‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 131 sur 170 · DOUEN · texte numérisé non relu

DOUEN

LA CHATRE (Claude, baron de), maréchal de France, né en 1536,. mort le 18 décembre 1614, âgé de soixante-dix-huit ans. Elevé parmi les pages du connétable Anne de Montmorency, il combattait dans les rangs catholiques à la bataille de Dreux (1562), et fit, en 1567, les fonctions de colonel-général de l'infanterie pendant .la campagne de Piémont. Nommé gouverneur du Berry vers le milieu de L'année 1569,. il attaqua aussitôt plusieurs villes occupées par les protestants. Chateauneuf, Linières, Menetou, Baugy tombèrent en sa possession. De retour à Bourges, il eut à déjouer un complot des calvinistes qui tentèrent de s'emparer de la ville, et leur fit une vingtaine de prisonniers, que les prêtres voulaient mettre à mort comm^ rebelles. Rien ne l'y put faire consentir, pas même une lettre de Charles IX, auquel il répondit : « Si vous voulez, Sire, que mes prisonniers meurent, la voie de la justice est la plus propre, sans récompenser mes services ni souiller ma réputation d'une tache qui me serait toujours reprochable. » La Châtre ne fut pas toujours aussi généreux. N*ayant pu s'emparer de Sancerre en 1569, il en recommença le siège en 1572,

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et le transforma en blocus après plusieurs assauts infructueux. Les habitants ne capitulèrent qu'au bout de dix-huit mois après avoir supporté les horreurs d'une famine dont les détails, rapportés par le pasteur Jean de Léry, font frémir. Le maréchal prit parti pour la Ligue contre Henri 111 et Henri IV, et ne se soumit, en 4594, avec Bourges et Orléans où il commandait, qu'après avoir obtenu, outre la conservation de son grade et celle de son gouvernement du Berry, une dotation de neuf cent mille francs. Après sa soumission, plutôt que d'accorder un cimetière aux Orléanais protestants, il les obligeait à transporter leurs morts à Jargeau, qui est à cinq lieues d'Orléans. En i610, il commanda l'armée envoyée au siège de Jùliers par la régente Marie de Médicis. Il était très brave, mais médiocre général. On a de lui un grand nombre d'écrits sur les faits de guerre dont il fut le témoin. — Voir Brantôme, Vies des capitaines fr.\ Jean de Léry, Relation du siège de Sancerre ; Bullet. de /'/iw(. du prot. fr., IV, 28; XI, 139 ; Chenu, Antiquités de Bourges ; La Thaumassière, Hist, du Berry; Raynal, Hist. du Beiry; Bernot de Charrant, Abrégé hist. du prieuré.,, de La Charité, Bourges, 1709, in-8°. 0. Douen.

LACHIS[Lâkisch; Aa/tç, Aa^^iç, Aaycwa], ville royale cananéenne (Jos. X, 3; cf. Josèphe, Antiq.,9^9, 3), dansia plaine de la Judée, que Josué conquit et qu'il rattacha plus tard à la tribu de Juda (Jos. XV, 39). Le roi Roboam la fortifia pour la préserver des attaques des Philistins (2 Chron. XI, 9). Elle fut successivement conquise par Sennachérib (2 Rois XIV, 19 ss ; XVIII, 14 ; Es. XXXVI, 2 ; XXXVII, 8), et par Nabuchodonosor (Es. XXXIV, 7). Nous la retrouvons après l'exil (Néh. XI, 30). Michée (I, 13) nous dit que c'est de Lachis que l'idolâtrie (le culte de Baal ou le culte Israélite des taureaux?) se répandit parmi les rois Juifs à Jérusalem.

LACHMANN (Charles), célèbre philologue, né à Brunswick en 1793, mort à Berlin en 1851, professa à l'université de Kœnigsberg, puisa celle de Berlin (1816), et s'occupa principalement de la revision et dfr la reconstruction des textes. Parmi les nombreuses éditions d' Œuvres anciennes et modernes, nous citerons celles de Lucrèce, de Properce, de Luther, de Lessing, Y Iliade d'Homère, le poème des Niebelungeny les Chants de Walther von der Vogelweide. Dans le domaine des sciences religieuses, Lachmann est surtout connu par son éditioa stéréotype du Nouveau Testament grec {N. T. grssc, ex. rec, C. Lachnianni, éd. stercot., Berol., 4831, avec les variantes du textus receptus comme appendice ; N. 7. gr. et lat. C, L recensuit Ph. Butlmannus grxcx lectiunis auctoritates apposuiij Berol., 1842; 2' éd., 1850, 2 vol.; cf. Siud, u. Krit., 1830, H. 4, p. 817-845). Abandonnant lidée de retrouver le texte primitif, en l'absence de témoignages contemporains,. Lachmann estime que la critique doit se borner à reconstituer le texte relativement le plus ancien, sans le moins du monde se préoccuper du textus receptus. Il espère pouvoir rétablir ainsi le texte qui date de l'époque de Jérôme, en utilisant surtout Irénée, Cyprien, Lucifer et ritala, et en négligeant complètement les écrivains byzantins. — Voyez Rettig, Siud. u. Krit., 1832,.H. 4, p. 861 ss.; Fritzsçhe, -De

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conforinalioneN. T. criiicaquam C. L. dédit, Giss., 1844 ; Tischendorf, dans la Allgemeine Zellung de léna, 1843, avril ; Rcuss, Gesek, der heil^ Schrifien N, T., § 415 et Varticle Texte du Nouveau Testament,

LAGORDAIRE (Jean-Baptiste-Henri). G*est dans le passé, dans un passé déjà lointain puisque deux siècles entièrement écoulés le séparent du présent, que la chaire catholique a eu ses meilleurs orateurs, et a produit, par eux sans doute, mais aussi peut-être grâce àla foi encore vive et sincère de nombreux auditeurs, ses plus incontestables chefs-d^œuvre. On ne saurait, quoiqu'on Tait tenté, en donnant aux actes ou aux paroles de tel prédicateur en renom un grand retentissement, avoir sérieusement ou entretenir dans le public quelque illusion :\ cet égard. Au dix-huitième siècle, après Massillon, , aucune voix assez forte ou assez autorisée ne s'élève, au nom de TEglise, pour répondre de manière à être entendue aux déclamations des philosophes. Lorsque plus tard, après 1830, on voit se succéder dans la chaire de Notre-Dame de Paris, Lacordaire, Ravignan, Félix, Lavigne, Gombalot, sans parler de ceux de ces prédicateurs d*Avent ou de Carême dont les succès, et nous allions dire les aventures, les démêlés avec l'Eglise sont d'hier, ce n'est pas toujours un besoin religieux, mais c'est souvent la curiosité, qui rend la foule attentive à leur parole. Ils ne font plus un sermon comme Bossuet ou Bourdalouc l'eussent pu faire ; ils font des conférences, cherchant dans lapologétiquedes triomphes apparents, brillants parfois, mais éphémères. Encore faut-il, pour que l'orateur exerce quelque influence sur l'assemblée, qu'on le croie plus libéral que son Eglise, en lutte avec elle, et, s'il s'agit même de celui qui nous occupe, de tous le plus éloquent, qu'il vienne expliquer sa conversion, qu'il avertisse ses contemporains sans lancer sur eux Tanathème, qu'il se montre prèl, en un mot, «\ faire à l'esprit du siècle d'indispensables concessions. Bien plus, il cette évidente infériorité due surtout à la différence des temps, vient encore s'ajouter l'infériorité des hommes. Lacordaire, en particulier, n'a-t-îl pas un merveilleux talent, le plus rare esprit, un certain caractère? On le trouve jeune, mêlé soitau journal V Avenir, soit à la Chambre des pairs à propos de la liberté d'enseignement, aux mémorables luttes du siècle. Et cependant, poussé par cette imagination riche et vagabonde que Berryer, non sans une nuance d'inquiétude, lui avait déjà conseillé de surveiller, il consacre son temps le plus précieux, sa* force, son activité, au rétablissement au moins inutile en France de l'ordre de Saint-Dominique, et se condanine peut-être de la sorte à n'être, dans son temps et dans son pays, ni le^octeur le plus admiré, le plus écouté comme Bossuet, ni même un esprit d'élite, une âme en travail comme Lamennais, mais seulement, sans profonde originalité, l'écho sonore de son Eglise, une voix éloquente. — Fils d'un médecin qui avait fait campagne en Amérique sous Rochambeau, et petit-flls par sa mère d'un grefûer au parlement de Bourgogne, il était né, dit l'un de ceux qui ont écrit sa biographie, le 12 mars 1802, à Recey-sur-Ource (Côtc-d'Or), « dans la patrie de Bossuet, en vue de la colline où naquit saint Bernsird. »

