BRAMANTE
BRAMANTE (Donato, (TUrbin), architecte célèbre [1444-1514], appelé
à tort B. Lazzari, naquit probablement à la villa di Monte Asdrualdo, appartenant à Fermignano, situé à trois milles (TUrbin, et non à Gastel Durante (Urbania). De là le nom de Bramantes Asdryvaldinus sur la médaille frappée en son honneur par un de ses collaborateurs, le célèbre Caradosso. Sa biographie est une des plus incomplètes; il s'occupa d'abord de peinture, sinon exclusivement, du moins d'une manière, parait- il, dominante; la seule fresque qui nous reste à Milan montre l'influence de Mantègne et de Melozzo da Forli, et, malgré quelque raideur, de la grandeur de style. Bramante fut aussi un des premiers à s'occuper de gravure; la grande et unique estampe authentique porte l'inscription : Bramantus fecit in Mlo. Gomme architecte, il est sans rival; il dut étudier Mantègne, Alberti, surtout L. de Laurana, qui construisit le palais ducal d'Urbin. Il arriva à Milan yers!475, comme le prouvent l'église même de S. M. presso S. Satiro, avec la belle sacristie, et la façade de l'église d'Abbiate Grasso (1477 et non 1497). Son influence fut si grande dans le nord de l'Italie, que le style de cette époque s'appelle encore bramantesque. A la cour de Milan il était pour l'architecture ce que fut Léonard de Vinci pour les autres arts, et après, à celles de Jules II et de Léon X, il occupa non-seulement le premier rang entre Michel-Ange et Raphaël, ïr>ais fut encore surintendant des beaux-arts; comme tel, dans l'intérêt des travaux de la cour, il appelait et stimulait par l'émulation les plus grands artistes ; il fit peindre la voûte de la chapelle Sixtine par Michel-Ange qui l'y représenta probablement sous les traits du prophète Joël, lit venir Raphaël qui en fit autant sous les traits d'Archimède et d'Origène. A Borne on lui doit, entre autres, le palais Giraud, la cour merveilleuse de celui de la Chancellerie, le percement de la Via Giulia avec un palais pour les tribunaux dont on ne voit que les fragments gigantesques du soubassement, ensuite les travaux immenses du palais du Vatican, rendus méconnaissables depuis. Sur l'emplacement où saint Pierre aurait été crucifié, il éleva le fameux petit temple circulaire qui passa pour le premier édifice moderne digne de ceux de l'antiquité ; enfin, là où serait la tombe du même apôtre, il commença le temple le plus gigantesque de la chrétienté, qui d'après ses projets en serait devenu aussi le plus beau, Saint-Pierre de Borne. Dans plusieurs de ses projets pour ce monument, dont nous avons retrouvé des fragments, il alliait la grandeur du style antique avec une partie du mystérieux des cathédrales du moyen âge ; il le supposait décoré par les œuvres de sculpture et de peinture de Michel-Ange, de Raphaël à l'apogée de leur gloire, avec des vitraux de Guillaume de Marcillat, et les œuvres des meilleurs artistes de la Renaissance. Si les cathédrales du moyen âge expriment mieux le sentiment plus humain de l'aspiration vers le dél, le Saint-Pierre de Bramante, comme pour y répondre, aurait élevé les âmes en quelque sorte par le reflet de cette beauté d'en haut. Le monument actuel, avec sa décoration profane, n'en est qu'un lointain écho, L'indomptable impatience de Jules II compromit d'abord la solidité des constructions de Saint-Pienv et d'une partie de. celles
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du Vatican. On a prétendu que, comme protecteur de Raphaël, il cherchait à nuire à Michel-Ange; cela a été grandement exagéré, sinon inventé. Bramante fui aussi ingénieur militaire et paraît avoir dirigé les travaux de siège de Jules 11 contre Bologne et La Mirandole. La biographie si incomplète qu'en donne Vasari, et les nombreuses confusions qu'il lit entre Bramante dTrbin et son élève milanais Bart. Suardi, dit Bramantino, ont induit beaucoup d'auteurs à croire à un Bramante de Milan ou l'ancien, personnage absolument imaginaire. — Voyez : Vasari, Vies; Pungileoni, Donato Bramante; sa notice biographique dans notre ouvrage sur les projets primitifs pour Saint-Pierre de Rome, etc. ; C. Cesariano, Corn, de Vitruve, p. 70. H. de Geymuller.
BRAMHALL (Jean), théologien anglais, né à Pontefract, dans le Yorkshire , vers 1593, mort en 1677. Après avoir fait ses études à l'université de Cambridge, il entra dans les ordres, et soutint publiquement en 1023, avec succès, à North-Allerthon, deux disputes contre un prêtre catholique et un jésuite. Son talent de prédicateur, sa grande connaissance des lois et par-dessus tout l'intégrité de son caractère lui firent acquérir une grande influence. Appelé en Irlande en 1633, il rétablit Tordre dans la discipline et dans les revenus de L'Eglise, et quand il fut nommé évoque de Londonderry en 1634, il profita de sa haute situation pour activer les réformes, au risque de soulever contre lui la haine des intéressés. Impliqué le 16 mars 1641 dans les troubles d'Irlande, ilfutaccuséde haute trahison et incarcéré; mais l'archevêque anglais Usher put faire arrêter la procédure et Bramhall se réfugia successivement en Angleterre et sur le continent, à Hambourg, Bruxelles et Anvers. En 1648 il revint en Irlande, d'où il fut obligé de nouveau de s'enfuir. Enfin, après la Restauration, il fut nomme, le 18 janvier 1661, archevêque d'Armagh, primat et métropolitain de toute l'Irlande. Les ouvrages qu'il a laissés sont presque tous consacrés à la défense de la réformation d'Angleterre contre les attaques des catholiques.
