‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 168 sur 170 · JEAN XXIII · texte numérisé non relu

JEAN XXIII

il se rend à Viterbe, puis dans un faubourg de Florence ; il adresse des suppliques aux souverains étrangers et particulièrement à Sigismond qui saisit Toccasion pour devenir l'arbitre de la chrétienté et pour imposer à Jean sa volonté. Celui-ci avait décidé que le concile se tiendrait dans une ville d'Italie, mais au dernier, moment il donna pleins pouvoirs aux légats chargés de traiter avec le roi des Romains qui désigna Constance comme siège de la future assemblée. Le pape, tout en accusant ses légats de faiblesse, accepte le choix fait par Sigismond et convoque, après une entrevue avec ce dernier à Lodi, les représentants de la chrétienté à Constance pour le !•' novembre 1414. Cependant la mort de Ladislas(août 1414) réveille son courage et son ambition ; il pense un instant à rompre avec Sigismond et à retourner à Rome. Les cardinaux de son propre parti combattent ce projet et « entraîné parle destin » il prend la route d'Allemagne. Arrivé à Constance le 25 octobre il ouvre les séances du concile le 5 novembre et peut croire d'abord, au respect " qu'on lui témoigne, qu'il est le chef incontesté de la chrétienté. Son illusion fut de courte durée. Ses ennemis, qui étaient nombreux, lui reprochent son passé, lui imputent, à tort ou à raison, des crimes énormes ; ils obtiennent le vote par nations, traitent sur le môme pied Benoît XIII, Grégoire XII, les papes schismatiques et le successeur d'Alexandre V. il ne reste plus à Jean qu'à renoncer à la tiare à la condition que ses deux rivaux y renonceront. Mais tout espoir n'est pas encore perdu : d'accord avec le duc Frédéric d'Autriche, il s'enfuit de Constance (21 mars 1415) persuadé que son départ entraînerait la dissolution du concile. 11 n'en fut rien : l'assemblée après un premier moment d'effarement prend des mesures énergiques. Elle fait arrêter le pape fugitif à Fribourg, le suspend de sa dignité, entame son procès et le 29 mai 1415 proclame -sa déchéance. Jean se soumît avec calme à la sentence prononcée contre lui et subit sans réclamer une détention de trois années au château de Heidelberg soùs la garde du comte palatin Louis. En décembre 4418 il obtint sa liberté moyennant 35,000 florins d'or payés au Palatin ; il se rendit aussitôt en Italie, fut accueilli parles Florentins, ses anciens alliés avec des marques de profonde sympathie et avec bienveillance et bonté par le nonveau pape Martin Vqui se trouvait précisément àFlorence. Jean se jeta aux pieds de son successeur et le reconnut seul chef de l'Eglise : « Moi seul, lui dit-il, ai convoqué le concile ; j'ai toujours travaillé pour le bien de la sainte Eglise romaine ; tu es de ceux qui savent la vérité. » Martin Y, sur les instances des Florentins, lui accorda la dignité de doyen du collège des cardinaux. Jean mourut six mois après cette entrevue le 22 décembre 1419 ; Léonard d'Arezzo a dit de lui en exagérant peut-être, sa valeur d'homme d'Etat : In temporalibus quidem magnus, in spiritualibus nuUiAS omnino el ineptus, — Voyez : Léonard d'Arezzo, Commentarius rerum suo tempore gestarum, Muratori, t. XIX ; les lettres du même, édition Mehus, Flor., 1741 ; Théodore de Niem, VUa Johannis XXIIIy éd. Meibom, Francfort, 1620; les historiens des conciles de Pise et de Constance ; Aschbach, Ges-

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chichle des Kaisers Sigmunds, Hambourg, 1838-1845; Aebi, Sigmunds Steilung zuPapsi Johannes^ etc., apud Kopp, GeschichtdflœUer aus der Schweiz. G. Léser.

LANSUEDOC (Le protestantisme en). Cette province, appelée autrefois Narbonnaise, puis Septimanie, une des plus importantes de Tancienne France, s'étendait sur une longueur d'environ 272 kilomètres et une largeur de 136, de la Garonne à Touest au Rhône à Test, entre la Méditerranée, le Roussillon, les Pyrénées et le pays de Foix au sud, et le Forez, TAuvergne, le Rouergue et le Quercy au nord, et avait pour capitale Toulouse. Elle se subdivisait au seizième siècle en haut et bas Languedoc et renfermait un grand nombre de pays dont voici les principaux : le Toulousain, l'Albigeois, le Lauragais, le Castrais, la vicomte de Narbonne et la sénéchaussée de Carcassonne en haut Languedoc ; Montpellier, le Nemosez, rUzegais, le Vivarais, le Yelay, les Cévennes et le Gevaudan en bas Languedoc. Inféodée à la couronne de France vers le treizième siècle, elle se partageait, au spirituel, en vingt-trois diocèses, soit trois archevêchés, ceux d'Albi, de Toulouse et de Narbonne, dont les deux derniers formaient la provincia Narbonensis, et vingt évêchés. Il y avait un parlement à Toulouse, une cour des comptes, aides et finances à Montpellier, et les trois ordres du pays se réunissaient chaque année en états. Au dix-septième siècle Richelieu établit en Languedoc, comme ailleurs, un intendant relevant directement de la couronne et destiné à faire échec à la toute-puissance du gouverneur et des états de la province. En 1790 le Languedoc forma les huit départements de la Haute-Garonne, du Tarn, de l'Aude, de l'Hérault, du Gard, de la Lozère, de la Haute-Loire et de l'Ardèche, plus un coin du Tarn-et-Garonne. Le Languedoc a été agité plus fortement peutêtre qu'aùcuneautre partie de la France parles deux crises religieuses de l'albigéisme et du protestantisme. La première ayant été traitée au mot cathares, nous ne nous occuperons, très brièvement, que de la seconde. — Un historien catholique qui s'efforce d'être impartial, dom Vaissète, convient dans son Hist, du Languedoc que « l'hérésie dut sa principale origine à la corruption des mœurs, au relâchement de la discipline ecclésiastique, à l'ignorance du clergé et à la négligence des évoques qui, la plupart, dévorés par l'ambition et l'avarice, cherchaient à accumuler bénéfices sur bénéfices et s'embarrassaient fort peu du soin de leurs diocèses dont ils étaient toujours absents, et dont ils abandonnaient le gouvernement à des grands vicaires. D'un autre côté, le clergé régulier, las de porter le joug de la règle, cherchait à le secouer; de là vient qu'on vit depuis le commencement du seizième siècle, mais surtout sous le règne de François P% tant d'anciennes cathédrales ou abbayes où la vie régulière avait été pratiquée jusqu'alors, quitter les observances monastiques, pour embrasser en se sécularisant, une vie plus commode et moins dépendante. Il en fut ainsi à Toulouse, Nîmes, Montpellier, Tulle, Limoges, Albi, Montauban, Alet, Castres, Figeac, Gaillac, Conques, Psalmodi, Saint-Gilles, etc. » Nous avons une preuve frappante