A vingt ans, il quittait Dijon, son droit terminé, pour venir faire son stage à Paris. N'insistons pas sur ces débuts jusqu'à l'entrée au séminaire : il n'y a rien à retenir, pas môme, n'en déplaise à ses admirateurs, le succès qu'il put avoir dans ces conférences déjeunes avocats où brillent un moment, quand ils viennent de quitter l'école, ceux qui parfois sont destinés à ne plus briller jamais ailleurs. Toutà coup, môme avant la On de sa deuxième année de stage, il prend congé de l'avocat qui lui procurait quelques causes, déclarant qu'il n'a plus de doutes sur sa véritable vocation et qu'il se sent appelé à devenir prêtre. Lacordaire a souvent de telles résolutions, étranges et soudaines, et plusieurs fois le rôve sorti de cette imagination vagabonde, le projet bientôt mis à exécution, a été moins heureux, moins bien conçu. Devenu prêtre, il a voulu tantôt ôtre missionnaire en Amérique, et tantôt curé de campagne pour partager l'abri, la paix de l'humble presbytère avec Montalembert qu'il se représentait célèbre et rapidement vieilli dans les luttes de la vie publique. Il a voulu ôtre jésuite ; il s'est fait dominicain. Ce qui est certain c'est qu'il eut pour lui, au moment où il prit le parti d'entrer à Saint-Sulpice, comme une révélation rapide de son vrai talent, de son avenir. « Je crains, » avait dit Berryer qui ne laissait pas échapper volontiers l'occasion de servir l'Eglise, «l'ardente témérité de vos pensées, l'exubérance de votre langage. Vous avez besoin de subir un joug. Faitesvous prêtre. » Lacordaire eut alors ce pressentiment de l'avenir qu'on observe assez souvent chez les hommes supérieurs. Il crut ce qu'où lui disait et au lieu de languir au Palais, il fit un pas décisif vers là popularité, vers cette vie qui l'attirait, vers la gloire. Au séminaire, il n'obtient aucun encouragement, aucun succès. Il n'a pas les qualités qu'on apprécie à Saint-Sulpice, et celles qu'il doit avoir sont, d'après ses professeurs et ses nouveaux amiSj d'impardonnables défauts. Il sort au bout de trois ans. Ordonné prêtre en 1827, il est aussitôt appelé à remplir les devoirs d'aumônier au collège Henri IV, et c'est là qu'il se trouve encore en octobre 1830 quand Lamennais l'associe à la rédaction du journal ï Avenir, On a dit jque Lacordaire était « Tufl des plus beaux ouvrages de M. de Lamennais », le dominicain ayant déclaré qu'il devaitsa conversion à l'-^ssaisurrmrfî^i^re/ïce. Il est vrai que le disciple adopta sans restriction la devise du maître : Dieu et la liberté ! (voyez Lamennais), Mais on observe ici claireunent la différence des deux hommes et l'infériorité du disciple. Quand Rome blâme, par son silence inquiétant d'abord, puis formellement dans l'encyclique du 15 août 183î2, les doctrines de V Avenir, et condamne comme funestes toutes les libertés que les rédacteurs de ce journal réclamaient, Lamennais, un caractère, un partisan sincère et convaincu de ces libertés, résiste à tout le haut clergé et au saint-siège qui s'égarent, selon lui; mais Lacordaire que l'occasion favorable, une ardente imagination avaient poussé danslamêlée, cède sans ôtre môme tenté de résister, comme se disant à lui-même qu'a[)rès tout il est aisé de changer de rôve ou de chimère. On exige unp rétractation? 11 l'écrit: Considérations sur le système philosophique de M. dé

Lamennais (Paris, 1834, in-S**). Encore suspect, il veut, au moment de commencer ses conférences à Notre-Dame, dissiper tous les nuages, et il publie la Lettre sur le saint-siège {in-8'', 1836), qu'on ne lui demandait pas. Et quelle lettre! On avait accusé le pape (lui tout le premier) de faire avec les rois une injustifiable alliance contre les peuples; il justifie Grégoire XVI. On lui reprochait d'être libéral, il l'était et voulait Tôtre; et cependant il ose lancer l'injure à « je ne sais quelle fraction du peuple, à fond de cale de la société, qui se croit républicaine, et dont on n'a le courage de dire du mal que parce qu'elle a des chances de nous couper la tête, dans l'intervalle de deux monarchies. » On s'était habitué à le regarder, avec le directeur de V Avenir, comme l'un des courageux défenseurs de la Pologne; et il imprime tranquillement, quatre ans après, que le pape à la vérité doit avoir des larmes pour la Pologne crucifiée, mais réserver ses sourires pour la Russie schismatique qui saisira l'occasion, par reconnaiseance, de rentrerdansl'Eglise universelle. Non, jamais hors de l'Eglise qui couvre tout de sa facile indulgence, un penseur, un écrivain, ne se serait résigné à s'infliger sans embarras, sans scrupules, un tel démenti. « Ondoyant et divers » à ce degré, on peut bien être un prOtre, un prédicateur de talent, mais non pas un caractère, un grand homme ! Ce fut alors, en effet, que l'abbé Lacordaire se trouva suffisamment réhabilité devant l'Eglise et le clergé, pour monter dans la chaire de Notre-Dame. Mais il faut tenir compte encore, avant d'arriver à ce moment de sa vie, de quelques faits importants qui appartiennent à la période de préparation. Ce tribun, qui parut toujours n'avoir revêtu la soutane que par-dessus la robe d'avocat, avait un goût inné pour la polémique , pour les causes qui font du bruit. Il se félicite quelque part d'entrer en lutte avec l'aulorité civile, parce que celle-ci va certainement lui fournir l'occasion de faire, au tribunal, un de ces discours que tous les journaux reproduisent. A Paris, dès le 24 novembre 1830, prévoyant qu'il aurait plusieurs fois à plaider, il avait demandé au conseil dé l'ordre des avocats, quoiqu'il appartînt à l'Eglise, de le maintenir au tableau , puisque son nom y avait figuré pendant 8eux ans, avant l'entrée à Saint-Sulpice. On sait que ce conseil, à Paris du moins, refuse d'admettre au stage toute personne qui n'exerce pas la profession d'avocat à l'exclusion* de toute autre profession. Bien qu'il y ait division à cet égard dans la doctrine, bien qu'il soit assez difficile d'expliquer comment on peut néammoins ^il y a de ce fait mille exemples) être à la fois avocat et journaliste, avocat et homme politique, le conseil de discipline est maître de son tableau, c'est la maxime (c'est aussi le pur arbitraire), et il interprète à son gré la fameuse ordonnance de 1822. Aucune décision n'avait" encore été prise à l'égard de l'abbé Lacordaire (on finit par rejeter sa demande), lorsque l'affaire dite de VEcole libre dut être plaidée, au Palais d'abord, puis, parce que le comte de Montalembert était l'un des trois prévenus (de Goux était l'autre) devant la Chambre des pairs, le 7 mai 1831. L'exorde de son discours, exorde très remarqué parce

