‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 1 sur 170 · APR · texte numérisé non relu

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IRÈNE, impératrice de Constantinople, née à Athènes vers 752, morte dans l'île de Lesbos en 803. Elle épousa en 769 Léon, héritier <le la pourpre et fils de Constantin Copronyme, qui lui témoigna beaucoup de tendresse jusqu'au jour où il découvrit chez elle deux images saintes qu'elle avait conservées : crime irrémissible à cette cour iconoclaste. Il aurait même pris à son égard des résolutions plus rigoureuses, s'il n'était mort peu de temps après (780), laissant un fils âgé de dix ans, Constantin IV, Porphyrogénète. Chargée du gouvernement pendant la minorité de son fils, Irène l'exerça avec une habileté remarquable, mais avec une énergie qui ne recula pas devant le crime. Elle rétablit dans tout l'empire le culte des images, ayant convoqué en 786 un concile à Constantinople. Elle rassembla Tannée suivante àNicée un nouveau concile (septième général), qui rétablit le culte des images, déclara faux et hérétique le concile tenu sous Constantin Copronyme, frappa d'anathème les prélats iconoclastes et donna au jeune empereur le titre de nouveau Constantin et à Irène celui de nouvelle Hélène. Pour conserver le trône, elle avait fait crever les yeux à son fils Constantin, qui échappait à sa tutelle, puis aux quatre fils de Constantin Copronyme qui conspiraient contre •elle, et dont trois avaient eu précédemment la langue arrachée. Les intrigues de ses favoris, Stauratius et Aétius, avaient déjà ébranlé son pouvoir, lorsqu'elle fut renversée par son grand logothète (trésorier), Nicéphore, qui la relégua dans l'île des Lesbos (802), où elle vécut encore pendant quelques mois, obligée de filer pour vivre. Malgré son crime, les Grecs, ne se rappelant que la protection accordée au culte des images, Font placée au nombre des saintes.

IRËNÉK, évoque de Lyon vers la fin du second siècle, est un des Pères de l'Eglise les plus universellement vantés. Catholiques et protestants font appel à son témoignage, les uns pour prouver que l'institution de l'épiscopat et la primauté de l'évoque de Rome remontent jusqu'aux apôtres, les autres pour justifier leurs vues sur le canon du Nouveau Testament, et tous ensemble pour démontrer que le dogme de leur Eglise est aussi celui de l'Eglise primitive. C'est dire que les écrits d'Irénée touchent à la plupart des questions controver-

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sées et qu*auclin parti de la chrétienté n'est fondé à le revendiquer exclusivemQnt. Irénée en effet marque la limite entre deux âges de rhistoire de TEglise ; d'une part il résume dans sa doctrine le développement normal de la pensée chrétienne dans Tépoque précédente, ce qui le recommande à la faveur des protestants, de Tautre il pose le principe que son développement ultérieur, pour être légitime, doit se conformer à la tradition et ils devient de la sorte une des plus hautes autorités du catholicisme. — On ne connaît ni Tannée ni le lieu de la n<iissance d'Irénée. Il est certain seulement qu'il fut grec d'origine et d'éducation et qu'il passa sa première jeunesse à Smyrne où il fut disciple de Polycarpe. Dans son âge mûr nous le trouvons à Lyon. Il y était presbytre au moment de la grande persécution de Tan 177 et fut porteur en cette qualité d'une lettre que les confesseurs de cette ville écrivirent à Ëleuthérus, évêque de Rome. Les termes élogieux dans lesquels il y est recommandé aux chrétiens de la capitale prouvent la haute considération dont il jouissait à Lyon. Revenu dans la'^Gaule il fut élevé au siège épiscopalde cette ville en remplacement de Photin qui venait de subir le martyre (178). Qomihe évêque, si Ton peut ajouter foi à des traditions beaucoup plus récentes, il réussit par ses prédications à amener au christianisme la plus grande partie des habitants de Lyon, et il acquit une influence prépondérante dans toutes les Eglises de la Gaule. Ce qui est sûr, c'est qu'il intervint dans le différend qui survint entre l'Eglise de Rome et les communautés de l'Asie au sujet de la célébration de la fête de Pâques, et que son opinion fut d'un grand poids pour préserver la paix de l'Eglise gravement compromise par la prétention de Tévôque Victor à imposer à la chrétienté entière la coutume qui avait prévalu à Rome. Gomme son prédécesseur il fut martyr en 202 pendant la persécution ordonnée par Septime Sévère. — Le principal ouvrage dlrénée fut composé vers 190. Ecrit en grec sous le titre : 'EX«yxou xal àvarpoiniç ttjÇ <I/£u8o>voulou YvoWewç piêXia ircvre, il est par\enu jusqu'à nous dans une ancienne traduction latine d'un style barbare, mais d'autant plus précieuse qu'elle est plus littérale. Quelques parties du texte grec ont été conservées par les hérésiologues du quatrième et du cinquième siècles, Epiphanius et Théodoret. L'évêque de Lyon est en outre l'auteur d'une lettre à Florinus, qui avait été avec lui disciple de Polycarpe et plus tard avait embrassé des opinions gnostiques (Eusèbe, Hist. eccL, V, 20), d'une lettre à Victor, évêque de Rome à l'occasion des controverses sur la fôte de Pâques (Eusèbe, V, 2i), d'un traité intitulé ««pi o^ifffiLonroç contre un certain Blastus sur le même sujet, de discours sur la foi (icepl irwTwoç Xrfyoi) adressés à un diacre de Vienne (Maximus,II, p. 152). Tous ces écrits et peut-être d'autres encore sont perdus. Le peu de fragments qui en restent ont été publiés par les éditeurs de l'ouvrage contre les hérésies, parmi lesquels nous citons Ern. Grabe (Lond., 1702), le bénédictin René Massuet (Par., 1712) et surtout M. Ad. Stieren (Leipz., 1853,2 vol. in-8»). Ce dernier donne le texte le mieux révisé et a eu soin de réimprimer aussi les études de ses prédécesseurs sur la vie, les écrits e tla doctrine d'Iré-

