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Encyclopédie des sciences religieuses

BAADER (François), le philosophe le plus éminent qui dans ce siècle se soit élevé du sein de l'Allemagne catholique. Né à Munich en 1765, lils d'un médecin distingué et d'une mère pieuse, il s'efforça toute sa vie d'unir la religion et les sciences naturelles. Après avoir étudié la médecine, puis la minéralogie, il fit un séjour en Angleterre (1792- 1796) pendant lequel il reconnut l'erreur du déisme de Rousseau et du subjectivisme de Kant. Saint-Martin et Bœhme devinrent ses guides dans la spéculation ; plus tard il y joignit l'étude de Paracelse, de saint Thomas d'Aquin et des docteurs du moyen âge. En 1797, il revint à Munich, où il exerça, jusqu'en 1820, les fonctions de conseiller des mines, puis de président de cette administration. Il se sentit attiré vers Jacobi, à cause du rôle fondamental que celui-ci attribuait à la foi dans notre vie spirituelle ; mais il s'en sépara, parce que Jacobi s'en tenait au sentiment religieux d'une manière générale et vague et statuait un antagonisme entre la science et la foi que Baader repoussa toujours, adoptant la maxime de saint Thomas : Nemo crédit contra rationem, quia veritas veritati contradicere nonpotest. De même, il fut d'abord en relation intime avec Schelling, qu'il eut le bonheur d'amener du spinozisme et du système de l'identité au théisme, au christianisme historique; mais il le combattit, quand il vit que Schelling persévérait à confondre la théogonie avec la cosmogonie. En 1826, il fut nommé professeur de philosophie et de théologie spéculative à l'université de Munich, récemment fondée; ce fut une occasion pour lui de systématiser un peu davantage les idées qu'il avait jusqu'alors présentées dans des écrits de circonstance, d'un style concis et imagé, qu'il était parfois difficile de comprendre ; du reste, ses disciples reconnaissent qu'il n'eut pas le don d'exposer sa doctrine avec lucidité etdans son enchaînement logique. De même qu'il combattait le rationalisme en philosophie, il se crut appelé à combattre aussi l'esprit révolutionnaire en politique et le parlementarisme ; mais, conservateur loyal, il demanda aux puissances du Nord de rendre la Pologne à elle-même. 11 se montra dédaigneux pour Luther et pour le protestantisme; mais il s'éleva contre les usurpations de la hiérarchie romaine, enseigna que ii. 1

BAADER

îa papauté n'est pas une institution essentielle du catholicisme et protesta contre les indulgences, contre la communion sous une seule espèce et d'autres abus. Dans les dernières années de sa vie, il admirait TEglise grecque, au sein de laquelle l'autorité est exercée par des collèges ou conseils. Il mourut en 1841. — Baader fut un théosophe; à ses yeux, le royaume de la grâce et le royaume de la nature ne sont pas seulement parallèles, mais intimement unis ; chaque réalité de l'ordre physique est le symbole ou plutôt le phénomène d'une réalité spirituelle ; la philosophie première, fondamentale, c'est la théologie. Notre science repose, non sur le fameux: Cogito,ergo sum, mais sur un principe plus complet : Cogitor, ergo cogito et sum. L'homme a dans sa conscience un témoignage que Dieu se rend à lui-môme ; témoignage confirmé par celui de la nature et de l'histoire ; mais nous possédons, en vertu d'une divine nécessité, un savoir immédiat (non une croyance seulement) de Dieu; notre esprit, soit qu'il se pense lui-même ou qu'il pense Dieu et le monde, est associé à la pensée divine; comme celle-ci, il engendre, ou du moins, ce qu'elle a construit, il le reconstruit (nach construirf), à la condition toutefois de penser avec elle, en elle; et dans notre état de déchéance, c'est avec le secours du Logos, en nous attachant à lui par une méditation qui soit en môme temps une prière, que nous rentrons dans la lumière, dans la sagesse divine; la logique est au fond la science du Logos. Dieu est le Dieu vivant, à la fois Etre et Devenir, unité d'une multiplicité, actus purissimus et substantiel perfecta. Or la vie est une victoire incessamment remportée sur un conflit intérieur (principe de contradiction), et cela par un mouvement perpétuel, progressus et m/msws, dans lequel le vivant s'engendre lui-même. Le principe divin se déploie en deux éléments impersonnels: l'idée ou sagesse (Prov. VIII, 22) ou esprit, et la nature, force productrice, natura naturans, qui, si elle demeurait séparée de la pensée, deviendrait desiderium sut, mouvement désordonné, trouble, ténèbres ; mais par leur pénétration réciproque, la divinité se constitue dans sa richesse intinie, corporéité spirituelle ou idéalité substantielle, manifestation lumineuse et sereine d'un fond insondable et fécond. Le premier ternaire ou triplicité (principe, idée, nature) implique donc un quatrième terme, la conciliation du deuxième et du troisième en une union supérieure, quadruplicité dont on peut dire : « Quand on est à trois, on est à quatre, c'est-à-dire à un. » Dans cette activité ésotérique et logique de la vie divine, nous n'avons encore que l'individualité absolue, un totum;\& personnalité se réalise dans une seconde activité, exotérique et réelle, en un second ternaire, la Trinité, que certains philosophes, Platon entre autres, ont entrevue, mais dont la formule a été donnée par l'Eglise, et notamment par saint Thomas. Adversaire énergique du panthéisme et du fatalisme, Baader enseigne que la création fut un acte libre ; les deux éléments primordiaux, idée et nature, constituent l'essence intime de l'univers ; le lien qui relie les êtres créés, c'est l'amour (affinité, attraction, quand il s'agit de l'ordre physique) ; le dynamisme, non le mécanisme ou atomisme, est l'explication légitime des phénomènes. Entre le monde des esprits ou anges

