BOSIO — BOSSUET
encore aujourd'hui plusieurs trésors inédits et même inexplorés. BOSIO (Antoine) [1570-1629], célèbre antiquaire, neveu de Jacques Bosio, chevalier de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem et auteur d'une histoire de cet ordre (Rome, 1621-32,3 vol. in-fol.), était lui-même agent des chevaliers de Malte à Rome. 11 employa trente-cinq ans à étudier et à décrire les catacombes et mourut avant d'avoir terminé ce grand travail, qui fut publié en 1632 par le chevalier Albrandino, sous, le titre de Borna sotterranea. Le P. Saverani, le P. Aringhi et monsignor Boltari, Font enrichi d'additions importantes dans les éditions de 1637, 1651, 1659, 1737, 1747, 1753, et porté à 3 volumes in-folio (voy. Catacombes).
BOSRA. Voyez Bostra.
BOSSUET (Jacques-Bénigne). — I. Etudes et séjour à Metz. Bossuet naquit à Dijon le 27 septembre 1627, et mourut à Paris le 2 avril 1704. Son père était avocat au parlement de Bourgogne, et passa plus tard en celui de Metz, dont il devint le doyen. Son éducation fut confiée à un frère de son père qui était membre aussi du parlement de Dijon. Il fut élevé au collège des jésuites de cette ville, et pour échapper à leurs obsessions, il entra au collège de Navarre à l'âge de quinze ans pour y terminer ses études classiques et y faire ses études de théologie. De bonne heure, en effet, il était voué à la carrière ecclésiastique. A huit ans il recevait la tonsure, et à treize il était nommé à un canonicat de la cathédrale de Metz. C'est de cette nomination que date la suppression des coadjutoreries, c'est-à-dire du droit que s'arrogeaient les titulaires d'un canonicat de léguer, à leur mort, ce bénéfice à un ami ou coadjuteur qu'ils désignaient eux-mêmes. Nicolas Cornet était grand-maitre du collège de Navarre. Bossuet passa d'abord six ans dans cette maison, dont il était la gloire. C'est pendant la première année de ce séjour que le marquis de Feuquières, un ami de son père, le présenta à l'hôtel de Rambouillet où il prêcha, un soir, son premier sermon; ce qui faisait dire à Voiture « qu'il n'avait jamais vu prêcher de si bonne heure ni si tard ». Le 25 janvier 1648, il termina ses études théologiques par la soutenance d'une thèse dédiée au grand Condé, après quoi il fut nommé au diaconat de l'Eglise de Metz. Mais en 1650 il rentra au collège de Navarre pour faire sa licence en théologie. Ces études duraient deux ans. Tout élève devait soutenir, en Sorbonne, une thèse appelée, à cause de cela, sorbonnique, et adresser au prieur de la Sorbonne un résumé de ses arguments avec ce titre honorifique, dignissime domine prior. Bossuet ayant refusé, sur le conseil de ses maîtres, de remplir cette formalité, sa soutenance fut interrompue et donna lieu à un procès devant le parlement. Au concours de la lin de licence il n'obtint que la seconde place : l'abbé de Rancé eut la première, mais leur amitié ne s'altéra jamais. La licence terminée, on recevait le bonnet de docteur. Le 18 mai 1652, le chancelier de l'université lui donnait, au pied de l'autel des Martyrs, la bénédiction et les pouvoirs apostoliques. Dans sa réponse, en latin, Bossuet lit ce serment, dont il se prévalait plus tard pour justifier les controverses religieuses qu'il soutint avec les réformés et avec Fénelon : «0 Vérité
suprême, conçue dans le sein paternel d'un Dieu, et descendue sur la terre pour se donner à nous dans les saintes Ecritures, nous nous erîchainons tout entier à vous. » On peut taire observer déjà que