de cette «corruption », fournie par TEglise catholique elle-même, dans les Actes du concile de la province de Narbonne en 1551. On s*y élève contre les fêtes des fous., des enfants de chœur, et les bals dans les églises et dans les cimetières, et contre le chant d'insanités comme celle-ci ; « Mémento Domine, David sans truffées. » etc. La première date protestante en Languedoc est celle de 1527 où le « cordelier de Mannabosque » prêche la réforme à Castres. L'année suivante, 1528, deux de ses collègues en font autant à Annonay.Ils sont naturellement emprisonnés avec 25 hérétiques et Tun môme brûlé vif à Vienne. En 1531 on signale les nouvelles idées à Carcassonne, et dès 1532 à Toulouse où elles sont introduites par des étudiants étrangers. Le parlement fait arrêter la plupart des « nouveaux sectaires » le jour de Pâques, 31 mars de cette année. Jean Boissoné, professeur en droit civil, abjure publiquement Thérésie, mais Jean Caturce, natif de Limoux, bachelier en droit civil, est brûlé vif, vingt autres sont emprisonnés et trente deux absents ajournés par cri public. En 1533 un religieux augustin resté inconnu prêche dans le même sens à Nîmes. Le célèbre cardinal Odet de Châtillon fut archevêque de Toulouse de 1534 à 1553, puis de 1560 ai 1562. Il ne professa ouvertement la réforme (à Beauvais) qu'en 1561, mais avant cette date il ne lui fut sans doute pas défavorable. En 1538 elle fut cause de la mort d'un jacobin, Louis de Rochète qui était inquisiteur de Toulouse et fut livré par les grands vicaires de l'archevêché. Ce qui prouve les progrès de l'hérésie, c'est qu'en 1541 le roi envoie un président et douze conseillers du parlement tenir à Nîmes les grands jours avec mission expresse « d'extirper cette malheureuse secte luthérienne. » Le collège de Nîmes l'avait, en eifet, vue apparaître dès 1540 dans la personne de son recteur, Claude Baduel et du professeur de philosophie. Guillaume Bigot, bannis dès l'année suivante, et une cause semblable ne tarda pas à faire confier la direction de celui de Tournon aux jésuites dont ce fut le premier collège en France. Un peu plus tard on la poursuit jusque dans les montagnes du Velay, du Vivarais et des Cévennes. A partir de 1550 peu de parties de la province échappent à la contagion. Les états se plaignent amèrement de la non-résidence des dignitaires ecclésiastiques que pour cette raison, le roi menace même de la saisie de leur temporel, et ordonnent aux pères de famille d'obliger leurs domestiques à fréquenter les églises. Diverses exécutions de protestants ensanglantent les villes d'Annonay, Bagnols, Nîmes, Montagnac, Béziers, Beaucaire, Pézénas, Castres, Montpellier, Toulouse, d'où Antoine de Lautrec, conseiller au parlement, s'échappe pour vivre suivant ses convictions à Genève (1553), exemple qu'imite, en 1556, Jean de Lettes, évoque de Montpellier. En 1557 on se plaint même vivement des abus et malversations que commettent les officiers des cours des inquisiteurs de la foi ; le rqi donne, en conséquence, pouvoir aux juges royaux de connaître du fait de la religion et décide que les évêques seront appelés aux jugements rendus en cette matière par les parlements et les sièges présidiaux. —En 1560 les Eglises sortent partout de l'obscurité. Une des

premières organisées fut celle de Nîmes, grâce au pasteur Guillaume Mauget qui eut pour collaborateur Pierre de la Serre et pour successeurs Jean Mutonis et Martin, et put fonder aussi TEglise de Montpellier ob Jean Chassanion lui succéda. Maispresque partout, notamment à Nîmes, Annonay,Marsillargues,Galvisson, Aigues-Mortes, Vauvert^ Gignac, Lodève, etc., cette organisation, accompagnée, soit de la demande ou de la prise par les protestants, d*un lieu de culte, soit de prôchespublics, occasionna des troubles sanglants suivis d'expulsions ou de suspensions de Texercice, plus ou moins prolongées. Ailleurs, là surtout où la presque totalité des habitants se déclare pour la Réforme, Torganisation de TËglise se fait sans de trop grandes diffi* cultes. G'ôst le cas pour Montauban, Anduze, Montpellier et Gastres. Dans cette dernière ville où TEvangile avait été annoncé par les ministres GeoiTroy Brun, Nicolas Foulion, dit la Vallée, Pierre de Losteau et Pierre» Barthe, dès 1561 les consuls se convertissent et environ quatre cents familles suivent leur exemple ; Tannée suivante les protestants se rendent maîtres de la ville où, au témoignage d'un franciscain, « rien ne fut gasté ny personne des catholiques forcé, » et l'église va être longtemps desservie par les pasteurs Fleury de la Rivoire (1561-1591) et de Bosque (1563-1579). Un contemporain,. Gâches, décrit ainsi le changement ide mœurs qui suivit ce changement de religion : «Les hommes s'abstençient des jeux, danses, mascarades et autres débauches ; les femmes aussy se reformoient en tout, cheminant chacun en toute simplicité en sa vocation. On n'entendoitpas de blasphèmes ny jurements, et sy quelqu'un s'oublioit,il estoit gravement censuré. » Le protestantisme grandit ainsi au point qu'on put bientôt compter environ soixante douze Eglises plus ou moins organisées, en Languedoc. Mais là même où les commencements furent relativement paisibles, la réaction ne tarda pas à répandre le sang. En vain les religionnaires avaient, dès octobre 1560, demandé la liberté de conscience aux états de la province assemblés à Beaucaire. On refuse de les écouter, on brûle leurs livres, on s'empare de Montpellier, on tue à Aigues-Mortes le ministre, le maître d'école et plusieurs protestants, on cerne, à Saint-Jean de Gardonenque, et condamne à mort ou à l'amende honorable les Gévenols qui s'étaient mis sur la défensive, on massacre les huguenots à Beaucaire, et l'on commet contre eux tant d'excès à Béziers et à Montpellier que dans cette dernière ville ils perdent patience, combattent et deviennent les maîtres en 1561. Un colloque s'y réunit dès le mois d'octobre et les Eglises de Pézénas, Gignac, Montagnac, Glermontrde- Lodève, Poussan, Gournonsec, Montbazon, Cournonterrail, Mirevaux, Villemagne, Villeneuve, Fabrègues, Gigean, Frontignan, Lunel, Béziers, Mauguio, s'y font représenter et demandent des temples aux états alors assemblés à Béziers. Leur requête est rejetée par trente-sept voix contre vingt et une qui protestent inutilement contre une demande adressée au roi en faveur du rétablissement du catholicisme. Ges excès et cette intolérance eurent pour effet l'expulsion des catholiques de plusieurs villes appartenant aux protestants ;

