‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 33 sur 170 · JEAN — JEAN L'ANCIEN · texte numérisé non relu

JEAN — JEAN L'ANCIEN

En quelques endroits,, perce la dualité de personnes que nous cherchons à établir. Cette dualité est sensible dans le chapitre XXI, dans cet appendice qui ne rentre pas dans le plan de Tévangile, mais qui fait bien corps avec lui et sans doute a été écrit par la même plume. Il nous semble évident qu*au verset 24, la distinction çst formelle entre le disciple témoin fidèle de Thistoire et le rédacteur qui . parle ici, comme ailleurs (1, 14; 1 JeanI, l)à la première personne du pluriel. Il est un passage dans le cours de Tévangile où cette distinction apparaît un peu plus obscure (XIX, 35) ; mais le passage est d'une teneur trop semblable à celui de Tappendice que nous venons de rappeler, pour ne pas en tii'er la môme conclusion. Si Ton objecte enfin que d'après I, 14 et 1 Jean I, 1, le rédacteur lui-même affirme qu'il a été témoin oculaire de la vie de Jésus, il faut se demander si ces passages ne peuvent pas recevoir une explication moins stricte que celle qu'on leur donne souvent. La phrase : « le logos a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, » a un sens général et afQrme seulement la certitude de la révélation du logos parmi les chrétiens. Quant aux paroles qui ouvrent la première épître, nous croyons qu'il faut les expliquer non par le désir de déposer un témoignage historique au sens moderne, mais par la préoccupation de combattre le docétisme. Dès lors, il n'y a plus que l'affirmation positive de la réalité de la chair de Jésus-Christ. On dira donc pour conclure que le quatrième évangile peut et doit être ramené à l'apôtre Jean, mais d'une façon médiate et indirecte. Il représente la forme qu'avait revêtue l'histoire évangélique en Asie Mineure dans les cercles où s'était exercé son long ministère. C'est une solution moyenne résultant du double caractère de cet, écrit où il est aussi difficile de méconnaître la préoccupation du théologien et du commentateur que la tradition positive et précieuse d'un 'témoin de Jésus. En prenant cette origine johannique dahs ce sens large, on échappe aux arguments tirés de l'Apocalypse ou de la controverse pascale que nous pouvons par conséquent négliger. Rien ne nous empêche d'admettre que Jean ait rédigé TApocalypse et que de cette forme judéo-chrétienne primitive et grossière se soit dégagée à la seconde génération la forme idéale du christianisme que nous rencontrons dans un écrit qu'on pourrait appeler V Apocalypse de VEsprii. Nous sommes en effet persuadé que les racines de la pensée du quatrième évangile se trouvent dans l'Apocalypse et en général dans la théologie judéo-chrétienne, non dans le paulinisme. De l'enseignement de Jésus à la théologie johannique, le développement s'est fait naturellement et sans cassure ; c'est ce qui en explique l'incomparable sérénité. — Nous avons cité trop d'auteurs dans le courant de cet article pour qu'il ne soit pas superflu de donner ici la litiérature du sujet. On la trouvera à peu près complète à la fin du volume de la Bible de M. Reuss, consacré à la Théologie johannique. A. Sabati£R.

JEAN L'ANCIEN ('Iu)«vvy)c 6 'npccréuTEpoc). Dans la plus ancienne tradition ecclésiastique, en Asie Mineure, à côté de Jean l'apôtre apparaît, voilée d'ombre et douteuse encpre aux yeux de bien des critiques, Ig

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lignre d^mii .autre Jean, coima «oas le nom de Jean le presbylre. âoericke, Hengsteidkei^, Ri^ie&bach et d'aatret en ont même aîé reodstenoe, ne voulant point le <iistinguer de Tapôtre. Non seulement BuaMbe a parlé de deux Jean en Asie Mineure.» et attribuait au aecond» an presbytve» tanAtt TApocâlypseï tant6t les petites lettres johanniqQes(ir. ^«, BI, âS, 39), .mais, avant lui» Denys d'Alexandrie avait mentionné deux tomlwaux élevés à Epbèse aux 4eux personnages. Il est vrai que Jérôme {Dis tnr. Uhut.^ 9) explique les deux tom* beaux comme deux monuments également consacrés au seul apôtre Jean. Outre que œtte ex|ilieation a qudque chose de forcé, les Canstiêuêkms apoUolique$ mentionnent les deux Jean et de telle sorte que le second am^ait été le successeur du premier au siège épiscc^ml d'Ephèse (VUI, 46). U £aut bien avouer que ces vagues traditions postérieures di la légende tient la pins grande place, n*auraient pas suffi aux yeux d*une critique sévère pour enrichir Thistoire de FEglise d'une figure <de plus. Mais Texistence d'un presby tre du nom de Jean vivant en Asie Mineure au commencement du second siècle est constatée d'une façon indubitable par les fragments qu'Eusèbe nous a conservés de Papias, é^que de Hierapolis (lâO-1507 Eusèb., H. E., 01,38). On sait qu*Irénée (ida. A«r.^V, 33, 4) nomme Papias « Tauditeur de Jean et le compagnon de Polycarpe » (Inébvou iamffrjjç, OoXu ni^nm & Iràîpoç). Or Eusèbe, citant ce mot dlrénée et commentant le texte de Papias, fait remarquer que des paro4es de ce dernier il ressort clairement qu'Irénée s*est trcNupé' et que Papias lui-même fait entendre qu*il n'a pas été en relation avec F apôtre Jean, mais tout au ^us avec un autre Jean nonuné le presbytre. Eusèbe a raison. Papias nous dit qu'il ne négligeait aucune occasion de recueillir avec soin la tradition a des anci^is. » Il s'informait aiq)rès de ceux qui les avaient connus ; en première ligne, de ce qn'awnerU dit lès apôtres, André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu ; en seconde ligne, de ce que disera Aristion et ie presbytre Jean, on voit clairement, par la forme de la phrase et le temps différent des verbes, que Papias établit deux séries distinctes dont Tum, celle des apôtres, est éteinte, et dont l'autre, celle des presbytres, a encore, au moment où vivait Papias, deux représentants, Aristion el Jean. Le nom de Jean revient dans les deux séries; mais il est iihpossible que ce soit le môme personnage mentionné deux fois. C'est d'abord l'apôtre nommé entre Jacques et Matthieu et mort depuis longtemps; c'est ensuite un autre Jean nommé après Aristion et accompagné de l'épitbète de presbytre pour marquer sa charge dans l'Eglise et le distinguer sans doute de son homonyme. De la bouche de ce dernier, Papias a recueilli doux jugements fort curieux sur les premiers évangiles de Matthieu et de Marc. On voit qu'il n'y a pas moyen de les confondre, et que les tours de force exégétiqued des défenseurs d'un Jean unique, l'apôtre, fils de Zébédéa, ne pourront plus compromettre l'existence du second. Malheureusement, après avoir constaté cette existence, nous n'apprenons pins rien sur lui, sinon qu'il aurait été en même temps qu'Aristîon un disciple immédiat du S^gneur et qu'il iugeaît assez librement les