BRANDEBOURG (Réformation de la Marche de). Au temps de la Réforme , la Marche de Brandebourg était divisée en deux parties : 1° la Marche électorale de Brandebourg , comprenant la Vieille Marche (Stendal ), la Marche .de Priegnitz (Perlebourg, Pritzwald) , la Moyenne Marche (Brandebourg, Ruppin, Berlin, Francfort-sur-1'Oder), la Marche de l'Ucker (Prenzlovv, Templin); 2° la Nouvelle Marche, comprenant Custrin, les cercles de Soldin, Kœnigsberg, etc., les cercles incorporés de Stensberg, Zullichau, Cottbus. La Réforme trouva dans le Brandebourg des esprits bien préparés à secouer le joug de Rome, car ces populations du Nord avaient favorablement accueilli d'abord l'hérésie des vain lois, puis celle des hussites, laquelle, malgré tous les efforts de Rome, n'avait jamais pu être entièrement extirpée ; elle persistait encore en bien des endroits, lorsqu'on 1517 ïetzel vint y vendre ses indulgences. Le dominicain fut protégé et patronné par l'électeur Joachim I " . qui «'-tait tout dévoué à l'Eglise romaine, et qui était, de plus, frère du cardinal Albert de Mayence, le grand entrepreneur des indulgences et le métropolitain de l'évéque de Brandebourg. L'élec-
teur rendit unéditpour recommander le pieux trafic. L'université d< Francfort-sur-1'Oder ne se montra pas moins favorable à Tetzel, car elle jalousait la prospérité croissante de sa jeune rivale de Wittemberg. Soutenu enfin par le clergé, il récolta en une seule année plus de 100,000 florins. Cependant il eut plus d'une fois à souffrir de l'esprit frondeur de la population de la Marche. A Belitz, par exemple, il reçut un fort mauvais accueil : «Les Belitziens, dit-il, sont, ou bien tous des anges, ou tous des pécheurs endurcis. » Ce fut aussi un gentilhomme de la Marche, le sire de Hake, qui, après avoir acheté fort cher une indulgence pour un crime non encore consommé, attendit Tetzel au coin d'un bois et le dévalisa. Les 95 propositions de Luther se répandirent rapidement dans la Marche; Luther les adressa, non-seulement au cardinal Albert de Mayence, mais encore à Jean Scultetus, évêque de Brandebourg, son ordinaire. Scultetus était un courtisan habile et roué, n'aimant nullement les indulgences et les abus de Rome; il témoigna la plus grande bienveillance au réformateur, et celui-ci lui adressa aussi ses Resolutiones (1518), lui déclarant qu'il n'avait d'autre but que de servir la vérité (de Wette, Luthers Briefe, I, p. 112). Mais l'électeur, irrité surtout de l'agitation causée dans le peuple par les écrits de Luther, et stimulé d'un autre côté par le cardinal, son frère, se montra l'ennemi déclaré du mouvement réformateur. L'université de Francfort entra aussi en lice contre Luther; c'est le plus savant théologien de Francfort, Conrad Wimpina, qui rédigea les deux Disputationes opposées aux 95 thèses, et publiées sous le nom de Tetzel ; la première traitait des indulgences; la seconde, du pouvoir du pape; quoique Luther n'y fût pas nommé, il y était clairement désigné et condamné comme hérétique (D. M. Lutheriopem lafina, éd.Erlangen. I, p. 294). Tetzel acquit ainsi successivement les grades de licencié et de docteur en théologie. Mais bientôt après Scultetus se brouilla avec Luther; il l'avait vu à Wittemberg, et l'avait trouvé indocile à ses conseils (de Wette, Luth. Br.,1, p. 224,323); il devint son ennemi, s'allia avec le docteur Eck, et condamna le réformateur au bûcher. A Worms (1521), Joachim 1er se montra l'adversaire le plus acharné de Luther; il fut de ceux qui proposèrent à l'empereur Charles-Quint de violer son sauf-conduit et de traiter le moine de Wittemberg comme Sigismond avait traité Jean Huss. En 1524, il interdit dans ses Etats la vente du Nouveau Testament de Luther, censuré par les théologiens de Francfort, et rendit celui-ci responsable du soulèvement des. paysans (1525). Le réformateur l'avait du reste personnellement froissé dans son écrit Von iveltlicher Obriglceit (1523). En 1527, Joachim s'entendit avec ses Etats pour maintenir les anciennes cérémonies, ne jamais accepter aucun prêtre sans le consentement de l'évêque et procéder contre les récalcitrants conformément aux décrets de Sa Sainteté le pape et de Sa Majesté impériale (mandat du jeudi après la Visitation de Marie, 4 juillet). Malgré ces mesures coercitives, la Réforme gagnait du terrain, car le peuple était bien loin de partager les ressentiments de son prince ; elle se répandit dans la bourgeoisie et dans la noblesse, et pénétra jusqu'à la cour et dans la famille même de Joa-