que ceux qu'on accusait se faisaient accusateurs, est resté célèbre : « Je regarde et je m'étonne. Je m'étonne de me voir au banc des prévenus, tandis que M. le procureur général est au banc du ministère public... De quoi m'accuse-t-il ? D'avoir usé, en ouvrant une école libre sans autorisation d'un droit écrit dans la Charte, mais non encore réglé par une loi. Et lui (M. Persil), sans autre drojt, vous demandait naguère la tète de quatre ministres... » Ce procès qui eut alors un grand retentissement, l'alFaire de V Avenir et la triste palinodie dont nous avons déjà parlé, une première série de discours adressés aux jeunes gens du collège Stanislas et à leurs familles, la protection de jVjme Swetchine, amie de M. de Quélen et très influente à l'archevêché, enfin l'humiliante condition acceptée que le plan des futures conférences serait soumis à l'archevêque pour être examiné par l'abbé Affre (voyez Vaton, Les Orateurs sacrés contemporains^ 1. 1, 1 vol. in-8°, Paris, 1840) avant toute affiche et toute annonce, voilà l'enchaînement de faits, le concours de circonstances qui porta Lacordaire, quand vint le carême de 1835, dans la chaire de Notre-Dame. — Soixantetreize conférences remplissent trois volumes in-S** de la première édition des Œuvres (Poussielgue, 1856, Paris). C'est une exposition de la doctrine catholique, assez complète, mais non pas méthodique quoiqu'en ait dit l'auteur. S'il avait pu prévoir que pendant dixsept ans, même en tenant compte d'une longue interruption (1837- 1843), il serait appelé à poursuivre son œuvre, aurait-il commencé par YEglise qui ne doit, selon l'ordre logique, venir au plus tôt qu'après l'exposition de la foi ? Donc, dans le but annoncé dès le premier jour de disposer les âmes à la foi, à cette foi qui doit être le principe de l'espérance, de la charité et du salut etque « soixante . ans d'une littérature corruptrice ont afftiiblie en France », il explique la nécessité d'une Eglise enseignante pouvant donner pour signe de son autorité tutélaire, l'universalité ou la catholicité ; l'unité dans sa constitution, obtenue grâce à un seul chef ; l'infaillibilité dans le dépôt de la foi dont la propagation et l'interprétation lui furent confiées, et la nature de ses rapports avec l'ordre temporel. Il passe ensuite aux caractères généraux de la doctrine et à ses sources, la tradition, l'Ecriture, la raison de l'homme qui doit se mettre d'accord avec le témoignage divin et savoir, quand c'est nécessaire, reconnaître avec Saint-Paul que Dieu a rendu folle la sagesse du monde. L'influence de cette doctrine est laborieusement étudiée et analysée : sur l'esprit, qui arrive par elle à la certitude supra-rationnelle ou mystique, sur l'âme, qui apprend l'humilité, la chasteté, la charité (autant de sujets difi'érents, autant de discours), sur la société qui ne sait, sans elle» ni faire un partage équitable des biens, ni découvrir une autorité respectable, ni établir dans la constitution de la famille la sauvegarde d'un lien indissoluble. Mais tout phénomène a une cause. Qui a fait l'Eglise catholique? Jésus-Christ. L'orateur l'étudié dans sa vie intime et publique, dans les miracles, dans les prophéties, et le reconnaît unique, comme l'Eglise. Puis, l'œuvre et l'ouvrier, l'Eglise et Jésus-Christ reconnus divins, il remonte à la cause, « péné-

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trant dans les entrailles du dogme », et Dieu, Tunivers, Thomme, le commerce de Thomme avec Dieu, la chute de Thumanité, sa réparation, voilà les sujets qu'il aborde successivement, jusqu'à la fin de son grand travail. Il n'y a là, comme on peut le voir par ce rapide aperçu, le merveilleux talent du prédicateur mis à part, rien de nouveau, ni d'original. L'éloquent abbé emprunte habituellement ses arguments à la Somme de saint Thomas et presque jamais à de Maistre ou aux philosophes de l'école dite théologique, ainsi qu'on l'a écrit à tort. On trouve à peine, ça et là, dans ses discours, sur l'origine- des idées ou sur la chute, quelques traces de l'enseignement de cette école. Il disait lui-môme : Ces conférences n'appartiennent précisément ni à l'enseignement dogmatique, ni à la controverse pure. Il s'est vanté de n'y avoir mis qu'une seule anecdote. Il a eu tort. Il est souvent difficile de suivre ses divisions et subdivisions empruntées à la sco^ lastique, parce qu'il a toujours, comme aurait dit La Bruyère, « d'une nécessité indispensable et géométrique, trois (ou cinq) sujets admirables de vos attentions », et de se rendre compte aussitôt du sens exact des nombreux termes^ philosophiques qu'il emploie- C'est, assez souvent, un cours de Sorbonne éloquent; et, quoiqu'il sût grouper autour de sa chaire un public d'élite, quoiqu'il ait pu dire, en se servant d'expressions pittoresques, que ses discours imprimés n'étaient plus que « des feuilles mortes », quelque vie et quelque rayonnement qu'il sût donner à tout, il est douteux que ses auditeurs, les jeunes gens très nombreux en particulier, aient pu le suivre sans fatigue dans quelques sujets difficiles. Non, il n'était pas en désaccord avec l'Eglise, sur le dogme, sur le fond de la doctrine, ce qu'une grande partie du public semblait croire. Et comment Tauraitil pu, lui qui avait partagé les exagérations de Lamennais sur l'autorité des papes, et qui n'avait abandonné de ces anciennes idées que ce qui déplaisait à Rome ? On peut en croire l'Eglise elle-même. Eh bien, tout ce qu'elle put trouver à lui reprocher, ce fut d'avoir émis quelques propositions contraires à l'enseignement général, soit sur l'origine de la souveraineté, soit sur le pouvoir coercitif de l'Eglise, soit sur le pouvoir temporel des papes. De plus, il a fait lui-même une déclaration publique, formelle, imprimée, d'adhésion sans réserves et de complète soumission. Voici un reproche plus grave. Tout son enseignement est brillant, éloquent, oui. Est-il fait pour convaincre ? non. Il n'atteint pas le but. On le disait partout, lorsqu'on put le juger, lorsqu'on eut l'habitude de l'enteûdre : A qui s'adresse-t-il ? Malgré un libéralisme tantôt réel et tantôt voulu, dans les détails, cette doctrine catholique exigeante, absolue, n'est vraiment pas acceptable pour des hommes modérés. Faut-il toujours diviser les contemporains en deux camps, ici les croyants, là les athées? Il y a des degrés, et beaucoup. Faut-il toujours montrer le salut, dans la foi « catholique », dans le dogme « catholique », dans la morale « catholique » et pas ailleurs, quand on parle, à Paris, à la génération intelligente et libérale de 1830? Quelques bons juges, même parmi les mieux disposés, rappelaient à

