‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 159 sur 263 · BRUYS · texte numérisé non relu

BRUYS

pour s'élever contre l'autorité de la tradition. Il n'admettait que celle des évangiles qu'il interprétait d'une manière toute littérale. La réforme du culte était aussi nécessaire, à ses yeux, que celle des mœurs. Dieu n'a pas besoin de temples pour être adoré; il ne demande pas de cérémonies, mais des dispositions pieuses; l'Eglise ne réside que dans la communion des saints: le baptême ne doit être administré qu'aux adultes capables de confesser leurs péchés; Jésus-Christ, en célébrant la cène avec ses disciples, n'en entendait nullement faire un sacrement. Bruys rejette de même le jeune, les aumônes méritoires, les prières d'intercession pour les morts, le célibat des prêtres. Il recruta de nombreux adhérents, connus sous le nom de Petrobussiens, dans les diocèses d'Arles, d'Embrun, de Die, de Gap, de Narbonne. Le mouvement se propagea même jusqu'en Gascogne en se mêlant avec d'autres hérésies. Les peti'obussiens rebaptisaient les populations, détruisaient ou profanaient les églises, renversaient les autels, brûlaient les croix, maltraitaient les prêtres et les moines. Les évêques durent avoir recours à la force armée pour combattre ces fanatiques. Pierre de Bruys lui-même fut bridé en 1126, et beaucoup de ses adhérents partagèrent son sort. Sa doctrine fut solennellement condamnée au deuxième concile de Latran (1139). Nous ne la connaissons que par une épitre que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, a adressée aux évêques du Midi delà France, adversus Petrobusianos hxreticos, rédigée du vivant de Bruys et accompagnée d'une préface écrite après sa mort (112() ou 1127). Elle a été éditée par A. 4. Hofmeister, Ingolst., 1546, et se trouve aussi dans M. Marrier et A. Duchêne (Querceta?ius), Bibl. Cluniac, p. 1117 ss., ainsi que dans la Bibl. Pair, maxima, Lyon, XXII, p. 1033 ss.

BRUYS (François), polygraphe, né à Serrières en Maçonnais, le 7 février 1708, de parents devenus nouveaux-catholiques. Ayant un oncle curé à Chavigny, il lit ses humanités à l'abbaye de Cluny et étudia la philosophie chez les Pères de l'Oratoire. Un caractère inquiet et le sentiment exagéré de sa valeur lui tirent bientôt chercher aventure : d'abord à Genève, où il arriva en 1727 et se lit bien venir de divers savants; puis en Hollande, où il alla dès 1728 et retrouva un oncle et une tante, réfugiés de la révocation de Ledit de Nantes. C'est sans doute sous leur influence et parleur exemple qu'il reprit la première religion de son père. Il brûlait ainsi ses vaisseaux, et devait se considérer dès lors comme un proscrit qui ne pourrait plus compter que sur lui-même. 11 entreprit la publication d'une Critique dési?Uëressée des Journaux. La querelle entre Saurin et La Chapelle sur le mensonge officieux, et dans laquelle il prit parti pour h; premier, s'étant envenimée au point de nécessiter l'intervention d'un synode, en 1730, sa polémique donna lieu à des plaintes assez vives pour qu'il crût prudent <!<■ passer en Angleterre el d'y séjourner quelque temps. Saurin ayant eu le dessous, le troisième volume de la Critique de Bruys fut supprimé. Revenu à La Haye, mais dégoûté parles ennuis et les frais que cette affaire lui avait occasionnés, il passa en Allemagne, et, s'étant li\.- a Emmerich, il y épousa Anne d'Esiil, de Montauban. Deux ans

