BOURGES — BOURGOGNE
BOURGES [cwùas Biturigum, Avaricum (Avara est le nom de l'Yèvre), Biturigœ] , archevêché, autrefois métropole de la première Aquitaine et capitale de toute l'Aquitaine. Les origines religieuses de Bourges sont parfaitement connues. Sous le règne de Décius (vers 250), un disciple de saint Gatien et de ses compagnons, saint Ursin, vint prêcher l'Evangile dans cette ville, et un sénateur, nommé Léocade, lui ouvrit sa maison. Les corps de saint Léocade et de son iils saint Ludre (Lwor) sont conservés au Bourg-Dieu. Léocade avait pour ancêtre Vettius Epagathus, l'un des martyrs de Lyon, et nous connaissons son histoire par Grégoire de Tours, qui descendait de lui par sa mère. La tradition a tiré- parti de quelques mots assez vagues de l'évêque de Tours pour faire de saint Ursin, comme en général de tous les apôtres de la France, un disciple de Clément Komain ou même de Jésus- Christ (voir ses Actes dans la FJibl. nova de Labbe, Iï, 455). On cite, parmi les évêques de Bourges, saint Pallade (-î-384), saint Simplice (vers 472), dont Sidoine a loué les vertus, saint Sulpice Ier (-j-591), écrivain et poète, saint Outrille (Austreyesilus), saint Sulpice le Pieux, dont une paroisse! de Paris porte le nom (624-644), Saint Aoust (Agiulfus), saint Raoul, Yulfade, Frotaire, Gauslin, lils naturel d'Hugues Capet, et plus tard Gilles Colonna (1298-1316), le dodor fundatissimus, Jean Cœur, qui releva en 1464 V université de Bourges, et le cardinal de Tournon (1525-1538). La cathédrale de Saint-Etienne fut consacrée en 1324 ; elle fut en 1562 dévastée par les protestants. Des nombreux synodes de Bourges, ceux de 1031, 1276 et 1286 (Mansi, XIX et XX1Y; Hefele, IV et VI), qui s'occupèrent de la réforme de l'Eglise, méritent seuls d'être mentionnés à côté du synode de 1438 où [ut arrêtée la fameuse Pragmatique Sanction. L'archevêque de Bordeaux était primat des provinces de Bourges, Narbonne, Auch, Bordeaux, Toulouse et Alby; il a aujourd'hui pour suti'ragauts, comme avant 1790, les évêques de Clermont, de Limoges, du Puy, de Tulle et de Saint-Flour (voy. Gallia, II). S. Berger.
BOURGOGNE (Eglises de). L'histoire ne dit point eu quelle année la Réforme s'introduisit en Bourgogne, mais elle nous apprend que dès l'année 1536 le laboureur Jean Cormon était brûlé vif à Màcon pour ses opinions luthériennes. Trois ans après, les protestants de Beaune étaient persécutés par le parlement de Dijon et plusieurs d'entre eux obligés de fuir. A Autun, l'abbé de Saint-Martin, une façon de sybarite, devint entre les mains de Dieu le propagateur des idées nouvelles. Amateur de nouveautés et fort instruit, il prenait « plaisir, dit Bèze, à faire bonne chère à ceux qui venaient le visiter, auxquels il parlait assez ouvertement de la vérité. » Il ne sut malheureusement pas en profiter pour lui-même, et mourut catholique. Il n'en fut pas moins le fondateur indirect de l'Eglise de Vézelay (1547). A Dijon le parlement de Bourgogne condamna le Soissonnais Simon Laloë à être brûlé vif. Sa mort eut ceci de remarquable que le bourreau, nommé Jacques Silvestre, se convertit en entendant la prière du courageux confesseur et se retira à Genève. Deux malheureux colporteurs, découverts clans une maison d'Autun avec quelques balles de livres luthériens, périrent
de même sur le bûcher. Leurs juges et un doeteur de Sorbonne, Dommé Guillaud, attirés par la curiosité, se partagèrent secrètement leurs ouvrages et quelques-uns d'eux y trouvèrent la vérité (1535). Deux ans après, deux autres colporteurs, Robert Gotereau et Noël Bardin, furent plus heureux. Leurs juges se contentèrent de les condamner au fouet, et dès les premiers coups ils firent cesser leur supplice. Une partie de leurs livres leur furent secrètement rendus et les autres achetés et payés. Par contre le jeune Andoche Minard, qui revenail de Genève, fut arrêté à M mtcenis pour avoir repris quelques blasphémateurs et endura le suplice du feu devant le grand temple de Saint-Ladre d'Autun (1557). La même année le parlement de Dijon condamna également à être brûlés vifs quatre partisans des idées nouvelles qui se rendaient à Genève, savoir Philippe Cène et Jacques sou compagnon, de Normandie; le mercier Archambaut (Séraphin), natif du Bazadois, et l'avocat du Rousseau, de Paris. Les trois premiers périrent sur le bûcher et le troisième en prison. Les luthériens de Beaune, persécutés en 1539, essayèrent de s'assembler en 1559, mais ils furent découverts et le notaire Jacques Renier mis en état d'arrestation. Jugeant qu'ils s'étaient trop hâtés, ils suspendirent leurs prêches. L'année suivante les protestants de Màcon, vivement pressés par le gentilhomme René Gaflin, du Languedoc, envoyé de Genève, se constituèrent en Eglise sous la direction du ministre Bouvet qui, débordé de travail, fut secondé par les pasteurs Pasquier et Jacques Solte. A AuLun ceux de la religion, d'abord fort craintifs,. montrèrent plus de courage quand ils virent deux curés instruits de la