ehiiu. Celui-ci avait épousé Elisabeth, fiHe du roi de Danemark, qui a\ait contre lui bien des sujets de plainte. Son médecin, Ratzebei \ la mit en rapport avec Luther dont efle lisait et aimait les écrits; elle 9e rallia résolument à la doctrine évangélique, qu'elle inculqua à ses enfants: enfin en 11(28, en l'absence de l'électeur, elle lit venir de Whtemberg un pasteur évangéfique et reçut en secret, dans son château de Berlin, la communion sous les deux espèces. Mais elle fut trahie, et l'électeur se mit dans une violente colère. On admet généralement que l'électrice fut dénoncée par sa tille Elisabeth, alors âgée, dit-on. de quatorze ans. Or cette tille, elle en avait maintenant dix-huit: née en lolO, elle avait été mariée le 7 juillet 13:27 au duc Eric de Brunswick-Calenberg; en août 1528 elle accoucha à Miinden de son fils premier-né, et profita de la joie de son mari (plus âgé qu'elle de quarante ans» pour lui demander la grâce d'un pasteur condamné pour avoir distribué la communion sous les deux espèces. Peut-on admettre que dans le mois de mars de la même année, c'est-à-dire cinq mois auparavant, en supposant même qu'elle ait été à Berlin, elle ait trahi sa mère? Quoi qu'il en soit, Joachim fît enfermer cette dernière dans ses appartements, et s'apprêta à lui faire subir les traitements les plus cruels : Marchw slatiierat eam immware, ut Olcitur ide Wette. Luth. Bf., III, p. 296): mais elle réussit à s'enfuir, et trouva un asile chez son oncle, 1 électeur de Saxe. Elle habita plus tard du château près de Wittemberg, où elle vit souvent Luther, qui l'appelait quelquefois sa « chère commère ». L'irritation de l'électeur fut encore augmentée par les troubles qui éclatèrent dans ses Etats; c'était d'abord une guerre entre Nicolas de Minkwitz et quelques gentdshommes de la Marche d'une part et de l'autre l'évêque de Lebus. George de Blumenthal: Luther assure que cette affaire fit plus de mal que de bien à la bonne cause (lettre à Amsdorf ; de Wette, III. p. 361). (l'était ensuite le soulèvement des bourgeois de plusieurs \illes, entre autres de Stendal, contre leur clergé et leurs conseils; ces soulèvements éclatèrent à la suite du chant de cantiques luthériens, moyen employé souvent par le peuple pour imposer la Réforme au clergé et aux autorités. Pendant que ces troubles agitaient ses États, Joachim était à la diète d'Àugsbourg (1530), où il fit échouer par sa violence les tentatives de conciliation et mécontenta même les princes catholiques. A son retour dans ses Etats, il sévit contre les fauteurs des désordres avec la plus grand.- sévérité, sans cependant recourir contre les luthériens à des cotions sanglantes. Il avait reconnu qu'il ne pourrait plus réprimer le luthéranisme, et tâchait seulement de le circonscrire pour l'empêcher de tout envahir; ce fut là le but de ses efforts pendant les dernières années de >on règne. A la fin de sa vie cependant, invité par le pape au concile de Mantoae, il eut un moment l'espoir de voir la paix se rétablir; mais il fut vite détrompé. Avant de mourir il demanda encore à ses fils la promesse écrite de rester fidèles à la foi de leurs ancêtres; mais <<-ii\ ci étaient déjà gagnés à l'Evangile; maintes fois 3s avaient visité leur mère en Saxe, et le prince électoral avait une correspondance suivie avec Luther, Albert de Prusse, le margrave George
d'Ansbach et d'autres personnages marquants, qui raffermirent dans ses nouvelles convictions. — Lorsque Joachim II succéda à son père (1535), il fut vivement sollicité à rester iidèle à Rome, par son oncle Albert de Mayence, par le duc George de Saxe et le roi Sigismond de Pologne. D'un autre côté les princes protestants ne négligèrent rien pour l'attirer à eux. Philippe de Hesse lui écrivit avec beaucoup de piété et de fermeté (voir Seckendorf, Comment. Luth., 1. III). Joachim adressa alors à Sigismond une lettre que rédigea Mélanchthon (Seckendorf, ibid.), où il lui déclare qu'il ne consentirait jamais à défendre les erreurs de l'Eglise par le fer et le feu, qu'il ne voulait nullement se séparer de l'Eglise universelle, dont il professait au contraire les véritables doctrines ; qu'il ne se refuserait jamais à un concile universel, et qu'il était prêt à donner ses biens et son sang pour la défense du christianisme; qu'enfin il désirait la concorde. Joachim II et son frère Jean suivirent chacun sa propre voie pour réformer l'Eglise. Jean, le plus jeune, avait hérité de la Nouvelle Marche, Stemberg, Crossen, Cottbus et Pritz; Joachim, du reste de l'électorat. Jean, appelé d'ordinaire le margrave de Gustrin, était un esprit vif et clair; il était ardent et impétueux quand il s'agissait de la foi, et poussait la fermeté jusqu'à l'obstination. 11 attaqua l'Eglise romaine sans ménagements, sans cependant jamais la persécuter violemment. Ayant adhéré à la confession d'Augsbourg, il entra dans la ligue de Smalkalde. Le document de son adhésion à cette ligue porte l'exposé des motifs suivant : « Parce que par la Providence de Dieu nous sommes arrivé à la connaissance claire de la Parole de Dieu et de la pure doctrine, et que nous n'avons trouvé aucun autre moyen qui nous permit, à nous et à nos sujets, de rester fidèles à la Parole de Dieu et à la vérité... » Grâce à son influence, l'Evangile se répandit rapidement dans la Nouvelle Marche. On y manquait d'abord de pasteurs capables et instruits; l'électeur de Saxe et le margrave d'Ansbach, Luther et Mélanchthon lui en procurèrent; c'est à eux et à Albert de