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plus tard, il retourna en Hollande, et bientôt après il accepta l'offre que lui fit le comte de Neuwied d'habiter son château et d'en être le bibliothécaire. En 1736, il revint enfin à Paris où il se convertit an catholicisme. Ayant été appelé en Bourgogne par des intérêts de famille, il se vit, contre son gré, obligé d'étudier la jurisprudence, et il mourut le jour même où il prenait ses licences à Dijon, (21 mai 1738). On a de lui : L'art de connaître les femmes, avec une dissertation sur l'adultère (1730); Tacite, avec des notes historiques et politiques (1730-31); Histoire des Papes depuis saint Pierre jusqu'à Benoit XIII inclusivement (1732-1734); Le Postillon, ouvrage historique, critique, politique, moral, philosophique, littéraire et galant (1733-1736); Réponse aux Lettre* sur les Hollandais (1735) ; Amusements du cœur et de l'esprit (1736) ; Mémoires historiques, critiques et littéraires (1751, ouvrage posthume, publié par l'abbé Joly). Tout ce bagage littéraire est de troisième ordre. La muse de Bruys fut peu désintéressée : c'était trop souvent la Res angusta dom.il Ch. Read.

BUCER (Martin), ou plutôt Butzer (en latin Aretius Felinus ou Emunctor), est né en 1491, dans la petite ville alsacienne de Sehlettstadt, le siège de la célèbre école d'humanistes. A l'âge de quinze ans déjà il entra dans l'ordre des dominicains et fut envoyé à Heidelberg, où il se livra à de fortes études classiques et théologiques. Luther, qui était venu en 1518 à Heidelberg pour y soutenir une discussion, enthousiasma tellement le jeune Bucer, que depuis ce jour il devint un des fervents adhérents du moine saxon. Sa position au couvent étant devenue par là intolérable, il chercha à quitter l'ordre et put obtenir du pape d'être mis aurangdespretresseculiers.il passa tour à tour de la cour du comte palatin Frédéric, dont il avait été le chapelain, à lacurede Landstuhl, que lui procura son ami Sickingen, et enfin à Wissembourg. Chassé de cette dernière ville par la guerre, il dut se réfugier sous l'aile protectrice de l'Eglise de Strasbourg. Sa position y devint de plus en plus assurée : il tint d'abord dans sa maison des réunions bibliques, qui attirèrent une foule d'auditeurs. Bientôt il fut reconnu citoyen de la ville et put prêcher dans la cathédrale. En 1524 il devint le premier pasteur delà paroisse des jardiniers dite de Saint-Aurélie, et bientôt il fut l'âme de l'Eglise évangéhque de Strasbourg. On sait qu'en 1524, à la suite de l'agitation provoquée par Carlstadt, éclata la funeste dissension entre Luther et les théologiens de la tendance zwinglienne, au nombre desquels se trouvait Bucer. Il avait exposé en toute franchise ses vues larges et libérales au colloque de Berne en 1528 et au colloque de Marbourg en 1529, et ne cachait passes sympathies pour les réformateurs suisses. Mais sa nature pacifique et son désir de conciliation le portaient à travailler en vue d'une union entre l'Allemagne et la Suisse. Comme on avait écarté les Strasbourgeois de la coopération à la confession d'Augsbourg, Bucer rédigea avec ses collègues la Tetrapolitana, qui s'exprimait dans l'article de la sainte cène d'une manière moins radicale. Dès lors Bucer s'engagea dans la voie de la médiation : il fit des efforts incroyables, tâchait de calmer et Luther et les prédicateurs suisses, que Luther traitait souvent d'une manière peu chrétienne, et parvint enfin à ame-

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ncr un colloque à Casse! en 1535, ci enfin es 1536 la concorde comme sous le nom <lc Wittemherger Conoardie. Au moyen d'une distinction

subtile entre indignes ei impies, Bucer sut contenter Luther, qui tenait à une présence réelle du Christ dans le sacrement, même pour les impies. On a souvent calomnié Bucer à cause de ces concessions, qui pourtant lui étaient dictées par le seul intérêt de la paix de l'Eglise, lue lois engagé dans la voie delà médiation, Bucer voulut la suivre partout. Mais il ne réussH pas toujours : les catholiques opposèrent wm^ résistance opiniâtre. Lorsqu'on voulut] imposer à Strasbourg le fameux Intérim, Bucer à son tour résista. Dans la situation critique où était le magistrat vis-à-vis de L'empereur, il dut commander le silence aux récriminations des pasteurs. Bucer fut forcé de quitter la ville et se retira en Angleterre où l'avait appelé l'archevêque Oanmer. Il fut nommé par Edouard VI professeur de théologie à Cambridge et écrivit encore un grand ouvrage : De Regno Christi, publié après sa mort. .Mais le pauvre exilé ne sut trouver le repos que lorsque, le 28 février loôl, Dieu mit fin à cette vie de travail et de dévoùment. Les écrits de Bucer sont nombreux : le pasteur Conrad Hubert voulut en publier une édition en dix volumes, mais il mourut, et un volume contenant des écrits latins de Bucer, et connu sous le nom de 7'omus unglicanus, fut le seul qui parût. — La vie de Bucer a été traitée avec le plus d'érudition et d'exactitude par M. Baum, dans son beau livre : Capito und Bntzer, Elberfcld, 1860. A. Couevoisier.