Bossuet ne se borna pas à détendre la vérité contenue dans les saintes Ecritures et qu'il combattit surtout pour la tradition, que l'Eglise romaine place à côté, si ce n'est au-dessus des livres saints, (les études terminées, Bossuet fut immédiatement nommé archidiacre de l'Eglise de Metz, et il resta six ans dans cette ville (1652-1658) pour y remplir les devoirs de sa position. — Bossuet s'appliqua à l'étude des Ecritures. 11 étudia aussi les Pères, et en particulier saint Augustin. Il possédait si bien cedernier « qu'il parvint à rétablir une lacune de huit lignes dans un sermon de l'édition des bénédictin^ » C'est à Metz qu'il commença ses ouvrages de controverse contre les protestants. Le pasteur de cette Eglise, Paul Ferry, ayant publié un Catéchisme, Bossuet écrivit et publia une Réfutation. A côté d'arguments solides on trouve dans ce premier écrit de Bossuet des points faibles, que l'immense talent de l'auteur ne parvient pas à dissimuler, et qui se retrouvent d'ailleurs dans tous ses autres ouvrages de controverse. Ainsi, pour prouver que l'Eglise a, dans la personne de son clergé, le droit et le pouvoir « d'être juge des interprétations que les hommes donnent de la Parole de Dieu », il cite cette parole tirée de la résolution du concile de Jérusalem : « Il a plu au Saint-Esprit et à nous, etc..., » laissant entendre que ce nous désigne uniquement les apôtres et lesanciens, tandis que, d'après le texte (Actes XV, 22,23), il s'applique aussi " à tous les frères, à tous les membres de l'Eglise. » Dans cette Réfutation Bossuet reprochée la Réforme sa nouveauté : « Qui êtes-vous, d'où venez-vous ? » C'est le reprocheque les païens adressaient aux premiers chrétiens. Les controversistes protestants répondaient qu'ils avaient la foi et le culte de la primitive Eglise tels qu'on les trouve dans les écrits des apôtres, et que c'étaient certaines doctrines et certains usages de l'Eglise romaine qui méritaient le reproche de nouveauté, puisqu'on ne les trouve pas dans les écrits apostoliques. Dans ce même écrit Bossuet reproche encore aux protestants d'être sortis du giron de l'Eglise catholique au lieu d'avoir travaillé à la réformer : « S'il y a des abus dans l'Eglise, sachez que nous les déplorons tous les jours, mais nous détestons tous les mauvais desseins de ceux qui ont voulu les réformer par le sacrilège du schisme au lieu d'agir au dedans. Il y avait à cela uneobjection sans réplique: c'est que Rome ne voulait absolument pas « qu'on agit au dedans »? témoin JeanHuss. condamné, par le concile de Constance, à être brûlé pour ses essais de réforme, et la tête de Luther mise à prix après la diète de Worms pour l«' même motif. Du reste cette polémique n'altéra pas les bonnes relations de Bossuet et de Paul Ferry, et c'est de ces relations mêmes que naquirent les premiers efforts de Bossuet pour la réunion <!<■* protestants nu catholicisme. Il devait toute sa vie porter sa sollicitude sur ce grand dessein : niais malgré l'appui qu'il trouva dans la modération et l'autorité de Leibnitz, ses tentatives <\r réunion échouèrent, Bossuet il'- taisant aux réformés d'autres concessions positives «pie la liberté
de prendre la communion sous les deux espèces. C'est pendant son séjour à Metz qu'il travailla à son fameux traité de V Exposition de la foi catholique, auquel on a l'habitude de rapporter la conversion de Turenne au catholicisme, et qui, après avoir circulé longtemps en manuscrit, fut publié en décembre 1671.