Prusse qu'il demandait conseil pour toutes choses. En 1538 on donna la communion sous les deux espèces à Gustrin, sa résidence. Mais il eut encore des luttes à soutenir avec le clergé, notamment avec l'évêque de Lebus, le fanatique George de Blumenthal ; ce n'est que la mort de ce dernier (1550) qui mit lin à cette lutte ; son successeur Jean Homebourg accepta l'agende établie dans la Marche de Brandebourg. Joachim II l'électeur était un caractère doux et conciliant ; il eût voulu vivre en paix avec tout le monde. Hésitant d'abord, il fut poussé vers la Réforme par une parole cynique et blasphématoire de Glément VII ; comme on reprochait à ce pape sa naissance illégitime, il répondit : « C'est un malheur que je partage avec le Christ. » Joachim éprouva dès ce moment une vive répulsion pour Rome, et fit aussitôt adresser des salutations à Luther ; mais extérieurement il resta encore attaché au culte catholique et s'efforça de rétablir la paix entre les deux partis ; le pape lui-même rendit hommage à sa modération. Il laissa partout les idées nouvelles faire leur chemin par elles-mêmes, sans intervenir, voulant « que le fruit mûrit, avant de le cueillir ». Pour réformer les abus les plus
criants, il réunit en 1536 les ecclésiastiques les plus marquants à Cologne sur la Sprée, et sut obtenir pour cette assemblée L'autorisation du pape et de L'archevêque de Magdebourg. Le couvent des dominicains de Cologne fut converti en église-dôme; le pieux chanoine Wolfgang Rehdorfier y célébra la communion sous les deux espèces avec l'assentiment de révêque de Brandebourg, Matthias de Jagow. Ce dernier était favorable à l'Evangile. Il s'y sentait engagé par son ministère épiscopal : k Quand je fus sacré évèque, dit-il, on m'a imposé l'obligation d'éviter l'erreur pour moi-même et de l'empêcher chez les autres. On m'a mis ensuite dans la main, puis sur l'épaule, l'Evangile, représentant le joug de Christ que je devais porter, et le métropolitain m'a ordonné de le prêcher au peuple. » Ayant un jour rencontré Luther à une l'ête à Dessau, il s'entretint avec lui de toutes les questions religieuses débattues; Luther s'écria: « Dieu veuille nous donner beaucoup d'évêques semblables. » C'est Jagow qui fournissait à l'électeur des pasteurs capables et l'aidait à réformer l'Eglise par les voies légales. Les abus tombèrent comme d'eux-mêmes et l'on peut dire que dans la Marche électorale la réformation se lit toute seule, et sans que le prince eût à s'en mêler, par la seule force de la vérité. C'est donc bien à tort que Maimbourg accuse Joachim de l'avoir établie dans des vues intéressées; ses sujets, dit-il, « s'obhgèrentà payertoutes ses dettes pour obtenir de lui ce changement » (Hist. du Luth., I, p. 345). C'est tout simplement prêter à Joachim ce qui revient à son oncle le cardinal; car ce que l'historien jésuite ne dit point, c'est qu'Albert deMayence accorde la liberté religieuse à ses sujets de Magdebourg, en échange d'une forte somme d'argent (50,000 florins). Quant à l'électeur, il avait pour principe de laisser à ses sujets les coutumes et les cérémonies auxquelles ils étaient habitués, mais en y faisant pénétrer la vérité évangélique. En 1537 il s'occupa du relèvement de l'université de Francfort, à laquelle il attribua les revenus du couvent des chartreux; peu à peu les autres couvents se vidèrent; mais on eut les plus grands égards pour les moines et les religieuses, à l'entretien desquels il fut pourvu. Dès 1538 la cause de l'Evangile était gagnée chez le peuple. Mélanchthon écrivit en ce temps-là à Jonas : « Dans la Marche, les gens du peuple ont soif de la pure doctrine; il en est de même (lune bonne partie de la noblesse. L'électeur, qui apprécie bien la situation, fait opérer une réforme à son peuple; mais les prêtres s'y opposent, et il y en a beaucoup dans ce pays ; nulle part je n'en ai rencontré d'aussi bornés et d'aussi méchants; c'est le vrai type du barbare...» (dans Seckendorf, Comment. Luth.).Knt)nen 1531) l'électeur fit un nouveau pas en avant. Ayant appelé à sa cour le pasteur George Buchholtzer, qifil nomma prévôt de Berlin, il organisa, pour le jour de la Toussaint, une solennité dans l'église de Spandau, pour marquer rétablissement officiel de la Réformation dans la Marche. Le culte évangélique y fut célébré pour la première fois en présence de toute la cour, des Etats «'I d'un nombreux clergé. L'évêque de Brandebourg dit les paroles de L'institution en allemand, et distribua la cène sous les deux espèces a la famille électorale d'abord, puis aux conseillers de