BUGHANAN (Claudius) [17G6-I8I5J, missionnaire célèbre, né de parents pieux mais pauvres, étudia à Glasgow et, après avoir mené pendant trois ans une vie d'aventures et de désordres à Londres, se convertit, suivit les cours de théologie à l'université de Cambridge et partit en 1796, on qualité de chapelain de la Compagnie des Indes, pour Calcutta. Il eut à lutter contre des difficultés de tout genre, parmi lesquelles l'indifférence religieuse des directeurs et des agents de la Compagnie était la plus grave. Pourtant, grâce à la protection du gouverneur, lord Mornington (plus tard Wellington), il put fonder un collège des langues orientales (pie devaient fréquenter tous les Anglais qui aspiraient à remplir des fonctions publiques en Inde. Il y ajouta un établissement destiné à doter ce pays d'une bonne traduction de la Bible en persan et en hindoustani, œuvre à laquelle Buchanan lui-môme collabora activement. Parles mémoires qu'il ne cessait d'envoyer dans la mère-patrie et les concours qu'il fonda sur les meilleurs moyens d'ouvrir à la religion et à la civilisation chrétiennes la vaste péninsule, il contribua plus qu'aucun autre à réveiller le zèle pour la mission parmi les Hindous. Au retour d'un voyage entrepris sur la côte de Malabar, pendant lequel il avait pu juger par ses propres yeux des horreurs dont le brahmanisme se rendait coupable sous l'égide du pavillon britannique, se heurtant contre les nouveaux obstacles (pie lui créa lord Minto. le successeur de Wellington, Buchanan se décida à revenir en Angleterre 1 1806), où, par l'action qu'il exerça sur l'opinion publique el sur le parlement, par ses démarches personnelles, ses sermon- et les articles insérés dans la revue, l'Etoilt de VOrient, il servit

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plus puissamment la cause de la mission dans l'Inde qu'il n'eût pu le l'aire à Calcutta, aux prises avec le mauvais vouloir de la Compagnie. Epuisé par tant d'efforts, le noble missionnaire mourut à l'âge de quarante-huit ans. — Voyez sa biographie dans le Basler Magasin, 1829.

