‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 136 sur 263 · BOURGOGNE — BOURIGNON · texte numérisé non relu

BOURGOGNE — BOURIGNON

Bourgogne, qui ne compte plus à cette heure qu'une seule Eglise concordataire, celle de Dijon, qui tonne à elle seule un consistoire, encore celui-ci est-il de création récente; mais il y a des protestants disséminés à Màcon, Chalon-sur-Saône et Le Creuzot, desservis par des pasteurs non salariés par l'Etat. — Voyez : Bèze, Hist. éccl.; Edm. Chevrier, Le Protestantisme dans l<- Maçonnais et la /Jrets<>; Bullet.de la Sur. de VHht du Prot. franc, 1800, p. 100. E. Akxaud.

BOURGOING (François) [1585-1662]. Nommé à la petite cure de Clichy, qui répondait mieux à sa vocation pastorale qu'à ses études distinguées, Bourgoing fut un des six prêtres qui s'associèrent au cardinal de Bérulle pour fonder l'Oratoire, et il en devint le troisième général. Soussa Longue administration, la nouvelle congrégation lit dans toute la France et en Flandre surtout des progrès dignes du zèle de son chef: mais il fallut toute la sagesse de son fondateur pour empêcher cette activité quelque peu despotique d'en altérer l'esprit libéral. Pour résister à ses empiétements, les assemblées générales durent restreindre ses pouvoirs et lui rappeler à diverses reprises que Tordre était une sorte de république où, suivant Bossuet, « on obéit sans dépendre et Ton gouverne sans commander. » Fort du crédit que lui donnait sa qualité de confesseur du prince d'Orléans, Bourgoing essaya plusieurs fois de faire prévaloir son esprit inquisitorial et ses règlements minutieux. L'assemblée de 1661 lui répondit en interdisant désormais au général toute fonction à la cour et celle même de confesseur des princes. L'assemblée de 1644 l'avait déjà forcé à s'excuser d'avoir écrit une « Déclaration présentée à la Reine, par le R. P. général de l'Oratoire, au nom de la congrégation, sur quelques points touchant le sacrement de pénitence. » Pour disculper l'Oratoire de toute tendance janséniste, il y tombait dans l'excès contraire d'une morale relâchée que ses confrères désavouèrent vivement. Bourgoing a écrit une foule d'Homélies et de traités à l'usage du clergé. Il publia avec ie P. Gibieuf les Œuvres du cardinal de Bérulle (Paris, 1644, in-fol.). Son ouvrage le plus remarquable est un recueil de méditations pour tous les jours de Tannée. Publié d'abord en latin, il fut augmenté et traduit en français par l'auteur sous le titre de Vérités et excellences de Jésus-Christ, etc. (Paris, 1636, 6 vol. in-12) et eut de son vivant plus de trente éditions. Bossuet prononça l'oraison funèbre du P. Bourgoing. C'était son premier essai dans ce genre qu'il devait porter bientôt à la perfection. r. Rouffet.

BOURIGNON (Antoinette), célèbre visionnaire, naquit à Lille, en 1616, si laide, dit Bayle, « que Ton délibéra quelques jours dans la famille s'il ne serait pas à propos de l'étouffer comme un monstre. » A quatre ans, dit-on, étonnée de la vie que Ton menait à l'entour d'elle, elle demanda « qu'on la menât dans le pays des chrétiens ». Elle s'opposa absolument à ce qu'on la mariât, en partie parce qu'elle voyait sa mère très-malheureuse en mariage, en partie parce qu'elle voulait « s'unir intimement à son Créateur ». Aussi, en 1636, s'enfuit-elle en toute hâte pour échapper à son père qui voulait lui faire épouser un jeune Français. Elle s'habilla en ermite pour aller s'enterrer dans