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la cour. Le lendemain une solennité semblable eut lieu dans le d'ôme de Cologne sur la Sprée, où la cène l'ut distribuée aux magistrats et aux bourgeois de Cologne et de Berlin. L'électeur fut tout heureux de ce pas décisif; il répondit aux félicitations de George d'Anhalt : (( Demandons à Dieu de persévérer jusqu'à notre dernière heure dans l'œuvre commencée, et ne soyons pas semblables à des roseaux agités par le vent » (30 nov.). Les villes et les villages furent libres d'opter entre l'ancien et le nouveau culte ; la plupart se prononcèrent pour l'Evangile, à commencer par Brandebourg. A Francfort aussi on célébra la dernière messe catholique et, le jour suivant, la première cène luthérienne. Presque partout les paroisses opérèrent elles-mêmes ce changement; les prêtres ne purent y demeurer qu'en acceptant la doctrine évangélique. Pour compléter l'organisation de la nouvelle Eglise et pour y établir l'unité du culte, Joaehim lui donna une agende {Kirchenordnung un Churfurstenthum der Marken zu Brandenburg, ivie man sich begde mit der Lehre u. Ceremonien halten soll). Mélanchthon approuva le projet, dans lequel l'électeur lui-même introduisit des changements, et dont la rédaction avait été conliée à Matthias de Jagow, à ^George Buchholtzer et à Jacques Stratner. L' agende se divise en trois parties : 1° la doctrine de la justification ; 2° le catéchisme ; 3° les cérémonies (sacrements). L'évêque de Brandebourg y ajouta un diplôme dans lequel il fait la déclaration suivante : « Ce n'est pas seulement par mon baptême que je suis engagé à Christ, mais aussi par mon ordination, où il m'a été dit : Allez et prêchez l'Evangile de Jésus-Christ au peuple qui vous est confié. L'électeur ayant établi une agende conforme à la Parole de Dieu, je ne puis en conscience m'y opposer ni résister plus longtemps à la vérité, mais je me sens obligé de faire mon devoir, en la recommandant au clergé » (dans Seckendorf, Comment. Luth.). Cependant on conserva dans le culte bien des formes catholiques. Quoiqu'il n'en fût pas entièrement satisfait, Luther déclara cependant que, comme la chose essentielle s'y trouvait, on pouvait passer sur quelques cérémonies un peu trop papistiques, et il s'efforça d'apaiser les scrupules de Buchholtzer, qui s'en plaignait : (( Ne vous plaignez pas, lui écrit-il, de devoir porter un camail aux processions, faire le tour du cimetière en chantant le Re sponsor ium et, au jour de Pâques, le Salve festa dies... Si l'électeur votre maître fait prêcher le pur Evangile et administrer les sacrements conformément à leur institution; s'il renonce à l'invocation des saints... faites tout au nom du Seigneur; portez un camail de velours, ou de soie, ou de drap, et si un seul ne suffit pas, mettez-en trois, comme Aaron; et si l'on n'est pas content d'un tour, faites-en sept, comme Josué... Si je pouvais obtenir cela du pape et des papistes, j'en bénirais Dieu et je serais le plus heureux des hommes» (de Wette, Luth. Br., Y, p. 235). En 1540 les prélats, les conseillers électoraux et les Etats approuvèrent l'agende, qui fut ensuite remise au roi Ferdinand, à la diète de Worms ; l'empereur Charles-Quint la confirma, mais à condition qu'on n'irait pas plus loin dans les réformes. En 1542 elle fut publiée et établie dans toutes les Eglises. — Au commencement du dix-septième siècle, l'Eglise luthé-
rienne de la Marche de Brandebourg fut profondément troublée. L'électeur Jean-Sigismond (1608-1619) inclinait vers le calvinisme; ses rapports avec la cour palatine et sou alliance avec les Pays-lias le décidèrent à passer, à Noël 1613, à l'Eglise réformée. 11 maintint sans doute la confession d'Augsbourg, pour ne pas être exclu de la Paix de Religion, mais la can'ata seulement. Cependant en 1614 il fit faire une confession calviniste | inoins la prédestination), appelée Confessw Ma?'chica, ou Sigismundi. Il tenta en vain de contraindre son pays aie suivre; sa femme même, Anne de Prusse, s'y refusa. Le prédicateur de la cour, Jean (îerike. cl le pasteur de Berlin Martin Willich durent s'enfuir. Mais lorsqu*on se mit à dépouiller les églises de Berlin de leurs autels, de leurs images et de leurs baptistères, il y eut un soulèvement populaire et le sang coula (1615). En 1616 Sigismond défendit à l'université de Francfort d'enseigner la doctrine de la communicatio idiomatum et de Yubîquitas corporis, et l'université luthérienne de Wittemberg fut interdite à tous les sujets de l'électeur. On supprima aussi, dans le recueil des symboles de l'Eglise luthérienne du Brandebourg, la formule de concorde que l'électeur lui-même avait auparavant signée et adoptée avec tout son pays. Pendant et après la guerre de Trente- Ans on lit les premières tentatives d'union, naturellement aux dépens de la doctrine luthérienne. Le grand-électeur Frédéric-Guillaume ili)'i()-lC)SS) y apporta la plus grande ardeur; il sévit contre ceux qui ne voulaient pas se plier. Paul Gerhard, l'âme de l'opposition luthérienne, fut destitué pour avoir refusé de signer un Revers. C'est ainsi que le grand-électeur préludait aux ordres de cabinet et aux mesures violentes par lesquels les rois de Prusse devaient continuer et consommer l'œuvre de leur illustre devancier. — Seckendorf, Commentarius Lutheranismi; Ranke, Deufsc/œ Gesch. im Zeitalter der Reform. ; Yoigt, Reform. in Brandenburg% dans Herzog, Real-E 'ncyklop . , vol. II. Ch. Pfknder.