BUCHEZ (Philippe-Joseph-Benjamin) [1796-18661 eut un double rôle pendant la période d'environ trente années qui sépare la Restauration de la République de 1848 ; il l'ut eu même temps publiciste et homme politique. Signalé vers 1820 comme un des fondateurs de la charbonnerie française, arrêté comme conspirateur, il n'échappe à la condamnation à mort dont il est menacé, qu'à la minorité de faveur ; puis, ayant donné quelques années exclusivement à l'étude, il coopère à la rédaction du Producteur avec Enfantin en 1826, fonde à son tour une revue comme chef d'école, fait partie de l'Assemblée constituante et rentre enfin dans la vie privée après avoir occupé le fauteuil, une dernière fois, comme président, lors de l'attentat du 15 mai. Auguste Comte, en 1827, avait quitté le Producteur au moment où la doctrine de Saint- Simon, tendant au mysticisme, tentait de devenir une religion. Bûchez s'éloigna deux ans après, parce qu'il ne trouvait pas ses collaborateurs assez chrétiens, au sens catholique, et il fonda ce qu'on a appelé le néo-catholicisme. C'est un essai de conciliation entre ce qui semble s'exclure, le catholicisme et la démocratie, l'idée du progrès et la révélation. La morale, disait-il, doit servir de critère à tous les jugements, en histoire et en philosophie. Or, cette morale, proposée à l'homme en vue du but social qui nous est assigné par le créateur, doit nécessairement descendre d'un enseignement divin primitif, d'une révélation. L'instruction donnée au premier homme a dû comprendre tout ce qui était nécessaire pour déposer en lui le germe de son développement futur, sous le triple rapport moral, intellectuel et physique. Le premier langage a donc été la parole morale, enseignement de Dieu luimême. Mais que devient le progrès dans ce système? Le progrès consiste précisément à déterminer le nombre et la suite des révélations. L'inventeur du néo-catholicisme en compte quatre, c'est-à-dire quatre âges de l'humanité : les révélations adamique, noachique ou antédiluvienne, brahmanique ou égyptienne, et enfin chrétienne. Des disciples de Bûchez, Corbon, Frédéric Morin, Jules Bastide, ont développé ce point de vue dans leurs livres. Bûchez lui-même exposa la doctrine en détail dans deux ouvrages, Y Introduction à la science de V histoire ou Science du développement de l'humanité (Vans, 1833 et 1842,2 vol. in-8°), et Y Essai d'un traité complet de philosophie au point de vue du catholicisme et du progrès (1840, 3 vol. in-8°). L' Histoire parlementai?^ de la Révolution française (1833-1838) fut écrite sous une semblable inspiration, en collaboration avec Roux, écrivain de la même école. Enlin le néo-catholicisme eut pour organe Y Européen, revue philosophique, fondée en 1831, qui continua de paraître, malgré quelques interruptions, jusqu'en 1848. • J. Akboux.

BUDDÉE ou Buddœus (Jean-François) [1667-1729], théologien luthérien distingué, professa la philosophie à Halle et la théologie à Iéna. Eruclit, pieux, universellement estimé, il avait le talent de grouper

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avec ordre et d'exposer clairement les nombreux matériaux de toutes les branches de la théologie qu'il avait amassés. Grâce à son esprit conciliant, il occupa une position intermédiaire au milieu des partis de son temps, et ne sut entièrement satisfaire ni les orthodoxes, ni les piétistes, ni les wolliens. En préconisant la tractation biblique et historique du dogme, il a rendu un grand service à son siècle et préparé la révolution mie devait voir s'accomplir le siècle suivant. Buddée a laissé plus de cent écrits, parmi lesquels nous nous bornerons à nommer, outre les articles fournis auxActa eruditorum et au grand Dictionnaire historique, imprimé à Leipzig, 1709 ss., les Institut 'iones theoL moralis, Leipz., 1711 (trad. en allem., 1719); une Historia eccles. 1. /".. Halle, 1715, 4 vol.; les Institutiones tiieol. dogmaticœ, LeÀpz., 1723; des Thèses de Atheismo et superstitions, 1716, dirigées entre autres contre Spinoza ; une encyclopédie théologique, sous le titre Isagoge historica ad theul. universam, 1727, etc, etc. Buddée a donné lui-même une nomenclature complète de ses écrits dans une Notitia, publiée à Iéna en 1728.

BUDÉ ou Budœus (Guillaume) [1467-1540], érudit et humaniste célèbre, protégé par Louis XII et François Ier, qui le nommèrent à des charges importantes, contribua à la fondation du Collège royal (aujourd'hui Collège de France) et à l'affranchissement de toutes les sciences du joug de la scolastique. Secrètement favorable à la Réforme, il était trop prudent pour vouloir se compromettre en sa faveur; il ne s'éleva pas moins, dans plusieurs de ses écrits, contre la corruption du clergé et de la papauté, et, dans son traité De transita, Hellenismi ad Chris tt'anismum (libritres ad Franciscum regem, Paris, 1535, in-fol.), il établit que la vraie sagesse était fondée non dans la connaissance des lettres classiques, mais dans la pratique de la doctrine du Christ. Quelques années après sa mo>% sa veuve et ses enfants, soupçonnés de calvinisme, se réfugièrent à Genève. Son fils Louis y professa les langues orientales et publia une traduction française des Psaumes, des Proverbes et de quelques autres écrits de l'Ancien Testament (Genève, 1551). Un autre de ses fils, Jean, remplit plusieurs missions importantes auprès des princes allemands et des cantons protestants de la Suisse, eu qualité d'ambassadeur du Conseil genevois. Les œuvres complètes de Guillaume Budé ont été publiées à Bàle, 1557, en 4 volumes in-4°. — Voyez Rebité, G. Budé, Paris, 1846.