II. Bossuet à la cour (1658-1682). En 1658, après six ans de séjour à Metz, il fut envoyé à Paris par le chapitre de Metz pour y défendre les intérêts de cette Eglise. Ce fut pour lui l'occasion de se faire connaître. Il prêcha devant la reine-mère quelques carêmes et quelques panégyriques, celui de saint Paul entre autres, qui fondèrent sa réputation. Ce fui une admiration générale, et il fut choisi pour prêcher le carême de 1662 au Louvre devant Louis XIV. alors âgé de vingt-quatre ans. Il resta jusqu'en 1669 le prédicateur du roi. Ce fut pour Bossuet une période de floraison, pour ainsi dire, et de gloire. Jamais l'éloquence chrétienne n'avait brillé d'un si large et d'un si vif éclat. On peut dire, sans diminuer en quoi que ce soit d'autres gloires, que la majesté de la religion n'a jamais eu de plus puissant interprète, ni la vanité des grandeurs humaines de peintre plus saisissant. Par la force de la pensée et l'éclat de la parole, Bossuet reste encore le premier orateur chrétien. C'est de 1660 à 1669 qu'il prêcha à Paris les plus connus et les plus beaux de ses sermons : sur la Providence, Y Eminente dignité des pauvres, Y Honneur du monde, la Haine de la Vérité, Y Impénitence finale, Y Ambition, la 'Mort, etc. Ce dernier passe, auprès des meilleurs juges, pour le plus achevé de ses discours. M. Gandar a rétabli récemment, dans deux excellents ouvrages de critique, le texte exact et la date précise de ces divers sermons. C'est pendant ses fonctions de prédicateur à la cour que Bossuet débute dans Y Oraison funèbre, genre où û devait s'élever si haut, et mériter le titre d'Aigle de Meaux qui lui a été donné. Il prononça celles du P. Bourgoing (1662), de son ancien maître Nicolas Cornet (1663) et de la reine-mère Anne d'Autriche (1667). Il était à la cour en qualité de précepteur du Dauphin lorsqu'il prononça celle d'Henriette de France (16 novembre 1669) et sept mois après celle de sa fille Henriette d'Angleterre. Ce sont deux chefs-d'œuvre, «deux monuments historiques » auxquels on ne peut reprocher que l'injuste sévérité avec laquelle Bossuet parle de la Réforme et le ton prophétique dont il prédit sa ruine prochaine. L'oraison du prince de Conclé est aussi un modèle : elle contient des traits de génie et des peintures magnifiques; la péroraison arrachait à Chateaubriand « des larmes d'admiration ». — En 1669, Bossuet céda à Bourdaloue sa charge de prédicateur du roi pour devenir évêque de Condom; mais le précepteur du Dauphin étant mort à ce moment , Bossuet renonça à son évêché pour remplir cette haute fonction à la cour, de 1669 à 1680, époque où fut arrêté le mariage du Dauphin avec la princesse de Bavière. L'élève ne répondit pas aux espérances et aux ellorts d'un tel maitre. On reproche à Bossuet de n'avoir pas su se mettre à la portée de ce prince et de n'avoir pas apporté assez de douceur dans cette éducation. Le seul sentiment qu'il développa fortement en lui fut le respect de l'autorité royale, de
sorte que, même après la savante réhabilitation que M. Ploquet a ten tée de ce prince, od ue voit rien à ajouter au portrait que M. Guizot en
a tracé : « Médiocre e! soumis, toujours le plus humble sujet du roi, à près de cinquante ans. » Le Discours sur l'Histoire unira-selle, où Bossuet montre « l'autorité et la sainteté de la religion par sa propre stabilité, ainsi que les causes de la ruine des empires; » la Politique tirée de l'Ecriture sainte, où il établit avec une intraitable rigueur les droits de L'autorité royale; le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même , où il complète ainsi la célèbre formule de Descartes : « Je pense, donc Dieu est, » ces trois ouvrages publiés pour le Dauphin, et qui. étaient évidemment bien au-dessus de son intelligence, contiennent des pages admirables et sont de vrais monuments littéraires. Lorsque le mariage du Dauphin fut arrêté, Bossuet cessa d'être son précepteur; mais il resta à la cour encore six. années (1679-1685) en qualité d'aumônier de la Dauphine. Toutes les semaines, des ecclésiastiques savants et pieux, l'abbé Fleury entre autres , se réunissaient auprès de lui, en