la situation s^envenima malgré les conseils de Calvin et bien que le synode provincial réuni à Nîmes en février 1562 sous la présidence de Pierre Viret qui avait gagné presque toute la ville à la Réforme, et auquel prirent part soixante-dix délégués, se fût énergiquement prononcé contre la violence et pour la conciliation. — L'édit de janvier sert de prétexte au fanatisme clérical. Le parlement de Toulouse ne l'enregistre, le 6 février 1562, que « sauf la souveraineté en cas d'abus et en cas d'occurente nécessité, et qu'il ne sera loisible aux officiers du roi d'aller ou assister aux assemblées ou prédications des ministres, etc. »DepuispIus d'un an les pasteurs Nicolas Foulion,Abel du Nort d'Agen, Jean Cormères dit Barrelles, Levieux Molinet, puis François Diabat, Antoine de Bellerue et Arrien Chaumière prêchaient plus ou moins secrètement l'Evangile à Toulouse ; les huit capitouls étaient gagnés ainsi que vingt-cinq membres au moins du parlement et environ vingt mille habitants, de sorte que le lendemain de l'enregistrement de l'édit (7 février) on y avait commencé l'exercice public et la construction d'un temple en charpente hors la porte de Villeneuve. Le 2 avril les catholiques s^opposent à un enterrement huguenot, les prêtres font sonner le tocsin et se ruent sur eux. Ceux-ci résistent, s'emparent de l'hôtel de ville, du 11 au 12 mai, et s'y barricadent. Les évêques assistés de Montluc, Terride, et de la population catholique, essaient imutilement de les incendier. On convient donc d'un accord qui permet aux huguenots de demeurer ou de se retirer en abandonnant l'hôtel de ville et les armes. Ils célèbrent la cène et se retirent. Alors les catholiques se ruent sur eux et la ville est ensanglantée jusqu'au 17 mai par un massacre qui coûte la vie à trois ou six cents selon les uns, trois ou quatre mille personnes selon les autres, Montluc, qui n'était pas tendre, écrit : « Et ne vis jamais à ma vie tant de testes voler que lirent-là ! » Le parlement ne s'arrête pas là, mais sévit pendant plusieurs mois contre les suspects au nombre desquels il range le viguier Portai, le capitaine Saux, l'avocat Teronde, les présidents Mansencal, du Paur, Bernui et vingt-huit conseillers. Ce qui montre l'étendue du mouvement, c'est que tous les religieux augustins avaient apostasie. Bref, jusqu'en mars 1563 pas un jour ne se passa sans exécutions, bien que le roi et la reine mère eussent envoyé des lettres d'abolition, ordonné de surseoir aux procédures, et même retiré au parlement la connaissance du délit d'hérésie pour l'attribuer au sénéchal ou aux premiers juges. Nous possédons {Fr, Prot.y 2« éd.. Il, 45 ss.), pour la période seulement du 26 mai au 18 décembre 1562, une liste de mille sept cent quatre-vingt-quatorze condamnés (dont dix prêtres ou moines et pas une seule femme) qui prouve que le parlement ne cherchait qu'à transformer les massacres en opérations juridiques et à fournir une apparence de légalité pour les confiscations. Les protestants qui échappèrent se réfugièrent à Montauban, Lavaur, Rabastens et Castres. Pendant ce temps on en avait assassiné un grand nombre aussi à Castelnaudary et à Carcassonne et on les avait expulsés de Narbonne. de Leucate et d'Agde. La guerre devient inévitable. Montauban, Castres, Castel-

naudary et presque tout le bas Languedoc se déclarent pour le prince de Gondé qui leur envoie le baron Jacques de Grussol, seigneur de Beaudiné. En haut Languedoc les catholiques, soutenus surtout parle cardinal d'Armagnac, archevêque de Toulouse, et par le cardinal Strozzi, ^vêque d'Albi, exterminent cinq à six cents religionnaires, dont les ministres Pierre du Périer etVignaux, à Gaillac et à Limoux, échouent devant Montauban, et les états tenus à Garcassonne ordonnent des processions tous les dimanches et de tenir registre de ceux qui feraient leurs Pâques afin de connaître les catholiques et de pouvoir « chasser » (!) les autres. Enfin, le 2 mars 1563 ils formaient, avec Tapprobation du parlement de Toulouse, pour les villes et diocèses de son ressort, une association armée, pour la défense de la religion catholique. G'est peut-être le premier début de la Ligue en France. En bas Languedoc les huguenots se livrent d'abord à des représailles à Beaucaire et à Béziers et sont battus parle vicomte de Joyeuse, mais ils réussissent, en général, à maintenir leurs positions, sauf à Pézénas et environs, et en novembre 1562, Jacques de Grussol est nommé gouverneur de Nîmes par rassemblée tenue dans cette ville, tandis que son frère Antoine devient général en. chef. L'édit d'Amboise ( mars 1563) n'est enregistré à Toulouse le 16 avril qu'avecdes restrictions. Les conseillers et capitouls proscrits sont rétablis dans leurs fonctions, mais comme les premiers reAisent de prêter serment aux articles de foi arrêtés par la Sorbonne sous François I", on les récuse dans les affaires de religion. — Le 12 mai le maréchal de Dam ville succède au connétable de Montmorency son père dans le gouvernenient du Languedoc et se signale par des pendaisons de ministres à Uzès et à Pamiers, par le sac de cette ville, par des changements de consuls, et par Tappui qu'il donne à la demande réitérée des états de ne permettre que le seul exercice de la religion catholique dans la province. Le roi la parcourt en 1564 et 1565 et la réaction y est si . forte que Damville va jusqu'à arrêter de Glausonne, l'un des deux délégués qui présentent au roi les doléances des huguenots. Le catholicisme est rétabli à Montpellier, Pont-Saint-Esprit et Nîmes, et dans cette dernière ville cinq chanoines de la cathédrale sont même condamnés en 1566 pour avoir embrassé le protestantisme. Au même moment les jésuites, expulsés de Pamiers, commencent à diriger un collège à Toulouse. Grâce à ces efforts et à beaucoup d'autres du cléricalisme, la deuxième guerre de religion devient déjà plus meurtrière que la première. Les huguenots, plus forts que naguère dans le Castrais et en général dans le haut Languedoc, commencent à démolir les églises, entrent le 30 septembre 1567 à Nîmes où Damville avait injustement établi des consuls catholiques, et malgré les efforts des pasteurs, y massacrent de soixante-dix à cent catholiques (Michelade). L'évêque Bernard d'Elbène est sauvé par un protestant, et celui de Lodève, Claude Briçonnet, venge le catholicisme en faisant arrêter et tuer quarante-trois protestants, tandis que le parlement de Toulouse condamne à mort cent quatre Nîmois. Montpellier et, en général, le bas Languedoc sont repris par les huguenots, et tandis qu'à Béziers