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née, parmi lesquelles celles de Massuet tiennent le rang le plus distingué. — Le volumineux traité contre les gnostiques renferme dans un premier livre Texposition de leurs doctrines, notamment des systèmes de Yalentin et de ses disciples qui avaient trouvé un nombre considérable d* adhérents dans les contrées voisines du Rhône. La réfutation est contenue dans les quatre livres suivants. Les gnostiques n'avaient pas l'intention de combattre le christianisme ; ils le présentent au contraire comme la vérité complète et définitive révélée, selon les uns, après des ébauches imparfaites de la science ; selon les autres, pour remplacer des religions absolument erronées. Mais la méthode qu'ils suivaient pour prouver cette thèse les mettait en contradiction avec les croyances de l'Eglise non moins que l'idée philosophique dont ils font le point de départ de leurs théories. Celleci était le dualisme, l'opposition absolue entre l'infini et le fini, entre Tesprit et la matière. Sur ce fondement emprunté à la philosophie païenne ils élevaient des systèmes où l'histoire du monde et des religions était l'histoire de Dieu même. La substance divine, à les entendre, à la suite d'une série de dégradations s'oblitérait dans la matière, pour se retrouver enfin dans Jésus, et Jésus est le sauveur, parce qu'il dégage les éléments spirituels enfermés dans le monde matériel. Jrénée a deviné avec un sûr instinct l'incompatibilité de la foi chrétienne avec ce panthéisme à base dualiste qui transforme les progrès de la pensée humaine en autant de phases dans révolution de la substance divine, et il met en pleine lumière que les gnostiques, au lieu de démontrer comme ils le pensent la vérité du christianisme, en détruisent en réalité les dogmes fondamentaux, la monarchie divine, la rédemption et les espérances des chrétiens. Ainsi, ditril, en rapportant, comme le dualisme l'exige, la création du monde à un être inférieur au Dieu suprême et séparé de lui par une série d'émanations toujours moins parfaites, ils ne font que ressusciter le polythéisme et la mythologie païenne sans résoudre les difficultés qu'ils cherchent à éviter, et sans sauvegarder l'absoluité deDieu. Les imperfections du monde, le mal physique et moral,^en effet, pour être l'œuvre d'un éon subalterne n'en dérivent pas moins du Dieu suprême, et celui-ci n'est pas l'absolu, si en dehors de sa substance il y a une matière rebelle à son action. Les principes gnostiques conduisent ensaite à nier la rédemption. Si Jésus n'a pas eu un corps matériel comme le nôtre, mais seulement l'apparence d'un corps humain (et tous les gnostiques sont docètes à quelque degré), alors étranger à rhumanité il n'en peut être le sauveur, et tous les faits sur lesquels la chrétienté fonde sa rédemption ne sont plus que des mythes. En partageant le genre humain en natures chamelles, psychiques et spirituelles et en limitant l'action de Jésus à ces dernières qui sont seules capables d'entrer dans la communion du Dieu suprême, les gnostiques détruisent du même coup et la liberté de l'homme et l'uni* Tersalité du salut. En niant enfin la résurrection des corps, ils suppri^ ment une bonne partie de l'espérance des chrétiens. — Irénée, comme on le voit par ces exemples, dans la critique qu'il fait des systèmes

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gnostîques, signale moins leurs contradictions internes, qu'il ne fait ressortir leur caractère incompatible avec la conscience chrétienne. Ils sont faux et condamnables à ses yeux parce qu'ils heurtent toutes les idées reçues ; aussi aux écarts de la spéculation individuelle, Irénée opposa la foi de l'Eglise catholique. Mais cette foi où se trouvé-telle énoncée catégoriquement et quels en sont les témoins attitrés? L'Ecriture, œuvre des prophètes et des apôtres inspirés de Dieu, la renferme sans doute, et quand il s'agit de prendre la défense de l'Ancien Testament contre les attaques de Marcion, l'évêque de Lyon déclare que le môme Dieu a fondé les deux alliances, et qu'il a révélé graduellement la vérité religieuse en dispensant à ses organes, depuis les patriarches jusqu'aux apôtres, avec une mesure croissante de son esprit, la connaissance de plus en plus complète de sa personne et de sa volonté. Mais l'Ecriture n'était qu'un fondement vacillant pour y asseoir le dogme. Les partis les plus divers invoquaient son témoignage et,rinterprétant allégoriquement chacun à sa guise, la faisaient parler en faveur de leurs doctrines. Le sentiment était général que les discussions théologiques ne pouvaient pas se vider sur le terrain de l'exégèse, qu'en outre du code révélé il fallait encore être en possession de son interprétation authentique. Irénée, qui partage cette manière de voir de ses contemporains, corrige comme il suit les défectuosités de l'argumentation scripturaire. Les apôtres, auteurs du Nouveau Testament, dit-il, ont confié la tradition sur le sens véritable de leurs écrits, aux évoques leurs successeurs, munis d'un don spécial, du charisme de la vérité, pour conserver intact le précieux dépôt. C'est donc aux Eglises notoirement fondées par les apôtres et à leurs évêques qu'il faut recourir pour connaître la vérité chrétienne, en particulier à celle de Rome où Pierre et Paul ont enseigné. Le système catholique tout entier est impliqué dans cette thèse et Irénée passe à bon droit pour un de ses promoteurs les plus éminents. La tradition doctrinale des apôtres, où la foi commune des Eglises est résumée dans la règle de foi (xavwvrîjç éîkyfiétaç ou ^«'(rTcw;). Elle comprend (Ir., I, 10, 1) la croyance à un seul Dieu tout-puissant créateur du monde, à un seul Christ, le fils de Dieu incarné pour le salut de rhumanité,Jésus, né d'une vierge,mort pour nos péchés, ressuscité et monté au ciel dans un corps de chair (^v<yapxo;) et devant revenir sur la terre pour ressusciter et juger tous les hommes, enfin à l'esprit saint qui par les prophètes a annoncé toute l'économie du salut. Tout enseignement qui concorde avec cette foi est chrétien, toute doctrine contraire en quelque point est intolérable dans l'Eglise. — La règle de foi d'Irénée, bien que posant des bornes à la spéculation individuelle, est encore assez large pour ne pas entraver l'essor de la pensée. Irénée lui-môme, que généralement on se plaît à représenter comme un penseur médiocre, plus préoccupé de trouver le juste ihilieu entre les opinions extrêmes que de pénétrer au fond des questions dogmatiques, se meut avec une grande liberté dans le cercle tracé par la règle de foi, et il se distingue assez de ses coritèrapoYains pour permettre de reconnaître l'originalité de ses*