BRANT ( Sébastien) [1458-1521], célèbre satirique du quinzième siècle. Né à Strasbourg, dans un cabaret comme Rabelais, il étudia et professa le droit à Bàle, dont l'université et les imprimeries étaient alors florissantes. 11 y séjourna pendant plus de trente ans; puis il retourna à Strasbourg où il fut nommé syndic et secrétaire de la ville, et jouit de la laveur de L'empereur Maximilien Ier. Poète et humaniste, il composa un grand nombre d'ouvrages en latin et en allemand dont un seul, La Nef des fous (Narrenschîf), publié en 1494, a passé à la postérité. C'est une vaste satireen vers allemands dans laquelle l'auteur trace un tableau saisissant de la corruption des diverses classes de la société de son temps. Observateur infatigable et exact, il ne distingue pas moins de 111 catégoriesde tous, admis successivement sur le navire aux lianes gigantesques qui vogue vers les rives de làNarragonie. Sous le rapport littéraire, le poème laisse à désirer: il n'a pas de plan nettement déterminé; le style m est rude et informe; les descriptions, les exhortations, les fables, les allégories, les sentences, les traits tirés de l'histoire et de la mythologie se succèdent sans nuire ni lien. Mais comme moraliste, Rrant fait preuve d'une rai'»' pénétration et d'une vigueur de pinceau incomparable. La Nef ou Le Munir des fous présente un tableau fidèle de
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l'état' des mœurs et des croyances à la fin du moyen âge. Elevé à la double école de l'antiquité classique et des traditions chrétiennes, Fauteur, pour juger son temps et lui prescrire des règles, s'inspire à la fois de la morale païenne et de celle de l'Eglise, essayant (et c'est là son originalité) de les combiner et de les fondre ensemble pour donner plus de force à son enseignement. En dépeignant la vie comme un carnaval désordonné, où l'avarice, la paresse, la luxure, la gourmandise, l'ivrognerie, l'orgueil agitent leurs grelots lugubres, Brant tantôt semble préconiser les pratiques ascétiques et la fuite du monde comme l'unique remède à tous ces vices, tantôt au contraire il prêche, avec les anciens, la modération dans les plaisirs et une sage accommodation à des maux que l'homme ne peut éviter parce qu'ils sont fondés dans sa nature. Amis et adversaires de l'Eglise ont pu également revendiquer le poëte comme leur appartenant. S'il recommande le jeûne, il blâme les pèlerinages; s'il écrit contre les hérétiques, auxquels il attribue la faiblesse grandissante de l'Eglise, il ne s'élève pas moins contre la scolastique, qui s'imagine défendre la vérité par les disputes et les livres de controverse. La Nef des fous jouit d'une vogue immense. Elle fut mise en vers latins par Badius Ascensius (1496) et en vers français par P. Rivière (1497). Des traductions anglaises et hollandaises suivirent. Geiler de Kaisersberg y rattacha même une série de sermons (1498). Le nombre des imitations fut très-considérable. Les meilleures éditions allemandes sont celles de Strobel (Leipz., 1839) et de Zarncke (Leipz., 1854), avec des introductions historiques et critiques. Voyez aussi Gervinus, Geseh. der deutschen Dichtung, II, 347 ss.
BRECKLING (Frédéric) [1629-1711], originaire du Schleswig, suspendu de ses fonctions pastorales à cause de ses attaques contre l'immoralité du clergé luthérien et de ses tendances chiliastes, mena une vie errante et besogneuse. Il séjourna à Hambourg, à Amsterdam et à La Haye, entra en rapport avec d'autres sectaires et publia plus de soixante écrits dans lesquels il dénonce les vices de l'Eglise, dominée par une orthodoxie sèche etbatailleuse (voy. Adelung, Gesch.de?* menschl. Narrheit, Leipz., 1787, IV, p. 16 ss.; Arnold, Ketzerhistorie, III).
BREF. Voyez Bulle.