propos que Tévôque d'Hermopolis, M. de Frayssinous, avait fait avant Lacordaire, avant Ravignan, des conférences presque aussi intéressantes, tout en laissant voir beaucoup plus d'impartialité et de raison. Et Lacordaire eut bientôt une école, ce qui contribuait à rendre le défaut signalé plus frappant et moins supportable ! Le prédicateur oubliait qu'une génération qui avait entendu déjà Cousin, Yillemain, Guizot n'avait plus tout à apprendre en fait de spiritualisme. Enfin, ceux qui, moins bien préparés par l'éducation, par les traditions de famille à recevoir l'enseignement religieux, ne venaient à Notre-Dame qu'en observateurs, qu'en curieux, pouvaient-ils être gagnés, satisfaits, ébranlés au moins? Ce n'était pas vraisemblable. Quelle autorité l'orateur, sans vraie critique, sans profondeur dans la science, pouvait-il avoir, sur des protestants éclairés par exemple, quand il niait certaines ressemblances essentielles entre les idées de Platon et la doctrine de Jésus-Christ ; ou quand il acceptait sans discussion sur leur date, sur leur valeur relative, les paroles des prophètes touchant le Messie? Les incrédules, lorsqu'ils entendaient l'intrépide abbé soutenir que l'Eglise .versait au prêtre, dans une goutte d'huile et une parole, une éternelle chasteté, souriaient de tant de candeur. Ils finirent par lui déclarer tout net que si la foi a son importance, la bonne foi vaut bien quelque chose, et qu'il y a un défaut plus haïssable que l'incrédulité toute simple, c'est l'affectation de croire ce que, secrètement, on ne croit pas. Voilà les critiques. Mais quoi ? Ce qui n'est pas fait pour convaincre est parfois très suffisant pour charmer. La France appelait de tous ses vœux, après la Révolution, après l'Empire, après les jours troublés de 1830, la sérénité, la paix, matériellement et moralement, le repos dans l'espérance. On se fatiguait du désespoir longtemps à la mode. Quelque homme éminent, un prédicateur, saurait-il définir le mal dont on souffrait, et serait-il assez heureux pour indiquer le remède? Lacordaire annonçait une consolation, une parole amie, qui traite avec l'intelligence et lui ménage la lumière, comme on ménage la vie à un être malade et tendrement aimé. Il répétait, avec des élans d'enthousiasme et d'adoration, le récit émouvant, arrangé, poétique, de sa conversion encore récente ; et il faisait .entrevoirie salut à des profondeurs que n'atteint pas le cours du temps, dans ce christianisme qui a donné à la société civile moderne tous ses biens. Son front était mélancolique. Sa voix jeune, fraîche, vibrante, manquait de aette véhémence qui tient à la puissance des poumons; mais elle avait de l'étendue^ et, dans toutes les parties, la diction était si claire que, même dans l'immense vaisseau de Notre-Dame de Paris, les auditeurs éloignés ne perdaient aucune de ses paroles. Son ton habituel était celui d'une causerie vive, brillante, animée, avec quelques éclats de temps en temps, quand il fallait, avec adresse ejt à propos, lancer à l'incrédule une vive et triomphante réplique. Bien qu'il fût mince et délicat, il avait de l'autorité dans le regard, dans le geste surtout, si étudié, qu'il lui servait parfois à terminer, sans parole, quelque brillante période. On a souvent dit qu'il |impro\isait (une

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partie des paroles peut-être, non Tensemble certainement, précis^ soigné, divisé comme un cours), et lui-même expliquait par Tentraînement de Timprovisation, quelques expressions très libres, qu'il ne devait cependant pas trop regretter puisqu'on les retrouve dans ses discours imprimés. Ainsi lui arrivait-il de dire qu'un tyran enfonce « de sa botte » la porte du Vatican. Tantôt il appelait « crétins » les pauvres habitants encore à demi sauvages de ca,mpagnes éloignées, et tantôtils'emportaitjusqu'à traiter de «pourris» quelques hommes de plaisir, quelques Français, fils des preux, mais dégénérés. Il a nommé dans une oraison funèbre « la chemise » du général Drouot. Mais il n'est pas malaisé de comprendre que celte vigueur, attestée par des expressions un peu crues, loin de nuire à l'effet de ses discours, contribuait à assurer son succès parmi les jeunes gens nombreux qui venaient l'entendre. D'autre part l'Eglise catholique, quand il devait parler, donnait plus de soin encore que d'habitude à la mise en scène. A Bordeaux, au moment où il monta en chaire, il vit autour de lui, rangés sur des gradins en quatre estrades différentes, le clergé, l'armée, la magistrature et l'administration. Qu'aurait-on fait pour Bossuet! Pour lui, ce qu'il savait meneilleusement • mettre en usage pour charmer, c'était par-dessus tout, l'élan patriotique et l'actualité. Il a tout fait entrer dans le cadre tracé à l'avance de son exposition de la doctrine catholique : les souvenirs glorieux, soit de la Révolution, soit des campagnes du premier Empire, et en même temps, quoiqu'il parût négliger l'anecdote, Plutarque, Tacite, mille traits empruntés à l'antiquité, les questions sociales, et jusqu'aux questions pénitentiaires, le divorce, des morceaux sublimes tout pleins d'une poésie douce et pénétrante, dictés par le sentiment le plus vrai, le plus pur, sur la maternité, l'amitié, et même sur l'amour. En 1848, saluant en pleine émeute encore le gouvernement nouveau, il s'est fait applaudir longuement, sous les voûtes de Notre- Dame ; et, une autre fois, il a provoqué une indescriptible émotion, lorsque oubliant la vieille hostilité du clergé contre 89, il a loué ces soldats héroïques « qui allaient sans souliers et sans pain, combattre sur la frontière et qui mouraient contents en criant de leur dernier souffle : Vive la République ! » — Tels étaient les procédés habituels, tel était le talent de cet enchanteur. Les coreligionnaires de Lacordaire ont relevé comme un trait admirable de courage son entrée, en pleine gloire, dans l'ordre de saint Dominique. Ils ont vu dans ce fait la preuve de son mépris pour la popularité. Ne nous assodons pas à cet éloge. Tout ce que fait d'étrange, d'imprévu, devant le public, un homme célèbre, augmente la curiosité, ajoute à l'intérêt, loin de nuire. Le succès croissant de la prédication du dominicain ne fit que le prouver une fois de plus. Voulut-il, en prenant le froc, préparer, dans le recueillement du cloître, quelques « frères prêcheurs » destinés à lui succéder? Eut-il simplement l'intention de faire usage, le premier, de la liberté d'association? Ne fit il que se conformer à un désir exprimé en haut lieu, pendant ses fréquents voyages à Rome? On ne l'a jamais bien su. D'ailleurs, il n'importe

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guère. Le fait, c*est qu*on lui a dû le rétablissement, en France, d'un ordre religieux qui, depuis longtemps, ne s*y trouvait plus. Il prit rhabit des frères prêcheurs au couvent de la Minerve, à Rome, et commença son noviciat le 9 avril 1839. A cette nouvelle transformation dans sa vie, ou, si Ton veut, à ce nouveau coup de théâtre, il faut rattacher la publication d'un ouvrage et de quelques morceaux de belle prose, entre autres, le Mémoire pour le rétablissement en Fravcê de V ordre des frères prêcheurs y in-8% 1840, et (1840- 1«44) la Vie de saint Dominique, qui remplit le premier volume des diverses éditions des œuvres complètes. Mais le nouveau père ne se bornait pas à écrire. Malgré Topposition du gouvernement, il prouva que la popularité était aussi une puissance avec laquelle il fallait compter en jetant les bases de cinq fondations ou maisons de son ordre, à Nancy, à Chalais (surllsère), à Flavigny dans son pays, à Paris et à Toulouse, II faut souhaiter pour sa gloire, que le père Chocanie n'ait pas dit la simple vérité, quand il parle des pratiques austères, des actes étranges d'humilité, et en particulier, des coups de discipline du cloître ; un grand talent suppose toujours un peu de mesure et de bon sens. Ces fondations pieuses ne se faisaient pas au hasard et selon Toccasion. Le père Lacordaire. qu'on a quelquefois comparé à Bridaine, devint, à partir de son entrée dans Tordre de saint Dominique, le prédicateur appelé, attendu sur différents points du pays, une sorte de missionnaire. Il fait des stations, c'est-à-dire de nouvelles séries de conférences à Metz, Nancy, Grenoble, Lyon, et c'est dans chacune de ces villes qu'il trouve quelques nouvelles ressources pour ses fondations, qu'il recrute son personnel de dominicains. On le voit aussi, et c'est là ce qu'il importe de retenir, s'exercer dans un nouveau genre littéraire, et aborder, à l'exemple des grands orateurs de l'Eglise, l'oraison funèbre. Sans parler d'un éloge imprimé, la vie d'Ozanam, il en a prononcé trois : les oraisons funèbres de Forbin-Janson, évèque de Nancy et de Toul en 1844, du général Drouot en 4847, et du célèbre agitateur irlandais O'Gonnel, en 1849, cette dernière à Paris. La seconde est certainement son chef-d'œuvre (on a môme écrit, un chefd'œuvre) et permet mieux que toute autre production due à la même plume, puisqu'on connait déjà l'orateur, d'apprécier et déjuger l'écrivain. On a dit (et c'est Sainte-Beuve) qu'en l'écrivant, Lacordaire, bien qu'il fût resté* au-dessous de Bossuet, avait égalé ou môme surpassé Fléchier. C'est aller un peu loin. A la vérité Lacordaire est bien plus intéressant. Cette suite d'histoires émouvantes, de traits sublimes ou touchants, préparée avec art, progressive, suivant la manière de Bossuet, soutient continuellement l'intérêt, et, soit qu'on assiste à l'humble début dans la. vie du futur grand capitaine, soit qu'on entende raconjter avec une douleur, sentie la mort de celui qui fut, avec quelques poignées de braves^ comme le dernier débris de toute la grande armée, les yeux se remplissent de larmes. Il y a le souffle épique, des expressions qu'on est étonné de retrouver. plus tard les mêmes sous la plume du poète, de.Yictor Hugo, lorsqu'il raconte dans Les ChâUments la retraite de Moscou, et, qui s'y serait attendu au