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conceptîoas. Il n'expose, il esl vrai, nulle part dans son ensemble le système théologique qu'il a élevé sur la base de la règle de foi, et nous n'essayerons pas de le reconstruire, en en rassemblant les pièces éparses dans sa polémique contre les gnostiques. Il suftira d'esquisser quelques-unes de ses pensées pour montrer la vigueur philosophique de son esprit. La christologie d'Irénée mérite à ce point de vue une mention particulière. L'homme, dit-il, est créé àTimage et à la ressemblance de Dieu, Le premier Adam ne possédait que rimage, la puissance de ressembler à Dieu. La virtualité est devenue une réalité dans Jésus, le second Adam. La manifestation de Dieu, qui n'était qu'indiquée dans Adam, s'achève en lui et l'idée de l'homme, ébauchée seulement dans Adam, arrive en sa personne à son expression adéquate à la pensée divine. Entre Adam et Jésus il n'y a que la différence de l'idée à la réalité. Il s'ensuit que les deux natures en Jésus ne sont pas juxtaposées seulement, elles se sollicitent au contraire mutuellement et l'une est le complément de l'autre: la nature divine aspire à se réaliser dans la nature humaine, la nature humaine aspire à arriver à son développement définitif en s'assimilant la nature divine ; l'union à laquelle elles tendent Tune et l'autre est prévue et voulue par Dieu de toute éternité. On voit que pour Irénée le point essentiel de la christologie était l'union de la divinité avec l'humanité ; on comprend qu'il n'avait nul intérêt à la personnalité du Logos et au mode de son origine, à accentuer sa position entre les monarchiens et les subordinatiens, et l'on peut regretter que l'Eglise, au lieu de suivre la voie qu'il lui avait tracée, se soit engagée dans d'interminables débats sur la différence et les rapports des hypostases divines et la manière dont s'est effectuée l'union des deux natures en Jésus-Christ pour aboutir finalement à l'impasse du Symbolum Quicumque. La doctrine d'Irénée sur la rédemption présente un caractère trop juridique pour trouver des imitateurs, mais elle se recommande à l'attention par son originalité. La mort de Jésus y joue le rôle essentiel ; mais cette- mort n'est pas comme dans le dogme orthodoxe une satisfaction donnée à Dieu pour les péchés de l'humanité; elle est au contraire l'effet d'une méprise du diable par suite de laquelle celui-ci se voit légitimement privé de ses droits sur le genre humain. En induisant Adam à désobéir à son créateur, le diable avait acquis sur lui et ses descendants pécheurs comme lui un pouvoir souverain, dont la mort physique est le signe et la sanction. Mais ce droit il ne l'exerce que sur les pécheurs. Il outrepassait ses pouvoirs en faisant mourir le saint sans reconnaître en lui le Logos incarné. Jésus, vainqueur du diable par son obéissance à la volonté divine, s'est acquis en retour le droit d'arracher à son empire l'humanité qu'il détenait captive. On voit aussitôt la connexion de ce dogme avec celui de la double nature du Christ. Le Fils de Dieu seul était capable d'une sainteté parfaite ; mais pour que cette sainteté profitât au genre humain, il fallait qu'il fût homme. Le diable perd son empire sur l'humanité, parce que dans le Fils de

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rhomme il n'a pas reconnu le Fils de Dieu. La façon juridique de concevoir la rédemption se maintint depuis Irénée, à la différence près qu'aux deux puissances se disputant l'empire sur l'humanité, on substitua plus tard les deux attributs divins de la justice et de l'amour, ce dernier ne pouvant se manifester qu'autant que la justice était satisfaite. Nous terminons par un mot sur l'eschatologie. De môme qu'lrénée ne voit pas dans la création du monde une œuvre indigne du Dieu suprême, nr dans la matière une substance impénétrable à son esprit, il laisse subsister aussi l'élément matériel dans le monde futur. Jésus entre muni de son corps dans la communion de son Père, et comme lui les fidèles ressuscitent corporellement pour entrer dans la gloire éternelle. La substance du monde et de l'homme persiste, la figure seule change et revêt l'impérissabilité. Comme le verbe premier-né de Dieu est descendu dans la créature et la remplit, la créature à son tour remplie du verbe et faisant un seul corps avec lui s'élèvera jusqu'à lui par delà les anges et ne portera plus seulement l'image de Dieu, mais sera transfigurée à sa ressemblance. On peut trouver que l'évèque de Lyon attache une importance excessive à la persistance des corps ; il. suffit pour l'excuser de dire que l'antiquité en général concevait la personnalité seulement comme circonscrite dans un espace déterminé. L'essentiel est encore ici la ressemblance parfaite avec Dieu, destination de l'homme depuis la création, préfigurée dans le verbe incamé, s'accomplissant par son esprit, et consommée dans l'éternité. — La théologie d'Irénée a été de notre temps exposée, soit dans ses détails soit dans son ensemble, par Baur, Geschichie der Lehre von der Versœhnung^ et Geschichte der Trinitœtslehre; Dorner, Enlwicklwigs Geschichie der Lehre von der Persan Christi ; Denker, Dit Christologie desirenxus im Zusammenhang mit dessen theolog. u, anlhrop. Grundlehren, 1843 ; Bœhringer, Die christliche Kirche und ihre Zeugen^ !•' vol.; Ziegler, Irenxus der Bischofvon Lyon^ 1871. Malgré la valeur incontestable de ces travaux, elle mériterait une étude nouvelle, qui mît mieux en relief l'idée mère du système et la cohésion de toutes ses parties. A. Kayskr.

ïïtÉNÉE, évoque de Tyr, vivait au cinquième siècle. En 431 il représenta Théodose II au concile d'Ephèse et embrassa le parti des nestoriens ; puis, se rendant à Constantinople, il essaya de s'emparer de l'esprit de l'empereur; mais ce prince se prononça contre les nestoriens et bannit Irénée de la cour. L'an 444, ce dernier fut nommé évèque par les prélats orientaux qui partageaient ses opinions ; mais un décret impérial le déposa de l'épiscopat, et le priva du caractère ecclésiastique (448). Dans sa retraite, Irénée écrivit une histoire de la controverse nestorienne intitulée : Tragœdia, seu com^ mentarii de rébus in synode Ephesix ac in Oriente gesiis; il n'en reste que des fragments qui ont paru sous ce titre : Variorum Patrum Epistolx ad conciliwn Ephestum pertinentes^ Louvain, 1682. — Voyez Mansi, Sacr, concil. nova et amplissima coÛeclio, V, 417-731 ; Tillemont, Mémoires, XIV.