BUFFON (Georges-Louis Leclerc, comte de), né à Montbard, en Bourgogne, le 7 septembre 1707, mort à Paris le 1(3 avril 1788, se proposait Lorsque, en 1731), il devint intendant du Jardin du Koi, d'écrire L'histoire de la nature, et de lui élever un monument, un temple digne d'elle. L'histoire du globe en effet, la science delà terre, n'était alors qu'un chaos où tout se trouvait confondu, faits et hypothèses, observations et conjectures. Il sut démêler toutes ces choses, avec un succès qu'on s'explique en se rappelant qu'il définissait le génie « une plus grande aptitude à la patience », attirer, dans son siècle, sur ses études d'histoire naturelle générale et particulière l'attention de tous 1rs hommes instruits, et créer tout exprès un

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dans la langue, quand il voulut parler des grandes transformations du globe ou décrire les mœurs des animaux. Ni Voltaire, ni les rédacteurs de Y Encyclopédie, bien que leur influence tût très-grande au dixhuitième siècle, ne surent faire de Billion, ennemi, par disposition naturelle, des associations et des cénacles, un philosophe de leur école. Conduit par le sujet môme qu'il traitait à faire connaître au public ses vues sur le monde et l'homme, il les exposa dans ses deux meilleurs ouvrages, en savant qui n'a ni respect aveugle pour la tradition ni goût pour le scepticisme et l'incrédulité. Dans sa Théorie de la Terre, considérant qu'on trouve des coquilles jusque sur le sommet des hautes montagnes, que les matières qui composent notre globe sont constamment disposées en couches parallèles et horizontales, et que les angles saillants d'une montagne correspondent toujours avec les angles rentrants de la voisine, il explique tous ces faits par la seule action des eaux, et il enconclutque notre terre actuelle a été un fond de mer. Dans les Epoques de la Nature, il montre que l'histoire du globe a ses âges et ses révolutions comme l'histoire de l'homme. Il y a eu sept époques depuis le temps où, par l'action du feu, la masse du globe était en fusion et même en vapeur, jusqu'au momentoù, la matière une fois consolidée, la séparation des continents s'étant enfin accomplie, la puissance de l'homme a secondé celle delà nature. L'écrivain a pris soin lui-même, en commençant son livre, de mettre sa théorie d'accord avec le récit de la Genèse. Malgré tout, malgré les plus grandes précautions de style, les affirmations les plus nettes touchant la puissance supérieure à laquelle se trouvent subordonnées toutes les forces de la nature, les causes finales qui nous ramènent toujours à la cause première et suprême, et Y liomo duplex, « une âme qui commande, un corps qui obéit tout autant qu'il le peut, » dernier mot de sa psychologie, Buffon n'échappa que difficilement à la persécution théologique. Ces deux ouvrages, la Théorie delà Te?Teet les Epoques, furent dénoncés et il dut se réfugier à Montbard (1779-1780). Le roi, pendant ce temps, ayant parlé en sa faveur, la faculté de théologie voulut bien, sans prononcer une condamnation, se contenter de déclarer qu'elle considérait les Epoques de la Nature de Buffon comme une erreur de sa vieillesse. Mais ce livre est resté, pour les savants du dix-huitième siècle et du dix-neuvième, moins sévères, le chef-d'œuvre de l'auteur. — Voyez : Bachaumont, Mémoires, 1780; Condorcet, Eloges des Académiciens , 1799, 5 vol. in-8° ; Héraut de Séchelles, Voyage à Montbard, an IX, in-8° ; Cuvier, Histoire naturelle de Buffon, avec notice sur sa vie et ses ouvrages, 1825-1826 ; Flourens, Buffon, Hist. de ses ouvrages et de ses idées, 1850. J. Arboux.