les états offrent leurs biens et leurs personnes en faveur d'une ligue catholique du Languedoc avec la Guyenne, la Provence et leGomtat, Tarmée des vicomtes se forme aux environs de Castres et de Montauban et va joindre Gondé à Chartres. Le parlement de Toulouse fait saisir et exécuter le gentilhomme Rapin qui lui apporte les articles de la paix de Lonjumeau (mars 1568) et ne les enregistre qu'après quatre jussions (5 juin). Montauban et Castres refusent naturellement de se soumettre. Montpellier y consent, grâce aux efforts du pasteur La Place obligé de fuir lorsque les catholiques le remercient en incendiant le temple, tandis que son collègue d'Aniane est massacré. La troisième guerre éclate aussitôt. Pendant que les huguenots, toutpuissants autour d'Alais, de Castres et d'Albi en Languedoc, perdent la bataille de Jarnac à cause de Tabsence de Tarmée des vicomtes, puis celle de Moncontour, pour ravager ensuite les environs de Toulouse sous Goligny, et établissent avec les conseillers fugitifs de cette ville une Chambre souveraine à Castres, et que les catholiques dévastent le pays de Foix et les environs de Nîmes, le parlement et les états redoublent de fureur. Approuvée par une bulle papale, la Ligue est organisée à Toulouse le 12 septembre 1568, la croix blanche arborée, et la croisade p'rôchée au cri de : « Eamus nos, moriamur pro christo, » A Carcassonne, les états réclament l'abolition de la liberté de conscience, la publication du concile de Trente, le rétablissement des inquisiteurs, et la saisie des biens, môme de ceux qui, quoique catholiques, avaient refusé de prendre les armes pour le roi (novembre 1569). La paix de Saint-Germain (août 1570) permet aux protestants du Languedoc l'exercice dans les lieux qu'ils possèdent, plus à Aubenas, au faubourg de Montagnac, et leur accorde Montauban comme ville de sûreté. Mille sur deux mille d'entre eux qui s'étaient enfuis de Montpellier y reviennent, mais ne peuvent célébrer leur culte qu'à Saint-Jean de Vedas. Le parlement n'enregistre l'édit que « de très exprès commandement du roi », et les états ne l'acceptent que « pour faire rétablir le catholicisme dans les lieux d'où il avait été banni. » — En 1572, « quoique le roi qui avait fait de grands progrès dans l'art de dissimuler, eût envoyé des émissaires secrets aux gouverneurs des provinces pour faire égorger tous les religionnaires, tandis qu'il déclarait extérieurement qu'il voulait maintenir les édits de pacification » (Vaissète), Joyeuse, lieutenant du roi en Languedoc, s'efforça d'accord avec Damville, de s'en tenir aux déclarations publiques de Charles IX, c'est-à-dire d'éviter l'effusion du sang. 11 réussit à Montpellier et à Nîmes. Mais à Castres les huguenots s'enfuirent de sorte que les catholiques s'emparèrent de la ville, et dans beaucoup d'Eglises le culte fut suspendu. Enfin trois cents protestants dont trois conseillers du parlement, Jean de Coras, François de Ferrières et Antoine Lacger, furent traîtreusement assassinés à Toulouse sur l'ordre de l'avocat général Jean-Etienne Dutanti ainsi que du roi qu'on avait consulté au moyen de députés. Des massacres analogues eurent lien à Gaillac, Rabastens et ailleurs. Beaucoup d'abjurations précèdent la quatrième guerre civile pendant laquelle

les hugnenots s'organisent, surtout à Réalmoat (mai 1573), se fortifient dans beaucoup de localités, et ne perdent en réalité que le Yelay où les protestants de Tence sont mis à mort et où le culte ne subsiste qu'à Saint- Vozi (SaintrVoy). Damville ne semble faire la guerre qu'à regret, surtout après avoir inutilement perdu près de mille hommes au fameux siège de Sommières (11 février au 9 avril 1573J que secourent les Cévenols portant au chapeau une cuiller d'étain avec ces mots : « 11 faut prendre peine pour boire de Teau vive. » Le traité de juin 1573 accordé après le siège de La Rochelle, ne permettant le libre exercice qu'à La Rochelle, Nîmes et Montauban, les protestants du Languedoc refusent de désarmer et tiennent successivement trois assemblées à Milhau et Montauban pour affermir et compléter leur organisation politique. Le haut Languedoc joint à la Guyenne et au Quercy, avec Montauban pour capitale, est placé sous la direction du vicomte de Paulin, et le bas Languedoc joint au Rouergue, avec Nîmes pour centre, est confié à Saint-Romain. Les huguenots possédaient à ce moment plus de deux cents villes, villages ou châteaux dans la province, savoir presque tout le Vivarais et une petite portion du Velay, toutes les Cévennes qui comptaient vingt-cinq à trente lieues d'étendue et soixante à quatre-vingts châteaux ou villages trèsforts, une partie du Gévaudan autour du Marvejols, cinquante à soixante villages ou châteaux du diocèse d'Uzès, Nîmes et les environs, quelques localités dans le diocèse de Béziers, vingt-cinq ou trente autour de Lodève, presque tout le Castrais, Lombers et Réalmont en Albigeois, Puilaurens en Lauraguais, Buzet et Montesquieu dans le Toulousain et environ vingt-cinq lieues de territoire autour d'Alet. C'était là un parti imposant dont les délégués ne purent néanmoins obtenir qu'une trêve provisoire, et qui devait naturellement être convoité par celui des politiques. Le maréchal^ de Montmorency s'étant mis à la tête de ce dernier parti, Damville son frère puîné devient suspect au roi qui cherche à le faire prendre et remplacer par François de Montpensier, dauphin d'Auvergne. Mais le gouverneur du Languedoc prévient l'orage, se justifie, et pour se ménager une retraite, conclut à Montpellier, avec tous les huguenots du Languedoc, une trêve qui devait durer jusqu'au 1" janvier 1575. Charles IX meort le 30 mai 1574, quatre jours après avoir ordonné la saisie des biens des religionnaires de Toulouse qui n'étaient pas encore confisqués. Damville, dépossédé de son gouvernement qu'on donne au dauphin d'Auvergne, remplacé par Jacques de Crussol, duc d'Uzès, protestant, mais ennemi de Montmorency, entre le 1" août en négociation avec l'assemblée de Milhau qui le nomme gouverneur du Languedoc à la condition qu'il respecte la liberté de conscience. — Au début dç la cinquième guerre de religion Castres est reprise par les huguenots grâce à l'habileté de Jean de Bouffard, sieur de la Grange, et beaucoup d'apostats reviennent au protestantisme. Annonay, Aiguesmortes et en général toutle bas Languedoc, sauf Alaisetles environs de Béziers, tombent au pouvoir de Damville, pendant que le haut Languedoc est agité par une guerre de détail de plus en plus impi-