XBiSnQUE ou EROTIQUE. On appelle de ce nom une science qui a

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pour but de compléter la Polémique dont elle est pour ainsi dire la -contre-partie. Tandis que la polémique s'applique à découvrir les erreurs de chaque système ou de chaque Eglise, en les ramenante leur principe fondamental, Firénique, au contraire, prend pour tâche de rechercher les éléments communs de vérité que renferment des systèmes opposés ou dès Eglises rivales, afin de les déterminer à se rapprocher, à s'unir par le ouvowfjioç t^ç elpTqvr,ç dont parle l'apôtre saint Paul (Eph. IV, 3). L'irénique, comme science, se distingue des essais ou tentatives pratiques d'union, qu'elle est destinée à préparer, à éclairer, à féconder. Ce qui, en effet, à diverses époques, a discrédité les tentatives de rapprochement soit entre l'Eglise catholique et l'Eglise grecque, soit entre l'Eglise catholique romaine et les Eglises protestantes, soit entre les diverses branches du protestantisme lui-môme, c'est l'absence de principes ou de règles nettement déterminées qui auraient dû y présider. Sans parler des essais d'union ou de fusion qui cachaient un dessein déloyal, comme certains projets préconisés par les jésuites, on n^ peut que s'applaudir d'avoir vu échouer les tentatives de pacification qui ne s'inspiraient que d'une pensée politique (centralisation administrative ou despotisme gouvernemental) ou celles qui émanaient d'individus ou de groupes d'individus, qui n'ayant qu'une idée vague ou incomplète des divergences de doctrine, d'organisation, de pratiques religieuses qui séparent les diverses Eglises, risquaient de sacrifier la vérité à la charité, le devoir de la fidélité au désir de la paix. Les services que l'irénique, comme science, est appelée à rendre ressortent suffisamment des Considérations qui précèdent. On comprend aussi que cette science, de date toute récente, a pour mission principale de combattre l'esprit d'étroitesse dogmatique et d'intolérance ecclésiastique, et qu'elle reconnaît comme ses représentants ou du moins ses précurseurs les théologiens qui étaient animés du véritable esprit de largeur chrétienne, tels que Mélanchthon, Hugo Grotius, George Calixte, Spener, Leibnitz, Schleiermacher, Sam. Vincent, etc. — Sources : Duraeus, Irenicorum traclatawn Prodromus^ Amstelod., 1662; Kœcker, Bibliotheca iheologix irenicœ, léna, 1764; Winer, Handb. der theoL LUeralur, 1838, 1, p. 356 ss. ; Stark, TheoUuls Gaslmahl, 1828; Bœhme, CkrisiL Henoiihon, Halle, 1827; D. v, Gœlln, Idten ûb.den innern Zusammenhang von Glaubenseinigung u, Glaubensreinigung in deremng, Kirche, Leipz., 1823; L. Schmid, Der Geistdes Kalholicismus od. Grundlegung der chrislL Irenik, 1848 ; J. P. Lange, Christl. Dogmatih, Heidelb., 1852, t. IH ; J. Miiller, Dieevang, Union, Bresl., 1854 ; Schenkel, Unionsberuf des evang. ProiesL, Heidelb., 1855; Martensen, Katholic, u. Protestant., Giitersloh, 1874; Danz, dans VEncycl. d'Ersch et Gruber, II, 23 ss.; Pelt, dans la Real-Encykl^ de Herzog, VII, 60 ss., ainsi que l'article Union. . F. Lichtenberger.

IRLANDE (Histoire religieuse). L'histoire religieuse de l'Irlande se divise assez naturellement en cinq périodes. La première va des origines à l'invasion anglo-normande ; la seconde se termine à la Réformation; la troisième conduit jusqu'à l'avènement de la dynastie

d*Orange et est remplie par la persécution violente ; la quatrièmeest répoque de la persécution légale et des lois pénales ; la cinquième enfin est Fère de la réparation, et elle dure encore. — I (430-1169). L'Irlande n'avait pas subi le joug de fer de l'empire romain. Le génie celtique avait pu s'y développer librement, et « il y avait créé, dit M. de Montalembert, une langue, une poésie, un culte, un enseignement, une hiérarchie sociale, en un mot une civilisation égale et môme supérieure à celle de la plupart des autres peuples païens» {Moines d'Occ.^ t. III, p. 80). Les premiers - missionnaires de la foi chrétienne y furent Albe, Declan, Iber et Kirian, dont la tradition n'a guère fait que conserver les noms. Palladius, envoyé par le pape Gélcstin, arriva dans la troisième année du règne de^ Léogaire {Lae-ra), Ilfonda trois églises, mais dut s'enfuir devant les mauvaises dispositions des insulaires. Ce fut Patrick (387-465) qui fut le véritable apôtre des Irlandais. Il avait étudié dans les monastères de Marmoutier et de Lérins et avait accompagné Germain d'Auxerre dans sa mission en Grande-Bretagne. Une captivité de six ans en Irlande l'avait familiarisé avec la langue et les mœurs du peuple. Envoyé par Célestin pour renouveler la tentative avortée de Palladius, il partit accompagné de vingt auxiliaires, qui s'élevèrent à trente-deux en traversant l'Angleterre. Ils faillirent être massacrés en débarquant. Patrick ne se laissa pas décourager. Il convertit le chef du district d'Ulster avec sa famille et, l'année suivante, Léogaire, le principal roi de l'île. La supériorité morale et intellectuelle du missionnaire breton et de ses compagnons frappa vivement les indigènes qui se laissèrent baptiser sans trop de résistance. Des monastères et des églises furent fondés en grand nombre ; la plus célèbre de ces fondations fut Armagh, où accoururent de loin de nombreux étudiants. Patrick fut législateur en môme temps que missionnaire, et sa participation au Sanchus Mor, ce recueil des vieilles lois celtiques que l'on a republié de nos jours (1865) paraît incontestable. La Confession de saint Patrick (publiée pour la première fois par sir James Ware, Lond., 1656, réimp. dans Gallandii BibL Patr,, vol. X, et dans la Patrologia de Migne, vol. LUI, p. 802), est un écrit de sa vieillesse, souvent obscur et emphatique, mais d'une authenticité généralement admise. Cet écrit est très évangélique et se tait sur la suprématie du siège de Rome et sur les doctrines spécialement romaines. Brigitte, qui est demeurée la patronne de l'Irlande comme Patrick en est le patron, propagea comme lui l'institution monastique. Ce germe planté par eux fut fécond. Nulle contrée n'eut autant de monastères que l'Irlande ; quelques-uns, comme Bangor et Clonfert, renfermaient plus de trois mille cénobites. C'étaient de vrais clans organisés sous une forme religieuse. C'étaient en même temps des foyers de vie studieuse, où accouraient des élèves de la Grande-Bretagne et du continent. On y cultivait, outre les lettres anciennes, la musique, la calligraphie et l'art de la miniature. Là se formait aussi toute une armée de missionnaires qui se répandirent dans toute l'Europe. Columba fonde le célèbre mo-

