BROUSSON
BROUSSON (Claude), docteur en droit, avocat, pasteur du Désert et martyr, né à Nîmes en 16^7, mort à Montpellier en 1698. Brousson étudia à Nîmes. Docteur en droit, il exerça la profession d'avocat d'abord à Castres et à Castelnaudary, chambre mi-partie, puis à Toulouse. La défense des Eglises protestantes fut toujours son souci. Dans deux circonstances mémorables, en défendant les ministres de Montauban, prisonniers à Toulouse, et plus tard quatorze églises qu'on voulait détruire, il montra son courage et son attachement à la cause persécutée. Cette période est peut-être la plus triste pour le protestantisme français. Il y avait dans les rangs des réformés des hésitations, des faiblesses, une mollesse telle qu'on semblait prêt à tout supporter et que le terme « patience de huguenot » passa en proverbe. Devant les projets audacieux et avoués de la cour, la destruction complète des Eglises et la révocation de redit de Nantes, c'en était fait du protestantisme, si des hommes de foi et d'énergie n'avaient pas réveillé le zèle de leurs frères. Dans la maison de Claude Brousson, les députés laïques envoyés par le Languedoc, les Cévennes, le Vivarais et le Dauphiné, les « seize directeurs » résolurent de rouvrir les temples et de célébrer le culte là où il avait été arbitrairement interdit. Ce ne fut pas sans avoir adressé à Louis XIV les plus humbles remontrances que les directeurs se décidèrent à la résistance et à l'action. Leurs respectueuses supplications furent écartées avec dédain. C'est alors que la conscience huguenote se réveilla puissante et que les réformés affirmèrent leur résolution d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. La cour envoya les troupes contre les protestants. La lutte eut lieu d'abord dans le Dauphiné, puis dans le Vivarais, et enfin dans les Cévennes. On ne relit pas de pareilles atrocités sans que l'indignation et la honte vous prennent à l'âme. Brousson avait pu se réfugier à Lausanne , où il exerçait la profession d'avocat. Il fut chargé, à cette époque, d'une mission à Berlin, auprès de l'électeur de Brandebourg, et il adressa aux princes protestants un projet d'union pour le salut de l'Eglise réformée. Mais les souffrances de ses frères émurent son cœur : il ne put résister à l'appel de sa conscience, et, par un dévouement sublime, il renonça à toutes les douceurs de la vie pour aller évangéliser les persécutés. Périlleux apostolat, où, à chaque instant, il fallait être prêt au sacrifice de son existence. Brousson fut consacré dans les Cévennes ; aussitôt il commença dans le Languedoc son oeuvre de missionnaire. Basville mit sa tête à prix par deux fois: le 26 novembre 1691, au prix de deux mille livres, et le 26 juin 1693, au prix de cinq cents louis d'or. Ainsi traqué et dans l'impossibilité d'exercer avec quelque fruit son ministère, il passa en Suisse, puis en Hollande, où sa consécration fut régularisée. Mais son àme était tout entière à ses frères, dont il entendait au loin les sanglots. Il rentra en France, évangélisa le Nord, les Ardennes, la Normandie, les Eglises au nord de la Loire, la Bourgogne. Découvert et poursuivi, il put échapper par la Suisse et gagner la Hollande. Il revint bientôt, rentra par le Jura, visita le Dauphiné, où éclataient « les merveilles de Dieu par les petits prophètes », puis le Vivarais et les Cévennes. De nouveau (1698)