loyable. A Carcassonne, les états signent en janvier J576 les articles de la Ligue dressés par les consuls de cette ville, et par les capitouls de Toulouse et identiques à ceux de 1563. Le 14 mai un nouvel éditde pacification obtenu en partie grâce aux intrigues de la maréchale à Paris, crée une chambre mi-partie à Montpellier, donne aux réformés du Languedoc Beaucaire et Aiguesmortes comme places de sûreté, rend à Damville son gouvernement, et lui vaut les félicitations du pape. Au reste Tédit n'est pas enregistré à Toulouse et comme le roi ne Tavait accordé que dans l'espoir de le faire modifier parles étatsgénéraux de Blois, ceux de Béziers (novembre 1576) jurent de l'observer. Après en avoir trop longtemps imposé aux protestants, Djtmville finit par se réconcilier le 21 mai 1577 avec le roi, désormais à la tète de la Ligue sans toutefois se prononcer ouvertement pour elle. Elle est toute puissante en haut Languedoc où Joyeuse s'en constitue le chef, tandis que le bas appartient surtout aux politiques et aux réformés qu'on assiège vainement dans Montpellier. La paix de Bergerac (septembre 1577) remplace Beaucaire par Montpellier comme place de sûreté huguenote^ et transfère la chambre mi-partie à Revel. Les articles additionnels de Nérac, consentis, peut-être grâce à M, Béraut, pasteur'de Béziers, par Catherine de Médicis lors de son voyage dans le Midi (février 1579), ajoutent à Montpellier et Aiguesmortes les places de sûreté de Revel, Briatexte, Alais, Saint-Agrève, Bays-sur-Bays, Bagnols, Lunel, Sommières, Airaargues etGignac. La chambre de l'édit est définitivement installée à Lisle en Albigeois où elle fonctionne jusqu'en 1585 et un collège fondé à Monlauban. — En 1580, les catholiques inaugurent les hostilités par l'occupation de Sorèze qui leur est reprise la môme année, et le massacre des protestants, et par de nouvelles arrestationsdesuspectsà Toulouse. Turenne défend les huguenots du haut Languedoc et Châtillon ceux du bas ; mais grâce aux eiforts des conseillers de Clausonne et Vignolleset du pasteur Jean de Serres, qui sont contre la guerre, ce dernier n'est soutenu que par Aiguesmortes, Lunel et Sommières. Les articles de Pleix (novembre 1580) sont repoussés par le parlement de Toulouse, et le prince de Coudé et Turenne ne parviennent à faire observer la paix qu'en 1581. L'année suivante le duc et amiral do Joyeuse, fils du vicomte, nommé maréchal de France, commence à profiter de la faveur du roi pour essayer d'enlever le gouvernement de la province à Montmorency, qui aussitôt se rapproche de Condé et se retire à Alais. Peu à peu, vers 1584, il n'est plus obéi qu'en bas Languedoc, jusqu'à la rivière de l'Orb, tandis que son rival gouverne le haut Languedoc au nom de la Ligue. Les protestants combattent désormais sous Condé et Montmorency pour le roi de Navarre. Les ligueurs massacrent tous les protestants d'Alet, sauf deux, reçoivent avec enthousiasme le fameux édit de Nemours (juillet 1585), condamnent tous les huguenots et même les « temporiseurs » à être pendus comme criminels de lèse-majesté, et votent près de cent cinquante mille écus pour la guerre qui n'est plus interrompue que par de courtes trêves nécessitées par le labourage, et se concentre surtout

dans les diocèses de Narbonne, Béziers et Saint-Pons. Après la bataille de Centras, les états de Blois et rassemblée de la Rochelle qui décide la création d'une université et de chambres de justice à Montpellier et à Montauban, et d'un siège de sénéchal et de présidial à Castres, Toulouse, exaspérée par l'assassinat des Guises, se soumet à un conseil de dix-huit membres dirigés par le premier président Jean de Paulo et par le prévôt de la cathédrale Jean d'Affis, et se soulève contre le roi ainsi que les principales villes du haut Languedoc. Le portrait de Henri III est traîné par la ville au cri de « à cinq sols le roi tyran pour lui acheter un licol, » et comme le président Dur^nti et l'avocat Daffis veulent maintenir l'autorité de ce triste souverain, on les assassine le 10 février 1589. La fin du premier fut digne du zèle clérical qui l'avait poussé à fonder à Toulouse les confréries du Saint-Esprit, de la Miséricorde, des Pénitents et le collège des jésuites, à y appeler les capucins d'Italie, à y organiser la Ligue, et qui, depuis la Saint-Barthélémy, lui avait valu le surnom de « fléau des hérétiques. » — Pendant que Toulouse reconnaît le duc de Mayenne, Henri III s'unit au roi de Navarre et rend au duc de Montmorency son gouvernement. L'assassinat de Saint-Cloud fait pousser des cris de joie aux Toulousains qui vont jusqu'à introduire le nom de Jacques Clément dans les litanies des saints. Montmorency et Joyeuse conviennent d'une trêve qui doit se prolonger jusqu'en 1591, mais qui est interrompue par le siège de Leucate qu'entreprennent inutilement les Espagnols accourus au secours des ligueurs. En 1592, le duc de Joyeuse, parvenu enfin par la mort de son père au titre de gouverneur du Languedoc contre Montmorency, s'acharne à assiéger Villemur, et y est complètement battu et noyé. Ses frères, le cardinal et le capucin, ce dernier redevenu duc de Joyeuse après sa sécularisation, lui succèdent, le premier pour les afi'aires, le second pour la guerre, et concluent avec Montmorency une nouvelle trêve pour l'année 1593 pendant laquelle Henri IV abjure et nomme le gouverneur du Languedoc connétable. Assemblés h Montpellier en lo94, les réformés réclament le libre exercice partout, le libre accès aux charges publiques, l'entretien des ministres par l'Etat, le rétablissement de la chambre de l'édit et le maintien des places de sûreté, demandes dont les états assemblés à Beaucaire exigent au contraire l'annulation. Henri IV négocie avec les uns et les autres, et rétablit, en 1595, la chambre de l'édit en même temps que la messe à Castres, malgré les protestations du parlement qui quitte Toulouse. Il ne réussit à satisfaire les ligueurs que par l'édit de Folembray, du 24 janvier 1596. Ce traité stipule pour le Languedoc l*" qu'il n'y aura d'autre exercice que celui de la religion catholique à Toulouse et à quatre lieues à la ronde, ainsi que dans tout le ressort du parlement, sauf là où redit de 1577 permettait l'exercice de la R. P. K., en en exceptant toutefois Alet, Fiac, Auriac et Montesquieu; 2*> que le catholicisme serait rétabli partout où il avait cessé d'être- exercé, que les officiers du parlement réintégré à Toulouse, nommés par Mayenne, seraient maintenus, que le duc de Joyeuse serait nommé maréchal

