‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 123 sur 170 · LA BEAUMELLE · texte numérisé non relu

LA BEAUMELLE

journal de Neuchâiel. Après un séjour de dix-huit mois en Suisse, il fut appelé comme précepteur â Copenhague, où Ton ne tarda pas à créer pour lui une chaire de littérature française. Il fit paraître, en- 1750, un ouvrage dans lequel il réclamait la liberté de conscience pour ses coreligionnaires restés en France, et se rendit ensuite à la cour de Frédéric II, qui s'honorait d'attirer les plus grands écrivains du temps. Pour louer le roi, de Prusse de donner à Voltaire une pension de sept mille écus, il avait écrit, peu auparavant, dans un livret qui eut un grand succès. Mes pensées ou le qu'en dira-i-on : « Il y a eu de plus grands poètes que Voltaire, il n'y en eut jamais de si bien récompensé. » Cette phrase malencontreuse, qui lui attira la plus redoutable des inimitiés, fut le malheur de sa vie. Outré de voir un jeune homme le traiter d'égal à égal. Voltaire ne recula ni devant le mensonge, ni devant les plus atroces calomnies pour se venger de La Beaumelle, qu'il poursuivit jusqu'au tombeau, après l'avoir contraint à quitter Berlin en 1752. De son côté, La Beaumelle releva* les nombreuses erreurs commises par son adversaire dans Le Siècle de Louis XI V. Toutefois il ne poussa pas cette critique au delà du premier volume : les deux autres furent annotés par le chevalier de Mainvilliers. ce qui n'empêcha pas Voltaire de dénoncer La Beaumelle à la police du Régent, à l'occasion d'une annotation du troisième volume, dans laquelle le Régent lui-même était attaqué ; si bien qu'en arrivant à Paris, La Beaumelle fut conduit à la Bastille, d'où il ne sortit, au bout de six mois, qu'à la sollicitation de Montesquieu, qui estimait sa Défense de l'Esprit des lois. Il publia ensuite des Lettres, peu exactes, de if"' deMaintenon, que Voltaire l'accusa indignement d'avoir volées à Racine fils, puis des Mémoires de M''* de Maintenon^ qui lui valurent un nouveau séjour de plus d'un an à la Bastille, et un ordre d'exil en Languedoc. Dix jours avant le suicide de Marc-Antoine Calas, il eut affaire au fameux capitoul de Toulouse, David de Beaudrigue, lequel n'ayant pu obtenir une condamnation contre lui, le fit désarmer en plein jour, comme n'étant pas noble et n'ayant pas le droit de porter l'épée. Malgré cet affront, qui était en même temps une menace, La Beaumelle prit courageusement, et avant Voltaire, la défense des Calas, et réfuta, sous le titre de La Calomnie confondue (pièce abrégée et complétée tout à la fois, par Paul Rabaut), l'abominable accusation, répandue contre les protestants, d'égorger leurs enfants pour les empêcher d'embrasser le catholicisme. Il adressa aussi au duc de Saint-Florentin un placet réclamant la mise en liberté des demoiselles Calas, et épousa, en 1764, la sœur du jeune La Vaïsse, si malheureusement engagé dans le procès de ses amis. Le même Voltaire qui déploya contre l'intolérance une si noble ardeur, et dont le véritable triomphe fut la réhabilitation de Calas, ne rougit pas de tenter peu après de faire périr La Beaumelle par le gibet. En 1766, non seulement il remplit le pays de Foix de libelles diffamatoires dirigés contre lui ; mais, profitant de ce que l'exilé avait publié, en 1763, à l'occasion de YEmile de J.-J. Rousseau, un Préservatif contre le déisme, sous le

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