‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 70 sur 157 · DOUEN · texte numérisé non relu

DOUEN

MONTLIIG (Jean de), évoque de Valence et de Die en 1553, né àCondom en Gascogne dans les premières années du seizième siècle, d'une branche de la famille d'Artagnan-Monte.squiou, fut, au témoignage de Thistorien de Thou, « le principal ministre de Catherine de Médicis dans toutes les affaires diplomatiques, » après avoir été employé par François I" à diverses négociations, particulièrement auprès de Soliman. Frère du maréchal Biaise de Montluc qui, sans Charles IX, ternit sa gloire de vaillant capitaine par sa cruauté envers les protestants et mérita le surnom de Boucher royaliste, il n'inspire pas de l'horreur comme son aîné, mais il ne saurait mériter toute notre estime, car il a publié un honteux libelle contre les victimes de la Saint- Barthélémy: Defensio pro illustr. Andiuin duce adversus calumnias quorumdam, 1573, in-8* ; trad. en franc, et inséré dans les Mémoires de Charles IX, La participation du duc d'Anjou à cet affreux carnage n'est que trop prouvée, surtout depuis la savante publication de M. Henri Bordier : La saint-Barthélémy et la critique moderne, Genève, 1879, in-4'*. Il montra d'abord quelque sympathie pour la Réforme ; dans ses prédications du moins et dans ses livres il en professait les doctrines sur plusieurs points importants ; il avait môme adopté pour prêcher le costume des prédicants. Mais le crédit dont il jouissait auprès de la reine mère et des Guises, montre assez que son opposition n*était pas dangereuse : il était avant tout courtisan, et il sut toujours subordonner sa foi religieuse à son ambition. Dès son élévation à Tépiscopat, il prit au sérieux les devoirs de sa charge. Il fit et envoya « au clei^é et peuple de Valence et Dye » Deux Instructions et deux Epistres, Avignon, 1557, in-S*", Paris, même année ; souvent réimpr. ; trad. en italien et en flamand. Les deux instructions traitent, la première des commandements de la loi, et la seconde de Tusage des sacrements. Les deux épîtres parlent, la première des processions

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générales ordonnées par le roi pour la paix (1555), la seconde, en latin, adressée plus spécialement aux curés du diocèse, les exhorte à la méditation et observation des commandements de Dieu. Dans son explication du premier commandement, Tévêque se montra assez hérétique au sujet des saints et des images ; il disait : a Garde-toi donc d'estimer, ni de recevoir autre Dieu que moi. Je suis seul Dieu, et ne veux recevoir compaignon. Je suis invisible, incorporel et ne peut mon essence estre figurée ne représentée par chose qui soit au ciel ni en la terre. » La Sorbonne trouva que ces passages, quoique tirés de la Bible, n'étaient pas produits « selon le sens du Saint-Esprit reçu par TËglise, » et que les protestants avaient coutume de s'en prévaloir contre les honneurs dûs aux saints, contre Tusage et la vénération des images, contre la sainteté des temples, et elle censura ces propositions. Elle trouva aussi à redire à la manière dont Tévêque parlait du sacrement de la cène, de la confession auriculaire, des prières des morts, etc. Mais il n'en continua pas moins ses essais de réformation. 11 publia, en 1558, en latin et en français, Cleri Valentii et Diensis reformalio reslUutioqxÂe ex sacris Patrum conciliis excerpia, Paris, in-8*, et Tannée suivante : Recueil des lieux de l'Ecriture servant à découvrir les fautes qu'on commet contre les dix commandeniens de la loi, Paris, in-S*" de 199 p., et la même année des Sermons sur certains points de la i^eligion, Paris, 1559, in-8°, 7:24 p. Cet ouvrage fui supprimé, la Sorbonne ayant trouvé que l'auteur enseignait la justification par la foi comme Luther. « Pour comparoistre devknt Dieu, disait l'évêque, Dieu qui est tout pur et net, toute droiture, toute justice, celuy^ qui est armé de la foy se dépouille de sa robbe et se retire à Jésus-Christ qui est son chef, qui le couvre de ses mérites, comme s'il l'environnoit de ses cheveux et de son manteau: le lave et nettoyé de son propre sang pour le présenter à Dieu son père, et avec ceste confiance, celuy qui de soy seroit vaincu, triomphe comme victorieux, etc. » La cour de Rome elle-même, à la poursuite du doyen de Valence, le déclara hérétique, mais sur l'appel de Montluc un arrêt du parlement de Paris intervint (14 octobre 1560), qui condamna le calomniateur à l'amende honorable. De nouveaux Sermons sur les articles de la Foy et l'Oraison dominicale^ Paris, 1561, pet. in-8° ; Lyon, même année, furent également censurés par la Sorbonne, le 17 février 1561, et ce jugement fut confirmé le 7 novembre 1562. Lors de l'Assemblée des notables (août 1560), il parla hardiment dans le sens de la tolérance et son avis prévalut : c'était quelques mois seulement après le supplice d'Anne du Bourg. Au colloque de Poissy, il prêcha aussi la modération. Dans une de ses harangues, il parla avec une grande vivacité, comme il l'avait fait à l'Assemblée des notables, contre les évêques « déclarant en toute liberté les abus et les remèdes qui luy sembloient être nécessaires. » Bientôt après il fut envoyé au concile de Trente, mais il eut la sagesse de ne pas aller plus loin que Pignerol ; il était si violemment soupçonné d'hérésie que c'aurait été se mettre imprudemment entre les mains de ses ennemis. En 1563, il fut compris dans le monitoire que le tri-