de France et lieutenant général en haut Languedoc sous Tautorité de Montmorency, qui faisait administrer le bas Languedoc par son fils le duc de Ventadour, etc. Les jésuites sont maintenus à Toulouse et à Tournon, malgré Tordre d'expulsion donné aj)rès l'attentat de Châtel. Grâce à ces excessives concessions, les. ligueurs du Languedoc reconnaissent Henri IV en mars 1.VJG, et, après que les états eurent demapdé que l'édit de 1377 ne soit pas approuvé et que la chambre mi-partie soit transférée dans une ville catholique, le parlement consent à enregistrer celui de Folembray « sans approbation de la R. P. 11. » L'édit de Nantes respecte scrupuleusement ces stipulations et accorde aux protestants les villes de sûreté de Montpellier, Aiguesmortes, fort Peccais, tour Cai:bonnière, Gignac, Villemur, Sommières, Bays-sur-Bays, Marvéjols et Clermont de Lodève. Le parlement de Toulouse ne l'enregistre que le 19 janvier 1600 avec des modiflcations. L'année précédente, la retraite de Joyeuse aux Capucins avait permis de réunir en une seule les deux parties de la province officiellement séparées par les concessions faites à la Ligue. Dès 1600 les protestants assemblés à Castres se plaignent, bien inutilement, de rétablissement des confréries de pénitents ou des jésuites dans les villes de sûreté, de ce que ces derniers lèvent des impôts tant sur les protestants que sur les catholiques pour leurs collèges, et de ce qu'on impose des consuls catholiques aux mêmes villes. Ce qui prouve en(în que le clergé n'avait jusqu'alors guère profité de la réaction de la Réforme, c'est que le concile de Narbonne de 1609 défend encore de tenir des bals, des festins et des marchés dans les églises, d'y chanter les prophéties des Sybilles, d'y faire voler des pigeons et pleuvoir de l'eau et du fou le jour de la Pentecôte, etc. Le règne de Henri IV ne paciCa donc qu'incomplètement le Languedoc, le dota du port de Cette, du jardin des plantes et des chaires d'anatomie et de botanique de Montpellier, et fortifia le catholicisme presque partout où 11 était en lutte avec le protestantisme, qui ne gagna en réalité que la création de l'académie de Montauban que les jésuites réussirent, vers 1660, à faire transporter à Puylaurens où elle ne tarda pas à décliner. Les écoles de théologie qui existaient avant Henri IV à Nîmes et h Montpellier, et qui au commencement du dix-septième siècle purent s'appeler des académies, n'eurent qu'une existence précaire et se fondirent en une seule à Nîmes en i6!7. -^ Peu d'années après. la mort du Béarnais, l'état d'infériorité et de suspicion où ledit de Nantes plaçait trop souvent les protestants commença à porter ses fruits; impatiences et soulèvements stériles d'une part, découragement et désorganisation de l'autre. En 1612 un des pasteurs de Nîmes, Jérémie du Ferrier, abjure, et en 1615 les protestants du Languedoc sont sur le point de se soulever avec Condé, Chàtillon et Rohan. En 1620 on ne compte plus guère dans la province que 150 Eglises réparties comme suit : haut Languedoc et haute Guieane avec 7 colloques (Albigeois, Lauraguais, Foix, Rouergue, haut et bas Quercy) dont les deux premiers qui seuls appartenaient au Languedoc renfermaient

TII r;0

25 Eglises; bas Languedoc avec 3 colloques (Uzès, Montpellier. Nîmes) et 50 Eglises ; haut et bas Vivarais et Velay avec 3 colloques (haut Vivarais, Privas et Aubenas) et 28 Eglises; Cévennes avec 3 colloques (Sauve, Saint-Germain et Anduze)et 48 Eglises. Ces divisions ecclésiastiques correspondaient aux deux cercles politiques du haut et du bas Languedoc. Une année environ avant que Louis XUI allât soumettre de force le Béarn, la guerre éclate en Vivarais grâce à Tappui qu'il prùle aiux projets du sieur catholique de Cheylane lequel cherchait à s'emparer de Privas en épousant la veuve (protestante) du sieur Chambaud de la maison de Gouvernet. Les Cévenols se soulèvent à l'appel de Brison, sont battus, massacrés, et le duc de Montmorency qui avait succédé à son père en 1G14, donnant raison aux catholiques, occupe Privas et y introduit, le 1" mai 1620, la messe qui n'y avait pas été dite depuis iriOO. Ces injustices, l'affaire du Béarii et rassemblée de la Rochelle «yant fait prendre les armes à Castres, Montpellier el ailleurs en Lansruedoc, Montmorency continue sa campagne, inlrodnir le catholicisme à Villeneuve-de-Berg, Vais, Vallon et commence à circonvenir Chàtillon qui commandait en bas Languedoc pendant (jne Hohan soulevait le haut. Louis XIII arrive du Béarn, et sur la piièrc des Toulousains qui fournissent io canons,, beaucoup de munitions, et 2 à 3.000 hommes, exemple suivi parles états et par le diorc so d'Albi, assiège Mcmtauban le 18 août 1621. La vigoureuse défense» ihi marquis de la Force et de son fils, Thabileté de Rohan, et les uKiladics qui enlèvent 8,(HK) hommes àTarmée royale la forcent, le 40 novcnilMe, à se retirer à Toulouse où la peste fait 10,000 victimes. An même moment (Uiâtillon est convaincu de trahison, déi)osé pairAssemhlée de Nîmes et assiégé parles protestants dans Aiguesmorte>. L'année suivanle l'héroïque défenseur de Montaubanfait s;i s{»uniis<i*nK Lesdiguières se convertit, Blacons vend Bays-sur-Bays pour JO,(''(M> livres, et Louis XIll, après avoir mis à feu et à sang Nè^repelisse et Saint-Antonili, s'enrôle h Toulouse dans la confrérie des pénitenls bleus. Pendant que Briatexte triomphe d* un siège d'un mois, Condé et Prasiin prennent Mauguio, Marsillargues et Lunel malgré Hohan ; ('hAtillon li\ i-e Aignesmortes et Aimargues, le roi lui-môme s'empare de Somriiièrcs et à partir du 31 août, assiège Montpellier que Hohan avait mis en état de défense, avec aussi peu de succès que Monta uban. H faut donc traiter avec les huguenots (18-19 octobre \i\±2:, Ori laisse à ceux du Languedoc Montauban comme unique place de sûreté, et Lesdiguières, (ilréqui et Monlmu-" rency se chargent de démanteler les autres en avouant ingénucmeni que les brevets parliculiors qui devaient limiter celte opération, n'îivaientété accordés que « pour servir de prétexte au contentement du peuple. » — Les étals remercient Louis Xlll par un don de 200,000 livres, et Hohan est injustement détenu à MontpeUier, où, en dépit du traité, les catholiques maintiennent une garnison et élèvent une citadelle. Les hostilités recommencent. Castres «obéit d'abord ;\ Rohan remis on liberté, mais Montauban et enfin Nîmes, UzèsetAlais ne se décident à l'imiter que lorsque, sur l'ordre du roi, de férocf s

