‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 167 sur 170 · LA RUE — LA SALLE · texte numérisé non relu

LA RUE — LA SALLE

savamment ses effets. Un courtisan bien avisé l'avait guéri de son penchant primitif pour l'affectation. « Mon Père, » lui avait-il dit, « nous vous écouterons avec plaisir tant que vous nous présenterez la raison, mais point d'esprit. Tel de nous en mettra plus dans un couplet de chanson que la plupart des prédicateurs dans tout un carême, » Il est surprenant qu'avec d'aussi heureuses aptitudes le père de La Rue ait recommandé la lecture en chaire en s'appuyant sur l'exemple des orateurs anglicans. On cite de lui avec éloges ses sermons sur les évangiles du carême (1706), le Pécheur mourant, le Pécheur mort, les Calamités publiques {Sermons du Père de La Rue^ Paris, 1719, 4 vol. insérés en 1847 dans la collection des Orateurs sacrés de l'abbé Mîgne). Louis XIY, qui appréciait depuis longtemps son amabilité et sa souplesse et prétendait, d'autre part, imposer à tous les membres de sa famille des confesseurs jésuites, lui confia la direction spirituelle de la duchesse de Bourgogne tout à fait contre le gré de cette princesse. Aussi celle-ci refusa-t-elle, sur son lit de mort, les secours delà religion que lui offrait le père jésuite et lui demandât-elle d'aller chercher M. Bailly, un prêtre delà Mission de la paroisse de Versailles. Pendant cette néfaste année 1712, le père de La Rue n'eut pas à prononcer moins de trois oraisons funèbres : celles du duc et de la duchesse de Bourgogne ainsi que de leur fils aîné, le duc de Bretagne. L'année précédente, il avait déjà été chargé de celle du grand dauphin et, auparavant encore, de celles du duc de Luxembourg, du maréchal de Noailles, de Bossuet, mais on regarde comme son chef-d'œuvre celle qu'il composa pour le maréchal de Bouffle'rs. — Sources: Mercure de France, juin 4725 ; Journal des Savants^ 4695, 1706, 1712, 4738, 1740; Moréri, Dictionnaire historique, IX.

LA RUE (Dom Charles de), bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, néàCorbiele 12 juillet 1684, embrassa la vie religieuse à Meaux, dans l'abbaye de Saint-Faron, et ne tarda pa§ à être apprécié de ses supérieurs pour la richesse de ses connaissances et son application au travail. Chargé par Montfaucon d'éditer les œuvres d'Origène, il ne put en publier que les deux premiers volumes, qui justifièrent pleinement sa réputation de capacité et mourut en surveillant l'impression du troisième. Une attaque de paralysie l'emporta à Paris le 5 octo- •bre 1739. L'œuvre qu'il avait si heureusement entreprise fut achevée en 1759 (4"* volume), par son neveu, dom Vincent, également originaire de Corbie (1707). Il termina aussi l'édition commencée par dom Sabathier, Bibliorum sacrorum latinsi versionis antiqua seti versio vêtus italica (Rheims, 1743-49, 3 vol. in-P) ; mais ne put mener à bien les Antiquités ecclésiastiques, dont son oncle avait jeté les premiers fondements. Sa laborieuse carrière prit fin à Tabbaye de Saint-Germain des Prés, le 29 mars 1762. E. Stroehlix.

LA SALLE (Jean-Baptiste de), fondateur de l'institut des frères des Ecoles chrétiennes, né à Reims en 1651, mort à Rouen en 1719, était fils d'un conseiller au présidial de Reims. 11 entra dans l'état ecclésiastique, prit le grade de docteur en théologie de la faculté de Paris, et fut pourvu d'un canonicat à l'église métropolitaine de sa ville na-

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laie. Il commença eu 1681 à s'occuper de Téducation de la jeunesse, établit des écoles gratuites, logea les maîtres dans sa maison, dirigea ce nouvel institut, auquel il donna des règlements. Plusieurs villes demandèrent avec empressement de ses instituteurs. 11 établit un noviciat à Paris, ensuite à Rouen, dans la maison de Saint-Yon, d'où ses religieux sont souvent appelés Frères de Saint-Yon. En 1684, La Salle distribua son patrimoine aux pauvres, et se livra tout entier à consolider sa congrégation naissante, quî s'étendit avec rapidité. En 1717, il se démit de sa place de supérieur et ne songea plus qu'à se préparer à la mort. Son institut fut approuvé par Benoit XIII, sous le nom de Frères des Ecoles chrétiennes^ et. lui-même a été déclaré vénérable par Grégoire XVI, en 1840, et canonisé, en 1852, par Pie IX. On a de l'abbé de La Salle : 1** Les devoirs du chrétien envers Dieu et les moyens de bien s'en acquitter ; 2® Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne ; 3<» Les douze vertus d'un bon maître d'école ; 4"" Méditations sur les Evangiles de tous les dimanches et sur les principales fêtes de Vannée, dont le frère Philippe, supérieur général, a donné une nouvelle édition, Versailles, 1858. —Voyez la Vie de La Salle, par Bellin, Rouen, 1733, 2 vol.; par le P. Garreau et l'abbé de Montis, Paris, 1760 et 1785 ; par l'abbé Salvan, Toulouse, 1852 ; par l'abbé Ayma, Aix, 1858.