naslère dlona, d'où la lumière et la vie se répandent sur FOccident. Aidan, Finan, Colman évangélisent la Grande-Bretagne. Golomban parcourt la Gaule, y fonde Luxeuil, et va finir sa vie en Lombardie, dans le couvent de Bobbio qu'il a aussi fondé. Argobast s'en va prêcher l'Evangile en Alsace, Hillaire et Gall en Helvétie, Kilian en Thuringe. Au huitième siècle, un Irlandais, Sedulius, est évoque en Espagne, et un autre, Ferghal ou Vergelius, occupe le siège de Salzbourg. Il ne faudrait pas toutefois prendre trop à la lettre ce surnom d'île des saints que porte l'Irlande d'alors. Les mœurs du peuple n'avaient pas cessé d'être rudes et sauvages, et les clans guerroyaient entre eux avec un acharnement et des cruautés dignes de l'époque païenne. L'organisation ecclésiastique était à peine ébauchée. Il y avait des prêtres et des évêques, mais non des paroisses et des diocèses. L'harmonie entre les chefs et les évoques était souvent troublée, et ces rivalités aboutirent plus d'une fois au pillage des églises et au bannissement des évêques. Il y eut également des luttes fort vives entre le clergé irlandais et les prêtres bretons. L'Eglise d'Irlande défendait avec un soin jaloux ses coutumes et son autonomie contre ses voisins et contre le siège de Rome. Son illustre missionnaire Golomban revendiquait avec énergie contre les évêques des Gaules et d'Italie, et contre le pape lui-même, la liberté chrétienne de ses compatriotes sur la question de la Pâque et sur d'autres points importants, et ce Celte mettait une franchise pleine de rudesse dans les admonestations qu'il adressait aux prélats latins. Rome supportait impatiemment de telles résistances. Elle essaya d'intéresser à sa cause les envahisseurs danois. Le premier légat romain en Irlande fut l'évoque danois Gilbert, de Limerick (1106). En 1151, le pape envoie le pallium et le titre d'archevêques aux évêques d'Armagh, de Cashel, de Dublin et de Tuam. L'année suivante, le synode de Kells, sous la direction de l'évêque Papiron, reconnaît formellement la suprématie de Rome. Ce fut sans doute pour se mieux assurer de la fidélité de rirlande que le pape Adrien IV, Anglais lui-môme d'origine (Nicolas Breakspeare) la livra aux Anglais, alors fervents catholiques. La bulle adressée, en 1156, au roi d'Angleterre Henri 11, montre avec quelle facilité le saint-siège croyait pouvoir disposer des royaumes de la terre. Il y est dit que toutes les îles lui ont été données de Dieu pour en disposer à son gré {Hiberniam el omnes insulas^ quibus SoljusUiix Chrislus Uluxity (idjusbeati Petriet sacrosanclx Ecclesùe non est dubiumpertinere). Adrien IV, usant de ce prétendu droit, donne en toute propriété l'Irlande au roi d'Angleterre, à condition que le denier de saint Pierre soit régulièrement versé dans le trésor pontifical (De singulis ejus domibus annuûm ejus denarii beato Petro solvere pensionnem) (Mathieu Paris, Graniec^romçuf, 1. 1). — II (1169-1535). La première invasion des Anglo-Normands sur le sol de l'Irlande remonte à 1169. La conquête, qui mit quatre siècles à s'achever, fut favorisée par l'état de morcellement de la contrée, divisée en une foule de petits Etats rivaux. Elle eut aussi, dès l'origine, le concours des prélats irlandais qui, obéissant aux ordres de Rome, reconnurent les droits du roi

d'Angleterre. En 1172, le concile de Cashel plaça FEglise d'Irlande sous la suprématie du primat d'Angleterre et modifia dans un sens romain les particularités de son culte. En H73, Henri II écrit au pape Alexandre III : « Le royaume d'Angleterre est sous ta juridiction; et, quant au droit féodal, je ne relève que de toi seul. » Le pape récompensa l'obséquiosité du roi en confirmant la donation faite par son prédécesseur. « L'Angleterre, dit fort justement Wordsworth, fit de la papauté son instrument pour subjuguer l'Irlande, et, par une rétribution méritée, l'Irlande a servi d'instrument à la papauté contre l'Angleterre. » Les évoques ralliés mirent les foudres ecclésiastiques au service de leur nouvelle foi politique, mais ils rencontrèrent une vive résistance chez les populations et au sein du bas clergé. Deux documents peuvent donner quelque idée de la situation faite au clergé indigène par la conquête. L'un est la Remonstrance ofihe IrUh Chieflains adressée en 1318 au pape Jean XXII ; les chefs irlandais s'y plaignent des outrages auxquels le clergé national est en butte de la part des envahisseurs étrangers, qui emprisonnent et bannissent les prêtres qui leur résistent. L'autre document est le Statut de Kilkenny, œuvre du parlement irlandais de 1367. Ily «st ordonné qu'aucun Irlandais ne sera admis à exercer tie fonctions ecclésiastiques parmi les populations d'origine anglaise établies en Irlande. A cette interdiction s'en joignirent d'autres aussi impolitiques que tyranniques. Il fut interdit aux Anglais de contracter mariage avec des Irlandais, de parler leur langue, de se vêtir comme eux, de les admettre dans les emplois publics, etc. Une pareille politique était faite pour exaspérer les vaincus et les maintenir en état de perpétuelle hostilité. Aussi, quatre siècles après l'invasion, la conquête restait précaire et contestée. Il y avait une colonie anglaise en Irlande, mais des provinces entières conservaient leur autonomie. — III (1535-1688). L'Angleterre, devenue protestante, acheva la conquête matérielle de rirltinde, mais se rendit impossible la conquête morale d'un peuple qui se refusa à la suivre dans son évolution religieuse. L'opposition qui s'établit alors entre la religion des conquérants et celle du peuple conquis éleva une nouvelle barrière entre les deux races. Il arriva même, par un étrange renversement des rôles, que, tandis que l'Angleterre, jusqu'alors aveuglément soumise au siège pontifical, rompait avec lui, l'Irlande, longtemps indépendante et novatrice dans sa foi, devenait la nation la plus catholique de l'Europe. En essayant de l'entraîner après elle dans les voies de la Réforme, l'Angleterre agissait encore plus par intérêt politique que par zèle religieux. L'Irlande allait en effet devenir « le point de mire de tous les pays catholiques qui voulaient renverser le protestantisme en Angleterre ; elle allait être l'espoir de la cour de Rome et le centre où aboutissaient toutes les intrigues des papes, de* l'Espagne et de la France » [Llrlande^ par G. de Beaumont, 1. 1, p. 48). Henri VIII put croire un moment que ses innovations seraient acceptées aussi facilement en Irlande qu'en Angleterre. Le parlement sanctionna avec une servilité absolue l'Acte de suprématie qui faisait passer du pape au roi l'autorité reli-