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bunal de Flnquisition fulmina contre Jeanne d*Albret et contre les prélats français dont la doctrine n'était pas strictement orthodoxe. Quand la guerre eut éclaté entre les deux partis, Montluc prodigua ses conseils à Catherine de Médicis. Il partit de Paris huit jours avant la Saint-Barthélémy, pour aller en Pologne faire donner la couronné au duc d'Anjou. Il réussit, mais en mentant, en trompant les Polonais, en noircissant les huguenots et en blanchissant la cour de France. S'il était mort avant cette date funèbre, il aurait emporté avec lui dans la tombe la réputation d'un évangélique du juste milieu, timide, mais sincère, et nous n'aurions pas à nous demander s'il a été honnête homme et croyant. A partir de cette époque, du reste, il ne trouva à la cour que des mortifications ; et peut-être montrat-il auprès de qui il avait puisé les inspirations de sa vie en se jetant avant de mourir dans les bras des jésuites (12 avril 1579). — Voy. J.-A. de Thou, Hist. universelle ; la Fr, prot. VII. Ch. Dardier.

MONTMORENGT (Louise de), fille de Guillaume de Montmorency et d'Anne Pot. De son mariage avec Ferry II de Mailly, baron de Gouty, naquirent, en 1508, 1509 et 1512, trois enfants, Jean, Louise et Madeleine de Mailly, Louise de Montmorency alliait à la distinction et à l'aménité de caractère une grande fermeté de principes ; et sa piété, ses vertus, la pureté de ses mœurs, lui concilièrent le respect et la sympathie de tous. — Devenue veuve, elle épousa, en secondes noces, le 1" décembre 1514, Gaspard I" de Coligny, connue dans l'histoire, sous la qualification du maréchal de Ghâtillon. De son union avec lui naquirent Pierre, Odet, Gaspard et François. Le maréchal étant mort en 1522, Louise de Montmorency rechercha, loin du bruit et des agitations de la cour, la retraite, afin de mieux veiller sur ses enfants et de seconder, à tous égards, leur développement. Elle donna pour précepteur aux trois plus jeunes, Nicolas Berauld. — La marche des événements provoqua, vers 1530, le retour de la maréchale de Ghâtillon à la cour, d'où elle s'était tenue éloignée, à dater de 1522. Le roi ne l'avait pas perdue de vue, dans la vie de retraite qu'elle menait habituellement à Châtillon-sur-Loing, et parfois au sein de sa famille, soit à Paris, dans l'hôtel de Montmorency, soit à Chantilly. Ausçi, lorsque par suite du traité de Cambrai, François I*' devint l'époux d'Eléonore d'Autriche et qu'il voulut donner pour dame d'honneur à cette princesse une femme doublement recommandable par ses vertus et par l'élévation de son rang, adressa-t-il à la maréchale de Ghâtillon un confiant appel. Marguerite de Valois applaudit vivement au choix fait par son frère. Les hautes qualités de la maréchale l'avaient depuis longtemps rendue particulièrement chère à la duchesse d'Alençon, devenue depuis reine de Navarre. La correspondance de la sœur de François P' atteste les affectueuses relations qui s'étaient établies entre elle et la femme distinguée dont elle se disait volontiers « la bonne cousine et parfaite amie. » La considération générale, qui déjà avait entouré Louise de Montmorency à la cour de Louis XII et d'Anne de Bretagne, alors qu'elle était attachée, comme dame d'honneur, à la personne de cette

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