LASAULX (Amélie de) [1815-1872], en religion sœur Augustine, appartenait à une ancienne famille lorraine établie dans l'électorat de Trêves. Née à Coblence, après une jeunesse libre et studieuse, à la fois poussée par des chagrins d'amour et le désir de se dévouer au bien de ses frères, Amélie de Lasaulx entra dans la congrégation des sœurs Saint-Gharles-Borromée, dont la maison-mère était à Nancy. Envoyée d'abord à Aix-la-Chapelle, puis à Bonn, où elle prit la direction de l'hôpital Saint-Jean-Baptiste, elle ne tarda pas à se faire remarquer par son infatigable dévouement, sa piété large et sereine, vive et pratique, et la charité intelligente dont elle fit preuve à l'égard de tous ceux qu'elle était appelée à soulager. Ces mêmes dons, sœur Augustine les prodigua sur les champs de bataille, pendant la campagne du Schleswig et pendant celle de Bohême, et dans les secours qu'elle organisa en faveur des blessés français et allemands lors de la guerre de 1870. Initiée à la foi chrétienne et dirigée dans ses exercices de piété par des théologiens, disciples de Hermès, dont le libéralisme avait été condamné à Rome, liée avec les professeurs catholiques de l'université de Bonn qui avaient refusé de souscrire aux décisions du concile du Vatican, Amélie de Lasaulx s'était sentie personnellement atteinte dans sa foi par la proclamation du Syllabus et des dogmes de rimmaculée-Conception et de l'infaillibilité papale. Elle opposa une courageuse résistance aux menées des ultramontains, « ces saints en colère, » comme elle les appelait, et, de même que Jacqueline Pascal, elle refusa avec la dernière énergie de rétracter ses prétendues erreurs. Forcée de quitter son hôpital, elle mourut assez à temps pour ne pas se voir dépouiller de sa robe de sœur qu'elle avait honorée par une charité vraie et un dévouement sans bornes. Un

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assez grand nombre de lettres d'Amélie de Lasaulx ont été publiées par ses biographes. II ne s*est malheureusement conservé qu'un seul cahier de son journal intime. — Voyez Reinkens, Amalie von Lasaulx^ Bonn, 1878; Brinnerungen an Am. von Lasaulx, Gotha, 1878, 2« éd. ; Lecoultre, Courte notice sur Amélie de Lasaulx, Paris, 1879.

JEAN XXm, Balthasar Cossa, né à Naples d'une famille noble, fut élu pape le 17 mai 1410 par dix-huit cardinaux réunis à Bologne après la mort d'Alexandre V. Doué de talents variés il s'était d'abord distingué dans les lettres, puis il avait suivi la carrière militaire et s'était enfin décidé en 1395 à se mettre au service de l'Eglise ; successivement archidiacre à Bologne, cardinal-diacre de Saint-Eustache, légat de Bologne et de la Romagne, 1403, il déploya une grande activité et exerça une influence prépondérante sUr les destinées de l'Eglise et de Rome. Gossa fut un des promoteurs et l'Âme du concile de Pise; il y fît élire Alexandre V, ne voulant pas encore'se faire nommer lui-même. Rome était à ce moment au pouvoir de Ladislas de Naples, qui reconnaissait l'obédience de Grégoire XII ; Louis d'Anjou aidé des Florentins, de Sforza d'Attendulo et de Braccio da Monione tente de s'emparer de la ville et d'y ramener Alexandre V; il échoue une première fois, mais ses troupes réussissent après un long siège à chasser Ladislas et il n'eût plus tenu qu'au pape de rentrer dans la capitale. Cossa l'en dissuada et lorsqu'il eut été élevé lui-même au saint siège il hésita pendant près d'une année avant de se décide^ à prendre possession de Rome. Jean fait son entrée solennelle en compagnie de Louis d'Anjou le 12 avril 1411 ; un mois après, Ladislas est battu par les Angevins àRocca-Secca ; Sigismond qui vient d'être élu en Allemagne, reconnaît l'obédience de Jean ; Florence, Bologne, les Etats de l'Italie centrale restent fidèles au saint-siège ; tout semble promettre au nouveau pape un règne heureux. Mais Ladislas après peu de temps reparaît en armes, les nobles romains se joignent à lui, le peuple exaspéré par les impôts attend un libérateur et Jean pour échapper à une ruine certaine est réduit à signer avec Ladislas le traité de Naples (juin 1412). Ce ne fut pas tout : le concile de Pise avait promis la réforme de l'Eglise et Jean, bien malgré lui, convoque une assemblée à Rome ; presque personne ne répond à son appel et il s'en serait aisément consolé si les universités et les souverains n'avaient insisté et demandé que le pape fît honneur à la promesse donnée en son nom. Il se résigne à annoncer la réunion d*un concile œcuménique le 3 mars 1413. Aussitôt Ladislas déclare qu'il occupera Rome pendant l'absence du pape et met ses troupes en mouvement ; l'armée napolitaine s'établit dans les Marches, la flotte pardt à rentrée du Tibre et Ladislas lui-même se dirige sur Rome par la Campanie. Jean jure de se défendre jusqu'à la mort, le peuple jure fidélité au pape, mais malgré ces serments, Ladislas entre dans la ville sans coup férir et Jean s'enfuit sans avoir essayé de résister ;

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