milieu des larmes d'une oraison funèbre? jusqu'au souvenir certain, quand il est question de « ces héroïques bandes qui, de Lisbonne à Moscou, des Pyramides à Berlin, n'avaient pu rencontrer de vainqueurs» d'une strophe ailée et musicale, d'un couplet glorieux et vibrant de Béranger. Mais Fléchier a, pour sa part, par exemple dans l'oraison funèbre de Turenne, la division, le choix et le développement du texte, et un nombre incomparablement plus grand de vues morales justes et de fortes pensées. 11 a la supériorité du style aussi, notamtamment dans l'exorde, si connu, et dans le morceau si profondément dramatique sans un mot de déclamation, où il raconte la mort de son héros. D'ailleurs Fléchier a un avantage décisif, c*est qu'il parlait la pure langue classique du dix-huitième siècle, dans ce siècle même, près des grands maîtres et sans trop d'infériorité, tandis que tout le secret des modernes, surtout de l'école à laquelle appartient Lacordaire, est de chercher à imiter ces maîtres-là. Chateaubriand est le premier de cette école. La grande phrase traînante, solennelle et triste de ses Martyrs^ les belles images cherchées habituellement dans le contraste entre le néant de l'homme^ et la vie, l'immensité de la nature et de Dieu, voilà le secret de ces romantiques d'avant 1830, et voilà, avec plus ou moins de succès dans l'exécution, le style de Lamennais, de Lacordaire. Dans leurs morceaux de littérature pure, ce qui plaît et ce qui fatigue aussi quelquefois et devient monotone, c'est, d'une manière assez invariable, cette plaintive élégie en longs habits de deuil, dont parle Boileau, qui, les cheveux épars, pleure sur un cercueil. Encore Lacordaire n'a-t-ilque le troisième rang. Lamennais est un bien autre artiste que lui ! Qu'on prenne cette image du dominicain : «Entre quatre horizons... s'épanouit comme un large nid d'aigle, reste éteint de plusieurs volcans, la campagne romaine ; « et cette autre : « La société moderne est fondée sur deux idées (égalité, liberté.)... qui peuvent bien s'obscurcir, disparaître, mais qui remontent toujours à la surface, comme ces plantes, enracinées au fond d'un fleuve, nourries de ses ^aux et de son limon, et qui blessées quelquefois par la force du courant, baissent un moment la tète, mais finissent toujours par ramener au-dessus des flots, leur tête et leur couronne ; » la phrase est belle, les termes choisis^ la comparaison étudiée, et, jusqu'à la fin, ingénieusement poursuivie. Mais dirat-on qu'elle est simple, sans apprêt, naïve et telle qu'un des bons écrivains du dix-septième siècle l'aurait faite? Non : elle est bien trop travaillée ! -* Il reste, après le^ oraisons funèbres, à indiquer par une simple mention, quelques derniers ouvrages du père Lacordaire, ou de « frère Dominique, » ainsi qu'il se faisait appeler : les lettres à un jeune homme svr lavie chrétienney in-8*. Tours, 1858 ; une brochure, De la liberté de l'Italie et de V Eglise, in-8% Paris 1861 ; les Lettres à des jeunes gens, in-8<', 1862 ; les Lettres^ la comtesse Eudoxie de la Tour-du- Pin, in-8% 1863 ; la Correspondance avec if"» Swetchine, publiée par M. de Falloux, 2 vol. in-8% Paris, 1864, et les Mémoires. Envoyé à l'Assemblée constituante de 1848 par les électeurs des Bouchesndu- Rhône, le père dominicain vient, comme dom Gerle en 1789, vêtu de

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Thabit blanc de son ordre, s'asseoir sur Tun des bancs les plus élevés de la Montagne. En même temps il fondait L'Ere nouvelle. Mais au bout de quelques jours, après le 15 mai, croyant qu'une parole religieuse ne saurait trouver l'occasion de se faire entendre utilement dans l'Assemblée, il donne sa démission. Au coup d'Etat, il est à Rome. Mais lorsqu'il peut, le 10 février 1853, prononcer àSaint-Roch un dernier discours sur le texte Esio vir, il parle des abus de la force, et s'écrie en terminant : « Et moi aussi, je suis une liberté 1 Ilfaut donc que je disparaisse. » En effet, on ne l'entendit plus dans les églises de Paris. Le gouvernement exigeait qu'il s'éloignât. Triste, mécontent de l'ordre des frères prêcheurs qu'il a pris tant de peine à fonder, de ces dominicains qui commencent à lui donner « mille ennuis », et dont il ne peut plus même être le provincial, il fonde un tiers-ordre enseignant , pour vieillir, s'il est possible, auprès des jeunes gens qu'il aime par-dessus tout. Il s'installe d'abord à Oullins, puis dans le département du Tarn, à Sorèze, comme directeur de l'école autrefois fondée en vue de la préparation aux diverses carrières, par le bénédictin domFougeras. Huit ans plus tard, il apprenaît que Paris lui donnait un dernier souvenir, et la popularité un dernier sourire. Il était élu, quoique dominicain, membre de l'Académie française. Les discours de réception furent prononcés le lundi 15 janvier 1861. M. (luizot était chargé de lui répondre. A propos d'un ouvrage de celui qu'il remplaçait (M. de Tocqueville), La Démocratie en Amérique, il parla pour la dernière fois, et il parla noblement de la liberté, maudissant Tibère et les tyrans. On voit, par le Moniteur du môme jour, que toute la famille impériale^ h l'exception de l'empereur, assistait à la séance. C'est peut-être ce qui explique pourquoi Sainte-Beuve, qui allait devenir sénateur, aporté sur ce discours et sur toute la séance, un jugement passionné, trop sévère. Il a oublié de mettre en note ce détail en faisant imprimer de nouveau son appréciation dans le quatrième volume des Nouveaux Lundis. A partir de ce moment la carrière de l'orateur est terminée. Il meurt à Sorèze la même année, le 21 novembre 1861. On peut regretter que Lacordaire ait travaillé avec tant d'ardeur à un rétablissement d'ordre religieux dont, à aucun point de vue, le besoin ne se faisait sentir en France, ot qu'il ait pris tant de peine à former autour de lui un groupe de dominicains, si peu reconnaissants de ses bienfaits. Au sujet de son héritage, ils sont encore en procès avec sa famille. On peut penser qu'il fut mal inspiré quand il devint membre du clergé régulier, et qu'il aurait mieux servi la liberté en restant l'éloquent abbé qu'on avait d'abord connu, et en préférant aux pratiques du cloître, à la propagation dans le public des légendes enfantines de saint Dominique, les principes moins déraisannables de l'Eglise gallicane. On peut comparer les efforts à l'œuvre accomplie, voir au point de départ cet ardent désir de réconcilier l'Eglise avec le siècle, ce rôle généreusement embrassé et soutenu de médiateur (trop partial d*ailleurs), et au point d'arrivée la ruine définitive du libéralisme catholique, le concile du Vatican, et demander : A quoi bon? Malgré

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tout, Lacordaire »été un rare esprit, un très remarquable orateur, et il reste encore aujourd'hui sympathique à notre société frança^e du dix-neuvième siècle. La démocratielui a su gré de paraître un moment à la Constituante de 1848, sur les bancs de la Montagne. Enfin, tous les hommes sages et modérés, quoiqu en lui Timagination fût trop vive et le caractère trop faible quelquefois, malgré sa mobilité, ses erreurs, le nomment avec éloge et lui gardent un souvenir reconnaissant, parce qu'il n'a jamais renié notre siècle, parce qu'il a voulu lui rendre la foi, non pour le dominer dans un intérêt d'Eglise, mais pour lui communiquer cette stabilité morale nécessaire aux nations comme aux individus, après laquelle il soupire encore. — Voyez Le Moniteur du '20 septembre 1831;Lorain, Le Correspondant yiSAl; F. Dardé, Visites à V école de Sorèze^ Paris, 1858; le R. P. Chocame, Le R, P. H, D. LacordaireySa vie intime et religieuse, Paris, 1866, 2 vol. ; Le R. P. Mourey, Dernière maladie et mort du R, P. Lacordaire, 1868 ; Montalembert, Le Père Lacordaire, 1862. J. Arboux.