KAÀDER — BABOLEIN :;

et la nature, fut placé un intermédiaire, l'homme, image • ^ieu par excellence, androgyne comme lui. Par suite de la chute dos anges l'homme a reçu la mission de réparer le trouble apporté dans la création ; mais il cède à la tentation. Pour empêcher l'homme et avec lui la création entière de se précipiter dans l'abîme, Dieu matérialise la nature, qui jusqu'alors n'était pas matérielle; il l'enferme dans les limites de l'espace et du temps, et dorénavant l'intelligence égarée est obligée de reconnaître Jes lois de cette nature nouvelle, aussi impérieuse qu'elle avait été d'abord soumise à l'homme dans sa pureté première. Le premier chapitre de la Genèse raconte cette reconstitution, où l'homme est appelé à une deuxième œuvre de réparation : cultiver la terre (paradis, univers) pour la ramener à sa condition initiale. Mais une nouvelle chute (Gen. II) augmente la détérioration ; la création entière soupire après une délivrance (Rom. VIII). Dieu intervient par l'incarnation de son Fils, incarnation graduelle, qui, depuis la sortie d'Eden, se poursuit jusqu'au jour où elle se condense en Marie, et qui, depuis la Rédemption, recommence sous une forme nouvelle dans tous ceux qui reçoivent et conçoivent en eux le Christ. Ainsi se prépare la réintégration finale des créatures dans leur harmonie première. Toutes les sciences naturelles, tous les trésors de l'art et de l'imagination, la mythologie, le somnambulisme et la m viennent tour à tour fournir des symboles, des explications ou des prophéties à ce drame immense, qui inspire tantôt le plus séri i intérêt et tantôt des réserves fort graves. — Les disciples de Baader, MM. Fr. Hoffmann, Jul. Hamberger, Ant. Lutterbeck, baron (TOsten Sacken, E. A. de Schaden et Chr. Schlûter ont publié ses œuvres complètes, avec introductions et commentaires qui en facilitent l'étude, 15 vol., 1851-1860. Hoffmann, Vorhalle der spekul. Lehre Baaders, 1830; Acht philos. Abhandlungen ùber B., 1857; Erdmann, EntwickeL der deutsch. Spekalation seit Kant, t. II, p. 583. a. Matter.

BAAL, divinité phénicienne. Voyez Phénicie.

BAALBEK. Voyez Balbek.

BAASA (Baechâ, Baasà, Bahasça), originaire de la tribu d'Issachar, fils d'Ahias, usurpa le trône d'Israël après avoir fait mourir Nadab, lils de Jéroboam, son roi, et toute la race de ce prince (1 Rois XV, -21 >s.). 11 résidait à Tersa, alors la capitale des dix tribus, et lit La guerre au roi de Juda,Asa, qui le vainquit avec le secours des Syriens, alliés (1 Rois XV, 18 ss. ; 2 Chron. XVI, 1 ss.). Baasa pratiqua l'idolâtrie et fit tuer le prophète Jéhu qui lajui avait reproché". I

:a pendant vingt-quatre ans, de 954 à 930 avant Jésus-' (1 Rois XV, 33).

BABEL (Tour de). Voyez Babylone et Architecture religieuse.

BABOLEIN (Saint) [Babolenus], fut établi, sous le règne de Clovis II, premier abbé du couvent de Fosmtus, plus tard Saint-Maur-les-Fprès Paris. On croit qu'il avait été tiré de l'abbaye de Luxeuil. I mourut vers 071. Ses actes, rédigés vers 1080, sont remplis de I et d"aiiachronismes (Bouquet, III; Mabillon, AA. SS. Ben., 8XC II; Bull. -20 /'/>. V). Voy. Lebeuf, Dioc. de Paris, V, p. 07.

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