BREITHAUPT (Joachim-Justus) [1658-1732] est l'un des représentants les plus éminents de l'école piétiste. Distingué par sa foi vivante, ses talents pédagogiques et son zèle pour la conversion des âmes, il fit à Francfort la connaissance de Spener et exerça avec un grand succès les fonctions pastorales à Erfurt. Nommé professeur à l'université nouvellement créée de Halle (1691), il représenta seul, pendant trois ans, l'enseignement théologique dont il embrassa avec une ardeur infatigable tous les domaines. Lorsque Paul Anton et Francke furent venus se joindre à lui, ces trois hommes donnèrent à l'école qu'ils dirigèrent une impulsion telle qu'elle devint promptement la pépinière d'où sortirent un grand nombre de jeunes pasteurs pieux et instruits. Fidèle àla méthode de Spener, Breithaupt ne s'appliqua pas seulement à communiquer la science, mais aussi à « réveiller la conscience » de ses auditeurs. En opposition avec l'orthodoxie régnante, il insista sur l'étude
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à la l'ois scientifique et pratique de la Bible, mit la dogmatique et l;i morale en contact plus direct avec renseignement scripturaire, et dirigea
avec un soin particulier la préparation homilétique et catéché tique des jeunes étudiants. Indépendamment des exercices habituels du séminaire, i! présida trois l'ois par semaine des réunions destinées à leur fournir l'occasion de développer leur vie religieuse en s'ouvrant librement à leurs maîtres sur les tentations ou les doutes avec lesquels ils pouvaient avoir à lutter. A ces fonctions déjà si chargées de professeur, Breithaupt joignit encore, à partir de 1705, celles de surintendant général du duché de Magdebourg, auxquelles il finit par se vouer exclusivement, s'appliquant particulièrement à améliorer les écoles, à relever le niveau de l'instruction religieuse et à exercer, par une correspondance et par des visites fréquentes, une discipline salutaire sur le pastorat saxon. D'un caractère ferme à la fois et conciliant, humble, désintéressé, charitable, de mœurs simples et austères, l'ami et le disciple de Spener puisait dans la prière assidue et vivante la force qui le soutenait. En lui le piétisme a trouvé une de ses plus nobles incarnations. Breithaupt, indépendamment de nombreux recueils de sermons et d'écrits de circonstance, a laissé une dogmatique biblique sous le nom àyIn$titutiones tkeoloyicae, Halle, IG94, 2 vol. ; la 3e édition (1732) a un 3' vol. consacré à la morale.
BREITINGER (Jean -Jacques) [1575-1645], pasteur et chef de l'Eglise de Zurich pendant la première moitié du dix-septième siècle, et l'un des plus beaux types de la Réforme en Suisse. Prédicateur simple et puissant, ami des pauvres et des opprimés, adversaire de l'orthodoxie morte et du séparatisme, animé d'une piété saine et vigoureuse, unissant dans une affection égale la patrie etl'Ëglise, ce fidèle héritier de l'esprit de Zwingle et de Bullinger regardait comme son devoir de conseiller et de censurer l'autorité civile, la prémunissant contre le danger des alliances étrangères, stimulant son zèle en faveur des coreligionnaires persécutés pour leur foi, et donnant l'exemple de la plus généreuse hospitalité offerte aux nombreux réfugiés, victimes de la guerre de Trente-Ans. Breitinger représenta l'Eglise de Zurich au synode de Dordrecht, où, conformément à ses instructions et à ses propres sentiments, il prit fait et cause pour le dogme de la prédestination absolue contre les remonstrants. Ses écrits, en partie manuscrits, appartiennent au domaine de la théologie pratique. Les Miscéllanem Tigurinœ (I, H. 5) contiennent des extraits d'une autobiographie (voy. C. Pestalozzi, dans la IîealEnci/kl de Herzog, XIX, 262 ss.).
BRÈME (La Réformation de). Au temps de la Réforme, Brème, l'une des villes hanséatiques, formait avec le territoire de Verden le diocèse de révêque Christophe, frère du duc de Wolfenbuttel. C'était un caractère singulier, présentant un mélange d'ascétisme et de dépravation ; il trouvait autant de plaisir à réciter ses prières et à dire sa messe chaque jour, qu'à vivre dans la débauche; entretenant des concubines en divers endroits de son diocèse et dissipant follement les biens de PEglise, il aspirait néanmoins à passer pour un saint homme. 11 fut naturellement hostile à la Réforme, qu'il réussit à comprimer par la
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violence à Verden, où il résidait ; mais à Brème, qui formait la majeure partie de son diocèse, il échoua complètement. Dans cette ville l'Evangile fut prêché de 1522 à 1524 par un homme qui couronna plus tard sa foi par le martyre, Henri Moller, ordinairement appelé Henri de Zutphen. Se rendant à Wittemberg, il fut retenu à son passage par les bourgeois de Brème. Il eut bientôt pour collaborateur Jacques Spreng, venu d'Anvers, et Jean Timann, venu d'Amsterdam. En 1525, toutes les églises étaient aux mains des prédicateurs luthériens; en '^1527, on sécularisa les deux couvents de la ville; l'un devint une école, l'autre un hôpital. Les bourgeois revendiquèren même les biens-fonds du chapitre, dont celui-ci, disaient-ils, avait spolié la ville. Comme le sénat résistait à ces prétentions, on élut un conseil démocratique de cent quatre membres, qui, procédant révolutionnairement, bouleversa la cité en voulant tout changer radicalement et en un seul jour ; ce conseil ne put être dissous que par la force armée. Les agitations et les troubles continuèrent jusqu'en 1532; mais la Réforme en sortit victorieuse. Pendant la guerre de Smalkalde, après la défaite des princes et la soumission ou la défection des villes, Brème continua seule la résistance et soutint un siège héroïque; elle fut délivrée par la victoire de Drakenborg (1547). Brème refusa aussi de se laisser imposer l'Intérim, se déclarant prête « à engager corps et biens » plutôt que de s'y soumettre. Mais l'Eglise de Brème fut fort troublée dans la seconde moitié du seizième siècle, lorsqu'on voulut y introduire le calvinisme. Le prédicateur du dôme, Albert Rizaeus Hardenberg, attaqua ouvertement l'article Xde la confession d'Augsbourg (De la sainte Gène) ; il eut contre lui son collègue Jean Timann, qui fut soutenu par tous les autres pasteurs ; mais il avait pour lui le bourgmestre Daniel de Buren et un £vis de Mélanchthon. Comme il refusa de prêter serment sur la confession d'Augsbourg, l'agitation alla en croissant. Timann étant mort en 1559, son successeur Tilemann Hesshusius, qui venait d'être expulsé de Heidelberg, continua la lutte avec plus d'animosité encore; il excommunia Hardenberg, qui fut destitué (1561), mais « cura infamiam et condemnationem ». Le successeur d'Hesshusius, Simon Musœus, ne fut pas moins passionné que lui. Il obtint un édit prononçant l'expulsion des adhérents d'Hardenberg ; mais il y eut un revirement subit en faveur de Buren, qui fut réélu bourgmestre le 12 janvier 1502. Musœus fut chassé avec treize autres pasteurs et les sénateurs luthériens ; on les remplaça par des réformés. A la suite de ce changement, Brème fut exclue de l'Union hanséatique; Hambourg et Lubeck cessèrent toutes relations avec la cité hérétique. En mars 1568 on fit enfin à Verden un traité en vertu duquel les luthériens purent rentrer dans la ville, mais en perdant leurs emplois. On leur restitua le dôme pour leur culte : toutes les autres églises demeurèrent aux réformés. — Voyez Ranke, Deustche Geschichte im Zeitalter der Reformation. Ch. Pfender.