IRLANDE il

gieuse ; il interdit Tappel à Rome et supprima la plupart des monas* tères. Le haut clergé, dès longtemps formé à Tobéissance, consentit à tout ce qu'on lui demanda ; Tarchevèque de Dublin trouva dans les pères de l'Eglise des arguments pour justifier son évolution. Le bas clergé ne se soumit pas aussi facilement que ses chefs. Il se mit à la tête d'une résistance qui s*appuyait sur le réveil de Tesprit national. L'Irlande repoussait la Réforme, dès la première heure, parce qu'elle s'offrait à elle avec le patronage jsuspect de l'Angleterre. Une tenta* tive de soulèvement, dirigée par O'Neill, fut écrasée par lord Grey, et les chefs firent leur soumission. Sous le règne d'Edouard YI la plupart des évèques adoptèrent la liturgie en langue anglaise ; l'archevêque d'Armagh fut chassédeson siège pour avoir résisté. Le règne de Marie ramena naturellement au catholicisme la plupart de ceux qui l'avaient abandonné. Avec Elisabeth se consomma la conquête définitive de l'Irlande, pour laquelle elle dépensa quatre-vingt-six millions de francs. Uil synode d'évêques irlandais fit acte d'adhésion à la Réforme, et tous prêtèrent le serment de suprématie,à l'exception des évêques deMeath et de Kildare, dont la résistance entraîna la révocation. Les vastes domaines de l'Eglise romaine, les édifices consacrés à son culte, les dîmes qu'elle prélevait, furent en grande partie attribués à la nouvelle Eglise, qui fut surtout à l'origine un instrument de gouvernement. Le secrétaire du gouvernement irlandais en 1544, Waterhouse, comprenait si bien ainsi le rôle de l'Eglise établie, qu'il demandait à Elisabeth de conférer les évêchés vacants à des soldats expérimentés, « n'y ayant ni signe de religion ni place pour la justice jusqu'à ce que le sabre ait ouvert le chemin à la loi. » La masse de la nation se refusa plus que jamais à suivre ses chefs, et l'Eglise catholique se réorganisa en dehors de la tutelle du pouvoir civil. Sous Elisabeth d'ailleurs, il n'y eut pas de persécution violente ; on se borna à interdire la célébration du culte catholique. Ce fut sous Jacques I***, fils de la catholique Marie Stuart, que la persécution prit un caractère de violence. La protestantisation de l'Irlande paraissait toujours plus au gouvernement anglais une nécessité politique absolue, mais tous les efforts faits dans ce but devaient échouer contre l'obstination d'un peuple qui faisait de sa religion le dernier boulevard de sa nationalité. Le vice-roi dépeignait à Jacques l'état du pays en lui disant que l'atmosphère et le sol même étaient infectés de papisme. Avec les dispositions respectives des partis en présence, la lutte devenait inévitable. Trois princes irlandais, Tyrone, Tyrconnell et Dogerthy, levèrent l'étendard de la révolte. Jacques châtia cette révolte en confisquant les six comtés du Nord oii elle avait pris naissance, et en en distribuant les terres à des colons anglais et écossais. C'est ce qu'on appela la plantation de VUlster. Le roi justifiait par l'intérêt religieux cette expropriation en masse de toute une population : « Attendu, disait-il, que la province d'Ulster, dans notre royaume d'Irlande, s'est grandement écartée, pendant ces dernières années, de la vraie religion du Christ et de sa divine grâce pour s'abandonner aux superstitions, et que, par suite, elle a été accablée et dévastée par des luttes intestines et par les

armées étrangères; nous sentant plein de compassion pour le misérable état où cette province a été réduite par la superstition, la rébellion, la calamité et la pauvreté qui y ont fait d'horribles ravages, nous avons estimé que c'était une œuvre digne d'un prince chrétien et de notre royal office de ramener cette province à la religion, à Tobéissance et à la prospérité. » Ce furent surtout les Ecossais presbytériens qui vinrent occuper les terres confisquées, et c'est de cette époque que date l'établissement d'une forte colonie presbytérienne dans le Nord. Les expropriations se continuèrent sous Charles I*', qui ne songea à ménager les Irlandais que lorsque sa situation devint désespérée en Angleterre ; il fit alors avec les insurgés d'Irlande un traité secret dont la découverte acheva de le perdre. Dès octobre 1641, l'Irlande avait essayé de profiter des querelles du roi et du parlement pour secouer le joug anglais. Une insurrection formidable avait éclaté ; trente mille insurgés s'étaient jetés sur les colons anglais , qu'ils massacrèrent sans pitié : « On voyait , dit Leland, des prêtres irlandais encourager le carnage. Les femmes, oubliant la retenue de leur sexe, accablaient les Anglais de leur exécration, et plongeaient leurs mains dans le sang. Les enfants euxmêmes essayaient le fer contre la poitrine de malheureux sans défense. » En peu de temps douze mille protestants, d'après l'évaluation la plus faible, cent mille, selon l'évaluation la plus forte, périrent égorgés. Les représailles furent terribles. Mais ce fut surtout quand la tête de Charles I*^ fut tombée, et que l'Irlande eut pris parti pour Charles II contre la République, que celle-ci, libre enfin de ses mouvements, entreprit de vaincre et d'anéantir d'un coup le catholicisme et la réaction royaliste. L'armée anglaise, commandée par Cromwell, porta partout avec elle le carnage et l'incendie. L'Irlande terrorisée déposa les armes. Alors recommencèrent les expropriations et les transportations en masse. Dans l'impossibilité d'exiler d'Irlande tous les Irlandais, on voulut parquer les catholiques dans une province spéciale , le Connaught. Toutes ces injustices et toutes ces cruautés ne servirent qu'à démontrer l'impuissance de la violence à dompter les âmes ; les catholiques vaincus demeuraient plus attachés que jamais à leur culte, et ils étaient encore dans la proportion de huit contre un protestant. La restauration des Stuarts n'améliora pas sensiblement la condition des catholiques irlandais. On accorda à l'Irlande la réunion de son parlement, mais on en exclut les catholiques en exigeant des membres le serment de suprématie; la Chambre des lords alla même jusqu'à décider que chacun de ses membres devrait recevoir la communion, selon le rite anglican, des mains de l'archevêque d'Armagh. Charles II, qui essayait de favoriser les catholiques anglais, ne fit rien pour ceux d'Irlande et prit môme sa part de leurs dépouilles. Il ne leur restait, à la chute des Btuarts, qu'un onzième du sol du pays, et encore cette faible portion du domaine national était concentrée aux mains de quelques familles nobles. — lY (1688-177G). Avec l'avènement de la maison d'Orange cesse pour le catholicisme irlandais la persécution violente et commence