BUGENHAGEN (Jean), un des premiers et des plus utiles collaborateurs de Luther, était originaire de la Poméranie, d'où le nom de Pomeranus sous lequel il est fréquemment cité au seizième siècle. Il naquit en 1485, à Wollin, étudia à l'université de Greifswalde la littérature et la théologie, dirigea pendant quelque temps l'école de Treptow, fut lecteur dans un couvent, écrivit dès 1818 une Histoire de la Poméranie (publiée seulement en 1728, in-i°). En 1520, il lut le

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traité de Luther. De la Captivité babylonienne de V Eglise; sa première impression tut que Fauteur était le plus dangereux des hérétiques; une leetun" plus attentive le confirma dans L'opinion qu'antérieurement déjà il s'était faite que l'Eglise était en décadence el que pour la relever il fallait revenir à L'Evangile. 11 se rendit à Wittemberg pour entendre les réformateurs, qui ne tardèrent pas à se l'associer. 11 commença1 par expliquer U>s Psaumes à quelques-uns de ses compatriotes: ces Leçons parurent en 1524, avec des préfaces de Luther et de Mélanchthon. En 1523 Bugenhagen devint pasteur à Wittemberg; depuis lors il prit part à tout ce qui servit au développement de la Réforme. Disciple fidèle de Luther, il défenditsa doctrine sur la sainte cène contre les Suisses, avant que Luther lui-même prit part à la querelle. Après avoir assisté le réformateur dans sa traduction de la Bible, il en publia une version en bas allemand (le Nouveau Testament en 1525, Wittemberg; l'Ecriture entière en 1533, Lubeck). On rencontre Bugenhagen dans toutes les conférences qui eurent lieu à cette époque, soit entre les Etats évangéliques,soit entre les luthériens et les zwingliens. Son principal mérite est d'avoir constitué le protestantisme dans plusieurs contrées du Nord; il a possédé à un haut degré le talent de l'organisation. En 1528, il fut appelé à Brunswick et à Hambourg, en 1529 à Lubeck, en 1535 en Poméranie, en 1537 dans le Danemark où il resta près de cinq ans; en 1542 il revint à Brunswick, d'où il se rendit à Hildesheim. Partout il fit des tournées pour visiter les Eglises et les écoles ; les règlements ecclésiastiques"" qu'il rédigea pour ces pays et ces villes, ou qui furent écrits d'après ses principes, montrent avec quelle intelligence des besoins du peuple, avec quel sens pratique, avec quelle modération il a su organiser les Eglises; ses idées sur la direction supérieure, sur les fonctions des ministres, sur le culte, sur la discipline, sur les soins à donner aux pauvres, sur l'instruction religieuse de la jeunesse, seraient utiles à bien des égards encore aujourd'hui; elles furent adoptées alors par plusieurs villes avec lesquelles Bugenhagen n'était pas en relation personnelle. Il prononça le sermon lors des funérailles de Luther. Pendant le siège de Wittemberg, il resta dans la ville, continuant de prêcher pour encourager les habitants à la persévérance. Après le rétablissement de la paix, quand éclatèrent les querelles entre Flacius et Mélanchthon, il fut du côté de ce dernier, crut devoir accepter l'Intérim de Leipzig, mais ne se mêla plus de controverses. Il mourut en 1558. — Voyez : sa Biographie par Zietz, Leipzig, 1834; Jaeger, Die Bedeutung der Bug. Kirchenordn. fur die EntwickL der d. Kirche, dans les Stud. m ni Krii., 1853. Ch. Schmidt.

BULGARIE. On donne le nom de Bulgarie à une vaste région de la Turquie d'Europe comprise, pour la plus grand*; partie, dans le vilayetdeTormaoudu Danube. Mais la race bulgare, d'une part, n'est pas seule en possession de ce territoire; de l'autre, elle le déborde de tous côtés. Les Bulgares sont un peuple mixte formé par la fusion de Mongols el de Huns et qui a beaucoup de sang tartare dans les veines. Ces! une grande erreur que d'en taire des Slaves; ils ont

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