LACTANGE (Lucius Cœlius ou Caecilius Firmianus) est né dans la seconde moitié du troisième siècle, probablement à Firmium en Italie. Ses parents, qui étaient païens, lui firent étudier la rhétorique sous Arnobe, à Sicca, ville de l'Afrique proconsulaire, ce qui a donné à penser à plusieurs qu'il était originaire de cette province. Ayant, très jeune encore, attiré l'attention de l'empereur 'Dioclétien par un écrit intitulé Symposium, recueil d'énigmes en vers, destinées à égayer les repas, il fut appelé par lui comme professeur d'éloquence latine à Nicomédie, dont il avait fait sa capitale. Dans cette ville toute grecque, où la langue latine était peu en faveur, Lactance, malgré son talent, ne trouva qu'un petit nombre d'élèves; aussi, pour suffire à ses besoins, dut-il se mettre à écrire. Du reste, un grand changement s'était opéré dans son esprit pendant les dix années de son séjour en Bithynie. Sous l'action de causes inconnues, il avait embrassé le christianisme, et malgré les persécutions qui décimaient l'Eglise, il s'en était constitué l'éloquent défenseur. Jetant, dans ses Institutions, un regard sur lé temps où il formait les jeunes gens, non à la vertu, mais à la dialectique, il se réjouit d'avoir embrassé cette profession meilleure, plus utile et plus glorieuse (liv. I, ch, I). Les rigueurs impériales ne le frappèrent cependant pas. 11 put demeurer sans en être atteint le témoin de leurs fureurs. Constantin le Grand l'appela à sa cour dans les Gaules, vers 312 où 315, comme précepteur de son fils Crispus. Il avait alors atteint l'extrême vieillesse. Dans cette situation élevée, qui pouvait lui ouvrir les chemins de la richesse et des honneurs, Lactance resta simple et sans prétentions. Il estimait avoir assez vécu, si par son travail, il avait pu amener quelques hommes à la connaissange de la vérité {De opific. Dei, ch. xx). Eusèbe affirme {Chronic, ad ann. 318) qu'à la cour, Lactance vécut pauvre, jusqu'à manquer quelquefois du nécessaire. Il mourut sans doute à Trêves, vers 330. — Malgré cette pénurie de renseignements sur sa vie, Lactance n'occupe pas moins le premier rang parmi les écrivainsde son temps pour la profondeur de son érudition, la pureté de son

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:style et la délicatesse de son goût. Saint Jérôme déjà Favait nommé le Gicéron chrétien. Pic de la Mirandole va plus loin encore. Il le place au-dessus de Torateur romain (Lt^. de slud. div. et hum. philos. .^ ch. Lxxv). Les critiques modernes s'accordent à louer la noblesse de ses écrits, a Une ardente sensibilité, dit Moehler {Pairologie, III, p. 209), une grande abondance d'esprit et une clarté extrême de conception, telles sont les qualités qui distinguent toutes ses productions littéraires... Lactance surpasse, pour la régularité et la pureté du style, pour la beauté et Télégance de Texpression, tous les pères de Tancienne Eglise, si Ton en excepte seulement saint Ambroise, dans quelques-unes de ses lettres à Sulpice Sévère. » — Les écrits de Lactance appartiennent essentiellement à Tordre apologétique. Il est, avant Augustin, le dernier des apologistes de TEglise d!Occident. Il veut défendre, contre les savants païens qui l'attaquent, la religion chrétienne outragée ; il veut en montrer la beauté et prouver aux •esprits distingués du paganisme* qui recherchent la sagesse, que le christianisme est la véritable sagesse. Le premier de ses écrits, composé, s'il faut en juger par Texorde, à Tépoque où la persécution sévissait encore, est intitulé De opificio Dei vel de formatione hominis^ ad Demeirianum auditorem suum. Le sujet de cette dissertation est, •comme son titre Tindique, l'organisation de la nature humaine. L'auteur veut compléter ce que Gicéron en a dit dans ses ouvrages philosophes, et réfuter les objections d'Epicure et de Lucrèce contre la Providence divine. Gette Providence en effet, ressort avec éclat de Texamendu corps de l'homme comme vase et organe de l'âme. Quelle merveilleuse structure ! quelle beauté et quelle symétrie de chacun de ses membres ! quelle admirable haison de chacun d'eux à l'ensemble de l'organisme ! et dans l'essence de l'âme, et dans, l'activité qu'elle déploie même durant le sommeil, dans la rapidité avec laquelle l'esprit parcourt et franchit les distances les plus éloignées, quelle preuve qu'une Providence ordonnatrice et dirigeante agit dans l'univers 1 Lactance établit avec soin la différence de l'âme et de l'esprit, •et se déclare par des raisons fondées contre le ginérationisme. — Les sept livres des Insliiulions divines {Divinarum institutionum libri sepiem), le plus considérable et le plus important des écrits du •Gicéron chrétien, furent sans doute composés pendant que le christianisme gémissait encore en Orient sous la persécution de Licinius, vers l'an 320. Dédiés à Gonstantin le Grand, ils le célèbrent • comme le premier prince chrétien et le restaurateur de la justice. Le but de l'auteur est de mettre en parallèle l'une avec l'autre, la religion païenne et la religion chrétienne. Le premier livre traite de la fausse religion. De falsa religione; le second de l'origine de l'erreur, De origine erroris ; le troisième de lafausse sagesse. De fulsa sapientia ; le quatrième de la vraie sagesse. De vera sapientia ; le cinquième de la justice, i)« justitia; le sixième du vrai culte. De vero cuUu; le septième enfin, de la vie heureuse, De vita beata. Laissant de côté, -comme prouvée par les philosophes païens eux-mêmes, la question ^fondamentale de la Providence, l'auteur veut établir l'existence d'un