ville, les chanoines Jean Veriet et Jean de La Coudrée, s'élever contre les abus de l'Eglise romaine et prêcher ouvertement les doctrines évangéliques (15 novembre 1559). LYvêque les toléra quelque temps, mais il finit par les mander dans son palais en présence de son clergé et de deux notaires, ce qui leur fournit l'occasion d'annoncer l'Evangile devant une société nombreuse et choisie. Leurs déclarations, couchées par écrit, furent envoyées à la Sorbonne qui les condamna. Les deux curés en ayant appelé au roi au moment où se préparait l'heureux édit de janvier 1562, furent renvoyés absous et peu après ordonnés ministres par le synode provincial de Chalon, et établis pasteurs à Autun. L'Eglise de la première de ces deux villes avait été dressée par les soins du gentilhomme Antoine Popillou, envoyé de Genève, et de deux autres, du Pré et Philibert Grené. Les protestants de Dijon, qui se réunissaient secrètement de maison en maison, n'avaient pas osé jusque là se constituer en Eglise. Ils craignaient le duc de Guise, gouverneur de la province, le maréchal de Ta- \ a n nés. lieutenant général pour le roi, tous deux ennemis implacables de la uouvelle religion, mais surtout le maire de la ville, Bénigne Martin, qui faisait emprisonner tous les luthériens qu'il découvrait. Après l'édit de janvier 1562, (pie le parlement ne voulut pas enregistrer, ces derniers n'en tirent pas moins venir deux ministres pour constituer leur Eglise. A Auxerre qui, depuis plusieurs années, renfermait des partisans des Idées nouvelles, notamment Jacques Chalmeaux, prévôt d'Auxerre, Girardin, conseiller présidial, et plusieurs gentils-
hommes de la campagne, les choses ne se passèrent pas si paisiblement. Les protestants s'étant réunis pour célébrer leur culte le 9 octobre 1561, des enfants et des gens mal lamés s'assemblèrent au nombre de deux à trois mille, assaillirent à coups de pierres les maisons des luthériens et en pillèrent vingt-sept. Le roi en fut informé et envoya à Auxerre Tavannes, « lequel y étant arrivé, dit Bèze, trouva façon d'emplir sa bourse aux dépens des uns et des autres à la manière accoutumée, faisant toutefois pendre en personne trois pauvres bélitres de ces pillards et cinq de ceux de la religion en figure, et bannir cinq autres avec confiscation de leurs biens, de sorte que les battus furent condamnés aux dépens. » Les évangéliques ne se laissèrent pas décourager pour cela et allèrent au prêche à Chevannes, distant d'Auxerre de deux lieues. A Beaune, mêmes persécutions. Les protestants se réunissaient à la carrière de Rochestain. Leurs ennemis, furieux, émurent une sédition, blessèrent plusieurs évangéliques à coups de pierres et cherchèrent à tuer Jean Bouchain, maire de la ville et protestant (1561). Quelques mois après, les assemblées eurent lieu aux halles de la ville, en dépit des prêtres qui cherchaient à s'y opposer. Elles étaient présidées de temps à autre par les pasteurs de Chalon. En décembre de la même année l'Eglise eut un pasteur en propre, Sébastien Tiran, et se réunit dans la maison de Sébastian de Marqueray, sieur du Champ, et compta jusqu'à mille auditeurs. Après redit de janvier, les assemblées se tinrent au faubourg de la Bretonnière, dans la grange de Groseli, puis, sur l'opposition du clergé, dans celle des Brevots, au même faubourg. Le ministre Yignol vint se joindre à Tiran et la cène fut célébrée le jour de Pâques, avec le concours du ministre d'Auxonne, qui avait été obligé de fuir cette ville quelques jours auparavant. Les évangéliques tinrent encore des assemblées publiques à Arnay-le-Duc, Issur-Tille, Châtillon-sur-Loire, Noyers, Buxy, etc. Pendant la première guerre de religion, les huguenots s'emparèrent de Mâcon et de Chalon ^mai 1562), mais Tavannes les leur reprit bientôt. Pendant la deuxième, Mâcon tomba une seconde fois au pouvoir des protestants (1567), et le duc de Nevers le leur enleva peu après de vive force. Les luttes de la Ligue couvrirent de sang et de ruines une partie de la Bourgogne. Mâcon s'était déclaré pour elle, mais fut repris presque sans combat par les partisans d'Henri IV. Sous le régime de l'édit de Nantes, celles des Eglises de Bourgogne qui avaient survécu aux guerres de religion s'affermirent. Elles furent groupées en deux colloques importants qui, réunis à ceux de Lyon et de Gex, formèrent la province synodale de Bourgogne. Les Eglises de Dijon, Auxerre, Autun, Yézelay, etc., avaient disparu. Un collège protestant fut fondé à Paray-le-Monial, et des théologiens des deux communions se mesurèrent dans des disputes publiques. La plus célèbre donna naissance aux deux opuscules suivants, qui sont fort rares : La dispute solennelle agitée en la maison de 'cille de Mascon entre FF. Humblot, minime, et Th. Cassegrain, ministre, Lyon, 1598, in-12; Avertissement sur le libelle fameux publié par le F. Humblot sur la dispute avec Cassegrain, Genève, 1600, in-12. La révocation de Féclit de Nantes anéantit presque totalement le protestantisme en