la persécution légale. C'est Tépoque des fameuses lois pénales^ décrétées par le parlement asservi dlrlande et mises en vigueur par FAngleterre. Le culte catholique est toléré, les prêtres ne sont plus bannis, mais une législation draconienne gène Texercice public du culte et rend presque impossible le recrutement du clergé. Le sol de rirlande est interdit, non seulement aux ordres monastiques, mais même aux évêques. Ceux qui auraient tenté de revenir étaient passibles de la peine de mort. Les prêtres séculiers admis à séjourner dans le pays étaient placés sous une stricte surveillance, tenus de payer caution et de ne pas s'éloigner de leur comté. Défense leur était faite de porter un costume particulier. Leurs églises ne devaient avoir ni cloches ni clochers. Une pension allant de vingt à quarante livres sterling récompensait le prêtre qui abjurait sa foi. Un catholique ne pouvait être instituteur sans encourir la peine du bannissement. Les parents, qui ne pouvaient pas faire instruire leurs enfants par des maîtres ayant leur conflance, n'avaient pas même le droit de les envoyer à Tétranger. Les catholiques étaient exclus de tous les emplois publics : armée, marine, magistrature, administration; ils n'étaient ni éligibles ni électeurs. La plupart des professions libérales leur étaient fermées. Ils pouvaient prendre à bail des terres, mais non en acheter. Les restrictions et les entraves qui les attendaient dans les carrières industrielles et commerciales équivalaient à une prohibition. La loi ne respectait pas même la famille ; elle interdisait les mariages mixtes, donnait des tuteurs protestants aux orphelins catholiques et favorisait abusivement, dans le partage des biens paternels, Théritier qui avait renoncé au catholicisme. Telles étaient ces lois pénales dont Edmond Burke disait que « c'était le plus habile et le plus puissant instrument d'oppression qui ait jamais été inventé par le génie pervers de l'homme pour ruiner, avilir, dépraver une nation, et corrompre en elle jusqu'aux sources les plus inaltérables de la nature humaine. » Il est certain que le caractère extrême de cette législation en rendait impossible l'application constante et uniforme ; en même temps que les passions religieuses se refroidirent, un grand nombre de restrictions tyranniques tombèrent en désuétude. La persécution fut d'ailleurs aussi impuissante sous sa forme légale que sous sa forme violente : l'Irlande se refusait à changer de culte. Il y avait, vers le milieu du siècle dernier, outre les chapelles particulières, huit cent quatre-vingtrdouze lieux de culte publics appartenant au catholicisme. Quant à l'Eglise anglicane, elle fut, pendant cette longue et sombre période, une institution encore plus politique que religieuse. Elle n'avait de force que celle qu'elle puisait dans sa situation privilégiée , et c'était cette force même qui la rendait irrémédiablement faible. Plus on la comblait de bienfaits et plus on la discréditait. On lui imputait à crime, comme si elle les eût commis elle-même, les abus de la force . et de la légalité qui étaient commis en sa faveur. Elle ne faisait rien d'ailleurs pour se faire pardonner les immenses privilèges dont elle jouissait. Ses ministres,' entretenus au moyen des dîmes et des rede-

vanccs levées sur les catholiques comme sur les protestants, étaient souvent des hommes sans piété, adonnés à une vie de plaisir et incapables de relever le niveau moral du pays. Les presb3rtériens du Nord, envahis par Tarianisme etTindifférence, étaient également incapables d'accomplir une mission de relèvement religieux. Cette mission échut à Wesley et à ses disciples qui, dès 1746, commencèrent en Irlande une œuvre d*évang6Usation qui fit connaître à ce malheureux pays une forme du protestantisme dégagée de toute compromission politique. Le méthodisme remporta des succès nombreux, tant parmi les catholiques que parmi les protestants. Il compta toute une succession d'intrépides évangélistes, Walsh, Averill, Ouseley, pour n'en nommer que quelques-uns. Son influence s'étendit sur l'Eglise établie elle-même, dans laquelle se produisit un commencement de réveil. — V (1776-1879). L'Irlande avait dormi près d'un siècle, sous le dur régime des lois pénales. Elle se réveilla au bruit des revendications énergiques des colonies américaines, dont le retentissemnet arrivait jusqu'à elle à travers l'Atlantique, et elle se souvint qu'elle avait, elle aussi, de justes griefs. Les Anglais, rendus sages par la perte de leurs colonies, accordèrent une première satisfaction à l'Irlande en adoucissant les lois pénales. Mais le branle était donné aux esprits^ et de nouvelles réclamations amenèrent de nouvelles concessions Le parlement irlandais éleva la voix ; les volontaires réunis en armes demandèrent des réformes. Les protestants irlandais étaient à la tête du mouvement ; les presbytériens surtout, en qui se réveillaient de vieux instincts républicains, se remuaient. L'écho retentissant delà révolution française de 1789 vint achever d'enflammer les âmes. L'Angleterre, en présence de ce flot montant qui la menaçait, abolit en 1793 les derniers restes des lois pénales. Mais elle profita peu après du mouvement de réaction que produisaient les excès révolutionnaires de la France pour dissoudre les corps de volontaires et occuper militairement le pays. L'insurrection de 1798 amena de terribles répressions. L'Angleterre victorieuse châtia une révolte toute politique par une mesure politique; par l'Acte d'union (1800) elle abolit le parlement irlandais, qui n'avait été qu'un instrument de tyrannie, et décida que l'Irlande enverrait désormais ses représentants siéger au Pariement commun du royaume. Après l'insurrection avortée de 1803, l'ordre se rétablit. Mais bientôt s'élèvent les voix de plus en plus nombreuses de patriotes qui demandent l'émancipation parlementaire des catholiques. Ces revendications donnent naissance à l'Association catholique, qui a pour chef et organe Daniel O'Gonnell, dont l'audace n'est égalée que par la sagesse. L'Angleterre s' obstinant à refuser l'émancipation, le comité de Clara tente de forcer les portes du parlement britannique en nommant O'Gonnell, bien que sa qualité de catholique le rendît inéligible. Le 13 avril 1829 enfin, est voté le bill qui ouvre le parlement aux catholiques. — On était entré dans la voie des grandes réformes et des réparations équitables, et la conscience publique exigeait qu'on allât jusqu'au bout. En 1833, le gouvernement fonda un système d'éducation populaire qui réunissait