BRENZ (Jean), le réformateur de la Souabe, naquit en 1499, dans la ville souabe de Weil. En 1509 déjà il se rendit à l'université de Heidelberg, où il rencontra une foule de jeunes gens'pleins d'enthousiasme
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pour la renaissance des lettres et la réformation de l'Eglise. Eh 1517 il devint magister. el après plusieurs vicissitudes il reçut la cure de Hall (1522). Les écrits de Luther et ses propres études l'avaient peu à
peu aillent'' à des emmêlions tout évangéliques. A Hall il ne tarda pas à prêcher la Réforme, et en 1523 déjà il ne célébra plus la messe. Bientôt les autres abus disparurent et en 1526 Brenz publia la première Kirchenorcbnung et peu après un catéchisme. Les troubles de la guerre des paysans arrêtèrent un instantce beau développement: Brenz résista aux paysans révoltés avec une rare énergie. Dans l'intervalle avaient éclaté les funestes dissensions entre les réformateurs au sujet de la sainte Cène ; Brenz et ses collègues de Souabe se mirent dès l'abord du côté de Luther et rédigèrent même dans ce sens une déclaration connue sous le nom de Syngramma sucvicum (1525). Cet écrit lui valut l'estime et l'amitié de Luther, dont il resta toujours le fidèle disciple. Son activité littéraire fut très-grande, ainsi que la part qu'il prit à la Réforme dans les pays environnants. En 1535 il fut appelé à Stuttgard pour y revoir la première Age?ide rédigée par Schnepf : depuis ce temps il eut une grande influence sur la marche des affaires religieuses en Allemagne : il assista à presque tous les colloques, mais la guerre de Smalkalde vint interrompre cette belle activité. La ville de Hall avait été prise par l'empereur. Brenz dut fuir avec sa famille, L'Intérim parut; le courageux pasteur ne s'y soumit point. Le catholicisme fut rétabli à Hall et le seul refuge de Brenz fut dès lors le Wurtemberg. Le duc Ulrich jugea prudent d'envoyer Brenz à Bàle; mais la mort de sa femme le fit revenir dans le Wurtemberg. Il eut à soutenir encore mainte lutte et mena une vie bien agitée, jusqu'à ce qu'enfin en 1553 il put occuper la place de prévôt de l'église collégiale de Stuttgard. Il devint l'ami et le conseiller du duc, et les affaires ecclésiastiques du Wurtemberg furent mises sous sa direction. En 1559 il publia une grande Agende avec la Confession de foi rédigée déjà antérieurement en 1551. Il se mêla encore à beaucoup de discussions théologiques et son activité fut prodigieuse : on sait qu'il s'occupa aussi des réformés de France et qu'il eut même une entrevue avec le cardinal de Guise (1562). Brenz atteignit l'âge de soixante-et-onze ans : il mourut en 1569. —Les écrits de ce réformateur sont bien nombreux et il n'en existe pas d'édition complète. En 1576 parut une édition, qui resta inachevée (Tubingue, 1570-90, 8 vol. in-f°). Il a publié de nombreux ouvrages exégétiques (entre autres Argumenta et summx in libros V. et N. T., un commentaire célèbre sur Esaïe, etc.), un grand Catéchisme (divisé en cinq parties : le Baptême, le Symbole, l'Oraison dominicale, les dix Commandements, la Cène), un nombre énorme de sermons, d'homélies, etc., sans compter ses brochures et pamphlets théologiques. — Voir sur sa vie : Hartmann et hvgcv,./ohann Brenz, Z. vol., 1840-42; une biographie moins longue et avec des extraits de Brenz, par le premier, Elberfeld, 1862. A. Courvoisier.
BRÉSIL (Statistique religieuse). Le recensement de 1872 attribue à l'empire du Brésil une population de 10,108,291 habitants. Dans ce chiffre ne sont pas compris les Indiens nomades dont on évalue le