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quelque désert, arriva à Tournay, fut arrêtée dans un village du Hainaut et conduite auprès de l'archevêque de Cambrai qui l'obligea de retourner auprès de son père. Elle s'y construisit une espèce d'ermitage; entourée des images en cire de saint Antoine et de Marie-Madeleine, elle n'en eut pas moins des visions diaboliques. Elle quitta une seconde fois le domicile paternel, lasse qu'elle était des moqueries de ses sœurs et pour échapper une seconde l'ois au mariage, et passa plusieurs années dans la retraite, mais non sans inspirer de vives passions. Son biographe Poiret raconte qu'elle passait des journées entières, sans manger ni boire, ne demandant que les caresses divines, soumise aux plus rudes pratiques de l'ascétisme. Après avoir pris possession de son patrimoine auquel elle avait d'abord renoncé, elle devint, en 1653, directrice d'un hôpital et prit en 1658 l'habit de Saint- Augustin. Toutes les petites tilles placées sous sa direction se disant possédées du diable, elle fut elle-même, grâce à l'influence des jésuites, soupçonnée de sorcellerie. Elle put se sauver à Gand, où « Dieu lui découvrit de grands secrets ». A Malines, elle fit un prosélyte en la personne de M. de Cort, avec lequel elle séjourna longtemps à Amsterdam. Elle y fut visitée par bon nombre de prophètes et de propkétesses, dont un petit nombre seulement se conformèrent à ses instructions. Elle ne se lassa pas, pour cela, de composer toutes sortes de livres, d'avoir des visions, de s'entretenir fréquemment avec Dieu, quand M. de Cort vint à mourir (1669) après l'avoir instituée son héritière. Dans le Holstein, elle se pourvut d'une imprimerie, car « sa plume allait comme la langue des autres, c'est-à-dire comme un torrent. » Attaquée vivement sur ses dogmes et sur ses mœurs par des gens qui voulaient qu'on la décapitât ou qu'on la brûlât, elle se retira à Flensbonrg (1673), après avoir publié son Témoignage de la vérité. Là encore elle eut peine à échapper aux fureurs du peuple qui la tenait pour une sorcière et arriva en 1676 à Hambourg. Toujours persécutée, elle s'éteignit eniin à Franecker, dans la province de Frise, en 1680. D'après ses admirateurs, sa naissance et son avènement à la qualité d'auteur auraient été signalés par l'apparition de comètes. Elle écrivait ses inspirations au fur et à mesure. Elle soutenait que la véritable Eglise était éteinte et que les exercices liturgiques ne la ranimeraient pas : il faut au chrétien la lumière intérieure. Ame aimante, elle ne dédaignait point la charité active ; mais elle manquait de persévérance et préférait s'égarer dans les régions nuageuses du mysticisme. Le diable lui apparut, dit-elle, sous les formes les plus diverses. Elle vit l'Antéchrist, au point de pouvoir en donner une description. Elle tenait pour suspectes les visions qui se font par l'entremise de l'imagination « jusqu'à ce que, les ayant recommandéesà Dieu dans un recueillement profond et dégagé de toutes images, elle apprit de Dieu ce qu'elle en devait penser, et que Dieu lui en ratifiât la vérité d'une manière si pure, si intime et si secrète, dans un fond d'àme si dégagé et si abandonné à Dieu, qu'il ne pût point y avoir de mélange soit de la pensée humaine, soit de l'illusion diabolique. » C'est ainsi, dit-elle, que Dieu lui ratifia la vérité de la vision de l'Antéchrist. Elle fut également

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détestée des catholiques et des protestants et laissa peu d'adhérents. Ses rêveries mystiques trouvèrenl surtout de l'écho en Ecosse, vers la lin du dix-septième siècle. Parmi ses nombreux écrits, on distingue le Traité du nouveau ciel et du règne de l'Antéchrist, /.'innocence reconnueet In vertu découverte, Le renouvellement de V Esprit évangèlique. — Ses œuvres turent publiées, accompagnées d'une notice biographique, par un mystique de l'Eglise réformée du nom de Poiret (Amsterdam, 1(')7(.) et suiv., -1 v. in-8°). Voyez aussi, dans le Dict. de Bayle, Fart. Bourignon, et Hagenbach, Der ev. Protestantismus, II, p. 301 à 31o (Leipzig, 1854 . Selon M. E. S., auteur d'une Etude sur Ant. Bourignon (Paris, Sandoz, 1876), A. Bourignon fut « une spirituelle de la plus saine spiritualité », qui « semble parfois un peu naïvement crédule ».

Ad. Schiffer.

BOURSIER (Laurent-François), né à Ecouen en 1679. Ce docteur de Sorbonne fonda sa réputation' par l'Action de Dieu sur les créatures (1713, 2 vol. in-4° et (> vol. in-12), livre de philosophie sur la prémotion physique, la grâce et la prédestination, qui parut à Malebranche digne d'une réponse. Quand Pierre le Grand visita la Sorbonne en 1717. il lui lit accepter un Mémoire sur la réunion des Eglises grecque et latine, écrit qu'il jugeait fort conciliant, tout en posant pour base de Taccord la primauté du pape. Le synode russe y répondit par des observations qui restèrent sans réplique, l'abbé Dubois ayant envoyé les pièces à Rome pour se faire valoir. Boursier montra une candeur plus dangereuse dans la querelle des jansénistes dont il épousa la c mse avec tout le zèle de sa bonne foi. Au refus de souscrire au formulaire de 1665, contre les cinq propositions de Jansénius, il ajouta celui de souscrire à la constitution Unigenitus contre les 101 propositions de Quesnel, excita la Sorbonne contre la bulle et fut le plus chaud partisan de Yappel. Dubois, alors candidat au chapeau rouge, punit chacune de ses démarches de lettres de cachet qui l'exclurent de la faculté, puis de la Sorbonne elle-même. Il publia en 1725 une Exposition de Doctrine sur les questions de la grâce, tirée textuellement de l'Ecriture et des Pères, et il en attendait pour l'union intérieure de l'Eglise romaine l'effet qu'il avait espéré de son Mémoire au czar pour' la suppression du schisme oriental. Le résultat fut un ordre d'exil à Givet. Boursier ne put se résoudre à s'éloigner de Paris. 11 s'y cacha près de quinze ans de retraite en retraite, et finit par mourir en 1749 avec les sentiments de piété et de renoncement qui ne l'avaient jamais quitté. Un exila, quoiqu'il ne lût pas lui-même appelant, le curé qui lui avait donné les derniers sacrements et la sépulture ecclésiastique : hommage bien mérité par les embarras qu'avaient causés à ses persécuteurs sa science e( ses vertus.