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Dieu créateur et conservateur de toutes choses. Ce Dieu est-il parfait, il ne saurait être qu'unique ; l'on ne saurait pas plus concevoir plusieurs dieux gouvernant le monde, que plusieurs esprits dans un seul corps. Cette unité de Dieu ^est appuyée sur l'autorité des prophètes de l'ancienne alliance, des philosophes, des poètes et des sybilles qui sont tous d'accord pouf proclamer cette vérité. Quant au polythéisme qu'est-il, sinon un scandale? L'histoire des dieux n'estelle pas un tissu d'infamies? Gomment s'étonner que tous les vices se soient débordés de la Grèce sur tout l'univers, quand ils sont consacrés par le sceau de la religion. Il ne fallait déifier ni le vice, ni la vertu, mots abstraits qui n'ont point d'existence par eux-mêmes. Le paganisme n'est autre chose que la déification de l'homme, et c'est là la fojie du genre humain que de s'être laissé entraîner au culte des idoles, alors que la nature entière le poussait à reconnaître un seul Dieu. Sans doute que c'est une erreur ancienne, mais l'erreur ne saurait jamais devenir vérité par droit de prescription. Née de la malédiction paternelle prononcée contre Gham , l'idolâtrie se propagea d'abord parmi ses descendants. A l'adoration des astres, on ajouta la divinisation des hommes.. Sous l'influence des démons, esprits pervers qui cherchent à se consoler de leur désastre, en entraînant les hommes dans leur ruine, l'idolâtrie finit par s'identifier avec la vie toute entière des peuples. La philosophie ne saurait davantage prétendre à la possession de la vérité ! Qui dit philosophie, dit recherche de la sagesse, efforts pour y parvenir. Du reste, la philosophie se partage en une foule de sectes diverses, qui toutes se combattent. Dans laquelle irions-nous chercher la vérité? Pas une qui ne renverse ses rivales pour prévaloir sur elles ; pas une qui ne les accuse d'être en l'erreur pour échapper au reproche d'y être elle-même. La philosophie ne donne que des conjectures ; le résultat de toute philosophie est donc ou peu satisfaisant, ou inutile, eu égard au grand but qu'on se propose. Notre cœur aspire après le bonheur suprême, et aucune sagesse humaine ne peut satisfaire cet ardent désir, parce qu'oubliant le double instinct imprimé dans le cœur de l'homme par la main du Créateur, double instinct qui le porte à rechercher la religion et la sagesse, les hommes ont ou embrassé la religion, sans étudier la sagesse, ou se sont appliqués à l'étude de la sagesse sans s'embarrasser de la religion. C'est pourquoi, si l'on veut apaiser sa soif de connaissances, ce n'est pas à la philosophie, mais à l'Evangile, révélation divine, qu'il fjiut s'îidresser, à l'Evangile, sagesse que Jésus-Christ a apportée avec lui sur ia terre. L'erreur de la philosophie et de la religion païenne a été de distinguer entre la vraie sagesse et le sentiment religieux; la vérité du christianisme, c'est de les présenter unies dans la personne du Fils de Dieu, fait chair, pour la rédemption des hommes. Le Christ a rendu à l'humanité un nouvel âge d'or par l'implantation de la justice au milieu des pécheurs. A l'origine du monde, la justice régnait avec l'adoration d'un seul Dieu; tous les vices sont arrivés avec le polythéisme; l'Evangile a remis en lumière cette adoration du Die

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unique. 11 importe donc, non de persécuter les chrétiens ou de les haïr, mais de les imiter. Du reste, les persécutions n'ont fait qu'étendre TEglise'de Dieu, bien loin de l'anéantir. Soutenir une religion par les échafauds, ce n'est pas la venger, c'est l'outrager. Rien de plus libre que la conscience. Tout sacrifice contraint anéantit la religion. C'est donc une conséquence naturelle de savoir souffrir et mourir pour sa religion quand on la croit véritable. « Vous nous persécutez, non parce que vous nous croyez dans Terreur, mais parce que vous haïssez la vérité. Qu'est-ce donc que cette religion païenne, qui est révérée dans les temples, tournée en ridicule sur les théâtres, outragée par les philosophes et les poètes, méprisée de ses propres sectateurs? Et c'est nous qu'on persécute avec la cruauté la plus inouïe, comme les ennemis de cette religion, tandis que ceux qui l'outragent avec audace sont applaudis et comblés d'honneurs. » Dans son sixième livre, Lactance traite du côté pratique de la vraie religion. Un culte purement extérieur, comme celuides païens, ne saurait avoir de valeur aux yeux de Dieu. Le culte que veut la divinité, c'est l'innocence et la pureté du cœur, c'est la pratique des vertus qui viennent de Diqpi et remontent à leur source ; c'est l'oblalion de l'âme pure qui se donne elle-môme à Dieu, comme une victime sans tache. Tous les philosophes disent que l'homme peut choisir entre deux rbiltes : l'une, celle de la vertu, rude, escarpée, hérissée d'épines et de buissons, bordée de torrents et de précipices, conduit à l'immortalité ; l'autre, celle du vice, douce, gracieuse, riante, large et spacieuse, abondante en fleurs et en fruits, conduit à la perdition. Les chrétiens appellent ces deux routes, celle du ciel et celle de l'enfer. Ils préfèrent la première, toute pénible qu'elle est, afln de trouver à son terme la gloire et la félicité. Si les philosophes n'ont pu enseigner aux hommes le chemin de la vertu, c'est parce qu'ils ont cherché la vérité sur la terre où elle n'est pas. Leur regard aurait dû se diriger vers le ciel. Ils ne l'ont pas fait, et leur navire marchant au hasard, a donné sur tous les écueils. Les chrétiens, au contraire, qui marchent à la lumière de la révélation divine, possèdent la règle de vérité. Us savent que le premier caractère de la justice est de connaître ses devoirs envers Dieu, que le second, qui ne fait qu'un avec l'autre, est de connaître ses devoirs envers le prochain, qui est l'image de Dieu. Le premier c'est la religion; l'autre, c'est la miséricorde ou l'humanité! Exercer rhospitalilé, racheter les captifs, assister la veuve et l'orphelin, soulager les malades, ensevelir les morts, c'est obéir à la loi de Dieu ; combattre ses passions, réprimer tout excès, triompher des affections déréglées des sens, être chaste dans le mariage et hors du mariage, ce sont là tout autant de moyens de s'élever à la'gloire de Dieu lui-môme, en imitant sa vertu. Les systèmes des philosophes n'ont su enseigner ces devoirs sublimes ; ils se sont tenus à la morale de rintérôt. Ce sixième livre abonde en grandespensées. « Il suffit d'être misérable, s'écrie Lactance, pour avoir droit à notre humanité... Si vous avez des prédilections, qu'elles soient pour celui de qui vous n'avez rien à espérer... Qui peut secourir le malheureux qui

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périt, et ne le fait pas, Tassassine... Si vous comptez sur la reconnaissance des hommes, ce n'est plus humanité, ce n'est plus que spéculation; c'est s'obliger soi-même, et non pas le proèhain... 11 faut aimer le prochain, par cela seul qu'il est homme, et qu'à ce titre il est tout ce que nous sommes. » — Lactance s'élève au nom de l'humanité contre les spectacles du cirque, où l'on se fait, un jeu de ce qui tue les âmes. Les représentations théâtrales ne sont pas à ses yeux n\oins coupables ; elles laissent dans l'âme du spectateur l'impression vive des passions les plus criminelles. 11 condamne même les concerts domestiques où le vice et la séduction se glissent par ce que l'on entend. Enfin dissertant sur le culte qui est dû à Dieu, il estime que la majesté divine ne demande pas des temples construits à grands frais. Le septième et dernier livre traitede la lin de l'homme. Né pour connaître et honorer le Créateur, il recevra, s'il le sert fidèlement, l'immortalité pour récompense. Un jugement terrible suivra la dissolution de l'univers. Gomme autrefois l'Egypte, la Perse et l'Assyrie, l'empire romain sera démembré, les plus effrayants phénomènes se succéderont sans relâche dans le ciel et sur la terre et gla- -ceront tous les cœurs d'épouvante. Enfin le son^iié la trompette fatale se fera entendre, les abîmes s'ouvriront, les sépulcres rendront leurs morts et ceux qui auront fait plus de mal que de bien seront condamnés aux peines éternelles. Parce qu'ils ont péché avec leur corps, leur corps ressuscité expiera leurs péchés. Lactance prouve par de nombreux arguments l'immortalité de l'âme et s'efforce d'expliquer sous quelle condition cette immortalité naturelle devient en même temps une immortalité bienheureuse. De brillants tableaux dans lesquels les idées millénaires trouvent une large place dépeignent les félicités des justes. Lactance a donné lui-même des Institutions divines, un abrégé, sous le nom de Epitome Insiiiniionum ad Pentadium, dont le commencement qui manquait déjà au quatrième «iècle,.a été retrouvé par le chancelier PfafF, dans la bibliothèque de Turin. C'est une brillante analyse à laquelle il a ajouté des détails nouveaux. Un traité De ira Dei, de la colère de Dieu, adressé à un certain Donatus et postérieur aux Institutions, a pour but de montrer que la justice de Dieu, quand il punit, est nécessairement fondée dans son essence. Aux épicuriens et aux stoïciens qui n'admettaient aucune réaction de Dieu contre les méchants, soit pour ne pas troubler son repos et son oisiveté, soit pour ne rien lui attribuer d'humain, Lactance fait voir qu'on ne saurait se représenter d'une manière convenable l'essence de Dieu et ses œuvres en en excluant l'idée de la Providence. Si Dieu est sans colère contre l'impiété et le crime, il sera sans amour pour la vertu et la piété ! On ne peut aimer ce qui est bien, sans haïr ce qui est mal. Ce que l'on ne craint pas, on le méprisé; ce que Ton méprise, on ne l'honore pas. 11 ne peut y avoir de crainte, là où il n'y a point de colère. Si c'est Dieu qui gouverne le monde, il prend nécessairement intérêt à ce qui trouble son gouvernement. S'il y a une Providence divine, elle veille indispensablement sur tout le genre humain pour en assurer l'existence et la con-

