‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 15 sur 263 · BAN DE LA ROCHE · texte numérisé non relu

BAN DE LA ROCHE

de la Suisse se mêlaient à l'accent traînant du pays de Montbéliard. La féodalité fut très-dure pour eux; les seigneurs du château de la Roche étaient redoutés pour leur amour du brigandage et leurs mœurs féroces. Détruit une première fois, en 1099, par les seigneurs voisins de Schirmeck et de Colleroy-la-Roche, il fut rebâti sitôt après, et les rapines et les violences reprirent leur cours. Au treizième siècle, les princes de la maison de Rappolstein, de Girsberg et de Rathsamhausen acquirent la seigneurie, sans toutefois mettre un terme aux souffrances des populations. Le château de la Roche (zum Steiri) continua à être un foyer de terreur pour tout le pays. Ce ne fut qu'en 1469, après un bombardement de huit jours, qu'il tomba sous les efforts réunis des troupes de la ville impériale de Strasbourg et de celles du duc de Lorraine. La religion, pendant tout le cours du moyen âge, avait été impuissante à conjurer les maux des pauvres habitants de cet âpre district et à les affranchir de la triple servitude de la force, de l'ignorance et de la misère. Les princes palatins de. la maison de Valdence, ayant hérité au quinzième siècle de la seigneurie, y introduisirent la réforme en 1570, mais sans qu'elle portât tout d'abord les fruits que l'on eût été en droit d'attendre. Le jovial curé de Rothau, Papellier, s'était prêté sans difficultés à remplacer la messe par le prêche, mais il n'avait guère changé ses mœurs dissolues ni réussi à exercer une action sérieuse sur ses paroissiens. Les superstitions les plus grossières étaient demeurées extrêmement vivaces dans ces vallons reculés, sans communication avec la plaine. Le pasteur Nicolas Mermet, en 1632, faillit être jeté dans la Bruche par les femmes de Fouday pour avoir enlevé de l'autel une tête en bois de Jean-Baptiste, à laquelle elles avaient l'habitude d'adresser leurs dévotions. Les procès de sorcellerie se succédaient sans relâche. Le prince de Valdence, désireux d'y mettre fin, fit donner la question au bourreau qui confessa avoir décapité soixante-dix personnes, en une seule année, sur la Ba3rhœh qui sépare Rothau de Fouday. Pendant la guerre de Trente Ans, la maladie et la famine moissonnèrent impitoyablement les habitants qui s'étaient réfugiés dans les bois par crainte des bandes des partisans. Il en resta au plus quatre cents, disséminés dans les cinq villages et dans les nombreuses fermes de la montagne. Par le traité de Westphalie, le Ban de la Roche passa à la France avec la garantie de la liberté religieuse pour ses habitants protestants. Il formait alors deux paroisses, celle de Waldersbach avec les annexes de Belmont, de Bellefosse, de Fouday et de Solbach, et celle de Rothau avec les annexes de Neuvillers et de Wildersbach; mais ce n'est qu'en 1700 qu'elles furent pourvues toutes deux de pasteurs qui, pour la plupart, étaient originaires du pays de Montbéliard. Toutefois, depuis 1726, on ne rencontre plus au Ban de la Roche que des pasteurs alsaciens, ignorant la langue du pays et relégués, le plus souvent, pour cause d'indignité, dans ces postes perdus dont nul ne voulait. Des réunions de réveillés eurent lieu, à cette époque, dans les villages : le sentiment religieux, qui ne peut être refoulé ou contrarié impunément à la longue, demanda à la Parole de Dieu interprétée par de simples paysans la nourriture qu'il ne trouvait point

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