petit concile, comme on disait, pour conférer sur l'Ecriture. C'est de là que sont sortis ses commentaires latins sur les Psaumes, fort goûtés d'Arnaud . sur les Proverbes et sur le Cantique des Cantiques. C'est pendant son séjour à la cour que Bossuet se trouva mêlé à quelques événements qui sont restés célèbres dans l'histoire: la conversion de mademoiselle de la Yallière, l'éloignement de madame de Montespan, la dispute avec Claude et l'assemblée de 1682. Un fait est hors de doute : c'est que Bossuet donna toujours à la cour l'exemple d'une vie sainte et qu'il protesta souvent contre les désordres du roi. Ce sont ses prédications et celles de Jtourdaloue qui décidèrent mademoiselle de La Yallière, cette première victime de Louis XIY, aussi illustre par sa pénitence que par sa faute, à quitter la cour pour le cloître, où elle ht de si grands progrès dans la piété. Bourdaloue devait prêcher le sermon de la prise de voile, et il fut remplacé par l'abbé de Fromentières , le prédicateur le plus estimé du temps après ces deux grands noms. C'est Bossuet qui prononça le sermon pour la Profession des vœux. On doit lui rendre ce témoignage, qu'il insista auprès de Louis XIV pour l'éloignement de madame de Montespan et qu'il y réussit même à un moment. Son âme droite et sa doctrine évangélique ne lui permettaient pas de voir, sans souffrir, de tels abus, et lui dictèrent même des remontrances éloquentes; mais dès que le roi lui déclara nettement qu'il reverrait la célèbre marquise, Bossuet garda le silence et resta à la cour. C'était pour lui le moment de parler plus haut que le roi ou de fuir le spectacle de ses désordres. On souffre de voir ainsi la religion et le génie se courber devant le despotisme du grand vicieux couronné. M. Floquet a essayé encore de rendre justice à Bossuet sur ce point; mais il ne parvient pas à justifier son silence et sa présence à la cour après la réponse hautaine de Louis XIV : « Ne me dites rien, j'ai donné des ordres. » D'ailleurs, cette attitude humiliée de Bossuet devant Louis XIV est une des choses qu'on regrette le plus de trouver dans la vie du grand évêque. On lui voudrait par moments plus de fierté et de dignité devant son roi. L'abbé Ledieu, son intéressé secrétaire, raconte dans
son Journal que Bossuet, peu de temps avant sa mort et quand il pliait sous le poids des ans, consacrait ses forces (ô pénible révélation qui nous détruit presque entièrement le charme des derniers mots de l'oraison du prince de Condé! ) « à monter les pentes douces des terrasses des Tuileries, afin, disait-il, de s'accoutumer à monter et à descendre pour se mettre en état d'aller chez le roi. » Et l'on sait en outre, par le môme Journal, qu'il montait ainsi l'escalier de Versailles pour obtenir de Louis XIV des faveurs pour son médiocre neveu, plus tard évêque de Troyes. — C'est cette môme adulation pour le monarque, mêlée cette fois d'une forte dose de haine à l'endroit de la Réforme, qui lui fit louer la Révocation de l'édit de Nantes dans ce fameux passage de l'oraison de Michel Le Tellier, où il s'écrie : « Prenez vos plumes sacrées, vous qui composez les annales de l'Eglise; hàtez-vous de mettre Louis avec les Constantin et les Théodose; poussons jusqu'au ciel nos acclamations, etc. » Ce cantique en l'honneur de la Révocation indique assez les sentiments de Bossuet à l'endroit du protestantisme ; il ne laissa passer aucune occasion de le combattre par la plume ou par la parole. La dispute avec Claude eut lieu le 1er mars 1678, de trois heures à huit heures, chez la comtesse de Roye, et à la demande de mademoiselle de Duras, sa sœur, à moitié gagnée au catholicisme. Les deux adversaires publièrent chacun une Relation de cette conférence. Bossuet avait établi « que jamais des particuliers n'ont le droit de se séparer de l'Eglise. — Mais alors, répond Claude, les premiers disciples du Christ eurent tort de se séparer du judaïsme et du sanhédrin qui condamnait Jésus. — Non, réplique Bossuet, parce qu'il y avait un signe extérieur, les miracles, qui formaient une autorité et créaient une évidence à laquelle on devait céder. » Réplique