IRVING
pécheresse comme la nôtre, et que son anamarthésie fut, non le résultat de sa nature propre, mais l'effet de la présence du Saint-Esprit en lui. — Mais ce furent ses vues sur les charismes dans FEglise qui Tentraînèrent dans une voie pleine de périls, et ramenèrent à rompre avec TEglise dans laquelle il était né et à se poser en chef de secte. De bonne heure, dans ses rêveries eschatologiques, Irving avait salué avec enthousiasme la restitution à TEglise des dons miraculeux comme Tun des signes qui devaient accompagner le prochain avènement du Christ. L'influence de son collègue, Alexandre Scott, Tamena à penser que ces charismes n'avaient disparu qu'à cause du manque de foi de l'Eglise et qu'ils lui seraient restitués dès qu'elle les demanderait avec foi. Scott, qui était Ecossais, porta ses idées dans son pays natal, où elles trouvèrent un terrain tout préparé. Deux familles d'une piété ardente, les Campbell, de Row, et les Macdonald, de Port- Glasgow, les adoptèrent et vécurent dans l'attente des dons extraordinaires. Mary Campbell, jeune personne qui semblait se mourir de la consomption, se mit, un jour qu'elle était en prières avec quelques amis, à parler dans un langage inconnu. Peu après, l'un des frères Macdonald commença à exercer le don de guérir, et l'une de ses cures les plus merveilleuses eut Mary Campbell pour sujet. Ces faits, qu'il était impossible d'attribuer à la supercherie, produisirent une très vive impression en Ecosse et conGrmèrent Irving dans ses convictions les plus chères. Il convoqua une réunion de prières quotidienne à six heures du matin pour demander à Dieu d'étendre jusqu'à Londres la bénédiction accordée à l'Ecosse. Dans ce milieu préparé dès longtemps, les mêmes phénomènes se produisirent bientôt. En jaillet 1831, il pouvait écrire : « Deux membres de mon troupeau ont reçu le don de§ langues et de prophétie. » La contagion gagna de proche en proche; les inspirés accomplissaient d'abord leurs exercices à huis clos, ou au milieu de petits rassemblements de fidèles. Irving eût désiré éviter la publicité dont il redoutait les dangers. Mais devant le flot montant de l'enthousiasme, toutes les digues devaient céder, et il envisagea bientôt ses scrupules comme un acte de faiblesse. Il laissa donc se produire les utierances (c'est ainsi que l'on désigna ces révélations) dans les réunions du matin. Mais cette concession ne pouvait pas suffire aux inspirés. Le dimanche 16 octobre 1831, au culte officiel du matin, miss Hall, pressée par l'impulsion intérieure et ne voulant pourtant pas interrompre le service, courut de la chapelle dans la sacristie et de là s'écria, de manière à être entendue de toute l'assemblée : «Comment osez-vous supprimer la voix du Seigneur? » Une autre inspirée la suivit, et l'une et l'autre conjurèrent l'Eglise de ae plus contrister l'esprit de Dieu par de Tains scrupules. A partir de ce jour, Téglise de Regent-Square fut ouverte à toutes les élucubrations des prophètes et des prophétesses, parlant « en langues » ou d'une façon intelligible. Les prophéties n'avaient rien de remarquable que les gestes étranges qui les accompagnaient et le ton qui s'élevait au diapason de l'exaltation. Miss Hall, à qui l'un des membres de l'Eglise conseillait de modérer les éclats de