armées dévastent ce qui reste de prospérité autour de ces villes. Un nouveau traité arrête momentanément ces excès (avril 162G). Bien que le synode du haut Languedoc décide « qu'on informerait contre les ministres qui s'étîSfènt môles des affiiires politiques » et que Montmorency et Galland s'efforcent de pacifier le pays et y parviennent à Montauban, Castres et Montpellier, Rohan reprend les armes à la suite de plusieurs éclatantes infractions à Tédit. Nîmes et les Cévennes le soutiennent, mais le reste du pays les suit lorsqu'il est témoin des épouvantables excès des armées catholiques. Condé fait pendre 29 habitants sur 35 à Castelnau près de Castres et ravager systématiquement les environs pendant que d'Epernon en fait autant autour de Montauban et Montmorency autour de Nîmes où Gi soldats de Grand- Gallargues sont pendus et 31i envoyés aux galères. Rohan se croit autorisé à user de représailles en traitant avec l'Espagne. Le 13 mai IGil) l'armée royale, revenant du Piémont, assiège Privas qu'une panique lui livre dix jours plus tard et où GOO soldats et 300 prisonniers sont massacrés tandis qu'on en condamne 100 aux galères, qu'on brûle la ville et qu'on en confisque les propriétés. Cet exploit amène la soumission des Cévennes et la paix générale d'Alais (juin 1G29) que Montauban accepte la dernière, le 17 août. Richelieu introduit les jésuites à Montpellier, mais permet que les consuls des localités protestantes soient au moins mi-partis, et porte un terrible coup h l'autonomie de la province en faisant exécuter à Toulouse (1G32), malgré son orthodoxie, le gouverneur Montmorency, qui avait voulu profiter do sa puissance pour se soulever avec Monsieur, frère du roi. Ainsi l'anéantissement des libertés provinciales suit de près celui des protestants qui ne se battent plus que pour le roi, au siège de Lcucate (i63G) et lors de la conquètedu Roussillon (1642). Le pouvoir va de plus en plus se centraliser entre les mains des intendants, la province est épuisée, la peste ayant suivi la guerre, et la mort de Louis XUl la laisse « accablée de dettes et de subsides, en sorte qu'il y avait des communautés entières qui désertaient le pays après avoir fait abandon de leurs biens. » — A partir de la régence jusqu'à la fin de la monarchie l'histoire des 150 ou 160 Eglises protestantes du Languedoc est celle d'un organisme de plus en plus battu en brèche, mais dont les principes n'ont jamais pu être détruits parce qu'ils sont au-dessus de la puissance humaine. A l'instigation du clergé les états supplient le roi «d'abolir la liberté de conscience comme source de pestilence par où toutes calamités sont venues en ce royaume, >» et ne négligent rien pour réduire en détail le protestantisme. Ils appuient les évoques qui à force d'obsessions au moment de la mort, obtiennent des abjurations comme celle de Henri de Bourbon- Malauze (1647), ou enlèvent aux protestants les domestiques, les orphelins, et récompensent l'apostasie par des pensions comme celle de 300 livres à la veuve du ministre converti Marcou, ou celle de 2,000 livres à l'ancien pasteur de Dieu pour « leur faire connaître que les étals de la province n'abandonnent pas ceux qui souffrent pour s'être convertis. » En 1661 deux commissaires sont envoyés dans la

province pour vérifier les droits des Eglises contestés par les catholiques. Deux ans plus tard, en octobre 1663, môme le commissaire protestant, le sieur de Peyremale, consent à la suppression de 88 temples, et essaie, mais bien inutilement, d'en sauver 25 autres. Aussi en 1667 les états donnent-ils 1,000 livres de gratification à un sieur Bernard « pour la peine qu'il avait prise de recueillir toutes les plaintes des catholiques contre les gens de la R. P. R., et 600 livres à un autre pouro services rendus à la foi ! » En 1679, suppression de la chambre de Tédit, puis, démolition de temples, et enfin, dragons. Deux ou trois ans avant la Révocation, les temples de Montpellier, Montauban et Nîmes sont rasés, les ministres qui résistent, exécutés, et l'intendant d'Aguesseau se répand en efforts touchants pour « calmer l'effervescence » qui agite les Cévennes. Louvois ordonne au commandant des dragons qui s'y trouve « de répandre une telle désolation dans le pays que l'exemple qui s'y fera contienne les autres religionnaires (1683). » Aussi l'archevêque de Toulouse se confond-il en éloges sur « la puissante protection que le roi donne aux sacrez ministres des autels pour l'extirpation de l'hérésie. >f Les administrateurs temporels ont plus de pudeur que ces ecclésiastiques^ puisque dans une lettre particulière le duc de Noailles, commandant de la province, avoue que « les prêtres agissent par passion et pour satisfaire des ressentiments particuliers », et que l'intendant d'Aguesseau, alarmé, demande sa retraite. — Bâville lui sucsède (avril 1685), armé de troupes et d'une réputation terrible qu'il ne justifie que trop. Il procède par sommations, Castres, Montpellier, Sommières, Nîmes, Uzès, puis les Eglises des Cévennes et du Vivarais, frappées de terreur, lui envoient successivement des délibérations d'apostasie collective, libellées en général dans ces termes ; « Je renonce à l'hérésie de Calvin et j'embrasse tous les dogmes de la religion catholique, apostolique et romaine. » Bref au bout de dix huit jours^ Bâville se vante d'avoir converti 225,000 protestants dont 52 ministres, alors que d'Aguesseau n'en avait compté que 182,785 dans tout le Languedoc I 11 semble toutefois se défier un peu de ce succès vertigineux, puisqu'il fait occuper militairement Castres, Nîmes et Montpellier. En outre tous les temples qui avaient échappé sont rasés, 325 églises catholiques plus ou moins démolies pendant les guerres sont reconstruites, plus de 300 missionnaires et un grand nombre de maîtres et maîtresses d'école sont à l'œuvre au milieu des nouveaux