bien faible, car s'il n'y avait pas eu ce signe extérieur, Jésus aurait-il été moins Dieu, moins digne d'être suivi ? Et puis cette évidence et cette autorité extérieures, qui les jugera suffisantes, sinon l'individu lui-même? Bossuet établit ensuite qu'il y a toujours eu une autorité visible : la synagogue d'abord, puis Jésus- Christ, puis le Saint-Esprit, enfin l'Eglise. Claude ajoute aussitôt l'Ecriture, et fait observer, avec raison, que le Saint-Esprit et l'Ecriture sont les deux grandes autorités dans les matières religieuses. L'Eglise n'est pas précisément une autorité distincte des deux autres, en ce sens qu'elle est la réunion de ceux qui ont le Saint-Esprit et qui vivent selon l'Ecriture. C'est de ce caractère que lui vient son autorité, et non d'une grâce particulière, distincte du don du Saint-Esprit, qui ne serait accordée qu'aux membres du clergé, comme le dit le catholicisme. Enfin un troisième point prêta à une discussion des plus vives. Bossuet prétendit « qu'il faut croire à l'infaillibilité de l'Eglise si l'on veut croire à la divinité des Ecritures qu'elle nous transmet. » « Donc, répondit Claude , comme je crois et veux croire à la divinité des Ecritures, j'ai et je dois avoir foi en l'infaillibilité de l'Eglise protestante, de laquelle je l'ai reçue. » Cette réplique, de l'aveu de Bossuet luimême, le mit dans une grande angoisse; mais il ne tarda pas à sortir de ce mauvais pas. c< La vérité, dit-il, est que vous ne croyez pas à une Eglise infaillible; vous l'avez dit et écrit : d'où je conclus que quand
relise \ous dit: L'Ecriture est divine ; vous ne savez pas si elle dit
vrai ou non, et vous n'êtes pas persuadé, sur la parole de L'Eglise, que L'Ecriture esl de Dieu. » Claude avoue qu'en effet on n'en est point persuadé sur la simple déclaration de L'Eglise; sur quoi Bossuet pousse une exclamation victorieuse que nous avons quelque peine à comprendre aujourd'hui, et s'écrie : h Eh bien! monsieur, c'est assez! Il y a doue dans votre religion un point où un chrétien ne sait pas même si l'Evangile est une table ou une vérité. » Si la séance n'eût été levée, Claude aurait répondu certainement que, pour être vraie et efficace , notre foi en la Bible ne doit pas découler de notre foi en l'Eglise, qui nous la présente comme divine, mais de notre expérience personnelle; qu'on n'est véritablement persuadé de la vérité de la Parole de Dieu, c'est-à-dire véritablement chrétien, qu'après cette expérience individuelle, et que le point capital n'est pas de croire tout d'abord à l'infaillibilité de l'Eglise pour arriver à croire ensuite, par voie de simple conséquence, à la divinité de l'Ecriture, mais de commencer par étudier et pratiquer celle-ci, pour voir si elle prouve elle-même sa divinité. C'est diminuer l'autorité de l'Ecriture, de dire qu^on la croit divine, parce que l'Eglise la donne pour telle. Tant qu'on ne la croit divine, que pour ce motif, c'est une foi extérieure. La vraie foi, à cet égard, est le fruit de l'expérience personnelle, et l'on peut opposer ici à Bossuet le mot de Tertullien : « On ne nait pas chrétien , on le devient. » Il faut citer ici deux ouvrages importants de Bossuet : 1° Y Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique sur les matières de controverse (1671). Bossuet y présente le catholicisme théorique, bien différent sur plusieurs points du catholicisme pratique avec les abus criants contre lesquels la Réforme avait protesté. C'est ce que tirent remarquer dans leurs Réponses les ministres La Bastide et Noguiër, ajoutant, à tort croyons-nous, que Bossuet avait à dessein altéré les doctrines catholiques pour les rendre plus acceptables. C'était bien le catholicisme de Trente, mais ce n'était pas le catholicisme courant, encore moins est-ce le catholicisme d'aujourd'hui. L'approbation du pape se lit attendre huit ans. 2° L'Histoire des Variations des Eglises protestantes (1688), ouvrage considérable, où Bossuet déploie toutes les richesses de son immense érudition, toute la puissance de son style incomparable, et aussi, il faut bien le dire, toutes les violences de son injuste dédain