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servation. Dieu est patient, Dieu retient sa colère ; il laisse au* pécheur le temps du repentir. — Des doutes sérieux ont été élevés par Le Nourry {Apparatus, etc., II, p; 1643 ss.) contre Tauthenticité du traité de la mort des persécuteurs De morte persecutorum^ mentionné par Jérôme sous le titre de l>e persecutione, mais il y a des raisons internes et externes suffisantes pour l'attribuer à Lactance. Le but de cet ouvrage •est de démontrer historiquement la vérité de la religion chrétienne par la fin tragique de tous ceux qui ont persécuté TEglise de Jésus- •Christ. IldécritavecdétailslesperséculionsdeNéron, deDomitien, de Dèce, de Valérien,de Dioclétienet de ses associés àTempire et se terminepar la mortde Timpératrice Valérie et le rétablissement d^ la paix •de TEglise en 314. Ce traité est important pour Ihistoire ecclésiastique. Lactance affirme que son récit est appuyé sur le témoignage de personnes dignes de foi. — En dehors de ces écrits, bon nombre ont été perdus. Jérôme signale un /^ineratre ou voyage d'Afrique à Nicomédie en vers, deux livres à Asclépiade, huit livres de letlres, dont quatre à Probus, deux à Sévère et deux à Démétrius, traitant la plupart de géographie et de philosophie. Il semblerait aussi, d'après deux passages des Institutions (VII, 1 ; IV, 30) que Lactance avait écrit ou projeté d'écrire quelques autres ouvrages polémiques contre les philosophes, les juifs et tous les hérétiques. Enfin on lui attribue deux poèmes dont il n'est évidemment pas l'auteur : le De Phœnice qui a dû être composé par un païen, et le De passione domini, qui est du -sixième ou septième siècle. — Plus orateur que philosophe, plus rhéteur que dogmaticien, Lactance s'est montre plus habile dans la polémique contre le paganisme, qu'exact dans l'établissement de la •doctrine chrétienne. Ses écrits dénotent une connaissance peu sûre •de la vérité évangélique. Synergiste dans sa sotériologie, il est presque manichéen dans sa doctrine du péché ; aussi le pape Gélase a-t-il placé ses écrits au nombre des apocryphes. Jérôme avait déjà •dit de lui « qu'il montre plus de force en combattant l'erreur, qu'en établissant la vérité » (Ep. 13. Ad Paulin,), Comme la plupart des écrivains de son époque, Lactance manque de cette précision que l'on rencontrera chez leurs successeurs. 11 croit à la trinité, il croit à la divinité du Fils qu'il appelle sernio Dei, mais en même. temps il redoute d'affirmer sa pleine déité, de peur de tomber dans le monothéisme pur. 11 est donc intéressant à étudier au point de vue de l'histoire des dogmes. Ses écrits peuvent donner une idée du vague théologique qui existait dans l'Eglise avant la période des grands •conciles œcuméniques, conciles qui à leur tour ont donné à la doctrine chrétienne des formes trop arrêtées. — De tous les Pères de i'Ëglise, Lactance est celui dont les écrits ont été le plus souvent imprimés. On compte plus de cent quinze éditions de ses œuvres. La première et la plus ancienne est celle de Pannarz et Schweinheim, imprimée en 1465 dans le Monasteriuvi sublacense. L'une des meilleures est celle de Le Brun et Lenglet du Fresnoy, Paris, 1748, 2 vol., revue par 0. Fr. Fritsche, Leipzig, 1842. Sur la vie et les écrits •de Lactance on consultera avec fruit Mœhler, Patrologie, 1, p. 917-933;

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III, p. 207-2:22 de la traduct. franc., Louvain, 1844; Th. Prcssel, art. Laclantius, dans VEnqfl, de Herzog, VIII, 158-161 ; Ampère, ffist. l'Ut, de la France avant Charlemogne; A. Eberl, Gesck. dtr chrislL lat. Lit., Leipzig, 1874., etc., etc. Louis Ruffet.

LADVOCAT(Jeari-BaplisteJ, compilateur et hébraïsant distingué, né à Vaucouleurs en 1709, mort à Paris en 1765, docteur en théologie de la Sorbonne, et curé de Domremy. Plus tard il professa l'hébreu à la Sorbonne, dont il devint bibliothécaire. Parmi ses ouvrages nous citeterons : 1** Grammaire hébraïque à V usage des écoles de Sorbonne, etc., Paris, 1753, réimprimée souvent; 2** Interprétation liistorîqve et critique du psaume LXVIII, Paris, 1767; 3° Tractatus de conciliis in génère^ Gaen, 1769 ; 4' Dissertation historique et critique sur le nau/rage de saint Paul, 1752; 5® Dictionnaire historique portatif, contenant f histoire des patriarches, des princes hcbi^euXs des papes, des saints Pères, des évêques, des cardinaux célèbres, Paris, 1752, 1755, 1760, 2 vol. in-8**; 1821-1822, 5 voL in-8*'; 6° Jugement sur quelques nouvelles traductions de l'Ecriture sainte d'après le texte hébreu, La Haye, 1767 ; 7* Dictionnaire géographique, très répandu, fait en collaboration avec Vosgien, sous le nom duquel l'ouvrage parut pour la première fois à Paris en 1747.

LA FAYE (Antoine de), sieur de la Maisonneuve et de Gournay en Beauvoisis, fut l'un des pasteurs de l'Eglise réformée de Paris, à laquelle il semble avoir été prêté par celle de Genève. Un de ses contemporains le qualifie de ministre genevois, dans le litre d'un opuscule biographique consacré à sa mémoire : De vita etoùitû Antouii Fagi, ministri genevensis, 1609. 11 ne faut pas le confondre avec un autre Antoine de la Faye, ministre genevois, mort en 1618 et plus connu que lui. Le sieur de la Maisonneuve figure déjà, comme pasteur de Paris, au synode national de Figeac (1579), qui le choisit pour modérateur. On a conservé les lettres qu'il écrivait, de 1582 à 1584, à ses collègues de NeuOhâtel, pour les prier de renvoyer à Paris le pasteur D'Aniours. Après la journée des Barricades (12 mai 1588), qui fut le triomphe de la Ligue, et durant le règne des Seize, l'Eglise de Paris semble s'être éteinte pour plusieurs années; en 1589, La Faye, réfugié à Londres, engageait au service de cette Eglise, « de laquelle il espérait en bref le rétablissement », un jeune homme nommé Pierre Du Moulin, dont les études n'étaient pas achevées. Cette Eglise «n'était point», dit le môme Du Moulin dans son Autobiographie. La Faye ne tarda point à rentrer en France et fut l'un des aumôniers d'Henri de Navarre, devenu bientôt après roi de France. Le matin du jour de son abjuration (25 juillet 1593), Henri IV le fit venir pour lui adresser ses adieux, et ne sachant que dire, ne pouvant maîtriser son émotion, se mit à fondre en larmes, en l'embrassant à plusieurs reprises, et pleura sur son épaule. Le soir, La Faye annonçait le funeste événement à Th. de Bèze, et datait sa lettre du « jour mémorable et lamentable à tous les gens de bien et craignant Dieu. » Restée fidèle à sa foi, Gatherine de Bourbon, sœur d'Henri, mit l'aumônier de son frère au nombre des siens. Le 6 avril

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