convertis. Les plus croyants et les plus courageux émigrent. Ainsi Gaultier de Saint-Blancard, ancien pasteur de Montpellier, devient prédicateur de la cour à Berlin et organise l'émigration en Prusse ; Jacques Pourtalès, du Vigan, enrichit Neuchâtel ; Abauzit, d'Uzès, illustre Genèvç, Jacques Saurin, de Nîmes, Ja Hollande, RapinThoiras l'Angleterre, et les diverses et florissantes industries protestantes du Languedoc sont introduites un peu partout à l'étranger. Les autres, restés dans le pays, ne tardent pas à se réunir au désert en assemblées secrètes. Les états du Languedoc remercient Louis XIV par un don gratuit de 2,200,000 livres, lui votent une statue équestre qu'il destine

à Montpellier, et dépensent encore près de 300,000 livres pour la solde des troupes et des missionnaires et pour la construction d'églises. Enfln, en 1686, on enlève aux nouveaux convertis tous les enfants de cinq à seize ans, et on sévit avec une cruauté et une cupidité qui montrent bien que les jésuites sont les vrais fauteurs de toute cette scandaleuse réaction, contre Tinstitut des filles de l'enïance de Toulouse, qui instruisait sans bruit et sans fanatisme des jeunes filles pauvres, et que pour cela on accusait de jansénisme! Ce derninr exploit du jésuitisme est blâmé par le pape en 1687, mais il permet et approuve hautement tout ce qu'on entreprend contre les nouveaux convertis, au point que Louvois peut écrire cette phrase incroyable : « Rien ne convient moins au service du Roi ni au bien de la province que de témoigner que l'on soit capable d'avoir pitié de gens qui se sont conduits comme ont fait ceux-là, lesquels doivent être abîmés de manière que l'état où ils demeurent serve d'exemple. » Dès 1688 Bâville prévoit qu'un pareil traitement finira par exaspérer des populations qui pourtant faisaient preuve d'une patience surhumaine, et se prépare à écraser dans le sang la moindre velléité de soulèvement en construisant des forts à Alais, Nîmes et Saint-Hippolyte et en couvrant les Gévennes d'un réseau de 22 chemins royaux pour les troupes et Tartillerie. On sait le reste (voyez Camisards, Désert^ France protestante. Refuge, Révocation, etc.). On a beau développer les ressources du principal instrument d'information et de répression, l'Eglise catholique qui, en 1698, possédait en Languedoc près de 340 couvents, 15 collèges, dont 10 de jésuites, et un revenu de 2,569,087 livres par an, exécuter dans la province plus de 70 pasteurs ou prédicants de 1684 à 1762, multiplier les garnisons, les trouiPes et les expéditions, massacrer, emprisonner, déporter, accabler d'amendes et de persécutions révoltantes des milliers de récalcitrants, pousser la barbarie jusqu'à dépeupler systématiquement, par le fer et parle feu une trentaine de paroisses des Cévennes (29 sept -14 déc. 1703), on ne parvient pas à extirper le protestantisme encore représenté en Languedoc par 198,478 nouveaux convertis en 1698, ni à empêcher l'avènement de la liberté religieuse. — Kn 1807, les huit départements qui remplacent l'ancien Languedoc renfermaient 37 Eglises consistoriales, environ 200 lieux de culte et 92 pasteurs. En 1878 on y comptait 41 consistoires, 211 paroisses, 164 annexes, 252 pasteurs, plus de 300 temples ou oratoires, 657 écoles et plus de 250,01)0 protestants. — Sources : l'ouvrage capital qui passe à juste titre pour la meilleure des histoires de provinces françaises, est Y Histoire générale du Languedoc par dom Claude de Vie et dom Vaissète, 1730-1745, 5vol.in-f', plusieurs fois réimprimés; la dernière et la meilleure édition, continuée jusqu'en 1790, se publie depuis 1872 à Toulouse, chez Privât, en 14 vol. in-4°. On trouvera dans cet ouvrage l'indication de toutes les sources de cette histoire. Voici, ovXveV Histoire ecclésiastique yÇ!tVQS^\n, La France protestante, \q Bulletin de Vhist. du P.Fr. et les travaux d'A. Court, deCoquerel, Peyrat, Hugues et Douen sur la période du désert, quelques monographies et

recueils de pièces qu'on consultera utilement : Journal deFaurin et Mémoires de Jacques Gâches^ publiés par Charles fradel, Castres et Paris, 187Î), in-S**; Chroniques du Languedoc, publication périodique de M. de la Pijardière, Montpellier, 1874 ss. ; [Aubaïs et Ménard] Pièces fugitives^ 1759, 3 vol. in-4°; Mémoires de la famille de Portai, Paris, 1860, in-S"; A. Pujol, Recueil de règlements faits par les synodes provinciaux du Ilaut-Languedoc, Castres, 1679, in-8<^; Dourille, Histoire des guerres civiles du Vivarais, Paris, 1846, in-8° ; F. Mandet, Guerres civiles dans le Velay^ Paris. 1840, in-8*'; H. Lebret, Histoire de Montauban, 1668, in-i% et 1842, 2 vol. in-8*;Mary Lafon, Histoire d'une ville protestante [Montauhan)^ Paris, 1862, in-8»; Ch. d'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier^ 1737, 2 vol. in-f"; Ph. Corbière, Histoire de V Eglise ré formée de Montpellier, Paris, 1861, in-8**; Histoire du siège de Montpellier en 1622, 1869, in-8"; La famille Bourhon-Malauze,YdiV\%, 1877,în-8°; J. P. Hugues, Histoire de V Eglise réformée d*Anduze, Paris, 1864, in-8*' ; C. Rabaud, Histoire du protestantisme dans l'Albigeois et le LauraguaiSy Paris, 1873, in-8 ; L. Ménard, Histoire de Nimes, 1750-1758, 3 vol. in-4"; Borrel, Histoire de V Eglise réformée de Nîmes, 2^ éd., Toulouse, 1856, in-12; Reboul, Précis historique de la Ré formation à Nimes, 1834, in-S© ; G. Fabre, Conférences sur V Eglise réformée de Calvisson, Nîmes, 1869, in-12; Cambon de Lavalette, La chambt^e de redit du Languedoc, Paris, 1872, in-8°; Ch. Sagnier, La Tour dé Constance, Paris, 1878, in-8o. La plupart des procès-verbaux des synodes provinciaux du Languedoc se trouvent à la Bibliothèque de Fhistoire du Protestantisme français. N. Weiss.

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