciosité de l'ouvrage qui fait supposer pour l'honneur de l'auteur une époque de tranquillité rela^ tive, le principal passage où il est question du martyre caractériserait plutôt une époque postérieure. En effet, ces moqueries et ces bravades du chrétien insultant à ses juges (§ 37) sont plus conformes à l'esprit du troisième siècle qu'à la sévère dignité des martyrs de Lyon. — Lactance et saint Jérôme, qui parlent plusieurs fois de Minucius, ne donnent à son sujet aucune indication chronologique, seulement le dernier, dans sonGatalogue, où il suit à peu près l'ordre des temps, semble le faire contemporain de Tertullien et d'Origène, après lesquels il le mentionne. Nous sommes d'autant moins porté à récuser son témoignage que YOctaviuSj si on le compare à V Apologétique de Tertullien, nous paraît devoir être considéré comme postérieur. En efi^et, en dehors du fond commun aux apologistes, il y a
dans V Apologétique et dans le plaidoyer d*Octavius, outre un air de famille pour la suite et le développement des arguments, une foule de traits particuliers, identiques de sens et souvent même de forme (voyez le passage sur les fleurs, § 38). Ce fait avait frappé les érudits du seizième et du dix-septième siècle, qui avaient presque tous vu dans Minucius l'imitateur de Tertullien. Il est en effet impossible, après avoir confronté les deux textes, de ne pas conclure que Tun s'est nécessairement inspiré de l'autre. Or, l'imitateur serait-il l'homme de génie, si varié, si fécond, si original, ou le lettré, j'allais dire le rhéteur, dont l'art met sans cesse en œuvre les plus beaux passages des auteurs classiques? N' est-il pas probable qu'il en a fait autant pour les auteurs chrétiens, et qu'il a pris, par exemple, à Tertullien (4p., 17), le cri de l'âme qui s'avoue chrétienne (§ 18), comme il a pris à Senèque les traits de sa peinture du courage des martyrs? Dans le passage commun aux deux écrits où il est question des enfants que les Carthaginois immolaient autrefois à Saturne, la précision des souvenirs locaux rappelés par Tertullien montre clairement son antériorité. On pourrait, s'étonner que Minucius ait jugé nécessaire, au commencement du troisième siècle, de réfuter les abominables calomnies contre les chrétiens : mais elles étaient alors dans toute leur vigueur à Carthage, puisque Tertullien s'y arrête si longtemps, et il n'y a aucune raison de croire qu'elles fussent dans le même temps dissipées à Rome. Nous pensons donc que VOctavius est postérieur à Y Apologétique, mais non de beaucoup, car la faveur que Minucius témoigne aux philosophes, malgré sa boutade contre Socrate, et plusieurs passages qui sont comme un écho de V Apologie de Justin, qu'il devait connaître, rappellent l'esprit du second siècle. Il ne faut pas d'ailleurs perdre de vue qu'écrivant pour des païens et conformément aux tendances particulières de son esprit, il voulait présenterla pensée chrétienne sous un jour favorable et non en laisser à la postérité une reproduction fidèle. Gomme il ne s'agit entre les deux opinions sur la date de son dialogue que d'une différence de vingt ou trente ans, peut-être pourrait-on les concilier ainsi que la diversité de ses jugements sur Socrate et Platon en supposant que Minucius, après avoir été témoin de la fin du second siècle, écrivit assez tard, au commencement du troisième, non seulement d'après des sources diverses, mais aussi d'après des souvenirs déjà lointains. — Sans caractère historique ou dogmatique bien déterminé, muet de parti pris sur la religion des chrétiens et sur tout un chapitre des accusations dirigées contre eux, ce petit ouvrage, qu'on appelle liber aureus^ est sans doute digne de sa réputation par sa belle ordonnance, les grâces de son style et l'impartialité avec laquelle il reproduit les objections païennes ; mais ce qui lui a valu de très bonne heure sa popularité, malgré ses lacunes, c'est le mérite qu'il a d'être court et clair. Déjà Lactance manque assez de goût pour le préférer à Tertullien, qu'il trouve fort obscur et qu'on laissait de côté pour cette raison. Au dix^septième siècle, Fr. Gronovius reprend pour son compte la même remarque. Il loue surtout Minucius de sa clarté et prétend
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que lorsqu'elle se voile, c'est TertuUien, son original, qu'il faut en accuser. Minucius est un TertuUien sans épines, mais d'une saveur affaiblie : on le lit et on le cite communément au lieu de V Apologétique, qui est incomparablement plus riche en renseignements. Nous lui rendons pleine justice, mais nous comprenons qu'il ait pu être avocat à Rome, même en temps de persécution ; il nous semble que répitaphe récemment retrouvée où il est question d'une jeune fille qui a vécu chrétienne avec les chrétiens et païenne avec les païens, lui serait merveilleusement applicable : nous ne nous étonnons pas que Lactance lui ait reproché de n'avoir traité le christianisme qu'en client de passage. — Bibliographie : Outre l'édition de Baudouin, nous citerons celle de Jacques Gronovius, Leyde, 1709; d'Orelli, Turici, 1836; de Garl Halm, Vienne, 1867. Voyez Meier, De iîinucio Pelice, Zurich, 1824; Keim, Cekuswahres Won, Zurich, 1873, in-S*»; Âubé, Histoire des persécutions de V Eglise, Paris, 1878, IL