sur les mêmes bancs, dans des écoles dites nationales, les enfants de toutes les communions. Dans ces écoles des maîtres communs enseignent les connaissances générales, tandis que renseignement religieux est réservé aux ministres de chaque culte. A la tète de Finstitution est placé un comité composé en nombre égal de catholiques et de protestants. Lé système a bien fonctionné à Torigine, grâce surtout à la présence simultanée à Dublin d'un évèque anglican et d'un évêque catholique également éclairés et tolérants. Depuis lors Tinstitution a été attaquée des deux côtés ; le clergé anglican l'a combattue par la fondation de la Clyurch Education Society, qui ne lui a pas fait une concurrence sérieuse; et, d'un autre côté, le docteur GuUen et la partie la plus remuante du clergé catholique ont dirigé contre les écoles nationales leurs plus virulentes attaques, sous prétexte que les évoques seuls ont reçu de Jésus-<]lhrist la mission d'enseigner. — La question de la dîme ecclésiastique appelait aussi une réforme. Les catholiques irlandais opposaient une résistance de plus en plus vive à cet impôt injuste qu'on exigeait d'eux pour faire vivre une Eglise rivale. Le parlement dut à diverses reprises voter de larges crédits pour suppléer au déficit créé par ces résistances dans les revenus ecclésiastiques. Il adopta , en 1833 , le Church Beform Actj qui supprimait deux sièges archiépiscopaux et huit sièges épiscopaux, abolissait les non-rur«f (paroisses sans paroissiens), réduisait de 25 pour cent les dîmes et les mettait à la charge du propriétaire foncier. — Malgré les atténuations apportées à ses privilèges, l'Eglise établie demeurait debout comme le témoin et le complice de la tentative avortée de faire violence à la conscience d*un peuple. Il fallait que sa situation privilégiée cessât, pour que la réconciliation pût être complète entre l'Angleterre et l'Irlande. Un homme d'Etat libéral, M. Gladstone, le comprit et voua son talent à faire réussir la cause du disestablishment de l'Eglise d'Irlande. Cette Eglise comptait 12 évoques, 622 vicaires et 1,510 ministres, avec un revenu net de 11,191,750 fr., pour une population qui ne s'élevait pas à 700,000 âmes, soit 12 pour cent de la population totale de l'ile. Les ressources de l'Eglise établie'provenaient du revenu de ses terres, du produit de la dime et d'un certain nombre de rentes. Les évoques étaient pairs d'Irlande et, depuis l'Acte d'union, quatre d'entr'eux siégeaient tour à tour à la Chambre des Lords. La situation privilégiée du clergé anglican contrastait avec la situation plus que modeste du clergé catholique soutenu par l'obole de ses fidèles ; c*était, pour employer la comparaison de M. Lowe, Lazare à côté du riche, avec cette différence que le Lazare irlandais n'avait pas même les miettes qui tombaient de la table du riche. L'Etat anglais bornait ses faveurs envers les catholiques irlandais à l'octroi de la liberté religieuse qu'ils avaient conquise de haute lutte et à un subside annuel de 750,000 fr., que Pitt avait cru de bonne politique d'accorder au séminaire de Maynooth, afin d'empêcher les aspirants à la prêtrise d'aller faire leurs études en France. Malgré cette situation d'infériorité, le clergé avait trouvé dans le dévouement des fidèles des

ressources assez considérables pour fonder une université catholique et plusieurs collèges, saijs parler de fondations pieuses et charitables qui s'élevaient au chiffre de 437 millions et demi de fr. depuis le commencement du siècle. Nous ne pouvons raconter ici les luttes parlementaires auxquelles a donné lieu la question du disestablishment dans les sessions de 1868 et 1869 ; elles comptent parmi les plus belles qui aient passionné TAngleterre moderne. Après fle longs débats , la cause de la justice l'emporta sur les résistances deTesprit de routine. Le bill de M. Gladstone fut voté à une grande majorité dans les deux Chambres, et, le 4®' janvier 1871, TEglise épiscopale d'Irlande cessa d'être une Eglise d'Etat. Cette révolution pacifique, rendue plus facile par des mesures transitoires qui tinrent compte de tous les droits acquis, a été salutaire pour l'Eglise protestante épiscopale d'Irlande. Cette Eglise avait largement participé au réveil religieux de ce siècle et compté plusieurs hommes de valeur comme prédicateurs ou comme écrivains ; sa propagande avait porté des fruits , surtout depuis la fondation en 1849 de sa société de Missions. Toutefois il lui manquait ce stimulant que donnent aux associations comme aux individus la liberté d'action et la nécessité de se suffire par leurs seuls efl'orts. Afi*ranchie désormais de la tutelle de l'Etat, cette Eglise s'est réorganisée sur des bases libérales. Elle s^est donné des synodes généraux et diocésains, où les laïques délibèrent avec les pasteurs. Les uns et les autres prennent part, dans les synodes, à l'élection des évoques. Les traitements des dignitaires ecclésiastiques ont été considérablement réduits, et ceux de beaucoup de ministres ont été élevés. Le Prayer-Book a été remanié dans un sens protestant. L'Eglise, qui se mourait dans les bras de l'Etat, a repris vie et force depuis qu'elle est libre. Ses pasteurs ont plus de zèle depuis qu'ils ne sont plus fonctionnaires, et ses laïques sont plus généreux et plus dévoués depuis qu'ils ont une part dans l'administration de l'Eglise. — Le protestantisme irlandais en général ne manque ni de vie ni d'activité. En 1806, il fondait la Société Biblique {Hibernian Bible Society) ; eii 1809 la Société des Ecoles du Dimanche. D'autres fondations religieuses et charitables se sont multipliées depuis lors. L'Eglise presbytérienne a vu se produire une scission dans son sein. Elle institua, en 1828, une commission pour s'assurer de la foi évangélique des candidats au ministère. Cette mesure amena une scission dès l'année suivante. L'élément unitaire, qui s'était formé au sein de l'Eglise, en sortit et forma le Synode remo7nrant de VUlsler^ qui comptait, en 1871, 140 congrégations et 9,373 membres. Le synode général de l'Eglise presbytérienne a rendu obligatoire depuis lors l'adhésion explicite à la confession de Westminster. Les méthodistes se sont fortifiés, pendant ces dernières années, en faisant cesser des schismes peu justifiés qui s'étaient produits parmi eux. — Le nombre des catholiques romains qui était en 1834 de 6,427,712, était tombé en 1871 à 4,141 ,933, par suite de l'émigration qui a suivi là terrible famine de 1846-1847. Les protestants ont moins souffert, eX\ tandis qu'ils étaient en 1834 ' danis la proportion de 1 contré 4 catholiques, il sont actuellement i

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