pour l'Eglise réformée. Le ministre Jurieu y opposa de très-vives réponses. Evidemment le principe de liberté qui est à la base du protestantisme a ses périls; mais le principe d'autorité, qui est à la base du catholicisme, n'a-t-il point les siens? La multiplicité des Eglises protestantes peut être considérée comme un mal ; mais le joug de fer que le catholicisme fait peser sur l»s consciences pour conserver son unité est-il un mal moindre? D'ailleurs il y a à répondre au livre des Variations; 1° que celles-ci n'ont pas porté sur les points capitaux de la foi; 2° et qu'on les trouve dans le catholicisme aussi bien qu'ailleurs, témoin le dogme de l'infaillibilité du pape, que Bossuet et l'Eglise gallicane de son temps repoussèrent avec énergie dans l'assemblée de 1682, et qui a été depuis peu
proclamé par le concile du Vatican. Dans cette assemblée générale du clergé, convoquée pour défendre les droits du royaume dans la question de la régale, débattue entre Louis XIV et le pape, Bossuet joua le principal rôle; il prêcha le sermon d'ouverture sur Y Unité de l'Eglise (30 octobre 1681) et rédigea lui-même les quatre articles de la fameuse Déclaration, où il est établi « que le pape n'a pas de puissance sur les choses temporelles » et que « dans les questions de foi son jugement n'est pas irréformable, à moins que le consentement de l'Eglise n'intervienne ». H jugeait sévèrement d'ailleurs Innocent XI. « Une bonne intention avec peu de lumières, écrivait-il à l'abbé de Rancé, c'est un grand mal dans de si hautes places. » Il s'éloignait considérablement du dogme officiel sur un point très-important, la messe, où il ne voyait « qu'une commémoration du grand sacrifice de la croix, une mort et une destruction mystique en laquelle la mort effective que le Fils de Dieu a soufferte une fois pour nous est représentée ».
III. Bossuet évêque de Menux. Il fut installé évêque de Meaux en février 1682. 11 s'engagea à prêcher dans sa cathédrale à chacune des grandes fêtes de l'année. C'est pendant son séjour à Meaux qu'il écrivit quelques excellents ouvrages de piété : Y Explication de V Apocalypse (1689), les Méditations sur l'Evangile, admirables de simplicité et d'onction, et les Elévations sur les mystères. Le repos dont il jouissait dans son diocèse fut troublé par la querelle du Quiétisme. Fénelon, se faisant l'apologiste des idées et des ouvrages de madame Guyon, publia en 1697 le livre des Maximes des Saints, où il soutenait qu'il y a pour certaines âmes « un état habituel d'amour pur où elles n'aiment plus Dieu ni pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant, » état où elles pourraient consentir, par amour, à être éternellement séparées de lui, c'est-à-dire à perdre leur salut. Ce mysticisme, qui dispensait l'àme de se servir des formes du culte, parut à Bossuet plein de dangers, et il écrivit « qu'il y allait de toute la religion ». Il réfuta dans plusieurs écrits le livre des Maximes et en poursuivit avec acharnement la condamnation à Rome. Fénelon y opposa des réponses très-habiles, où sa plume facile et son esprit délié reprenaient tous leurs avantages. Puis cette polémique prit de part et d'autre un caractère personnel et agressif, qui nuisit à la majesté de la religion et à la gloire de ces deux hommes. Bossuet mit le comble à ces violences en écrivant à l'adresse de Fénelon et de madame Guyon ces mots qui tirent scandale : « Cette Priscille a trouvé son Montan pour la défendre. » Innocent XII, par un bref du 12 mars 1669, condamna la doctrine de Fénelon. Celui-ci racheta les torts qu'il avait eus dans cette polémique par la promptitude et la docilité de sa soumission. Une autre polémique vint encore troubler les dernières années de Bossuet. Un ancien prêtre de l'Oratoire, très-versé dans l'étude des langues anciennes et particulièrement de l'hébreu, mais d'une grande indépendance d'esprit, Richard Simon, avait publié en 1678 une Histoire critique de V Ancien Testament, dans laquelle il mettait en dou&ï l'authenticité des livres de Moïse et ôtait à tout le recueil de l'Ancien Testament tout caractère d'inspiration. Bossuet lit