BOUTERWECK (Frédéric), né près de Goslar en 1766, succéda en 17(.)7 a Feder dans la chaire de philosophie à Gœttingue. Fort estimé pour ses travaux d'histoire Littéraire et d'esthétique (Histoire de la poésie et de Véloquence modernes, 12 vol., 1801 à 1819; Esthétique, 1806 ; 2 éd., 1815), il tut. en philosophie, disciple d'abord de Kanl (Aphorismes d'après la doctrine de Kaut, 1793). Puis, convaincu que le ji 20

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lîriticisme aboutissait au scepticisme et cédant à l'influence de Spinoza, il chercha, dans un traité sur la certitude démonstrative (Apodictique* 2 vol., 1799) à montrer que nous avons une notion immédiate de l'être réel, de l'absolu ; mais, en tant que volonté, nous sommes une réalité individuelle, comprise dans la réalité universelle ; car l'absolu est virtualité, c'est-à-dire qu'il se révèle dans son activité infinie comme un ensemble de forces relatives et l'homme en est un élément essentiel. Toutefois il reconnut avec beaucoup de modestie ce que cet éclectisme avait de précaire, et il adopta complètement la doctrine de Jacobi, pour laquelle il éprouvait depuis longtemps une grande sympathie. Ce fut dans cet esprit qu'il écrivit l'ouvrage intitulé Religion delà raison, 1824. Bouterweck mourut en 1828.

BOWER (Archibald) [1686-1766]. Né à Dundee et élevé au collège des Ecossais de Douai , il se fit jésuite à vingt ans et fut successivement professeur d'humanités, de théologie, et conseiller d'inquisition en Italie. En 1726, quatre ans après ses derniers vœux, il s'enfuit, on ne sait trop pourquoi, en Angleterre où il entra dans l'Eglise établie. Il subsista assez longtemps du produit de sa plume, rédigea, de 1730 à 1734, une sorte de revue mensuelle intitulée Historia litteraria, puis se livra à divers travaux historiques. En 1748, bibliothécaire de la reine Caroline, il présenta au roi le premier volume de son Histoire des papes, œuvre de polémique violente à laquelle ses anciens confrères répondirent en publiant la correspondance qu'il avait entretenue avec eux dans le temps même où il se disait protestant. On prétendit même qu'il était revenu aux jésuites vers 1744 et qu'il avait rompu encore une fois avec eux. La réprobation générale que souleva sa versatilité au moins inconséquente ne pouvait lui faire perdre la fortune qu'un riche mariage lui avait donnée, mais son crédit d'écrivain était ruiné, et le peu de soin avec lequel il traita les deux derniers siècles de son histoire montre qu'il en avait conscience. L'Histoire des papes» forme sept volumes : les deux derniers parurent après la mort de l'auteur. On a publié en 1757, à Amsterdam, un abrégé en français des quatre premiers volumes.

BOYER (Jacques), pasteur du Désert, qui déploya un grand zèle et fut, pour « crime d'assemblée », condamné à mort et exécuté en effigie, en août 1736. Il n'en fut pas moins accusé d'avoir séduit une jeune catéchumène, et une grande division éclata, à ce sujet, parmi les Eglises, et dura très-longtemps. On invoqua l'intervention de la vénérable classe de Zurich; mais celle d'Antoine Court fut enfin efficace. Use rendit inopinément au sein des Eglises divisées du Languedoc, s'assura par une enquête personnelle que Boyer n'était point coupable et parvint à obtenir uu compromis qui mit fin à ces fâcheux débats. Sa destitution prononcée par le consistoire fut annulée, et le synode national de 1741 sanctionna cette annulation. Réintégré dans ses fonctions, Boyer fut élu, l'année suivante, modérateur du synode provincial des Basses-Cévennes. Certains pasteurs lui restèrent cependant hostiles, et il fallut que le synode de 1745 les forçât à lui faire réparation de nouvelles attaques qu'ils s'étaientpermises contre lui.

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