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écrits de Marc et de Matthieu. Tout le reste n*est qu'hypothèses. Oa voulu lui attribuer TApocalypse, et le caractère de cet écrit semble assez bien répondre aux préoccupations millénaires que Papias lui attribue. Mais est-ce une raison pour Tenlever à Tapôtre qui a pour lui des titres plus sérieux encore ? D*autre part, on a songé à lui attribuer les lettres johanniques dont Fauteur, au moins dans les deux dernières, sje nomme lui-même « le presbytre », et par conséquent aussi le quatrième évangile. Mais à cela s'oppose invinciblement sa tournure d'esprit vouée aux espérances messianiques les plus maté^ rielles. Il faut savoir ignorer ce que l'histoire ne nous apprend point et se garder de deux préoccupations contraires qui entraînent aujourd'hui la critique. Les théologiens conservateurs ont voulu absorbercette personnalité secondaire dans celle de Jean l'apôtre pour mieux sauvegarder l'authenticité du quatrième évangile et le. long séjour du fils de Zébédée dans l'Asie Mineure. On a vu qu'ils avaient tort. Leurs adversaires, pour trancher cette question du quatrième évanl^le, ont nié ce ministère de l'apôtre en cette contrée, et ont voulu expliquer la tradition de l'Eglise sur ce point en la ramenant à Jean le presbytre d'Ephèse, qu'elle aurait de bonne heure confondue avec Tapôtre. C'est ce qu'aurait fait Irénée, non seulement à propos de PapiaSy mais encore à propos de Polycarpe dans sa lettre si précise et si explicite à Florinus. Mais une illusion de la mémoire d'Irénée n'explique rien, car il faudrait supposer qu'avant lui Polycrate, Po* lycarpe, Clément d'Alexandrie, et tous les évoques d'A^sie ont été 4upes d'une méprise semblable. Les uns et les autres ne veulent admettre qu'un Jean en Asie, les premiers absorbant le presbytre dans Papôtre, les seconds substituant celui-là à celui-ci. Qu'y a-t-il donc -d'inadmissible dans le fait de deux hommes appartenant à deux gé^ Itérations différentes et portant en Asie ce nom juif aussi commun ^ue celui de Simon ou celui de Jacques. Ne rencontre-t-on pas deux ou trois on même quatre Jacques dans l'entourage de Jésus? Ce qui est vrai, c'est que ce second ne nous est d'aucun secours pour résoudre la question toujours obscure de la littérature johannique et que, sans l'effacer de l'histoire, il faut le laisser dans l'ombre et au rang secondaire où les documents nous le montrent. — On peut lire : Riggenbach, Jahrbûcher f. d. TheoL, XIII; Zahn, Studùn und Kritik.^ 1866;Klostermann, Marcusevangelium^ 1867; Steitz, Sludien und Krit,, 1868; Herzog, Beal encyclop.y XI^ p. 79; Holzmann, Bibelkxicon de Schenkel, III, p. 352. Weiffenbach a donné une exégèse rigoureuse et sûre des fragments de Papias, Papias Fragnwnte untersuehtyiSlA et 1878.

A. SABÀTIfiR.

JEAHP', pape (523-536), succéda k Hormisdas. Théodoric favorisait les Ariens ; Jean fut contraint par lui de se rendre à Constantinople pour remplir une ambassade enfinveur de ces hérétiques. L'empereur Justin le reçut en grande pompe. U parait «voir mal rempli sa mission, car, à son retour k Ravenne, Théod(N*ic le fit enfermer avec ses compagnons, et il mçurut en prison, le 18 mai 526. L'Eglise en a fait un martyr. Félix IV lui succéda, Saint Grégoire le Grand

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